Economie de la construction à Abidjan

Publié par

Publié le : lundi 1 janvier 0001
Lecture(s) : 148
EAN13 : 9782296408999
Nombre de pages : 168
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

ECONOMIE DE LA CONSTRUCTION A ABIDJAN

Dans la collection «Villes et Entreprises»
Michèle ODEYÉ-FINZI, Les associations en villes africaines. Dakar-Brazzaville. 1985. Martine CAMACHO, Les poubelles Tananarive. 1986. Alain MAHARAUX,L'Industrie de la survie. La décharge municipale de

au Mali. 1986.

Collectif, Nourrir les villes en Afrique sub-saharienne. 1986. Guy MAINET, Douala. Croissance et servitudes. 1986. J.c. WILLAME, Zaïre, l'épopée d'Inga. Chronique d'une prédation industrielle. 1986. M.-P. van DIJK, Burkina Faso, le secteur informel de Ouagadougou. 1986. M.-P. van DIJK, Sénégal, le secteur informel de Dakar. 1986. A. DURAND-LASSERVE, L'exclusion des pauvres dans les villes du Tiers-Monde. Accès au sol et au logement. 1986. A. MOLLET (textes réunis et présentés par), Droit de cité. A la rencontre des habitants des banlieues délaissées. Marc NOLHIER, Construire en plâtre. 1986. Patrick McAuSLAN, Les mal-logés du Tiers-Monde. 1986. Emile LEBRIS,Annik OSMONT, Alain MARIE, Alain SINOU, Famille et résidence dans les villes africaines. Dakar, Bamako, Saint-Louis, Lomé. 1987. Rita CORDONNIER,Femmes africaines et commerce. Les revendeuses de tissu de la ville de Lomé (Togo). 1987.

COLLECTION

({VILLES

ET ENTREPRISES»

Marc COLOMBARD PROUT Olivier ROLAND Michel TITE CA T

ECONOMIE DE LA CONSTRUCTION A ABIDJAN

Cet ouvrage a été réalisé pour le compte du plan construction et architecture (marché n° 84-61476)

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1987 ISBN: 2-85802-899-0

Table des matières

Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Configuration de la recherche (1). Cheminement du travail (2). Premiers repères (5), Principaux résultats (6). PREMIÈRE PARTIE.- Panorama de l'économie de la construction. ....

1

9 11 11 15 17

CHAPITRE PREMIER.- L'évolution de l'activité de construction en Côte-d'Ivoire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le contexte: la place du bâtiment et des travaux publics dans l'économie ivoirienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Structure des PME de bâtiment de Côte-d'Ivoire: un recensement de la DCGTx. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La situation de l'habitat social dans l'activité de construction. . La mise en place de structures de financement (21). Les sociétés et établissements publics du secteur immobilier (22). CHAPITRE 2. Caractéristiques actuelles de l'appareil de production. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . Du côté des entreprises. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Approche des entreprises ivoiriennes (25). Les nouveaux modes d'intervention des entreprises du secteur moderne (30). Une approche différenciée des marchés (33). Les travailleurs du bâtiment en Côte-d'Ivoire. . . . . . . . . . . . . . . Générations et conjonctures (36). Nature et modes de relations de travail (41-). Qualifications individuelles et perspectives professionnelles (50).
DEUXIÈME PARTIE.

25 25

35

-

cinq cas concrets.

Analyse des coûts de la construction à partir de ...........................................

65 v

CHAPITRE

3. - Réalisation par la SICOGI de 541 logements

intermédiaires à Cocody-les-deux-plateaux .................. Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Présentation de l'opération. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prestations (68). De la maîtrise d'ouvrage au management général de chantier: un nouveau mode d'intervention de la SICOGI (69). Mode de dévolution des travaux et planning de réalisation des travaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mode de dévolution (70). Planning de réalisation des travaux (71). Analyse des coûts de construction à partir des prix de vente unitaires par logement, toutes dépenses confondues en valeur finale, pour la SICOGI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Analyse détaillée des coûts de construction du gros-œuvre et hors d'eau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Estimation globale par poste de travaux (75). Estimation des coûts de construction gros-œuvre hors d'eau par type de logements (88). Bilan estimatif du lot réalisé par l'entreprise PEBACI (89). Estimation de la productivité de la main-d'œuvre (89). CHAPITRE 4. -OpérationNestléNiangonNord............... Les premiers pas: des prêts pour la constitution de l'apport initial aux lotissements à équipements minimum. . . . . . . . . . L'opération Niangon-Nord .,. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Présentation de l'opération (96). Coût de l'opération (99). Bilan de l'opération par l'entreprise (105).
CHAPITRE 5.

66 66 67

70

72 74

92 94 96

- Un projet de villa pour cadre en auto promotion et en autoproduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Présentation de l'opération. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le propriétaire (113). Le terrain (114). Financement (114). Conception, plans et maîtrise d'œuvre (115). Analyse des coûts. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

113 113 115 117 117 118 119 119 124 129 129

CHAPITRE

6. -

Opération

expérimentale

de 100 logements en

béton banché à faible dosage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Introduction. ......................................... Présentation de l'opération expérimentale. ................. Type d'entreprise concernée. ............................ Eléments de coûts. .................................... Productivités et coûts de la main-d'œuvre (119). Variante en blocs de sable-ciment. ........................
CHAPITRE

7. -

Opération concernant la construction d'un centre

touristique à Azagny, et logements du personnel de la réserve. .. Présentation de l'opération. .............................

VI

Les résultats de l'étude économique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Méthodologie de l'étude (130). Les principaux paramètres de l'étude (131). De la nature des coûts (133). CHAPITRE8. - Eléments de synthèse, enjeux etperspectives. . . . . . Les acquis techniques et organisationnels des différentes filières Les performances économiques de la filière «sableciment» dans le cadre des différents dispositifs organisationnels typiques (141). Les performances économiques des procédés techniques non conventionnels et innovants (146). Les performances économiques des dispositifs organisationnels La maîtrise du processus de réalisation des travaux (148). La maîtrise du processus de promotion et de montage des opérations (150).

130

138 139

148

VII

Nous tenons tout particulièrement à exprimer nos remerciements aux personnes dont les noms suivent, et sans lesquelles tous les objectifs de travail et de coopération que nous nous étions fixés n'auraient pu aboutir: Monsieur Mmes: le Directeur de la Construction;

BODOU, Responsable des marchés à la Direction de la Construction ETTE Liliane, Directrice du Per:;onnel de la CAPRALNOV ALIM; : AKELE EZAN, Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Travaux Publics; AYME, Responsable de l'entreprise SAGECCOM; BOGNONKPEL. Léon, Responsable de l'entreprise GIBA TGI ; CE:;AREO, Directeur Central des Grands Travaux de Côted'Ivoire; KONAN Olivier, Responsable de l'entreprise PEBACI; KOUADIO AMANI, Responsable de l'entreprise NEWERA; MARION, Conseiller Technique de la Sicogi; VLAMI-BI-Dou, Directeur du Laboratoire du Bâtiment et des Travaux Publics; y ANGNIANGATE, Doyen de la Faculté des Sciences Economiques de Côte-d'Ivoire.

MM.

VIn

Introduction

Configuration

de la recherche

La présente recherche sur l'Economie de la construction à Abidjan s'inscrit dans un double souci d'analyse socio-économique du cadre de la construction à Abidjan à partir d'entreprises et d'acteurs caractéristiques de l'activité de construction et d'analyse micro-économique, à partir de chantiers, des éléments constitutifs des coûts de construction dans cette même agglomération. Le mode de compte rendu choisi ici risque de masquer la dynamique interne à ce travail qui a consisté à imbriquer et croiser les deux niveaux d'analyse, dans un souci d'approche méso-économique. En effet, pour plus de clarté et permettre différents niveaux de lecture, ce texte a été scindé en deux grandes parties. La première permettant aux lecteurs potentiellement intéressés d'avoir une vision plus générale des problèmes et enjeux socioéconomiques liés à l'analyse de l'appareil local de production; la deuxième intéressant. des regards plus spécialisés sur les éléments constitutifs des coûts de construction, selon les cinq opérations étudiées. Ce mode de compte rendu correspond en fait aux attentes et centres d'intérêt que nous avons pu discerner au cours de nos différentes phases d'enquête auprès de nos interlocuteurs: les uns étant intéressés par des problèmes plus généraux concernant l'appareil de production, les autres en attente des données concrètes les plus exhaustives possibles sur les éléments constitutifs des coûts de production. 1

Cheminement

du travail

L'objectif, quant à lui, est resté le même: dans la triple dimension - technique, économique et sociale - il s'est agi de voir comment des systèmes locaux s'organisent autour de la construction, leurs évolutions, leurs performances, leurs problèmes de fonctionnement. Croisée avec une approche concrète des coûts de construction, cette analyse des systèmes en jeu dans la construction était la seule autorisant, au terme de l'étude, l'énoncé de propositions d'amélic cation du fonctionnement des performances du secteur compatibles avec les structures sociales organisées autour de l'activité du bâtiment. Pour ce faire, il a fallu mener à leur terme trois démarches distinctes et complémentaires. Partir des chantiers, réalisés récemment ou en cours de réalisation, pour recueillir et confronter les données sur les coûts de construction auprès des différents intervenants: du maître d'ouvrage à la maind'œuvre de chantier, jusqu'aux fournisseurs. Au demeurant, les chantiers devaient être la seule réalité tangible, véritablement observable, pour reconstituer la filière des coûts de construction; mais aussi esquisser une approche typologique qui lève l'obstacle d'un dualisme tranché entre secteur formel et secteur informel, étant donné l'imbrication de l'un et de l'autre dans la plupart des cas. Malgré une conjoncture défavorable à l'activité de construction depuis 1977, l'opportunité s'est présentée de pouvoir analyser cinq opérations récentes ou en cours sur l'agglomération d'Abidjan. Chacune ayant une ou plusieurs spécificités la distinguant des autres: au niveau de la taille, du mode de montage financier, des modes d'organisation et d'intervention et/ou enfin de la nature du procédé technique mis en œuvre. La première de ces opérations concernait un chantier de 500 logements en parpaings de sable-ciment, destinés à des cadres moyens ivoiriens, financés par des banques privées et dont la maîtrise d'ouvrage a été assurée par la SICOGI, le principal maître d'ouvrage public ivoirien. La plupart des logements étant réalisés en parpaings, l'opération d'Aghien par sa taille et l'identité du maître d'ouvrage a représenté la référence par rapport à laquelle il était possible de confronter les résultats économiques des autres opérations. La particularité de l'opération gérée par la SICOGI se situant dans la répartition des lots de travaux, qui a été réalisée entre des entreprises 2

ivomennes et un réseau de tâcheronnage pour le gros œuvre, et quelques entreprises du secteur moderne pour les lots techniques. La deuxième opération, en parpaings de sable":ciment, offrait trois particularités: la nature du maître d'ouvrage, puisqu'il s'agissait de l'entreprise CAPRAL-NOV ALIM, filiale ivoirienne du groupe Nesdé; la nature de l'opération puisqu'elle avait pour objectif de loger les personnels de l'entreprise, et qu'elle faisait intervenir un dispositif architectural original (toiture conique) ; enfin l'écho qui en a été donné, en 1984, puisque étant réputée comme la moins chère des opérations d'habitat économique réalisées à ce jour au niveau de prestations de logement similaires. La troisième et dernière opération en parpaings, était le fait d'un maître d'ouvrage individuel, en autopromotion d'abord, et en autoproduction ensuite. L'intérêt du chantier, toujours en cours de réalisation, tient à la nature du maître d'ouvrage qui est un ingénieur de Bâtiment ivoirien, ayant tenu au jour le jour et minutieusement un cahier de suivi de chantier comprenant toutes les informations propres à reconstituer la filière des coûts de construction du gros œuvre. Il était intéressant de comparer ces trois cas de figure, ayant en commun la nature du procédé de construction, à deux autres chantiers qui, sous forme expérimentale, ont eu recours à d'autres techniques de construction: l'une en béton banché à faible dosage, l'autre en géobéton. Démarche qui a permis, au demeurant, d'alimenter et d'élargir la réflexion sur les coûts de construction, les modes d'intervention et les besoins en qualification que ces procédés nécessitent et leurs perspectives d'évolution. L'approche des entreprises reflétait notre souci de cerner en dehors de ces cinq cas concrets, la manière dont celles-ci abordent aujourd'hui chaque marché et chaque chantier. Qu'elles soient d'origine européenne et liées au secteur moderne ou qu'il s'agisse de petits entrepreneurs IVOIrIens. En Côte-d'Ivoire comme dans d'autres pays en développement, la notion d'entreprise recouvre des réalités plus complexes et plus larges que dans les pays industrialisés. L'entreprise n'est ainsi pas générale-

ment une unité

«

fermée », aux contours définis, mettant en jeu un chef

d'entreprise et ses salariés face à ses clients et à ses fournisseurs. Considérer les entreprises de bâtiment comme des unités socioéconomiques complexes implique de remettre en cause la pertinence de certains découpages rigoureux entre macro-économie et microéconomie. Cela suppose aussi d'éviter l'écueil des référents implicites 3

que tout observateur peut détenir des analyses qu'il a pu porter sur les appareils de production des pays développés. En ce sens, l'approche micro-économique des éléments constitutifs des coûts de construction devait nécessairement s'élargir à une analyse socio-économique et culturelle plus large des réalités constituées par et autour des entreprises de bâtiment ivoiriennes. Une vingtaine d'entreprises dont 19 ivoiriennes, et 5 européennes intervenant dans le secteur moderne ont été enquêtées. Les modalités de l'enquête ont elles-mêmes révélé certaines spécificités de ces réalités constituées par des entreprises ivoiriennes: lors de la première phase d'enquête, certaines entreprises ont été contactées par téléphone pour leur fixer un rendez-vous ultérieur (qui aurait lieu un mois plus tard, lors de la deuxième phase d'enquête). Pour la plupart, cette façon de procéder avait quelque chose d'abstrait, pour ne pas dire d'incongru. Par contre ils étaient tout disposés à nous recevoir quand on serait là, sans date fixe, mais là en face d'eux pour parler, raconter, discuter. Dès lors il était frappant de constater la richesse et la variété des entretiens qui ont été réalisés. Cette anecdote révèle assez bien la nécessité d'une approche fine des acteurs ivoiriens de l'appareil de production local. De même qu'il apparaissait incongru de procéder à une enquête par «questionnairecourrier» dans une société à tradition orale. Enfin, l'ébauche d'une analyse ethnographique a été menée à partir des trajectoires socioprofessionnelles d'un nombre restreint de travailleurs de chantier, tous tâcherons, mais certainement pas à des niveaux de qualification et de fonction identiques. Il semblait tout aussi nécessaire de prendre la mesure, à l'occasion de ce travail, des modes d'organisation du travail sur chantier; des procès de travail, des tâches concrètes et des qualifications; des modes de rémunération et de négociation des contrats entre la main-d' œuvre et les entreprises; et enfin des perspectives professionnelles envisagées et envisageables en fonction des enjeux liés à la formation et à l'apprentissage. Une dizaine de tâcherons ont été ainsi contactés pour mener une série d'entretiens semi-directifs de type sociologique. L'intérêt suscité par cette démarche peut faire regretter de n'avoir pu mener une batterie plus lourde d'entretiens. Quoi qu'il en soit, fût-ce sous forme d'ébauche, cette phase d'enquête est venue apporter l'éclairage complémentaire au double volet de cette recherche.

4

Premiers repères a) La diminution de l'activité de construction de logements a été croissante depuis 1979 en Côte-d'Ivoire. Dans ce contexte-ci, une opération de 500 logements telle que celle d'Aghien est devenue une « denrée» rare. Le retrait des financements publics a marqué un coût d'arrêt aux opérations d'habitat économique. Les seules opérations d'habitat concernent aujourd'hui des logements destinés aux cadres moyens et professions libérales ivoiriens, et financées par des banques privées. En dehors de ces opérations au coup par coup, les plus grands maîtres d'ouvrage publics en sont réduits aujourd'hui à gérer le parc des logements existant. Pourtant, comparativement à d'autres pays limitrophes, l'activité de construction s'est maintenue plus longtemps et perdure à Abidjan de manière plus tangible qu'ailleurs. D'où l'intérêt de l'analyse des opérations pré-citées et de configurations d'acteurs qui préfigurent peut-être le marché de la construction de demain:

- celle d'un maître d'ouvrage « social» mobilisant l'épargne et les financements privés; celle d'une entreprise mobilisant ses ressources propres pour ses salariés; - et bien sûr l'opération d'autopromotion et d'aUtoproduction.

-

b) Dans ce contexte qui s'est accentué depuis la ans, la plupart des grandes entreprises du secteur moderne se sont retirées de la Cote-d'Ivoire ou du marché du logement. Seules persistent les entreprises européennes de taille moyenne, qui ont adapté leurs modes d'intervention aux nécessités conjoncturelles.
Pour l'une d'entre elles

-

parmi

les plus

importantes

-

la

raréfaction de la commande s'est traduite par le montage d'opérations sur ses fonds propres, devenant ainsi promoteur-constructeur. Pour les autres, il s'est agi de réduire au minimum les frais de structure et le noyau stable de main-d'œuvre qui se trouve le plus souvent réduit à l'encadrement technique du chantier (technicien, conducteur de travaux, 1 à 3 chefs de chantier). c) Le clivage entre ces dernières et les entreprises ivoiriennes tend de ce fait à s'estomper. En effet le niveau de commande détermine les modes d'organisation et d'intervention de la plupart des entreprises, qu'il s'agisse des PME européennes ou des entreprises ivoiriennes, et donc le noyau stable d'entreprise. Le clivage tend d'autant plus à 5

s'estomper que les maîtres d'ouvrage publics, tels que la SICOGI, favorisent aujourd'hui le fractionnement des lots de travaux pour permettre aux entreprises ivoiriennes d'accéder aux marchés.

Principaux

résultats

L'un des enjeux concernant l'appareil de production apparaît être désormais à la constitution d'un tissu fiable et tangible d'entreprises ivoiriennes capables de former le noyau initial à partir duquel pourrait se consolider et se développer un appareil de production local ivoirien à même de réaliser une gamme croissante de travaux de plus en plus techniques. La difficulté réside dans l'appréhension de ces entreprises ivoiriennes. Entre les affairistes, les aventuriers d'un jour et les «entrepreneurs courant d'air », il peut paraître aisé de se montrer méfiants vis-à-vis des personnes qui s'énoncent entrepreneurs. Pourtant, passé le cap d'une première génération d'entrepreneurs incertains, il se formule aujourd'hui une identité entreprenariale de bâtiment qui consiste à distinguer et à rejeter, de la part de vrais entrepreneurs, «les charlatans qui font du tort à la profession ». Cette prise de conscience semble révélatrice de l'émergence qualitative de critères de différenciation entre les vrais entrepreneurs et les non-professionnels. Ce n'est pas tant la «fluidité» structurelle que peuvent révéler ces petites entreprises qui représente un aspect négatif. Nous verrons dans l'étude que la plupart de ces petits entrepreneurs ivoiriens ont une capacité à se mouvoir dans une période d'activité en « dents de scie» et disposent d'une souplesse structurelle particulièrement opportune. Ce qui semble important et révélateur c'est, de manière plus qualitative, la capacité des vrais entrepreneurs à montrer, de chantier en chantier, leur fiabilité, technique, économique, voire morale. C'est aussi leur capacité à s'appuyer sur un réseau professionnel stable dans lequel ils ont le souci de puiser la main-d'œuvre dont ils auront besoin, de préserver un noyau de compétences et de savoir-faire ouvrier, fût-il externe à l'entreprise. C'est aussi leur capacité à obtenir des marchés alors que leur accès n'est pas toujours favorisé ou facilité en raison du mode de dévolution des travaux, notamment des marchés publics. Ce sont surtout les modalités de financement des entreprises qui semblent aujourd'hui être la question clé concernant la consolidation d'une structure d'entreprises ivoiriennes de construction et son développement. 6

La question paraît d'autant plus importante que, de manière logique, elle détermine les modes d'intervention de structuration et d'organisation des entreprises, leur caractère durable ou temporaire. Or le coût des constructions, au-delà des choix techniques qui peuvent être opérés, dépendent largement de ces derniers paramètres. En effet, si l'on se réfère aux strictes performances technicoéconomiques des différents procédés que nous avons évaluées à travers le suivi de cinq opérations, la filière sable-ciment s'avère la plus performante, puisque de 10 à 30 % moins coûteuse que les procédés techniques non conventionnels et innovants (béton banché à faible dosage et terre stabilisée). Mais au-delà des performances technico-économiques des différentes filières, se pose la question des performances des dispositifs organisationnels. Ainsi, au sein de la filière technique de sable-ciment, conventionnelle et stabilisée, entre les trois opérations analysées, on constate des différences notables au niveau des coûts de construction. Celles-ci s'expliquent par trois facteurs essentiels: processus de promotion et de montage des opérations d'une part; sa capacité à maîtriser le processus de réalisation des travaux d'autre part. Dans le cadre de cette filière, la réduction de coûts à atteindre pour l'usager final résulte notamment d'améliorations et d'innovations dans les relations clefs entre les maîtres d'ouvrage, les entreprises adjudicataires et les fournisseurs.

1° L'expérience du maître d'ouvrage et sa capacité à maîtriser le

2° L'expérience des entreprises et leur capacité à maîtriser les impératifs et les objectifs de réalisation des travaux, notamment au travers des enjeux liés à la gestion de la main-d'œuvre, et à la maîtrise des frais financiers de production qui découlent du crédit fournisseurs ou de découverts bancaires. C'est en ce sens que la consolidation d'un tissu local d'entreprises, adapté aux données du marché et de l'activité de construction, apparaît l'enjeu de taille que l'on évoquait précédemment. 3° L'expérience et la consolidation des savoir-faire de maind'œuvre de chantier. Si l'on compare l'ensemble des filières technicoéconomiques, les nouvelles, non encore stabilisées, sont confrontées au problème de l'extériorisation d'une main-d'œuvre qui n'a pas encore assimilé et maîtrisé un savoir-faire technique particulier. La filière sable-ciment a bénéficié de trente ans de formation sur le tas, avec une main-d'œuvre durablement intégrée dans les entreprises et 7

qui a eu la possibilité de capitaliser et de faire reconnaître les savoir-faire techniques et organisationnels liés à la filière. Le développement de la formation des savoir-faire particuliers aux nouvelles filières devient une condition essentielle quant à leur diffusion et à leur utilisation à grande échelle. Plus globalement, l'ivoirisation de l'appareil local de production semble impliquer pour les prochaines années un effort conjugué de formation professionnelle initiale et continue: de la main-d'œuvre ouvrière aux prescripteurs et maîtres d' œuvre, en passant par les entrepreneurs, selon des cahiers des charges spécifiques. 4° Concernant les nouvelles filières techniques, il reste à réfléchir à l'amélioration, l'adaptation voire la création de matériels de production qui favorisent leur compétitivité: machines adaptées pour la production de blocs de terre dans le cadre du développement de la terre stabilisée; moindre sophistication des banches, et recours au coffrage bois dans le cadre de la filière en béton banché à faible dosage, etc. 5° A la localisation géographique et au site concernant spécifiquement la filière de la terre stabilisée.

8

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.