L'INTERVENTION INSTITUTIONNELLE EN TRAVAIL SOCIAL

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L’objectif poursuivi dans cet ouvrage est une réflexion à la fois critique sur notre travail actuel, et une interrogation sur les conditions d’émergence d’un autre travail social répondant aux nouveaux enjeux politiques. Les auteurs font le point sur les enjeux du travail social, et posent la question de l’intervention institutionnelle. Ils font également un tour d’horizon de deux grands courants théoriques, celui de la sociologie des organisations et du courant institutionnaliste tout en interrogeant leurs pratiques. Le cœur de ce travail est constitué de comptes rendus de recherches de professionnels, effectués à travers différents secteurs de l’action sociale : “Que faisons-nous dans notre pratique quotidienne ? Comment travailler collectivement ? Comment associer l’Autre et pour quel changement social ?”.
Publié le : dimanche 1 mars 1998
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EAN13 : 9782296410077
Nombre de pages : 192
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Dans la même collection

Brigitte BRÉBANT, La pauvreté, un destin? 1984, 184 pages. J.-A. MBEMBE, Les jeunes et l'ordre politique en Afrique noire. 1985, 256 pages. Guy MINGUET, Naissance de l'Anjou industriel. Entreprise et société locale à Angers et dans le Choletais. 1985, 232 pages. Groupe de Sociologie du Travail, Le travail et sa sociologie. Essais critiques. Colloque de Gif-sur-Yvette. 1985, 304 pages. Majhemout DIOP, Histoire des classes sociales dans l'Afrique de l'Ouest. Tome 1 : Le Mali. Tome 2: Le Sénégal. 1985, 265 et 285 pages. Pierre COUSIN, Jean-Pierre BOUTINET, Michel MORFIN, Aspirations religieuses des jeunes lycéens. 1985, 72 pages. Michel DEBOUT, Gérard CLAVAIROLY, Le désordre médical. 1986, 160 pages. Hervé-Frédéric MÉCHÉRI, Prévenir la délinquance. L'affaire de tous. Les enjeux du dispositif Bonnemaison. 1986, 192 pages. Jean G. PADIOLEAU, L'ordre social. principes d'analyse sociologique. 1986, 224 pages.

J .-Pierre
François

BOUTINET (sous la direction de), Du discours à l'action, les sciences sociales s'interrogent sur elles-mêmes. 1985, 406 pages.
Dupuy,

troménager en France aux Etats-Unis et au Japon. 1986, 263 pages. Franco FoscHI, Europe, quel avenir? Emploi, chômage des jeunes, coopératives, clandestins. 1986, 107 pages. Christian LERAY, Brésil - le défi des communautés. 1986, 170 pages. Claude COURCHAY, Histoire du point Mulhouse. L'angoisse et le bleu de l'enfance. 1986, 211 pages. Pierre TRIPIER, Travailler dans le transport. 1986, 211 pages. J.L. PANNÉ, E. WALLON (textes réunis et présentés par), L'entreprise sociale. Le pari autogestionnaire de Solidarnosé. 1986, 356 pages. Julien POTEL, Ils se sont mariés, ... et après? Essai sur les prêtres mariés. 1986, 157 pages. José AROCENA, Le développement par l'initiative locale. Le cas français. 1986, 228 pages.

J ean~Claude

THOENIG,

La loi du marché.

L'élec-

J ost

KRIPPENDORF, Les vacances, et après? Pour une nouvelle compréhension des loisirs et des voyages. 1987, 239 pages. Paul N'DA, Les intellectuels et le pouvoir en Afrique noire. 1987, 222 pages.

L'INTERVENTION INSTITUTIONNELLE EN TRAVAIL SOCIAL

."

COLLECTION

LOGIQUES

SOCIALES

dirigée par Dominique

Desjeux

Série Théorie en Acte

L'INTERVENTION INSTITUTIONNELLE EN TRAVAIL SOCIAL
sous la direction de D. MARTIN et P. ROYER

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris

Du même auteur
Didier MARTIN, Le Larzac. Utopies et réalités. L'Harmattan, 1987.

@

L'Harmattan,

1987

ISBN: 2-85802-905-9

Ont écrit dans cet ouvrage: H. BENISAHNOUNE, assistante sociale. S. DZIaMBA, psychanalyste. F. KESSELY, assistante sociale, deug d'économie politique. M.D. L~RGILLIER, assistante sociale, licence de lettres modernes. D. MARTIN, sociologue, formateur dans un centre de formation de travailleurs sociaux. C. PEYRACHE, assistante sociale, maîtrise de droit. P. RaYER, psychosociologue, formateur dans un centre de formation de travailleurs sociaux. M. TIIERAS, éducateur spécialisé.

Avant-propos

«

La conscience du caractère essayiste de

sa propre production est un progrès de valeur scientifique sur l'arrogance de celui qui se prend pour une blouse blanche et qui prend sa blouse blanche imaginaire pour l'habit pontifical» (E. MORIN.)

« Une société résulte finalement de la réponse que chacun donne à la question de son rapport à une vérité et de son rapport aux autres. Une vérité sans société n'est qu'un leurre. Une société sans vérité n'est qu'une tyrannie. Aussi bien le double rapport - aux autres et à une vérité - mesure la portée "philosophique" du travail social» (M. De CERTEAU.)

7

Ce premier ouvrage inaugure une série appelée:

rie en Acte.

»

« ThéoAvant de définir ce qu'elle est ou plutôt

ce qu'elle prétend ou croit être, voyons en les origines les plus lointaines. Son acte de naissance est le fait de deux formateurs d'un institut de formation de travailleurs sociaux. Cette décision n'est pas née de rien, « ex abstracto », elle est la conséquence d'un cheminement complexe où se mêlent recherches personnelles, demandes d'étudiants de création d'un atelier d'Analyse Institutionnelle, interventions sur le terrain du travail social faites souvent de commandes détournées oui et de demandes mises à jour, de réflexions et de pratiques pédagogiques où l'Analyse Institutionnelle a sa place... En fait la rencontre de désirs multiples et de projets divers qui pouvaient se retrouver dans l'espace dialogique d'une série d'ouvrages collectifs. Tous ceux qui y ont écrit ou qui y écriront, formateurs, chercheurs, étudiants, travailleurs sociaux se reconnaissent peu ou prou dans le courant institutionnaliste ou sont intéressés par les débats qu'il provoque et les pistes de réflexion et de recherche qu'il ouvre. En effet ce projet plonge ses racines dans un réseau vivant, c'est-à-dire fluctuant au fil du temps et des implications de chacun. La question qui nous réunit est celle de la ré-appropriation effective des idées, des techniques, des innovations par ce que F. Guattari appelle « les agencements collectifs d'énonciation ». Les agencements analytiques ne sont pas seulement compos.és d'individus mais relèvent d'un certain fonctionnement social, économique, institutionnel, politique... C'est de la constitution d'un de ces agencements qu'il est question ici dans cet acte créatif. Un agencement réservé non pas à des spécialistes mais largement ouvert à tous les acteurs sociaux. L'Analyse Institutionnelle comme analyse et pratique sociale est avant tout l'émergence du collectif où « le sujet ne se perd pas », et la reprise du sens de leurs actions par les sujets. Ce lieu sera donc celui de l'expression plurielle et conflictuelle d'un collectif en mouvement. Conscients de l'image négative de l'Analyse Institutionnelle dans le champ social mais aussi du fait que l'innovation apparaît toujours, un temps au moins, comme une déviance, nous essaierons d'avancer dans l'optique d'une praxis commune. A la fois ouverts aux apports théoriques (d'auteurs comme Crozier, Enriquez, Goffman... ou Sain8

saulieu) qui font qu'une théorie peut rester vivante, et ouverts aux pratiques qui travaillent le corps social. La théorie fait partie de la pratique. La théorie en acte est une dialectique de l'exclusion (la distance) et de l'inclusion (la passion) du chercheur praticien et du praticien chercheur dans sa vision de la société, c'est une stratégie toujours recommencée, nous dit E. Morin.

En somme une recherche permanente:
- des analyseurs qui font parler pratiques qui en sont le cœur;

.

l'institution

et les

exige un acte plus ou moins visible d'intervention sur la réalité sociale et une réaction de cette réalité sociale sur le projet scientifique et sur le chercheur lui-même» (R. Lourau) ; - des pratiques que C. Castoriadis nomme «le faire pensant et la pensée se faisant ». L'objectif n'est pas de servir à quelque chose ou à quelqu'un... mais d'accéder à une compréhension, à commencer par celle des pouvoirs, à une intelligibilité qui produit déjà en soi son effet. Car une telle démarche nous met en position d'agir ou plutôt nous fait déjà agir.
«

- sur l'implication car « toute connaissance sociologique

Une sociologie créatrice qui, du même coup, reconnaît

la réalité de la création, ne peut s'affirmer qu'en rupture avec les normes de la sociologie dominante, et apparaîtra inévitablement comme déviance» (E. Morin). « La revendication d'autonomie de certains travailleurs sociaux (c'est-à-dire de la science sociale appliquée) Ouvre une autre voie: celle de la diffusion dans le peuple, non pas d'une culture décorative, mais d'une «culture opératoire » (selon l'expression de Michel De Certeau), des moyens d'analyser les situations concrètes et d'abord de discerner la fonction réelle de l'autorité» a.M. Domenach, P. Giris, H. Lafont, P. Meyer, P. Thibaud, P. Virilio).
D. MARTIN et P. ROYER

9

Introduction L'intervention institutionnelle

Travail collectif, travail communautaire, travail de groupe etc. : on peut légitimement se demander aujourd'hui qui ne travaille pas ou n'est pas sur le point de travailler dans
«

un collectif social» ?

L'idée n'est pas neuve, elle est seulement remise à l'ordre du jour par un contexte de crise et un travail social doublement menacé et par une situation économique qui s'a~gra~e et par la mise en place progressive de la décentralisation. L'objectif poursuivi dans ce numéro est une réflexion

à la fois critique sur le

«

que faisons-nous aujourd'hui?

»

(R. Lourau) et une interrogation sur les conditions d'émergence d'un autre travail social répondant aux nouveaux enjeux politiques. Il ne s'agit pas ici encore une fois, de se perdre dans un « que faire? » qui rejettera la faute sur l'Autre, ou sur soi dans une sorte de conduite auto-punitive ou bien encore se réfugiera dans des projets utopiques toujours

nécessaires au déclenchement d'un

~<processus

social»

jamais suffisants à sa mise en route... Aussi un débat sur les outils théoriques existant s'est avéré indispensable de même qu'une analyse des pratiques qui y sont attachées... en quelque sorte se poser la question de la théorie de la pratique et de la pratique de la théorie. 11

Au terme de ces recherches, et c'est ce qui guidera le lecteur, nous avons débouché sur la problématique suivante. Les rapports de pouvoir dans le face à face entre élus et travailleurs sociaux en 1987 dépendent en grande partie de la capacité des travailleurs sociaux d'être les éléments moteurs de pratiques sociales novatrices où l'usager n'est pas encore une fois absent. Aussi ne peuventils faire l'économie tant de la construction d'un collectif que de son corollaire qu'est l'analyse préalable qui permet l'émergence du « groupe-sujet» et du «sujet-groupe ». Un «long »':' travail d'élucidation, «travail par lequel les hommes essaient de penser ce qu'ils font et de savoir ce qu'ils pensent» [6], des sujets est donc nécessaire afin de ne pas fonctionner encore une fois dans l'imaginaire mais autant que faire se peut sur un principe de réalité. Pour que ce travail se fasse nous avons avancé une solution (et non une panacée) possible: l'intervention institutionnelle considérée comme une condition nécessaire mais pas forcément suffisante. Intervention institutionnelle liée à l'ensemble théorique de l'analyse institutionnelle et envisagée comme une façon pour les acteurs sociaux de se réapproprier des conduites, d'où la question centrale de l'intervention externe ou interne, de son déroulement, de ses étapes etc. et de sa permanence dans le temps. Dans deux articles nous ferons d'abord un point sur les enjeux du travail social et poserons la question de l'intervention institutionnelle, ensuite un tour d'horizon de deux grands courants théoriques, celui de la sociologie des organisations et du courant institutionnaliste tout en interrogeant leurs pratiques. Le cœur de ce travail sera constitué des comptes rendus de recherches effectués par cinq professionnels (quatre assistantes sociales et un éducateur), véritable coupe verticale de différents secteurs de l'action sociale. Tous, à partir d'analyses très poussées, essaient peu ou prou de répondre à ces trois questions: 1. Que faisons-nous dans notre pratique quotidienne? 2. Comment travailler collectivement? 3. Comment associer l'Autre et pour quel changement . w~?

* 12

Ne faut-il pas savoir perdre du temps pour en gagner plus tard... ?

Ils nous permettront dans un ultime article d'approfondir quelques points théoriques et surtout de revenir sur ce qui nous est apparu comme essentiel sur le terrain: la constitution d'un groupe-sujet pour un autre rapport théorie/ pratique.
D. MARTIN et P. ROYER

13

1

Pratiques sociales et théories sociologiques

Les enjeux du travail social et la question de l'intervention

'f

A.

DÉCENTRALISATION

ET NÉO-LIBÉRALISME «

En 1984, A. Lipietz posait le diagnostic suivant:

Dés-

orientés par la crise et l'impuissance du volontarisme étatique, les dirigeants cherchent aujourd'hui le salut vers la nouvelle alliance moderniste, celle des mutations technologiques et de l'esprit d'entreprise. Ce faisant ils donnent

libre cours aux vieux démons du social-sadisme du St Simonisme
(<<

(<<

le renard

libre dans le poulailler libre») alors même que la montée

l'Etat bouclier de l'entreprise indus-

trielle ») crispe le social corporalisme des laissés-pourcompte d'une solidarité en crise» [19]. Aujourd'hui en 1987, la droite est revenue au pouvoir, le diagnostic posé du temps de la gauche semble prendre toute sa force. Les «vieux démons» sont en effet de retour dans cette période «néo-libérale» (dernier mot à la mode dans les médias...). Les derniers mouvements sociaux (mouvements étudiants, grève des cheminots...) ont été les analyseurs d'une politique qui ne cache plus son arrière plan idéologique (ne l'a-t-elle jamais caché d'ailleurs...). Rarement pouvoir en place n'aura désigné aussi clairement son électorat... Dans ce contexte l'action sociale se trouve au cœur d'une triple crise qu'Ho Nogues schématise ainsi:

17

Crise financière (tant au niveau macro que micro-économique)

~

Action sociale

.

crise d'efficacité

(<<

traitement

social» impossible !)

Crise de légitimité (un Etat-providence une décentralisation

dont tout le monde s'accorde à voir la fin, qui relance des débats...)

Deux écueils apparaissent dans ce décor: l'exclusion des plus âgés et l'insertion impossible des plus jeunes. Aussi «les vieux démons» ressurgissent qui s'appellent:
«

racisme, confiance aveugle dans le libéralisme, espérance

mythique dans un pouvoir politique rationnel et bienveillant» (H. Nogues). Quelques perspectives existent pour les acteurs de l'action sociale, militants associatifs, élus locaux, fonctionnaires locaux et travailleurs sociaux. - Prendre en compte les contraintes économiques. - Faire de l'action sociale un facteur d'innovation sociale, de développement local pas seulement de réparation. - Insérer les acteurs et les usagers dans un processus de changement social. D'autres encore existent... il ne s'agissait ici que d'en citer quelques-unes qui nous semblent essentielles, tournant autour de deux idées: - la nécessité de modifier les limites de l'action sociale; - la capacité des travailleurs sociaux de s'ériger en sujets non plus seulement assujettis aux décisions des élus et des fonctionnaires de la hiérarchie administrative mais sujets de vouloir et de pouvoir (cf. M. Foucault). Nous n'insisterons pas davantage, l'objectif est de fixer un cadre et de s'intéresser à ce qui se passe en amont des pratiques sociales novatrices soit les «conditions de production» : un travail collectif qui ne se contente plus â'être un alibi ou un leitmotiv qu'on ressasse comme pour 18

se persuader de sa pertinence ou en persuader les autres sans que JamaiS la parole ne devienne action. Les obstacles sont nombreux qui entravent le travail collectif: - des résistances individuelles ou/et collectives, des blocages politiques, etc.; - une décentralisation qui complique peut-être autant les choses qu'elle ne les arrange, plongeant les travailleurs sociaux au milieu d'une arène politique dont ils se croyaient à tort si éloignés...; - un héritage historique, des pesanteurs sociologiques... qui sont autant de freins puissants; - un usager trop souvent absent et qui a parfois totalement disparu de la scène autrement que pour « alimenter la machine sociale ». Cette «participation» reste indispensable si l'on suit C. Petonnet: «Si la fonction sacrificielle, intériorisée, se perpétue, on commence à comprendre pourquoi «il faut» fabriquer des coupables de toute espèce qui n'existeraient pas si on ne les y aidaient... il semble bien que les gens unanimement désignés comme marginaux, associaux, inadaptés ou handicapés, soient à la société contemporaine ce que les ph armakoi étaient aux Athéniens, c'est-à-dire, à la fois le mal

et le remède.

»

En somme la nécessité d'un travail plu-

riprofessionnel et pluri-disciplinaire oui mais... pas n'importe quel travail pour n'importe quel objectif. Tels sont les enjeux du travail social aujourd'hui face à la mise en place de «nouvelles» logiques politiques, économiques et sociales. Aussi allons-nous essayer de poser ici les jalons d'une recherche sur les conditions d'émergence d'un travail social porteur d'expérimentations. Deux axes guideront ce travail:

- une interrogation sur ce qui fige le travail social tant au niveau macrosociologique (logiques institutionnelles, économiques, politiques, sociales...) qu'au niveau micro sociologique (logiques des acteurs sociaux du terrain); - une réflexion sur le fonctionnement du travail en équipe.

19

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