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Grâce à ses capacités cognitives, l'espèce humaine s'est affranchie peu à peu des contraintes naturelles qui limitent l'expansion de toute espèce vivante. La croissance de la population humaine s'est ainsi accélérée, utilisant de plus en plus de ressources, notamment celles issues du monde vivant, émettant de plus en plus de déchets, accaparant de plus en plus d'espace. Cette situation va se poursuivre et même empirer tant qu'il n'apparaîtra pas de limite à la croissance démographique humaine. Le projet d'un développement durable reste bien illusoire.
Publié le : lundi 1 novembre 2004
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EAN13 : 9782296378094
Nombre de pages : 154
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ENVIRONNEMENT
L 'hypothèque démographique

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7349-4

EAN : 9782747573498

René MONET

ENVIRONNEMENT
L 'hypothèque démographique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Biologie, Ecologie, Agronomie Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l'Université de Paris XIL correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l'avenir des milieux naturels et de l'homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie. Déjà parus
Ignace PITTET, Paysan dans la tourmente. Pour une économie solidaire, 2004. Ibrahim NAHAL, La désertification dans le monde. Causes - Processus Conséquences - Lutte, 2004. Paul CAZA YUS, La mémoire et les oublis, Tome L Psychologie, 2004 Paul CAZAYUS, La mémoire et les oublis, Tome II, Pathologie et psychopathologie, 2004. PREVOST Philippe, Une terre à cultiver, 2004. LÉONARD Jean-Pierre, Forêt vivante ou désert boisé, 2004. DU MESNIL DU BUISSON François, Penser la recherche scientifique: l'exemple de la physiologie animale, 2003. MERIAUX Suzanne, Science et poésie. Deux voies de la connaissance, 2003. LE GAL René, Pour comprendre la génétique. La mouche dans les petits pois,2003. ROQUES Nathalie, Dormir avec son bébé, 2003. BERNARD-WEIL Elie, Stratégies paradoxales en bio-médecine et sciences humaines,2002. GUERIN Jean-Louis, Jardin d'alliances pour le XXIè siècle, 2002. VINCENT Louis-Marie, NIBART Gilles, L'identité du vivant ou une autre logique du vivant, 2002. HUET Maurice, Quel climat, quelle santé ?, 2002. ROQUES Nathalie, Au sein du monde. Une observation critique de la conception moderne de l'allaitement maternel en France, 2001. ROBIN Nicolas, Clônes, avez-vous donc une âme?, 2001. BREDIF Hervé, BOUDINOT Pierre, Quelles forêts pour demain? Eléments de stratégie pour une approche rénovée du développement durable, 2001. LAMBERT Denis-Clair, La santé, clé du développement économique. Europe de l'Est et Tiers Mondes, 2001. DECOURT Noël, Laforêt dans le monde, 2001. DE FELICE Pierre, L'effet de serre. Un changement climatique annoncé, 2001. HÉNIN Stéphane, De la méthode en Agronomie, 1999.

La croissance démographique est dévorante. Si elle pouvait être domestiquée, la transition serait plus facile. Supposons que l'un des derniers vieux tabous sur la reproduction tombe et que le contrôle des naissances devienne universel. Supposons également que les gouvernements instaurent des politiques démographiques aussi dynamiques que leurs politiques économiques et militaires. Et qu'il en résulte que la population mondiale ne dépasse pas dix milliards et décroisse même ensuite. Un taux de croissance démographique négatif permettrait de reprendre espoir. A défaut, les meilleurs efforts de l 'humanité échoueront. Nous serons pris au piège Edward O. WILSON, L'unicité du savoir (2000)

INTRODUCTION

La surpopulation n'est pas perçue dans nos pays occidentaux comme la cause essentielle de la dégradation du milieu biologique naturel. Nos populations sont, soit stables, soit même en décroissance et l'immigration y est nécessaire pour compenser le déficit de natalité. Les scientifiques, les associations, les partis politiques qui dénoncent les atteintes à notre environnement, accusent le gaspillage entraîné par le confort moderne, la pollution produite par les activités industrielles et agricoles, l'ignorance des principes écologiques. Ils préconisent la sauvegarde de territoires (sanctuaires dans lesquels l'activité humaine serait limitée ), la réduction des pollutions. Ils appellent à un «développement durable» selon lequel «un développement n'est acceptable que s'il peut se maintenir durablement et s'il ne compromet pas l'avenir des générations futures». Mais, est-ce bien possible? N'y a-t-il pas un oubli majeur dans ces propositions? Prend-on bien en compte la cause première de ces méfaits: la croissance irresponsable de la population humaine, croissance dont la réalité est ignorée

L'HYPOTHEQUE DEMOGRAPHIQUE

ou occultée car elle se fait essentiellement dans les pays en voie de développement. J'écris ce livre dans le but d'attirer l'attention sur le fait qu'aucune mesure susceptible de protéger notre environnement ne sera efficace s'il n'y a pas au départ une interrogation sur les limites de l'expansion de I'homme sur notre planète, et sur la nécessité d'atteindre, le plus tôt possible, un équilibre démographique en relation avec ce que nous voulons qu'il subsiste de notre environnement biologique. Les arguments que je vais avancer sont Darwiniens. Le Darwinismel est une théorie scientifique qui jusqu'ici n'a pu être contredite ni par l'observation ni par l'expérimentation. Elle n'a rien à voir avec un dogme religieux ou politique et ne propose aucune morale. Elle est essentiellement explicative. Je considère donc, comme de nombreux biologistes actuels, qu' Homo sapiens est une espèce biologique, née de la sélection naturelle, qui ne peut-être dissociée du contexte naturel qui l'entoure. Je sais bien que cette position est choquante pour certains, mais elle se
Les idées maîtresses de la théorie de Darwin sont les suivantes: -Il existe dans chaque espèce une variabilité héréditaire (on sait maintenant qu'elle résulte de modifications aléatoires pouvant survenir à tout moment dans le patrimoine génétique des individus: les mutations). -Tout individu est soumis au cours de son existence à des contraintes environnementales: rareté de la nourriture, prédations, parasitisme, fluctuations du milieu physique, compétitions inter et intra spécifique. C'est le concept de sélection naturelle. -L'individu fait face avec plus ou moins de succès à ces contraintes: il lutte pour la vie. S'il porte, du fait d'une mutation, une variation qui l'avantage, il sera préservé par la sélection naturelle. Cette variation sera ainsi transmise à sa descendance et de génération en génération, elle se répandra dans toute l'espèce. Ainsi, en intégrant des variations favorables, l'espèce se modifie au cours du temps et peut donner naissance à de nouvelles espèces c'est l'évolution. 10
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INTRODUCTION

justifie de plus en plus par les découvertes paléontologiques, par les analogies fonctionnelles communes à tout le monde vivant, par l'universalité du code génétique. L'homme considéré comme une «espèce élue» n'a aucune assise scientifique et cette conception ne peut conduire qu'à de grossières erreurs. Ayons le courage de reconsidérer notre place sur la planète terre et, pour cela, aidons-nous de la connaissance scientifique. Elle est seule à avoir permis à I'homme de vaincre l'obscurantisme. Plus que toute autre espèce, animale ou végétale, I'homme, par son expansion et ses interventions dans l'espace terrestre, modifie d'une manière importante le monde vivant. Ces modifications ont essentiellement pour effet d'en réduire la diversité, ce qui est à l'encontre de la sélection naturelle qui, elle, la favorise. En fonction de son expansion démographique, il réduit aussi l'espace disponible pour le reste du monde vivant, au point que l'on peut craindre que l'homme se retrouve un jour seul sur la terre entouré des quelques espèces animales et végétales qui lui sont utiles. On peut se demander aussi, à partir de Ces constatations, si un tel comportement est légitime. Si l'on considère que la vie est seulement une manifestation particulière des combinaisons possibles à partir de quelques éléments chimiques de l'univers (Carbone, Hydrogène, Oxygène et Azote notamment), il n'y a aucun regret à avoir. Mais le monde vivant forme un tout interdépendant et équilibré, et l'on doit craindre que toute réduction de la diversité biologique et la restriction de l'espace aux autres espèces vivantes sinon leur élimination, n'entraîne des effets pervers pour l'homme, effets que l'on commence à percevoir mais dont l'ampleur future est encore mal évaluée.

Il

L'HYPOTHEQUE DEMOGRAPHIQUE

Il m'a paru rationnel de scinder ce livre en deux parties. La première doit faire prendre conscience de la singularité de l'espèce humaine vis à vis du processus Darwinien. Peu à peu elle s'est affranchie de la sélection naturelle qui bridait sa croissance démographique. Je donnerai alors un aperçu de ce qu'est cette croissance et de son évolution future prévisible, des effets de sa répartition inégale sur notre planète du fait des niveaux de développement différents des populations. La deuxième montre comment I'homme s'approprie inexorablement l'espace qui l'entoure par l'agriculture, l'habitat, les voies de communication, les industries, les échanges; qu'il détruit des systèmes écologiques par ses pollutions, ses passetemps, son pouvoir prédateur illimité et que ces actions, négatives pour le reste du monde vivant, ne peuvent avoir de fin tant que la population humaine augmentera. Agronome, j'ai eu l'occasion de me rendre dans des pays - Chine, Inde, Brésil, Mexique - où la surpopulation à confisqué les zones les plus riches au détriment du reste du monde vivant. C'est sans doute là qu'il faut aller pour se rendre compte des problèmes que posera inéluctablement la surpopulation humaine. C'est en visitant ces pays que l'on acquiert la conviction que la croissance démographique incontrôlée se fait au détriment de l'homme bien sûr, mais aussi des autres espèces vivantes. C'est ce que j'ai pu y voir qui m'a conforté dans les idées que j'expose dans ce livre.

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PREMIERE PARTIE

1 LA POPULATION MONDIALE

Pour comprendre l'expansion de l'homme sur notre planète, je voudrais d'abord rappeler succinctement les règles de croissance de toute population vivante, animale ou végétale; il sera possible alors de souligner ce qui fait la singularité de la croissance des populations humaines. Une population naturelle, animale ou végétale, vivant dans un espace non altéré par l'homme, est tributaire pour son expansion des disponibilités alimentaires. Si la nourriture est abondante, la population va croître jusqu'à épuisement des ressources disponibles; dès lors, leur raréfaction entraîne un palier, puis une baisse des effectifs. Une reconstitution des ressources alimentaires induira une nouvelle hausse de ceux-ci et ainsi de suite. En défmitive, entre maxima et minima, la taille moyenne de la population change assez peu. D'autres éléments interviennent dans l'équilibre d'une population naturelle: - l'espace disponible, on parle aussi de territoire; plus celui-ci est grand, plus la population peut y trouver de quoi se nourrir et donc se développer.

L'HYPOTHEQUE DEMOGRAPIDQUE

- La présence ou l'absence d'ennemis qui vont contenir son expansion. Les prédateurs tuent et mangent leur proie (ennemis externes en quelque sorte: le loup carnivore est un prédateur du mouton herbivore). Les parasites détournent à leur profit les métabolites de l'hôte et peuvent le détruire à la fois par inanition et par les toxines qu'ils libèrent dans son organisme (ennemis externes, mais le plus souvent internes: le virus de la myxomatose par exemple, redoutable parasite du lapin). - Les limites de variation des paramètres du milieu physique: température, hygrométrie, éclairage, etc. - La possibilité de s'abriter pour mieux résister aux ennemis naturels mais aussi afm d'atténuer les écarts climatiques (froid, chaleur, vent, pluie etc.). On parle de biotopes ou niches écologiques. Les abris sont indispensables à la survie des jeunes qui sont beaucoup plus fragiles.
Les éléments que je viens d'énumérer, font partie des contraintes environnementales intervenant dans ce que Darwin appelle la sélection naturelle. Mais ont-ils la même agressivité vis-à-vis des populations humaines? Et, par ailleurs, participent-ils avec la même efficacité à leur processus évolutif? Pendant tout le paléolithique, l'Homo erectus (et ses descendants: homme d'Heidelberg, de Néandertal, de Tautavel) sera, comme le sont toutes les populations naturelles, soumis à ces contraintes biologiques. Son expansion démographique est limitée. Il vit en petits groupes dans des abris naturels: cavernes, abris rocheux. C'est un chasseur-cueilleur qui se déplace à la recherche de sa nourriture. II commence cependant avec ses outils et ses armes de pierre à mieux lutter contre ses adversaires ou concurrents. L'homme du paléolithique est un être

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LA POPULATION MONDIALE

Darwinien qui est soumis au milieu qui l'entoure, qui est modelé par ce milieu. Homo sapiens, ancêtre de l'homme moderne, apparu il y a 100 0001 ans, va peu à peu modifier cette situation. Il améliore ses outils, et au début du Néolithique (il y a 8000 ans environ), il invente l'agriculture. Dès lors, sa dépendance alimentaire au milieu naturel s'éloigne. Il n'attend plus la nourriture aléatoire que peut lui offrir son environnement, il détourne une partie de l'espace à son strict profit pour y cultiver les plantes nécessaires à sa nourriture; ce progrès est majeur quant à son expansion démographique. A partir de là, sa supériorité sur les autres espèces va s'accentuer: il quitte ses abris naturels pour s'installer dans des constructions rustiques d'abord, puis de plus en plus confortables, qu'il bâtit de ses propres mains. Il se regroupe en tribus dans des villages, se rassemble en ethnies à partir desquelles se forgeront les civilisations. Il améliore ses outils et ses armes, il domestique des espèces animales qui allègent son travail et facilitent ses déplacements. Il peut empiéter largement sur l'espace vital d'autres espèces. La supériorité de l'homme s'accélère vertigineusement au 18ème siècle avec la domestication de l'énergie (invention du moteur). L'ère industrielle qui suit et l'ère post industrielle actuelle, l'ont rendu maître du milieu biologique naturel; ayant éliminé tous les obstacles qui s'opposaient à son expansion (il réussit même à lutter contre la plupart de ses ennemis internes responsables des maladies et d'une importante mortalité), il est la première entité vivante qui échappe presque totalement à la sélection naturelle, elle se limite pour lui à la compétition

lExcepté lorsque cela est précisé dans le texte, l'origine du temps est le temps présent. 17

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