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Gothique flamboyant en Picardie

De
202 pages
Richement illustré en couleur, cet ouvrage s'attache à détailler la construction de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Maignelay ainsi que son architecture propre. S'appuyant sur l'histoire de la région et notamment celle de Louis d'Halluin, gouverneur de Picardie, l'auteur contextualise l'émergence d'un style architectural singulier qui mêle gothique flamboyant et ornements Renaissance, propre à la Picardie du tout début du XVIe siècle.
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PATRICK ANSAR
LE GOTHIQUE
FLAMBOYANT
EN PICARDIE
L’ÉGLISE ET LA CHAPELLE
SAINTE-MARIE-MADELEINE
DE MAIGNELAY - OISE© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01889-8
EAN : 9782343018898PatricK anSar
-
Le Gothique
fLamboyant
en Picardie
L’ÉGLiSe et La chaPeLLe
Sainte-marie-madeLeine
de maiGneLay
iuhsoietmriqneldymnaignetaésooctigéy« Le porche de

Sainte-MarieMadeleine » 1937.
Dessin au fusain
de Maurice Boitel,
(1919-2007)
dont la famille
est originaire
de Maignelay.
Collection
particulière.
4aVant-ProPoS
c onçu à partir de 1977 dans le cadre d’études universitaires menées à Lille par son auteur, Patrick
Ansar, ce magnifique ouvrage est consacré au triomphe du Gothique flamboyant en Picardie, dont l’église de
Maignelay est une parfaite illustration malheureusement trop peu connue. La réalisation de cet ouvrage, menée
à partir de 1992 par la toute nouvelle société historique de Maignelay-Montigny alors peu experte en matière
d’édition, mettra finalement une quinzaine d’années avant d’aboutir!.. C’est donc d’abord le mérite des
Éditions de L’Harmattan que de faire aujourd’hui confiance aux différents acteurs et artisans de ce document,
puis de le mettre à la disposition du public et surtout des historiens.
Parmi ces artisans figure d’abord l’auteur, Patrick Ansar, historien-chercheur originaire du Nord où il
a fait carrière comme directeur d’activités culturelles et de protection du Patrimoine. Et c’est par hasard que
cet homme du Nord s’est passionné pour cette petite commune de l’Oise, Maignelay... quand il découvre que,
débaptisée en 1587, elle s’est appelée «Halluin» pendant deux siècles et fut le siège d’un duché remarquable!
Depuis Patrick Ansar est devenu membre actif de la Société historique de Maignelay-Montigny!
Il faut également citer Francis Dubuc, pour ses patientes recherches des illustrations les plus rares
ou les plus anciennes et la remarquable mise en page de ce très bel ouvrage... et puis Roland Gardin et
Claude Laroussinie nos artistes-photographes, férus d’histoire locale, sans oublier Marie Ansar, historienne
et fille de l’auteur qui a réalisé le glossaire illustré! Enfin il faut rendre hommage aux membres de la société
historique qui ont patiemment suivi et encouragé la réalisation de ce livre... et plus particulièrement Didier
Dujacquier, trésorier et infatigable chercheur de documents, dont on trouvera de magnifiques photographies
réalisées par ses soins. Ils ont tous bien mérité de l’histoire de l’église Sainte Marie-Madeleine... mais aussi de
celles, si proche en matière de gothique flamboyant, de Montigny et de Ravenel puisque ces trois édifices ont
été construits par les mêmes et puissants «ducs-bâtisseurs du château de Maignelay, les d’Halluin», lesquels
reposent depuis cinq siècles sous le dallage du chœur de Sainte-Marie-Madeleine!
Enfin on trouvera pour terminer, à la fin de l’ouvrage, un chapitre spécifique intitulé «Documents
annexes» qui réunit quelques récits complémentaires, peut-être moins connus de l’histoire de Maignelay et
de son église... puisés tout à la fois dans les archives communales mais aussi repris de textes rédigés par
notre ancienne historienne locale, Suzanne Lesobre (1890-1969) ou mieux encore ajoutés plus récemment par
Patrick Ansar et Michel Bourgeois.
Et maintenant bonne lecture à tous ceux qui voudront bien se pencher sur cette histoire non seulement
locale, mais de dimension régionale et même nationale en matière d’architecture religieuse, en souhaitant qu’on
s’arrête désormais un peu plus sur l’incroyable destin retrouvé de cette Sainte Marie-Madeleine de Maignelay!
Michel Bourgeois, docteur en Sorbonne
Président de la Société historique de MaignelayMontigny
5introduction
La commune de Maignelay, aujourd’hui Maignelay-Montigny, est un
chef-lieu de canton de l’arrondissement de Clermont-en-Beauvaisis. Située dans
le nord du département de l’Oise, elle ne se trouve qu’à quelques kilomètres
du département de la Somme. Sous l’Ancien Régime, Maignelay relevait du
egouvernement d’Amiens et du baillage de Montdidier. Au XV siècle, la seigneurie
faisait partie du gouvernement de Péronne, Roye et Montdidier, élément
important de ces «Villes de la Somme» qui furent l’enjeu des guerres entre le
roi de France et le duc de Bourgogne. Du point de vue ecclésiastique, Maignelay
relevait de l’évêché de Beauvais, doyenné de Ressons-sur-Matz. Cependant, les
communes voisines de Maignelay, au nord, relevaient de l’évêché d’Amiens.
Cette situation, à un point de rencontre entre le Santerre et le Beauvaisis, entre la
Picardie et l’Ile-de-France, jouera un rôle important dans les influences artistiques
que nous pourrons retrouver dans l’architecture religieuse de cette commune.
un Peu d’hiStoire
Maignelay semble n’avoir été pendant tout le Moyen-Age qu’une
modeste agglomération placée sous la dépendance du bourg voisin,
Montigny-eneChaussée, plus peuplé et qui possédait une charte communale dès le XII siècle.
eMais l’existence à Maignelay d’une forteresse, connue dès le XIII , et la présence
des premiers seigneurs du lieu, les Tristan auprès des rois Philippe-Auguste, à
la bataille de Bouvines, et Jean-le-Bon, à la bataille de Poitiers, font du site de
Maignelay un bastion militaire fort important durant les guerres du Moyen-Âge.
e Cependant, le village lui-même ne prit de l’importance qu’à la fin du XV
siècle avec l’acquisition en 1496 de la seigneurie par un cadet d’une puissante
famille de Flandre, Louis d’Halluin, seigneur de Piennes, gouverneur de Picardie.
La famille d’Halluin posséda la terre de Maignelay jusqu’en 1641, date du décès
d’Anne d’Halluin, épouse du Maréchal de Schomberg. Pour Charles d’Halluin,
la terre de Maignelay avait été érigée en duché-prairie par le roi Henri III en
1587. Maignelay prit alors le nom d’Halluin-en-Picardie, nom que le village
gardera jusqu’à la veille de la Révolution avec son titre prestigieux de duché.
6 C’est à la munificence de la famille d’Halluin que sont dues les
Vue aérienne du centre de constructions religieuses de Maignelay. Elles sont de nos jours au nombre de deux:
Maignelay : l’église,
l’église paroissiale dédiée à Sainte-Marie-Madeleine et une petite chapelle dite le presbytère et, à gauche,
le parc du château.de Sainte-Marie-Madeleine, située à la sortie du Bourg, sur la route de Tricot.
Cliché R. Gardin. Vers 1950.Toutes deux sont classées Monuments Historiques. Mais la famille d’Halluin
fera également bâtir les églises voisines: Saint-Martin de Montigny et
NotreDame de Ravenel qui présentent certaines similitudes avec celle de Maignelay.
L’eGLiSe
et La chaPeLLe
L’église de Maignelay n’est pas un monument inconnu des historiens. de maiGneLay
e e Plusieurs notices lui furent consacrées, surtout au XIX siècle mais aussi au XX contradictions et
incertitudessiècle. Ce qui nous a poussé à entreprendre à nouveau cette étude, c’est la grande
variété des opinions émises à son sujet et parfois même leur aspect contradictoire.

Pour Prosper Mérimée, en janvier 1852, l’église n’est pas dépourvue
ed’intérêt mais «les édifces gothiques du XVI siècle sont peu remarquables par leur
décoration et presque toujours mal construits», refusant en ces termes le classement de
l’église de Maignelay, classement qui avait été proposé par Louis Graves,
Secrétairegénéral de la préfecture de l’Oise, dès 1841 et qui ne fut accordé qu’en 1875.
7La façade de l’église A l’entrée du chœur, arc Le porche à trois pans.
Sainte-Marie-Madeleine. triomphal* avec clé pendante.© Ministère de la culture -
© Ministère de la culture - © Ministère de la culture - Médiathèque du Patrimoine,
Médiathèque du Patrimoine, Médiathèque du Patrimoine, dist.RMN / cliché G. Durand.
dist.RMN / cliché H. Chaine. dist.RMN / cliché F. Martin-Avant 1914.
1893. Sabon. Avant1896.
A la même époque, en 1840, Beaude décrit l’église de Maignelay
comme un «bijou de l’Art», «véritable chef-d’oeuvre d’élégance», dans un article
du Bulletin Monumental. Cependant, le Chanoine Marsaux dans sa notice
sur l’église de Maignelay, la seule étude quelque peu approfondie sur le sujet,
écrit que «son style trop chargé sent la décadence», alors que l’Abbé Muller y
voit une «oeuvre conçue par un grand talent et exécutée par des mains habiles».

Cette dualité des opinions se retrouve dans la description des
voûtes. Scellier, un bourgeois de Montdidier, la décrit en 1757 comme
une «voûte hardie et d’un beau travail», alors que Graves en 1839 n’y voit
«qu’un choeur trop court et une voûte trop basse». Quant à Bonnault d’Houet,
en 1902, il qualifie les voûtes du choeur de «lourde pâtisserie de pierre».
Les contradictions sont évidentes au niveau des attributions: Beaude, qui
est cependant un admirateur, parle de «dégénérescence de l’Art». Si la plupart
des auteurs cités s’accordent à voir dans l’église de Maignelay un édifice de style
gothique flamboyant, le Baron de Bonnault d’Houet écrit que Louis d’Halluin
a fait «reconstruire l’église en un style alors nouveau en France dont il aurait pris goût
en Italie». Attribuée généralement à des artistes beauvaisiens depuis le début
edu XVIII siècle, l’église est cependant considérée par M. Zannettaci comme
un «sanctuaire d’art famand». Enfin, les manifestations de l’année gothique
en Picardie, en 1975, n’ont pas hésité à inclure Maignelay dans leur circuit.
Ces contradictions, ces incertitudes nous ont poussé à étudier à
nouveau cette église. Elles ne sont pas les seules raisons. Monument peu
connu en dehors des historiens locaux, l’église de Maignelay a été négligée
dans les grandes études sur l’art gothique en Picardie, province à laquelle
elle appartient par sa situation administrative, de la part des historiens qui
confondent la province avec le département de la Somme ; il nous a donc
paru intéressant de tenter de replacer l’église de Maignelay dans l’histoire
ede l’architecture picarde à la fin du XV siècle et au début du siècle suivant.
8La chapelle
Sainte-MarieMadeleine à l’entrée de
Maignelay en venant de Tricot,
eCarte postale, début XX siècle.
L’abside de la chapelle avec
son bandeau sculpté.
Cliché R. Gardin.
maiGneLay et
foLLeViLLe Un autre élément a également été négligé par les historiens, oubli
toujours dû à la situation de l’église de Maignelay dans le département de
l’Oise; notre église n’est éloignée que d’une quinzaine de kilomètres de l’église
de Folleville, dans le département de la Somme, monument, au contraire, très
étudié. Ce rapprochement est encore plus évident quand on sait que Louis
d’Halluin, à qui on attribue la construction de l’église de Maignelay, était
aussi l’exécuteur testamentaire de Raoul de Lannoy, le seigneur de Folleville.
Il sera donc intéressant de voir s’il existe
ou non des rapprochements à faire entre les deux
édifices, entre Maignelay et Folleville qui, pour
certains auteurs, est un sanctuaire de l’art italien
edans le nord de la France au début du XVI siècle.
La situation exacte des deux monuments, l’un par
rapport à l’autre, ne pourra être recherchée qu’après
avoir daté le plus exactement possible l’église de
Maignelay, ce qui a déjà été fait pour Folleville.

Le second monument religieux de Maignelay,
la chapelle Sainte Marie-Madeleine, n’a presque pas
été étudié. Louis Graves mentionne cette chapelle
sans la décrire; le retable* en pierre, à l’intérieur,
n’est signalé, à notre connaissance, que par un auteur;
la chapelle est un édifice mal défini, isolé, peu connu,
mais probablement dû lui aussi à la générosité de
la famille d’Halluin. Il nous a donc semblé utile de
joindre son étude à celle de l’église, même si ces
deux monuments n’ont d’autre rapport entre eux
que leur situation dans la même commune, d’autant
plus que l’état actuel de la chapelle, cependant
classée, rend très incertaine sa conservation future.
9l’église
sainte marie-madeleine
Située au centre du village, près du château, l’église de Maignelay,
orientée nord-est/sud-ouest, est une construction en pierres de taille, bâtie selon
* Les termes architecturaux un plan en croix latine; elle comprend une nef de deux travées* rectangulaires
marqués d’un astérisque sont inégales, flanquées de bas-côtés, un transept légèrement saillant au nord et pas
décrits dans le glossaire, en
du tout au sud, et un choeur formé de deux travées* droites rectangulaires et pages 170 à 177.
d’une abside à cinq pans. La première travée* droite du choeur est flanquée d’une
tour dans l’oeuvre, abritant un escalier ne communiquant pas directement avec
le choeur mais sur une chapelle à deux niveaux située au nord de la deuxième
travée* droite du choeur et s’ouvrant sur elle par deux grandes baies superposées.
L’ensemble de l’édifice est voûté d’ogives*. Une sacristie construite sous le
Second Empire flanque au nord le croisillon septentrional. Un porche à trois pans,
accosté de deux tourelles en pierre, flanque, hors oeuvre, la façade occidentale.
L’eXterieur
de L’eGLiSe
La nef, le transept et le choeur sont couverts d’un toit à deux versants
les toitures
en ardoise. Les pignons* sont découverts. Sur le pignon* occidental de l’église en ardoise
se dresse un clocher octogonal en charpente, sommé d’une flèche de même plan
couverte d’ardoise. Les tourelles du porche sont coiffées de deux petits dômes
surhaussés, en pierre. L’extérieur est construit en grand appareil simple, régulier
et allongé de pierres calcaires. Exposées aux intempéries depuis plusieurs siècles,
cette pierre est fortement érodée et a dû être remplacée par une pierre plus dure,
facilement reconnaissable. La façade occidentale, les bas-côtés, le porche, presque
tous les rampants* des pignons* et de nombreux éléments des corniches ont ainsi
eété restaurés pendant la première moitié du XIX siècle. La plupart des éléments
sculptés du porche et de la façade occidentale sont soit dégradés, soit refaits.
Mise à part la façade occidentale, l’extérieur de l’église de Maignelay est
très peu orné; un larmier* est continu dans toute l’église et se poursuit sur les
contreforts. Seul, le mur gouttereau* de la première travée* du bas-côté sud ne
semble pas le posséder; il n’est cependant pas impossible qu’il y ait à cet endroit
10Plan de l’église avec sa nef et ses deux
travées rectangulaires – extrait de
Marsaux (chanoine), l’église de Maignelay,
bulletin de la société archéologique &
historique de Clermont de l’Oise, année
1907, Abbeville, Paillart, 1908, p.16.
L’église de Maignelay,
Côté nord avec la sacristie
construite sous le Second
Empire Cliché D. Dujacquier.
11Flanc nord, le transept et les
chapelles seigneuriales.
Cliché D. Dujacquier.
un arrachement non restitué par les restaurations, cette travée* ayant été fort
dégradée par l’adjonction d’un clocher non prévu à l’origine, au-dessus de la
evoûte, et détruit au XIX siècle. Au-dessus de ce larmier* se trouvent les baies, une
par travée*; le nombre de meneaux*, la forme des remplages* et de l’arc varient
selon les cas, mais toutes les baies sont surmontées d’une archivolte* renversée
formant des crossettes. Au-dessus des baies du choeur, ces crossettes viennent
buter contre les contreforts.
les baies
Les baies présentent une grande variété d’arcs et de remplages*. Si les
deux baies du bas-côté nord présentent un arc brisé* à plat, celles du bas-côté
sud sont en plein cintre*; quant aux baies du transept et du choeur, elles sont
surmontées d’arcs brisés.
Les baies ne présentent qu’un meneau* central dans l’abside, en
façade, et dans la chapelle au nord de la deuxième travée* droite du choeur.
Elles en ont deux dans les parties droites du choeur et dans les baies des
basMouchettes du chœur, côtés de la nef, et trois dans les croisillons. Le dessin des remplages* comme
anges et phénix, les meneaux* ont souffert énormément des intempéries et doivent être dans
evitraux du XVI siècle.
la majeure partie le résultat d’une «restauration». Nous avons des meneaux* Cliché R. Gardin.
droits dans le bas-côté nord et la deuxième travée* du bas-côté sud. Ainsi que
nous l’avons dit plus haut, on peut douter de l’authenticité de ces remplages*.
Les baies du transept sont divisées en quatre parties par trois
grands meneaux* verticaux, coupés en leur centre par une traverse
horizontale. Là encore, nous sommes en présence d’une restauration.
Il n’est pas impossible que les remplages* primitifs aient comporté
cette traverse horizontale que l’on retrouve aux baies du transept de
l’église voisine de Montigny, soutenue par des trilobes. Il est possible
que le tracé des remplages* du choeur soit celui d’origine ; en effet,
certaines mouchettes* abritent toujours des anges thuriféraires* et
12Le porche, avec l’une des deux
tourelles. A droite, petite porte
d’époque Renaissance.
eCarte postale, début XX siècle.
eadorateurs ainsi qu’un Pélican dans sa piété, vitraux du XVI siècle, qui s’inscrivent
parfaitement dans la mouchette*.
les murs
Au-dessus de ces baies et de celles du transept s’étend une partie murale
importante terminée par une corniche composée de trois gorges* successives
en saillie. Cette corniche se retrouve à la base du toit des bas-côtés de la nef,
où elle est située juste au-dessus des archivoltes* des baies, et lui est même
parfois contiguë, dans le bas-côté sud par exemple. Le dessin de cette corniche
n’est peut-être pas celui d’origine. On la retrouve à la base des versants
La petite porte latérale
des toits de la nef, mais elle n’existe pas sous le versant du toit de la tour au du bas-côté sud restée en
nord du choeur ; là, la charpente repose directement sur le sommet du toit. service jusqu’aux premières
eannées du XX siècle.
Cliché D. Dujacquier.
Les murs sont contrebutés par des contreforts, au droit de chaque pile*
intérieure, perpendiculaires aux murs
gouttereaux* ou dans l’axe de la pile*
intérieure pour le mur de croupe*. Seuls, les
angles nord-est de la chapelle septentrionale
et sud-est du croisillon sud présentent
des contreforts en diagonales. L’angle
nord-ouest du croisillon nord est aussi
pourvu d’un contrefort perpendiculaire
au mur occidental du croisillon, parallèle
et accolé au mur du bas-côté nord.
La première travée* du bas-côté sud
possède dans sa partie occidentale une porte
basse, coincée contre le contrefort; cette
porte présente deux tores* séparés par une
gorge* profonde, surmontés d’un gable*
en accolade, très aigu. Le gable* central est
13Porte basse de l’ancien clocher,
côté nord.
Cliché D. Dujacquier
orné en son centre de deux mouchettes*. Il n’est pas impossible que le sommet de
l’accolade ait été orné d’une couronne de feuillages, mais l’ensemble est très dégradé.
LeS
conStructionS
anneXeS Il nous reste à décrire, pour l’extérieur, deux éléments qui se différencient
de l’ensemble de la construction: la façade occidentale et les constructions
attenantes aux travées* droites du choeur. Celles-ci se décomposent en
une tour tronquée, coincée dans l’angle du croisillon nord et du choeur,
et de deux chapelles disposées l’une sur l’autre, à la suite de cette tour.
la tour
et les chapelles
Cette dernière, édifiée en grand appareil, est percée de quatre ouvertures
irrégulières situées à des niveaux différents. Au niveau du sol s’ouvre une grande
porte avec un arc en anse de panier; au-dessus, un larmier* chanfreiné interrompu
par les deux contreforts latéraux; ce larmier* n’est pas dans la suite du larmier*
qui fait le tour de l’église mais est situé à un niveau supérieur. Dans l’axe de la
porte, au-dessus du larmier*, une ouverture rectangulaire couverte d’un linteau,
à ébrasement* intérieur. Au niveau supérieur, mais rejeté vers l’est contre le
contrefort, une porte coiffée d’un arc en accolade, près de cette porte, sur la droite,
des marques de tâcherons, évoquant la lettre grecque Pi. Au-dessus, dans l’axe de
la fenêtre précédente et de la porte du rez-de-chaussée, une deuxième fenêtre
rectangulaire, à ébrasement* intérieur, couverte d’un linteau droit, mais l’arc interne
de ce linteau est en anse de panier. Cette ouverture avec appui taluté* est en partie
fermée par des moellons non cimentés et un tuyau en tôle qui fait saillie à l’extérieur.
Cette tour, couverte d’un appentis qui prolonge la toiture du croisillon nord,
se distingue par une muralité importante. son aspect massif est renforcé par deux
contreforts perpendiculaires au nu du mur. On retrouve à la base de ces contreforts
les empattements* et au-dessus le larmier*. Le contrefort oriental présente trois
retraits* talutées, celui de l’ouest quatre et il est terminé par une gorge* en saillie qui
semble présenter des éléments qui pourraient bien être les pattes d’une gargouille;
14Le bandeau sculpté du porche,
erestauration du XIX siècle.
Cliché R. Gardin.
la partie terminale du contrefort montre des traces évidentes d’arrachement.
La chapelle qui se trouve dans l’alignement de cette tour ne se distingue pas
du point de vue architectural du reste de l’église; elle est couverte d’un toit en
appentis qui s’appuie contre le mur gouttereau* du choeur et la face orientale
de la tour sur laquelle fait cependant saillie un massif rectangulaire qui monte
jusqu’au niveau du sommet du contrefort. Le versant de l’appentis de la chapelle
est soutenu par une corniche du type de celle que nous avons vue dans le reste
de l’église. Les murs de la chapelle sont percés de deux ouvertures, à l’est et
au nord. La baie au nord ne possède pas de remplage* alors que celle de l’est
est divisée en deux lancettes* par un meneau* central surmonté de remplages*.
la façade
occidentale
et ses
La façade occidentale est composée du mur pignon* de la nef sur lequel constructions
sont appuyées les toitures en appentis des bas-côtés, d’un porche à trois pans,
flanqué de deux tourelles circulaires et hors oeuvre au droit de ce mur pignon*.
L’ensemble de la façade est très dégradé, ce qui en rend la description difficile.
le porche
Le porche à trois pans mesure 7,45 mètres de largeur pour 5 mètres de
profondeur. En saillie vers la place, il présente trois
grandes arcades couvertes d’un arc brisé* surbaissé.
Cet arc à plusieurs moulures retombe
directement jusqu’au sol sans être interrompu par
un chapiteau. Dans la partie courbe de l’arcade, les
gorges* sont occupées d’ornements très détériorés.
La gorge* intérieure semble avoir été décorée de
motifs végétaux alors que la gorge* extérieure
présentait des petits pendentifs reliés entre eux par
des trilobes. Une troisième gorge*, complètement à
l’extérieur, ne descend pas jusqu’au sol mais vient se
15Façade occidentale de l’église
Sainte-Marie-Madeleine.
Cliché D. Dujacquier.perdre dans les contreforts latéraux; elle semble aussi ornée de motifs végétaux,
Bandeaux sculptés du porche : comme l’extrados* de l’arc, et se termine par un arc en courbe et contre-courbe
traces d’initiales et de blason,
terminé par un pinacle* de 45° qui vient couper les bandeaux supérieurs du porche. emblème et initiales liées
par une corde.Au-dessus de ces arcs se trouve une balustrade aveugle*, coupée sur chaque pan par
Clichés D. Dujacquier.l’arc à courbe et contre-courbe* au centre duquel, sur les faces nord et ouest, est
inscrit un trilobe. Cette balustrade est composée d’arcs en plein cintre* surélevés,
abritant des mouchettes* posées en quinconce. Au-dessus de cette partie, une assise
de pierre est décorée d’initiales liées par une cordelière, fort restaurées, d’un écu
nu et, vers l’ouest, d’une grande fleur stylisée, largement épanouie. Au-dessus, à la
base du toit, une corniche est décorée de feuilles de vigne et de grappes de raisin ; Dôme sommital d’une
tourelle d’escalier.il n’en reste que quelques éléments. Les deux arcades nord et sud du porche sont
Cliché D. Dujacquier.fermées par un muret de pierre dont les assises font corps avec celles du porche.
les contreforts
et les tourelles
Vers l’ouest, le porche est contrebuté par deux contreforts
saillants placés en diagonale; le contrefort nord a presque été
entièrement refait sans aucun souci de la disposition primitive; le
contrefort sud présente un empattement* circulaire surmonté d’un
talon renversé qui se poursuit, nous l’avons vu, dans la gorge* des
arcs. Au-dessus, un socle polygonal, dont les faces sont ornées de
trilobes, devait servir de base à une niche dont la partie supérieure a
disparu; le corps du contrefort semble avoir été décoré d’arcatures*
trilobées. Ce contrefort se termine par un chaperon* avec, à sa base,
une gargouille saillante. Cependant, le contrefort sud est sommé
d’un clocheton-pinacle*, qui n’apparaît pas dans les photographies
edu début du XX siècle ni dans les gravures du siècle précédent.

Vers l’est, outre deux contreforts très dégradés mais encore
visibles sur les anciennes gravures, le porche est calé par deux tourelles
circulaires, flanquées de pinacles* contreforts à 45° et percées de
quelques ouvertures rectangulaires.
17Le troisième clocher de l’église,
eXIX siècle.
Cliché D. Dujacquier.
L’empattement* des tourelles et des contreforts qui les flanquent
est circulaire; au-dessus, après trois assises de pierres, un larmier* fait corps
avec celui de l’église et s’arrondit autour des pinacles*. Ceux-ci sont décorés
d’arcatures* trilobées à l’extrados* aigu décoré de feuillages. Les tourelles sont
ceinturées à mi-hauteur par un deuxième larmier*; vers le porche, elles semblent
accompagnées par deux piédestaux circulaires surmontés de niches et décorés
d’arcs en accolade et de trilobes inscrits mais, là encore, l’ensemble est très dégradé.
Les tourelles et leurs contreforts recouvrent en partie les baies occidentales
des bas-côtés qui sont coiffées d’un arc en accolade terminé par une couronne végétale.

Le mur pignon*, très aigu, est divisé en quatre sections verticales
par trois meneaux*; cette disposition est probablement ancienne car les
meneaux* se poursuivent sur le pignon*, derrière la couverture du porche, et
s’arrêtent à un peu plus de deux mètres de l’extrados* de la voûte du porche.
A ce niveau, une entaille profonde barre le mur pignon* d’est en ouest, ce
qui sous-entendrait que la toiture primitive du porche était plus basse que la
toiture actuelle. Au-dessus du mur pignon* se dresse une tour octogonale en
charpente, percée de huit baies et coiffée d’une haute flèche couverte d’ardoises.
eCe clocher a été construit par l’architecte Bellanger au milieu du XIX siècle.

l’intérieur
du porche
L’intérieur du porche est dallé en pierre; contre les murets se trouve un banc
de pierre incurvé qui fait corps avec eux. Le porche est couvert d’une voûte à liernes*
et tiercerons, aux clefs nues. Le portail est composé d’une porte à pilier central et
d’une fenêtre en tympan inscrites dans la même embrasure en plein cintre* surhaussé.
L’ébrasement* à ressauts* se décompose de la manière suivante de
l’extérieur vers l’intérieur du portail: d’abord un grand socle à trois pans orné
de remplages* en faible saillie, surmontés de remplages* plus petits, imitant le
18décor déjà rencontré au tympan extérieur de la porte de la première travée* du
Le tympan ajouré
bas-côté sud; ce socle est surmonté d’une corniche saillante décorée de feuillages. au dessus du portail.
Cliché R. Gardin.
Au-dessus de la niche se trouve un important dais* à pinacles* qui reçoit
les retombées des nervures de la voûte, puis une gorge* profonde occupée dans les
voussures par un décor de feuillages en relief; ensuite, un tore* orné dans sa partie
haute de pendentifs; une nouvelle gorge* en partie recouverte par les pendentifs du
tore* précédent; un tore* travaillé en torsade ininterrompu dans les ébrasements*
et les voussures, une gorge* profonde, un tore* profilé en amande, une gorge*,
puis une niche, plus petite que la niche extérieure mais répétant son décor (socle à
trois pans orné de remplages*, corniche saillante sculptée de motifs végétaux, dais*
orné de pinacles*); le dais* sert ici de base à une niche supérieure. Cette voussure
est occupée par deux groupes de cinq niches qui abritaient des groupes sculptés,
buchés mais encore visibles dans la partie haute de la voussure; il semble que nous
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