L'imaginaire des techniques de pointe

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296188549
Nombre de pages : 192
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LE MANAGEMENT DES APPARENCES Incantations, pratiques magiques et management

Collection Dynamiques d'Entreprises

ALTERSOHN Claude, De la sous-traitance au partenariat industriel, 1992.
LOQUET Patrick, Sauver l'emploi et développer les compétences, le double enjeu de la gestion prévisionnelle des hommes et des emplois, 1992. SUMIKO HIRATA Héléna (00.), Autour du «modèle» japonais. Automatisation, nouvelles formes d'organisation et de relations au travail, 1992.

@

L'Harmattan, 1993

ISBN: 2-7384-0469-3

Patrick GILBERT Claudine GILLOT

LE MANAGEMENT DES APPARENCES Incantations, pratiques magiques et management

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75 002 Paris

Remerciements

ous devons beaucoup aux remarques faites par JeanMichel Lorenzo sur des états successifs du manuscrit. Nous le remercions tout particulièrement, ainsi que Jean Bonis, Pierre Goguelin, Pierre Leclair et Guilhem Servent, pour les conseils et encouragements qu'ils ont bien voulu nous prodiguer.

N

Cet ouvrage s'appuie sur une pratique de la vie des affaires. Il a pris corps au cours de multiples expériences en entreprise et a donc profité de beaucoup d'échanges. Nous voudrions ici exprimer notre gratitude à tous ceux qui ont, souvent malgré eux, enrichi cette réflexion. Nous regrettons de ne pouvoir les citer pour des raisons de discrétion évidente et aussi parce qu'ils sont trop nombreux. Bien qu'ayant largement contribué à ce livre, ils nous pardonneront de ne figurer que de manière anonyme.

Sommaire
Avant-propos

Il
13

Introduction: DE ~ADMINISTRATION DU REELAU MANAGEMENT DES APPARENCES Première partie: LESINCANTATIONS

23 25 33 35 39

Prologue: Ce que parler pourrait vouloir dire La magie du verbe I. Une histoire récente 2. Ce que parler la langue de bois veut dire quelle fonction pour la langue de bois la vertu créatrice des mots 3. Le bois dont est faite la langue managériale l'émetteur et le récepteur: une relation de domination
un code partagé

un déroulement ritualisé 4. Des mécanismes illusionnistes
l'illusion du sens

. . . . . .

43

49

-

un contexte quasi-indéterminé un vocabulaire limité et figé toujours plus! une stratégie de renforcement une minimisation des problèmes la métaphore ou l'illusion du relief 7

. .-

l'illusion

de l'action

- aux armes! citoyens de l'entreprise boutons l'ennemi hors de France ! l'illusion de la communauté

-l'abstraction -le recours à l'autorité -l'appel à la séduction - le mythe de la grande famille Deuxième partie: LESPRATIQUES MAGIQUES 69 71 81 83

Prologue: le salon MAO (Management assisté par ordinateur) Les instruments du management des apparences I. De l'incantation à l'outil magique parole et pratiques magiques: une relation de continuité caractéristiques des instruments

.

du management des apparences 2. Le mythe de l'outil la croyance en la toute puissance des outils de management pratique magique: l'outil est destiné à transformer l'image de son utilisateur et donc son rapport au monde - deuxième pratique magique: l'outil offre à travers une longue quête la transformation de soi et permet de progresser vers la perfection - troisième pratique magique: l'outil est comparable à une baguette magique qui autorise la transformation du monde

. .

91

- première

8

3. Le grand ordinateur informatique et toute puissance des idées le magiciel et ses croyances appelle le semblable - le proche agit sur le proche 4. La nature des pratiques magiques Troisième parâe : LES MANAGERS-MAGICIENS Prologue: la grand-messe (ou comment on devient magicien) Le manager thaumaturge et ses adeptes I. Le retour du prince thaumaturge l'autorité charismatique du manager-magicien du commandement scientifique à la manipulation de la réalité parole, façonnage des images et pouvoir 2. Les magiciens, auxiliaires du prince le pouvoir des conseillers-magiciens

. .

99

- le semblable

119 121 123 131 133

. . .

. . . . . 3. . .

143

sorcier et magicien

la magie préventive et le conseiller-devin la magie active et le conseiller-chamane
l'illusionniste

Rôle des spectateurs: acteurs ou suiveurs pas de prince thaumaturge sans adorateurs les $alariés commencent à douter

153

4. Faut-il brQler les magiciens? inanité des attaques brutales contre les magiciens du management effet limité de la connaissance académique

.

157

. . .

.

dans la lutte contre l'obscurantisme face à l'art magique, cultiver l'art du doute la résistance active ou les manipulateurs manipulés passer dans la coulisse 9

Pour conclure Annexe: Le GALBE (Générateur Automatique de Langue de Bois d'Entreprise)

169 175

I. Les unités élémentaires

2. Exercices

. . . . . .

du galbe

179

la bûche sujet la bûche objet

la bûche circonstancielle -les propositions de but ou de conséquence - les propositions fixant le contexte la bûche de justification
d'application

le texte « dégalbé : le discours du Président
les exercices

.

185

.

-

tirez le contenu informatif du discours repérez les procédés utilisés trouvez la phrase cachée en langue de bois remplacez les pointillés par des mots comment traduiriez-vous...

.-

les corrigés

10

Avant-propos

C

ETouvrage qui porte sur le management des entreprises n'est pas un manuel de management; tout au moins si l'on se réfère au genre qui domine dans cette littérature. Ce n'est pas un .livre-outil. et l'on n'y trouvera aucun conseil infaillible, aucune méthode indiquant comment développer à coup sûr le chiffre d'affaires de son entreprise ou accélérer son déroulement de carrière. De plus, il ne s'adresse pas exclusivement aux dirigeants, ou à ceux qui aimeraient le devenir. Ce n'est pas davantage un traité savant dans lequel on chercherait à présenter à des spécialistes une nouvelle théorie. Son propos est plus modeste et néanmoins ambitieux. En effet, il prétend apporter des connaissances dont la diffusion devrait avoir des conséquences pratiques dans la vie des affaires. De quoi s'agit-il ? L'ouvrage part de notre expérience de la vie des entreprises. Intervenant, en position de consultants-chercheurs, dans des secteurs d'activité très variés, nous avons été frappés par le langage et les pratiques dominantes du management actuel. Après avoir confronté nos observations et avancé quelques hypothèses, nous avons décidé de les communiquer. Que signifient les phénomènes qui ont retenu notre regard et quelle en est l'origine? Voici la question centrale qui constitue la trame du livre.

11

Notre objectif n'a pas été de dresser une critique d'ensemble du management moderne: nous n'en avions ni le désir ni la capacité. Nous nous sommes plutôt efforcés d'en analyser certains débordements, regroupés sous le vocable «management des apparences., et de présenter à un large public (tous ceux qui, à un titre ou à un autre, prennent part à la vie des entreprises ou s'y intéressent) la «grille de lecture. que nous avons adoptée. A chacun d'en tirer les lignes d'action qu'il jugera appropriées.

12

Introduction

DE L'ADMINISTRATION AU MANAGEMENT APPARENCES

DU REEL DES

« La pensée myth!que bâtit ses
palais idéologiques avec les gravats d'un discours social anden.»

(c. Lévi-Strauss)

I

LYa

un quart de siècle, alors que le mot. management.

commençait à peine à se glisser dans notre langue comme transcription littérale du mot anglais, une revue destinée aux cadres rappelait: Dérivant de manus, la "main ", management signifie littéralement" manoeuvre". Le manager est celui qui organise la manoeuvre, qui, touchant de ses mains la réalité, se débrouille pour que ça marche, réussit en s'adaptant aux conditions changeantes. La main agissante du manager relaie dans l'entreprise la main invisible du marché. des économistes libéraux. Depuis, dans le langage des affaires, le terme de management s'est progressivement substitué à celui d'administration des entreprises, considéré désormais comme vieillot. L'utilisation de ce terme est destinée à mettre l'accent à la fois sur le gouvernement de l'entreprise et sur sa gestion. Pour les auteurs classiques les plus représentatifs de cette discipline, tels que l'américain Peter Drucker, le management est un travail requérant des compétences et des outils spécifiques. Le rôle essentiel du professionnel du management, le . manager., est de faire en sorte que ce qui doit être fait soit fait. Le manager est un pragmatique, orienté vers les résultats tangibles de ses efforts. Cette représentation du management et du manager, liés au domaine du réel et de l'action concrète, se trouve de plus en plus mise à mal. Le management scientifique des entreprises et toutes les. sciences de gestion. qui l'ont suivi n'ont pas révolutionné les entreprises occidentales et il en est résulté une certaine déception. Des ouvrages comme Le PriX de l'Excellence 1,livre culte des managers des années 80, ont stigmatisé le management à prétention scientifique, lui reprochant de mener à une philosophie abstraite et inhumaine .. Ils mettent l'accent sur le fait que les meilleures entreprises - dont beaucoup ont fait faillite depuis d'ailleurs - ne se focalisent pas sur la seule rationalité économique, qu'elles pren-

.

. .

.

.

.

1 T. Peters et R. Waterman, Le Prix de l'Excellence,lnteréditions, 15

1983

nent en compte le côté émotionnel des comportements humains et guident leur action sur un ensemble de croyances. C'est ainsi qu'aujourd'hui, plus préoccupés, semble-til, de créer une image de puissance que de travail réel, un nombre important de cadres dirigeants (particulièrement dans les grandes entreprises) semblent s'inspirer davantage du modèle de l'enchanteur (brasseur d'idées et de mots, séducteur) que de celui de l'entrepreneur (producteur, bâtisseur). Le management est désormais devenu, pour beaucoup, une «manipulation. de symboles, destinée à obtenir le plus possible d'effet avec le minimum de dépense d'énergie. Cette dérive de la pensée managériale était en germe dans la sacralisation de l'entreprise, la survalorisation de l'efficacité (autour de la notion confuse d'excellence) et le rejet trop radical de la rationalité. Les auteurs du Prix de l'Excellence appelaient de leurs voeux un management d'un autre type, un «management culturel. cette fois. C'est le «management des apparences. qui est né2. Qu'entendons-nous par «management des apparences .? Un style de management dans lequel la réalité ne s'évalue pas d'abord à l'aune des faits concrets vérifiables, et dont les instruments ont peu d'effets visibles et consistent essentiellement en une manipulation de signes et de symboles: langage, signes de reconnaissance, mythes. D'aucuns en ont déjà dénoncé l'une ou l'autre manifestation : langue de bois, gestion gadget, médiatisation des dirigeants, effet de vedettariat, importance exagérée donnée à des maîtres à penser et autres gourous... Ces diverses manifestations nous paraissent s'organiser dans un système plus global.

2 Selon une expression que nous empruntons à Jacques Le Mouël, Critique de /'effu:adté, Seuil, 1991 16

Jadis discrets, les dirigeants des entreprises multiplient aujourd'hui les prises de parole publiques: discours justificatifs sur la situation passée, déclarations prometteuses sur les orientations pour les années à venir, exhortations destinées à «mobiliser. les salariés et à les entraîner vers le succès... C'est ainsi qu'au fur et à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie des entreprises, l'habileté rhétorique prend une valeur croissante, alors que les actes techniques perdent en importance. Les hautes sphères de direction ne sont d'ailleurs pas seules touchées; l'entreprise toute entière est atteinte.

Depuis quelques années, la fonction «communication.

est

venue prendre place auprès des autres grandes fonctions de l'entreprise. Ses directeurs ont pour mission de «construire une stratégie d'image. susceptible de convaincre clients et actionnaires. Les Directeurs de ressources humaines se doivent, quant à eux, de «développer l'image de l'entreprise. auprès des salariés. Les cadres sont, à leur niveau, invités à promouvoir leur image auprès de leurs collègues et collaborateurs. Gérer leur service ne suffit plus; il leur faut encore «se gérer3» eux-mêmes et développer leur «capital-image. pour assurer leur position. Témoins de cette préoccupation et de l'ampleur du phénomène, les ouvrages et stages traitant de la pratique de la parole en public et des techniques de communication se multiplient. Les discours nés d'une telle préoccupation sont a priori aussi multiples que les entreprises dont ils sont issus. de famille .. C'est que la musique des mots - toujours les mêmes (performance, excellence, management participatif, vision stratégique, culture d'entreprise...) -leur tient souvent
3 L'abus même des mots. gestion. et . management. est le premier symptôme du management des apparences. Après avoir été un motvalise, il est à craindre que. management. devienne un . motéponge. qui, à force d'absorber tout ce qu'il rencontre, ne restituera plus aucune signification.
17

Cependant, force est de constater que beaucoup ont un « air

lieu de sens. Les écrits font écho aux discours qui, sur le papier glacé des journaux d'entreprises et plaquettes de direction, reprennent la même prose. L'uniformité de ce langage qui se répand aujourd'hui dans le monde des affaires, sa lourdeur, sa déconnexion par rapport à la réalité vécue par ceux auxquels il s'adresse, peuvent irriter ou faire sourire. Aussi, périodiquement, des voix s'élèvent-elles pour analyser avec humour ou dénoncer fetmement le

.parler creux" ou la . langue de bois" managé-

riale. Parallèlement, se développe toute une panoplie d'instruments, applicables à toute l'entreprise: cercles de qualité, projet d'entreprise; ou plus spécifiques, portant, par exemple, sur la gestion de production ou encore la gestion prévisionnelle du personnel. Moins ces instruments agissent sur la matière et plus ils sont qualifiés d'outils. Pourtant, à y regarder de près, leur utilisation n'est suivie, la plupart du temps, que de peu d'effets, non pas tant du fait de leurs caractéristiques intrinsèques, que de celui de leur maniement. Parmi ces instruments, les outils informatiques tiennent une place de choix; ils représentent une sorte de quintessence de l'instrument magique, cristallisant espoirs et attentes. Là où l'homme est incertain, impuissant, confronté aux limites de sa compréhension du monde, l'outil informatique. intelligent" est censé prendre le relais. On oublie trop souvent que cet outil ne fait que traiter des informations (réduites qui plus est à l'état de données) selon des modes programmés par les hommes. Dans ce domaine encore, des observateurs s'émeuvent
et dénoncent la . gestion-gadget". L'histoire leur donne sou-

vent raison: la logique de mode commandant plus que celle d'utilité dans le choix de ces instruments, l'un succède à l'autre, toujours nouveau et aussi peu opérant et ainsi de suite.

18

Si certains dénoncent langue de bois et gestion-gadget, d'autres y trouvent leur profit, s'engouffrant d'autant plus facilement dans la brèche que, dans un monde en mutation rapide et face aux incertitudes de l'avenir, le désarroi de certains dirigeants est patent. «Pour être [dirigeant] on n'en est pas moins homme., et l'homme incertain attend souvent, sinon toujours, une intervention magique ou miraculeuse. Ceux-là l'ont bien compris (conseils, intervenants et formateurs) qui proposent avec assurance les instruments magiques dont nous parlions tout à l'heure. Le management des apparences trouve, selon nous, une explication dans ce qu'il faut bien appeler une «pensée magique. qui se répand peu à peu dans les entreprises, comme elle l'a fait dans la société française. Après la« défaite des idéologies. et l'affaiblissement du pouvoir attractif de la science, le développement du culte de l'entreprise était fondé sur l'idée que celle-ci pouvait se poser en étalon et offrir un nouveau modèle culturel à la société toute entière. Mais, en mal de valeurs, la société se réfugie plutôt dans l'irrationnel. Jamais l'astrologie, la parapsychologie et les sectes n'ont autant fait recette, et, de nos jours encore, au pays de Descartes, on sollicite l'exorciste. Un sondage, réalisé en 1985 par la revue Sctences & Aventr révélait que 22% des Français interrogés croient que les voyantes peuvent prédire l'avenir. Depuis lors, il est probable que le phénomène s'est amplifié, si l'on s'en tient à des indices tels que le phénomène commercial que représente le «Nouvel Age., la prolifération des marchands d'avenir en tout genre (50 000 voyants étaient officiellement recensés en France en 1985), et le développement du marché de l'objet magique.

L'histoire de la pensée magique se confond avec celle
de l'humanité. Au fil du temps, elle a pu prendre différentes formes, mais sans jamais disparaître. Les sciences humaines nous apprennent que la magie naît de l'angoisse, produite par des événements dont les causes sont invisibles ou inexplicables, provoquant chez l'homme la sensation d'un danger. 19

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