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Dynamiques urbaines en Afrique noire

De
386 pages
Le phénomène urbain est très ancien en Afrique. La ville est le lieu de rencontre et de brassage par excellence d'acteurs politiques, économiques, religieux, intellectuels. La complexité des problèmes des villes africaines est évidente. Cet ouvrage est le résultat du déploiement intellectuel des auteurs ayant pour objectif d'apporter un éclairage sur l'un ou l'autre des problèmes de la ville africaine.
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Dynamiques urbaines en Afrique noire

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus

Djibril DIOP, Décentralisation

et gouvernance

locale au

Sénégal, 2006. Camille KUYU, Les Haïtiens au Congo, 2006. Adama GA YB, Chine - Afrique: le dragon et l'autruche, 2006. Ali CISSÉ, Mali, une démocratie à refonder, 2006. Jerry M'PERENG DJERI, Presse et histoire au CongoKinshasa, 2006. Fériel BELCADHI, L'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien Le Monde, 2006. Théo DOH-DJANHOUNDY, Autopsie de la crise ivoirienne. La nation au cœur du conflit, 2006. Georges Niamkey KODJO, Le royaume de Kong), 2006. France MANGHARDT, Les enfants pêcheurs au Ghana, travail traditionnel ou exploitation, 2006. Viviane GNAKALÉ, Laurent Gbagbo, pour l'avenir de la Côte d'Ivoire, 2006. Daniel Franck IDIATA, L'Afrique dans le système LMD, 2006. Enoch DJONDANG, Les droits de l'homme: un pari difficile pour la renaissance du Tchad et de l'Afrique, 2006. Abderrahmane N'GAÏDE, La Mauritanie à l'épreuve du millénaire. Ma foi de « citoyen », 2006. Ernest DUHY, Le pouvoir est un service, le cas Laurent Gbagbo, 2006. Léonard ANDJEMBE, Les sociétés gabonaises traditionnelles, 2006. Gaston l\!I'BEMBA-NDOUMBA, Les Bakongo et la pratique de la sorcellerie, 2006. Mouhamed Lemine Ould EL KETT AB, Ouadane, port caravanier mauritanien, 2006. Mouhamed Lemine auld EL KETTAB, Facettes de la réalité mauritanienne, 2006. A. C. NDINGA MBO, Introduction à I 'histoire des migrations au Congo-Brazzaville. Les Ngala dans la cuvette congolaise. XVIl'-XIX siècles, 2006.

Martin ELOUGA,Valentin NGA NDONGO et Luc MEBENGATAMBA(eds)

Dynamiques urbaines en Afrique noire

5-7,rue VHannallan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace

L'Harmattan de l'École-Polytechnique;

75005 Paris L'Harmattan Burkina Fas. 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

FRANCE
Kinshasa L' Harmattan Fae..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa

L'Harmattan Italia Via Degli Anisti, 15 10124 Torino ITALIE

Université

- RDC

Membres du comité scientifique de lecture

- Hubert MONO NDJANA, Université de Yaoundé I ;

- Verkijita FANSO, Université

de Yaoundé I ;

- Jacques BONVALLOT, IRD (ex ORSTOM); - Lucien AYISSI, Université de Yaoundé I; - Jean NZIE NGONO, Université de Yaoundé I;

- Olivier lYEBI

MANDJECK, INC. ;

- Magloire Séraphin FOUDA, Université de Yaoundé II.

www.librairieharmattan.com harmattan! @wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00870-4 EAN:9782296008700

La publication de cet ouvrage a bénéficié du soutien du Ministère de l'Enseignement Supérieur du Cameroun, de l'Université de Yaoundé l, de la Commune rurale de NjombePenja et de l'IRD à travers le Département Soutien à la Formation.

7

SOMMAIRE Pages I PARTIE INTRO DUCTIVE i- Avant-propos Martin ELOUGA jj- Phénoménologie de la ville camerounaise Valentin NGA NDONGO iii- Philosophie et Urbanisation Ernest MENYOMO

-

13 15 17 33

II METH0 DOLOGIE

_

.4

Les dimensions clées de la mise en place des système d'information multimédia génériques pour l'analyse des dynamiques des villes au Cameroun Alphonse AYISSI ETEME .4 Understanding the complexity of urban dynamics: Methodological concerns BAYlE C. KAMANDA 67 III- STRATEGIE DES ACTEURS Production du sol et logement à Yaoundé: quatre villes pour une agglomération. Joseph Patrice ONANA ONOMO Les dénominations dans la cité de Yaoundé face aux défis actuels de l'urbanisme Luc MEBENGA TAMBA Mobility in Douala and Yaoundé cities of Cameroon Peter NTUI EDET 79

81

97 115

Homosexualité et urbanité. Approche psychologique d'une problématique constante Marc Bruno MAY! - Jean Marie Essomba 123 Les arts de la rue dans les villes camerounaises Martin ELOUGA - NDOUMOU TOULOU et Landry ATOU 141

IV. DYNAMIQUES SPATIALES ET DEMOGRAPHIQUES...155 Evolution du cadre de vie en milieu urbain planifié ou les limites d'un urbanisme volontaire: cas des quartiers Bonamoussadi et Maképé à Douala. PRISO D. Dickens, EDDY Michel NONO W\MBO et NGUENDO YONGSI 157

8

Croissance spatio-démographique de Yaoundé et ses conséquences au cours de la 2e moitié du 20e siècle. Benoit MOUGOUE . 179 V- RURALITE DANS L'URBANITE: L'AGRICULTURE URBAINE ET PERI-URBAINE L'arbre et l'environnement urbain au Cameroun. BernardALoys NKONGMENECK 197 199

Agriculture urbaine dans les bas-fonds de la ville de Yaoundé : Diversification et intensification D. ENDAMANA, A. ADESINA, l. GOCKOWSKI et D. l. SONWA... 213 VI- APPROVISIONNEMENT DES VILLES L'approvisionnement de la ville Camerounaise de Limbe en produits vivriers. MichelOLlNGA OLlNGA Instabilité du prix des vivriers, sécurité alimentaire urbaine au Cameroun. Ludovic TEMPLE et Sandrine DURY.. VII- INSECURITE ET VIOLENCE DANS L'ESPACE URBAIN Mass poverty and urban crime in West and Central Africa. Armstrong MATSU ADElO and Simon lATA NGENGE.. The rise of crime waves in Cameroon's urban centres in the era of liberalisation and democratisation Simon TATA NGENG E Cultism and violence in higher institution in Nigeria: The wider implications for the West and Central African. Armstrong Matiu ADElO 231

233

259 285 287

..301

315

Le logement étudiant dans les villes universitaires camerounaises; réalités et perspectives. Le regard du mouvement international des étudiants catholiques (MIEC). Denis l. SONWA, Eddy N. NONO, Modeste D. YMBANG et ZOBEL l. BEHALAL 333

VIII- INSALUBRITEURBAINE 349 Actes et comportementsd'insalubrité en milieu urbain au Cameroun LucMEBENGA TAMBA 351

9

The management of solid waste: a socio-political approach with example from central and westAfrica. Simon TATANGENGE etArmstrongMATIUADElO IX. ANNEXES I. Discours du Coordonnateur duCEES (ex GRES) Il. Communiqué final III. Résolutions

363
377 .31 .383

A la mémoire du Docteur Claude DIGARA, membre fondateur du CEES/GRES, prématurément arraché à la vie le 06 novembre 2003.

I
PARTIE INTRODUCTIVE

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AVANT-PROPOS
La ville est le lieu de rencontre et de brassage par excellence d'acteurs politiques, économiques, religieux, intellectuels, entre autres. Leurs connections, ou interactions strncturantes en font un véritable organisme vivant et dynamique dont la morphologie se dégage de l'agencement d'espacesfonctionnels et résidentiels. Ces espaces s'illustrent comme les supports d'un réseau complexe et dense de relations.. ils sont aussi l'expression matérielle des logiques et stratégies qui se mettent en place pour faire face aux problèmes urbains traditionnels ou émergents. Ces problèmes sont à l'origine de la réflexion scientifique séculaire sur le phénomène urbain. Réflexion confisquée, peut-être inconsciemment, pourraiton penser, par les géographes, sociologues et philosophes. Pourtant, la complexité des problèmes des villes africaines est évidente. Limiter leur étude aux seules approches géographique, sociologique ou philosophique est une entorse épistémologique que les spécialistes des sciences sociales et exactes ont laissé se développer, malgré les limites qu'elle entraine dans la compréhension du phénomène urbain, perçu comme une réalité multi-dimensionnelle. L'organisation du colloque sur les «Dynamiques urbaines» a été une occasion pour le Groupe de Recherche et d'Expertise Environnementales et Sociales (GRES), devenu Centre d'Etudes Environnementales et Sociales (CEES), de rompre avec les archétypes, pour inviter Historiens, Géographes, Sociologues, Anthropologues, Psychologues, Philosophes, Botanistes/ Ecologues, Agro-économistes, à venir rendre compte de leurs recherches sur les questions urbaines en Afrique, participer, en même temps, à l'initiative de reconstruction épistémologique prise par le CEES (ex-GRES). La pluralité des disciplines scientifiques reflète la diversité des problèmes examinés, et témoigne de la nécessaire implication des sciences autre que la géographie et la sociologie dans les études urbaines.

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Pendant deux jours, enseignants, cherr;heurs et étudiants venus d'Europe et d'Afrique, ont travaillé en synergie sur une thématique patiemment construite sur la base des problèmes urbains cruciaux de l'heure :dynamique spatiale et démographique; stratégies de lutte contre la précarité de la vie; permanence du rural dans l'espace urbain ou la difficile harmonisation de la ruralité avec l'urbanité; violence et insécurité urbaines; irruption des prostituées et des enfants abandonnés dans les rues des grandes villes; insalubrité et déshumanisation de l'espace urbain; émergence progressive des arts de la rue ou la déconstruction des modèles traditionnels de production et d'offre des œuvres de l'esprit, ou des biens culturels. Le présent ouvrage est le résultat du déploiement intellectuel des participants ayant pour objectif d'apporter un éclairage sur l'un ou l'autre des problèmes de la ville africaine. Nous leur témoignons notre reconnaissance, car leur engagement auprès de nous, a permis au CEES (ex-GRES) de remplir la mission d'animation scientifique et de valorisation des résultats acquis sur le terrain qu'il s'est assigné. Qu'il nous soit aussi permis de remercier le Pr. JosephMarie ESSOMBA, Président Scientifique des travaux du Colloque, les membres du comité scientifique du Colloque et de lecture de l'Harmattan ainsi que tous ceux qui ont soutenu l'initiative du CEES (ex-GRES), et contribué à sa concrétisation. Nous pensons notamment au Dépat1ement Soutien à la Formation (D.S.F.) de l'I.R.D., le Ministère de l'Enseignement Supérieur; l'Université de Yaoundé 1, la Mairie de NJombe-Penja qui ont financé l'organisation et la publication des Actes du Colloque. Nous n'oublions pas le dévouement et la patience dont a fait montre Madame FOUDA Anne Marie pour produire le prêt à clicher. Martin ELOUGA

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PHENOMENOLOGIE DE LA VILLE CAMEROUNAISE
Valentin NGA NDONGO Université de Yaoundé I Département de Sociologie etAnthropologie

La meilleure façon pour moi d'engager cette réflexion, c'est d'être honnête avec vous, en vous indiquant mes cirr:onstances scientifiques. En effet, sur l'arbre généalogique déjà bien touffu de la sociologie, j'ai la prétention d'appartenir à la branche bourdieusienne où l'on cultive une approche plutôt hétérodoxe, voire anarchiste de la science. C'est cette démarr:he qui va structurer mon propos que les organisateurs ont volontiers qualifié de «Leçon inaugurale» mais que, me souvenant justement de la célèbre et ironique «Leçon sur la leçon» de Bourdieu, je préfère appeler, sans fausse modestie, «Exposé liminaire». Donc, le comité d'organisation de votre colloque, par l'entremise du coordonnateur du CEES (ex-GRES), a bien voulu m'inviter à venir vous présenter une communication sur la «Définition de la ville». Définir d'emblée la notion de ville semble, à priori, une opération essentielle, dans la mesure où une telle démarche qui s'inscrit, au demeurant, dans une perspective durkheimienne, a pour objectif de permettre au chercheur d'isoler et de classifier des catégories de faits: «Toute investigation scientifique, écrit, en effet, l'auteur de Les règles de la méthode sociologique, porte sur un groupe déterminé de phénomènes qui répondent à une même définition. La première démarche du sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite, afin que l'on sache bien de quoi il est question. C'est la première et la plus indispensable condition de toute preuve et de toute vérification (E. DURKHEIM, 1986: 34). Une telle approche présuppose, évidemment, comme

l'observe Raymond ARON (1990: 367), que «tous les faits que

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Valentin Nga Ndongo

l'on a classés dans la catégorie ont nécessairement une seule et même cause», et j'ajouterais une seule et même nature, une seule et même identité, statiques, immuables. Dans le cas d'espèce, on pourrait ainsi supposer qu'il existe, par-delà les époques et les civilisations, une seule, unique, universelle et permanente définition de la ville. Pour simplifier la compréhension, on pourrait élaborer une telle définition et dire, par exemple, que la ville se conçoit par opposition au village, qu'elle constitue une agglomération ayant un nombre défini d' habitants, qu'elle remplit un certain nombre de fonctions d'ordre économique, social ou politique. Mais alors, serait-ce à dire que des agglomérations aux trajectoires aussi différentes les unes des autres que Babylone, Jérusalem, Paris, Douala, ressortissent à une même acception, que la «Polis» grecque ou la «Urbs» latine ait quelque parenté avec la ville coloniale africaine ou la mégapole américaine, qu'une ville créée ex nihilo, par décret, comme Abuja, Dodoma ou Monatélé ait quelque similitude avec une agglomération multicentenaire comme Rome, Athènes ou Istanbul? Cette espèce d'incertitude notionnelle transparaît mêmement au niveau des politiques urbaines nationales. En France, par exemple, où a été créé, il y a quelques années, un Ministère de la Ville, celui-ci a presque exclusivement été conçu comme une réponse à la situation sociale des banlieues dites chaudes de Paris et de Lyon. Au Cameroun, où fonctionne également un Ministère de la Ville, l'accent a plutôt été mis jusqu'à présent sur les infrastructures et l'amélioration du cadre de vie. Les mêmes ambiguïtés s'observent au niveau des perceptions et des représentations individuelles et collectives: on veut bien comprendre qu'un habitant de Monatélé ou de Garigombo dise qu'il va en «ville», c'est-à-dire à Yaoundé, la métropole méridionale (ce qui signifie qu'il y a une hiérarchie des villes), mais on comprend moins qu'un résident du quartier Melen à
Yaoundé parle lui aussi d'aller «en ville», ce qui sous-entend que,

dans la ville, il existe plusieurs niveaux de ville. De plus, l'architecte, l'archéologue, le poète, l'urbaniste etc... n'ont guère la même perception de la ville.

Phénoménologie de la ville camelOunaise

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En réalité, et au risque de contrarier ceux qui m'ont invité, je dirais qu'une définition initiale de la notion de ville n'est pas aisée.. elle n'est même pas nécessaire, la définition n'étant pas, et làje rejoins Albert MEMMI, unefin en soi. Ce qui, par contre, me paraît possible et utile, à ce stade, c'est, à mon sens, une sorte de «phénoménologie» de la ville et, singulièrement, de la ville camerounaise, Une approche phénoménologique aurait l'avantage non pas de proposer une définition à priori, sorte de prêt-à-porter de la ville, mais plutôt une exposition, une «monstration» du phénomène «ville», tel qu'il se produit sur le terrain, dans sa réalité socio-historique, à travers les différentes manifestations qui en dévoilent le sens et la puissance et dont on pourrait alors, à posteriori, déduire une définition vivante de la ville. Cette approche dynamique semble d'ailleurs mieux cadrer avec le thème du colloque: «Les dynamiques urbaines au Cameroun». Elle me permet, en tout cas, d'esquisser une analyse de la société urbaine, de ses diverses composantes, de leur interaction et interrelation, avant de poser la ville comme un défi permanent à notre intelligence et à notre culture. Mon propos voudrait ainsi s'articuler savoir: J) La ville comme une société complexe .. sur quatre points, à

2) La ville comme une société en crise
3) La citadinité : un défi permanent 4) La ville: définition dynamique ..

..

et provisoire

I. LA VILLE: UNE SOCIETE COMPLEXE
Dans cette première partie, je m'intéresse à l'analyse des principaux éléments constitutifs ou structurants de la société urbaine camerounaise, tels qu'ils sont décrits à travers la littérature ethnosociologique. Ces éléments permettent de dresser, si l'on ose dire, le portrait de la ville, d'en dessiner l'identité. Grosso modo, la ville se présente tantôt comme stlllcturée en deux pôles distincts et antinomiques, tantôt comme éclatée en plusieurs pôles qui se juxtaposent sans jamais s'agréger véritablement.

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Valentin Nga Ndongo

A. LA VILLE: UNE STRUCTURE DICHOTOMIQUE
Commençons par le caractère bipolaire de la ville. On peut dire que cette bipolarité est avant tout le produit de l'histoire. 1. Ville des Blancs et villes des Noirs Pour comprendre la bipolarité de la ville, il convient en effet, d'interroger le processus de celle-ci, c'est-à-dire de resituer la ville dans le contexte historique et social qui l'a engendrée et qui l'éclaire merveilleusement aujourd'hui: c'est le contexte colonial. Certains auteurs «afropessimistes», soutiennent, certes, que la colonisation n'a été qu'un épisode (J. F. BAY ART) ou une
parenthèse, aujourd'hui bien lointaine, de l'histoire africaine. Mais

comme l'affirme Georges BA LA ND 1ER, on ne peut rien comprendre aux sociétés africaines si on ne les resitue dans le contexte colonial qui les a durablement ma1!juées et qui a été pour elles ce que les historiens appellent un «événement
traumatisme» .

L'urbanisation et la mégapolisation subséquente, enAfrique noire, sont des produits de la colonisation. Il est, en effet, admis que, en dehors de quelques rares villes précoloniales comme Mombassa ou Tombouctou, les grandes agglomérations actuelles, Douala et Yaoundé sont de celles-là, sont issues de l'entreprise coloniale (KEGNE et al, 2000). En s'implantant et en se développant, ces villes coloniales ont épousé le caractère et la structure asymétriques, bipolaires, dichotomiques, discriminatoires et ségrégatifs de la société coloniale. Al' exemple de celle-ci, qui discrimine et hiérarr:hise deux groupes sociaux, les coloniaux (majorité sociologique) et les colonisés (minorité sociologique), disons mieux deux races, les Blancs et les Noirs, la ville coloniale oppose irréductiblement deux. villes: la ville européenne et la ville indigène, le «Tanga» des Blancs et le «Tanga» des Noirs, «deux mondes, deux destins» (EZA BOTO), c'est-à-dire, deux sociétés distinctes, deux modes de vie différents, deux cultures urbaines antinomiques, deux types différents de rapport à l'urbanité. Au demeurant, cette fracture sociale, pour ainsi dire, s'observe sur le plan physique, géographique et infrastructurel,

Phénoménologie de la ville camelOunaise

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et le paysage urbain dessine bien ce contraste saisissant entre, d'une part, la ville européenne, avec son réseau routier, ses constructions en dur et ses infrastructures sociales, et, d'autre part, la ville africaine, avec ses cases en poto-poto ou en carabottes, avec ses basfonds et ses bidonvilles boueux, insalubres et populaciés.

2. Santa Barbara et Mokolo-Elobi
La société urbaine postcoloniale n'a pas totalement rompu avec cette bipolarité de la ville coloniale. On peut même dire que non seulement la ville postcoloniale porte les stigmates de la ville coloniale mais qu'elle a prolongé cette dichotomie, mieux encore qu'elle l'a approfondie, par-délà les continuités et les ruptures. Certes, la spéculation foncière et l'intervention de l'Etat aidant (déguerpissement, recasement, construction des cités SIC etc...), la ville postcoloniale a évolué vers plus de mixité, tout au moins au plan géographique. Maisfondamentalement, la configuration sociale est restée presque la même, tant les nouvelles élites politiques et économiques (ces «Blancs de remplacement», comme les appelle l'ethnosociologue René Bureau) de Bastos, SantaBarbara ou Hydrocarbures, continuent d'entretenir la traditionnelle ségrégation socio-économique, en refoulant les pauvres et les classes modestes vers les bas-fonds et bidonvilles de Mokolo-Elobi, Nkolmesseng, Nyala ou Ndogpassi.

B. LA VILLE: UNE STRUCTURE MULTIPOLAIRE
Quoi qu'il soit, le milieu social urbain ne saurait se réduire à unface-à-face riches-pauvres, même si telle est sa configuration dominante. La ville est une structure plus complexe, une structure multipolaire, au regard notamment de deux facteurs: la démographie galopante et la pluralité des composantes sociologiques de la ville. 1) Le «boom» démographique Bien que de création, et donc de peuplement relativement récents, la ville africaine a connu un véritable «boom»

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Valentin Nga Ndongo

démographique qui s'est accéléré depuis les années 1960. Kinshasa, par exemple, est partie, en 1950, de 400 000 habitants,

puis est passée, en 1967, à plus d'un million d'habitants, à
1.500.000 habitants.

Au Cameroun, les données démographiques urbaines donnent le vertige. Examinons celles relatives à nos deux métropoles: çU Douala:
1960: 110.500 h 1976: 458.426 h
!2l Yaoundé:

1960 ; 72.000 h 1972 : 180.000 h 1982: 456.000 h 1985 : 583.470 h 1992: 899.300h 1995: 1.047.100 h 2000 ; 2.000.000 h Horizon 2010 : 2.500.000 h

1982: 666.000 h
1985 : 852.705 h 1992 : 1.043.300 h 1995: 1.135.850 h 2000: 2.500.000 h Horizon 2010 : 3.000.000 h

A vrai dire, ces chiffres sont purement indicatifs, et je crains que personne ne sache finalement quelle est la population exacte de nos deux mégapoles. L'important, c'est que ces statistiques nous indiquent l'ampleur de l'urbanisation. De même les données statistiques montrent-elles la progression hyperbolique du taux d'urbanisation qui est passé de 28 % en 1976 à 38 % en 1987 et à 50 % en l'an 2000. Ce qui autorise à dire qu'aujourd'hui, la moitié des Camerounais sont des citadins, Yaoundé et Doua,la présentant une sorte de «primatie» ou de «macrocéphalie», puisque, à elles seules, ces deux villes accueillent près des deux tiers de cette population urbaine. Cette tendance est irréversible, et l'on peut affirmer que le Cameroun entre inexorablement dans un monde et une civilisation «majoritairement urbains» (Olivier DOLLFUS).

2. La ville: un «melting pot» socio-culturel L'urbanisation accélérée de la population et de la société camerounaise est alimentée, en amont, par un certain nombre de

Phénoménologie de la ville camelOunaise

23

phénomènes, -

à savoir, notamment:

L'exode rural qui pousse de nombœux jeunes vers la ville, en quête de promotion socio-économique:

- Le taux de natalité interne des villes où la majorité des citadins de la 3e génération (enfants nés depuis les années 70) sont aujourd'hui des jeunes de moins de 30 ans qui, du reste, constituent plus de 52 % de la population de nos deux métropoles;

-

Les contre-coups démographiques des crises politiques africaines, à l'exemple de la crise des Grands Lacs qui a draîné, dans nos métropoles, un nombre non négligeable de réfugiés plus ou moins clandestins.

Quoi qu'il en soit, ces dynamiques démographiques, endogènes ou exogènes, ne sont pas sans modifier ou transformer, peu ou prou, une réalité sociale en construction permanente. Elles montrent bien que le tissu social urbain est extrêmement complexe, que la ville est, finalement, plus qu'un «melting pot», plus qu'un lieu de rencontre: elle est un théâtre où se déploie au quotidien, unefoule d'acteurs les plus divers (hommes etfemmes, jeunes et adultes, garçons etfilles, catégories socioprofessionnelles, ethnies, religions, races etc...) qui, à partir de leurs itinéraires, de leurs stratégies, de leurs centres d'intérêts, et de leurs rapports à
l'urbain, élaborent voire antithétiques, aujourd'hui. souvent des réponses et des ripostes divergentes, aux nombreux défis que leur pose la ville

II. LA VILLE:

UNE SOCIETE EN CRISE

Aujourd'hui, en effet, plus qu'hier, la ville camerounaise, fruit d'une urbanisation accélérée, est une société en crise. Quels sont les facteurs et les implications de cette crise? Il s'agit d'une crise multidimensionnelle qui porte, entre autres, sur la cruauté de la ville, les effets pervers de la culture villageoise, les phénomènes d'exclusion sociale et de pauvœté, l'insécurité, la violence et l'anarchie urbaines.

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Valentin Nga Ndongo

A. VILLE CRUELLE Ce qui frappe d'emblée, déstructurant de la ville. I. Déstructuration
Parce qu'elle a été et reste un phénomène exogène, l'urbanisation a toujours constitué, pour le Nègre de la forêt ou de la savane africaine, une sorte de déracinement, d'aventure ambiguë. Celle-ci a souvent eu pour effet la déstructuration, c' està-dire le dysfonctionnement des groupes sociaux, en particulier le principal d'entre eux, à savoir la cellule familiale, fragilisée, ces dernières années, par les conséquences de la crise économique et de l'ajustement structurel. Le dysfonctionnement de la société urbaine rejaillit surtout sur les couches sociales les plus vulnérables, c'est-à-dire les jeunes, de plus en plus soustraits à une autorité parentale
économiquement etfinancièrement discréditée et à un encadrement familial défaillant. En proie elle-même à de nombreuses difficultés, la cellule familiale est, en effet, de moins en moins apte à assurer la scolarisation des enfants et à contribuer, comme jadis, au processus de socialisation de ces derniers dont les repères éthiques

c'est le caractère

cruel et

et les modèles d'identification deviennent désormais sinon incertains, du moins incontrôlables (je pense ici, par exemple, à l'accès et à l'exposition libres des jeunes aux médias et à la littérature faisant l'apologie de la violence, du sexe, du crime, de la malhonnêté ou de l'immoralité). 2. Une jeunesse en difficulté
L'échec des parents en ville se transforme bien vite en celui des enfants qui deviennent aussitôt des «jeunes en difficulté», rejoignant ainsi cette autre catégorie de jeunes issue de l'e:r-ode rural et pour laquelle la ville n'a d'ailleursjamais été qu'adversité, cruauté, rêve brisé. Il s'agit, defait, d'un rêve brisé, disons mieux d'un mythe devenu réalité. Fuyant le village où ne règnent plus que misère et sorcellerie, mystifiés par les images mirobolantes diffusées par

Phénoménologie de la ville camelOunaise

25

les médias, appâtés par les faux éclats et les mirages d'une civilisation urbaine dominante et triomphante, nombre de BANDA arrivent dans nos métropoles en quête d'une «vie meilleure», selon le mot du chanteur. Mais très vite, le jeune campagnard doit revenir sur terre et affronter, comme les autres, la dure réalité de la vie urbaine faite d'individualisme, d'égoïsme, de précarité, d'exclusion, de marginalisation. Le jeune en difficulté est également confronté au problème du non-emploi, phénomène essentiellement urbain qui touche 65,4 % des jeunes de moins de 24 ans (ceux-ci représentent 30 % des demandeurs d'emploi à Yaoundé). Exposé aux agressions du climat, le jeune en difficulté est aussi en proie non seulement à de nombreuses maladies contagieuses telles que les MST/SIDA et la tuberculose mais à des fléaux sociaux comme la prostitution, la toxicomanie, l'alcoolisme et, fait nouveau chez nous, la pédophilie. Les plus courageux d'entre les jeunes en difficulté s'orientent vers les activités du secteur informel, avec des succès relatifs, tandis que d'autres choisissent de devenir des vecteurs de la violence et de l'insécurité urbaines. A titre d'illustration, 27 % des détenus des prisons camerounaises sont, en 1996, des jeunes, citadins pour la plupart, de moins de 18 ans (Rapport PNUD, 1998). B. EXCLUSION SOCIALE ET PAUVRETÉ

A la cruauté de la ville, il convient sans doute d'ajouter l'exclusion sociale et la pauvreté qui sont le lot quotidien de la majorité des citadins. Exclusion et pauvreté s'expriment en termes de chômage, certes, mais surtout d'inaccessibilité aux services sociaux les plus élémentaires: eau potable, électricité, santé, téléphone, logement etc... Certains secteurs de la ville sont tellement enclavés et souséquipés qu'ils s'apparentent à ces zones de non droit qu'on rencontre en Amérique Latine, véritables «chaos bornés» où, selon Olivier DOLLFUS, les «populations sont les proies de groupes insurgés, de bandes armées, qui se combattent et qui prennent en otage ces populations». L'exemple de Douala, avant l'intervention du «Commandement opérationnel», ou celui de Yaoundé (quartier Briqueterie ou alentours de l'immeuble dit de la mort), illustrent

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Valentin Nga Ndongo

bien mon propos et montrent le degré paroxystique parfois atteint par l'insécurité dans nos métropoles, insécurité qui, alimentée par l'exclusion et la pauvreté, pourrait bien transformer nos villes en «chaos bornés» ou en «terrae incognitae» (J.c. RUFIN).

C. LA VILLE OU LE VILLAGE?
Troisième élément de la crise de la société urbaine, me semble+il, c'est la permanence du village dans la ville, la «ruralisation de la ville» (ELA). En effet, la ville africaine a souvent été considérée comme «un gros village». Je n'insisterai pas, outre mesure, sur la ruralisation du paysage urbain, elle saute aux yeux. Je mettrai davantage l'accent sur le caractère villageois de l'espace social urbain pour montrer comment, sur le plan culturel, les habitants des villes africaines (les «néocitadins», comme les appelle Georges BA LANDIER) tentent, vaille que vaille, de se réapproprier la ville, en la transformant, à leur guise, à partir de leur culture villageoise de base. Il y a lieu ainsi de se poser sérieusement la question suivante: qui sommesnous au fond, des citadins ou des villageois? Il est vrai que les effets sociaux de la <<néocitadinité» sont plus que pervers, et hypothèquent la promotion d'une authentique civilisation urbaine africaine. Examinons deux illustrations. 1. Le tribalisme urbain Dans la ville africaine, les relations tribales demeurent vivaces. Il est vrai que l'installation en ville essaie d'obéir à une certaine appartenance ou affinité tribale, ethnique ou religieuse. Au demeurant, la prédominance d'une ethnie donnée ou d'un groupe d'appartenance donné dans un quartier (à Yaoundé: Etoudi, Mvog-Ada, Briqueterie etc...) révèle une certaine tentative de reconstituer, en ville, la tribu ou le village. Dans une remarquable étude surAbidjan (Côte d'Ivoire), J.M. GIBBALfait ressortir ces survivances villageoises et ethniques en milieu urbain.

Il écrit:

«Les citadins de première génération

demeurent

tributaires d'une culture villageoise qu'ils adoptent et transforment en dehors de leur cadre de travail... Dans ce cadre et ce rythme de vie, encore très villageois, les liens de parenté traditionnelle

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se maintiennent et ne subissent que des transformations partielles dues à la restriction de la portée des anciennes obligations. Aussi la solidarité familiale demeure-t-elle très forte, d'abord entre parents présents à la ville, ensuite entre le citadin et sa famille villageoise... La coupure d'avec le milieu rural et la confrontation avec une réalité urbaine, que les citadins de fraîche date appréhendent mal dans sa nouveauté et sa complexité, conduisent ceux-ci à créer de nouvelles formes de solidarité. Il s'opère des regroupements, soit sur une base villageoise, soit sur une base ethnique plus large, sous la forme d'associations plus ou moins spontanées qui essaient de répondre à l'insécurité du milieu urbain». On peut, certes, comprendre que ces relations «intraethniques» soient une réponse de certains individus ou groupes à l'incertitude et à l'insécurité engendrées par la cruauté de la ville, dans la mesure où elles «concourent à établir de nouvelles normes sociales dans la confusion engendrée par l'hétérogénéité de la société urbaine». Mais il faut bien reconnaître que ces relations favorisent une sorte de «tribalisme urbain». Or, comme chacun le sait, le tribalisme constitue le mal africain de toujours, tant il divise, est source de repli sur soi, de repli identitaire, de négation de l'autre. Transposé en milieu urbain, le tribalisme est unfrein à l'émergence d'une société urbaine intégrée et mobilisée autour d'objectifs et de projets communs, toutes choses qui ne sont pas réalisables si les groupes tribaux, religieux et autres se reconstituent en ville, revendiquant chacun leur identité, c' est-àdire leur spécificité, leur différence ou leur supériorité. 2. Effets pervers de la culture villageoise Le «tribalisme urbain», comme affirmation de la différence, est d'autant plus nuisible que la transposition du village en ville a des effets pervers sur le développement urbain. En effet, certains comportements des «néocitadins» peuvent s'expliquer par la survivance de croyances et de pratiques culturelles villageoises. Anne-Sidonie ZOA a pu montrer comment, par exemple, le problème de l'insalubrité et des onlures à Yaoundé était lié à des pratiques rituelles et culturelles, à des représentations de certains

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Valentin Nga Ndongo

groupes ethniques, pour conclure que ce problème concerne des hommes, des femmes et des groupes sociaux «sur lesquels pèse le poids des modèles socioculturels hérités de la tradition ou du village». On pourrait étendre cette invasion de la culture villageoise à d'autres secteurs tels que la rue (occupée de façon sauvage et anarchique), les loisirs, le bruit aux heures tardives, la conduite automobile, la pratique du petit élevage etc. On y décélérait, sans doute, les traces vivaces ou les rémanences d'une certaine mentalité «primitive» avec laquelle l'Africain n'a pas totalement rompu et qu'il continue de développer en ville. On saisit, dès lors, la difficulté qu'il y a à acter une politique de construction d'une société urbaine avec, comme dit 1.M ELA, «de nombreux citadins africains (qui) habitent la ville avec une âme d'indigènes» les poussant permanemment au désordre, à l'incivisme, voire à la délinquance. Et pourtant, le passage à une nouvelle urbanité se pose comme un impératif catégorique. Le Camerounais doit naître à la citadinité.

Ill. LA CITADINITE

: UN DEFI A RELEVER

Parler de naissance à la citadinité revient, en fait, à parler de développement social de la ville. On me dira, certes, que le concept de développement est galvaudé, que c'est une sorte de «tarte à la crème». Mais dans mon entendement, il s'agit du développement dans sa double acception quantitative et qualitative tenant compte elle-même de la double dimension de l'homme, «composé psychosomatique», selon la célèbre formule thomiste, c'est-à-dire être de chair et d'esprit. Ces deux éléments sont inséparables, d'après le vieil adage latin: «Mens sana in corpore sano» (un esprit sain dans un corps sain). A. DEVELOPPEMENT DU CORPS

Il renvoie au développement quantitatif, matériel, infrastructurel. Tout individu ou groupe social a un minimum de besoins à satisfaire pour se réaliser, pour s'épanouir, pour vivre

Phénoménologie

de la ville camelOunaise

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ou survivre. Dans une société élémentaire, ces besoins peuvent se réduire au strict minimum. Dans un milieu aussi complexe que la ville, non seulement ces besoins augmentent en nombre et en qualité mais ils deviennent comme une exigence de vie. Par conséquent, assurer le développement social quantitatif revient à mettre à la disposition des citadins des infrastmctures sociales suffisantes et des équipements sociaux adéquats pour la satisfaction de leurs besoins en matière d'éducation, de santé, de logement, de voies de communication, d'eau potable, d'électricité, de téléphone, de loisirs, de culture, de sports.

B.

DÉVELOPPEMENT

DE L'ESPRIT

Concomitamment, il convient de développer; qualitativement, c'est-à-dire de transfonner, notre «âme d'indigène» vivant en ville, notre culture et notre esprit de néocitadins, pour les adapter; les confonner aux nouvelles exigences d'une société citadine. Comme,

l'écrit, par exemple, Jean Marc ELA, à propos des ordures, «pratiquer l'hygiène et la salubrité, prendre soin de ce qu'onjette et du lieu où l'on jette les déchets suppose un changement d'univers mental». Le même changement de mentalité pourrait concerner d'autres sujets que les ordures: le voisinage, la circulation routière, l'habitat etc. Le développement social qualitatif est, il est vrai, une question de socialisation, d'éducation, de fonnation à la citadinité, aux valeurs et aux normes de la vie en ville. Il s'agit d'opérer, avec succès, le difficile mais nécessaire passage du village à la ville, de tuer en nous le viel homme villageois pour renaître à la citadinité, de contribuer à l'émergence des villes plus salubres et plus sûres, ou en tout cas, moins chaudes, de favoriser la fonnation, dans les quartiers, d'un lien social fort, fondement à la fois de la solidarité et de l'intégration des individus et des groupes, pardelà la diversité de leurs appartenances sociales, tribales ou
religieuses.

Cette éducation à la citadinité peut faire l'objet d'un marketing social pennanent, à travers des activités récréatives, des programmes médiatiques (radio, télé, imprimés et autres), ainsi

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Nga Ndongo

que

des actions de formation sur le terrain, au sein des structures
social à créer.

de développement

L'enjeu du développement social, c'est, finalement, la transformation de nos «gros villages», non en ghettos de l'exclusion ou de la misère, mais en authentiques cités africaines, cités au sens fort de «civitas», qui non seulement est étymologiquement proche de civilisation, c'est-à-dire éducation, bonnes mœurs, excellence, mais répond parfaitement à la définition qu'en donne ARISTOTE pour qui «une Cité, c'est un rassemble-ment de maisons et de familles pour bien vivre, c'est-à-dire pour mener une vie parfaite et indépendante» (Aristote: La Politique. Ill.S). Sur ce vaste chantier de construction du développement social urbain sont convoqués tous les acteurs, qu'ils soient institutionnels, de la société civile ou de la population elle-même, qui doivent travailler la main dans la main, dans le cadre d'un partenariat dynamique et agissant et d'une véritable politique de l'urbain, elle-même arrimée à une vigoureuse politique d'aménagement du territoire. Somme toute., l'urbanisation, avec ses nombreuses implications politiques, sociales, économiques, culturelles etc, constitue un nouveau défi au génie africain. Certains sociologues et économistes l'ont considérée à la fois comme un facteur incontournable du changement social, un indicateur essentiel de la mutation de la société traditionnelle, ou une variable antécédente du développement (LERNER, SCHRAMM). L'un de ces penseurs, le célèbre auteur de Les étapes de la croissance, Walt ROSTOW, pose l'urbanisation comme l'une «des conditions préalables au décollage». D'après lui, en effet, «l'urbanisation crée les conditions minimales nécessaires au décollage vers une société de participation accrue. Seule la ville est capable de «produire» des écoles, des journaux, des services, des salles de cinéma, lieux et facteurs de coagulation de la société de participation». Idéologiquement, certes, je suis loin d'être «rostowien». Force est, cependant, de reconnaître la pertinence des propos du penseur américain. Il ne faut pas, comme dirait Axelle KABOU à propos du développement, que l'Afrique œfuse l'urbanisation. Car

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bien assumée et maîtrisée, l'urbanisation peut et doit être une chance pour la société camerounaise en devenir. Il nous faut, par conséquent, saisir cette chance, pour être présents, demain, au rendez-vous de la civilisation de l'Universel qui sera, à coup sûr, la civilisation de l'urbain. Le monde actuel s 'y achemine inexorablement, puisque, selon la plupal1 des projections, en 2025, la ville constituera la demeure de près des deux tiers de l'humanité. Et l'an 2025, en sommes-nous si éloignés? TV. EN GUISE DE CONCLUSION, UNE DEFINITION PROVISOIRE DE LA VILLE Voilà donc exposé, décrit, montré, raconté et, peut-être, aussi défini, par la même occasion, ce que peut être une ville, la ville camerounaise. Et s'il fallait finalement, et absolument, donner une définition formelle de la ville, j'indiquerais, à partir de l'exemple précédemment décrit, les quelques éléments suivants: 1) La ville est un espace territoriale ment défini, délimité et plus ou moins aménagé; 2) La ville est un haut lieu d'échanges économiques;

3) Indépendamment du critère statistique (qui est relatif), la ville est un espace de rencontre, de brassage, de négociation et d'interaction de groupes sociaux divers et différenciés.. Cette diversité et cette différenciation sont généralement sources de frustrations, de ségrégations, de conflits; 4) Creuset d'une nouvelle société, la ville est aussi le point de départ des innovations et du changement social; 5) Du point de vue politique, la ville est le centre névralgique, d'impulsion et d'orientation de l'arrière-pays et dans cel1ains cas, du monde (New York, Washington, Paris, Londres etc). Que vaut, en fin de compte, cette définition? exhaustive? Peut-elle prétendre à l'universalité? Est-elle Est-elle

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mondialisable, exportable? A vrai dire, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est, comme l'affirme Albert MEMMI, qu'«Une définition n'est qu'un outil ..elle consiste à tenter, pour la meilleure efficacité opératoire, d'inclure le maximum de sens dans un minimum de mots. C'est dire qu'on peut toujours espérer la parfaire» A. MEMMI: 1979, 212).

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GIBBAL (Jean-Marie), 1974: Citadins et villageois dans la ville africaine (l'exemple d'Abidjan), Paris, F. Maspero. KEGNE FODOUOP et al.. 2000: Un demi-siècle de recherche urbaine au Cameroun, Yaoundé, Presses Universitaires. MEMMI (Albert), 1979: La dépendance, Paris, Gallimarrl. humain (la pau-

p.N. U.D., 1998: Rapport sur le développement

33

vreté au Cameroun),

Yaoundé.

ROSTOW (Walt), 1962: Les étapes de la croissance, Paris, Seuil (traduction fr..) RUFIN (Jean-Christophe), 1992: L'empire et les nouveaux barbares (rupture Nord-Sud), Paris, J.e. Lattès. ZOA (Anne-Sidonie), l 'Harmattan. 1995: Les ordures à Yaoundé, Paris,

PHILOSOPHIE

ET URBANISATION

Ernest MENYOMO Département de Phylosophie, Université de JîlOundéI

INTRODUCTION
Un philosophe dans la ville fait assurément rire comme Thalès ou Diogène. Le premier n'était pas soucieux des trous qui rendaient difficile et périlleuse la circulation à Milet. il n'était préoccupé que par le monde des constellations. Là résidait pour lui comme pour Pythagore et Platon, la ville éternelle, objet de la contemplation des philosophes et des savants. Mais Thalès finit par tomber dans le trou et provoqua les moqueries des jeunes filles de Thrace. Le second, Diogène, ne trouvait pas sa place dans la ville. N'ayant pour habitat qu'un tonneau placé au bord de la route, il n'en sortait que pour promener sa lampe au milieu d'une masse informe de citadins. En l'homme - masse de la ville, Diogène, avant Ortéga-y-Gasset, ne voyait pas d'homme, au sens plein du terme. C'est dire que dans le débat portant sur la
dynamique urbaine, le rôle de la philosophie n'est pas négligeable.

1. Rôle de la philosophie

dans la dynamique

urbaine

A l'origine comme à lafin de tout rassemblement urbain, on trouve les philosophes. Ceux-ci ont joué un rôle important dans la fondation, le développement, et la restauration des cités urbaines, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. On doit à Anaxagore et à Descartes la raison pour laquelle toute

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Ernest

Menyomo

organisation urbaine doit tenir compte de l'avis des philosophes. Selon Anaxagore, c'est le Noûs (l'esprit) qui sait mettre les choses en ordre. Or l'urbanisation est la mise en ordre des hommes et de leurs biens dans une ville. Donc elle fait appel à l'activité de la raison sans laquelle la ville cesse d'être humaine. Pour un philosophe comme Descartes, qui a cheminé dans presque toute l'Europe, où les villes étaient diffé-œmment bâties, c'est le bon sens qui avait pu le guider. Malgré la diversité des villes et de leurs coutumes, c'est la raison qui les pousse à pemurer et à changer d'orientation. Le bon sens ou la raison droite fait la salubrité des villes et le développement des nations. 1bus les problèmes actuels seraient atténués si le civisme pouvait changer le citadin et la ville qu'il habite. 2. Origine et fondation de la cité urbaine

Les historiens ont trouvé l'origine de la cité dans les plus vieilles croyances des anciens. Remarquant qu'autour d'eux toutes les espèces finissaient par mourir, les premiers hommes, sentant la mort inéluctable, conçurent une résidence dans l'au-delà pour les âmes des défunts. Mais les corps devant êt-œ inhumés, ils durent se regrouper autour des tombes ancestrales. Les cimetiè-œs furent les premières villes, à l'instar d'Ongola ou Yaoundé, où les Allemands ensevelirent leurs compatriotes décimés par le paludisme. Le culte des morts incita les gens à se rassembler et à adopter la vie sédentaire, plus conforme aux exigences religieuses et civiques. On a pu dire à cet effet, que «la cité des morts est antérieure à la cité des vivants>/. Ainsi la métaphysique, par son dépassement originel, peut être située au commencement des villes. On verra également comment ses adeptes ont voulu dépasser l'enceinte étroite de la cité d'abord patriotique pour l'élargir en
une que cité plus les hommes vaste et ouverte

même aux pauvres et aux barbares.
la civilité et l'humanité. Elle considère

Cette cité a pour frontières

sont égaux et libres.

1. Cf. Mumford, Lewis, La Cité à travers l'histoire, Paris, Seuil, 1964, p. 13. 2. Op. cit p. 176.

Philosophie et urbanisation

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3. La ville, lieu de dépassement

du temps et de l'espace

En se fixant en groupe dans un endroit déterminé, pour veiller à leur sépulture, les hommes voulurent également s'occuper de leur avenir. Ils prirent conscience que cet avenir devait être construit ensemble, loin de toute disparité et de toute inimitié. La ville, d'après Pausanias, n'existe que là où existent des édifices publics. La simple agglomération des maisons individuelles ne suffit pàs2. L'exigence de vie commune afait de la vie urbaine un système complexe de relations et de fonctions, de prestations et de services. Pour Aristote, le véritable rôle de l'urbanisme est d'anticiper l'avenir, de concevoir et de promouvoir un ordre social de plus en plus rationnel et juste. La cité lui apparaissait comme une société d'hommes égaux s'efforçant d'obtenir une vie meilleure. Contrairement aux partisans de l'instinct grégaire, qui présentent la cité urbaine avec les mêmes caractères que ceux d'une ruche, Aristote avait pensé que la vie urbaine, par son dynamisme. s'opposait au fixisme qui régit les cités animales. «Les hommes se rassemblent, écrivait-il, pour vivre dans la cité, ils y restent pour y vivre une vie meilleure»3. Le mouvement naturel qui pousse le fini vers l'infini explique l'expansion urbaine. Il s'agit de fuir tout ce qui, comme dans la ville grecque régie par des prêtres d'après des lois divines, limite la volonté humaine. Non contents d'admettre que les villes soient fondées par les dieux, les sophistes les font établir par les hommes eux-mêmes, convaincus que les lois sont conventionnelles. On sait que Protagoras donna des lois à Thuriori, que Parménide le fit à Elée, Lycurge à Sparte et Rousseau à Genève. La confiance que Socrate plaçait en l 'homme confirme l'idée qu'il doit dépasser le cadre urbain pour bâtir la cité plus grande de la vérité et de la justice, respectivement situées au-dessus de la coutume et des lois changeantes. Bien que la cité idéale de Platon soit étroite, elle est néanmoins appelée à suivre la raison plutôt que la tradition servile des poètes. Pour bâtir une ville où ilfasse
3. Aristote cité par Mumford (Lewis) op. cit., p. 148. 4. Cf. Fustel de Coulange, la Cité Antique, Paris, Librairie Hachette, 1943, p. 421.

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beau vivre, Aristote conseille de suivre la loi, qu'incarne la raison. Le respect aveugle des coutumes des ancêtres lui semble de nature à entraver la modification des institutions, l'égalité et l'existence heureuse4. Ce dépassement des institutions urbaines est confirmé par les cyniques et surtout les stoïciens. Diogène et Cratès nient que la patrie soit une enceinte étroite etfortifiée. Ils ne se sentent des citoyens d'aucun Etat. Ils sont les premiers à affirmer que l'homme est citoyen de l'univers transformé en une Oékoumenopolis. Zénon, Cléanthe, Chrysippe, Sénèque et Marc-Aurèle forment l'idée d'une cité universelle. L'attachement à l'Etat, qui était si vanté par le poète Spmtiate Tyrtée, leur semblait valoir moins que l'attachement à la citadelle intérieure que constitue l'amélioration individuelle. La ville, la patrie, l'univers lui-même leur semblaient être faits au service de l'homme et non l'inverse. Ce fut le triomphe de la liberté individuelle. 4. L'homme mesure des villes L'homme qui est, pour Protagoras, mesure de toutes les choses doit, en principe, pour Platon, être situé lui-même loin de la démesure et de la mégalomanie. Celles-ci se sont d'ailleurs économiquement révélées peu rentables. Les cités de la démesure n'ont pas de sens ni de but. Il faut que les dimensions et la population soient limitées par le bon sens. En ce qui concerne la population, elle ne doit pas dépasser; chez Platon, le chiffre de cinq mille habitants. Elle bénéficiera de cinq mille quarante lots. La cité idéale doit vivre du travail de la terre et non du commerce, proscrit par Platon au même titre que la propriété privée. Cicéron était loin d'accepter, comme les Bénédictins, le communisme proposé par Platon. Mais, comme lui, il dédaignait le goût du profit et préférait l'agriculteur au fonctionnaire et au commerçant. Le goût du profit fut à ses yeux la cause de la chute de Corinthe et de Carthage. Les villes se vidaient parce que les habitants allaient faire fortune ailleurs. La croissance désorganisée des villes est fonction de l'intempérance des hommes qui y habitent. Les cités urbaines sont

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37

riches de la qualité de leurs citoyens. Les cités corrompues sont de cités de la démesure. Babylone, rasée par le roi Sennachérib, fut transformée en nécropole. Ce fut le sort de Sodome et de Gomorrhe. Parmi les désirs, la volonté de puissance et la soif des richesses sont les causes principales de destruction des villes. Pour que la ville soit pour la vie et non pour la mort, il faut que les habitants soient tempérants, de sorte qu'il puisse y avoir équilibre dans le microcosme et le macrocosme. Mais pour cela également il faut plus d'égalité, de liberté et de fraternité. Tout comme l'homme, la ville a un corps et une âme. 5. Citadins corps et âme Combien de cités rivées à l'éphémère ont-elles disparu? Elles n'auront été que des structures sans âme, des sépulcres blanchis. De ces villes ornées par l'art monumental l' histoire n'aura presque rien retenu, sinon le faste et le décor insolents. Par contre Sparte évoquera toujours le patriotisme, Athènes la Philosophie et Rome le Droit. Hegel assignait aux peuples un destin particulier. Une fois réalisé ce destin, le peuple n'était plus bon à rien. De chaque cité urbaine on peut également dire qu'elle a un rôle à jouer, qui va la fixer àjamais dans la mémoire des hommes. Le destin d'un peuple a tout ce qu'il a de plus spécifique et de plus inaliénable. L'urbanité est le caractère d'une cité vraie, belle et bonne. Pour constituer une entité de ce genre, Platon nous fait voir, comme sur un tableau de grande taille, et en gros caractères comment elle est la reproduction exacte des individus qui la composent. Chaque ville, chaque cité, aurait la disposition caractérielle de ses habitants. On dit des phéniciens qu'ils étaient amoureux du gain. A chaque ville correspond un type de citadin. D'où viennent ces déterminations? sont -elles le fait de la nature ou de la culture? Platon pense à l'influence réciproque du tout par les parties et des parties par le tout. Les caractères individuels et sociaux sont déterminés par les conditions géographiques et climatologiques. Les villes côtières seraient les plus exposées à la corruption. Platon situe la cité idéale bien loin de la mer et du contact avec l'étranger. Mais aucune de ces prédispositions caractérologiques n'annule l'ambition d'éduquer les citadins à

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contribuer à donner une âme à la ville dont ils constituent les éléments. Les hommes, par valeur ou dépravation, sont cause de la transformation et du développement de leurs villes, de leur corruption ou de leur destruction.

6. Le mythe de la naissance, du développement et de la mort des cités
Les cités humaines sont nées de la crise et de l'effondrement d'une cité antérieure, située avant tous les temps et éternelle. Dans la philosophie de Platon, nous sont relatées les crises survenues dans les cités mythologiques. Platon place ces cités sous l'autorité du dieu Cronos lui-même. Le temps des hommes change contrairement à celui des dieux. POUlrJuoi ? L'insatisfaction de nos désirs pousse les uns et les autres à vouloir toujours plus. Les désirs déchirent l'âme par leur multiplicité et leur antagonisme. Les Nécropoles antiques et modernes sont victimes de la convoitise du plus, de l'orgueil et de l'injustice. Ce ne sont pas seulementAtlantis, Sodome, Gomorrhe, Auschwitz et Hiroshima; ce sont aussi de nos jours, Brasilia, Buenos-Aires, Douala qui rappellent la corruption mortifère ou la soif de domination. Les désirs humains sont multiformes, rompent l'unité de la cité, instaurent la guerre de tous contre tous et détruisent toute la vie commune, objectif de la vie urbaine. Les premières générations des hommes sont semblables aux petits groupes de cyclopes. Ceux-ci vivent dans les cavernes et ont
échappé aux catastrophes. de laforce, par opposition Le gouvernement des cyclopes est celui aux villes humaines régies par le Droit.

7. La civilisation La ville se présente d'abord comme un amalgame culturel, s'opposant par là à la mentalité traditionnelle où l'on doit exploiter l'étranger et l'allogène. La cité urbaine est contre le repli sur soi et pour l'ouverture à l'autre. Dans le village qui rassemble les familles, il s'agit d'une société close. Le passage de la famille à la cité se fait moyennant une transformation radicale des sentiments. L'individu aspire à intégrer une strncture plus vaste.