L'intrigante façade de la bibliothèque Sainte Geneviève

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La façade de la bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon à Paris, propose sans doute la plus longue de toutes avec quelque 810 noms, mais aussi la plus intrigante, car aucune indication ne justifie la raison de leur réunion. Henri Labruste, l'architecte de la bibliothèque, a eu simplement l'idée d'afficher sur la façade de son monument « un catalogue monumental » des auteurs dont les livres constituent la richesse du fonds de la bibliothèque. L'évocation de la vie de ces écrivains dans ce livre offre un voyage original dans l'Histoire et l'évolution des idées sur quelque trente siècles.
Publié le : vendredi 1 juillet 2016
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EAN13 : 9782140013980
Nombre de pages : 602
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COUV GERARD DEF_Mise en page 1 20/06/2016 18:39 Page1
Gérard Aim é
L’in t r ig a n t e f a ç a d e
DE LA BIBLIOTHÈQUE
SAINTEGENEVIÈVE
d e nombreux monuments parisiens recèlent,
gravés dans la pierre, une liste de personnages,
rassemblés le plus souvent par une communauté
de travail ou de destin. La façade de la
bibliothèque Sainte-g eneviève, place du Panthéon à Paris, propose sans doute L’in t r ig a n t e
la plus longue de toutes avec quelque 810 noms, mais aussi la plus intrigante,
car aucune indication ne justifie la raison de leur réunion. f a ç a d e Henri Labrouste, l’architecte de la bibliothèque, a eu simplement l’idée d’afcher
sur la façade de son monument « un catalogue monumental » des auteurs dont
les livres constituent la richesse du fonds de la bibliothèque. L’évocation de la vie DE LA
de ces écrivains dans ce livre ofre un voyage original dans l’Histoire et l’évolution
des idées sur quelque trente siècles. BIBLIOTHÈQUE
Promeneur et amoureux de Paris, Gérard Aimé était depuis des décennies intrigué par cette longue
liste de personnalités ornant la façade de la bibliothèque et, il faut bien l’avouer, frustré de constater
qu’il en connaissait à peine la moitié. Sa carrière d’éditeur terminée, il a donc entrepris d’aller à leur SAINTE
rencontre, non pour disserter sur leurs créations ou analyser leurs théories mais, plus modestement,
avec la liberté qu’autorise la curiosité, pour découvrir leur origine, quelques épisodes de leur vie,
et ce que l’Histoire a retenu de leur œuvre. GENEVIÈVE
Détail d’un panneau de la façade, Priscille Leroy, 2011.
Photographie en bandeau : détail de la façade, Jastrow, 2006.
iSBN : 978-2-343-08894-5
39,50 €
L’in t r ig a n t e f a ç a d e
DE LA BIBLIOTHÈQUE Gérard Aim é
SAINTEGENEVIÈVE







L’intrigante façade
de la bibliothèque Sainte-Geneviève



Gérard AIMÉ





L’intrigante façade
de la bibliothèque Sainte-Geneviève






























































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08894-5
EAN : 9782343088945





Tous mes remerciements vont
à Philippe Bone, Maryse Guéry,
Patrice et Joël Aoust, Lionel Pierroux,
Philippe Vicente pour leur aide, à
Igor Olafs pour la réalisation de la couverture
et à Christine Walter-Boule
pour sa relecture attentive et son immense patience.







enri Labrouste, architecte des Monuments historiques, se voit
confier en 1839, sur sa propre proposition, l’étude de Hl’édification d’un nouveau bâtiment pour abriter les collections
et ouvrages hérités de la prestigieuse bibliothèque de l’abbaye
SainteGeneviève, logée jusqu’alors au dernier étage de l’ancienne abbaye,
devenue école centrale du Panthéon à la Révolution, puis l’actuel lycée
Henri IV.

Adopté en 1842, ce projet propose la réalisation, à l’emplacement de
l’ancien collège de Montaigu sur la place du Panthéon, de la première
bibliothèque publique autonome, non liée à un établissement religieux ou
universitaire, uniquement consacrée à la conservation et à la consultation
des ouvrages dont elle a hérité auxquels s’ajoute, depuis 1828, un
exemplaire en dépôt légal de toutes les nouveautés en théologie,
philosophie, droit, médecine et sciences publiées en France.

Pour souligner, dans ces disciplines, la richesse du fonds de la nouvelle
bibliothèque, pour animer également la façade un peu austère de ce
bâtiment néoclassique, Labrouste a l’idée, en juillet 1848, de décorer la
façade du premier étage, correspondant à l’intérieur aux rayonnages de la
grande salle de lecture, avec une liste d’écrivains, de penseurs et de
savants dont certaines œuvres sont disponibles sur ces rayonnages.

La liste de ce « catalogue monumental », selon les propres termes de
l’architecte, aurait été officiellement établie par Labrouste lui-même en
moins d’un mois et, dès le 5 août, il aurait envoyé cette sélection de
noms au ministre de l’instruction publique, qui l’approuve le 24 août. Le
graveur se met au travail dès le 30 septembre.
Ce calendrier semble bien court, et même peu vraisemblable, surtout au
moment où la France connaît les troubles précédant la proclamation de
la Seconde république, alors que le rez-de-chaussée de la bibliothèque est
aménagé pour recevoir provisoirement une troupe de cavalerie à la suite
des émeutes de juin qui allaient interrompre pendant quelques jours le
chantier.

Quoi qu’il en soit, le 30 septembre 1848, le graveur sur pierre Johann
Deutsch, sous le contrôle d’un bibliothécaire, M. Pinçon, va inscrire dans
la pierre le nom du premier « auteur » sélectionné par Labrouste, Moïse,
9 et moins de deux mois plus tard, le 21 novembre, graver le dernier nom,
Berzelius, chimiste suédois décédé quatre mois plus tôt, puisque
Labrouste, par une prudence élémentaire, s’était fixé pour principe de ne
rendre hommage qu’à des personnages rentrés dans l’Histoire par leur
décès.

L’étonnante rapidité avec laquelle se serait élaborée cette liste puis sa
gravure par le sculpteur permet de comprendre les approximations, les
répétitions et les quelques coquilles qui se glissent dans cette
énumération, malgré les ultimes corrections demandées le 2 décembre par
M. Pinçon.

∗Cette décoration n’est pas toujours bien accueillie à l’époque. Le poète
Théodore de Banville estime l’idée bonne mais la réalisation « trop naïve,
comme une page d’écriture ». Achille Hermant, chroniqueur de la revue
« L’artiste », pense pour sa part que cette multiplicité d’inscriptions est un
procédé décoratif un peu puéril, « une série de noms, même illustres, ne saurait
offrir un grand intérêt » écrit-il. De plus, il ne trouve pas l’effet très heureux
et regrette que ces petites lignes ne soient pas d’une longueur égale,
suggérant sans doute que Labrouste aurait dû, dans un but décoratif, ne
sélectionner que des auteurs ayant le même nombre de lettres dans leur
nom pour donner de loin « l’impression d’une broderie sur la pierre ».

Malgré un souci évident d’universalisme et d’encyclopédisme, la sélection
de ces 810 noms (en fait un peu plus puisque des personnages ou
membres d’une même famille sont parfois réunis) veut surtout mettre en
valeur la diversité et la richesse du fonds de la bibliothèque. Les
personnages sélectionnés sont présentés dans un ordre plus ou moins
chronologique, offrant ainsi l’idée d’une progression continue de la pensée et du
savoir à travers les âges, une idée chère à Auguste Comte qui met sur
pied à la même époque son calendrier positiviste.

Cette sélection est très certainement marquée par les affinités
personnelles de l’architecte, le néoclassicisme, le romantisme et le goût de la
culture de l’Antiquité, qui l’autorise à citer de nombreux « auteurs » assez
obscurs, auxquels seuls quelques fragments de textes sont attribués,
choisis sans doute pour éveiller la curiosité des étudiants de l’époque.

∗ Lire à ce sujet l’article de Frédéric Barbier « Autopsie d’une façade », publié dans
l’ouvrage Des palais pour les livres, coordonné par Jean-Michel Leniaud,
BSG/Maisonneuve & Larose, 2003.
10 On ne s’étonnera pas, compte tenu de l’époque, des limites de cet
universalisme, puisque seules huit femmes, sur plus de 810 invités, sont
conviées au grand banquet du savoir, on s’en étonnera d’autant moins
que l’accès à la bibliothèque ne sera autorisé aux femmes qu’en 1898,
près de cinquante ans après son ouverture au public.

Ces courtes biographies ont aussi leurs limites, il ne s’agit pas d’un travail
d’historien ou de chercheur, mais du résultat d’une simple promenade
sur différents sites d’Internet, pour cerner en quelques lignes très
personnelles la vie et la personnalité de ces auteurs, du moins ce qu’en
retiennent les historiens, et non à exposer leurs théories ou leurs
découvertes.











La nature ne fait que prêter les grands hommes à la terre.
Ils s’élèvent, brillent, disparaissent.
Leur exemple et leurs ouvrages restent.

(Inscription gravée sur un obélisque en mémoire de
François Henri d’Aguesseau
devant l’église Notre-Dame-d’Auteuil)











11




























Nous avons conservé pour la présentation de ces auteurs l’orthographe donnée
par le graveur tout en indiquant parfois le nom plus commun sous lequel on
connaît aujourd’hui ces personnalités
Nous avons également préservé l’ordre chronologique voulu par Labrouste et
présenté l’un après l’autre les 30 personnages inscrits sous chacune des
vingtsept fenêtres de la façade.
Les quatre premières fenêtres se trouvent sur l’aile gauche du bâtiment quand
on lui fait face, les quatre dernières sur l’aile droite, le long de la rue Valette.
Chacune de ces listes, numérotées ici de 1 à 27, ont une présentation identique :
trois listes verticales de huit noms sur la partie supérieure de gauche à droite,
puis, dans le bas du panneau, de part et d’autre d’une ouverture, deux petites
listes de trois noms, toujours de gauche à droite.















































MOÏSE • Moché ben Amram pour d’Hébreux alors que la moindre
bales Hébreux, Moyses pour les Latins, taille locale était scrupuleusement
Moussa pour les arabes, Moïse pour enregistrée. Par ailleurs, on sait
aules autres, un personnage fabuleux jourd’hui que de nombreux épisodes
dont l’historicité fait toujours débat. de cette vie fabuleuse ont été
emLes historiens se retranchent pru- pruntés à d’autres légendes
concerdemment derrière l’expression « éni- nant la vie de divers personnages de
gme historique », ne pouvant même l’Antiquité, y compris des Égyptiens.
pas donner de date à ses aventures, On s’accorde donc pour penser qu’il
egénéralement placées au XIII siècle s’agit d’un personnage reconstruit,
avant notre ère. ses biographes mélangeant diverses
La vie de ce Moïse, trois épisodes de légendes de héros mythiques pour
40 ans, intègre en tout cas tous les créer le Moïse biblique qui a au
ingrédients du scénario d’un péplum moins rempli son rôle, celui
d’expliidéal que Cecil B. DeMille ne man- quer - d’une façon un peu
compliquera pas de réaliser trente-trois siè- quée - comment la loi juive, puis
cles plus tard avec les scènes cultis- chrétienne, a été transmise sur terre
simes de la traversée, à pieds secs, par Dieu.
de l’estuaire du Nil ou la remise des
tables de la loi au sommet du mont JOSUÉ • Un prophète reconnu par
Sinaï. les trois religions monothéistes,
disCe récit légendaire, qui se transmet- ciple de Moïse, avec une vie tout
tra par oral pendant des siècles, en aussi légendaire que celle de son
étant plusieurs fois amendé et rema- maître.
nié, trouvera une première version Né en Egypte, il ferait partie du
eécrite au VII siècle av. J.-C. dans le peuple esclave délivré par Moïse et
« livre de l’exode ». Les cinq pre- aurait semble-t-il joué le rôle de
miers livres de la Bible, « le Penta- commandant militaire de
l’expéditeuque », attribués à Moïse, ne se- tion.
ront compilés, en grec et en hébreu, On commence à parler de lui quand
equ’au II siècle av. J.-C. le groupe arrive sur les rives du
Les traditions ont la vie dure et ce Jourdain, hésitant à envahir le pays
en’est qu’au XX siècle que les histo- de Canaan. Il fait partie des douze
riens commencent à se poser la « espions » envoyés par Moïse pour
question de l’authenticité du person- tester la résistance des habitants et
nage. Son histoire, plus ou moins est le seul, avec Caleb, à conseiller
modifiée, a été reprise par d’in- une invasion immédiate. Son avis
nombrables auteurs, ce rôle de pro- n’est pas suivi mais, après les 40 ans
phète incompris servira aussi de tra- d’errance ordonnés par Dieu en
me à la vie de Jésus puis, au moins punition de leur prudence excessive,
partiellement, à celle de Mahomet et après la mort de Moïse, Josué,
mais, à l’époque supposée de Moïse, seul survivant avec Caleb de cette
aucun texte égyptien ne semble génération, peut enfin lancer
l’atavoir fait état de la fuite de milliers taque.
15 Les épisodes de l’invasion seront dieu-singe, et Sita, soupçonnée un
tout aussi fabuleux que les aventures temps d’adultère, mais bien sûr
précédentes, juste un peu plus innocente, retombe dans ses bras.
sanglants et cruels. L’histoire re- Ce texte est toujours très populaire
tiendra la chute des murailles de dans le sud-est asiatique.
Jéricho à coups de trompettes, alors
que les archéologues n’ont jamais VYÂSA • Un personnage
légenretrouvé la moindre pierre à l’em- daire, figure centrale de la plupart
placement supposé du village qui des traditions hindouistes. Selon ces
devait rassembler quelques maisons traditions, il s’agirait du fils d’un
en terre. La conquête sera donc une pêcheur, né il y a quelque 7 000 ans,
suite de ruses, de trahisons, de cru- mais qui, doué d’immortalité, serait
autés raffinées, d’exécutions vio- toujours parmi nous.
lentes puis, ayant massacré la plu- Dès sa naissance, il mène une vie
part des habitants du lieu, Josué d’ascète, devenant l’un des sept plus
pourra diviser le pays entre les 12 grands « rishis », ces sages qui ont
tribus de ses partisans. reçu la connaissance révélée,
conAssuré d’avoir bien rempli la mis- naissance qui sera longtemps
transsion confiée par son dieu, Josué mise oralement par les brahmanes
pourra quitter ce monde à 110 ans, avant que Vyâsa n’en fasse une
preaprès avoir recommandé à son peu- mière compilation.
ple de ne jamais fraterniser avec les Il serait également l’auteur, et le
quelques païens qui avaient survécu. protagoniste, du « Mahabharata »,
un des textes les plus importants de
VÂLKÎMI • Il est surnommé « Adi la tradition hindouiste, un poème de
Kavi », le premier poète, surnom pas 82 000 strophes, sans doute le
trop contesté puisqu’il aurait vécu, il poème le plus long de l’histoire,
y a quelque 4 000 ans. On pense grande saga épique racontant les
donc raisonnablement qu’il s’agit luttes pour le pouvoir dans les
pred’un personnage légendaire. L’ou- miers temps.
vrage principal qu’on lui attribue, On lui attribue également la
rédac« le Ramayana », un poème fleuve tion d’autres textes sacrés
brahmade 24 000 strophes, est plutôt daté niques, tous rédigés à différentes
par la majorité des historiens du époques, à plusieurs siècles de
dispremier siècle de notre ère. tance, ce qui n’aurait rien de
particuCette épopée mythologique raconte, lièrement étrange puisque Vyâsa est
en langue sanscrite, la vie du prince immortel.
Rama, un avatar de Vishnou, ses
aventures multiples, sa rencontre SANCHONIATHON • S’il
s’agisavec Sita et leur vie sentimentale un sait d’un personnage réel, il serait
peu compliquée. phénicien, né à Béryte, vers le
eHeureusement, tout se termine par XII siècle av. J.-C., avant même la
un happy end, Rama récupère son guerre de Troie, si cette guerre a
trône avec l’aide de Hanuman, le réellement eut lieu. Curieux de
con-16 naître l’histoire des peuples, ce sa- ses côtés un jeune berger de
vant qui avait lu les premiers récits Bethléem, David, pour l’apaiser de
bibliques, la vie de Moïse, qui ses chants.
connaissait les plus vieux textes Le jeune chanteur se révèle aussi
grecs et les traditions orales de son téméraire que courageux et s’illustre
propre pays, tente de mélanger tout sur le champ de bataille après avoir
ça pour écrire une première histoire terrassé un géant philistin, Goliath,
de l’humanité qui révèle que tous les avec une simple fronde. Saül devient
dieux dont parlent ces récits tradi- alors très jaloux de la popularité de
tionnels ne seraient que des hommes son jeune protégé, auquel il a donné
remarquables déifiés après leur mort sa fille en mariage, ce qui oblige
par superstition. David à prendre le maquis avec
Son texte, un peu ésotérique et quelques amis.
obscur, et dont on ignore d’ailleurs À la mort de Saül, David prend le
si Sanchoniathon est le titre ou le pouvoir, désigné par le prophète
nom de l’auteur, aurait été traduit au Samuel , et devient ainsi le second
début de notre ère par Philon de roi des Hébreux. Son règne sera
Byblos. marqué par des combats incessants
Une traduction si tardive, alors pour agrandir son territoire, une saga
qu’aucun auteur grec ou romain pleine de violence et de sexe qui voit
antérieur n’évoque ce texte ou cet la conquête de Jérusalem, où David
historien, fait naître le soupçon que fait transférer l’Arche d’alliance
Philon en serait le véritable auteur, contenant les tables de la loi, et la
et qu’il aurait inventé un auteur création d’un territoire s’étendant de
antique pour donner plus de crédit à l’Egypte à l’Euphrate.
sa simple compilation de textes Au terme de ces conquêtes, il reçoit
anciens. de Dieu, en récompense de tous ces
Quoi qu’il en soit, dans le diction- combats, la promesse que ce pays
enaire universel du XVIII siècle, à la sera à jamais le territoire des
Israérubrique « Sanchoniathon », on peut lites.
lire que ces écrits, contraires à Mais David n’est pas qu’un militaire
l’histoire sainte et aux lumières de car, fidèle à sa vocation de chanteur,
la raison, seraient nécessairement la tradition lui attribue l’essentiel du
mêlés à beaucoup de fables, mais « Livre des psaumes », un livre de la
que ce qui se rapporte à l’origine des Bible, ensemble de louanges
chanarts est assez conforme à ce que tées qui aurait été rédigé plus
nous savons du genre humain dans vraisemblablement au cours de l’exil
eles siècles qui ont précédé le déluge. des notables juifs à Babylone, au VI
Nous voilà rassurés. siècle av. J.-C.

DAVID • Après l’invasion du pays SAMUEL • Son histoire est
rade Canaan, les Israélites se dotent contée par les deux premiers livres
d’un premier roi, Saül, personnage de l’Ancien Testament, la Bible
peu recommandable, qui appelle à hébraïque. Il serait né à Rama, en
17 Judée, là où il passera l’essentiel de hurle alors qu’elle préfère renoncer à
sa vie, jouant un rôle de prophète, de l’enfant plutôt que de le voir sacrifié
juge suprême et de chef militaire et le sage Salomon reconnaît là la
pendant l’époque troublée qui a vraie mère.
suivi l’installation des juifs au pays À ce sage, ce bon gestionnaire, ce
de Canaan, quand de nombreux bâtisseur, on attribue également la
israélites semblent retourner à l’ido- rédaction plusieurs livres de la
lâtrie. Bible, « le cantique des cantiques »,
Autorité reconnue en Judée, alors « le livre des proverbes » ou « le
que le peuple réclame un roi, livre de l’Ecclésiaste ».
Samuel désignera Saül comme Malgré ses diverses occupations,
premier roi. Puis, Saül étant mort au Salomon trouve quand même le
combat, c’est encore le vieux temps de s’occuper de son harem de
Samuel qui désigne le second roi, 700 épouses et 300 concubines.
David, qui n’avait d’ailleurs pas La relative tolérance du roi envers
vraiment de concurrent sérieux pour les hérétiques et les païens entraîne
le poste. un courroux divin qui aboutit à la
partition du royaume après sa mort.
SALOMON • C’est un des fils de De mauvaises langues prétendent
David, celui qu’il choisit pour lui que l’augmentation des impôts,
succéder, le troisième roi des consécutive à son programme
imHébreux. Tout en faisant face à mobilier et à l’entretien de son
quelques révoltes et menaces aux harem, entraîna aussi des révoltes
frontières, le royaume connaîtra sous qui ne seraient pas étrangères, en
son règne, que la Bible situe entre -970 plus de la colère divine, à cette
et -931, une période de relative paix division d’Israël. Quelques
archéoet prospérité. logues contemporains prétendent
Salomon aurait mis à profit cette également qu’au temps de Salomon,
tranquillité pour organiser l’admi- Jérusalem ne devait pas dépasser
nistration du pays, le divisant en l’importance d’un petit village de
douze préfectures, pour le moder- montagne, et qu’on n’a jamais
reniser et bâtir divers monuments, trouvé trace de la moindre muraille
dont le premier temple de Jérusalem ou même d’un temple un peu
imporet ses premières fortifications. tant de cette époque.
Salomon laissera surtout dans Sans mettre en doute l’existence de
l’Histoire la réputation d’être un Salomon, ce que certains se sont
sage parmi les sages, réputation permis, il est tout de même légitime
entretenue par la légende du « juge- de se demander si, entre autres
ment de Salomon » : Deux femmes légendes, la taille de son harem n’a
se disputant un enfant, Salomon pas été légèrement surestimée.
demande une épée, empoigne l’en-
fant en déclarant que le mieux était MANOU • D’après la tradition
certainement d’en donner la moitié à hindouiste, Manou serait notre père
chacune d’elles. L’une des femmes à tous, du moins le père de la
18 nouvelle génération, celle d’après le européennes, désignerait des pierres
déluge. Il serait l’équivalent du Noé élevées pour vénérer Manou.
des récits bibliques, mais l’histoire Enfin, des linguistes avancent que la
ne précise pas qui, des hindous ou racine « man », désignant l’homme
des juifs, a copié sur l’autre. dans plusieurs langues européennes,
Fils de Brahma, ou encore fils de viendrait de Manou.
Surya, le dieu soleil, Manou re-
cueille un jour un petit poisson dans LYCURGUE • Plutarque, dans son
une rivière. Ce poisson, qui n’est ouvrage « Les vies parallèles », met
autre que Mataya, avatar du dieu Lycurgue en parallèle avec Numa
Vishnou, grandit très rapidement et Pompilius, second roi légendaire de
demande à Manou de le rejeter dans Rome, mais nous avertit que tout ce
la mer. Avant de disparaître dans les qu’on a pu écrire sur ce législateur
flots, il annonce l’arrivée prochaine grec de Sparte est controversé, même
d’un déluge et recommande à son existence.
eManou de construire un immense Il aurait vécu au VII siècle av. J.-C.,
bateau pour abriter un couple de aurait été fils du roi de Sparte
tous les animaux connus et les Prytanis mais aurait renoncé au
graines de tous les végétaux. trône après la mort de son frère aîné.
Curieusement, au départ, le récit ne Condamné à l’exil, il va voyager
mentionne pas l’existence d’une dans divers pays du bassin
méditermadame Manou. Le bateau ayant ranéen et jusqu’en Inde, pour
résisté au déluge, toujours avec s’imprégner des institutions de ces
l’aide du poisson-dieu Mataya, le pays.
rescapé fait une offrande à son sau- Revenu à Sparte, il propose à ses
veur, offrande qui se transforme peu concitoyens un nouvel ensemble de
après en jeune fille qui se présente lois, la « grande rhêtra », qui va faire
comme étant la « fille de Manou ». la réputation de la ville jusqu’à nos
La nouvelle humanité serait donc jours.
sans doute née d’un inceste. Il crée d’abord une assemblée de
Devenu immortel, Manou refera notables pour équilibrer le pouvoir
quelques visites sur terre. Il trans- du roi, redistribue les terres,
remmettra à ses descendants le « Ma- place la monnaie d’or et d’argent par
nusmrti », le plus ancien texte de la une monnaie en fer, pour éviter que
tradition hindoue du Dharma, un les gens thésaurisent, interdit
l’artigenre de traité de lois, l’équivalent sanat du luxe, oblige les citoyens à
des tables de la loi des religions prendre leurs repas en commun, à
monothéistes occidentales. manger frugalement, et met surtout
Parmi ses nombreux avatars se trou- en place la fameuse éducation « à la
verait Ménès, le premier roi d’Égy- spartiate ».
pte, ou encore Mani, le théoricien du Peu de parents souhaiteraient cette
manichéisme. Quelques celtes affir- éducation pour leurs enfants. Tout
ment que le mot « menhir », par le d’abord, le nouveau-né est testé par
cheminement des langues indo- une assemblée qui n’hésite pas à le
19 mettre à mort si il est difforme ou le pauvre homme doit être découpé
tout simplement laid. Il est ensuite en deux à la scie. Heureusement,
enlevé à ses parents, dès l’âge de grâce à une intervention divine, son
sept ans, pour subir une éducation en âme se détache de son corps au
commun, faite de privations et dernier moment, ce qui lui permet
d’épreuves, destinée à en faire un d’expirer sans souffrances.
serviteur aveugle de sa patrie, in- La première partie du livre d’Isaïe,
sensible à la souffrance. qui raconte le retour à l’idolâtrie
Ces diverses lois ayant été approu- d’une partie de la population du
vées par le dieu Apollon, puis par le royaume de Juda et la montée du
peuple, Lycurgue, pour donner péril Assyrien, aurait pu être écrite
l’exemple du courage, peut se don- par le prophète, tout comme
cerner la mort en se laissant mourir de taines prophéties qui se trouvent en
faim. fin d’ouvrage.
Par commodité, dès l’Antiquité, les La deuxième et la troisième partie
historiens ont attribué l’ensemble du du livre, racontant la déportation à
système législatif spartiate à ce seul Babylone des notables de Jérusalem,
Lycurgue, tout en sachant que son puis le retour en Judée de leurs
historicité était douteuse. descendants un siècle plus tard, se
terminent en effet par une série de
ISAÏE • En 1947, la découverte des prophéties attribuées à Isaïe, ce qui
manuscrits de la mer Morte permet justifie sans doute que l’ensemble du
de décrypter sur un rouleau de cuir livre soit attribué au prophète. La
la plus ancienne copie connue (datée principale de ces prophéties
conedu II siècle av. J.-C.) d’un livre de cerne l’annonce de la venue d’un
l’Ancien Testament, « Le livre d’I- messie, un descendant de David, qui
saïe ». Malgré cette appellation, ce sera un : arbitre entre les nations, le
texte, dont l’essentiel parle d’évè- précepteur de peuples nombreux
nements postérieurs de deux siècles (…), qui jugera les faibles avec
à l’époque supposée d’Isaïe, est à justice et qui, du souffle de ses
l’évidence une compilation de récits lèvres, fera mourir le méchant. Les
e ede divers auteurs du VI ou V siècle chrétiens considèrent donc cette
av. J.-C., la période de l’exil à Baby- partie de l’Ancien Testament
comlone et du retour en Israël. me une pré annonciation de la venue
eIsaïe aurait vécu au VIII siècle av. du christ sur terre.
J.-C., sous le règne d’Ezéchias et de
e eson fils Manassé, les 13 et 14 rois ARCHILOQUE • Un poète lyrique
de Juda. Se plaignant du relâche- grec, né vers -740 sur l’île de Paros,
ment des mœurs des citoyens du et touché très jeune par les muses.
royaume de Juda, les accusations La légende raconte en effet que,
end’Isaïe, qui n’est pas prophète dans core enfant, il vole une vache avant
son pays, déplaisent au roi Manassé de rencontrer un groupe de jolies
qui ordonne son exécution, une mise jeunes filles qui commencent par se
à mort digne d’un film gore puisque moquer du couple qu’il forme avec
20 sa vache avant de le convaincre de ce poète une date de naissance, -632,
leur vendre l’animal. Au matin, il se et de mort, -556. Il aurait en tout cas
retrouve seul, sans vache, et en été actif entre 570 et 540 av. J.-C.
conclut qu’il a croisé le chemin des Seule une petite partie de son œuvre
muses auxquelles il va dès lors se a été conservée mais ses poèmes et
consacrer. sa réputation furent suffisamment
Le poète, d’une nature impétueuse et puissants pour que le « Canon
e
belliqueuse, ne déteste pas la ba- alexandrin », établi au III siècle av.
garre. Suivant son père, il participe J.-C., le cite parmi les neuf plus
aux combats pour coloniser l’île grands maîtres de la poésie lyrique.
voisine de Thasos où il tombe Son nom même souligne l’une de
éperdument amoureux de la belle ses innovations techniques : de son
Néoboulé. Le père de la belle s’étant vrai nom Tisias, il fut surnommé
opposé à leur union, le poète irrité Stésichore (le maître de ballet) pour
lui envoie quelques poèmes as- avoir le premier fait danser un
sassins qui touchent leur cible chœur au son de la cithare. Il créa
puisque les deux tourmenteurs, le aussi l’ode à trois mouvements,
père et la fille, finissent par se chaque strophe ayant un rythme
pendre. Très affecté, Archiloque différent. Il laisse la réputation d’un
s’engage alors dans la légion étran- homme modèle, vertueux et juste,
gère de Thasos et trouve la mort au véritable ami des dieux mais bien
cours d’un combat contre les habi- mal récompensé car, selon la
létants de l’île de Naxos, en -664. gende, il fut rendu aveugle par ces
Archiloque est comparé dès l’Anti- mêmes dieux pour avoir mis en
douquité à Homère. Les fragments re- te le récit d’Homère concernant la
trouvés de ses poèmes lyriques, odes belle Hélène.
et satires, nous donnent l’image con-
trastée d’un soudard touché parfois PITTACUS • Selon la liste qu’en
par la grâce, chantant les plaisirs du dresse Platon dans son «
Protacombat : Ma lance est ma moisson, goras », Pittacus compte parmi les
ma lance est ma boisson, et je sept sages de la Grèce ancienne.
festoie au banquet appuyé sur ma Il est né à Mytilène, sur l’île de
lance ou plus pacifiquement l’é- Lesbos, en -640. Militaire, il
s’ilblouissement d’une rencontre : Elle lustre dans une bataille contre les
marchait tenant un rameau de myrte Athéniens quand il décide de
et sa chevelure ombrageait ses provoquer en combat singulier le
épaules et son dos… Avec ses général des Athéniens, un certain
cheveux noyés de parfum, sa Phryton, athlète ayant remporté des
poitrine aurait éveillé le désir d’un prix de lutte aux jeux olympiques.
vieillard. Un peu par ruse, il ressort vainqueur
du duel, ce qui lui vaut une telle
STÉSICHORE l’Ancien • Pour lui reconnaissance de ses concitoyens
faire une place parmi ses contem- qu’il se retrouve, en -588,
gouverporains, les historiens ont attribué à neur de sa ville natale qu’il va
21 administrer paisiblement pendant qui serviront de repas aux fauves.
dix ans avant de se retirer des Sauf, il reprend son travail de
affaires pour cultiver sa terre. prophète jusqu’à l’édit de Cyrus
Affirmant qu’il est difficile de autorisant les juifs à regagner
devenir véritablement bon, il essaya Jérusalem, mais Daniel, déjà âgé de
pourtant de se rapprocher de cette 100 ans, n’aurait pas fait partie du
sagesse, cherchant en tout la justice, voyage.
pardonnant à l’assassin de son fils, Tous ces évènements nous sont
professant que la clémence est pré- racontés par le « Livre de Daniel »,
férable aux remords de la ven- compris dans la Bible hébraïque et
geance. Il a laissé à la postérité des l’Ancien Testament, dont une copie
poèmes, des odes, et un discours en a été retrouvée en 1947 parmi les
prose sur ses lois. manuscrits de la mer Morte.
Il est raisonnable de penser, avec les
DANIEL • À côté de Samarcande, historiens, que ce livre, rédigé au
en Ouzbékistan, se trouve un tom- début en hébreu, puis en araméen et
ebeau de plus d’une dizaine de mètres enfin en grec, date plutôt du II
de long, le tombeau supposé de siècle av. J.-C. Il s’agirait
vraiDaniel, l’un des quatre grands pro- semblablement d’une compilation de
phètes de l’Ancien Testament (avec textes anciens, ceux concernant la
Jérémie, Isaïe et Ezéchiel), dont le période de l’exil à Babylone, et de
corps, d’après la légende, conti- textes plus récents, les visions
nuerait de grandir depuis sa mort, il apocalyptiques de Daniel puis la
y a quelque 2500 ans. relation d’évènements
particulièreEncore enfant, après la prise de ment documentés, sans doute de
eJérusalem au VI siècle avant notre l’époque de la compilation, que les
ère, Daniel aurait été déporté en historiens situent avec précision
Mésopotamie avec l’ensemble de la entre -167 et -164.
noblesse juive. À Babylone, il se fait
remarquer pour sa sagesse et devient JÉRÉMIE • Un des quatre grands
un proche de Nabuchodonosor II qui prophètes de la tradition hébraïque
ele nomme fonctionnaire chargé qui aurait vécu au VII siècle av. J.-C.
d’interpréter les rêves du roi. La Bible hébraïque lui attribue un
Très apprécié, il reste en place après livre qui n’est, comme les autres
la prise de Babylone par les Mèdes livres des prophètes, qu’une
compipuis les Perses, malgré un petit lation plus tardive de divers textes
épisode traumatisant. Tombé en sacrés.
disgrâce à la suite d’une dénon- Jérémie serait né à côté de
Jéruciation, il est condamné à être jeté salem, à une époque où les Israélites
dans la fosse aux lions mais, plus de sont revenus depuis plusieurs
génépeur que de mal, un ange intervient rations à des pratiques idolâtres et
au dernier moment pour fermer la aux cultes de diverses divinités. Il
gueule des lions. Ce sont finalement est contemporain de Josias, seizième
ses délateurs, et même leurs enfants, roi de Juda, qui aurait retrouvé une
22 copie de l’ancienne loi de Moïse et ce fait d’armes le fait nommer
archqui décide de ramener ses sujets à la onte de la ville pour les années -594
loi religieuse de ses ancêtres. et -593, années au cours desquelles
Jérémie l’encourage dans ce grand il va remanier les institutions de la
nettoyage qui va de la destruction du ville, préfigurant la démocratie en
veau d’or au massacre des prêtres du donnant plus de pouvoirs aux
ciculte de Baal en passant par la toyens, sans toutefois bouleverser le
démolition des demeures des pros- système politique antérieur.
tituées sacrées. Athènes connaît alors une grave
À ce titre, Josias est parfois consi- crise économique et sociale, en
pardéré comme le précurseur du mono- tie due aux lois trop sévères de son
théisme hébraïque, avec Yahvé com- prédécesseur Dracon, qui punissait
me dieu unique et non plus comme de mort presque tous les délits (d’où
dieu suprême des Israélites. l’adjectif « draconien » pour
désiPour continuer cette œuvre pieuse, gner toute mesure excessive). La
alors que les successeurs de Josias première mesure de Solon est
d’abosemblent revenir à un certain relâ- lir l’esclavage pour dettes, puis de
chement religieux, Jérémie, que l’on réduire les dettes publiques et
pridécrit comme un solitaire, fuyant le vées, et enfin d’instituer un tribunal
contact de la société, prophétise le populaire pour redonner aux
citocourroux divin en annonçant diver- yens plus de pouvoir face à
l’arisses catastrophes : l’invasion des tocratie et aux plus fortunés.
Chaldéens, la destruction de Jérusa- Celui qui pouvait dire : J’ai rédigé
lem, la déportation des juifs à Baby- des lois égales pour les nobles et les
lone, la destruction de plusieurs pays roturiers, fixant pour chacun une
et l’anéantissement de tous les hom- justice droite, quitte alors les
afmes aux tempes rasées. faires publiques pour séjourner à
Ces prédictions ne plaisent pas à Chypre, conseillant le roi local, puis
tout le monde et le pauvre Jérémie, en Egypte et en Libye.
qui pouvait passer pour un traître De retour à Athènes en -560, il
s’oppartisan du babylonien Nabuchodo- pose à Pisistrate, son ancien
companosor, devra plus tard s’exiler en gnon de l’époque de la guerre contre
Egypte, où il mourra. Mégare, qui vient de se donner des
pouvoirs absolus en instituant la
SOLON • Cet homme d’État grec, tyrannie. Il doit de nouveau s’exiler
accessoirement poète, est né à Athè- à Chypre où il meurt en -558.
nes en -640. Fils d’une famille
aristocratique, enrichi par le com- TYRTÉE • Ce poète est né à
emerce d’huile, réputé pour son hon- Athènes au milieu du VII siècle
nêteté, Solon se fait connaître com- av. J.-C. Ses contemporains le
décrime chef militaire d’une expédition vent comme un petit-maître d’école
au cours de laquelle Athènes reprend boiteux, borgne, et pédéraste, liaison
l’île de Salamine à ses voisins de assez courante à l’époque entre le
Mégare. La popularité qu’il retire de maître et l’élève. Tyrtée est aussi
23 tout entier voué à la poésie lyrique, ARION • Grec, poète et joueur de
eune passion si violente que ses cithare du VII siècle av. J.-C., sa vie
proches doutent parfois de sa santé relève pour le moins de la légende.
mentale. Né sur l’île de Lesbos, il s’installe à
À cette époque, Spartiates et Messé- Corinthe, protégé par le roi
Périniens se livrent une guerre inter- andre. Vivant sans doute du son de
minable et les Spartiates, dans une sa cithare, il part voyager en Sicile,
passe difficile, envoient à Athènes puis en Italie, ce qui lui permet
une délégation pour consulter d’amasser une petite fortune avant
l’oracle de Delphes. La Pythie leur de revenir au pays. Las, sur le
checonseille de demander aux Athé- min du retour, des marins peu
scruniens un homme capable de répon- puleux décident de le jeter à la mer
dre à leur inquiétude. Pour se pour lui voler son bel argent. Le
moquer de leur arrogant voisin, les condamné, comme ultime volonté,
Athéniens envoient à Sparte le petit demande de chanter un dernier chant
professeur Tyrtée, avec le titre de accompagné de sa cithare. Le chant
général. Contre toute attente, les si doux attire un dauphin, Arion se
poésies martiales de Tyrtée vont jette à l’eau, s’accroche à l’animal et
réussir à galvaniser les troupes le dauphin le ramène sain et sauf à
spartiates qui, repartant avec cou- Corinthe.
rage au combat, finissent par rem- L’histoire n’est pas finie car,
raconporter la victoire contre les Mes- tant son aventure au roi Périandre,
séniens. ce dernier le prend pour fou et le fait
Porté en triomphe, nommé citoyen enfermer. Au même moment, le
bad’honneur de la ville, devenu poète teau sur lequel Arion devait revenir
officiel de Sparte, Tyrtée va pouvoir arrive au port et Périandre, curieux,
exercer ses talents sur la jeunesse envoie ses hommes faire une petite
spartiate, introduisant selon certains enquête. Faussement naïfs, les
polila pédérastie dans les habitudes édu- ciers demandent des nouvelles du
catives de Sparte, déjà suffisamment poète et les marins assurent qu’il a
dures. quitté le bord de son plein gré dans
Il ne reste que des fragments de son une autre ville, emportant cithare et
œuvre lyrique où le poète chante la bagages. Confondus, les méchants
vaillance au combat, la fraternité des finiront en prison et Arion sera
guerriers : C’est un bien commun libéré.
pour la cité et pour tout le peuple Cette belle histoire, que certains
qu’un guerrier, jambes écartées, se mettent pourtant en doute, rendra
tienne au premier rang (et) immo- Arion plus célèbre que ses vers, dont
bile à côté de lui, encourage par des il ne reste pas grand-chose.
mots son voisin, ou encore la gloire Il est toutefois considéré comme
de la mort au combat : Noble est l’inventeur du dithyrambe, un
hymcelui qui meurt au front, en combat- ne religieux en l’honneur de
Dionytant pour sa terre natale. sos, chanté par un chœur d’hommes.
24 Un chant si louangeur qu’il sera à SAPHO • Une des rares femmes
l’origine de l’adjectif dithyrambique. dont le nom apparaît sur cette fa-
çade, une poétesse, musicienne,
ÉSOPE • Jean de la Fontaine, au mais surtout une des premières
eXVII siècle, saura se souvenir de féministes dont l’histoire retiendra le
l’héritage d’Ésope et de sa dette en- nom.
vers lui. Psappho de son vrai nom, elle est
Tout ce que nous savons du premier née à Mytilène, sur l’île de Lesbos,
fabuliste tient aussi largement de la vers -630. Elle y passera l’essentiel
fable. Il serait né en Phrygie, à la fin de sa vie mais devra s’exiler en
edu VII siècle av. J.-C. et le portrait Sicile vers -598, après avoir soutenu
qu’on en fait n’est guère flatteur. De le parti aristocratique contre le
goupetite taille, difforme, particulière- verneur démocratique de la ville,
ment laid et s’exprimant difficile- Pittacus.
ment, il ne restait à Ésope que la Son nom traversera l’Histoire en
dérision, la finesse de son esprit et raison de sa supposée homosexualité
el’art de raconter des petites fables et, dès le XI siècle, on se
souvienqui provoquent rires ou grimaces. dra de son origine, l’île de Lesbos,
Esclave dans sa jeunesse, mais libé- pour qualifier par antonomase les
ré pour son talent, il voyage dans homosexuelles de « lesbiennes », ou
toute la Grèce, et même plus loin, pour parler d’amour « saphique ».
divertissant les rois et surtout la fou- L’homosexualité était pourtant
coule des petites gens en racontant des rante à l’époque, en particulier dans
histoires comiques dans lesquelles le le milieu aristocratique, le milieu de
faible finit toujours par berner le Sapho, mais sa pratique restait
l’apapuissant. Cela lui coûtera la vie car à nage des hommes. Sapho, la
revenDelphes, s’étant moqué du pouvoir diquant pour les femmes, pouvait
des prêtres d’Apollon, ces derniers donc apparaître comme
révolutionle font précipiter dans le vide du naire.
haut d’une falaise. Révolutionnaire et féministe, elle
Ésope n’a laissé aucune trace écrite l’était certainement. Elle avait créé
des fables qu’il déclamait sur les « la maison des muses », une sorte
places publiques. d’école pour former de jeunes
chanEn -325, recueillant le souvenir de teuses ou danseuses, souvent
d’orices blagues populaires que les Grecs gine aristocratique, chargées
d’anise racontaient de génération en mer fêtes et mariages, et pour leur
génération, Démétrios de Phalère donner une éducation devant
offisera le premier à rassembler et à ciellement les conduire au mariage.
transcrire en prose ces petites À une époque où les femmes
n’ahistoires, dont 199 seront traduites vaient aucune autonomie par rapport
en français et publiées en 1610 par aux hommes, la formation donnée
un Suisse, Isaac Nevelet, un recueil par Sapho devenait une véritable
inidans lequel La Fontaine puisera tiation féministe à la liberté,
boulesouvent son inspiration. versant les rapports sociaux. Pour la
25 première fois, les jeunes filles pou- étaient aussi tout autant rivaux.
vaient devenir conscientes de leur L’inspiration de ses poèmes lyriques
corps, de leur beauté, s’initier au est assez variée, il chante les dieux,
théâtre, à la poésie, au chant ou à la la guerre, la politique, la décadence
musique et surtout revendiquer ce de l’argent, mais semble aussi avoir
rapport amour/amitié typique de été un bon vivant, honorant en toute
l’époque mais toujours réservé aux occasion le vin et la bonne chère.
hommes. Les relations homosexuel- L’amour n’est naturellement pas
oules prêtées à Sapho faisaient sans blié et, homosexuel comme son
doute partie de cette éducation, com- amie, Alcée dédie ses poèmes, entre
me une forme d’initiation sexuelle. autres, au charmant Ménon ou au
Ce féminisme restera bien sûr in- beau Lycos aux cheveux et yeux
compris par les hommes, les auteurs noirs.
du théâtre comique se moquant Les spécialistes de la poésie antique
d’elle et d’autres, plus pervers, lui lui attribuent l’origine de la strophe
inventant diverses relations hétéro- alcaïque dont se servira plus tard
sexuelles, en particulier avec son Horace.
ami Alcée, et même une mort my-
thique où elle se serait jetée dans la BOUDDHA • La vie de Siddharta
mer pour rejoindre son amant. Gautama, surnommé « Bouddha »,
erReste de Sapho sa poésie, ou du l’éveillé, a été codifiée au I siècle
moins des fragments de celle-ci car par le « Canon Pali », une
compil’ensemble de son œuvre, jugée trop lation de différents récits transmis
impudique par l’Église, fut brûlée au auparavant par oral.
eXI siècle. Cette poésie était pour- L’époque de sa vie varie beaucoup
etant très appréciée dans l’Antiquité, selon les traditions, entre le XI
siècitée par d’innombrables auteurs. cle av. J.-C. pour certaines sources
eSolon s’écriant après avoir entendu chinoises jusqu’au IV siècle av. J.-C.
un poème de Sapho : Mon seul désir pour d’autres, la plupart des
hissera de l’apprendre et de mourir toriens la situant généralement au
eensuite !. V siècle avant notre ère.
Il serait né à Lumbini, dans le nord
ALCÉE • Petit ami supposé de de l’Inde, fils de Suddhodana, un roi
Sapho, né sans doute la même année d’une tribu de la caste des Ksatiya,
qu’elle, en -630, dans la ville de des guerriers et administrateurs.
Mytilène. Il vient comme elle d’un L’enfant est précoce puisqu’il se met
milieu aristocratique et, comme elle, debout dès sa naissance, se tournant
connaîtra l’exil en raison de ses vers les quatre points cardinaux
engagements politiques. comme pour prendre possession du
Comme elle aussi, il était poète, monde.
apparaissant dans le « Canon alexan- Les brahmanes ayant prophétisé à sa
drin » comme le second des poètes naissance qu’il serait roi ou ascète,
lyriques grecs et, certainement amis son père, craignant la réalisation de
et peut-être même amoureux, ils cette seconde vocation, le maintient
26 hors des réalités du monde, lui montre simplement une voie pour
donnant une éducation libre et accéder à la sagesse et à
l’éloigneguerrière, plus propre à le préparer à ment de la souffrance. Ses fidèles,
son futur métier de roi. lors de divers conciles, ont tenté en
Il passe les vingt-neuf premières vain d’unifier son enseignement
années de sa vie dans l’enceinte du mais cette voie vers la sagesse tolère
palais familial et ne découvre que encore aujourd’hui diverses
interprétardivement la réalité du monde qui tations selon les pays.
l’entoure et la souffrance inhérente à
la nature humaine. Il décide alors de ÉZÉCHIEL • Le troisième, dans
quitter le cocon familial pour s’in- l’ordre canonique, de la bande des
terroger sur la condition humaine en quatre prophètes de l’ancien
tesvivant une vie d’ascète auprès de tament avec Isaïe, Jérémie et Daniel.
divers maîtres. Contemporain de Jérémie, il a vécu
eTrès affaibli par ses privations, il au VI siècle av. J.-C. à Jérusalem, à
renonce finalement à l’ascétisme l’époque où Nabuchodonosor II
enextrême, s’assoit au pied d’un arbre vahit le royaume de Juda. Jeune
prêet décide de n’en plus bouger avant tre, il fait partie des notables
dépord’avoir trouvé la vérité par le pou- tés en Mésopotamie, dans un village
voir de la méditation. Cette vérité nommé Tel-Aviv (nom qui sera
reefinit par se révéler grâce à une illu- pris au XX siècle, en son honneur,
mination, un éveil, le « bodhi », état pour l’actuelle ville israélienne),
qui va lui donner le surnom de alors que Jérémie, simple berger,
Bouddha. reste en Palestine. Ezéchiel ne
reIl s’éveille dès lors à la compréhen- viendra plus à Jérusalem, il mourra à
sion de la nature et de la souffrance Babylone en -570, après avoir eu
de l’homme, et décide de consacrer plusieurs visions futuristes sur
l’avesa vie à enseigner la faculté de s’en nir du peuple Juif.
éloigner par la renonciation et la Comme tous les prophètes, il laisse
méditation. Jusqu’à la fin de sa vie, un livre de la Bible où il décrit ses
il va voyager dans le nord de l’Inde, visions et en particulier un rêve,
rassemblant des disciples de toutes raconté également par d’autres récits
origines, fondant une communauté plus anciens de l’Egypte et de la
de moines et de nonnes pour perpé- Mésopotamie, où il voit le char divin
tuer son enseignement. tiré par un homme et trois animaux.
Il meurt dans sa quatre-vingtième La tradition chrétienne reprendra à
année, le sourire aux lèvres, ayant son compte ce rêve en identifiant les
atteint la quiétude permettant l’ex- acteurs, les quatre évangélistes,
Mattinction volontaire de sa vie. thieu étant l’homme, Marc le lion,
Dans son enseignement, Bouddha ne Luc le taureau et Jean l’aigle.
s’est jamais présenté comme un Ezéchiel couvre également de
redieu, ni même un prophète. Il ne proches les dirigeants de Jérusalem
cherche pas à créer une religion avec revenus à l’idolâtrie, annonce
l’anédes croyances établies et des rites, il antissement des peuples impies
au27 tour du royaume de Juda ainsi que ce nom dans toute l’Antiquité,
le retour des juifs à Jérusalem, la entretient le mystère sur ce fabuleux
reconstruction du Temple de Salo- voyage.
mon et le rétablissement de la loi de Himilcon, à peu près à la même
Moïse. époque, part de Cadix, à l’ouest des
colonnes d’Hercule, et prend la
HANNON et HIMILCON • Ils route du nord pour essayer de
sont tous deux contemporains, car- découvrir les îles de l’étain, un
thaginois et navigateurs, et se retrou- minerai très rare et précieux à son
vent donc accolés sur la façade bien époque. Là encore, le récit du
qu’ils n’aient rien fait en commun, voyage que va faire le poète
Avieesinon d’avoir tous deux quitté la nus au IV siècle av. J.-C., à partir
Méditerranée en franchissant le de fragments du journal tenu par le
détroit de Gibraltar, une entrée dans navigateur, ne permet pas de situer
un monde largement inconnu à cette clairement les étapes du voyage.
époque. Certains pensent qu’il n’a pas été
Hannon, dans la deuxième moitié du plus loin que le cap Finisterra, au
eV siècle av. J.-C., entreprend un nord de l’Espagne, d’autres le font
grand périple en prenant la route du remonter jusqu’en Bretagne, et
sud, longeant les côtes de l’ouest de même jusqu’aux îles des «
Albiol’Afrique. Le récit qu’il donne de ni », là où il rencontre des gens très
son périple, inscrit dans le temple de industrieux et courageux qui
parBaal à Carthage, puis traduit plus courent la mer sur des bateaux faits
tard en grec, est assez imagé mais de peaux de bêtes cousues, et des
les historiens débattent encore des îles entourées d’un épais brouillard,
étapes du parcours. ce qui ne peut faire penser
immédiaIl serait parti avec 60 galères char- tement qu’aux îles britanniques.
egées de 3 000 hommes, dans le des- Un peu plus tard, à la fin du V
sein de fonder de nouvelles colonies siècle av. J.-C., on rencontre encore
sur la côte africaine. Il est assuré un Hannon et un Himilcon à
Carqu’il navigua au moins jusqu’au sud thage, peut-être nos deux
navidu Maroc actuel, où il y avait déjà gateurs. Ils auraient alors commandé
quelques comptoirs de commerce deux expéditions militaires contre la
phéniciens ou carthaginois. Après, il Sicile. Himilcon aurait remporté une
aurait sans doute atteint le Sénégal, victoire mais, son armée ayant été
rencontrant des « Ethiopiens », anéantie par une épidémie de peste,
c’est-à-dire des noirs, la plupart très accablé, il est poussé au suicide.
hostiles. A-t-il atteint le Cameroun, Hannon aurait alors lancé une
seun point qu’il appelle la corne du conde expédition qui aurait
pulsud ? La plupart des historiens en vérisé la flotte sicilienne et permis
doute mais la mention dans son récit aux Carthaginois d’envahir une
de grands singes dans une forêt partie de l’île. C’est le début
d’inluxuriante, que ses interprètes ap- cessantes batailles qui vont conduire
pellent « gorilles », seule mention de aux guerres puniques.
28 eHÉSIODE • Poète grec du VIII de la vie de ce personnage. Il serait
esiècle av. J.-C., il dévoila lui-même né au VIII siècle av. J.-C., en
dans ses écrits des éléments de sa Grèce, où plusieurs villes réclament
vie. l’honneur de le compter parmi leurs
Il est né à Ascra, une bourgade de concitoyens, ou encore en
MésoBéotie, au sud-est de la Grèce, un potamie, le nom d’Homère,
signiendroit qu’il ne semble pas trop fiant « otage », laissant croire qu’il
aimer mais où il passera quand aurait été un esclave ramené en
même toute sa vie. Grèce.
Il partage son temps entre la gestion Il aurait été aveugle, ce qui
accende ses terres, la poésie, et quelques tuerait son côté légendaire car le
procès avec son frère. Il se peint lui personnage du poète aveugle est un
même comme assez casanier, aimant classique de la littérature grecque,
la tempérance, la justice et la mo- au point que tout véritable poète se
rale, très religieux, cherchant sim- devait sans doute d’être aveugle
plement à se rendre utile auprès de pour mieux voir un autre monde.
ses concitoyens grâce à ses poèmes Enfin, il n’aurait pas écrit lui-même
où il chante les mythes anciens, les les récits qu’on lui attribue mais, à
travaux des champs et la vie quo- une époque où l’usage de l’écriture
tidienne. est encore incertain, il devait se
Il est considéré comme le père de la contenter, comme tous les poètes, de
poésie didactique, presque un instru- déclamer des textes appris par cœur,
ment d’enseignement, qui cherche aidé en cela par le rythme de la
par le rythme des vers à fixer quel- versification.
ques sujets précis, souvent techni- Ce n’est que quatre siècles plus tard
ques, historiques ou scientifiques ou que Pisistrate, le premier « tyran »
encore des doctrines philosophiques. d’Athènes, ordonne à tous les poètes
Il influença grandement des poètes de passage de déclamer ces récits
comme Virgile, Caton l’Ancien ou populaires pour que les scribes
Lucrèce. puissent les compiler et réaliser la
première version plus ou moins
HOMÈRE • Rançon de la gloire ? cohérente de « l’Iliade » et «
l’OdysLe succès de « l’Iliade » et « l’Odys- sée ».
sée », les deux premières œuvres de Ces textes seront ensuite plusieurs
la littérature occidentale, est entouré fois remaniés et complétés par
difde mystères propres à tout grand férents auteurs, à Alexandrie, à
best-seller, à commencer par l’exis- Rome puis à Byzance, avant de
tence de leur auteur, Homère, le père connaître une première version
imde la poésie épique, ou tout simple- primée, à Florence, en 1488.
ment le père de la littérature. Homère a-t-il vraiment existé ? La
Malgré la dizaine de biographies question est posée dès l’Antiquité.
circulant dès l’Antiquité, multipliant Sénèque, au début de l’ère
chréles détails aussi précis que fantai- tienne, se moque de la « maladie des
sistes, on ne sait pratiquement rien Grecs » cherchant à savoir si les
29 deux poèmes ont été écrits par la aventures périlleuses d’Ulysse lors
même personne, où lequel des deux de son retour de la guerre pour
a été écrit le premier. Récemment retrouver la douce Pénélope, n’ont
encore, des chercheurs pensent avoir pas fait, de leur côté, l’objet de
établi que « l’Odyssée », du moins, recherches historiques précises, les
serait l’œuvre d’une poétesse sici- diverses aventures de ce voyage
elienne du VII siècle av. J.-C., alors étant à l’évidence une compilation
que beaucoup d’autres estiment de légendes de différents pays.
qu’Homère aurait été « inventé » à Le mystère homérique demeure
l’époque de Pisistrate, pour donner donc, participant certainement au
plus de crédit et d’unité à la com- succès de cette œuvre de première
pilation par ses scribes de divers importance pour la littérature.
textes anciens.
Toutes ces interrogations ont natu- LAO-TSEU • Un sage chinois de
rellement favorisé, au cours des l’époque de Confucius, la fin du
esiècles, les travaux de dizaines V siècle av. J.-C., fondateur du
d’analystes, d’exégètes ou de gram- taoïsme, un des trois courants
fondamairiens qui soutiennent que l’unité mentaux de la pensée chinoise, avec
de composition et de style de ces le confucianisme et le bouddhisme.
textes plaiderait plutôt pour l’exis- La vie même de Lao-Tseu, ou Lao
tence d’un seul auteur, Homère Zi, peut conduire les rationalistes à
pourquoi pas, qui n’aurait pas créé penser qu’il s’agirait d’un
personces récits mais rassemblé et unifié nage mythique. En effet, à la suite
des récits mythiques plus anciens. de la très longue grossesse de sa
La réalité historique de ces textes a mère, il serait né avec une barbe et
fait également l’objet de bien des des cheveux blancs, ce qui ne
l’authèses. « L’Iliade » raconte une guerre rait pas empêché de vivre au moins
emythique qui se serait déroulée au XII jusqu’à 160 ans, époque à laquelle,
siècle av. J.-C. entre les Achéens, lassé des querelles politiques, il
venus de la Grèce entière, et les décide de prendre sa retraite, quitte
Troyens, mais des descriptions de le pays après avoir rédigé le « Tao
techniques guerrières souvent ana- Te King », un livre résumant sa
chroniques attestent d’additions pensée sous forme d’aphorismes
postérieures. Par ailleurs, les fouilles assez obscurs, pour poursuivre
enarchéologiques de Schliemann, au suite un voyage inconnu.
e
XIX siècle, à la recherche du site de Un autre livre fondateur du taoïsme,
eTroie, n’ont pas permis de localiser le « Zhunagzi », rédigé au IV siècle
et de dater précisément l’histoire. Il av. J.-C. est plus compréhensible,
est curieux de noter que l’épisode mais mentionne seulement Lao-Tseu
qui a certainement le plus marqué comme un archiviste ayant apporté
les esprits, la ruse du cheval de quelques critiques à la doctrine de
Troie, n’apparaît pas dans « l’I- Confucius. Un troisième ouvrage,
eliade » mais dans « l’Odyssée ». Les rédigé au II siècle av. J.-C.,
menpéripéties de « l’Odyssée », ou les tionne également un sage archiviste
30 auquel Confucius aurait rendu visite spirituel et un art du non-agir se
pour se faire expliquer quelques rites nourrissant de paradoxes : la vraie
anciens. Confucius, très impres- force réside dans la faiblesse, la
sionné par ses paroles, se serait stupidité est l’intelligence suprême,
exclamé Lao-Tseu est comme un ne rien faire est plus efficace
dragon ! et aurait ensuite jeûné qu’agir, toute civilisation n’est que
pendant trois jours pour mieux mé- décadence… Une sagesse à laquelle
diter son enseignement. on a pu reprocher d’être tout juste
Au début de l’ère chrétienne, alors bonne à préparer une vie de
souque le confucianisme se répand en mission.
Chine, Lao-Tseu aurait été peu à peu La sagesse serait donc de se laisser
divinisé, pour contrebalancer la doc- aller comme une feuille portée par le
trine philosophique et politique de vent, toute tentative de réagir
n’enConfucius, puis plus tard, alors que traînant qu’une perturbation du
le bouddhisme se développe, les mouvement de la nature, de
l’uniChinois tentent de récupérer cette vers, et donc des catastrophes.
pensée en affirmant que Bouddha ne
serait qu’un élève, ou même la réin- PYTHAGORE • Il est né vers -580
carnation, de Lao-Tseu. sur l’île de Samos, et prénommé
Religion ou philosophie, le taoïsme Pythagore (celui qui a été annoncé
va marquer durablement la vie par la Pythie) en l’honneur de
chinoise, comptant encore aujour- l’oracle de Delphes qui avait prédit à
d’hui plusieurs millions de disciples ses parents l’arrivée d’un enfant
remalgré la persécution des années marquable par sa beauté et sa
sagesmaoïstes. se.
C’est l’un des trois piliers de la Beau, il le fut sans doute, en tout cas
pensée chinoise, trois enseignements majestueux et athlétique puisqu’il
qui ne s’opposent pas mais s’in- remporta dans sa jeunesse plusieurs
fluencent et se complètent sur prix de pugilat aux jeux olympiques.
différents champs d’application, un Sage, il voulut l’être certainement
chinois pouvant très bien être con- puisqu’il fut le premier à se
proclafucianiste un jour puis taoïste le mer « philosophe », autrement dit
lendemain, tout en consultant parfois amoureux de la sagesse.
les moines bouddhistes. Très jeune, il bénéficia de
l’enseiPour l’essentiel, et en étant très ré- gnement de plusieurs maîtres
répuducteur, l’enseignement de Lao- tés, en Grèce, en Egypte et en Crète,
Tseu prône la recherche de l’har- semblant particulièrement attiré par
monie et de la sagesse en suivant la les détenteurs de supposés secrets,
voie de la nature, une voie faite prêtres de divers cultes initiatiques
d’insouciance, de liberté indivi- ou mages réputés.
duelle et de spontanéité, une voie Fuyant le tyran de Samos, Polycrate,
qui conduit à n’avoir aucune idée il s’installe dans le sud de l’Italie, à
préconçue, aucune opinion défini- Crotone où, après avoir enseigné
tive, à entretenir un curieux vide devant des disciples de plus en plus
31 nombreux, il ouvre en -532 une tements violents opposeront ses
disécole, ou plutôt une communauté de ciples à la population, même après
disciples dont il se fait le gourou. sa mort vers -495, à Métaparte, dans
Comme toute secte, cette « école » le golfe de Tarente.
dépend de son chef qui décide On se souvient surtout du fameux
d’accepter ou non un nouveau disci- théorème qui porte son nom : le
ple selon son apparence. Ce disciple carré de la longueur de l’hypoténuse
va suivre ensuite une initiation en est égal à la somme des carrés des
quatre étapes, suivant une formation longueurs des deux autres côtés,
de plusieurs années, avant d’être ac- théorème qui aurait été conçu en
cepté comme « vénérable mathéma- Mésopotamie près de mille ans plus
ticien », observant les règles et rites tôt, mais la variété et la richesse des
de la vie pythagoricienne (vêtements travaux entrepris par les différents
blancs de fibre végétale, pratiques courants de l’école pythagoricienne
physiques, exercices spirituels et et la réputation de ses disciples va
végétarisme). influencer toutes les cultures
d’OcciDe nombreux centres identiques dent et d’Orient pendant des siècles,
vont bientôt s’ouvrir dans diffé- son encyclopédisme en faisant une
rentes villes de Grèce, d’Italie et de pensée globale, presque une
vériSicile, dispensant un enseignement table religion.
très varié : philosophie, politique,
médecine, initiations religieuses TIMÉE DE LOCRES • Un
persondiverses mais surtout, en fonction de nage un peu mystérieux, que l’on ne
l’adage : Tout est nombre, les quatre connaît que par le dernier dialogue
disciplines reines que sont l’arithmé- de Platon, rédigé en -360, intitulé
tique, la musique, la géométrie et « Timée », dans lequel Platon fait
l’astronomie, matières totalement dire à Socrate que Timée s’est élevé
liées, consacrées à la recherche de au sommet de la philosophie en son
l’harmonie. ensemble. Cicéron, pour ne pas être
La tradition rapporte que Pythagore, en reste, précise plus tard que
amateur de symboles secrets, de Platon, après la mort de Socrate, a
mystères et du pouvoir occulte des voyagé en Grèce, en Italie et en
Sinombres, réalisa diverses prédictions cile où il aurait vécu dans l’intimité
quasi miraculeuses au point qu’à d’un certain Timée de Locres.
l’époque hellénistique, le terme Ce Timée, un pythagoricien, aurait
« pythagoricien » était synonyme de développé l’idée qu’il y a deux
mage ou magicien. Des magiciens causes premières à tout, d’une part
qui ne sont pas toujours bienvenus l’intelligence, non créée, immortelle,
puisque Pythagore, partisan du Dieu en quelque sorte, et d’autre
système oligarchique, qui affirmait part la matière née de l’idée qui
qu’il était insensé de tenir compte de produit les choses créées, le monde
l’avis du plus grand nombre s’at- sensible.
tirera aussi beaucoup d’ennemis et, Les fragments de textes attribués à
dans différentes villes, des affron- Timée sont aujourd’hui considérés
32 comme faux, et plutôt de la main Timée de Crotone, qui pourrait être
d’un « pseudo Timée » qui aurait la même personne.
ervécu au I siècle. Beaucoup pensent aujourd’hui que
Curieusement, Jamblique, qui établit Platon, comme il en avait l’habitude
eau III siècle de notre ère un cata- dans ses dialogues, a inventé Timée
logue des grands pythagoriciens, ne pour en faire une sorte de
portecite pas Timée de Locres, mais un parole de ses propres idées.











33


ZOROASTRE • Le Zarathustra de religion officielle des Perses, puis
Nietzsche est généralement considé- plus tard des Sassanides, en Iran,
ré comme un personnage historique, avant l’arrivée de l’Islam.
un genre de prophète ou de mage Des siècles plus tard, Alexandre le
eayant vécu au VII siècle avant notre Grand, ayant vaincu les Perses,
ère dans le nord de l’Iran ou de ordonne la destruction de toutes les
l’Afghanistan. bibliothèques du pays mais prend
À l’âge de 30 ans, Zoroastre aurait quand même l’heureuse initiative de
eu une illumination, une vision d’un faire traduire en grec de nombreux
dieu qu’il nomme Ahura Mazda, ce ouvrages et textes sacrés, dont ceux
qui le pousse à concevoir une de Zoroastre.
nouvelle doctrine remettant en cause Redécouvert au cours du siècle des
l’ancienne religion gérée par l’aris- Lumières par quelques philosophes,
tocratie guerrière, religion trouvant comme Voltaire, qui voient en
son origine dans l’ancien culte de Zoroastre un déiste libéral, le
zoroMithra, divinité reconnue par les astrisme compte encore aujourd’hui
Perses et les Indiens. de nombreux adeptes dans tout le
C’est ainsi qu’il enseigne l’existence Moyen-Orient et surtout en Inde (la
d’un dieu suprême, créateur du caste des Parsis).
monde, qui n’a pas besoin d’ado- Les zoroastriens défendent
officielration (il condamne les sacrifices lement une morale collective qu’on
d’animaux) ni d’intermédiaires, cha- peut considérer comme d’actualité,
que homme étant responsable et reposant sur l’égalité des hommes et
libre de choisir entre le bien et le des femmes, le respect de la nature
mal, et donc de se rapprocher de et des animaux, le rejet de
l’esclaDieu, si il le souhaite, par l’exercice vage et de l’idolâtrie, et la solidarité
de la justice et de la vertu, avant dans le travail.
d’être jugé, après sa mort, sur le
bilan de ses bonnes actions et PUB.-SEXT PAPIRIUS • Pontife
pensées. Les vertueux pourraient romain de l’époque de Tarquin le
ensuite gagner directement le para- Superbe, septième et dernier roi de
dis, tout homme finissant quand Rome, qui régna de -534 à -509 av.
même par bénéficier de la vie éter- J.-C.
nelle, les méchants effectuant juste Depuis Romulus, le peuple romain
un petit stage en enfer. n’avait pas vraiment de lois écrites
Il aurait créé ainsi une des premières et reconnues par tous. Chaque roi
religions monothéistes. gouvernait un peu selon sa propre
Cet enseignement qui bouleverse un volonté et le plus souvent selon son
peu l’ordre établi l’oblige à s’exiler caprice, le « droit » étant surtout
quelques années avant de convertir à composé d’habitudes et d’usages
ses idées Hystaspès, père de Darius divers.
erI , ce qui permet à sa doctrine de se Tarquin le Superbe - ou plutôt
l’ardévelopper rapidement, devenant la rogant car il laisse le souvenir d’un
37 roi tyrannique - ayant pris le pouvoir quatorze ans, à la recherche d’un
en assassinant son beau-père, confie souverain capable d’apprécier son
pourtant à un juriste, Publius-Sextus enseignement pour le conseiller dans
Papirius, la charge de récolter, d’or- l’art de gouverner.
donner et de publier l’ensemble de Revenu au pays de Lu, à 67 ans, il
ces usages, recueil qui portera le consacrera ses dernières années à
nom de Code Papirien, premier code l’enseignement et à la compilation
juridique romain, qui se limitait de textes anciens avant de mourir en
semble-t-il aux lois religieuses. -479.
Ces lois tomberont rapidement en L’essentiel de sa pensée a été
désuétude, ou retrouveront leur sta- compilé par des disciples sous le
tut d’usage dès la chute de Tarquin nom d’« Entretiens ».
le Superbe et l’avènement de la Vivant à une époque très troublée où
République. la Chine est divisée en royaumes
indépendants, le plus souvent en
CONFUCIUS • « Kong Fuzi », guerre, Confucius cherche à établir
c’est-à-dire Maître Kong (le nom de un ensemble de principes propres à
Confucius ne lui sera donné en créer une harmonie entre les
homeOccident qu’au XVII siècle par les mes, garanti par un système de
jésuites) est l’initiateur d’une doc- gouvernement vertueux. Il ne
s’eftrine politique et sociale reposant sur force pas à établir une doctrine,
la responsabilité individuelle, érigée encore moins une religion, mais se
en religion d’État jusqu’à la chute de présente comme un éducateur
l’empire chinois en 1911, mais tou- poussant chacun à exercer une
jours très influente dans de nom- réflexion et une responsabilité
indibreux pays asiatiques. viduelle : Je lève un côté du voile, si
Confucius est né en -551 dans l’État l’étudiant ne peut découvrir les trois
de Lu, actuelle province de Shan- autres, tant pis pour lui.
dong, dans une famille aristocratique Chacun serait donc en même temps
déchue. Il perd son père à trois ans, maître de son libre-arbitre, mais
reset, malgré la pauvreté de sa famille, ponsable par sa vertu d’une société
son goût pour l’étude lui permet de harmonieuse. Pour garantir la
cohédevenir précepteur dès l’âge de 17 sion de cette société, il est bien sûr
ans. naturel de se soumettre à son père et
Tout en exerçant divers emplois à son prince, mais cette soumission
administratifs, il s’entoure très tôt de n’interdit pas un devoir de
respecdisciples auxquels il enseigne la tueuses critiques si ce père ou ce
connaissance de textes anciens et sa prince n’exerce pas son autorité dans
propre conception des rapports l’intérêt de tous.
humains. Il devient ministre de la Cette responsabilité s’est traduite
justice du prince de Lu à 53 ans concrètement, dans l’empire chinois,
mais, déçu par l’attitude de ce par l’autorisation donnée à tous,
dernier, ne tarde pas à le quitter pour même au plus humble, de se
préerrer dans divers États pendant senter aux examens impériaux,
38 chargés de sélectionner les futurs ment la pensée d’Héraclite lève la
cadres de l’empire. main, car le personnage ne
s’expriPar la suite, la connaissance scrupu- mait pas vraiment clairement. Il
leuse des « Cinq classiques », com- n’aurait écrit qu’un seul livre,
vopilation des règles immuables attri- lontiers ésotérique, en prose, dans un
buée à Confucius, au centre de toute style haché sans ponctuation. Ses
discussion politique ou philoso- pensées plutôt sombres n’ont guère
phique un peu sérieuse en Chine, fut été comprises par la plupart de ses
une obligation absolue pour tout fu- lecteurs et lui ont valu le surnom de
tur lettré, étudiant ou même officier Héraclite l’obscur, ce qui a
naturelde l’armée. lement autorisé de nombreux
comCet humanisme confucéen est censé mentaires qu’il aurait certainement
erinfluencer encore fortement la mo- jugé négligeables. Darius I , roi des
rale et la politique asiatique, particu- Perses, avoue son incompréhension
lièrement en Corée du Sud, à Singa- et invite le philosophe à sa Cour
pour ou au Japon. Même la Chine pour qu’il lui explique un peu plus
communiste paraît aujourd’hui redé- simplement ses idées. Héraclite
découvrir l’éducateur. cline l’invitation avec dédain… On a
pu résumer cette pensée sous le nom
HÉRACLITE • Ce philosophe grec de mobilisme : Tout passe, tout
naît à Ephèse, sans doute vers -540, change et, de quelque côté qu’on se
dans une famille illustre qui prétend tourne, on ne trouve pas la vérité,
descendre d’un roi d’Athènes, Co- une seule chose est constante, c’est
dros. le changement : les choses ne sont
Bien avant Socrate, il affirme qu’il jamais achevées, tout devient son
faut avant tout s’étudier soi-même et contraire…
tout apprendre par soi-même. On ne Ce misanthrope aurait fini par fuir la
connaît pas de maître à cet auto- société des hommes pour se réfugier
didacte qui pense de toute façon dans les montagnes, vivant de la
qu’aucune connaissance ne peut cueillette de plantes avant d’en
conduire au mystère de la vérité. mourir, dans sa soixantième année.
J’ai été en quête de moi-même, dit- Pour Hegel, c’est le premier
phiil. Et cette quête ne semble pas lui losophe à concevoir la philosophie
avoir valu l’estime de ses contem- sous la forme spéculative et si il fut
porains qui le considèrent comme un incompris à son époque, Platon, puis
arrogant toujours d’humeur cha- plus tard les stoïciens, reprirent à
grine, un pessimiste forcené. Cette leur compte ce qu’ils avaient cru
réputation ne devait pas beaucoup le comprendre de ses discours obscurs.
troubler, lui qui estimait de toute
façon que les pensées des hommes THÉOGNIS • Un poète grec du
ene sont que des jouets d’enfant et milieu du VI siècle av. J.-C. auquel
que leurs actions ne peuvent on doit plus de la moitié des poèmes
conduire qu’à la désolation. Que élégiaques conservés de la période
celui qui peut synthétiser facile- pré-hellénistique. Théognis fait
par39 tie de l’aristocratie de Mégare mais Il fut longtemps confondu avec un
est chassé de la ville à la suite d’un autre Scylax, originaire de la même
coup d’État des démocrates. Obligé ville, navigateur lui aussi, mais qui
de s’exiler dans différentes villes, à vécut deux siècles plus tard. Ce
Sparte, en Eubée, en Sicile et à second Scylax (ou pseudo-Scylax
Thèbes, là où il mourut, le poète pour les historiens) a exploré pour sa
connut une pauvreté à laquelle son part les trois parties du monde
origine aristocratique ne l’avait pas connu, l’Europe, l’Asie et l’Afrique
préparé. On comprend mieux dès du Nord, et en a ramené un ouvrage,
lors que ses poèmes aient un ton un le « Périplous ».
peu amer, déplorant la décadence,
l’abandon des valeurs aristocratiques SIMONIDE • Il est né en -556 à
et la nostalgie d’un âge d’or. Céos, l’actuelle Kéa, île de la mer
Poète gnomique élégiaque pour les Egée. Invité à Athènes par
Hipsavants, Théognis cultivait à l’évi- parque, tyran d’Athènes, il doit fuir
dence le bon sens populaire. la ville après les assassinats de son
S’adressant à un jeune noble, protecteur, puis du frère et
sucCyrnos, il lui dévoile ses conseils cesseur de ce dernier, Hippias.
qui ne peuvent pas faire de mal : Réfugié en Thessalie, et sans doute
Sois sage, et garde toi de recher- protégé par les dieux de la poésie, il
cher, par des actes honteux ou aurait été le seul survivant de
injustes, les honneurs, la puissance l’effondrement de la salle de
banou la fortune… Des bons, tu quet où s’était réunie toute
l’arisn’apprendras rien que du bon, mais tocratie locale. Il regagne alors
si tu te mêles aux méchants, tu Athènes pour devenir le poète à la
perdras même ce que tu avais de mode, remportant plus de cinquante
sens. victoires aux concours d’hymnes
religieux (les dithyrambes) et bat
SCYLAX • Scylax de Caryande, même Eschyle lors du concours de
ville de Carie, au sud-ouest de la plus belle élégie en l’honneur des
l’actuelle Turquie, est un navigateur morts de la bataille de Marathon.
e grec du VI siècle av. J.-C. Invité sur ses vieux jours à la Cour
Il fut, selon le récit qu’en a fait d’un autre tyran, Hiéron de
SyraerHérodote, chargé par Darius I , roi cuse, il terminera sa vie en Sicile, à
de Perse, d’une mission d’explo- l’âge de 90 ans, auréolé d’une solide
ration des côtes de l’océan Indien. réputation d’avarice.
Ayant embarqué sur l’Indus à la C’est que Simonide est un poète
hauteur de la ville actuelle de professionnel, un des premiers à se
Peshawar, au Pakistan, Scylax des- faire payer pour écrire ses vers,
princend jusqu’à la mer, puis suit les cipalement des épigrammes,
inscripcôtes de l’océan Indien, remonte la tions gravées pour célébrer un
évémer Rouge jusqu’à Suez, avant de nement ou un homme illustre, genre
rejoindre la Perse pour faire son dont il fut le précurseur. Il aurait
rapport auprès de Darius. aussi inventé quatre lettres de
l’al40 phabet grec et serait le premier à Une de ses premières pièces, « Les
avoir créé des poèmes destinés à être cavaliers », est une violente charge
lus et non pas seulement déclamés contre Cléon, un des successeurs de
en public. Périclès, démagogue type présenté
Son talent fut suffisamment grand comme un parvenu sans éducation,
pour qu’il soit souvent cité par ses brutal et vantard, exploiteur du
peuillustres successeurs, Plutarque, Pla- ple. Aristophane échappe de peu à
ton, Socrate… un procès mais la liberté que lui
laisse la démocratie athénienne
ARISTOPHANES • Enfin un comi- n’aura qu’un temps.
que, du moins un poète comique, En -388, une loi interdit les attaques
l’ancêtre de Molière, grinçant, par- contre les personnes, même
présenfois violent, qui atteint ses cibles par tées sous un faux nom. Aristophane
de grands éclats de rire. s’essayera alors à des satires de
Né en -445 dans la région d’Athènes mœurs, préfigurant la nouvelle
(il décèdera vers -370), Aristophane comédie grecque, mais c’était la fin
se fait connaître très tôt, sans doute de la comédie à l’ancienne, la
avant 18 ans, par des satires sociales comédie liée aux fêtes dionysiaques,
et politiques qu’il commence à une comédie aux racines paysannes,
écrire prudemment sous un pseudo- volontiers grotesque, souvent
obsnyme mais qui lui attirent quand cène, caricaturale, mais
profonmême quelques ennuis avec les dément joyeuse, traduisant l’amour
autorités. Il vit à l’époque de l’Âge pour une vie rurale simple, la paix et
d’or d’Athènes, le siècle de Périclès, la fraternité.
le siècle des grandes réalisations
architecturales, mais aussi le siècle CRATINUS • Rival d’Aristophane
de la guerre du Péloponnèse, des en littérature, bien qu’il soit né
démagogues, de l’oligarchie des avant, vers -520, le vieux Cratinus,
Quatre-Cents, de la tyrannie des un des poètes comiques les plus
Trente, du procès de Socrate. connus de la tradition de la « vieille
Les mœurs politiques et sociales comédie », avec Aristophane et
changent profondément, se dégra- Eupolis, était sans doute déjà âgé
dent souvent, et Aristophane part en quand il connut le succès. Malgré sa
guerre contre les démagogues, les réputation d’ivrogne, il devait avoir
prévaricateurs, les va-t-en-guerre, une bonne constitution car il aurait
les plaideurs impénitents, les élus encore remporté une victoire lors
qui pillent le peuple et même parfois des fêtes Dionysiaques avec sa pièce
contre les philosophes, y compris « Pytine », à plus de
quatre-vingtSocrate, qui en prend pour son grade dix ans. Jaloux, son collègue
Aristodans la pièce « Les nuées », tout en phane ne pourra s’empêcher de se
étant pourtant un ami de l’auteur. moquer de lui en assurant dans une
Platon réunira plus tard Socrate et pièce que le vieil homme est mort, à
Aristophane parmi les sept partici- 97 ans, car il ne pouvait se consoler
pants à son fameux « Banquet ». qu’on ait brisé son tonneau de vin
41 lors d’une invasion des Lacédé- même présenter sa plainte devant les
moniens. juges mais pouvait se faire aider
Il ne reste malheureusement que des d’un professionnel qui rédigeait une
fragments de son œuvre de 21 piè- plaidoirie que le plaignant devait
ces, et les témoignages d’Horace et apprendre par cœur pour la réciter
de Quintilien, qui lui attribuent l’in- devant les juges. Lysias aurait ainsi
vention du drame satyrique. composé de 233 plaidoiries, discours
littéraires rédigés dans une langue
LYSIAS • Selon le « Canon alexan- directe, simple et élégante. Ces
drin », cette liste des auteurs grecs textes le plus souvent construits
les plus remarquables pour la pureté d’une manière logique : présentation
de leur langue, liste réduite au du plaignant, narration des faits,
eXVIII siècle à 80 noms, Lysias fait preuves de ces faits, argumentaire,
partie des dix plus grands orateurs témoignages et conclusion, sont
attiques. autant de petits tableaux permettant
Il est né d’un père sicilien en -450, d’avoir une connaissance pittoresque
et n’obtiendra jamais la citoyenneté de la vie quotidienne à Athènes
athénienne. Il bénéficie pourtant pendant le grand siècle de Périclès.
d’une excellente éducation qui lui Aujourd’hui, une association
étupermet de devenir rhéteur, tout en diante parisienne qui organise
chagérant avec son frère une fabrique que année un concours d’éloquence
de boucliers très rentable qui le rend pour les futurs juristes a pris le nom
suspect pendant la dictature des de « Lysias ».
Trente Tyrans, en -404.
Inquiété, Lysias parvient à s’échap- SOPHOCLE • Né en -495 à
per alors que son frère est assassiné Colone, une ville proche d’Athènes,
par Eratosthène, l’un des Trente Sophocle demeure avec Eschyle et
Tyrans. Ayant rejoint le camp des Euripide l’un des trois plus grands
démocrates à Mégare, dans la ban- tragédiens grecs. Contemporain et
lieue d’Athènes, Lysias met alors ami de Périclès, réputé sage et
une partie de sa fortune, et ses bou- paisible, il connaît l’Âge d’or
cliers, au service des opposants et d’Athènes, et participera activement
les aide à reconquérir le pouvoir. à la vie politique de la cité en
occuSon premier devoir, une fois revenu pant diverses charges
administraà Athènes, est d’intenter un procès à tives jusqu’à la fin de sa vie.
l’assassin de son frère. Il est l’auteur de 122 pièces, dont
Il prononce à cette occasion une une centaine de tragédies. Avec
plaidoirie flamboyante qui lui vaut 18 victoires aux concours des fêtes
immédiatement une réputation d’o- Dionysiaques et 6 victoires aux fêtes
rateur hors pair. Il décide donc d’en Lénéennes, il établit un record
faire sa profession, devenant logo- inégalé dans la Grèce classique. Ses
graphe, professionnel de la plaidoi- tragédies, « Antigone », « Electre »,
rie. Le métier d’avocat n’existait pas « Œdipe-Roi » encore jouées
auà Athènes, le plaignant devait lui- jourd’hui, mettent généralement en
42 scène un héros solitaire, incompris s’applique aussi bien à la
philoou rejeté, qui se débat avec sa sophie qu’à la religion et la
médeconscience. Contrairement aux tra- cine. Selon lui, toute matière,
ingédies d’Eschyle, il y a peu d’inter- créée et immortelle, comme tous les
vention des dieux dans le théâtre de êtres de l’univers, sont le résultat de
Sophocle, le héros n’est pas accablé combinaisons des quatre éléments,
par une malédiction divine mais l’air, la terre, le feu et l’eau, qui se
demeure seul avec ses débats mo- modifient sans cesse, la relation
enraux, opposant sa volonté à la fata- tre les êtres, bonne ou mauvaise,
lité, à l’ironie du sort. étant la conséquence de deux
princiSophocle a également innové sur le pes actifs également en mouvement,
plan formel : création d’un décor, l’amour qui réunit et la haine qui
d’une toile de fond ou dialogue entre sépare.
trois personnages (la tragédie classi- Cette mise en évidence des quatre
que avait le plus souvent un seul éléments de base sera son principal
personnage), ce qui réduit le rôle du apport théorique, et sera reprise par
chœur, chargé auparavant de résu- de nombreux auteurs postérieurs,
mer la situation, d’en expliquer l’en- philosophes ou scientifiques.
jeu et même parfois de « faire la cla- Chassé de la ville pour sa défense de
que » en suggérant au public les la démocratie, il se réfugie dans le
réactions qu’il devait avoir. Péloponnèse et la légende veut qu’il
ait mis en scène sa mort vers -435,
EMPÉDOCLE • Ce personnage en se jetant dans l’Etna, après avoir
flamboyant a créé sa propre légende, déposé soigneusement au bord du
se prenant sur la fin de sa vie à cratère ses précieuses sandales de
l’égal d’un dieu. Né en Sicile, à bronze.
Agrigente, sans doute vers -490,
Empédocle laissera le souvenir d’un EURIPIDE • L’un des trois grands
personnage un peu excentrique que tragédiens d’Athènes de l’Âge d’or,
Nietzsche qualifiera de figure la plus avec Eschyle et Sophocle, tous trois
bariolée de la philosophie ancienne. presque contemporains.
Cheveux longs ceints d’une cou- Il naît en -480 sur l’île de Salamine,
ronne de fleurs, vêtu de pourpre, le jour même de la célèbre bataille
chaussé de sandales de bronze, se qui vit la flotte grecque anéantir la
déplaçant entouré d’esclaves, il ne flotte perse. Un oracle ayant
annondevait pas passer inaperçu dans les cé à son père que le jeune Euripide
rues de sa ville. était destiné à remporter les lauriers
Fils du chef du parti démocrate, il de la victoire, on le prépare à une
sera tout à la fois homme d’État, carrière d’athlète, et il remportera
poète, philosophe, ingénieur, guéris- effectivement quelques jeux sportifs,
seur et même conducteur de char mais il reçoit également une
éducaréputé. tion littéraire auprès de maîtres
répuSa doctrine éclectique, inspirée des tés, ce qui le décide à se lancer
comidées de Pythagore et d’Héraclite, me auteur de tragédies.
43 Il produira 92 tragédies, dont Hérodote débute alors un grand
« Médée », « Andromaque », « Les voyage qui va le conduire, en
Troyennes ». Seules 11 de ces pièces prenant le nom des pays actuels, en
sont aujourd’hui conservées à peu Libye, Egypte, Syrie, Iran, puis en
près fidèlement. Géorgie.
Sa première pièce, « Les Péliades », Avec un miroir promené le long des
écrite à 25 ans, remporte d’emblée le chemins, il recueille la parole des
troisième prix au concours des fêtes gens rencontrés, consulte leurs
dionysiaques, ce qui lui vaut rapide- livres, note leurs habitudes, leurs
ment une grande popularité auprès coutumes, et considère avec
biende ses concitoyens mais également veillance et une curiosité toujours en
auprès des ennemis d’Athènes. alerte aussi bien leurs exploits que
Plutarque rapporte en effet que lors leurs échecs.
de la bataille de Syracuse, pendant De retour en Carie, et après une
tenles guerres du Péloponnèse, les tative avortée de renverser le tyran,
Siciliens auraient accordé la liberté il doit s’exiler de nouveau à
aux captifs athéniens capables de Athènes, où il se lie d’amitié avec
réciter des tirades de l’œuvre Périclès et Sophocle et entame la
d’Euripide. rédaction du seul ouvrage qu’on lui
Même si ses tragédies empruntent connaît, « Histoires ».
aux thèmes de la mythologie tradi- Ce livre, qui nous est parvenu
tionnelle, Euripide innove par rap- presque intégralement, est
certaineport à ses collègues en faisant de ses ment le premier ouvrage de ce qu’on
héros des personnes ordinaires af- appellera bien plus tard la
géofrontant des circonstances extraor- politique. La première revue de
géodinaires, des personnages de la vie politique, en France, portera
d’ailquotidienne, presque modernes, se leurs son nom. Le but d’Hérodote
permettant parfois quelques clins est de faire une enquête sur
l’hisd’œil critiques sur l’actualité poli- toire des Grecs et des barbares,
tique du moment. Le contraste entre pour que cette histoire ne tombe pas
l’héroïque et le quotidien provoque dans l’oubli. Dans un style simple,
parfois des effets comiques que des pittoresque, plaisant à lire, Hérodote
auteurs postérieurs sauront exploiter. ne s’attache pas seulement à
l’hisInvité en Macédoine par le roi toire évènementielle, mais, notant la
Archélaos, le tragédien y décèdera géographie des pays traversés, il
déen -406 d’un hiver trop rigoureux. crit les coutumes de leurs habitants
et tente de donner une analyse des
HÉRODOTE • Il naît en -484 à un causes et des effets de leur histoire.
carrefour de civilisations, entre Gardant sans doute une trop grande
l’Orient et l’Occident, en Carie, une neutralité, Hérodote s’attirera les
région de l’actuelle Turquie, mais, foudres d’auteurs postérieurs, dont
encore jeune, il doit suivre sa famille Plutarque, qui le qualifiera d’ami
sur l’île de Samos, fuyant les persé- des barbares, lui reprochant de
cutions d’un tyran local. raconter beaucoup de choses
dou44 teuses à leur sujet, confondant lé- On ne conserve que des fragments
gendes et réalités. de son œuvre mêlant pièces de
théâBien que Cicéron le reconnaisse tre, études politiques, poèmes et
comme le père de l’Histoire, cette considérations philosophiques qui
mauvaise réputation le fera un peu auraient peut-être influencé son
oublier jusqu’à la Renaissance. Les jeune cousin, Platon.
efouilles archéologiques du XIX et Critias est un exemple des sophistes
e
XX siècle permettront enfin de lui athéniens, un athée rationaliste
rendre justice en vérifiant plusieurs affirmant que l’idée de dieu a été
de ses affirmations. inventée par un sage, pour remplir
Hérodote consacrera la fin de sa vie de crainte les délinquants
commetà la rédaction de son ouvrage, avant tant leurs vilenies en cachette, hors
de mourir en -420 dans le sud de du pouvoir de la justice et des lois.
l’Italie, à Thourioï, une région alors
colonisée par les Grecs. SOCRATE • Il marquera si profon-
dément l’histoire des hommes que
CRITIAS d’Athènes • Né vers -460 les universitaires rangeront plus tard
à Athènes, Critias semble avoir bien les premiers philosophes en « pré »
mal utilisé les talents et les qualités ou « post-socratiques ». Si on a
que lui ont offert les dieux. Cet beaucoup écrit sur lui, il n’a pour sa
aristocrate, homme politique, philo- part laissé aucun texte et l’on ne
sophe, poète, orateur, était décrit en connaît de sa vie que ce que purent
plus comme beau, intelligent, en dire ses contemporains,
Aristoénergique, et bien sûr riche. Dans la phane, Platon ou Xénophon, et
colonne des défauts, il se révèlera quelques historiens postérieurs. Ces
plus tard cupide, fourbe et cruel. témoignages ou ces commentaires
Partisan d’Alcibiade, ce héros con- sont si contradictoires que l’on a pu
troversé des guerres du Péloponnèse parler de la question socratique
passé au service de Sparte, Critias comme d’une énigme de la
philoest lui-même banni de la cité. sophie et que chacun a pu
revenRevenu à Athènes en -404, dans les diquer «son » Socrate.
ebagages des vainqueurs spartiates, il À la fin du XIX siècle, on a pu
fait partie des « Trente Tyrans » mis enfin établir que les multiples
en place par Sparte pour mettre fin « dialogues socratiques » écrits par
au régime démocratique. À ce poste, ses disciples étaient de pure fiction,
il ne tarde pas à se faire remarquer ce qui n’a pas vraiment contribué à
par sa rapacité et sa cruauté, s’atta- comprendre le personnage et son
quant tout autant au chef des message, mais qui aurait rempli de
« Tyrans », lui reprochant sa mol- satisfaction celui qui professait
lesse, qu’à Socrate, qui fut pourtant avant tout : Connais-toi toi-même.
un de ses maîtres. En -403, Critias De sa vie on ne connaît donc pas
meurt au cours d’une bataille contre grand-chose. Il est né vers -470 dans
les démocrates qui tentent de repren- une famille modeste, aurait été
dre la ville. marié, peut-être bigame, et en même
45 temps homosexuel, entouré de n’ont fait que s’interroger sur
euxjeunes gens fascinés par le person- mêmes, le vieux Socrate avait
nage, très laid mais grand séducteur, gagné.
aussi bien d’hommes que de
femmes. On s’accorde aussi à le ESDRAS • Après la victoire de
reconnaître très courageux, autant Nabuchodonosor II sur le Royaume
physiquement que politiquement ou de Juda, en -597, le roi ordonne la
moralement, comme en témoignent déportation de l’élite juive à
Babyles circonstances de sa mort. lone, seuls les plus pauvres, les
En -399, la démocratie rétablie à paysans, restant sur la terre d’Israël.
Athènes, on lui intente un procès À Babylone, ces notables juifs sont
pour impiété et corruption de la jeu- bien traités, ils se mêlent
progressinesse, accusations cachant la mé- vement à la population locale et
fiance que suscite cet agitateur dé- continuent à pratiquer leur religion,
battant de tout dans les rues, ce qui encadrés par différents prophètes qui
pouvait pousser les citoyens, et sur- compilent leurs textes sacrés.
tout les jeunes, à ne plus respecter En -538, Cyrus II, roi des Perses,
les dieux traditionnels, c’est-à-dire après la prise de Babylone, autorise
l’autorité. Condamné à mort, Socrate le retour des juifs vers la terre
pouvait s’enfuir, mais, pour montrer d’Israël et un premier contingent
son respect des lois, il préféra se prend le chemin du retour sous
suicider, buvant la ciguë en présence l’autorité du prophète Josué.
de nombreux amis et disciples. Quatre-vingt ans plus tard, en -458,
erSocrate est considéré comme le père un nouveau roi, Artaxerxès I ,
de la philosophie, le premier « philo- confie à Esdras, fonctionnaire
charsophos », celui qui désire la sagesse. gé des affaires juives à Babylone,
Lui-même ne se considère pas com- une mission d’enquête sur les
me détenteur d’une sagesse. Il n’est conditions d’existence et la pratique
sage, dit la Pythie de Delphes que religieuse des juifs de Judée et
parce qu’il sait qu’il ne sait pas. l’autorise à se faire accompagner
Il ne délivre pas d’enseignement d’un nouveau groupe de quelques
mais déambule dans les rues, sur centaines de partisans au retour. Ces
l’agora, pour questionner les gens et nouveaux venus, Esdras en tête, se
leur révéler peu à peu leur igno- heurtent rapidement à la population
rance, pour que cette ignorance juive restée sur place au moment de
provoque ensuite un état de manque la déportation et même avec les
conduisant au désir de savoir puis de descendants du premier groupe
revese préoccuper de leur âme en se nu 80 ans plus tôt, ces derniers ayant
connaissant eux-mêmes. Il se définit pris quelques libertés avec leur
pralui-même comme un accoucheur, tique religieuse.
non des corps (sa mère était sage- Persuadé d’être porteur d’une
noufemme) mais des âmes. velle pureté de la loi juive, pureté
S’interrogeant sur la pensée de retrouvée par les travaux des
reliSocrate, la plupart des philosophes gieux exilés à Babylone, Esdras
46 commence par demander à ceux qui décadence progressive au cours de la
s’étaient mariés avec des païennes longue guerre du Péloponnèse,
de répudier leurs femmes et créé une opposant Sparte à Athènes de -431 à
grande assemblée de 120 sages, dont -404, et dont il va décrire les
difféles prophètes Malachie, Zacharie ou rents épisodes, année par année, à la
Daniel, chargée de rétablir la stricte façon d’un journaliste.
observation des textes sacrés. Cette Au début de la guerre, il commande
assemblée donnera naissance au une flotte athénienne envoyée en
Sanhedrin, le tribunal suprême char- Thrace. Sa mission n’est pas
courongé d’interpréter et de garantir l’or- née de succès et, soupçonné de
thodoxie de la loi juive. trahison, il va devoir s’exiler
penEsdras pourrait être l’auteur du dant 20 ans, parcourant les
diffé« Pentateuque », l’histoire du peuple rentes régions de la Grèce pour
red’Israël attribué Moïse, il rédigera cueillir le témoignage des
belligéégalement un livre de l’Ancien rants.
Testament où il raconte son retour à Revenu à Athènes à la fin de la
Jérusalem. guerre, il disparaîtra, sans doute
En -444, il lira en public à Jérusalem assassiné, vers -400, laissant
inachesa version épurée de la Torah, la vé son récit en l’an -411, au milieu
nouvelle loi juive. d’une phrase. Plus tard, Xénophon
Un verset du Coran, pour mieux se terminera son travail en racontant,
différencier des autres religions du sous le titre « Les Helléniques », les
Livre, affirme que les juifs célé- sept dernières années du conflit.
braient Esdras comme fils de Dieu, Thucydide rompt avec la tradition
tout comme les chrétiens consi- des récits historiques faisant la part
dèrent également Jésus comme fils belle aux mythes et aux légendes.
de Dieu. Négligeant les simples rumeurs, il
Pour les Juifs, aujourd’hui, tout en le ne s’attache qu’aux faits qu’il a pu
respectant presqu’à l’égal de Moïse, vérifier, cherchant à en dégager
Esdras est surtout le premier repré- leurs causes avec un grand souci
sentant du courant anti-diaspora. d’impartialité.
De son récit se dégagera une
THUCYDIDE • Il est dans la certaine philosophie de l’histoire,
nature de l’homme d’opprimer ceux très nouvelle, dans laquelle les
évèqui cèdent et de respecter ceux qui nements ne sont que la conséquence
résistent. Une réflexion un peu des activités humaines et non le jeu
amère que Thucydide, le premier d’une quelconque fatalité ou volonté
historien au sens moderne du terme, divine. Se dégage aussi une
philosoa malheureusement pu vérifier plus phie de l’homme, qui ne saurait
d’une fois. réussir que par l’intelligence, la
conIl est né à Athènes, vers -460, dans naissance et la morale, toute autre
une famille d’aristocrates fortunés. motivation étant vouée à l’échec.
Dans sa jeunesse, il a connu l’apo- Les péripéties du conflit sont
dégée de la cité athénienne, puis sa crites et explicitées dans un style
47 simple et limpide, dégageant parfois l’affabulateur avant que des
recherde fulgurantes remarques qui feront ches plus sérieuses n’établissent la
sa renommée : l’épaisseur d’une vérité en sa faveur. Pourtant, la fin
muraille compte moins que la du texte de Ctésias, de la mort de
volonté de la franchir, ou encore Un Xerxès au règne d’Artaxerxès,
c’esthomme qui ne se mêle pas de à-dire la période qu’il a en partie
politique mérite de passer, non vécue, semble plus véridique et sert
comme un citoyen paisible, mais de référence à plusieurs historiens.
comme un citoyen inutile. Sur l’Inde, ses récits sont encore
plus farfelus et vont entretenir
l’imaCTÉSIAS • Naïf ou affabulateur, il ginaire grec pendant longtemps.
restera dans l’Histoire comme un Décrivant non pas l’histoire mais
merveilleux conteur d’histoires abra- plutôt les paysages et les coutumes
cadabrantesques. des habitants, Ctésias nous parle
Il est né à Cnide, sur la côte nord de d’hommes à têtes de chiens, de lions
l’actuelle Turquie, au milieu du aux pattes d’oiseaux, d’hommes
eV siècle av. J.-C. et devient méde- simplement vêtus de leurs cheveux
cin, comme de nombreux membres et d’une barbe descendant jusqu’au
de sa famille. Il rentre dans sol, de vieillards de près de 200 ans,
l’Histoire quand il est fait prisonnier les indiens étant peu sensibles aux
par les Perses et devient le médecin maladies, bref un ensemble de
rupersonnel du roi Artaxerxès II. Il meurs incroyables surtout tirées de
restera à son service de -415 à -398 mythologies anciennes.
et, curieux de nature, aura le temps Pourtant, à y regarder de plus près, il
de voyager dans la région et est possible qu’il ait parfois
simplejusqu’en Inde, pour pondre deux ment embelli ou mal compris des
ouvrages pour le moins controversés observations qui pourraient bien être
que nous ne connaissons que par des véridiques, comme lorsqu’il parle
fragments et les nombreuses cita- d’hommes s’abritant du soleil sous
tions d’auteurs postérieurs. leur pied, ce qui pourrait bien
resSon premier livre traite de l’histoire sembler à un exercice de yoga d’un
de la Perse, depuis les empires quelconque sadhu.
d’Asie, les Assyriens, jusqu’au
règne d’Artaxerxès, se fondant prin- HIPPOCRATE • Né en -459 sur
cipalement sur des témoignages l’île de Kos, Hippocrate est
commuoraux. Ctésias semble privilégier les nément considéré comme le père de
anecdotes, les rumeurs, les faits la médecine. C’est en tout cas le
dramatiques ou extraordinaires et premier médecin professionnel, le
Plutarque aura un jugement sans premier à considérer la médecine
appel : un ramassis de mythes comme une science et un art
disincroyables et extravagants. tincts de la philosophie et de la
Ses récits ne collant que rarement religion, le premier à enseigner cette
avec ceux d’Hérodote, on a long- idée très nouvelle que la maladie
temps cru que c’était Hérodote n’est pas la conséquence d’une
48 epunition divine ou de forces V siècle av. J.-C., qui serait
cersurnaturelles et que toute maladie tainement tombé dans l’oubli sans
peut être, sinon guérie, du moins Platon, car on n’a conservé aucune
soulagée. trace de ses poèmes ou tragédies.
Pour Hippocrate, la maladie est due En -416, Agathon remporte le
preà un déséquilibre des quatre élé- mier prix au concours des
Lénéments de base, les quatre humeurs ennes. Pour fêter ça, il organise le
qui composent le corps : l’air, l’eau, fameux banquet dont s’inspirera
le feu et la terre, le but de la Platon pour situer plus tard son
médecine étant d’aider le corps à dialogue entre quelques amis
distinrétablir cet équilibre. gués sur le thème de l’amour.
La réputation d’Hippocrate est aussi Par les récits de ses contemporains,
la conséquence de l’importance des on sait qu’Agathon était riche,
sources écrites laissées par lui-même précieux, mondain et homosexuel,
et ses disciples, le « Corpus Hippo- comme d’ailleurs la plupart des
cratique », quelque soixante-dix convives de la fête. C’est donc chez
traités de médecine comprenant la lui que se déroule le banquet, avec
compilation des connaissances mé- Pausanias, son petit ami, Socrate,
dicales antérieures, de ses observa- Aristophane et quelques autres, dont
tions cliniques, du classement des le général Alcibiade, qui n’est pas
maladies et des remèdes possibles invité mais qui déboule
complèbien que, pour rétablir l’équilibre du tement ivre pour faire un scandale,
corps, Hippocrate soit plutôt partisan craignant qu’Agathon ne séduise
du repos et d’une alimentation con- Socrate…
trôlée. On sait aussi qu’il était ami
Pas vraiment moderne, sa concep- d’Euripide, car en -407, il va le
tion de la médecine et des soins sera rejoindre en Macédoine, là où il
suffisamment importante pour que décèdera en -405, à la Cour du roi
son enseignement soit considéré Archélaos.
comme un modèle parfait par ses
disciples, son gendre Polybe, Gal- XÉNOPHON • Né au début des
lien ou Soranos d’Ephèbe. Les mé- guerres du Péloponnèse, vers -430,
decins et auteurs des siècles sui- dans une famille d’aristocrates aisés,
vants, en Grèce, à Rome, et dans les Xénophon sera avant tout militaire,
pays arabes, respecteront tant ses mercenaire, puis historien et même
principes que cela entravera toute la un peu philosophe. Pas vraiment
recherche médicale pendant des satisfait du rétablissement de la
siècles. Aujourd’hui encore, le fa- démocratie à Athènes après
l’épimeux « serment d’Hippocrate » rap- sode des Trente Tyrans, ce militaire,
pelle à tous les praticiens son ap- suivi de quelques compagnons, se
proche éthique de la médecine. met au service de Cyrus le Jeune,
parti en Perse pour reprendre le
AGATHON l’Athénien • Poète trône de son frère Artaxerxès II.
athénien de la seconde partie du Après divers épisodes malchanceux,
49 Xénophon vaincu dirige la retraite la mesure, évitant soigneusement
des mercenaires grecs à travers le toute passion déraisonnable, toute
territoire perse, la fameuse retraite recherche d’un plaisir égoïste ou
des dix mille, matière de son livre le tout accès de colère.
plus fameux, « L’Anabase ». Passionné par la mécanique, il
s’inRevenu à Athènes, mais pas vrai- téressa vivement à différentes
appliment bienvenu, il se met alors au cations scientifiques, inventant avant
service de Sparte pour repartir Archimède la vis et la poulie ou
guerroyer en Perse, puis contre ses encore des objets ludiques : la
créconcitoyens athéniens, avant de se celle, le hochet et même un oiseau
retirer en Eulide, à l’ouest de la en bois capable de voler.
Grèce, pour enfin prendre du repos, C’était un grand ami de Platon, qui
partageant son temps entre la chasse vint souvent le visiter à Tarente, et
et la rédaction de ses mémoires les deux hommes s’influencèrent
militaires. Xénophon complétera mutuellement au point que les
histoégalement l’histoire des guerres du riens débattirent longtemps pour
Péloponnèse de Thucydide en racon- savoir lequel était le maître ou le
tant les sept dernières années du disciple de l’autre.
conflit. Retiré des affaires en -360, Archytas
Pour la petite histoire, Xénophon, trouva la mort en -347, au cours
qui prenait des notes avec un sys- d’un naufrage au large de la côte
tème d’écriture rapide, est aussi italienne.
considéré comme l’inventeur de la
sténographie. PLATON • L’un des plus grands
philosophes de la Grèce ancienne ou
ARCHYTAS • Tout à la fois philo- du moins, avec Aristote, l’un des
sophe pythagoricien, mathématicien, plus renommés, qui a produit les
astronome, musicien et homme premières formulations classiques
politique, Archytas est né vers -435 des principales interrogations de la
à Tarente, une ville du sud de philosophie occidentale.
l’Italie, une région comprise alors Il est né à Athènes en -427, deux ans
dans la grande Grèce. Gouverneur après la mort de Périclès. Issu d’une
de Tarente pendant de nombreuses famille aristocratique, il se serait
années, il laissera le souvenir d’un nommé Aristoclès, et surnommé
excellent dirigeant, sage et démo- Platon (celui qui a des épaules
larcratique. ges) par son professeur de
gymnasProfesseur de mathématiques, il était tique. Ce physique avantageux lui
persuadé que cette science, et en permettra d’ailleurs de remporter
particulier le calcul qui enseigne des prix aux jeux olympiques.
l’art de la mesure et de l’équilibre, Il reçoit une éducation classique de
était à même de résoudre tous les jeune noble, avec divers maîtres qui
problèmes, y compris les questions lui enseignent, outre la littérature et
philosophiques, sociales et politi- la philosophie, la peinture, la poésie,
ques. En toutes choses, il cherchait mais aussi la flûte et la cithare.
50 Un moment tenté par la vie poli- pour défendre des positions reflétant
tique, il s’en éloigne rapidement, dé- le plus souvent la pensée de Platon,
çu aussi bien par l’oligarchie (c’est jouant un peu le rôle de porte-parole
l’époque des Trente Tyrans) que par du narrateur.
la démocratie, préférant un système Abordant une trentaine de thèmes,
républicain qu’il définira dans un de dont le courage, la vertu, l’amour, le
ses dialogues. plaisir, la justice, les devoirs du
En -408, sa rencontre avec Socrate citoyen…Platon définit par petites
change radicalement sa vie et il va touches sa pensée philosophique,
désormais se consacrer à la philo- interrogeant le rapport entre les
sophie. Disciple de Socrate jusqu’à réalités intelligibles et immortelles
la mort de ce dernier, en -399, il ne et le monde sensible, celui des
fera pourtant pas partie du cercle des hommes, qui n’en serait que le
disciples accompagnant le suicide reflet.
du maître. Il entreprend alors de Il mourra en -346, à 81 ans, au cours
nombreux voyages, tentant de mettre d’un repas de noces.
son expérience au service de divers L’extrême richesse de ses idées, leur
dirigeants, dont le tyran de Sicile, complexité, la diversité de ses
anaDenys l’ancien, qui le remerciera lyses vont autoriser pendant des
bien mal en le vendant comme es- siècles commentaires, interprétations
clave, un épisode heureusement de diverses mais aussi récupérations,
courte durée. assurant à Platon une immense
Revenu à Athènes en -387, il fonde postérité. Certaines de ces idées
une école, l’Académie, consacrée rentreront même dans le langage
principalement à l’étude des scien- commun, avec un sens parfois
déforces exactes, préparant à un appren- mé, comme le concept d’amour
tissage de la philosophie. Cette Aca- platonique, entendu comme une
démie fonctionnera neuf siècles, jus- condamnation de l’amour charnel,
qu’à sa fermeture par l’empereur de alors que Platon visait surtout une
Byzance, Justinien, en 529, et comp- coutume courante dans les cercles
tera des étudiants célèbres, dont intellectuels grecs de l’époque, la
Théophraste, Aristote, Hypéride ou pédérastie, la liaison entre un
homDémosthène… me mûr, le maître, avec un
adolesC’est au sein de cette Académie que cent, le disciple, liaison que Platon
Platon rédigera l’essentiel de son avait certainement vécu, et mal
œuvre, en particulier sous forme de vécu, dans sa jeunesse.
dialogues fictifs entre divers philo-
sophes échangeant leurs idées sur ESCHYLE • Avec Sophocle et
différents thèmes, prétextes à une Euripide, c’est l’un des trois grands
analyse critique mais aussi à un tragédiens de la Grèce antique, le
approfondissement et un complé- plus ancien, né en -526.
ment de la pensée de philosophes Contemporain des guerres contre les
précédents. Socrate est mis en scène Perses, il combattit lui-même à la
dans la plupart de ces dialogues, bataille de Marathon en -490, puis à
51 celle de Salamine en -480, épisode Il participe tout jeune à un concours
dont il tirera la matière de la tragédie de poésie lyrique où il se fait voler
« Les Perses ». la vedette par une femme, Corinne,
Auteur d’environ 90 tragédies, dont qui lui reproche de ne pas assez
seules sept nous sont parvenues, il mettre en valeur les mythes anciens.
remporta un premier prix au con- Pindare retiendra la leçon et va
mêcours de tragédies des Dionysies de me en rajouter, composant de
mul-484, douze autres prix suivront. tiples odes dans lesquelles l’éloge de
Eschyle serait le premier, selon ses clients repose sur le rappel de
Aristote, à avoir introduit deux ac- mythes traditionnels liés au pays ou
teurs dans ses pièces tout en con- à la famille de la personne louangée.
servant un rôle important pour le Sa production, odes triomphales,
chœur. Ses tragédies mettent tou- chants de louanges, lamentations
fujours en scène un évènement venant nèbres, est immense, plus de 24 000
troubler l’ordre de la cité, souvent vers le plus souvent proclamés au
dû à un homme entraîné par ses pas- cours de cérémonies où se mêlent la
sions. poésie, la danse, et le chant choral
Ne s’attardant pas sur la psychologie confié à des enfants ou des jeunes
des personnages, il privilégie le rôle gens de bonne famille. Seront ainsi
des dieux dans la protection de la célébrés les grands de son monde,
cité, cherchant à démontrer que la les puissants, les athlètes, tous plus
justice divine est toujours supérieure vertueux et méritants les uns que les
à la justice humaine. autres, comparés aux dieux et aux
Il mourra en - 456 en Sicile, à Gela, héros mythiques d’une moralité
irrédans des circonstances curieuses et prochable.
tragi-comiques. Il aurait été mortel- La grande réputation de Pindare, à
lement blessé en recevant sur la tête son époque et jusqu’à la
Renaisune tortue, balancée par un aigle qui sance, aura un peu à souffrir à partir
eaurait pris le crâne du tragédien pour du XVII siècle, lors de la querelle
un caillou propre à fracasser la cara- des Anciens et des Modernes, quand
pace de la tortue. le mot « Pindare » servira à désigner
un poète un peu pompeux. Voltaire,
PINDARE • Egyptien né à Thébes plus tard, parlera de cet inintelligible
en -518, il sera reconnu dans l’Anti- et boursouflé thébain. Il aura
pourequité, et même plus tard, comme le tant des admirateurs au XX siècle,
plus grand des poètes lyriques de la Claudel avouant que la lecture de
Grèce. Fils d’aristocrates, respec- Pindare est devenue une de mes plus
tueux des dieux, méfiant vis-à-vis de grandes sources et un réconfort
la démocratie, conservateur sans littéraire.
complexes, Pindare mettra tout son
talent littéraire au service de la ANACRÉON • Encore un poète
célébration des puissants, des cham- lyrique, contemporain de Pindare,
pions et des héros. mais moins réputé, sans doute parce
52 qu’il se consacra surtout à une vie grands esprits de l’époque et
entrefacile, dédiée aux plaisirs sensuels. prend une série de voyages en Perse
Né vers -550 à Téos, en Ionie, sur la et en Egypte, sans doute en
compacôte ouest de l’actuelle Turquie, il gnie de Platon.
doit quitter sa ville natale quand elle De retour à Athènes en -370, il
tombe aux mains des Perses et se devient l’assistant de Platon au sein
réfugie sur l’île de Samos pour se de son Académie, et la dirigera
mettre au service du roi local. même un moment, quand Platon se
Invité à Athènes en -522 par rendra en Sicile. Au retour de son
Hipparque, protecteur des arts, qui maître, il fonde sa propre école qui
régente la ville en compagnie de son deviendra un peu concurrente de
frère Hippias, il fréquente les gran- l’établissement de Platon.
des familles, le cercle d’artistes réu- Même si ses théories philosophiques
ni par Hipparque et s’abandonne aux ne sont pas négligeables - il aurait
plaisirs d’une vie facile et volup- été l’un des l’initiateurs, après
tueuse, consacrant ses poèmes à Aristippe de Cyrène, de
l’hédol’amour léger mais mesuré, à la bon- nisme, considérant qu’il y a identité
ne chère et au vin, également con- entre le plaisir et le bien - Euxode
sommé avec modération : Dix me- est surtout connu pour son travail
sures d’eau et cinq de vin, voilà la d’astronome.
bonne mesure ! Selon lui, les astres, c’est-à-dire les
Anacréon devra regagner sa ville planètes connues à l’époque, Vénus,
natale en -510, après l’assassinat de Mercure, Mars, Jupiter, Saturne
son protecteur, mais ne renoncera mais aussi la lune, le soleil et les
pas à la vie légère, mêlant ses étoiles, tournent en 24 heures autour
cheveux blancs aux chevelures de la terre, immobile dans l’univers,
blondes des jeunes filles : Pourquoi à une distance permanente. Une
ne pas mêler le lys aux roses ? Leurs théorie approximative qui sera
couleurs se marient si bien. remise en question par Ptolémée.
Surnommé le vieillard de Téos, ce Il fut aussi le premier à calculer la
bon vivant décèdera à 85 ans, période de révolution de l’année
étouffé par un grain de raisin sec. terrienne, la fixant à 365 jours un
quart, un résultat très proche de la
EUXODE de Cnide • Astronome, valeur actuelle. Euxode mourra
géomètre, médecin et philosophe malheureusement trop tôt, à 53 ans.
grec, il fut le premier à émettre une
théorie cohérente sur le mouvement ISOCRATE • Bien que considéré
des astres. comme l’un des plus grands orateurs
Il est né à Cnide, en Asie Mineure, de la Grèce classique, Isocrate est
vers -408, dans une famille modeste quand même un cas à part car, grand
qui peut quand même lui offrir une timide, il ne prononça aucun
diséducation respectable en géométrie cours.
et en médecine. Attiré à Athènes à Il naît en -438 dans la région
23 ans, il se lie avec plusieurs d’Athènes, d’un père fabricant de
53 flûtes, particularité dont ne man- Parallèlement à son activité
d’enseiqueront pas de se gausser les auteurs gnant, Isocrate, toujours soucieux de
comiques de l’époque, dont Aristo- politique, va se lancer dans la
phane. Ses études semblent le des- rédaction de discours fictifs
permettiner à une carrière politique mais le tant de diffuser ses idées, et surtout
pauvre Isocrate, maladivement timi- la première d’entre elles :
l’helléde, et affublé d’une voix fluette, ne nisme est notre bien commun et, tout
put jamais se présenter devant l’as- en respectant l’indépendance des
semblée du peuple. Il se tourne alors cités, il faut pour garantir la survie
vers la profession de logographe, de cette civilisation que les Grecs
celui qui écrit des discours ou des apprennent à s’unir contre les
barplaidoiries pour le compte de ses bares, et en particulier contre les
clients. La réputation des textes qu’il Perses, l’ennemi héréditaire. Il
déprépare pour les autres, et son désir fendra cette idée avec vigueur
jusd’influer, même indirectement, sur qu’à la fin de sa vie, à l’âge
respecla vie politique de la Cité le poussent table de 98 ans.
à ouvrir, en -393, une école de
rhétorique dont la renommée rapide ÉVHÉMÈRE • On ne connaît pas
entraîne un afflux d’élèves de la grand-chose de la vie de cet homme,
Grèce entière, dont Aristote qui la né en Grèce vers -316, sinon qu’il
fréquentera un moment avant de fut le spécialiste de l’histoire des
rejoindre l’Académie de Platon. mythes anciens à la cour de
CasLa philosophie d’Isocrate repose sur sandre, roi de Macédoine.
l’idée que l’art de la parole découle Son œuvre principale, un roman
d’abord de l’art de bien penser. Son nommé plus tard « L’inscription
souci fut donc de préparer ses élèves sacrée », ne nous est connue que par
à leur rôle de citoyens, et tout des traductions tardives de plusieurs
d’abord à acquérir une moralité auteurs latins.
irréprochable : honorer les dieux, Résolument athée, Evhémère nous
respecter les ancêtres, observer la raconte un voyage initiatique qui le
justice, mais aussi être courtois, conduit sur une île, Panchée, située
équitable, modéré en tout, maître de vers les Indes, à la limite du monde
ses passions. connu, où vit une population
prosC’est seulement après cet appren- père, fraternelle et heureuse, servie
tissage que viendra l’enseignement par une nature généreuse.Dans cette
de la composition du discours, un première civilisation utopique, le
texte qui doit être harmonieux, narrateur découvre sur une colonne
rédigé dans la langue la plus pure, une « inscription sacrée » qui lui
maîtrisant la syntaxe, presque à révèle que la totalité des dieux ou
l’égal de la poésie. Cicéron, maître des déesses de la mythologie
en la matière, considèrera d’ailleurs grecque ne sont que des humains,
Isocrate comme un modèle dans l’art héros ou héroïnes, personnages
de la rhétorique, opinion confirmée historiques remarquables divinisés
pendant des siècles. après leur mort ou encore, selon
54 l’historien latin Sextus Empiricus, surtout aux premiers chrétiens qui
qui se seraient divinisés eux-mêmes trouvèrent là une argumentation
fade leur vivant. Evhémère revisite cile pour se moquer des dieux des
ainsi toute la mythologie grecque, anciennes religions traditionnelles
attribuant à chacun des dieux une de Grèce et de Rome.
existence très terre-à-terre, sim- Au Moyen-Âge et à la Renaissance,
plement mémorable par leurs qua- il se trouva pourtant des auteurs
lités de sagesse et de vertu. pour considérer que ces ex-dieux,
Par la suite, une telle idée ne reconnus sur terre comme de grands
conforta pas seulement les athées sages, méritaient une vénération à
dans leurs convictions mais profita l’égal des saints chrétiens.
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CALLISTHÈNE • Né vers -360 en HÉRACLIDE • C’est un fils de
Asie Mineure, il eut pour premier famille, né vers -388, dans le
maître Aristote, son oncle, dans l’é- Royaume du Pont, sur les bords de
cole qu’il venait d’ouvrir. C’est dans la mer Noire, ce qui le fera connaître
cette l’école d’Assos qu’il rencontre sous le nom d’Héraclide du Pont, en
et devient l’ami, pour le meilleur et deux mots.
pour le pire, d’un autre élève, La richesse de sa famille lui permet
Alexandre, le fils du roi de Macé- d’aller faire ses études à Alexandrie,
doine Philippe II. avant de se rendre à Athènes pour
Quand Alexandre prend la route fréquenter en -365 l’Académie de
pour la gloire, Callisthène accom- Platon où il restera semble-t-il 25 ans,
pagne son ami comme historiogra- consacrant son temps à l’étude et à
phe. De ses voyages, de ses expédi- l’écriture.
tions militaires et de ses observa- Après la mort du successeur et
tions géographiques, il rédigera de neveu de Platon, Speusippe, et
peutnombreux récits, perdus pour la plu- être vexé de ne pas être choisi à son
part, mais qui serviront de base à un tour comme directeur de
l’Acadéauteur postérieur retraçant la vie du mie, Héraclide retourne dans son
grand Alexandre, que les historiens pays pour y fonder sa propre école.
nommeront le pseudo-Callisthène. Il sera l’auteur de plusieurs livres
Comblé comme historien, Callis- sur des sujets très variés, divers
thène reste un Grec, pétri d’une mo- dialogues dont un « Traité sur le
rale tatillonne, qui ne peut s’empê- pouvoir » donnant des précisions
cher de déplorer les nombreux excès intéressantes sur l’histoire des rois
d’Alexandre, surtout quand ce der- grecs, nous apprenant ainsi que ce
nier se prétend l’égal d’un dieu ou sont les Lydiens, en Asie centrale,
fait exécuter de proches compa- qui furent le premier peuple à battre
gnons qui ont le malheur de dé- monnaie.
plaire, comme le commandant de la Mais son apport principal
concercavalerie macédonienne et son fils. nera l’astronomie. Mettant en cause
Quand Alexandre, en -328, exige les théories de son aîné Euxode, il
que ses officiers grecs et macédo- est le premier à émettre la thèse que
niens se prosternent devant lui selon la terre tourne sur elle-même dans
la coutume perse, Callisthène ne une journée de 24 heures, les étoiles
peut s’empêcher de protester en se restant immobiles. On lui attribue
moquant de lui. Alexandre renonce à également le fait d’avoir ouvert la
ses lubies mais, vexé, fait jeter Cal- voie à l’héliocentrisme en affirmant
listhène en prison, l’accuse de s’être que les planètes Mercure et Vénus
mêlé d’un complot ourdi par de tournent autour du soleil.
jeunes officiers grecs s’inquiétant Copernic lui rendra hommage mille
des penchants tyranniques de leur ans plus tard en avouant dans une
chef et finit par le faire exécuter par lettre au pape que les théories
lapidation. d’Héraclide lui avaient permis
d’en59

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