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Du cosmos à l'homme - Comprendre la complexité

240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 59
EAN13 : 9782296243156
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DU COSMOS A L'HOMME GROUPE DE REFLEXIONS TRANSDISCIPLINAIRES
DU COSMOS A L'HOMME
COMPRENDRE LA COMPLEXITÉ
Jean-Jacques SALOMON
Hubert REEVES
Isabelle STENGERS
René PASSET
Cahiers de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour 1990
Publiés avec le concours du Centre Régional des Lettres d'Aquitaine
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris © Éditions L'Harmattan, 1991
Iser: 2-7384-1057-X Ce Cahier est dédié à la mémoire
de Jean SAGNIMORTE INTRODUCTION
Le Groupe de Réflexions Transdisciplinaires est né en 1980 de
l'initiative prise par quelques uns de ses membres actuels d'inviter à Pau
Michel Serres et Alain Pons, fin 1981.
Il se veut un espace d'échanges à l'interface des sciences et de la
culture, de façon à contribuer à développer les inter-relations et les
interactions entre les disciplines ; un espace de réflexion aussi sur les
nouveaux concepts produits par les champs contemporains du savoir.
C'est dans cette perspective que le Groupe de Réflexions
Transdisciplinaires, grâce au soutien des responsables universitaires, grâce
aussi à la collaboration du Service d'information et des relations publiques
de l'Université de Pau, a eu l'honneur de recevoir des penseurs éminents
pour des conférences publiques et des séminaires, parmi lesquels Edgar
Morin en 1983 et Bernard d'Espagnat en 1984. Un numéro spécial des
Cahiers de l'Université 1984 (épuisé) a rendu compte de ces conférences,
ainsi que de leur écho parmi les membres du groupe dont certains
n'appartiennent pas à l'Université.
Depuis 1988, le Groupe de Réflexions Transdisciplinaires s'est
donné un statut d'Association selon la loi de 1901 au sein de l'Université,
et a développé ses activités par l'organisation notamment d'un cours public
hebdomadaire d'Histoire de la pensée scientifique, assuré depuis 1987 par
le Professeur Jean Deschamps (Professeur de chimie théorique). Une série
de conférences publiques réservée à des chercheurs locaux a également été
mise en place. Cette initiative a débuté cette année par une conférence du
Professeur Vincent Labeyrie (Directeur du laboratoire de biocénotique
expérimentale), sur le thème "Ecologie et Economie".
Le présent numéro spécial des Cahiers de l'Université 1989 témoigne
des activités du Groupe de Réflexions Transdisciplinaires entre 1985 et
1988.
Les conférences d'Edgar Morin "Pour une pensée complexe"
(février 1983) et de Bernard d'Espagnat . "Physique et vision du réel"
(mars 1984) avaient orienté la réflexion du groupe vers les nouveaux
INTRODUCTION
modèles d'appréhension de la complexité du réel, élaborés par les sciences
contemporaines. Sans pour autant imposer aux conférenciers les thèmes de
leur prestation, le groupe a poursuivi sa réflexion autour des interventions
d'Hubert Reeves : "La place de l'homme dans l'univers" (janvier 1985),
René Passez : "La crise économique dans le courant de l'évolution" (février
1986), Isabelle Stengers : "La complexité, une mode et/ou un besoin" (mars
1987), Jean-Jacques Salomon "Enjeux sociaux des nouvelles
technologies" (mars 1988).
Ce sont les textes de leurs conférences que nous proposons ici,
transcrits d'après l'enregistrement pour Hubert Reeves, ou revus par leurs
auteurs respectifs pour René Passez, Isabelle Stengers, Jean-Jacques
Salomon. Comme pour le précédent Cahier, la deuxième partie est
consacrée à des travaux personnels des membres du Groupe, suscités en
marge de ces conférences.
Sans vouloir établir à tout prix une quelconque unité de ces
conférences, car derrière la même terminologie -la complexité- se trouvent
parfois des concepts et des prises de positions épistémologiques divers que
leurs auteurs entreprennent d'ailleurs de clarifier, il nous est apparu utile
de mettre l'accent, en introduction, sur quelques composantes
fondamentales de la démarche de ces chercheurs dont on a conservé, dans
la publication, l'ordre d'intervention :
- Le surgissement dans les sciences contemporaines du facteur temps,
alors que la science classique était dominée par un idéal d'immuabilité et
d'éternité.
La pertinence du changement d'échelle dans nos modèles de
représentation du réel.
- Le danger qu'il y aurait à confondre modélisation et réalité, car si
nos modèles rendent compte des phénomènes, ils n'épuisent pas la réalité.
- La responsabilité nouvelle enfin du chercheur et du citoyen, qu'il
s'agisse des choix théoriques, éthiques ou politiques auxquels ils sont
confrontés aujourd'hui. C'est pour tous la fin de la croyance en une science
innocente à l'abri des cornues à supposer qu'il en ait jamais été ainsi. Nous
sommes entrés dans l'ère des risques intellectuels, existentiels et
planétaires. A nous de déterminer ceux que nous voulons prendre. I
CONFERENCES LA PLACE DE L'HOMME DANS
L'UNIVERS
par Hubert REEVES (*)
Conférence prononcée à l'Université de Pau et des Pays de
l'Adour
- le 8 janvier 1985 -
(*) Texte établi d'après la transcription de l'enregistrement.
On y a gardé le style oral et très vivant de Hubert REEVES. LA PLACE DE L'HOMME DANS L'UNIVERS
par Hubert REEVES
Astrophysicien, directeur de recherches au C. N. R. S.
Le titre est un peu ambigu. Donner à une conférence le titre de "La
place de l'homme dans l'univers", peut donner l'impression que je la
connais, ce qui n'est pas le cas : je voudrais la connaître. C'est plutôt une
conférence sur le thème : comment l'homme se voit-il par rapport à
l'univers et, d'une façon historique, comment la façon dont l'homme se voit
par rapport à l'univers a-t-elle évolué. On sait maintenant un peu plus de
choses qu'on n'en savait et on a des éléments nouveaux sur ce vieux
problème, problème éternel : qu'est-ce que je fais ici ? Finalement, la place
de l'homme dans l'univers, tout le monde s'en est aperçu, c'est : on a
atterri un beau jour sur la planète et on se demande "comment ça se fait que
je sois là, qu'est-ce que je fais là ? ; quel est le sens de mon existence, par
rapport à l'ensemble de l'univers" ? Et ce que je veux essayer de vous
montrer, après avoir fait un tableau historique de cette évolution, c'est
qu'on a des éléments nouveaux. Ces éléments nouveaux ne résolvent pas le
problème, et en fait je terminerai beaucoup plus sur une interrogation, mais
ces éléments nouveaux sont importants parce qu'ils nous aident précisément
à poser ce problème comme il faut, bien qu'on soit encore une fois très loin
de pouvoir y répondre, et qu'en fait, comme vous verrez, tout essai de
réponse tourne au drame ; et ce sera la troisième partie de cette conférence.
I - L'HOMME DANS L'UNIVERS : LE PASSÉ
Je voudrais d'abord commencer par résumer d'une façon un peu
simpliste ce qu'était la position de l'homme dans l'univers, comment il se
percevait dans les siècles passés. Là, je fais un résumé de quantités de
visions différentes, parce que chaque peuple, chaque tribu aussi "primitive"
soit-elle, a sa propre vision de sa position dans l'univers mais il y a quand
même quelques éléments importants et ces éléments, je vais vous les
présenter par la première diapositive : elle va assez bien résumer et illustrer
certains éléments qu'on retrouve un peu partout. Hubert REEVES
C'est une tapisserie de l'Apocalypse, et ce que vous voyez là est la
chute de l'étoile Absinthe, du ciel sur la terre. En tombant sur la terre, elle
crée de grands malheurs qu'on appelle à juste titre les "malheurs
apocalyptiques", comme vous le savez. Qu'y a-t-il derrière tout cela ?
A - Pour l'homme antique : un univers très
petit
La première chose, c'est que pour l'homme antique, l'univers n'est
pas très grand ; l'univers est très petit. En fait, il y a le soleil, la lune,
quelques planètes et quelques étoiles, mais tout ça n'est pas très haut au-
dessus de sa tête. Ça ressemble un peu à l'impression que vous avez dans un
planétarium , par exemple, qui a une voûte étoilée, et cette voûte contient
des petits points qui sont des étoiles. Donc l'univers est petit, d'une part.
D'autre part, le ciel qui est au-dessus de la tête est très habité. Il est
habité par une quantité de personnages, qui sont quelquefois les ancêtres.
Par exemple, on retrouve souvent dans les civilisations orientales cette idée
que les ancêtres sont là, des divinités, une providence. Vous changez de
pays mais vous retrouvez les mêmes thèmes. Et il y a une relation de
paternité très fréquente entre les habitants de ces cieux et les gens qui sont
sur la terre. C'est le Père, c'est l'humanité qui naît de la cuisse de Jupiter,
c'est Eve qui naît de la côte d'Adam... Il y a cette très grande proximité,
presque promiscuité, familiarité, filiation entre le ciel et la terre. C'est une
image qu'on retrouve très généralement dans un très grand nombre de
civilisations antiques, et plus récentes, et encore maintenant.
Donc, je dirai que c'est la première étape un univers petit
relativement étriqué, où tout le monde se regarde de près, se surveille, où
les relations sont très familiales, où il y a beaucoup de filiations, de
paternités.
B - De la Renaissance à nosjours : un univers
immense et étranger à l'homme
La seconde diapositive illustre un peu le même genre de choses :
vous voyez là que le soleil n'est pas très haut, qu'il est habité par des
quantités de personnages, que les étoiles le sont aussi. Cette vision, c'est
celle qui va changer très brutalement au moment de la Renaissance. Au
moment de la Renaissance et dans la période qui se situe entre la
Renaissance et le début de ce siècle, il y a une très longue évolution qui va
en sens inverse : cette évolution est caractérisée par un certain nombre de
chocs. Les êtres humains reçoivent des chocs qui ébranlent profondément
toute cette vision.
LA PLACE DE L'HOMME DANS L'UNIVERS
1° - Le choc de l'astronomie
Le premier choc, on l'a appelé le choc astronomique. On s'aperçoit
tout d'un coup que l'univers n'est pas petit , mais qu'il est extrêmement
grand ; et ça commence bien sûr à partir du moment où, avec Copernic et
puis Galilée, on se rend compte que le système solaire, les planètes tournent
autour du soleil et que le soleil est une étoile et que cette étoile est une
étoile parmi d'autres étoiles. On découvre que cette voûte étoilée n'est pas
du tout une voûte étoilée mais que c'est un espace gigantesque avec des
étoiles qui s'étendent sur de très grandes distances. Et, comme vous le
savez, les premières étoiles sont à quelques années-lumière. Rappelez-vous
qu'une année-lumière c'est dix mille milliards de kilomètres. Alors,
quelques années-lumière pour les premières étoiles et puis les étoiles de la
voie lactée sont à des milliers d'années-lumière. Donc ça c'est le premier
choc qui dure jusqu'à peu près au milieu du 18ème siècle : on a découvert
ce qu'on appelle la galaxie.
Progressivement tout au long du 19ème siècle et jusqu'au 20ème
siècle, on réalise que cette galaxie gigantesque, qui contient 100 milliards
d'étoiles comme le soleil, n'est qu'une galaxie parmi beaucoup d'autres
galaxies. On commence à dénombrer les galaxies . au départ on en
dénombre quelques dizaines, quelques centaines, aujourd'hui on en connaît
plusieurs millions, plusieurs centaines de millions et on a toutes raisons de
penser que l'univers est vraisemblablement infini en dimension. On
reviendra probablement sur ces notions un peu plus tard, mais en tout cas,
la dimension de l'univers est d'au moins quinze milliards d'années-lumière.
15 milliards d'années-lumière à dix mille milliards de kilomètres par année-
lumière, vous voyez que ça fait un univers extrêmement grand.
Donc, premier choc, cet univers est très grand et il est très vide : il y
a relativement beaucoup plus d'espace vide que d'espace plein. Et ce
premier choc, on le ressent indirectement. La personne qui la première l'a
ressenti, ou tout au moins l'a très bien exprimé, c'est Pascal. Quand Pascal
dit : "le silence de ces espaces infinis m'effraie", c'est bien justement parce
que Pascal arrive un peu plus d'un siècle après ces grandes découvertes et
que tout d'un coup il prend conscience de la dimension du ciel. Pascal, c'est
quelqu'un qui est pour nous une charnière, parce que c'est à la fois un
excellent scientifique -un des plus grands scientifiques de tous les temps-, et
un philosophe. C'est donc quelqu'un qui est à la fois au courant de ces
connaissances, de cette progression de la connaissance, mais qui en même
temps a réfléchi sur cela, c'est-à-dire a mené une réflexion philosophique
dans le sens où : qu'est-ce que ça nous apprend en profondeur, sur nous,
sur notre réalité, sur notre rapport avec le monde que de découvrir que Hubert REEVES
l'univers est aussi grand ? Et Pascal l'exprime très bien quand il dit :
silence de ces espaces infinis m'effraie".
Qu'est-ce qu'il faut lire derrière cela ? Il faut lire l'impression d'être
étranger : ce ciel nous est étranger. Pascal découvre tout d'un coup que ce
ciel -qui semblait si familier avec ces planètes, ce soleil, ces étoiles-
Absinthe qui tombaient comme ça pour vous avertir de messages
apocalyptiques- est étranger, qu'il ne nous parle pas. Et Pascal a
l'impression, tout d'un coup, que le ciel est vide, étranger, et il en a peur.
Quand il dit : "ce ciel m'effraie", c'est cet aspect, je pense, qu'il y a.
Cependant, Pascal est un homme profondément religieux et ça ne le
perturbe pas en profondeur, je pense, parce que c'est quelqu'un qui vit dans
une foi, dans une croyance non troublée en profondeur. Ça n'est pas le cas
pour tout le 18ème et le 19ème siècle, où l'on va prendre conscience de
cette dimension de l'univers, de ce vide de l'univers. On se rend compte
que ce ciel est lointain, très grand et apparemment étranger -je dis
"apparemment" parce que je reviendrai tout à l'heure sur cette question de
la place de l'homme dans l'univers, c'est aussi la position- de l'univers par
rapport à l'homme.
2 ° - Le choc du darwinisme et de l'évolutionnisme
A cela s'ajoute un deuxième choc qui est encore plus important -
enfin, relativement important aussi-, c'est le choc du darwinisme. Le choc
du darwinisme, ce fut la réalisation de la théorie de l'évolution : l'être
humain se rend compte qu'il est dans une lignée animale et que ses ancêtres
sont des cousins des singes et que ces cousins des singes descendent eux-
mêmes des mammifères, ces mammifères de reptiles, ces reptiles
d'amphibiens, de poissons, et ainsi de suite, jusque, pour ce qui est de
l'évolution biologique, jusqu'aux bactéries minuscules que nous retrouvons
encore dans l'océan primitif, et aux algues bleues. Et là, il y a un second
choc, bien sûr, qui est le choc de la paternité. Cet être humain qui se
croyait fils de Dieu, au sens littéral -puisqu'il faut bien voir jusqu'à quel
point ces choses étaient prises au sens littéral !- découvre qu'en fait il est le
fruit d'une évolution animale et que ses vrais ancêtres sont des animaux
qu'il côtoie tous les jours. Il y a là encore un second choc : avoir perdu à la
fois le contact avec le ciel parce que ce ciel très proche est en fait très loin
et très vide, perte de contact avec les habitants de ce ciel puisque ces
ancêtres, son Père, sa paternité, ne sont pas dans la direction du ciel, mais
plutôt dans la direction d'animaux de plus en plus humbles à mesure que
l'on recule dans le temps et qu'on voit d'où vient l'être humain. LA PLACE DE L'HOMME DANS L'UNIVERS
3° - Le choc de la psychanalyse
Le 3ème choc, il est relié bien sûr à Freud et à la psychanalyse, et
c'est la prise de conscience de l'être humain, qui tout d'un coup se sent
perdu, qui ne se sent plus habitant de l'extérieur, en relation directe avec
l'extérieur et s'aperçoit que même son intérieur il ne le domine pas. Donc
un troisième choc, qui est de n'être ni maître de l'extérieur, ni maître de
l'intérieur.
4 ° - La psychose de l'homme moderne
A des titres divers, ces trois chocs sont responsables -tout cela est un
peu schématique, mais il y a du vrai- du fait que l'homme moderne se sent
perdu, qu'il se sent paumé, qu'il se sent coupé du monde extérieur- le
psychotique est celui qui se sent coupé.
Il y a toute une littérature qui fleurit au début de ce siècle dans
laquelle on reconnaît bien sûr Sartre, Camus, mais aussi J. Monod. Toute
une littérature de l'absurde : l'être humain n'a aucune raison d'être là, nous
sommes de trop, nous vivons dans l'absurde, la réalité n'a aucun sens,
etc... Il y a toute cette atmosphère très déprimante que l'on retrouve dans la
philosophie du début du siècle et qu'on retrouve encore maintenant dans
beaucoup d'autres mouvements philosophiques et scientifiques puisque chez
Jacques Monod elle est très présente avec des affirmations comme : "c'est
par un extraordinaire hasard que nous sommes ici", "ça s'est produit une
fois mais ça n'aurait jamais dû se produire". (On peut se demander
pourquoi ça s'est produit une fois, si ça n'aurait jamais dû se produire)...
etc... Il y a toute cette littérature qui fait de l'homme un marginal qui
n'appartient en rien à l'univers. Je dirai que c'est le deuxième mouvement
dans cette progression de l'image de l'homme dans l'univers.
Premier mouvement donc : l'homme se sent très près de l'univers, le
ciel est petit, ses pères vivent dans le ciel, c'est ce qu'on appelait l'ancienne
alliance, ou ce que Prigogine appelle "l'Ancienne Alliance".
Deuxième mouvement, c'est la rupture de cette alliance, le ciel est
vide, il n'y a personne, de toutes façons, nous ne sommes pas les
descendants des divinités, mais les descendants des animaux, et même à
l'intérieur de nous-mêmes nous ne sommes pas maîtres chez nous ; nous
partageons la place avec un inconscient qui domine en grande partie notre
comportement. Hubert REEVES
II - L'HOMME DANS L'UNIVERS
AUJOURD'HUI : LES FAITS NOUVEAUX
Ce que je voudrais donc illustrer, c'est peut-être comment au travers
de ces 3 chocs on peut maintenant définir une nouvelle alliance. Parce
qu'on a parlé d'une nouvelle alliance et c'est à juste titre, qui replace un
peu la situation de l'homme dans l'univers. Cette alliance, curieusement,
elle émerge d'une réflexion scientifique, c'est-à-dire, plus exactement, elle
émerge sans qu'on s'en rende compte très bien dans l'ensemble des
connaissances scientifiques qui ont été accumulées depuis 4 ou 5 siècles.
Ces connaissances scientifiques qui étaient responsables de cette rupture de
l'alliance, sont, quand on les regarde plus en profondeur, et surtout d'une
façon plus synthétique, celles qui nous amènent à ce 3ème mouvement, à
cette nouvelle alliance qui émerge des connaissances scientifiques. Et là, il
se passe un événement très curieux. Il se passe que toutes ces sciences
-biologie, chimie, physique, astronomie, géologie, vous prenez toutes ces
sciences ensemble- qui travaillaient jusqu'ici dans des domaines de plus en
plus spécialisés -à tel point qu'à la fin du siècle dernier le spécialiste des
coléoptères n'avait pas grand chose à dire au spécialiste des papillons-
fmissent par dresser tout d'un coup une fresque ; et cette grande fresque va
nous raconter précisément, exactement, comment on peut revoir maintenant
la place de l'homme dans l'univers. Ça, c'est un acquis assez récent de la
science. Pas si récent mais la science a sa façon de progresser, les
connaissances s'accumulent et avant que ces connaissances, leur impact sur
ce qu'on peut appeler la vision du monde de chaque personne joue vraiment
son rôle, il peut se passer 15 ans, 20 ans, 30 ans. On peut très bien
longtemps vivre avec des choses qu'on connaît, mais parce qu'on n'a pas
assez réfléchi sur ces connaissances, parce qu'on s'est pas assez demandé ce
que ça nous apprend vraiment, on ne se rend pas compte jusqu'à quel point
elles vont influencer toute la pensée. Pour vous présenter cette fresque je
vais employer plusieurs citations les unes après les autres, et tout ce que je
vais vous dire par la suite, j'essaierai de le remettre en place.
Vous savez, il y a cette fameuse phrase de Lacan qui dit
"l'inconscient est structuré comme un langage". Je pense qu'on peut
paraphraser Lacan et dire : "la nature est structurée comme un langage".
Ça, c'est peut-être une des plus grandes réalisations de toute la science
moderne : la nature est structurée comme un langage. Qu'est-ce que ça veut
dire ? C'est quoi un langage ?
A - Le langage
Un langage, ce sont des mots dont on fait des phrases, mais ces
phrases, ces mots, sont composés de lettres : il faut un alphabet. Chaque LA PLACE DE L'HOMME DANS L'UNIVERS
population terrestre a défini son alphabet : il peut avoir 24 ou 25 lettres
comme chez nous, il peut avoir 10 000 signes comme en Chine, ça n'a pas
grande importance. Il y a d'abord un alphabet sur lequel on s'entend. Et à
partir de cet alphabet, on combine. Le mot clef, c'est la combinatoire. On
combine et on obtient énormément de choses simplement en changeant la
façon de combiner les éléments initiaux. C'est exactement ce que nous
faisons quand nous parlons, quand nous écrivons. Plus exactement : on
prend nos 26 lettres et puis on les combine de façon différente, on fait des
phrases on fait des pages, et puis des livres, des bibliothèques, etc...,
curieusement, on s'aperçoit que la nature utilise depuis longtemps des
alphabets. Quand je dis : la nature, ne me demandez pas qui c'est, je ne le
sais pas. J'emploie le mot "nature" dans le sens le plus ordinaire du terme,
comme quand on dit : "c'est la nature". C'est un terme qu'on comprend
quand on n'essaie pas d'être trop précis. Si on veut être trop précis, on ne
sait plus ce qu'il veut dire. Et puis on n'a pas intérêt à être trop précis,
parce que tout le monde sait ce qu'on veut dire quand on dit : "c'est la
nature". Donc, j'emploie la "nature" avec un petit "n", dans le sens le plus
vague, le plus flou que vous pouvez imaginer et on s'aperçoit donc que la
nature utilise depuis très longtemps les alphabets.
B - Les alphabets
Quels sont les alphabets ? Ce sont des alphabets pyramidaux, dans le
sens où notre alphabet aussi est pyramidal : avec des lettres vous faites des
mots, et avec des mots vous faites des phrases, avec des phrases vous faites
des paragraphes. Donc il y a une progression en pyramide. La nature
emploie cet alphabet et on retrouve cet alphabet à tous les niveaux de la
nature depuis le début de l'univers jusqu'à maintenant. Et l'histoire de
l'univers, c'est en grande partie, l'histoire de la façon dont la nature crée
des alphabets, utilise les alphabets, crée de nouveaux alphabets qu'elle va
utiliser, qu'elle va recréer, qu'elle va utiliser... Jusqu'où ça va, on ne sait
pas, mais déjà on a plusieurs états.
1° - Les molécules
Un alphabet évidemment que nous connaissons tous, c'est les
atomes. Vous savez que les atomes, les éléments chimiques, il y en a 92,
mais sur la terre il n'y en a que quelques-uns qui reviennent très souvent :
ce sont le carbone, l'azote, l'oxygène, le fer, le silicium, au total 25 à
30-. Les autres ce sont des éléments rares que vous ne trouvez que dans les
laboratoires de chimie. Dans la nature habituelle, la nature combine les
atomes pour faire des structures plus complexes qui sont les molécules. Et
ces molécules elles-mêmes vont s'associer pour faire des molécules encore Hubert REEVES
plus complexes, et on va arriver à un autre alphabet très important, celui
composé de molécules géantes, qui est l'alphabet de la vie.
2° - Du code génétique aux quarks
C'est ce qu'on appelle l'ADN, le code génétique, qui est composé de
20 acides aminés et de 4 bases nucléiques, et on combine les acides aminés
3 par 3 pour les faire correspondre à certaines bases nucléiques. Tout le
code génétique, toute cette information qui est stockée à l'intérieur de nos
gènes, c'est un immense alphabet composé précisément de ces bases
nucléiques A/C/G/T qui reviennent, qui sont tout à fait analogues à ce que
nous utilisons comme lettre. Vous voyez l'idée : ces bases nucléiques qui
sont dans notre code génétique sont donc un alphabet, mais cet alphabet est
le résultat d'alphabets plus anciens, plus primitifs que sont les molécules
simples qui composent ces bases ; ces bases sont elles-mêmes écrites à partir
d'atomes et ces atomes sont eux-mêmes écrits -les atomes sont identifiés par
leur noyau et dans ce noyau, vous avez encore des nucléons, protons et
neutrons, et là encore, la nature va combiner protons et neutrons pour faire
tous ces noyaux- avec un alphabet plus simple qui est celui du proton et du
neutron. Et nous savons maintenant, parce que nous sommes allés voir à
l'intérieur des protons et des neutrons, que ceux-ci sont à leur tour
composés de particules plus simples, qu'on appelle les "quarks". Il y a 6
sortes de quarks. Et comme d'habitude, la nature fait plus. Elle a une sorte
de générosité à sa façon : sur 92 éléments elle n'en utilise que 30, elle fait
au moins 6 sortes de quarks, mais elle n'en utilise que 2. On retrouve
toujours cette façon de procéder. Ces quarks sont les composants, sont les
lettres, avec lesquelles les protons et les neutrons sont formés, et les protons
et les neutrons écrivent les noyaux qui, avec les électrons vont donner des
atomes, qui écrivent l'ADN et le code génétique et forment les cellules. Et
au niveau des cellules, nous sommes composés de plusieurs milliards de
cellules qui sont elles-mêmes comme un langage. Vous composez les
cellules de façon différente, et vous faites un animal ou un autre animal,
etc... Donc, vous avez toujours cet alphabet de la complexité qui justifie, je
pense, cette affirmation : la nature est structurée comme un langage. A tous
les niveaux, il y a un langage de la nature qui est un langage de complexité,
pour, à partir du simple, faire du complexe.
3° - Où se forgent les alphabets ?
Je vais tout à l'heure vous présenter plus en détail les lieux que nous
commençons à connaître grâce à l'astronomie, les lieux où ces alphabets se
forgent. Et ces lieux sont l'espace interstellaire, les étoiles, les explosions
d'étoiles, l'océan primitif, les continents ; presque tout l'univers est
impliqué dans la fabrication de ces alphabets dont nous sommes composés. LA PLACE DE L'HOMME DANS L'UNIVERS
Et quand Pascal dit : "le silence de ces espaces infmis m'effraie", il ne se
rend pas compte -et il serait très intéressé de le savoir s'il était ici- que dans
ces espaces infinis il n'y a pas de raison d'être effrayé parce que c'est là
précisément que se préparent ou que se sont préparés dans le passé ces
éléments de cet alphabet qui lui permettent d'exister et qui lui permettent de
faire cette affirmation.
L'histoire de la complexité et de la constitution des 4° -
alphabets
Je voudrais vous parler de cette progression de la complexité, de la
construction de cet alphabet : si on avait à dire quelle a été la plus grande
découverte de toutes les sciences depuis 500 ans, je crois que je dirais :
c'est que l'univers a une histoire. Il y a une histoire de l'univers, et c'est
loin d'être banal. Il a fallu toutes ces sciences, l'accumulation de toutes ces
sciences, pour en arriver à dire que l'univers a une histoire, qu'il se passe
des choses dans l'univers.
Pour un très grand nombre de philosophes de l'antiquité, l'univers
est sans histoire... Il y a bien sûr du changement sur la terre : le bois
pourrit, le métal rouille, mais c'est anecdotique. Au niveau du ciel, ça ne
change pas. Le ciel, c'est le monde des étoiles et les étoiles sont fixes. On
parle des étoiles fixes, des étoiles immortelles et jusqu'à Newton on parlait
encore des étoiles fixes : au-dessus de la lune, rien ne change, nous sommes
dans le domaine du fixe et de l'immuable. Et ce qui se passe comme
changement sur la terre n'est pas très important. Bien sûr, il y a des
montagnes qui s'érodent et des vallées qui se remplissent, mais
fondamentalement, on a l'idée d'une immobilité, du caractère immuable de
l'univers, en dépit des cycles. Bien entendu, la lune, la terre, les étoiles
font le tour du ciel, mais ces cycles nous ramènent toujours au même point :
il y a comme une espèce d'éternité de la matière et de l'univers, rien de cela
ne va changer. Cette idée, on la retrouve encore chez Newton et Laplace, et
peut-être le dernier à l'avoir défendue avec âpreté et à s'être mordu les
lèvres après, est-il Einstein, qui aurait pu lire dans ses équations
l'expansion de l'univers, qui a refusé cette idée et qui a dit, après, avoir fait
la plus grande bévue de sa vie.
a) Lucrèce et l'évolution
Je voudrais vous parler d'un philosophe latin particulièrement
intéressant parce qu'il a deviné, lui, ce que nous savons aujourd'hui : ce
philosophe s'appelle Lucrèce, et il vécut un tout petit peu avant Jésus-
Christ , dans le port de Rome. Si vous avez la chance de lire son petit livre
"De la nature des choses" -De natura rerum- qui est publié dans la petite Hubert REEVES
collection Hachette, je vous le conseille. Ça se lit comme un roman, il est
passionnant de voir comment cette personne a pu réfléchir sur un exemple
de données vraiment minimes -la science dans l'empire romain avant J.C.
n'était pas très développée- comment cet homme a pu entrevoir cette
extraordinaire affirmation que toute la science confirme aujourd'hui, à
savoir que l'univers a une histoire. Et comment est-il arrivé à cette phrase ?
Il dit carrément : je ne vous crois pas quand vous dites que l'univers est
éternel, je pense que l'univers n'a pas toujours existé, et je crois même qu'il
est jeune. Malheureusement, il ne nous dit pas ce qu'il veut dire par
"jeune", s'il veut dire 100 ans ou 100 millions d'années ; je crois qu'il
aurait été étonné si on lui avait dit 15 milliards d'années. Mais c'est pas très
grave, l'important, ce n'est pas le temps qu'il détermine en disant "jeune",
c'est l'idée que l'univers est jeune. Et comment Lucrèce arrive-t-il à cette
affirmation, à cette conclusion ? D'une façon qui a paru naïve pendant des
siècles, à tel point naïve qu'on ne l'a pas prise au sérieux, sauf qu'on
découvre vers le milieu du 20ème siècle que son raisonnement était
parfaitement correct et qu'il avait tout à fait raison. Lucrèce fait
l'argumentation suivante :
Quand j'étais jeune (apparemment, il s'intéressait beaucoup à la
voile), je me souviens des voiliers que je voyais dans le port de Rome, et je
me rends compte que pendant le courant de ma vie l'art de la voile s'est
amélioré. Vraisemblablement des techniques nouvelles sont apparues dans
le courant de sa vie, mais il dit : les voiliers d'aujourd'hui sont différents
des voiliers de mon enfance en ce sens qu'ils sont plus efficaces, plus
rapides. Il dit aussi : j'ai noté pendant le cours de ma vie une progression
dans l'art des armes : celles d'aujourd'hui sont plus efficaces -remarquez le
mot "efficace" qui va revenir très souvent, il est fondamental- plus
compliquées, plus complexes. Et il a remarqué la même chose pour les
instruments de musique. Il dit "je vois très bien qu'il y a eu une
progression". Et alors il fait ce raisonnement que vous allez peut-être
trouver naïf mais qui est correct fondamentalement "Donc il y a
relativement peu de temps que cela a commencé". Cet argument, c'est celui
que nous utilisons.
b) Historicité, géologie et biologie
Par exemple , les premiers sur le plan scientifique à concevoir cette
caractéristique de la réalité, ce sont les géologues et les biologistes. Les
géologues regardaient les couches géologiques à la fin du 18ème siècle
Cuvier, Buffon- et ils remarquaient comment, quand vous creusez, vous
trouvez des animaux différents dans différentes strates, et les biologistes,
avec Darwin, ont pu traduire cela en chronologie, et dire que la terre, il y a
100 millions d'années était très différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Il LA PLACE DE L'HOMME DANS L'UNIVERS
n'y avait pas d'être humain, il n'y avait pas de mammifères, mais des
dinosaures, des grands reptiles, des sauriens, des animaux relativement
primitifs par rapport à nous. Si vous reculez dans le temps à 500 millions
d'années, il n'y a pas d'animaux sur les continents, il y a des animaux dans
les océans seulement, ce sont des formes encore plus petites, encore plus
primitives. Si vous retournez à un milliard d'années il n'y a plus que des
algues, des bactéries, des animaux monocellulaires que vous ne pourriez
même pas voir à l'oeil nu et qui sont un peu comme ces animaux que vous
regardez à la loupe. Si vous avez laissé des fleurs dans un pot pendant un
moment et que vous regardiez l'eau à la loupe, vous voyez des amibes, des
protozoaires qui sont là. Ce sont précisément ces animaux qui existaient
dans l'océan primitif. Donc en un milliard d'années une progression
radicale dans la forme de la vie sur la terre, et une progression, comme
l'avait bien vu Lucrèce, vers une plus grande complexité -entre les bactéries
et les êtres humains, il y a des ordres de complexité- et vers une plus grande
efficacité ou performance -plus un être est complexe, plus il peut contrôler
l'énergie, la matière qui l'entoure, plus il peut organiser son territoire, plus
il a un impact sur la réalité qui l'entoure-. Donc ça a été le premier pas des
scientifiques pour concevoir qu'il y avait de l'historique, au moins sur la
terre.
c) Historicité et astronomie : l'évolution
Le second pas a été fait par les astronomes, quand ils ont observé
que ces fameuses étoiles éternelles n'étaient pas éternelles du tout. Que les
étoiles, c'est comme les animaux, c'est comme les êtres humains : elles
naissent, elles vivent et meurent, elles ont des problèmes d'énergie ; quand
elles ont épuisé leur énergie, elles meurent ; elles sont soumises aux mêmes
réalités que les animaux. La seule différence, c'est qu'une étoile ça dure
beaucoup plus longtemps. Un être humain, quand il a vécu un siècle, c'est
bien tout ce qu'il peut espérer de la vie. Pour une étoile, dix millions
d'années, c'est un minimum. Une étoile comme le soleil va vivre au total
des milliards d'années, et certaines étoiles vont vivre 100 milliards
d'années. C'est beaucoup plus long, mais ça n'est jamais qu'une différence
de chiffre. L'astronome d'aujourd'hui sait très bien, en regardant le ciel,
identifier les étoiles et leur donner un âge. Dire, telle étoile, les Pléiades
par exemple -on regardait tout à l'heure les Pléiades dans le ciel tout près de
la Voie Lactée- ont trente millions d'années ; ce sont des étoiles
relativement jeunes. D'autres étoiles sont des étoiles âgées, des étoiles
mourantes. Quand vous allez dans la forêt vous regardez les arbres, et vous
n'avez aucune difficulté à distinguer un arbre jeune d'un arbre plus âgé. De
la même façon, après un siècle d'expérience et d'étude du ciel, les
astronomes ont compris qu'il y avait de l'historique aussi bien dans le ciel Hubert REEVES
que sur la terre, c'est-à-dire que les étoiles, les galaxies, les planètes sont
soumises aux changements, ont une évolution : il y a des générations
d'étoiles comme il y a des générations de plantes, d'animaux et d'êtres
humains.
d) Historicité et astronomie : l'expansion
Et le 3ème pas dans le domaine de la conscience de cette historicité,
est venu avec l'étude des galaxies lointaines, et l'étude par Hubble au début
du siècle, du mouvement des galaxies. On réalise vers les années 1910 qu'il
y a beaucoup de galaxies comme la nôtre et on peut mesurer à la fois leur
distance et leur vitesse. Et on s'attend bien sûr à ce que certaines galaxies
s'éloignent de nous et que d'autres s'approchent, un peu comme si l'on était
dans un essaim d'abeilles qui circulent dans tous les sens par rapport à
vous. Grande surprise : les galaxies non seulement s'éloignent toutes de
nous -aucune ne s'approche de nous, sauf les très rapprochées, soit 3 ou 4-
mais elles s'éloignent en outre d'autant plus vite qu'elles sont plus loin. Et
on découvre ce grand mouvement qu'on a appelé l'expansion de l'univers.
L'expansion de l'univers, on peut la comparer à ce qui se passe quand vous
faites un pudding aux raisins et que vous mettez des raisins dans une pâte et
la pâte au four. Regardez ce qui arrive à chaque raisin : tous les raisins
s'éloignent les uns des autres, et si la pâte est bien cuite, les raisins vont
s'éloigner d'autant plus vite qu'ils seront plus loin. En termes
mathématiques, ça s'appelle une transformation homothétique. Donc,
expansion de l'univers, mouvement de l'univers dans son ensemble, ce qui
veut dire : histoire de l'univers.
Voyez, on est rendu au 3ème palier.
C - De l'univers primitif à nos jours
- Premier palier : histoire sur la terre
- Deuxième palier : histoire de la terre, des étoiles, des galaxies, des
habitants de l'univers
- Troisième palier : histoire dans l'univers. Cela veut dire que ça
change dans la structure même -voyez qu'on n'est pas loin !- qu'on a la
preuve définitive -mais tellement extravagante qu'on s'en méfie- de ce
rayonnement fossile, ce rayonnement qui précisément a été émis au début de
l'univers, qui a été prévu par Gamov et confirmé -il n'y a jamais de
certitude absolue en science bien sûr- au-delà de tout doute raisonnable.
Confirmation donc que la théorie de l'expansion de l'univers est une bonne
théorie. Qu'est-ce-que ça veut dire "expansion de l'univers" ? Ça veut dire
que si vous reculez dans le passé, vous arrivez à un moment donné où la