Etalement urbain et friches industrielles

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"Jamais sans ma voiture" : tels sont à la fois le credo et le mot d'ordre de nombreux Américains. Pour aussi caricaturale que soit cette formule, elle symbolise à la fois la liberté et un mode de vie qui privilégie l'étalement spatial de l'activité humaine en reléguant les fonctions traditionnelles des vieux centres-villes aux contributions de l'histoire. Cette étude se place dans le courant de recherche qui porte, en France comme aux Etats-Unis, sur l'émergence de la ville comme acteur politique, social et économique.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296343238
Nombre de pages : 220
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ETALEMENT URBAIN ET FRICHES INDUSTRIELLES

Isabelle

MARET

ETALEMENT URBAIN ET FRICHES INDUSTRIELLES

Revers de l'idéal Américain

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3
1026 Budapest

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

FRANCE

HONGRIE

ITALIE

(Q L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-5552-6

Je tiens à remercier de tout cœur Mr le professeur Paul Claval pour son soutien continu au long de ce travail,ainsi que Mr. Yves Baquet, professeur à l'université de Dijon, Brigitte et Garoup pour leurs regards bienveillants sur cet ouvrage.

INTRODUCTION

"Jamais sans ma voiture": tel est à la fois le credo et le mot d'ordre de nombreux Américains. Pour aussi caricaturale que soit cette formule, elle symbolise à la fois la liberté, l'indépendance à laquelle ce peuple est attaché plus que tout, et un mode de vie qui privilégie l'étalement spatial de l'activité humaine en reléguant les fonctions traditionnelles des vieux centres-villes aux contributions de I'histoire. Ce modèle de société a façonné un urbanisme fractionné, comme en témoignent ces immenses programmes immobiliers faits, ici de maisons individuelles de belle facture, là, de condominiumsl aux parcs privés, ou, là encore, de simples «mobiles homes» sagement alignés. Point commun de ces lotissements paysagers: ils colonisent des territoires pastoraux, à des lieues de la ville centrale et impliquent des distances toujours plus longues à parcourir que ce soit pour aller travailler, emmener les enfants au club de sport ou simplement "acheter son steack à burger". Un demi-siècle de cette drive in society aura suffi pour en éprouver les délices, mais aussi en mesurer les limites et en chiffrer les coûts: appauvrissement des centres-villes, perte de terres agricoles, pollution, fragmentation sociale.
A ces problèmes majeurs il convient d'ajouter

-

ainsi que le

révèlent des études récentes du département fédéral de la santé - une montée en puissance d'un mal de banlieues fait de stress, de dépression, d'obésité, dus notamment à la disparition de la convivialité. Le mode de vie de cette société qualifiée de suburbaine a pour conséquence directe une remise en cause de la ville moderne et une appréhension nouvelle du binôme ville/périurbain, voire ville/péripériurbain.

I. Petits immeubles

de deux à trois étages

formant

des co-propriétés.

9

Le phénomène de suburbanisation des hommes et des activités se retrouve sur l'ensemble du territoire américain, mais montre néanmoins des facettes différentes selon les régions. L'état de l'Ohio (220 000 km2, 11.3 millions d'habitants en 2000) nous raconte l'histoire d'un espace anciennement industrialisé et urbanisé. Dans les années 70, des régions de localisations et de traditions très différentes sont touchées par la crise économique. Qu'ils soient européens comme ceux du Yorkshire ou des Flandres, ou américains comme celui des Appalaches, tous les vieux bassins miniers traditionnels subissent cette crise dans toute son ampleur et plongent dans un profond déclin. Sidérurgie, métallurgie, carbochimie, tous les secteurs de l'industrie lourde sont frappés; les régions à forte concentration ouvrière doivent faire face au chômage massif, aux fermetures d'usines ou à leur restructuration. La désindustrialisation induit de nouvelles conditions socio-économiques et un réaménagement spatial à toutes les échelles géographiques. Localisées traditionnellement au cœur des villes, la transformation en friches industrielles des anciens sites manufacturiers américains va accélérer un mouvement d'exurbanisation entamé dans les années 50, à la recherche d'espaces plus vastes, plus fonctionnels et plus propres. C'est alors que le phénomène de restructuration industrielle a des retombées majeures sur l'Ohio et ses sous-ensembles urbains. Cet état s'intègre dans un ensemble plus vaste longtemps nommé Industrial belt2: agriculture riche, villes actives, industries puissantes, en ont fait pendant deux siècles une terre d'innovation et de progrès techniques, où la crise économique des années 70 provoque un tel désastre que cette ceinture industrielle va en quelques années mériter la nouvelle appellation de ceinture de la rouille, évocatrice de friches urbaines, d'usines en ruines, de terrains industriels abandonnés, regroupés aujourd'hui sous le vocable de brownfields. Ces changements brutaux ont une incidence très marquée sur les structures urbaines de l'Ohio: ses paysages se modifient, ses
2, "La géographie qui s'est mise en place entre la guerre de Sécession et la fin de la Seconde Guerre mondiale est celle d'un pays de plus en plus profondément industrialisé". chacun se spécialise dans les activités pour lesquelles il possède des avantages particuliers, La géographie américaine devient celle de ceintures spécialisées, des belts l'Industrial belt coïncide avec la partie du Nord,.." CLA VAL, Paul, 1988, "La métropolisation de l'économie et de la société améric aines", Historiens et Géographes, N 312, p, 447.
'"

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espaces agricoles et ses espaces ruraux se couvrent en parcs technologiques, quartiers résidentiels et zones commerciales aux malls gigantesques dédiés aux dieux de la consommation, tandis que les centres-villes, ex-fiefs de l'Industrie glorieuse, déclinent. Les petites communes rurales connaissent une croissance exponentielle, tant en population qu'en activités. Les principales villes de l'Ohio s'inscrivent dans un processus de métropolisation de l'espace (Claval, 1988). La restructuration industrielle a eu une incidence sur ces espaces spécifiques, façonnés de longue date par leur culture, leur géographie et leur histoire. La localisation des activités est plus influencée que par le passé par l'accessibilité aux services. Les besoins de la production, de la recherche, les exigences commerciales aussi, favorisent la métropolisation. Cette étude se place dans le courant de recherche qui porte, ces dix dernières années, en France comme aux Etats-Unis sur l'émergence de la ville comme acteur politique, social et économique. Cette émergence favorisée par la mondialisation, nous permet d'assister à l'organisation progressive d'un "acteur ville" (P. Le Galès, 1995). Les aires métropolitaines portent les traces de leur héritage industriel; leur évolution est le témoin d'une modification profonde, non seulement de leur vie économique, mais aussi de la perception même du concept de ville et des espaces urbains. Aussi les processus d'étalement urbain, ceux de croissance des edge cities, et les difficultés des villes centres, sont-ils à replacer dans le contexte plus vaste d'une certaine remise en cause de la ville moderne. Les dernières décennies, après diverses tentatives, de restauration des centres-villes - à la fois dans leur cadre matériel et leurs fonctions
traditionnelles

-

ont fait apparaître

des exigences

nouvelles:

le rôle

essentiel des coalitions d'acteurs pour la réussite des projets, la nécessaire prise en compte de l'écologie urbaine; enfin et surtout la recherche d'une politique plus coordonnée. Or, l'actuelle configuration des aires métropolitaines de l'Ohio telle que l'ont façonnées l'évolution des mentalités, celle des besoins économiques et certaines lois administratives en vigueur (Home Rule), est caractérisée par une particulière fragmentation de l'espace et des pouvoirs pol itiques. Les acteurs locaux sont en quête de nouvelles stratégies à visées plus globales: il apparaît maintenant que l'aspiration à recréer

Il

une centralité doit aller de pair avec la réhabilitation des friches urbaines, la lutte contre la pollution, la revitalisation économique et plus largement encore, par la recherche des moyens d'action conjointe à la fois sur les espaces urbains et les espaces ruraux environnants. C'est sous l'éclairage d'une démarche évolutive que les incidences de la restructuration industrielle sur les aires métropolitaines de l'Ohio sont abordées. L'étude se concentre sur les lieux privilégiés de la croissance économique et démographique, Cleveland, Cincinnati, Columbus, Dayton, Toledo, Youngstown, Akron, (cf figure 1) berceaux de la renaissance de l'emploi et examine leurs diverses personnalités, leurs rôles et leur puissance respective au sein de l'Etat, autant d'éléments, qui nous permettent d'aborder leurs modes d'adaptation. Toutes ces villes présentent des points communs: leurs centres, un temps leaders du développement économique s'affaiblissent. Des zones abandonnées s'y déploient, la population y vieillit, s'y appauvrit. Les espaces périphériques, en revanche, bénéficient d'un dynamisme insolent et font éclore des formes d'urbanisation particulières, les edge cities. Difficultés budgétaires des municipalités centrales, vétusté de leur cadre urbain, abandon et pollution des anciens sites industriels constituent autant de problèmes pJus ou moins ressentis selon les villes considérées. Nous voyons l'inexorable étalement des villes périphériques et les défis que l'écologie urbaine et les services de santé doivent relever. Nous aurons également l'occasion de voir quelles sont les stratégies innovantes que met en place la gouvernance urbaine dans les années 90 pour parvenir à un aménagement harmonieux. L'entreprise de reconversion des centres-villes a fait couler beaucoup d'encre. Néanmoins, la mise en exergue de cet effort ainsi que la réhabilitation des sites pollués a suscité beaucoup moins de réflexions et de commentaires. Les sources d'informations sont encore discrètes et souffrent parfois d'un manque de véracité. Les recherches portent souvent sur des cas particuliers ou sur des thèmes spécifiques du redéveloppement des centres urbains. Nous tenterons d'aborder l'ensemble des phénomènes, en étudiant particulièrement les relations et interdépendances difficiles qui s'établissent entre les diverses composantes de la gouvernance - au niveau fédéral, régional et local -

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De la même façon, un regard sera porté sur les interactions qui s'exercent entre politiques de restauration des centres-villes et les mesures de protection des espaces ruraux. Il induit la recherche du nécessaire équilibre à établir entre villes centrales et communautés périphériques. On voit ainsi apparaître, après une période de tâtonnements et de tentatives décevantes, de nouvelles orientations dans les conceptions mêmes du développement urbain.

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PARTIE

1

LA RECONSTRUCTION METROPOLITAINES

DES AIRES UNE DURE

DE L'OHIO:

BA TAILLE A LIVRER

N

W*E

60 r"""'.-

0 Km

60

120

Routes dans l'Ohio Extention urbaine des Etat de l'Ohio

principales

villes de l'Ohio

Figure J : réseau urbain et aires métropolitaines de l'Ohio.

]6

Chapitre 1

Restructuration

industrielle

et aires métropolitaines

Les aires métropolitaines de l'Ohio portent les traces de leur héritage industriel. La classification réalisée en 1963 par Berry et Horton, traitant des seize aires métropolitaines des Etats-Unis de plus de 250 000 habitants montre que six d'entre elles - Cleveland,

Cincinnati, Columbus, Dayton, Akron, Toledo - sont localisées dans
l'Ohio; elles présentent toutes une fonction à dominance industrielle. Ces aires métropolitaines sont marquées dans leur espace ainsi que dans leur puissance relative par la restructuration des années 70. Elles abritent l'essentiel de la population et des activités de l'Etat et doivent s'adapter à la nouvelle donne économique mondiale afin de rester compétitives (thème étudié par J.B. Blair et T. Kinsella). L'exurbanisation correspond au phénomène de redistribution des activités et des populations au sein des aires métropolitaines. C'est un mouvement de grande ampleur qui s'intensifie à partir des années 70, favorisé par la mobilité accrue de la population américaine. Les sites industriels traditionnels subissent ce même phénomène: la fonction industrielle ne peut plus se situer au cœur de la cité comme elle l'a fait pendant des siècles. Elle doit, afin de rester performante, s'adapter aux lois nouvelles de la production et quitter son havre primitif. Elle s'expatrie vers des sites plus spacieux et plus fonctionnels à l'extérieur de la ville, notamment près des échangeurs autoroutiers ou des aéroports. Les sites industriels qui conservaient tant bien que mal des activités dans les centres-villes sont progressivement abandonnés, laissant des espaces délabrés. Le cadre urbain qui les entoure se terni; la désaffection s'accentue; les administrations locales voient leur budget s'appauvrir par la baisse des revenus fiscaux. Dans le contexte particulier de l'Ohio, des forces diverses se mettent en action pour tenter de remédier à ces problèmes. Longtemps

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oubliés, les quartiers en désuétude font l'objet de maintes actions d'aménagement visant leur réintégration au tissu urbain existant, tandis que la mobilité accrue des habitants, leur goût pour des maisons toujours plus vastes et une promotion immobilière soutenue les encouragent à s'installer dans les entités urbaines périphériques de l'aire métropolitaine. Les sources bibliographiques sur la restructuration des aires métropolitaines de l'Ohio et sur les mesures mises en place pour tenter de revitaliser les centres-villes sont assez généreuses. Nous disposons d'une littérature scientifique importante, de statistiques issues des recensements, et de projets publiés par les municipalités. Nous les analyserons en mettant l'accent sur l'exemple de Dayton, une ville moyenne de l'Ohio, dans la vallée du Miami.

L'Ohio, un contexte propice à l'urbanisation. La métropolisation l'état Les Etats-Unis forment un pays essentiellement urbain constitué de grandes villes: le réseau de métropoles de l'Amérique industrielle des années 30, présenté par P.Claval (1988), montre son importance dans l'Industrial belt. C'est dans cette partie des Etats-Unis que se concentraient les pôles urbains les plus puissants: New York, Boston, Philadelphie, Baltimore, Pittsburgh, Cleveland... Le réseau de métropoles de l'Amérique postindustrielle s'est étendu en maintenant à L'Industrial belt sa forte urbanisation, mais la partageant désormais avec d'autres régions souvent côtières, de l'Ouest ou du Sud des EtatsUnis.
"La poussée accélérée des grandes villes du Sud et de l'Ouest rééquilibre l'espace américain: le Nord-Est cesse d'être mieux pourvu en grands centres que le reste du pays." (P. Claval, 1988)

de la population

et des activités à l'échelle de

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L'Ohio, un des états les plus urbanisés de la région des Grands Lacs. L'Ohio abrite un réseau urbain particulièrement dense, cohérent et solide (cf Carte 1). Les voies de communications abondantes, une activité industrielle diversifiée et précoce expliquent ce phénomène dont l'évolution a suivi le modèle d'industrialisation du XlXe siècle, la plupart des unités de production étant localisées dans les villes.
"La grande métropole américaine est (donc) à la fois un nœud de transport et un centre industriel,..., . Les fonctions liées à la production constituent l'essentiel de l'activité." (P. Claval, 1988)

Le réseau urbain qui se constitue dans la région des Grands Lacs au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, regroupe aujourd'hui près des trois-quarts de la population de cette région et l'Ohio tient, en 2000 la septième place nationale pour le nombre de ses habitants. Si on le compare à ses voisins, le Michigan, la Pennsylvanie, la Virginie de l'Ouest, on remarque que seule la Pennsylvanie est plus peuplée que lui avec 12 281 054 habitants contre Il 353 140 (en 2000). Depuis 1950, la population de l'Ohio assume une croissance stable et gagne 42 % de résidents en 50 ans. Si l'Ohio conserve un fort caractère agricole, il n'en est pas moins l'Etat le plus urbanisé de la région. Ses communautés urbaines abritent presque les trois-quarts (74 %) de sa population. Plus de 81 % des habitants de l'Ohio vivent dans une région métropolitaine, ce pourcentage est encore plus élevé en Pennsylvanie et dans le Michigan (respectivement 85% et 83%). L'expression de "région métropolitaine" (Metropolitan Statistical Area) désigne dans cet ouvrage les vil1es centres, les comtés urbains qui les entourent, ainsi que les comtés environnants qui entretiennent avec la ville centre une relation quotidienne, sur les plans résidentiels, économiques, fonctionnels. Par ailleurs, il convient également de faire une distinction entre la population des banlieues proches (inner suburban population) et celle des banlieues lointaines (outer suburban population). Ces dernières comprennent des populations établies dans des comtés voisins de celui où se trouve la viIle centre.

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A l'échelle de l'Etat, une concentration croissante des entreprises et des activités s'opère au sein des aires métropolitaines reflétant un phénomène majeur de l'espace Nord-américain (P. Claval, 1988). Les villes accentuent leur rôle privilégié de cœur de l'interaction économique et sociale. La population urbaine de l'Ohio s'accroît de 42% entre 1950 et 2000. Ses huit principales régions urbaines (Cleveland-LorainElyria, Columbus, Cincinnati, Toledo, Akron, Canton, YoungstownWarren, Dayton-Springfield) montrent des croissances différentes pendant cette période. Et si Columbus, la capitale de l'état, domine cette progression, Cleveland reste "La" métropole du réseau urbain de l'Ohio, 2 945 831 habitants au recensement de l'année 2000. Cincinnati et Columbus restent aussi des agglomérations relativement puissantes, avec respectivement 1 979 202 et I 540157 habitants. L'Etat abrite, également des villes plus modestes, comme Dayton, 950 558 résidents, Toledo, 618 203 habitants, des petites villes et, bien sûr, des bourgades comme Yel lowsprings : 3700 âmes.. . La mondialisation de l'économie se traduit principalement par une croissance du rôle des quartiers centraux des grandes métropoles. Les activités de leurs quartiers d'affaires se développent, les sièges sociaux des entreprises, et leurs services commerciaux, ainsi que les banques s'y concentrent progressivement. Les espaces métropolitains puissants et en croissance dans l'Etat de l'Ohio sont ceux qui ont vu leur économie s'épanouir, leur industrie traditionnelle se redynamiser. lis ont su intégrer de nouvelles industries de haute technologie, des services aux entreprises, des services financiers, commerciaux... lis ne présentent pas tous la même personnalité industrielle. Columbus et Cincinnati ont toujours eu un caractère plutôt diversifié de leur économie, et ils rayonnent dans les années 90 auprès de Cleveland, au sommet du réseau urbain. Ces différences sont essentielles afin de comprendre les évolutions actuelles.

Vitalité économique contrastée des aires métropolitaines Un rapide examen des tendances de l'évolution de l'emploi des aires métropolitaines de l'Ohio apporte des précisions sur la géographie de la croissance. Les huit aires métropolitaines majeures de l'Ohio hébergent ensemble 79 % de l'emploi de l'Etat. Le

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graphique (cf figure 2) présente la part respective de chacune: avec ses 22 %, Cleveland montre qu'elle a su maintenir ses solides acquis et garde sa place de leader, alors qu'en termes de croissance, elle ne se situe qu'en 70mposition avec 37%. Les chiffres tirés du county business pattern font état de J'évolution de l'emploi dans l'Ohio de 1965 à 1996, permettent les constatations suivantes:

-

Des huit régions

urbaines

de l'Ohio,

Columbus

cumule

le

nombre absolu d'emplois créés le plus important (406 000) et la croissance la plus forte de ]'Etat (+] 48 %) devenant ainsi la deuxième aire métropolitaine de l'Ohio et ravissant la seconde place traditionnelle à Cincinnati. - L'emploi dans l'industrie lourde diminue dans l'ensemble de l'Etat, chacune des principales aires métropolitaines étant touchée par ce recul. - Le déclin de l'emploi industriel dans chacune des huit aires métropolitaines est général, mais les plus petites sont les plus touchées parce qu'elles sont pJus dépendantes du secteur industriel que les plus étendues. - L'emploi dans le secteur secondaire subit des pertes allant de Il % pour Columbus à 40 % pour Youngstown. C'est une des conséquences des fermetures d'entreprises de ce secteur et de l'abandon de nombreux bâtiments situés en ville. - Le secteur des services est celui qui connaît une vraie croissance dans ]'Etat (288%). Columbus affiche une hausse de 411 %, Cincinnati 329%, Akron et Dayton 308%. En 1996, la part des postes dans les services est de 30 à 36 % du total des emplois de chaque aire métropolitaine. - Toutes les aires métropolitaines connaissent une croissance des emplois dans les branches F.A.F (finance assurance et foncier), il en est de même pour les commerces de gros et de détail. Plus des trois-quarts (77 %) de la croissance de l'emploi de l'Etat est concentrée dans les aires métropolitaines, elle ne concerne que très peu de nouveaux emplois dans les industries manufacturières. La performance des aires métropolitaines en termes d'emploi est assez variable, elle s'explique en partie par le degré de spécialisation industrielle historique de chacune. Si on excepte Cincinnati, elles présentent de forts taux de spécialisation dans au moins deux industries de transformation et dans au moins une 2]

industrie lourde. Columbus, Dayton et Toledo ont la particularité de développer aussi des activités non manufacturières. Toledo, Canton, Akron ont le plus grand nombre d'entreprises spécialisées dans des industries lourdes. Au cours de la période considérée (1965/1996), l'économie de j'Ohio se restructure en se diversifiant. Ses emplois s'accroissent comme dans les services de santé, et de nouvelles forces apparaissent par exemple à Dayton avec la maintenance et la réparation, ou avec les banques à Columbus. Les emplois augmentent dans les huit aires métropolitaines avec des pics pour Cleveland et Columbus. Cette dernière présente une croissance spectaculaire des emplois dans les magasins d'alimentation (8 659 emplois), soit plus du double de n'importe quelle autre aire métropolitaine. Ene a aussi la plus forte croissance des activités non industrienes de la région, excepté pour les services spécialisés dans l'ingénierie et l'aménagement.

Columbus
CI11CI11nat1

148% +91% +72% +63% +61%

Toledo Dayton Akron Canton Cleveland y OlUlgstO'Ml 20 +25% 40 60 +37% +49%

80

100

120

140

160

Figure 2 : évolution de l'emploi dans les principales aires métropolitaines de l'Ohio de 1965 à 1996.

Les aires métropolitaines de l'Ohio ont malgré tout des caractéristiques communes; l'accentuation de leur rôle d'accueil des activités et de la population de l'Etat et parmi ces activités, un développement général de la tertiarisation. On remarque enfin que la restructuration économique de cet Etat manque d'une grande métropole qui lui permettrait d'intégrer

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