Education familiale et beau-parenté

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296323728
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ÉDUCATION FAMILIALE ,
ET BEAU-PARENTE

Collection Logiques sociales
fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions: Ramé L. et S., Laformation professionnelle par apprentissage. Etat des lieux et enjeux sociaux, 1995. Baldner J-M., Gillard L. (eds), Simmel et les normes sociales, 1995 Guille-Escuret G., L'anthropologie à quoi bon ?, 1996. Guerlain P., Miroirs transatlantiques, la France et les Etats-Unis entre passions et indifférences, 1996. Patrick Pharo, L'Injustice et le Mal, 1996. Martin C. et Le Gall D. , Familles et politiques sociales. Dix questions sur le lien familial contemporain, 1996. Neyrand G., M'SHi M., Les couples mixtes et le divorce, 1996. Dominique Desjeux (Dir), Anthropologie de l'électricité, 1996. Yves Boisvert, Le monde postmoderne, 1996. Marcel Bolle de Bal (ed), Voyage au coeur des sciences hunlaines De la reliance, 1996 (Tome 1 et 2). A Corzani, M. Lazzarato, A. Negri, Le bassin de travail immatériel (BTI) dans la métropole parisienne, 1996. J. Feldman, J-C Filloux, B-P Lécuyer, M. Selz, M.Vicente, Epistémologie et Sciences de l'homme, 1996. P. Alonzo, Le travail employé, 1996. Monique Borrel, Conflits du travail, changement social et poliique en France depuis 1950, 1996. Christophe Camus, Lecture sociologique de l'architecture décrite, 1996. Isabelle Terence, Le monde de la grande restauration en France: la réussite est-elle dans l'assiette? 1996. Gérar Boudesseul, Vitalité du syndicalisme d'action, 1996. Jacqueline Bernat de Celis, Drogue: consommation interdite. La genèse de la loi de 1970 sur les stupéfiants. 1996. Chantal Horellou-Lafarge et Monique Segré, Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, 1996. 1996 ISBN: 2-7384-4516-0 cg L'Harmattan,

Thierry BLOSS

EDUCATION FAMILIALE
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ET BEAU-PARENTE

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L'empreinte des trajectoires biographiques

Préface d'Irène THÉRY

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y 1K9

Du même auteur

"Socialisation familiale et passage à l'âge adulte", La Famille en questions, Institut de l'enfance et de la famille, Syros, 1996. Les rapports sociaux de sexe: permanences et changements, La Documentation Française, Paris, 1994, Collection Problèmes politiques et sociaux. La femme dans la société française, Presses Universitaires de France, 1994, Collection. Que sais-je? (2° édition, 1996),(avec Alain Frickey). "Décohabitation familiale, rapports entre générations et mobilité résidentielle", Famille, modes de vie et habitat, L'harmattan, 1989, Collection "Habitat et Sociétés". "La "contestation" au féminin ?", Jeunes d'aujourd'hui: regards sur les 13 -25 ans en France, Paris, 1987, La Documentation Française (avec Alain Friclçey).

Directeur de publication La socialisation de la jeunesse, Revue Enquête CERCOM, CNRS- EHESS, 1991 (avec Isabelle Féroni).

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A mes enfants, le témoignage de mon amour..

SOMMAIRE

Préface:

Irène Théry

Il 17

In trod ucti on

Chapitre I : Socialisation et recomposition familiale: les contoursd'un "nouvel"objet d'étude. 1.Pratiques éducativeset rapports sociaux de sexe.
2. Cycle de vie et rapports de socialisation. 3. Modèles conjugaux et relations éducatives intergénérationnelles.
4. Structures familiales et lien social.

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"Familles recomposées" et familles composées d'un beau-père.. Et si je vous dis beau-parent?

Chapitre II : "Variables biographiques" et relations éducatives: effets et tendances. 1. La médiation maternelle de l'éducation.

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La "monoparentalité éducative" ... en héritage Le beau-père vu par la mère gardienne. 2. Paternité et liens de parentalité éducative. 3. Expériences de beaux-pères.

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Chapitre nI : La famille composée comme catégorie à réaliser.

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1. L'intégration paternelle du beau-père, ou ...la constitution d'une entité familiale. La distance du père biologique. Beau-père -enfant: l'impossible relation amicale. Le principe de délégation de l'autorité parentale. 2. L'engagement conjugal du beau-père, ou... la constitution d'un couple satellitaire. Un beau-père à distance. La séparation des liens éducatifs. 3. L'enfant commun: "autorité, égalité, fraternité". "Etre deux pour faire un enfant"! Père pour un, père pour tous! Un enfant pour deux, et chacun son satellite! Autorité et sentiments, réflexion faîte.

Beau-père-enfant : le refus de la relation parentale 96

... 109 111

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Chapitre IV : Logiques sociales de recomposition et dynamiques éducatives. 117 1. L'enfant du divorce au coeur du processus de recomposition.
2. La paternité et son double. Une figure masculine protectrice Une paternité relais. 3. Un engagement conjugal "faute de mieux"? La beau-parenté contre la parenté? Une médiation à double sens. Age et affinité de sexe. 4. L'éducation scolaire: l'intégration du beau-parent en question. 5. Nouvelles "habitudes domestiques", nouveaux comportement éducatifs?

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Con el us ion:

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Bibliographie

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Annexe 1- Caractéristiques sociologiques des personnes rencontrées Annexe 11- Méthodes d'enquête.

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PRÉFACE

Près de dix ans après sa première apparition en France, en 1987, le terme de "famille recomposée" continue de susciter questions et controverses. Elles ne se situent pas toutes sur le même plan, et un regard rétrospectif permet de distinguer au moins deux enjeux très différents. D'un côté les spécialistes de sciences humaines qui, en les nommant, en s'efforçant de les dénombrer, en commençant de les étudier, ont fait sortir d'une tenace invisibilité des centaines de milliers de foyers, se sont heurtés d'emblée à une résistance clairement idéologique. Dans l'expression, c'est d'abord le mot famille qui a heurté :"cela", des familles? Ces "bouts de recollage", selon l'expression du pédiatre Aldo Naouri, ne sont pour certains que des caricatures de configurations familiales, presque des injures à la "vraie" famille, composée des parents, de leurs enfants, et de la parentèle afférente. C'est ainsi qu'immédiatement Evelyne Sullerot s'est emportée, nous accusant de corrompre le beau mot de famille en labellisant ainsi des regroupements "autour du couple sexuel". Les années ont passé. En 1996, de multiples indices montrent que ce refus crispé de reconnaître l'évolution du lien familial contemporain a cédé devant l'évidence d'une réalité, et que les préjugés à l'égard des secondes unions ont perdu beaucoup de leur force Il

ancestrale: qu'on le veuille ou non, les recompositions existent, sont fort nombreuses, ne sont ni des paradis ni des enfers, et plus grand monde ne prétend encore les exclure du champ d'analyse de la famille d'aujourd'hui. Tout autre est, à mon avis, le débat qui a surgi entre les chercheurs qui ont tenté, une fois la réalité nommée et donc reconnue, de l'analyser en précisant la signification du terme "recomposée". S'est alors posé un problème de défmition. Doit-on appeler "familles recomposées", comme le fait l'INSEE, les ménages composés d'un couple et d'au moins un enfant issu d'union antérieure, ou, comme je l'ai plaidé avec d'autres, les constellations familiales formées autour des deux ménages (maternel et paternel) entre lesquels circulent les enfants d'une précédente union? La difficulté n'est toujours pas levée, et mérite qu'on s'y arrête. En effet, à la différence du débat évoqué plus haut, celui-ci ne renvoie en réalité à aucun désaccord de fond. Chacun reconnaît une certaine validité à l'entité "ménage recomposé" : le toit partagé signale aussi une certaine unité de vie, une entité spécifique. Chacun reconnaît aussi que les frontières de ce ménage sont poreuses, et que lorsqu'on interroge les enfants de la première union, ce qu'ils nomment leur "famille" transcende en général l'unité d'un lieu. La famille de quelqu'un n'est pas qu'une configuration, c'est aussi une histoire, et cetle-ci n'est pas réductible à une succession d'appartenances à tel ou tel foyer. Bien au contraire, la volonté croissante de maintenir le double lien de filiation après une séparation ou un divorce ne cesse de dissocier la référence à la famille de la référence à l'unité domestique. De là la notion de constellation, qui, sans diluer les ménages dans une mythique "grande famille", permet de voir qu'au sein de la constellation, la famille de l'un n'est pas nécessairement celle de l'autre. C'est ainsi que l'ex et le nouvel époux du parent, que l'enfant peut considérer l'un et l'autre comme faisant partie de sa famille, ne se considèrent pas euxmêmes comme de la même famille, tout en faisant pourtant,

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par leurs liens respectifs à l'enfant, partie de la même... constellation familiale. En cela, les recompositions familiales interrogent nos catégories traditionnelles de pensée, puisque la frontière entre "les miens" et "les autres", le dedans et le dehors, fait place à une superposition complexe où l'appartenance de l'un à ce qui est pour lui sa famille, sans impliquer appartenance identique de l'autre, rétroagit sur lui en le plaçant dans un réseau commun. Assimiler trop rapidement famille et ménage fait l'impasse sur cette difficulté, et c'est à mon avis d'abord la force d'inertie des catégories statistiques, la relative simplicité de la catégorie de ménage, l'habitude enfin de décrire le paysage familial selon des problématiques plus statiques que dynamiques, plus spatiales que temporelles, qui explique l'ambiguïté actuelle des définitions. C'est ici que le travail mené par Thierry Bloss prend tout son prix. Situé à la croisée du temps et de l'espace, il aborde l'étude des relations éducatives au sein d'un foyer recomposé sous le signe de ce qu'il nomme -d'une belle formule- "l'empreinte des trajectoires". Et si les entretiens qu'il a menés auprès de trente couple composés d'une mère et d'un beau-père ne prétendent évidemment pas clore l'investigation, ils ouvrent sur la formulation d'hypothèses fortes. Le poids du passé, de la façon dont le premier couple a vécu, a rompu, a réorganisé les relations parentales après la séparation, est fortement souligné. La place occupée par le beau-père dans le suivi de la scolarité de l'enfant, la façon dont il s'investira dans le contrôle des devoirs, les relations aux professeurs, la transmission à l'enfant de ses compétences en mathématiques ou de son goût pour la planche à voile, dépendent en grande partie de l'espace qui lui sera laissé par le père, c'est-à-dire du partage des responsabilités entre les parents, autrement dit en définitive des relations entre les ex-époux. Thierry Bloss a su ici, sans verser dans une sorte de déterminisme, souligner que, contrairement à une idée répandue, le "conjugal" et le "parental" ne sont jamais indépendants, et que dans cette 13

interdépendance, c'est sans soute le conjugal qui mène le jeu. Conjugal passé, mais non dépassé, conjugal présent aussi: car, comme il le montre, c'est aussi la façon de penser le nouveau couple qui induit les diverses formes d'investissement éducatif du beau-père. Poussant alors son investigation, l'auteur se demande qui, en définitive, est le pivot de ces interactions. La réponse est prudente, mais nette: la femme, dans son triple statut d'exépouse, de nouvelle épouse ou compagne, de mère de l'enfant, est au centre des redéfinitions de rôles, qu'elle régit à la fois en distinguant l'autorisé du défendu, le légitime de l'illégitime, et en agissant elle-même comme messagère, tampon, traductrice, bref organisatrice des mille interactions quotidiennes. Ce pouvoir féminin et maternel, souligné par Thierry Bloss, doit nous interroger. Tient-il à la spécificité des couples rencontrés (mère/beau-père), ou le retrouverait-on sous une autre forme dans le cas où c'est le père qui a recomposé un foyer? Tient-il au thème retenu, l'éducation (au sens plus étroit de scolarité), dont l'auteur rappelle qu'il demeure très majoritairement l'affaire des femmes, y compris dans les familles "classiques" ? Sans doute, tout converge ici pour que le domaine étudié soit très particulièrement inégalitaire entre les sexes. Mais l'interrogation n'en demeure pas moins sur ce que Thierry Bloss nomme, comme pour mieux brouiller les pistes, "le couple mère-enfant" : et si c'était lui, finalement, le coeur intouchable, sacré, sacralisé du système complexe d'interaction des conjugalités et des relations parentales au sein d'une famille recomposée? On voit ici à quel point cet ouvrage, à partir de l'enquête empirique, ouvre sur les grandes questions d'aujourd'hui, et rencontre quelques unes des inquiétudes collectives majeures de notre temps. Echappant à toutes les tentations simplificatrices, il ne crie ni à la "mort du père", ni à la "mort de la famille", mais incite à mieux comprendre ce qui se joue, quand se croisent les jeux de l'amour inconditionnel et de l'amour d'élection. Les pères et les beaux-pères, bien qu'ils apparaissent souvent dans une certaine forme de dépendance à l'égard de la mère, n'y sont pas de pâles figurants. Eux aussi s'affrontent à la complexe 14

redéfinition des identités personnelles. Eux aussi changent la donne. Thierry Bloss rappelle le poids très lourd, également souligné dans leurs travaux par Claude Martin et Didier Le Gall, des appartenances sociales. Mais il souligne aussi l'importance de l'âge, et du fait que le beau-père soit aussi ou non lui-même parent d'enfants d'une précédente union. Enfin, il montre qu'entre le rôle de "parent de substitution" et celui de "copain" de l'enfant, ce qui s'invente aujourd'hui met en cause la bipolarité qui régissait encore, il y a vingt ans, l'espace des représentations sociales de la dissociation familiale. Désormais, un beaupère, même quand le père est absent, ne se vit plus comme un remplaçant, cependant que le père, même quand il est très présent, vit très souvent une forme (plus ou moins accusée, plus ou moins acceptée) de destitution paternelle. Et c'est là que ce livre, qui a déjà ouvert bien des pistes, opère une sorte de retournement ultime de la réflexion, en concluant sur la question de la paternité: et si c'était dans cette incertitude-là, plus que dans l'affirmation intemporelle de la maternité, qu'était finalement le moteur du changement? Pères et beaux-pères ne savent plus très bien qui ils sont, parce qu'à l'horizon commun, personne ne sait plus très bien ce qu'est la paternité. Cette incertitude les fragilise l'un et l'autre, et la mère en paraît d'autant plus puissante. Mais en même temps, c'est là que quelque chose se redessine aujourd'hui, dans l'ombre de l'expérience privée. Nous le faire pressentir, à travers le choix des extraits d'entretiens, à travers la progression toujours nuancée de la réflexion théorique, est l'une des réussites les plus subtiles de cet ouvrage. On le sait, il y a des livres qui ferment la pensée et d'autres qui l'ouvrent. Le lecteur comprend très vite que Thierry Bloss qui, avec une belle et tranquille liberté titille les stéréotypes les plus contemporains en matière de recomposition familiale, préfère ceux-ci à ceux-là.

Irène TH ER Y

INTRODUCTION

La famille et l'Ecole: évolution croisée.
La Famille et l'Ecole constituent deux instances de socialisation en profondes transformations. Ces transformations sont objectives, et principalement d'ordre structurel. Ce que l'on appelle communément la famille désigne une pluralité de structures, de la plus "traditionnelle": un couple marié et ses enfants, aux plus "complexes" : un couple marié ou vivant maritalement avec enfants de lits différents, etc. De même l'Ecole désigne, de nombreuses enquêtes l'attestent, une institution qui, consciente de la variété sociale de ses publics, tente de varier ses structures et sa politique éducative pour mieux prendre la mesure des difficultés sociales de ses élèves. La création, au début des années 1980 des ZEP (Zones d'Education Prioritaire), est de ce point de vue caractéristique de la nécessité éprouvée par l'Ecole d'intégrer de façon systématique -i.e. dans un dispositif public territorialisé- à son principe éducatif une action de resocialisation en direction des jeunes appartenant aux territoires urbains les plus exposés au désoeuvrement social, à la violence et à la misère tant morale que sociale. L'école et la famille sont donc plurielles. Leurs transformations récentes signalées ici d'un mot, traduisent chez chacune de ces deux sphères si longtemps analysées de façon séparée, une évolution de leur rôle éducatif. De nouveaux rôles sont en effet dévolus à l'école et à la 17

famille; leur action socialisatrice redéfmition.

est en constante

La multiplication d'actions socio-éducatives, de soutien scolaire notamment, n'impliquent pas exclusivement l'institution scolaire, mais plus largement la participation et la mobilisation d'une diversité d'acteurs, professionnels et bénévoles: travailleurs sociaux, parents, etc. L'Ecole apparaît toutefois, de façon inédite, au centre du traitement social des enfants de populations en difficultés. Les actions éducatives entreprises ne consistent pas seulement à améliorer la compréhension des contenus pédagogiques. Elles intègrent plus largement des objectifs parascolaires d'intégration sociale; elles ont une finalité plus globale de remise à niveau sociale, par le biais notamment de l'écoute individualisée. Tout se passe comme si l'Ecole, analysée au début des années 1970 comme un lieu fonctionnel de reproduction des inégalités sociales1, avait intériorisé la nécessité d'exercer un nouveau rôle de correction de ces inégalités; à moins que ces actions de soutien scolaire ne correspondent plus strictement à une logique d'urgence sociale, pour éviter -ou différer- la marginalisation précoce des enfants de milieux populaires. La famille, pour sa part, joue un rôle décisif dans l'éducation des enfants, qui n'a en définitive .rien de "naturel". Les historiens2 nous rappellent en effet que la mission éducative familiale est à peine plus récente que la scolarisation. La "révolution maternelle" en cours tout au long du XVIIIe siècle constitue un tournant dans les comportements parentaux, qui consacre la place grandissante prise par l'enfant dans la société française. Elle place précisément la mère comme acteur principal des nouvelles relations affectives et éducatives, auquel est dévolue la responsabilité de la santé physique mais aussi
1 Baudelot C., Establet R., L'école capitaliste en France, 1971. 2 Cf.- Ariès, P. , L'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime, Paris, Ed. du Seuil, 1973. - Shorter, E., Naissance de la famille moderne, Paris, Ed. du Seuil, 1977.

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morale des enfants. Cette allusion historique a ici pour intérêt de corriger d'emblée la vision unifiante ou "démocratisante" que l'on a généralement du fonctionnement de la famille, où le couple s'impose comme foncièrement co-responsable ou co-directeur de l'éducation de ses enfants, et transmet ~ morale familiale, au singulier. Famille et Ecole sont supposées socialiser, le plus souvent de façon convergente, mais généralement à distance l'une de l'autre. Or, depuis ces dernières années, les opérations de soutien scolaire précédemment évoquées, bien qu'enregistrées à un niveau encore expérimental ou emblématique, tendent à illustrer la volonté d'intégrer plus activement les familles dans la scolarisation de leurs enfants, y compris par la médiation d'acteurs entre ces deux sphères. Ces dispositifs sont plus fondamentalement révélateurs de la place grandissante qu'occupe l'Ecole dans les consciences familiales, y compris en milieux populaires. L'Ecole est de plus en plus perçue comme le passage obligé vers l'emploi, comme une étape décisive dans les modes individuels et collectifs de construction des destinées professionnelles et sociales. C'est par conséquent une des "fonctions" modernes de la famille, aujourd'hui incontestée que de fixer le cadre idéologique et matériel d'émancipation d'éducation et d'aspiration sociale des enfants. "La famille représente un des lieux important de la socialisation de l'enfant. Elle décide du cadre physique (logement, environnement géographique) dans lequel vit l'enfant; elle constitue le cadre des échanges sociaux et affectifs entre parents et enfants, entre membres de la fratrie. Cette description de la famille resterait largement abstraite si nous n'ajoutions que la famille ne se comprend pas, ne peut pas s'étudier en dehors de sa réalité sociologique. La famille est une commodité verbale. Nous ne devrions parler que de familles caractérisées: par leurs structures et leur composition, par leurs conditions et leurs modes de vie, par leur classe sociale, par leurs systèmes de valeurs 19

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