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ENFANTS D'OUVRIER ET MATHÉMATIQUES

De
166 pages
On connaît peu les comportements et résultats en mathématiques des enfants des classes populaires, en ces échelons primaires, essentiels quant à la suite de la scolarité. Ce sont les processus d’apprentissage, interrogés dans leur déroulement concret, qui nourrissent la réflexion proposée ici. Une enquête menée au cours moyen 2e année, dans un quartier ouvrier de Nantes, mais aussi une expérience de quinze années comme institutrice en ces mêmes lieux permettent à l’auteur de poser des questions croisées : quel degré de réussite ou d’échec en tous domaines du français et des mathématiques ces enfants connaissent-ils ? Quelles maîtrises linguistiques et opératoires peut-on lire en ces résultats ?
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ENFANTS D'OUVRIERS

ET
MA THÉMATIQUES

Les apprentissages

à l'École

Primaire

I ~

Catherine DUTREIL

ENFANTS D'OUVRIERS ET MATHEMATIQUES
Les Apprentissages à l'Ecole Primaire

Préface de Michel VERRET

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint -Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Logiques sociales fondéepar DominiqueDesjeux et dirigéepar BrunoPéquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste uni versi taire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions: Baldner J-M., Gillard L. (eds), Simmel et les nonnes sociales, 1995 Guille-Escuret G., L'anthropologie à quoi bon ?, 1996. Guerlain P., Miroirs transatlantiques, la France et LesEtats-Unis entre passions et indifférences, 1996. Patrick Pharo, L'Injustice et le Mal, 1996. Martin C. etLeGallD., Familles etpolitiques sociaLes.Dix questions sur le lien familial contemporain, 1996. Neyrand G., M'Sili M., Les couples lnixtes et le divorce, 1996. Dominique Desjeux (Dir), Anthropologie de l'électricité, 1996. Yves Boisvert, Le monde postmoderne, 1996. Marcel Bolle de Bal (ed), Voyage au coeur des sciences hunzaines De la reliance, 1996 (Tome 1 et 2). A Corzani, M. Lazzarato, A. Negri, Le bassin de travail itnlnatériel (BTI) dans la métropole parisienne, 1996. J. Feldman, J-C Filloux,B-P Lécuyer, M. Selz, M.Vicente, Epistérnologie et Sciences de l'homme, 1996. P. Alonzo, Femmes employées, 1996. Monique Borrel, Conflits du travail, changenzent social et poliique en France depuis 1950, 1996. Christophe Camus, Lecture sociologique de l'architecture décrite, 1996. Isabelle Terence, Le monde de la grande restauration en France: la réussite est-elle dans l'assiette? 1996. Gérar Boudesseul, Vitalité du syndicalisme d'action, 1996. Jacqueline Bernatde Celis, Drogue: consommation interdite. La genèse de la loi de 1970 sur les stupéfiants. 1996. Chantal Horellou-Lafarge et Monique Segré, Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, 1996. Thierry Bloss, Education familiale et beau-parenté. L'elnpreinte des trajectoires biographiques, 1996. Dominique Loiseau, Femmes et militantismes, 1996. Hervé Mauroy, Mutualité en mutation, 1996. Malik Allam, Intime journal, 1996 Nadine Halitim, La vie des objets. Décor donlestique et vie quotidienne dans des fatnilles populaires d'un quartier de Lyon, La Duchère, 19861993, 1996.

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4631-0

PREFACE

On sait le rôle de l'échec scolaire dans le destin ouvrier: le produisant, le reproduisant. On sait moins ce qui le produit dans la « boîte noire» de l'école. C'est à y regarder de plus près, à l'école primaire, en ces débuts où tout l'avenir se joue, que Catherine DUTHEIL s'est attachée. Parce qu'étant institutrice, elle rencontrait tous les jours ce destin d'échec, sans pouvoir vraiment l'infléchir. Parce qu' ét~nt sociologue, elle ne croyait pas au destin ou voulait le comprendre. Le lecteur la suivra sur les chemins de la patience. Car le prix de l'étude est autant en son parcours qu'en ses résultats.

***** Première étape: se donner une typologie fine du succès ou de l'échec. Sur des populations d'enfants relativement homogènes (dans la même classe: le CM2, en même lieu, sous le même maître) interroger, non seulement dans l'ordre de classe du succès en toutes matières, mais l'ordre de succès dans les matières selon les classes, et, plus neuf encore, l'ordre de classe du succès par types d'épreuves selon les matières. Où l'on découvrira ce qu'on savait déjà: les ouvriers au plus bas niveau de réussite en toutes matières. Mais aussi ce qu'on savait moins: moins bas en mathématiques qu'en français. Et moins encore: moins bas, en ces deux matières, en telles épreuves qu'en d'autres. .. Une découverte en petit qu'au même moment Claude SEIBEL et son équipe de l'INSEE faisaient en grand sur le traitement informatique des Statistiques de l'Education Nationale... L'intensif et l'extensif ne se contredisent pas toujours...

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Deuxième étape: se donner, pour mieux comprendre le rôle discriminant de ces épreuves cruciales, une typologie générale des performances scolaires prescrites par type d'épreuve, selon la nature des capacités exigées et des didactiques mobilisées. Catherine DUTHEIL croise ici avec un rare bonheur sa connaissance des instructions ministérielles (car les textes font tout ici) et son expérience pédagogique (car les textes ici font à la fois tout et rien. ..) On y découvrira avec elle que, si la médiation linguistique, sous sa double forme orale et écrite, s'impose presque autant aujourd'hui dans l'apprentissage des mathématiques qu'en celui du français, une ligne de partage transversale sépare en chaque matière ce qu'on pourrait appeler les apprentissages mécaniques (conjugaison, opérations) et les apprentissages formalisés (compréhension des problèmes) les premiers constituent en l'un et l'autre champ le lieu de réussite relatif des enfants d'ouvriers, les seconds leur lieu d'échec absolu. ..

***** Pourquoi? Et sous quelles variables? En cette troisième étape de sa réflexion, Catherine DUTHEIL ne nous propose guère qu'une interrogation, celle-là même que Pierre BOURDIEU et Jean-Claude PASSERON formulèrent déjà à propos des étudiants dans Les héritiers: ce qui se constate à l'école ne lui vient-il pas d'ailleurs? Et d'abord de la plus ou moins grande proximité des cultures familiales de classe à la culture scolaire? A la verbalisation, à la scripturisation, à la décontextualisation des expériences vécues en situation qui constituent pour celle-ci la forme privilégiée, sinon obligée, de l'exercice de la pensée?

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Catherine DUTHEIL en verrait des éléments de preuve dans l'inégalité même de l'échec ouvrier: les enfants d'ouvriers qualifiés, dont le métier emprunte plus à la lecture des plans, au maniement du tracé, au calcul opératoire réussissent généralement mieux, et en mathématiques et en français, que ceux des ouvriers non qualifiés, et d'autant moins que la culture professionnelle et domestique de leur famille ferait moins de place à ces premières techniques abstractives. Qu'outre ces variables de classe, des variables "transclassistes" puissent être également à l'oeuvre: présence ou absence régulatrice du père, comme troisième terme et initiateur à l'abstraction et à la Loi; position dans la fratrie, comme expérience différentielle des situations de partage; ou tout simplement intérêt sexuel ou/et ethnique différentiel, en chaque classe, et dans la classe ouvrière même, à l'apprentissage correct ou/et délié de la langue, comme on le voit en cette étude même dans la réussite paradoxale des filles des ouvriers portugais; on saura gré à Catherine DUTHEIL de nous en proposer ici l'hypothèse, sinon le système de preuves, car chacun voit bien tout ce qu'un réductionnisme de classe aurait de ruineux en des pédagogies qui ne sauraient oublier, si par malheur (pour lui) le sociologue s'y autorisait, les variables individuelles des apprentissages.

***** Restent, au même confluent de la didactique, de la psychologie, de la sociologie, les dernières questions correctives: celles qui, déplaçant les problèmes, pourraient ouvrir aux pratiques pédagogiques l'espace d'intervention pour quelque desserrement du destin de classe.

Il

Si la culture ouvrière est assez loin du verbe, elle est près de l'espace, et de la maîtrise qu'en prend le corps, au travail, au jeu, dans le sport. L'apprentissage des mathématiques comme maîtrise opératoire des espaces mentaux, ne se trouverait-il pas facilité pour les enfants d'ouvriers, s'il s'asseyait plus décisoirement en ses débuts sur les exercices graphiques et les épreuves de comptage, d'où sont sorties jadis la géométrie et l'arithmétique? Ces disciplines ont bien aussi leur langue, dont les usages de monosémie, de cohérence, de formalisation ne sont pas moins impérieux qu'en tout autre domaine des Sciences de l'Ordre et de la Mesure. Mais peut-être justement ces usages s'y apprendraient-ils mieux, par degrés, et défamiliarisation progressive, que dans la brusque et royale rupture avec les intérêts, sinon avec les objets concrets, proposée depuis trente ans par la pédagogie des mathématiques modernes.

***** Nous voici en terres didactiquement disputées. Nous laisserons à Catherine DUTHEIL, armée tout à la fois de sa réflexion et de son expérience, le soin de les confronter à d'autres, la remerciant seulement de nous avoir conduit d'un pas si vaillant et si ferme au centre des problèmes qui s'agitent ici: si loin de la vie, si près des destins.

Michel VERRET Université de NantesfLERSCO-CNRS

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Aux institutrices Aux instituteurs

« Or, l'inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs «se mangent entre eux », comme dit Goethe... C'est généralement dans ces domaines mal partagés que gisent les problèmes urgents. (...) On est sûr que c'est là qu'il Y a des vérités à trouver: d'abord parce qu'on sait qu'on ne sait pas, et parce qu'on a le sens vif de la quantité de faits».

Marcel MAUSS Sociologie et anthropologie

INTRODUCTION