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Introduction à une sociologie de la création imaginaire

De
174 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 164
EAN13 : 9782296327948
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Introduction à une sociologie de la création imaginaire

Collection Logiques sociales fondéeparDominiqueDesjeux et dirigéepar BrunoPéquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions: J. Feldman, J-C Filloux, B-PLécuyer, M. Selz, M.Vicente, Epistémologie et Sciences de l'homme, 1996. P. Alonzo, Femmes employées, 1996. Monique Borrel, Conflits du travail, changement social et poliique en France depuis 1950, 1996. Christophe Camus, Lecture sociologique de l'architecture décrite, 1996. Isabelle Terence, Le monde de la grande restauration en France: la réussite est-elle dans l'assiette? 1996. Gérar Boudesseul, Vitalité du syndicalistne d'action, 1996. Jacqueline Bernat de Celis, Drogue: consommation interdite. La genèse de la loi de 1970 sur les stupéfiants. 1996. Chantal Horellou-Lafarge et Monique Segré, Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, 1996. Thierry Bloss, Educationfamiliale et beau-parenté. L'empreinte des trajectoires biographiques, 1996. Dominique Loiseau, Femmes et militantismes, 1996. Hervé Mauroy, Mutualité en mutation, 1996. Nadine Halitim, La vie des objets. Décor domestique et vie quotidienne dans des familles populaires d'un quartier de Lyon, La Duchère, 19861993, 1996. Çatherine Dutheil, Enfants d'ouvriers et mathématiques. Les apprentissages à l'École Primaire, 1996. Malik Allam, Journaux intimes. Une sociologie de l'écriture personnelle, 1996. Pierre Cousin, Christine Fourage, KristoffTalin, La mutation des croyances et des valeurs dans la modernité. Une enquête comparative entre Angers et Grenoble, 1996. Sous la direction de Chantal Horellou-Lafarge, Consommateur, usager, citoyen: quel modèle de socialisation?, 1996. Vincent Chenille, La mode dans la coiffure des français: "la norme et le mouvement", 1837-1987,1996.

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4756-2

Patrick LEGROS

INTRODJUCTION

À UNE SOCIOLOGIE

DE, LA CR.ÉATION IMAGINAIRE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur:
E.\prit, es-tu là ? L'irrationnel, un be.\'oin social paradoxal. éd. L'Harmattan (coll. Logiques Sociales)~ 1992. 239 p. Paris.

et ouvrage reprend les éléments théoriques de la création imaginaire esquissés lors d'une recherche doctoraleI . Il porte bien plus sur l'écriture et le dessin imaginaires que sur l'imaginaire en général~ qui n'existe le plus souvent qu'à travers certains supports : peinture~ sculpture~ cinéma, littérature... Il ne traite pas de l'origine des créations imaginaires~ ni même de l'originalité de ces créations.. mais bien des formations créatives de tous les jours~ de ces agrégats quotidiens qui viennent alimenter notre univers social d'apparentes féeries. Ce qui veut dire que le créateur tel qu'on le définit d'ordinaire.. l'inventeur.. le novateur.. n'occupe qu'une place infime dans ce travail. Ce n'est pas le démiurge qui crée des expressions imaginaires.. mais l'entraînement social qui élabore des systèmes de création. L'opposition culturelle de la réalité et de l'imaginaire dans la pensée humaine est un véritable problème épistémologique. La réalité et l'imaginaire sont deux antonymes parfaits. Ils suggèrent une myriade de termes qui servent.. entre autres. à confortee. à consolider leur distinction: le vrai et le faux.. le réel et l'irréel.. le monde social et le monde utopique~ le quotidien et l'imprévu.. la science et la superstition, etc. L'homme est une entité sociale à partir de l'instant où il contribue~ même indirectement.. à la vie de la société qui l'accueille: voilà une affirmation bien anodine. Mais il opère dans cette antonyn1ie. Il est tout à la fois le monde sociaL la réalité ou encore
I . Cf. Patrick Legros La création sociale de l'inlaginaire. E'tude de tératologie /àlltastiqlle~ })octorat de Sociologie, {Jniversité Paris V, 1993, 602 p.
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C

le quotidien~ puisqu'il en est une des particules bien vivantes~ niais également son contraire. Qu'il le choisisse ou non~ implicitement ou non, son essence de réalité l'amène toujours à s'opposer à ce qui devient son contraire: le monde utopique, l'irréel ou encore l'imprévu, contraire qui lui permettra justement de conforter l'idée qu'il se fait de la réalité. au moins par comparaison. Ce qui fait que la réalité aura seule droit de cité à ses yeux. Mais face à l'irréel. c'est-à-dire à ce que l'homme ne connaît pas. à ce qu'il ne maîtrise pas (comme la mort ou le temps linéaire). c'est l'imaginaire qui prend le pas sur la réalité~ comme une force d'affrontement pour déjouer l'impensable.. l'inimaginable... C'est un renversement inattendu. Pour affronter l'inimaginable. l'homme sc sert de l'imaginaire. Pour combattre la mort~ par exemple.. il utilise le fantôme quL en raison de sa nature d'immortel mortel.. va lui prouver que la mort n'est qu'une étape de la vie: en effet. l'homme renaît ici sous la forme d'un mort-vivant drapé d'un suaire. Il est toujours vivant. même après son trépas. La mort est alors anéantie grâce à l'utilisation d'une expression imaginaire: le fantôme. Toutefois~ cet homme. qui distingue parfaitement la réalité de l'imaginaire.. n'en est pas moins réel lorsqu'il devient l'instigateur d'expressions imaginaires. Il est certes conscient qu'il opère un changement de la réalité. mais il influe en même temps une force magique à son habitude quotidienne. Il donne bien de l'imaginaire à un comportement et à un objet de réalité. Mais il ne sait pas qu'il sort du monde social pour entrer dans un monde imaginaire. Son action est guidée par un entraînement social.. car toul ce qui est imaginaire esl en même temps social. L'imaginaire particulier n'existe pas sous cette forme dans notre société: il s'apparenterait plus aisément à la folie. cette démence qui emmène les êtres sur d'autres contrées.. reproductions de ce qu'ils ont vécu sur la terre. dans une existence imaginée en dehors de toutes les lois qui gouvernent les choses et régissent la pensée humaine. L'antonymie.. présente dans notre culture et qui distingue le réel et l'imaginaire~ se désagrège donc dans la réalité. À partir de cette hypothèse. il convient maintenant d'approcher ce qu'est une réalité sociale pour un être humain. Ses conduites. ses pensées

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ordinaires. sont guidées par ce sens paradoxal: il vivra dan~ la réalité des faits~ tout en s'échappant de temps à autre dans une réalité imaginaire. De fait~ cet être demeure toujours dans le domaine de la réalité. mais celle-ci est morcelée d"instants réels et imaginaires. Voici la thèse défendue dans cet ouvrage: l'imaginaire et la réalité ne font qu'un. ils participent tous deux et en même temps aux multiples instants créateurs de notre vie quotidienne. Cet ouvrage reste une esquisse théorique sur l"imaginaire :îl essaie de comprendre comment (et seulement comment) l'être humain parvient à inventer des formes irréelles. En outre.. il aborde deux exemples d'expressions imaginaires avant de conclure par une introduction théorique à la création imaginaire. Le premier excmple porte sur la création textuelle d'un conte Lie roi et la sorcière: le second étudie la création graphique d'un personnage aux multiples facettcs imaginaires~ la sorcière. Mais avant de suivre ces exemples. les deux premiers chapitres porteront sur les limites des champs sociaux qui scindent ordinairement la réalité de l'imagination et de l'imaginaire. D'autre part. le Iccteur peut demander quelques explications quant à la terminologie conccptuelle employée dans cet ouvragc. Cc n'est aucunement par souci de singularité que sont employées de nouvelles notions. telles que déclencheurs d'imaginaire.. modulateurs d'imaginaire.. liaisons sémantiques: mais il est souvent plus simple d'inventer un champ lexicologique pour un texte que de puiser dans des terminologies courantes.. cela afin d'éviter lin rapport de paternité toujours discuté et qui ne sert pas souvent.

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la raison

de l'imaginaire.

'imaginaire est de tout temps resté le parent pauvre de la pensée. Mis à l'écart parce qu'il correspond. pour le sens commun. à ce qui n'existe pas., il demeure aujourd'hui une qualité associée aux individus qui semblent en faire emploi. Les précurseurs reconnus de cette vision positive qui pouvait paraître auparavant comme émanant des délires de la folie. sont sans doute Spinoza. Sartre et Bachelard., pour qui le fait d'imaginer est une marque sociale normale.,voire souvent libératrice. Avec des épreuves scientifiques qui se sont révélées par la suite être de pures folies~ la science a acquis l'incertitude de sa certitude. La présence d'une Anti-terre~ le sommet du Cosmos bordé d'étoiles fixes. la terre plate. etc.. l'histoire de la raison est jonchée d'imaginations débordantes. Les monstres décrits par Ambroise Paré sont autant d'incertitudes. Certains se révèlent des produits de l'imagination farfelue émanant d'esprits simples: d'autres. aussi pClI convaincants. sont pourtant décrits comme des vérités incontournables. La limite qui sépare la raison de l'imaginaire est ici bien sommaire. L'essentiel des théories construites, autour de la distinction réalité-imagination~ se base sur une approche de la compréhension de l'image. de sa perception et de sa reproduction. On retrouve ce souci d'étude déjà chez Platon et Aristote. mais aussi. par la suite. chez Spinoza~ Hume. Sartre et Bachelard2 . Platon~justement~ dans le Livre IX de I.JaRépuhlique. sépare déjà trois types d'activité sur l'image. une créative qui est l'œuvrc de Dieu. une productrice qui est le propre du constructeur (il s'agit d'une reproduction humaine de la création divine).. une imitatrice qui provient <lel'artiste (le peintre par exemple). Cette image est plus Oll moins réalisable dans le sens où elle est tantôt modèle. tantôt simulacrc. L'imagination est le fruit de l'imitateur. Avec Platon. la distinction demeure entre le vrai et le faux. malgré sa premièrc

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2 . Le rapide aperçu qui suit a uniquenlent pour hut de Inontrer qu aucun des auteurs suivants n' a cherché à disting.uer r itnaginairc de r itnag.inatioll.

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tentative d'aligner au même nIveau les différentes conceptions imaginales. Avec Aristote.. dans les Livres Il et III du De Anima.. la raison platonicienne change de forme. Imagination et mimétisme sont distingués. L'imagination participe d'un trajet anthropologique entre le ressenti et la raison. Elle est productrice d'images dont le sensible et l'intelligible ne peuvent se passer. L'image étant inévitable lors des opérations de la raison ou de la sensation.. comme elle est investie par l'imagination~ eHe fait de cette dernière une alliée indispensable de la pensée. Aristote relève que l'imagination est particulièrement présente lors des rêves.. des délires provoqués par la peur ou la maladie. Sans doute le premier.. le Stagirite touche.. par l'image.. le pointfondamentalqu-j rassemble l'imagination et la réalité. Si la pensée ne peut se passer d'images.. et si rimage ne peut se passerd'imagination~ la pensée est imagination et l'imagination est pensée. Mais~ pour Aristote~ ce qui d'ailleurs modifie cette équation résultant de la logique.. l'imagination n'est rendue possible que par la sensation. Si la sensation est toujours vraie (elle est toujours ressentie).. l'imagination qui en découle et qui la dépasse peut être la source d'erreurs."Ciest iciquc sc remodèlc la distinction entre l'imagination et la réalité. La sensation est vraic.. l'imagination et par-delà.. lesimages...peuvent être fausses. Par contrc.. la pensée ne saurait être corrompue par les fausses images de t'imagination parce qu'clle est le propre de fbomme.L'homme est certes doué de sensations comme les animaux.. donc d'images imaginées fausses_ mais il est le seul à posséder la fonction cognitive raisonnante. Kant_ dans la ('ri/j'lue de la raison pure.. reniera cc schéma aristotélicien.. en montrantquc de la sensation à l'entendement il n'y a pas de chemin.. puisque toutc connaissance a_ à l'origine.. une sensati~n comme moteur. Il n'y aurait donc pas à révéler une troisième source de connaissance qui serait l'imagination. La distinction entre le rationnel et le sensible opérée par Aristote sc diffusera durant vingt siècles..-malgré les prémices d'une fusion à laquelle il n'a pas abouti. Avec lui.. l'imagination est dcv(';'11uene u énergie libératrice mais restera distincte de la pensée. On retrouvera cette idée à la Renaissance.. par exemple.. époque qui privilégiera le côté dynamique de l'homme à partir de t'imagination.

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La révolution cosmologique~ copernicienne notamment. va briser le modèle d'une science établie par cette antonymie. Spinoza.. par exemple~ va révolutionner la perception de l'imagination. Si le Livre I de L 'Éthique demeure conventionnel (l'imagination est encore la source possible de l'erreur~une sorte de pensée irréfléchie).. les Livres III et IV développent une conception toute nouvelle: l'imagination participe à la réalisation positive des aspirations de l'homme. La raison détruit les passions négatives"!aidée en cela. par l'imagination qui procure à l'homme des solutions positives. L'image devient un fait biologique. Constitutive du corps hun1ain..elle relie l'imagination aux corps extérieurs. L'erreur de l'imagination devient une idéologie. Elle est positive en cela qu'elle participe à la réunion des idées et des convenance$ communes. Avec Spinoza.. l'imagination. n'est ni vraie ni fausse.. elle rend, compte d'un état biologique personnel. Elle dépend des limites de-l'individu (qu'il se constitue) en faisant face aux rapports extérieurs (qu'il entretient). Avec Spinoza.. l'imagination devient a..utooome.Elle éonstitue un t-~pacc limité dont les fantasmes.. les a priori. les signes, participent à l'aire totale. Mais elle reste singulière.. les impressions communes n'étant que le produit de l'observation sociale qutune grande. majorité d'individus ont. en commun. Ces impressions. sont des images.. non pas des
imaginations. ,

Avec Hume.. dân~ l'Enquête su-r !'t:ntendêment humain.. l'imagination restera détacbée 'de .l'illùsion. Tout homme qui croit.. peut être dans l'erreur: mais tout homme qui imagine.. n'est pas censé croire réellement à ce q1:l!ilimagine. CeUe fois.. la réalité et l'imaginaire sont clairement distincts. Pourtant.. entre l'illusion et la réalité;. il existe un schéma 'lui semble n'avoir jamais été emprunté. En effet~ jusqu'alors.. aucun philosophe n'a véritablement pensé à distinguer l'imagination et ,,'imaginaire. Sartre est .Ie premier à avoir clairement précisé ces deux termes à travers le titre de deux de ces ouvrages: [J'imagination et I~'jmaxina're. Mais cette distinction s'arrête à l'emploi de ces titres différents. Dans son œuvre.. l'emploid'imaginaifc est occis par cel'ui d'imagination. Toutcfoi~. l'originalité de Sartre est présente autre part.. c'est-à-dire dans sa volonté de distinguer la perception de l'imagination. Si la perception est manifestement organisée par la

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réalité observée~ l'imagination est une création constante et incessante de ce qui n'existe pas. Mais cette dernière n'est rendue possible qu'à travers le monde de la réalité. Chez le philosophe. d'un côté on trouve le monde du réel et_de la perception de l'homme~d'un autre le monde de l'irréel construit à partir de celui du réel et l'imagination. Avant lui, Freud. à sa façon~ opérera le même système en cherchant à expliquer ce qui n'existe pas en réalité observable et;en lui donnant le patronyme d'inconscient. Les images déraisonnantes seront raisonnées. Mais elles seront limitées dans leur carcan explicatif et ne s'ouvriront pas dans l'infinité des possibilités créatrices. C'est justement ce que reprochera Bachelard à la psychanalyse en laquelle il voit une science simplificatrice cherchant à figer l'imagination dans des modèles caricaturaux au lieu de la laisser à l'air libre. Pour le philosophe. la psychanalyse participe à la réunion de pensées pour le bien de la communauté. enserrant les jaillissements de l'imagination dans des cadres pré-établis. Selon lui. il faudrait au contraire désocialiser ces jaillissements afin de permettre à l'honune de se fondre dans ses rêveries solitaires. Gilbert Durand est le dernier auteur cité ici à la suite de ces philosophes. Chez certains auteurs~ il n'a étrangement pas encore la place qu'il mérite tant sa conception de l'imaginaire est motrice de nouvelles visions conceptuelles. La recherche de cet auteur est articulée autour de la notion de structures de l'imaginaire. dont il examine les principaux axes anthropologiques. I~'isomorphisme des schèJnes. des archéf).pes et des .\~vmholes au sein de .\~vstèmes Jn.ythiques {...j nous amènera à constater l'existence de certains protocoles normat(f\' des représentations imat~inaires. bien {l~tini.\' et relativement stahles. groupés autour cles schèmes orig;inels et que nous appellerons structures3 . L'ensemble de ces structures est relié à un trajet anthropologique qui conduit la réalité à l'imaginaire. Gilbert Durand ne parle pas d'images imaginaires à proprement parler. mais ils les différencient en leur donnant une autre dénonlination : archétypes et synlboles. Sur le terrain de l'observation des différences culturelles, les archétypes s'actualisent en symboles. Tandis que les premiers sont immuables face à la
3 . cr. l,es st/7/ctllres allthropoloxiqlles de l'inlaxinaire, p. 55. 1(;

temporalité. les seconds, issus d'archétypes précis, évoluent en fonction de leur environnement culturel ~ par conséquent. ils deviennent quasiment indiscernables du fait de leur développement et de leur pluralité de sens. Enfin..Gilbert Durand fait de ces images imaginaires des créations mouvantes. Selon lui. les archétypes représentent des schèmes en contact avec l'environnement social. Ces schèmes structurent l'histoire imaginaire.. qu'il nomme .\~vsfème m.ythique. Ils servent en quelque sorte de moyens de locomotÎon entre l'image non-consciente et l'image conscientisée par l'imaginaire. Le s}'stème mythique est lin .\~vstèmec(vnamique de .\ymholes. d'arché(vpes et de schèmes qui SOliS l'impulsion d'un
.\'chème (ou d'un groupe de schème.\) tend à se composer en récit'
.

Mais cette traduction de l'imaginaire (qui laisse cette fois l'imagination de côté) en système interrompt à sa façon la poussée infinie de la création imaginative. Mais peut-elle être véritablement infinie? Et.. à partir de l'objet de travail de Jean-Paul Sartre~ faut-il croire que cette force imaginative doive nécessairement passer par la connaissance de la formation de l'image dans la conscience? Il ne convient sans doute pas plus.. à la suite de Gilbert Durand.. de chercher à alimenter la variété des interprétations relatives aux images et aux idées. Le propos de cet ouvrage est de montrer que la distinction de la réalité.. de l'imagination et de l'imaginaire est nécessaire pour comprendre la pensée humainc.. mais qu'elle est paradoxalement inutile puisque.. au terme de la réflexion.. c'est à une fusion de ces trois opérations de la connaissance qu'il faudrait peutêtre parvenir.

.Les

trois

réalités.

a dissociation entre la réalité. l'imagination et l'imaginaire. s'élabore théoriquement autour de trois réalités fondamentales: 1. La réalité vécue.. lors de laquelle l'être humain s'investit pleinement dans ce qu'il fait au moment même où il le fait. Qu'il
4 . op.
<.;it.

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s'occupe de la circulation routière, qu'il tape sur le clavier d'un ordinateur, qu'il joue de l'accordéon~ qu'il entame une partie de belote~qu'il partage une relation sentimentale. qu'il dorme même, ses pensées et ses actes sont bercés par cette réalité d~.I'instant. 2. La réalité imaginée, durant laquelle l'être humain s'échappe de la réalité vécue pour s'introduire dans une réalité vécue et imaginée :ce qu'on nomme plus communément rêver ou encore être dans la lune... Qu'il s'occupe de la circulation routière tout) en imaginant jouer de l'accordéo~ qu'il dorme en rêvant de partager une relation sentimentale. qu'il tape sur le clavier d'un ordinateur tout en s'imaginant entamer une partie de belote~ il fait vivre une autre réalité. À ce stade déjà se pose un problème évident qu'il faut résoudre dès à présent: est-ce que la réalité imaginée est une reproduction fidèle de la réalité vécue? En d'autres termes. et par exemple. l'individu qui imagine entamer une partie de belote alors qu'il tape sur le clavier d'un ordinàteur. réalisera-t-il cette partie imaginée cfuncmanière absolument identique à ce qu'elle serait dans la réalité vécue? Non pas. et ce qui prime alors.. ce n'est pas seulement les qualités décuplées du joueur ou son étrange malchancc.. ce .sont des faits .prégnants, majestueux archétypes de la vie réelle. .C'est. peut-être la couJeur verte. du tapis qui envahit la pensée de l'individu, on encore la forme-des cartes.; l'extraordinaire adresse du joueur~ etc. Ce sont des modèles, ou symboles immédiats. qui envahissent la réalité imaginée. Toutes les formes symboliques restreintes dans leur contenu mais non pas dans leur apparence~ qui parcourent la pensée sociale. découlent de cette transmission d'une réalité vécue à une réalité imaginée. 3. La réalité imaginaire~ lors de laquelle l'être humain poursuit la réalité imaginée dans ,une réalité imaginaire. Cette fois l'individu n'est pas métaphoriquement dans la lune: il est effectivement dans la lune. La forme des cartes de belote pourra toujours être l'objet d'une symbolisation du vécu~mais. cette fOIs. les personnages qui y sont dessinés deviendront mouvants: ainsi de suite avec tous ces symboles immédiats. Ici.. on outrepasse les limites des possibilités naturelles. humaines et sociales. Le symbole dans la réalité imaginée devient un symbole amplifié de mille façons
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dans la réalité imaginaire. C'est un possible qui se métamorphose en impossible. Peut-on éviter le chemin de la réalité imaginée pour atteindre directement l'imaginaire, c'est-à-dire passer immédiatement de la réalité vécue à la réalité imaginaire? II semble difficile d"Y penser: pour qu'il y ait une création dans l'impossible.. il faut une matière symbolique déjà présente qu'on ne trouvera nulle part ailleurs que dans la réalité imaginée. Par contre.. si la réalité vécue n'influence ..la réalité imaginaire qu'après sa restructuration en archétypes.. la réalité imaginaire peut agir sur la réalité vécuc. Mais ses effets sont sans doute bien moindres que ceux engendrés par la symbolique de la réalité imaginée. On peut déduire du modèle théorique présenté ici qu'une création imaginaire est le fruit d'une symbolisation de la réalité vécue et d'une profusion de tendances à l'amplification. Par exen1ple..lorsque les personnages des cartes à jouer se meuvent dans l'imaginaire.. ils acquièrent les fonnes qu'ils ont dans la réalité et ils prennent Ics caractèrcs que l'imagination veut bien leur prêter: de ce fait~ils sont amplifiés~ leur pouvoir étant décuplé par l'imaginaire.

Mais trois interrogations ralentissent alors cette description
sommaIre: a) Comment se transmettent les symboles de la réalité imaginée dans la réalité imaginaire? b)Comment s'opère la création imaginaire? c) Quelles sont les fonnes de ces tendances à l'amplification.. si fonnes il va? Ces trois questions seront traitées dans les chapitres suivants. En premier lieu.. il faut s"interroger sur la place qu'occupe l'imagination dans la vie quotidienne et comment elle peut devenir le transmetteur de symboles pour le fonctionnement des expressions
. .. ImagInaIres.

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