L'habitat crétois

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Entre histoire et architecture, ce livre donne les clés de compréhension de l'habitat crétois. Des premières occupations de l'âge préhistorique aux édifications et rénovations contemporaines, en passant par les périodes minoenne, grecque, romaine, byzantine, vénitienne et ottomane, il détaille les apports culturels ayant laissé leurs empreintes en Crète. Sont ensuite examinés les principaux éléments des constructions urbaines ou rurales, remarquables ou vernaculaires...
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296455443
Nombre de pages : 194
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L’habitat crétois NICOLE FERNANDEZ




L’habitat crétois

INSTRUMENT ET SYMBOLE DE LA SOCIÉTÉ























L’HARMATTAN



DU MÊME AUTEUR :
Lieux de culte et Pratiques cultuelles en Égée à l’Age
du Bronze, Ed. JePublie, Numilog, 2004.
La Crête du roi Minos, Une brillante civilisation de la
protohistoire égéenne, Éditions L’Harmattan, 2008.






















© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54141-2
EAN : 9782296541412
L’habitat est le symbole concret du système social.
L’organisation de l’espace habité n’est pas seulement une
commodité technique, c’est, au même titre que le langage,
l’expression symbolique d’un comportement globalement
humain.
Leroi-Gourhan, « Le geste et la parole »,
La Mémoire des rythmes, 1965.
Les souvenirs de voyage offrent à notre fantaisie la matière la
plus plaisante qui soit. Des villes splendides, des monuments,
des places, de beaux paysages repassent devant nos yeux, et
nous goûtons à nouveau les plaisirs des lieux sublimes, ou
charmants, où nous fûmes autrefois heureux de séjourner.
Camillo Sitte, « L’art de bâtir les villes », 1889.
Toute œuvre d’art est l’enfant de son temps et, bien souvent, la
mère de nos sentiments.
Kandinsky, « Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en
particulier », 1910.
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1
La Crète, « instrument de la
vie humaine »
La Crète : une situation géographique propice
L’île de Crète, après celle de Chypre, est la plus vaste de la
Méditerranée orientale où l’on trouve plus de 1 000 îles et ilots
grecs. D’ouest en est, elle s’étire sur à peu près 250 kilomètres.
Du nord au sud, sa largeur est au maximum de 60 kilomètres et
se réduit à douze kilomètres vers Hiérapétra. Sa superficie est
d’environ 8 000 kilomètres carrés. Avec une population actuelle n 600 000 habitants, elle est particulièrement bien
située car elle est à peu de distance du continent grec, de la
Turquie et de la Lybie, sur la côte africaine. La position
géographique de la Crète a donc permis a de nombreuses
populations extérieures d’y arriver, notamment pour conduire
des échanges commerciaux importants. De ce fait, cette île
constitue un trait d’union entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique.
Un milieu naturel bénéfique
Depuis l’Antiquité, le milieu naturel de la Crète est une
réelle chance pour les populations qui s’y sont installées.
Dès l’époque minoenne, d’environ 2800 à 1300 avant J.-C.,
des villes imposantes, telles celles de Cnossos et Malia, ont été
créées. Ces villes ont joué un rôle primordial au nord, non loin
du littoral égéen, grâce aux côtes basses offrant des lieux
favorables aux mouillages des bateaux et la possibilité de créer
des ports pour le commerce avec les autres îles de l’Egée. La
plupart de ces villes sont en outre en relation avec des plaines
fertiles, qui se trouvent soit près du littoral soit à l’intérieur de
l’île, comme la Messara.


Fig. 1: carte de Crète.
8

Ces plaines intérieures ont également constitué une
importante implantation humaine en dehors des littoraux,
comme c’est le cas pour la ville d’Archanès, en autorisant un
développement intense de l’agriculture.
D’ouest en est, des montagnes élevées, les Montagnes
Blanches (Lefka Ori), au centre l’Ida (presque 2500 mètres
d’altitude !) et le Dicté oriental, ont joué un rôle essentiel pour
la première vraie société crétoise, la société minoenne. Ces
lieux ont en effet contribué à la naissance de divinités majeures,
comme Zeus.
La mixité sociale
De nombreuses populations distinctes sont arrivées en Crète,
depuis les premiers peuplements jusqu’à aujourd’hui.
Les premières s’y sont installées dès l’époque néolithique.
Ensuite, les Minoens sont arrivés, venus sans doute de l’est de
l’Asie Mineure. Après, ce sont les Grecs du continent, en
premier lieu les Mycéniens, puis les Doriens, qui vont s’y
établir. Les Romains vont par la suite s’y intégrer comme dans
la majeure partie du territoire méditerranéen. Au Moyen Âge,
les Byzantins viennent et leur religion, la chrétienté orthodoxe,
devient fondamentale pour les habitants crétois, comme pour
l’ensemble de la Grèce. A la fin de cette période, les Vénitiens
veulent également intégrer la Crète, notamment pour soutenir
leur commerce. Des Arabes, les Sarrasins d’Andalousie,
provenant du nord de l’Afrique après avoir quitté l’Espagne,
s’emparent de la Crète entre deux périodes byzantines. Après,
les Vénitiens et surtout des Turcs ottomans vont aussi s’installer
sur cette île. Pour ces derniers, par contre, l’intégration sera
difficile, malgré un séjour prolongé, avant que la Crète puisse
edevenir une île grecque au début du XX siècle.
La société crétoise actuelle, comme la plupart des pays
européens, est très liée à l’ensemble de toutes ces populations
installées pour de nombreux siècles. Elle a connu une telle
mixité que son architecture actuelle présente de nombreuses
variétés, en particulier dans les grandes villes dirigées par les
chefs de ces « populations migrantes » en Crète.
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Sur ce fondement, nous allons regarder les différentes
compositions architecturales crétoises, tout habitat étant
rattaché à plusieurs données dont la création d’un cadre pour le
système social et la mise en ordre de l’univers environnant. Au
erI siècle avant J.-C., l’architecte romain Vitruve fut le premier à
définir l’architecture, en expliquant en particulier son « utilité »
et son « élégance ». En effet, depuis la création des grandes
sociétés antiques, l’architecture permet d’exprimer l’ordre des
pouvoirs politiques et des conditions sociales et économiques,
comme cela peut se voir en Mésopotamie et en Egypte.
L’habitat crétois est donc souvent un indicateur, voire un
« instrument », de la société crétoise, comme le disait
LeroiGourhan pour l’ensemble des sociétés.
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2
La longue évolution sociale
crétoise
Les premiers habitants : le cas des Minoens
En Egée, la Crète fut l’un des premiers lieux d’implantation
humaine à l’époque néolithique. Les Minoens – non Grecs – ont
vraisemblablement été originaires du nord-est de l’Anatolie. Ils
créèrent la civilisation minoenne en se mélangeant aussitôt à la
population autochtone déjà installée depuis longtemps au
néolithique. Cette civilisation, née autour de 2800 avant J.-C.,
fut brillante. Elle ne s’éteignit brutalement qu’autour de 1350
avant J.-C., laissant les Mycéniens, Grecs venant du continent,
s’installer sur cette île. Les Minoens provoquèrent un rapide
accroissement de la démographie de ce territoire, augmentant
même des sites déjà habités au néolithique. Ainsi, dans la plaine
de la Messara, au centre de l’île, il y eut un doublement des
sites habités. De grands édifices palatiaux vont de plus être
créés. Les premiers apparaissent au Minoen Moyen, vers -2000
(selon la division en trois périodes définie par l’archéologue J.
eEvans au début du XX siècle : Minoen Ancien I, II, III ;
Minoen Moyen I, II, III et Minoen Récent I, II, III). Ces palais,
qui dirigent un territoire divisé en régions, ont stimulé la
création de grandes villes comportant des sites cultuels mais
aussi des lieux d’artisanat spécialisé et des territoires agricoles.
C’est ainsi le cas de Cnossos, considérée comme la ville
principale de la Crète minoenne. Les échanges commerciaux
avec les autres îles de la mer Egée mais aussi avec les pays
d’Orient et d’Afrique comme la Syrie et l’Egypte, impliquent
une société imposante.



Encore à l’heure actuelle, la civilisation minoenne reste un
facteur très important, en particulier pour le tourisme. Certains
Crétois « modernes » ont même parfois voulu ajouter à la
façade de leur habitation des décors de style minoen, comme
des colonnes par exemple.
L’arrivée des Grecs
Vers 1300 avant J.C., les Grecs venus du Péloponnèse, les
Mycéniens, remplacent les Minoens sur le territoire crétois.
Dans un premier temps, ils s’installent dans le centre de la Crète
puis s’étendent peu à peu sur l’ensemble de l’île. Les deux
cultures minoenne et mycénienne vont alors s’interpénétrer.
A partir de 1100 avant J.-C., les Doriens arrivent en Grèce
du nord-est de la Méditerranée. Désormais des changements
politiques vont s’effectuer et les modes de vie devenir
différents.
Pendant longtemps, la Grèce antique classique a été la cible
de tous les regards, en particulier au niveau de l’architecture.
Toutefois, lors de la découverte de la Crète minoenne, au début
edu XX siècle avec l’archéologue Evans, l’architecture grecque
classique n’y a pas été mise en évidence. Cependant, il ne faut
pas oublier que les Grecs ont considéré la Crète comme leur
racine, notamment religieuse. En effet, les dieux et héros
d’origine minoenne sont devenus des références pour la culture
grecque. Ce fut le cas, par exemple, d’Europe, de Zeus et même
du roi Minos, dont le grand historien grec Thucydide a évoqué
l’existence en Crète, à la suite d’Homère. Dans son
« Odyssée », ce dernier montra l’importance de cette île « aux
100 villes » pour l’ensemble des Grecs : « C’est l’île de Crète
où habitent d’innombrables hommes, avec 90 villes. On y
trouve différents langages et hommes, Achéens, Kydoniens,
braves Etéocrètes, trois tribus de Doriens et de divins Pélasges.
Ils sont dominés par Cnossos, la grande ville du roi Minos, celui
qui s’entretenait tous les neuf ans avec le grand Zeus… »
(Odyssée, XIX). Les archéologues ont constaté que ces
différentes populations, attachées surtout au commerce effectué
avec la Crète depuis l’époque minoenne, ont même parfois
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installé leur propre culture sur cette île. C’est le cas à Kommos,
sur le littoral crétois de la mer de Libye, où l’on a découvert une
structure cultuelle comportant trois piliers effilés en pierre,
e
provenant sans doute de la Phénicie, devant dater du IX ou du
eVIII siècle avant J.-C.
Les Grecs croyaient aussi qu’un fils du roi d’Athènes,
Thésée, avait pu réussir à tuer le Minotaure au palais de
Cnossos, monstre mi-homme mi-taureau, grâce à l’aide de la
fille du roi Minos : Ariane.
eCe fut surtout au VII siècle avant J.-C. que la Crète fut une
des régions les plus vivantes du monde grec. De nombreux
temples y furent construits, à Prinias, Gortyne et Dréros par
exemple. A cette époque, la ville grecque crétoise Lato, à l’est
de l’île, fut considérée comme la plus puissante. De plus, c’est à
eGortyne que fut réalisé, au V siècle avant J.-C., un code de lois
écrit dans un dialecte grec dorien, réglant le droit civil de la
population, dont les successions et les droits familiaux.
eA partir du V siècle avant J.C., la Crète s’éloigna malgré
tout des activités de la société grecque classique.
Par la suite, comme pour l’ensemble des territoires grecs, les
Romains vont arriver et vouloir y établir leurs propres modèles
sociaux et, en particulier, leur architecture.
L’installation de l’Empire romain
Vers 67 avant J.-C., l’empereur Metellus conquiert la Crète
et la rattache à la province de la Cyrénaïque, province romaine
de l’Afrique du Nord (sur le territoire de la Libye actuelle). Le
gouverneur romain s’installe à Gortyne, qui devient la capitale
romaine crétoise. Les Romains l’embellissent, ainsi que
plusieurs autres villes, en édifiant des temples, des prytanées,
des agoras… Cependant, la société grecque est maintenue, par
exemple au travers de son architecture et de sa langue. Le latin
s’implante essentiellement pour l’administration et les
« colons » romains, ceux-ci tendant d’ailleurs à devenir des
Grecs. La religion grecque reste également la base de la vie en
Crète, même si des divinités étrangères sont introduites dans
l’île, comme par exemple celles de l’Egypte et de pays
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orientaux. Ainsi, à Gortyne, on rencontre désormais le culte
d’Isis.
Les périodes byzantines
Les Byzantins s’installent en Crète lors du transfert de
l’Empire romain vers Byzance, avec la fondation de
Constantinople en 330 après J.-C. Le mot « Byzance » provient
du site antique où cette nouvelle capitale impériale est fondée.
Même si l’empereur Constantin crée un nouvel empire, on ne
l’appelle alors pas encore « byzantin » mais « romain ».
Toutefois, la grande nouveauté est la création d’un empire
chrétien avec désormais une langue grecque fondamentale.
La Crète devient alors une province byzantine indépendante
de l’Empire romain. Cette première période byzantine en Crète
connait une véritable prospérité. Celle-ci est essentiellement,
comme pour l’ensemble de l’empire, fondée sur le commerce et
l’artisanat. Les villes se développent, notamment pour le goût
du mode de vie urbain des aristocrates byzantins. L’artisanat s’y
accroît pour le grand commerce byzantin, passant par des ports
comprenant de nombreux embarcadères. La campagne demeure
malgré tout essentielle car les populations y vivent le plus et
parce que la terre est une des sources de la richesse byzantine,
l’agriculture héritant en quelque sorte de la tradition
agronomique romaine.
La religion chrétienne orthodoxe se développe aussi avec la
construction de nombreuses églises sur le territoire crétois.
Certaines sont encore particulièrement célèbres à l’heure
actuelle comme l’église de Panaghia Kéra à Kritsa (non loin
d’Aghios Nikolaos) comportant des fresques byzantines et,
proche de Réthymnon, la basilique de Panormos.
e siècle, des Arabes (Sarrasins venus Dès le milieu du VII
d’Afrique après avoir été obligés de partir d’Espagne) veulent
eux aussi s’installer en Crète. Ils finissent par s’emparer d’elle
eau IX siècle. Les Byzantins sont alors mis à l’écart. Cette
nouvelle conquête se révèle particulièrement à Héraklion où les
Arabes construisent un fort important avec des fossés établis
tout autour. En arabe, ces fossés sont appelés Khandak, d’où
l’origine du nom de Candie pour cette ville. Dû à l’intégration
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des Arabes sur ce site, un commerce d’esclaves et de produits
collectés par de nombreux pirates contribue à une grande
richesse du monde arabe lors de cette période. De plus, de
nombreux Crétois sont obligés à se convertir.
Cependant, cette perte pour les Byzantins ne dure qu’environ
130 années. Le stratège byzantin Nicéphore Phocas leur permet
finalement de reprendre l’île après de nombreuses batailles. Ils
détruisent alors les fortifications des cités occupées par les
Arabes, dont celles de Candie.
e eDe la fin du X siècle au début du XIII siècle après J.C., la
société byzantine joue un grand rôle en Crète. Pour raviver la
religion chrétienne après la conquête arabe, les Byzantins
réalisent encore plus d’églises et surtout de monastères. Une
importante aristocratie créto-byzantine s’établit alors et, lorsque
les Vénitiens tentent de s’imposer en Crète, de nombreuses
villes crétoises sont mises sous protection grâce à des remparts.
Ces villes deviennent en effet un point fort pour les chefs
byzantins, dont les archontes, car c’est là qu’ils peuvent se
retrancher. On parle alors de kastron, c’est-à-dire de ville
efortifiée, surtout dès le XIII siècle. A cette période, il y a une
forte décroissance des fonctions commerciales mais les églises
resteront très influentes.
La domination vénitienne
eAu VI siècle après J.C., Venise n’est encore qu’une
emodeste colonie byzantine mais, dès le XII siècle, elle devient
une florissante cité dont la richesse repose sur ses périples pour
son commerce. Candie est alors le carrefour des routes
commerciales. De là, les marchands vénitiens mettent le cap sur
Chypre, la Syrie et surtout Beyrouth, le terminal de la route de
la soie. Par Candie, il est aussi possible de rallier Alexandrie, où
les Vénitiens embarquent les épices provenant de l’océan
Indien. Les marchands, essentiellement des nobles vénitiens,
vont ainsi chercher dans les ports de l’Orient des produits très
variés comme des épices, des aromates, de la soie, des pierres
précieuses, du coton, du sucre… Ils y vendent en plus de
nombreux biens venant de l’Occident. C’est le cas de leurs
propres produits de luxe : les verreries et les étoffes mais aussi
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les draps flamands, les montres et les horloges de l’Allemagne,
les produits alimentaires comme le poisson salé et du métal
venant du nord de l’Europe (étain, bronze, …).
Le grand intérêt de la Crète pour les Vénitiens les conduit à
s’y installer vraiment après que les chefs vénitiens de la
quatrième croisade se sont emparés de Constantinople en 1204.
Ils possèdent à cette époque plus d’un tiers de l’empire
byzantin : les îles ioniennes, une partie du Péloponnèse,
l’Eubée, plusieurs îles des Cyclades et la Crète. Ceci constitue
un immense empire maritime. L’importance des échanges
vénitiens en méditerranée et leur extension vers l’Asie fait alors
de la Crète un point d’appui de plus en plus efficace pour
l’accroissement du commerce.
eDès le XIII siècle, les Mongols et les Mamelouks dominent
de nombreux territoires orientaux comme, pour les Mamelouks
e edu milieu du XIII siècle aux premières années du XVI siècle,
les territoires égyptiens, l’Arabie et la Syrie. Cela ne
compromet pas cependant le développement de l’immense
empire maritime vénitien. En effet, de nombreux traités
commerciaux sont conclus entre eux. On peut notamment
affirmer que les Mamelouks deviennent des partenaires
eprivilégiés pour les Vénitiens même si, au XIII siècle, le pape
Jean XXII interdit le commerce avec les musulmans. A la fin du
eXV siècle, les échanges commerciaux avec ces Mamelouks
représentent encore 45% du commerce vénitien et ils organisent
même ensemble des pèlerinages sur des lieux saints ! A cette
période, les Vénitiens sont nombreux en Crète, qui est
administrée de la même façon que la République de Venise.
De grands changements furent élaborés, à la fois dans le
domaine social et économique. Ainsi, la population crétoise fut
constituée de quatre classes : des nobles vénitiens, des nobles
crétois, la bourgeoisie et les campagnards. En outre, les
Vénitiens s’opposèrent en partie à la religion orthodoxe
crétoise. Les richesses des églises furent souvent confisquées
par les Vénitiens, d’où de nombreuses révoltes crétoises. Pour
l’économie, reposant principalement sur l’agriculture, les
Vénitiens firent travailler de nombreux campagnards crétois,
réduits au servage. Ces derniers durent participer à la
construction et à l’utilisation de moulins à vent qui permettaient
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une forte production de farine et, de là, une intense
commercialisation.
Pour ce développement de l’agriculture commerciale, les
Vénitiens prirent de nombreux terrains sur l’île, provoquant
encore des révoltes. Plusieurs endroits, comme la région
montagneuse de Sfakia, ne voulurent jamais accorder le pouvoir
aux Vénitiens. Ces révoltes débouchèrent sur un traité qui
ouvrit une amélioration de la société crétoise. Sfakia connut
ainsi une autonomie locale et les Vénitiens permirent à la
religion orthodoxe de continuer à exister. Certains serfs furent
également affranchis. Tout cela contribua à rétablir une assez
bonne relation entre les plus riches Crétois et les Vénitiens. De
ce fait, des Crétois purent s’intégrer à l’administration
evénitienne dès le XVI siècle. Les paysans, au contraire,
décidèrent plutôt de s’écarter de cette société, afin d’éviter les
pressions et les corvées, et leur situation poussa à la création de
grands monastères pour qu’ils puissent s’y réfugier.
L’architecture d’origine vénitienne fut en tout cas très
importante, notamment dans les principales villes du littoral
nord, comme La Canée, Réthymnon et Candie (Héraklion).
Par ailleurs, en 1453, les Turcs ottomans saisissent
Constantinople, qui devient alors l’Istanbul ottomane. Les
Vénitiens redoutent ces Ottomans qui possèdent maintenant les
ports, les arsenaux et les chantiers navals d’Istanbul. Cela
suscite de nombreuses guerres, navales et terrestres, entre les
Turcs ottomans et les Vénitiens. A chaque fois, Venise est
amputée de ses territoires et elle doit fréquemment renégocier
les traités commerciaux.
eAu milieu du XVI siècle, Venise a perdu ses colonies de la
mer Egée mais essaie malgré tout de cesser les hostilités avec
les Ottomans, principalement pour pouvoir lutter contre la
concurrence d’autres pays qui veulent développer leur
commerce, comme la France, l’Angleterre et la Hollande. Elle
n’y parviendra toutefois pas de manière durable.
La longue période des Turcs ottomans
C’est en 1538 que les premiers Ottomans arrivent en Crète,
avec l’amiral turc Barberousse qui se rend maître de l’ouest et
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du centre de la Crète. Ils mettent un certain temps avant de s’y
installer réellement puisque Venise souhaite y rester. C’est
efinalement au milieu du XVII siècle que les Turcs ottomans
réussissent à conquérir la Crète et font de Candie un territoire
déterminant. Confrontés à une nouvelle domination et de très
nombreux massacres, des Crétois partent à nouveau et
s’installent dans d’autres îles. Beaucoup de ces départs sont de
vrais exils collectifs. Même la ville de Sfakia est prise mais elle
reste malgré tout en partie autonome car les Turcs n’arrivent pas
à maîtriser complètement cette région. Les habitants de Sfakia
doivent pourtant payer des impôts aux Turcs. Daskaloyanis,
l’un des chefs de la lutte contre les Turcs, finit par être écorché
vif. Toutefois, certains Crétois décident de devenir musulmans
pour rester sur leur terre mais la plupart restent clandestinement
orthodoxes ! De plus, de nombreuses révoltes continuent, les
Crétois ne supportant plus d’être colonisés.
Une fois implantés en Crète, les Ottomans transforment
l’organisation du territoire. De grandes étendues sont
distribuées à des nobles turcs et à des fondations musulmanes.
Quant à l’architecture, les Ottomans n’adoptent pas une
pratique aussi spectaculaire que celle des Vénitiens. Même les
mosquées sont le plus souvent des églises orthodoxes
transformées. Egalement, lors des multiples révoltes crétoises,
beaucoup de monuments sont détruits. Malgré tout, dans les
villes comme Réthymnon, peuvent être vus des ajouts
d’inspiration ottomane : des ruelles étroites pavées, des
minarets, de nombreuses fontaines et, sur les façades des
maisons, des balcons en bois.
La Crète autonome
eAu XIX siècle, la Crète veut davantage d’autonomie et
plusieurs révolutions éclatent. De 1821 à 1830, on parle même
d’une « guerre d’indépendance ». Les Egyptiens aident
fréquemment les Turcs à rester en Crète mais ceci n’empêche
pas la « grande révolution crétoise » de 1866, après laquelle les
Turcs commencent à partir. A la même époque, les Grecs
athéniens créent leur Etat indépendant et ambitionnent d’y
rattacher la Crète. En 1898, avec l’aide des puissances
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européennes, la Crète devient « Etat crétois autonome ». Il y a
encore une nouvelle insurrection en 1905 menée par le Crétois
Elefthérios Vénizélos. A cette date, la Crète n’est toujours pas
rattachée à la Grèce. En effet, malgré l’intégration du fils du roi
de Grèce comme haut-commissaire de la Crète, il y a encore
une suzeraineté des Ottomans. C’est seulement en 1913 que les
Turcs quittent vraiment la Crète et celle-ci s’unit alors à la
Grèce. De nombreux Crétois réfugiés en dehors de leur île y
reviennent et E. Vénizélos devient le grand homme politique de
la Crète jusqu’en 1936.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Crète connait à
nouveau de grandes difficultés. Ainsi, en 1941, se déroule une
importante offensive aérienne allemande. On peut alors parler
d’un nouvel héroïsme crétois.
Après cette guerre, la paix s’installe enfin. La Crète grecque
peut reprendre son développement. L’île va favoriser le
tourisme et mettre en valeur des découvertes archéologiques
ecommencées dès la fin du XIX siècle, en particulier par
l’Anglais J. Evans.
Ainsi, l’histoire de la Crète présente une longue suite de
péripéties historiques et toutes les populations qui sont arrivées
sur cette île ont laissé une empreinte de grande portée pour la
culture crétoise actuelle. Le traditionalisme crétois
d’aujourd’hui assume cet héritage.

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