L'origine et la fonction économique des villes

De
Publié par

"Le présent travail, écrit l'auteur, prétend être un livre de sociologie, quoiqu'il renferme seulement une tentative de traiter un objet relativement précis et défini : l'arrangement local des fonctions industrielles dans les groupes urbains. Cette recherche conduit indirectement à considérer un problème qui est central en sociologie : celui de l'origine des villes". Cette thèse, publié en 1910, appartient à l'histoire de la pensée sociologique sur la ville et l'urbanisation. Travail remarquable et sur bien des points pionnier, cette œuvre mérite d'être revisitée, ce que permet cette précieuse réédition.
Publié le : samedi 1 mai 2004
Lecture(s) : 355
EAN13 : 9782296353596
Nombre de pages : 360
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

ère 1 édition V. Giard & E. Brière, 1910

@L'Harmattan,2004 ISBN: 2-7475-6087-2 EAN 9782747560870

L'origine et la fonction économique des villes

Étude de morphologie sociale

Principaux

travaux du même Auteur

Vie religj euse et vieéconomique: la division du travail (I br. 80 p., extrait de la Re{)ue internationale de sociologie, décelnbre 19°7, janvier 1908, février 1908). La distribution géographique des industries internationale de sociolog'ie, juillet 1908). (extrait de la Re()71e

Die Soziologie in Frankreich seit 1900 (extrait de la ;}fonatschr~lt L{ür /Soziologie, Leipzig, février 1909). Sociologues et solidarité (Reçue d'économie politique, octobre 19°9.)

René MAUNIER

L'origine et la fonction économique des villes

Étude de morphologie sociale

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

PREFACE
René Maunier (1887-1951) par Thierry Paquot

Ne cherchez pas son nom dans les index des dictionnaires d'économie, de sociologie ou d' anthropologie, vous ne trouverez aucune entrée «René Maunier» (1). Quelques fois, mais très rarement, vous apercevrez une mention concernant un de ses livres, mais sans ni une réelle présentation de sa pensée ni une réfutation argumentée. René Maunier attend son biographe...(2) L'aventurier de la colonistique

René Maunier, né en 1887, la même année qu'un Charles-Edouard Jeanneret (dit Le Corbusier) ou qu'un Frédéric Sauser (dit Blaise Cendrars) pour ne citer que des voyageurs, a été un brillant étudiant en droit, qui parallèlement suivait divers cours à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (section des sciences historiques et philologiques) et à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales. Titulaires de deux thèses (<< localisation des industries La

urbaines », en 1909 - le président du jury est Charles
Gide - et «Droit et économie politique », en 1910) transformées en ouvrages (L'origine de la fonction économique des villes (étude de morphologie sociale), 1910 et L'Economie politique et la sociologie, 1910), il devient chargé de cours à la Faculté de Droit de Lille en 1910, puis obtient, en 1911, le poste de professeur à l'Ecole khédiviale de droit au Caire. Il réside en Egypte durant plusieurs années, au cours desquelles il collabore à la revue L'Egypte contemporaine, dirige le bureau des Statistiques et des Publications du ministère de la Justice, enquête sur la richesse, la criminalité ou encore le suicide

II

dans la société égyptienne et réalise la monumentale Bibliographie économique, juridique et sociale de l'Egypte moderne (1798-1916) qui présente, classés par thèmes, 6500 titres. Sa contribution au premier Congrès internationale des villes, qui se tient à Gand en 1913, porte sur «La vie municipale en Egypte ». Il montre comment le pouvoir municipal, encore balbutiant, dépend de l'administration centrale et du ministère de l'Intérieur et constate l'absence d'un «esprit municipal» qui seul pourrait adapter à «son milieu» la municipalité, cette «création artificielle du législateur moderne ». Reçu premier à l'agrégation de Droit, en 1919, il est nommé à Bordeaux mais préfère se rendre à la Faculté d'Alger pour inaugurer un enseignement de «Sociologie algérienne» (3) et faire du terrain en Kabylie. En 1926, il est muté à la Faculté de Droit de Paris (professeur titulaire de la chaire de législation coloniale) et poursuit ses recherches d'ethnologie juridique, de sociologie coloniale et de folklore. Il cite volontiers James Frazer dans ses divers écrits ainsi que Arnold Van Gennep, qu'il connaît personnellement, et lui-même est mentionné par Pierre Saintyves dans son Manuel du Folklore (1936).En 1925, il succède à Maurice Delafosse (1870-1926), comme secrétaire de la Société française d'Ethnographie et anime la rédaction de la Revue française d'ethnographie et des traditions populaires. En 1936, il est élu président de l'Institut international de sociologie et également président de l'Académie des Sciences coloniales. Bref, une carrière universitaire fulgurante, un parcours sans faute...ou presque, puisque son acceptation passive au régime de Vichy et son engagement pour une colonisation « éclairée» vont le marginaliser, puis le faire « oublier» parmi les intellectuels de cette période. Son départ d'Algérie ne l'empêchera pas d'y retourner fréquemment

III

et de visiter d'autres contrées en vue de parfaire sa connaissance des sociétés humaines et d'élaborer sa méthode. Il affirme dans le « préliminaire» à son Précis d'un Traité de sociologie: « Des faits toujours, rien que des faits, connus par lecture, et puis par voyage. Car l'auteur n'est point un sociologue en chambre: il est resté, ou a tourné, depuis trente ans, dans vingt pays de l'Occident et de l'Orient, et a parcouru quatre continents. Il a résidé chez des primitifs et des avancés. Il peut ainsi livrer du vu et du vécu. » (4). Ligne de conduite qu'il avait déjà revendiquée dans l' « Avant-propos» au tome deux de Sociologie Coloniale (1936) : « Si j'ai puisé aux textes, j'ai creusé aux choses: je livre donc, ainsi qu'ailleurs, du vu avec du lu. Chercher, parmi les gestes des humains, les sentiments et jugements de I 'homme colonial; trouver les faits sociaux, qui sont toujours états mentaux; tracer leurs relations, marquer leurs mutations, peindre toujours, jamais juger, tel est mon but. » Il n'appartient à aucune école de pensée, comme il le proclame dans son Précis d'un Traité de sociologie: «Aucun des ismes en honneur, qui sont des absolus, ne peut se réclamer de la sociologie, qui n'a nul parti et n'en peut avoir. » Mais il reconnaît volontiers les influences de René Worms (1869-1926), Gabriel Tarde (1843-1904) et Emile Durkheim (1868-1917), mais son maître, puis ami sans réelle réciprocité, est Marcel Mauss (1872-1950). Il souscrit financièrement à la relance de L'Année sociologique qu'effectuent Mauss et Hubert, en 1924 avec un accord de la Librairie Félix Alcan et intellectuellement en s'occupant de la rubrique « morphologie sociale» aux côtés de Maurice Halbwachs et Albert Demangeon. Il constate prudemment que « Chacun de nous a bien ses opinions et ses croyances; mais il lui faut les oublier au seuil de notre Académie. Il y a, parmi nous, des incroyants et des croyants; il y a des

IV

adeptes de partis divers, qui peuvent se combattre en d'autres lieux. Ici, nous séparons profondément la connaissance de l'action, et le réel de l'idéal. La sociologie n'est aucunement la politique ou la morale: la conception que nous nous en faisons n'a rien d'américain. Nous cherchons, ensemble, la science; et l'art est du domaine personnel. » (5). Il publie dans la seconde livraison (1927) de la nouvelle série de L'Année Sociologique ses « Recherches sur les échanges rituels en Afrique du Nord» dans lesquelles il analyse avec d'innombrables détails l'usage de la taoussa, qui « consiste en son fond, écrit-il, pour quiconque donne une fête, à percevoir des invités une contribution réglée, à charge de remboursement sous-entendu.» Le mot taoussa est arabe et exprime l'idée de «réunir, rassembler, aider », au Maroc on dira plus volontiers grama, qui veut dire « restitution », ailleurs au Maghreb on évoquera El kher, « le bonheur, le bienfait» ou encore El hena, « la quiétude, la paix », René Maunier ne sait comment expliquer l'absence de mot berbère et l'adoption, en Kabylie, de ce terme arabe. La taoussa est liée à une fête (naissance, circoncision, mariage, funérailles, etc.) et a lieu en public, son principe est « la donation des conviés à l'hôte, lequel en a pour un temps le profit ». Ainsi chaque invité verse un don qui lui sera rendu augmenté de l'incrément lors d'une autre fête, dont il sera cette fois l'organisateur. La taoussa est un don en forme de prêt usuraire qui appelle un contre-don en forme de remboursement différé. Les modalités sont très variées, mais René Maunier constate, contrairement à l'étude de Marcel Mauss sur le don, que chez les Kabyles la chose donnée n'abrite pas l'esprit du donneur. Il note en conclusion: «C'est dans le culte que se forment les devoirs. L'obligation naît par cérémonie. Elle requiert un milieu religieux. Elle use d'assemblées groupées pour d'autres buts. Et cela fait l'étrangeté de ses effets. Le rite

v
a sa vertu mystique, où est compris et confondu l'effet de droit. La translation crée la bénédiction en même temps qu'elle produit l'obligation. Le don se fait appel à Dieu. Et à son tour il en évoque les bienfaits. Il procure par soi la baraka. L'échange est véritablement une prière. Prêt d'honneur, lien de fête et droit de culte; tels sont au Maghreb, les notions qui gouvernent et font comprendre les actions. » (6) C'est vraisemblablement à cause de sa fréquentation du groupe de l'Année sociologique mobilisé par Marcel Mauss qu'il publie son Introduction à la sociologie, à la Librairie Félix Alcan, dans laquelle l'on trouve cette définition: «J'appellerai' socio logie' l'étude descriptive, comparative et explicative des sociétés humaines, telles qu'on les peut observer dans l'espace et dans le temps. » Il relève la présence d'une analogie entre le corps humain et la vie d'une société, ce qu'on désigne par «organicisme », dès l'Antiquité et aussi chez Ibn Khaldûn (1332-1406), auquel il consacrera plusieurs articles importants. Cette conception organiciste de la sociologie est souvent associée à une vision physiologique dont il relève des éléments théoriques chez Saint-Simon, qui dans ses Lettres de Genève (1802) écrit qu'il faut « considérer comme phénomènes physiologiques nos relations sociales », ou encore chez Jean-Baptiste Say, qui dans son Cours complet d'économie politique pratique, publié en 1829, appelle les sociétés des «corps vivants» et définit l'économie comme la «physiologie des sociétés ». Il adhère au propos suivant, de l'inventeur du mot «sociologie» Auguste Comte: «Tous les degrés de civilisation coexistent aujourd'hui sur le globe, depuis celui des sauvages de la Nouvelle-Zélande jusqu'à celui des Français et des Anglais. Ainsi, l'enchaînement établi d'après la succession des temps peut être vérifié par la

VI

comparaison 1ère édition, colonisation connaissance

des lieux. » (Système de politique positive, 1824), ce qui lui permet d'affirmer que la est «le moyen par lequel se fonda la comparée des peuples. »

René Maunier se méfie des écoles de pensée, et même s'il recommande d'éviter le charabia, sousentendu la théorie, il est attentif à la production conceptuelle et aux travaux «scientifiques» de son temps. On ne peut qu'être impressionné par l'ampleur de ses lectures en quatre langues vivantes (allemand, anglais, italien et français) et deux mortes (grec et latin). Ses articles et a fortiori, ses ouvrages, regorgent de références bibliographiques précises et souvent commentées. Ses notes de bas de pages sont pour nous des mines de renseignements et montrent l'état de la production intellectuelle dans les pays «modernes» (ceux qui s'appelleront« pays développés ») comme elles révèlent la curiosité illimitée et transdisciplinaire de l'auteur. En effet, René Maunier suit avec une très grande attention les publications qui concernent l'économie politique, la sociologie, la géographie, l'ethnologie, la linguistique, 1'histoire de l'art, le folklore, etc., et va, semble-t-il, aux meilleures sources. Il ne méprise pas pour autant 1'histoire de la pensée et cite volontiers les «grands classiques », avec une étonnante perspicacité d'érudit. Homme de terrain et homme de bibliothèque, cet universitaire atypique paraît assez isolé, il est vrai que ses idées politiques, pour autant qu'on puisse les repérer dans ses écrits, ne baignent pas ni dans l'idéologie socialisante dominante alors au sein de l'intelligentsia, ni dans le nationalisme extrémiste. Le fait colonial est avant tout perçu par lui comme un heureux « contact» entre des sociétés totalement différentes, qui vont ainsi progresser en se découvrant mutuellement. Il n'est pas dupe, par ailleurs, que la colonisation est d'abord une

VII

conquête territoriale et une exploitation économique des ressources du pays dominé. «Habitation, transplantation avec ses trois degrés, qui sont aussi ses trois moments, exploration, pénétration, occupation -, c'est donc toujours le premier trait des expansions.» écrit-il dans Des Comptoirs aux Empires (7), avant d'affirmer que la colonisation est «par définition, un fait capitaliste» (souligné par lui) et d'admirer les «homme nouveaux» qui «savent risquer leurs corps et leurs biens. » René Maunier manifeste-là un esprit d'aventurier, quel rêve d'enfance resurgit-il en l'adulte? En Algérie, il enquête principalement en Kabylie (les échanges rituels, la situation de la femme, le culte domestique, les rites de la construction, etc.) et tente de mettre sur pied une sociologie «totale» qui mêle l'économie, l'anthropologie, la sociologie des religions et des croyances, les formes de pouvoir, etc., qu'il exposera dans son Précis d'un Traité de sociologie (8). Pour lui, tout d'abord, l'homme est social (<< appartient toujours il à plusieurs groupes à la fois », «il a ainsi des liens sociaux de mille espèces»). Puis il préconise de distinguer « la société» et « les sociétés ». La première possède des traits constants, comme la communauté et l'autorité, d'où découlent des coutumes et des règles, plus ou moins juridifiées, quant aux secondes, elles se combinent en «groupes de parents », «groupes de voisins» et « groupes d'amis». C'est dans le deuxième des groupes qu'il examine les vicinités et traite de la ville (thème ne l'oublions pas de sa thèse). Les détours égyptien et algérien ne font que renforcer ce qu'il imagine caractériser la ville, cette « société de sociétés ». Il remarque que « Le citadin s'oppose au campagnard; et ce contraste peut aller, ainsi que dans l'Islam, jusqu'à l'opposition du sédentaire et du nomade. L'urbanité et la civilité sont choses de la ville, issues du frottement,

VIII

comme le mot politesse le dit bien. Par l'alimentation, le vêtement, le logement, le divertissement, le citadin se met à part du 'contadin'; on peut parler d"habit de ville', et d"ouvrage de ville', et d"usage de ville'. Et quand la cité est plus étendue, qu'elle devient un monde, une 'cité plénière', un univers vivant, l'habitation dans la cité n'est plus qu'un lien de droit, et non de fait, comme au vieux temps; lien de citoyens, non de voisinants. Alors survit, dans le quartier ou le faubourg, la relation entre voisins: avec son saint patron, son armoirie, et son' pennon', le quartier reste une unité, en conflit effectif ou en combat fictif avec d'autres quartiers : Venise eut ses' castellani' et ses 'nicolotti', lesquels joutaient entre eux, une fois l'an, rituellement. » (9) Mais nous ne trouvons pas de nouvelles analyses du « fait urbain» depuis sa thèse de 1909, dans laquelle il présentait somptueusement l'état des connaissances sur le déploiement géographicoéconomique de la grande ville. Le « détour colonial» ne vient guère enrichir ses réflexions sur l'urbanisation, il ne perçoit même pas qu'elle «travaille» les sociétés dominées et contrairement à d'autres spécialistes effectuant du «terrain », il ignore l'urbanisme pourtant présent dans les colonies( 10). Par contre, il examine assez en profondeurs les moeurs des Kabyles et repèrent certains changements, comme la monétarisation des échanges rituels (11). Jacques Berque et plus tard Pierre Bourdieu et Camille Lacoste-Dujardin rendront un hommage discret à ce fin observateur. Mais la ville et l'urbanisation, comme à la fois expression d'un changement socio-culturel et moteur de ce changement des mentalités et des comportements lui échappe. René Maunier produit, à la fois, des monographies détaillées et de vastes synthèses, dans lesquelles toutes ses connaissances sont mobilisées. Pourtant, ce juriste spécialisé un temps dans le droit

IX

musulman, est aussi un fin connaisseur de Ibn Khaldûn et un historien du fait colonial. C'est certainement la colonisation qui sollicite le plus ce savant inclassable. Mais une colonisation qui n'est pas la simple conquête territoriale, l'unique agrandissement d'un empire avec l'administration d'une population indigène maintenue dans une sous catégorie, ou encore l'ultime moyen pour la métropole de s'enrichir par le pillage systématique des ressources et parfois même de l'esclavage ou le travail forcé. Non, la colonisation qu'il étudie s'inscrit dans « le temps long» avec la colonie de peuplement de l'empire romain, les croisades, la découverte des nouveaux mondes, la volonté d'exporter les idéaux des Lumières aux peuples encore soumis aux forces obscurantistes de certaines croyances, etc. Il s'intéresse, à dire vrai, aux inter-relations entre les cultures. Ce qu'il nomme « colonisation », ce sont les rencontres entre des cultures différentes et les conséquences que cela entraîne pour chacune d'elles. Ainsi examine-t- il l'assimilation, l'appropriation, l'adoption, la résistance, le refus, l'opposition, etc. Il retrace I'historique des théories favorables à la colonisation, puis avec autant de distance, il présente celles des partisans de la libération des peuples et du respect de tous. Il analyse aussi bien le « métissage méthodique» prôné par Constantin Pecqueur que l'appel à conquérir l'Algérie de Emeric La Croix, deux siècles plus tôt, sans oublier les doctrines racialistes des uns et racistes des autres et les exhortations à l'Internationale de Marx, puis de Lénine. Au-delà d'une simple histoire des idées, René Maunier s'évertue à édifier une anthropologie comparée dufait colonial, ce qu'il désigne par «colonistique ». Dans le tome II de Sociologie coloniale (1936), il écrit: « Ainsi, trois éléments dans la colonistique : économie des colonies, sociologie des colonies, psychologie des colonies; les deux premières ayant pour but les pratiques, ou bien des résultats, ou des

x
actions, en un seul mot dans les empires coloniaux: mise en valeur, ou bien mise en contact; et l'autre ayant pour but d'examiner, non plus les faits, amis les idées, non plus les effets mais bien les moteurs, non plus les pratiques, amis bien les croyances, non plus les actions, mais bien les notions. » On le voit, son ambition dépasse largement le cadre de la vie urbaine et conséquemment, ce n'est pas étonnant que les documents sur la pensée urbaine des années trente ne le mentionne pas. Rémi Baudoui (12) relate, par exemple, la carrière de William Oualid (1880-1942), professeur à l'Institut d'Urbanisme de l'Université de Paris (Ecole des hautes études urbaines de 1919, devenue en 1924 l'IUUP) et cofondateur de l'Institut d'Urbanisme d'Alger, réformiste dans la lignée d'Albert Thomas, dont il fut le sous-chef de cabinet durant la première guerre mondiale, idéologiquement proche de Charles Gide, théoricien français du mouvement coopératif, sans une seule fois croiser le destin de René Maunier (13). Autre exemple, dans L'Algérie des bidonvilles, Maunier est cité comme un des premiers à étudier les usages vernaculaires du bidon à pétrole (14). Je peux également citer Roger Bastide, qui dans son Anthropologie appliquée (Payot, 1971) lui rend hommage en indiquant qu'il a examiné les effets de la colonisation sur le colonisateur, ouvrant ainsi la voie à une véritable anthropologie culturelle à deux sens... De même, André Leroi-Gourhan, dans Milieu et technique (Albin Michel,1945) salut René Maunier qui a pressenti l'idée d'un « milieu favorable» pour « emprunter» tel ou tel savoir-faire à une autre société et l'adapter aisément (<< Invention et diffusion », Mélanges D. Gusti, XIIe année, Bucarest, 1935). On le voit, c'est peu. Pourquoi? A défaut d'une meilleure connaissance de sa biographie, nous ne pouvons que supputer quelques propositions explicatives, qui sont bien évidemment à discuter:

XI

Primo, René Maunier n'appartient certainement pas au « bon réseau» qui mêle des hauts fonctionnaires des colonies, des professionnels de l'urbanisme et des théoriciens, pourtant il est passé par le Musée Social; Secundo, son intérêt intellectuel est davantage porté vers l'étude du folklore d'une part et vers une approche « totalisante» et comparative des faits sociaux; Tertio, il est perçu par certains comme un juriste et par les autres comme un universitaire, dans aucun des cas comme un militant de la « chose urbaine ».
La « ville» comme « fait social total»

« Le présent travail, écrit-il dès la première ligne de son Avant-propos, prétend être un livre de sociologie, quoiqu'il renferme seulement une tentative de traiter avec quelque méthode un objet relativement précis et défini: l'arrangement local des fonctions industrielles dans les groupes urbains.» René Maunier a 23 ans, il est l'auteur de plusieurs études remarquées (15) et déjà affirme sa tendance - qui ne fera que se renforcée, année après année - à l'analyse comparée transdisciplinaire. Les références bibliographiques dont il abreuve ses notes de bas de page en témoignent: l'ethnologie voisine avec l'économie politique, le droit pénal avec la géographie de la criminalité, la citation de Montaigne avec celle de Rimbaud, etc. En l'état actuel de nos connaissances sur sa vie, il semble bien délicat d'expliciter l'influence de René Worms (1869-1926) qui va le diriger dans ses premières études et le publier. C'est en 1893 qu'il fonde la Revue internationale de sociologie, trois ans avant L'Année Sociologique de Emile Durkheim, et en 1894 qu'il crée la Bibliothèque sociologique internationale, collection aux éditions Giard & Brière, dans laquelle il publie son essai Organisme et société, en 1896, les trois volumes de sa Philosophie des sciences sociales, en 1907 et en 1910 le

XII

quarante-deuxième titres de cette collection internationale, L'origine et la fonction économique des villes (étude de morphologie sociale), par René Maunier, après des ouvrages de Franklin H. Giddings, Achille Loria, James Bark Baldwin, Arthur Bauer ou encore Gabriel Tarde. Si René Maunier a bénéficié des conseils et de l'appui du secrétaire général de l'Institut International de Sociologie, il n'adhère pas pour autant à sa conception organiciste de la société et défend sa propre approche: « Il n'est donc pas nécessaire, pour qu'un fait soit social, qu'il soit collectif, c'est-à-dire accompli par un groupe; il suffit qu'accompli par un individu, il soit réglé par le groupe. Nous parvenons donc en fin de compte à la définition suivante: Les faits sociaux sont des faits traditionnels et obligatoires accomplis ou directement réglés par une société. » (16) Qu'en est-il pour la ville? Voici ce qu'il écrit dans son Introduction à la sociologie: «Les villes ou les cités sont aussi des sociétés. Une ville, avec son entour, c'est un groupe local étendu, une commune amplifiée. Elle a, et davantage elle a eu autrefois ses lois, ses moeurs, ses sentiments; comme elle a eu ses biens, ses intérêts, ses droits. (...) Et sans doute la fonction des villes n'est-elle pas du tout constante et uniforme. Centres de protection, centres de production, centres de relation, sont autant de types distincts. Leur dimension va du petit au grand, et du très petit au très grand. Les villes d'aujourd'hui sont plus peuplées que les Etats anciens. mais elles sont et restent des 'communautés d'habitants', selon la très juste expression usitée dans notre ancien droit. Elles ont même leur moralité et leur intellectualité à elles. Les très grandes villes, surtout, ont leur couleur de pensée et de vie; Graunt, le statisticien, disait, voici déjà plus de deux siècles, qu'il y a, dans les grandes cités, plus de 'curiosité' et d"anxiété' que dans le plat pays. Bernardin de Saint-Pierre, et Rousseau, et maints autres y ont trouvé

XIII

plus d'immoralité; et de nos temps, Simmel y trouve plus d'originalité, plus d'individualité, plus aussi d'inégalité, plus enfin d'instabilité.» (17) Parlant des noirs américains, il constate une relation forte entre leur émancipation relative et leur venue en ville: «C'est donc, troisièmement, l'urbanisation des nègres; fait inédit dans toute leur histoire, et qui a transformé profondément leur état d'âme. »(18) Quelques pages plus loin, il généralise l'influence de la ville comme milieu propice à l'imitation, cet emprunt d'une manière de faire, d'une manière d'être venue d'ailleurs et qu'on adopte, parfois en l'adaptant, parfois en la déformant - il parle alors de marques d'incivilité (p.I33). La ville est «une société de sociétés» qui en permanence assimile, affamilise (le terme d' affamiliation est de Enfantin, qui l'utilise pour désigner le bienfait de la colonisation), associe, émancipe. Mais la ville peut également altérer, briser, aliéner le nouvel arrivant si ce dernier n'apprend pas la ville, n'apprend pas de la ville, ne réagit pas à ses avances et à ses certitudes avec ses propres croyances, ses propres convictions. L'entrée en ville est un combat, d'où l'on sort généralement grandi. La négativité de la ville contient une positivité plus grande encore. Il y a chez Maunier cette idée-force, peu remise en cause, de la ville comme moteur de la civilisation, même si parfois transparaît une certaine nostalgie d'une communauté moins nombreuse et plus vraie dans ses échanges. Avec L'origine et la fonction économique des villes, René Maunier offre une riche présentation de la littérature universitaire sur ce vaste sujet. Plus encore, il ne se contente pas des travaux des économistes et des géographes de l'économie, il cite abondamment les ethnologues, les juristes et les historiens. Je laisse au lecteur le plaisir de l'étonnement face aux nombreux auteurs de poids qu'il utilise. Bien sûr le premier volume

XIV

de Ueber den Standort des industrien de Alfred Weber, qui n'est en librairie que depuis 1909, fait l'objet de commentaires, tout comme les travaux de l'historien et sociologue allemand du développement du capitalisme Werner Sombart, de l'historien belge de l'histoire des villes médiévales Henri Pirenne, l'écossais Patrick Geddes qui élabore sa réflexion sur le civics ou encore Ancient Society de l'américain Lewis Morgan. Il connaît, semble-t-il, assez bien les pères fondateurs de l'économie politique, Cantillon, Quesnay, Smith, Stuart Mill, JeanBaptiste Say, etc., et aussi les travaux des géographes français qui produisent alors des monographies régionales (Raoul Blanchard sur La Flandre, Albert Demangeon sur la Basse Normandie, Camille Vallaux sur la Basse Bretagne...). Les valeurs «sûres» comme Friedrich Ratzel (Politische Geographie et Anthropogeographie) et Georg Simmel (Soziologie) sont également, et fréquemment, visitées et utilisées. Par contre, curieusement, il ne mentionne pas le remarquable travail de Jean Guillou, L'Emigration des campagnes vers les villes et ses conséquences économiques et sociales (Arthur Rousseau éditeur, Paris, 1905) et sous estime le solide travail de Emile Vandervelde, L'Exode Rural et le retour aux champs(Félix Alcan, seconde édition, Paris, 1910) Pour René Maunier, la compréhension de la ville exige la saisie du maximum de ses caractéristiques tant en ce qui concerne sa morphologie physique que ses morphologies sociales, culturelles et économiques. L'objet de son étude est le suivant: «Description, classification et explication des types les plus simples de l'arrangement des fonctions industrielles dans les espaces urbains, successivement considérés comme étendues homogènes et comme espaces sociaux hétérogènes ayant un centre et une limite. » (p.33) Il est alors conduit à distinguer le « type indifférencié» et le « type différencié », avant d'aborder

xv
« le centre de la ville », puis « la limite de la ville ». La conclusion reprend ces notions en les articulant à une étude assez générale de la division du travail, division technique et spatiale: « La ville, de par la définition que nous en avons donnée, est un ensemble complexe, fait de parties; c'est un groupe social formé de groupes secondaires. Sa fonction totale est ou n'est pas divisée entre ces parties; et ces parties ou groupes secondaires eux-mêmes sont ou ne sont pas localisés dans l'espace occupé par le groupe total. Lorsqu'ils sont localisés et non spécialisés, on est en présence de la ville que nous avons appelée indifférenciée; lorsqu'ils sont localisés et spécialisés, on a alors la ville que nous avons appelée différenciée, donnant ainsi à ce mot un sens spécial et défini, qui se réfère exclusivement au fonctionnement interne de l'organisme urbain. » (P319) En fait, les deux types de ville « s'opposent et se soutiennent à la fois» (p.320) et «La division du travail entre les villes fait obstacle à la division du travail dans la ville; la spécialisation d'un organisme entrave la spécialisation de ses parties; la différenciation externe d'une société gêne sa différenciation interne.» Une telle conclusion, et l'auteur en a conscience ne vise pas seulement le phénomène urbain mais constitue « une contribution à la théorie générale de la différenciation sociale. »(p. 320). Dans le compte-rendu qu'il rédige pour l'Année sociologique, Maurice Halbwachs (19) est sévère, il trouve confus la thèse et imprécis les typologies proposées, quant à « l'aspect purement morphologique de l'évolution humaine », les informations sont incomplètes, bref, cet ouvrage est brillant mais le raisonnement de l'auteur part dans tous les sens comme s'il manquait de maturité. Presque un siècle plus tard, nous le lisons avec d'autres yeux, certainement avec plus d'indulgence pour cet aspect touche-à-tout quelque peu encyclopédique, nous y trouvons surtout un magistrale repérage

XVI

bibliographique. Cet ouvrage appartient aux études pionnières sur la ville et, l'auteur en se refusant au genre monographique, nous permet dorénavant d'écrire un chapitre de plus à cette histoire culturelle de la ville dans les sciences humaines qui est en chantier. Dès 1910, Pierre Clerget dans son article «L'urbanisme. Etude historique, géographique et économique », concède une large place au travail de Maunier (20). De même Gustavo Giovannoni dans son imposante réflexion, Vecchie città ed edilizia nuova (1931), mentionne en bonne place, L'Origine et laJonction économique des villes. Par contre Claude Ponsard dans sa thèse, Economie et espace. Essai d'intégration du facteur spatial dans l'analyse
économique - une des rares sur ce sujet

- mentionne

juste,

du bout des lèvres, l'article de René Maunier «La distribution géographique des Industries» (21) et Pierre Dockès l'ignore superbement (22). Réjouissons-nous de cette réédition qui réhabilite un auteur non pas discutable mais à discuter. Un auteur inclassable aux yeux de la Sorbonne muni d'une grande intuition, d'une réelle sensibilité, qui ouvre plus de pistes qu'il n'impose de conclusions plombées... L'originalité anthropologique de René Maunier apparaît encore avec son étude sur «La' queue' comme groupe social» (23), voici un sujet peu traité qui en aborde d'autres comme « l'attente », la «discipline », la « patience », etc. Si dans le dictionnaire (1690) de Furetière, le mot « queue» renvoie à l'expression « sans queue », qui signifie « absolument et sans suite », le sens ordinaire est bel et bien «prolongement du corps» et d'évoquer la queue d'un animal. Rabelais n'hésitera pas à associer « queue» à « pénis» (du latin cauda, à l'origine obscure), cet appendice du corps masculin. Mais à côté du sens argotique, la queue est synonyme de «file d'attente» et le mot commence à être utilisé à la fin du

XVII

XVlllè siècle pour désigner les spectateurs qui attendent l'ouverture du théâtre, ils «font la queue». «Dans la définition et dans la distinction des groupements sociaux, écrit-il, il me paraît que l'on n'a pas tenu un compte suffisant du temps qu'ils durent. La durée des choses est dans leur nature, en tant qu'un élément de leur identité; la durée des êtres, la durée des hommes, la durée des groupes, est à ranger aussi parmi leurs attributs.» Constatant des « groupements durables» et des »groupements instables », il souhaite en savoir plus sur ce «groupe urbain» (qui a «gagné le village luimême », admet-il) et qu'il caractérise par sa taille (<< groupe menu »), ses formes (la queue est «ligne ou rangée, suite ou théorie, et non pas cohue inorganisée; et c'est, d'ordinaire, tout spontanément.»), ses attitudes (groupe passif, debout, serré, pressé, disparate, public, réglé, etc.). « La queue est donc, observe-t-il, disciplinée par sentiment public; et cette règle,. ainsi que toute, a son agent et sa sanction, par coutume obéie et tradition suivie.» Mais quel est donc l'esprit de la queue? « La queue, répond-il, est jonction ou bien liaison, dans le sens social: le contact physique fait contact psychique; le groupe, formé progressivement par apports nouveaux, pense et agit communément. » Les participants se parlent, se prêtent le journal, commentent l'évolution de l'attente, font corps si un resquilleur tente de passer devant, ils sont solidaires dans le travail et dans le plaisir: « Travail de rester, travail de pousser, travail de lutter, et travail d'aider. Plaisir de flâner, plaisir de causer, plaisir de manger plaisir de flirter, plaisir de toucher. » Cette étude sur la queue anticipe bien des situations microsociologiques que les interactionnistes examineront en détail, elle révèle une attitude collective dont l'interprétation mérite une grande attention, rien de comparable,. en effet, entre la queue au restaurant

XVIII universitaire - sorte de rituel - et le fatalisme de la pénurie organisée du système soviétique (24).

Les années dix du vingtième siècle sont essentielles dans la constitution d'une pensée urbanistique, tant en France qu'en Europe: en 1904 paraît Der Stadtebau, la première revue consacrée à «l'art de bâtir les villes », en d'autres termes à l'urbanisme, elle est fondée par Camillo Sitte (18431903) et Theodor Goecke (1850-1919); c'est aussi l'année où sort le premier des trois tomes de La Citéjardin de Georges Benoît-Lévy, avec une préface de Charles Gide. De 1903 à 1909, Eugène Hénard (18491923) publie sous formes de fascicules ses Etudes sur les transformations de Paris. En 1908, le Musée Social se dote d'une «Section d'hygiène urbaine et rurale» qui s'inquiète des « espaces libres », des conditions d'extension des villes, des parcs et jardins et plus généralement des plans d'aménagements, on y retrouve, par exemple, Jean-Claude Nicolas Forestier, Georges Risler, Augustin Rey et Robert de Souza. En 1909, Maurice Halbwachs soutient sa thèse sur L'expropriation et le prix des terrains à Paris et Raymond Unwin publie Town Planning in practice (25). La ville devient un véritable sujet de société, des groupes de pression, des professionnels, des intellectuels s'engagent dans la réflexion et dans l'expérimentation, pour faire de la ville un lieu civilisationnel par excellence. C'est aussi à partir de ce contexte qu'il convient de lire ou de relire René Maunier.

XIX Bibliographie

Vie religieuse et vie économique: la division du travail, Giard & Brière, 1908 L'Origine et la fonction économique des villes (Etude de morphologie sociale), Giard & Brière, 1910 L'Economie politique et la sociologie, Giard & Brière, 1910 Bibliographie économique, juridique et sociale de l'Egypte moderne (1798-1916), Institut français d'Archéologie orientale, Le Caire, 1918 Manuel bibliographique des sciences sociales et économiques, Préface de Charles Gide, Recueil Sirey, 1920 La construction collective de la maison en Kabylie, Institut d'Ethnologie, 1926 Introduction à la sociologie, Félix Alcan, 1929 Essais sur les groupements sociaux, Félix Alcan, 1929 Mélanges de sociologie nord-africaine, Félix Alcan, 1930 Sociologie coloniale, tome I. « Introduction à l'étude du contact des races », Domat-Montchrestien, 1932 Loi française et coutume indigène en Algérie, DomatMontchrestien, 1932 Coutumes algériennes, Domat-Montchrestien, 1935 Sociologie coloniale, Tome II. «Psychologie des expansions », Domat-Montchrestien, 1936 Introduction au folklore juridique. Définition, questionnaire, bibliographie Editions d'Art et d'Histoire, 1938 Répétitions écrites d'économie et de législation coloniales, Les cours du droit, 1939 Des Comptoirs aux Empires. Histoire universelle des Colonies, Recueil Sirey, 1941

xx
Sociologie coloniale, Tome III. «Le progrès du droit », Domat-Montchrestien, 1942. Une traduction anglaise des trois tomes sera faite par E.O. Lorimer, sous le titre The Sociology of colonies. An introduction to the study of race contact, Routlege & Kegan, 2 volumes, 1949 Les lois de l'Empire (1940-1942), Domat-Montchrestien, 1942 L'Empire français: propos et projets, Sirey, 1943 Eléments d'Economie Coloniale (sous la direction de), Sirey, 1943 Précis d'un Traité de sociologie, Domat-Montchrestien, 1943 Principaux comptes-rendus économique des villes: de L'origine et la fonction

Chauffard, E, «René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Revue Internationale de sociologie, n04, 1910, pp.301303. D'Eichtal, E, «René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Revue Critique d'Histoire et de Littérature, vol. 69, fasc. 26, 1910, pp.377-378. Gide, Ch, , «René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Revue d'Economie Politique, 1910, p.416. Halbwachs, M, « René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Année Sociologie 1909-1912, vol. 12, 1913, pp.833-835. Hans, P, «René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », La Réforme Sociale, vol.1, 1910, p. 807. Hauser, H, «René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Annales de Géographie, nOl13, 1911, pp.58-59.

XXI

Hollebecque, M, « René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Revue Socialiste, n0310, 1910, pp.375-378. Picard, R, «René Maunier. L'origine et la fonction économique des villes. Etude de morphologie sociale », Revue socialiste, n0303, pp.280-281. notes: (1) A titre d'exemples: Dictionnaire critique de la sociologie, sous la direction de Philippe Boudon et François Bourricaud, Puf, 1982, seconde édition, 1986; Dictionnaire de la sociologie, Larousse, 1989; Dictionnaire de l'ethnologie, par Michel Panoff et Michel Perrin, Payot, 1973; Histoire de la sociologie, par Charles-Henry Cuin et François Gresle, deux volumes, collection «Repères », La Découverte, 1992. Cette Introduction est la version longue d'un article paru dans Urbanisme, n0324, 2002, « Du lu avec du vu, la méthode de René Maunier (1887-1951) », pp.78-83. (2) Gilles Montigny dans son ouvrage De la ville à l'urbanisation (L'Harmattan, 1992), consacre une longue
section du chapitre VI - «Les oeuvres marquantes

(géographie et sociologie) » aux travaux sur la ville de René Maunier (p.263-279), qu'il fait mourir en 1946 au lieu de 1951, mais sur ce point l'information définitive manque.. L'on glane quelques données factuelles dans la biographie de Marcel Mauss rédigée par Marcel Fournier (Fayard, 1994) mais il convient surtout de lire les articles suivants « René Maunier, sociologue de la colonisation », par le professeur Santi Nava, traduit en français dans la Revue Internationale de Sociologie, 1939, tome 47, pp.177-184; «Approches ethnologiques du Droit musulman: l'apport de René Maunier », par Jean-Robert Henry, L'Enseignement du Droit musulman, éditions du CNRS, 1989, pp.133-171; «Un disciple

XXII

méconnu de Marcel Mauss: René Maunier », par Alain Mahé, Revue européenne des sciences sociales-Cahiers Wilfredo Pareto,Tome XXXIV, n0105, 1996, Librairie Droz, Genève, pp.237-264 et « L'obligation de rendre les présents et l'esprit de la chose donnée: de Marcel Mauss à René Maunier », par Luc Racine, Diogène, n0154, pp.79-94, Gallimard, 1991 et « Sociologie, géographie et économie politique au début du XXe siècle. René Maunier et la localisation des industries », par Efi Markou, Sociétés Contemporaines, n049-40, pp.139-165, L'Harmattan,2003. (3) Cf. « Programme d'une sociologie algérienne », dans Mélanges de sociologie nord-africaine, Librairie Félix Alcan, 1930, pp.36-53, où il écrit que «les peuples algériens sont tous des peuples à 'économie complexe' », refusant ainsi à parler au singulier d'une société si composite et « multiforme» qu'il rattache à un ensemble plus vaste, la Méditerranée. Il observe des similitudes socioculturelles troublantes, ce qu'il nomme « l'unité du monde méditerranéen », qui coexistent avec des traits sociétaux particulièrement spécifiques et parfois uniques, ce qu'on pourrait désigner par la formule suivant: « unité et diversité» du monde méditerranéen... La richesse socioculturelle de l'Algérie, qui s'enracine dans le passé gréco-latin, doit être valorisée et c'est là où la France coloniale a un rôle essentiel à tenir. (4) Cf. Précis d'un Traité de sociologie, par René Maunier, Les éditions Domat-Montchrestien, 1943, p.12 (5) Cf. « L'Année sociologie », par René Maunier, Revue philosophique, CN, n09-10, juillet-décembre 1927, p.306, cité par Marcel Fournier, Marcel Mauss, op.cité, p.495, qui mentionne une lettre de Maurice Halbwachs à Marcel Mauss, du 21 février 1923 qui présente Maunier comme quelqu'un qui semble « plutôt tenir au camp des gens de droit. » . Du reste Maurice Halbwachs n'apprécie guère René Maunier comme en témoigne les comptes-

XXIII

rendus qu'il rédige dans L'Année sociologique, 19091912, pp. 833-835 et dans les Annales d'histoire économique et sociale, 1.2, p.628. Notons, à la suite de Alain Mahé, que Maxime Robinson ne sera pas tendre pour le tome deux de la Sociologie coloniale, qu'il éreintera dans L'Année sociologique, 1948-1949, pp.271275 (6) Cf. « Recherches sur les échanges rituels en Afrique du Nord », op. cité, p. 97. Il faut noter que la transcription a changé et que dorénavant on écrit toaoussa , twasa au singnulier et twasa-s au pluriel. (7) Cf. Des Comptoirs aux Empires. Histoire universelle des Colonies, Librairie du Recueil Sirey, 1941, p.15 et p.16. Comme le laisse entendre le titre, la colonisation est aussi vieille que l'humanité et les colonies d'une période deviennent colonisantes à une autre et ainsi de suite, ce destin paradoxal colonisateur/colonisé rythme 1'histoire du monde... (8) Cf. Précis d'un Traité de sociologie, par René Maunier, Domat-Montchrestien, 1943, p.15. Cet ouvrage se veut un prospectus annonçant une somme de « douze cents pages », qui rassemblerait et organiserait les recherches et réflexions de l'auteur depuis son premier article en 1907, à l'âge de vingt ans. (9) Cf. opus cité, p.31 (10) Cf. Projection coloniale et ville rationalisée. Le rôle de l'espace colonial dans la constitution de l'urbanisme en France, 1900-1931, par Hélène Vacher, Aalborg University Press, 1997 et son article «La naissance d'Urbanisme ou l'art du stratège », Urbanisme, n0306, 1999 (11) Cf. René Maunier cite les travaux anciens de Lapène, Tableau historique, moral et politique sur ..les Kabyles (1846); E. Carette, Etude sur la Kabylie proprement dite (1848); C. Devaux, Les Kebailes du Djerjera (1859); Emile Masqueray, La Formation des

XXIV

cités chez les populations sédentaires de l'Algérie (1886); Hanoteau et Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, (trois tomes, 1866-1872) et les études plus récentes de M. Mercier, La civilisation urbaine au Mzab (1922) et de E. Lévi-Provençal et A. Van Gennep, par exemple. (12) «La naissance de l'Ecole des Hautes Etudes Urbaines et le premier enseignement de l'urbanisme en France, des années 1910 aux années 1920 », recherche sous la direction de Rémi Baudoui, Ecole d'Architecture Paris-Villemin-Paris VIII, janvier 1988, consultable à la bibliothèque de l'IVP. (13) L'Institut d'Urbanisme d'Alger est décrété le Il juillet 1942, mais n'ouvrira qu'au début de 1946. (14) Cf. L'Algérie des bidonvilles, par Robert Descloîtres, Jean-Claude Réverdy et Claudine Descloîtres, 1961 cité par Zeynep Celik dans Urban Forms and Colonial Confrontations. Algiers under French Rule, by, University of California Press, Berkeley, 1997, p.79 et note p.206. C'est dans le chapitre consacré à l' «Imitation 'de haut en bas' », p.149 et s., qu'il apprécie l'inventivité des populations autochtones à propos du bidon à pétrole. Celui-ci sert de récipient, de godet pour équiper la noria, de fourneau - en remplaçant le qanoun en terre cuite. Il observe également que des parois sont édifiées avec des bidons aplatis. «L'on peu voir, écrit-il, tout proche d'Alger, des cahutes formées de bidons ajustés ». Il poursuit: «(.00) aveu des avantages matériels de nos produits »00.Plus loin, il note que « la transmission des inventions est, à la fois, reproduction, transformation, déformation; adoption, mais aussi adaptation. (00.) Et il en est ainsi, enfin, pour l'habitat, qui, dans les villes d'Algérie, dans les villages mêmes des Kabyles, se francise à vue d'oeil, nonobstant les regrets des amants du passé, mais bien plutôt par vanité que par utilité! »

xxv
(15) « Vie religieuse et vie économique: la division du travail », Revue internationale de sociologie, décembre 1907, janvier 1808 et février 1908, repris en brochure; «La distribution géographiques des industries », Revue internationale de sociologie, juillet 1908; « La sociologie en France depuis 1900 », Revue politique et parlementaire, octobre 1909, traduction allemande « Die Soziologie in Frankreich seit 1900 », Monatschrift für Soziologie, février 1909 et reprise en Italie, «La sociologie française contemporaine », Rivista di Scienza, VIII, 1910; «Sociologues et solidarité », Revue d'économie politique, tome XXIII, octobre 1909; «La ville annamite », Revue internationale de sociologie, octobre 1909 et «Les formes primitives de la ville », Revue internationale de sociologie, décembre 1909; « The Definition of the City », The American Jopurnal of Sociology, vol. 15, n04, 1910; «Théories sur la formation des villes », Revue d'Economie Politique, 1910. (16) Cf. L'économie politique et la sociologie, par René Maunier, Giard & Brière, 1910, p.8. Dans son Introduction à la sociologie, Félix Alcan, 1938, René Maunier écrit: « On peut, dès lors, appeler 'faits sociaux' les uniformités de pensée et de vie qui se produisent chez les hommes assemblés. Ou, pour user d'un vieux mot, plus concis, les faits sociaux sont les conformités qui s'accusent dans la conduite ou le 'comportement' des groupes d'hommes. », p.14. On perçoit entre les lignes de cette dernière citation la présence de Gabriel Tarde et de ses concepts d'« imitation» et de « répétition» qu'il fait cohabiter avec d'autres sources, comme Georg Simmel à qui il emprunte le concept de « forme» et la théorie du « conflit », par exemple. (17) Cf. Introduction à la sociologie, opus cité, p.30 et p.31. Plus loin, il note: « L'espace, ou le terroir, est donc un éléments mental en même temps que matériel de la

XXVI

nation. Il est pensé, représenté, imaginé. Il est vraiment une idée-force. », p.32 (18) Cf. Sociologie coloniale, tome l, opus cité, p.79. Il s'agit là d'une réflexion sur la «négrophilie» et la « négrocratie» aux Etats-Unis, où il cite Booker Washington (1859-1915) et Du Bois. A la fin de ce même volume, il évoquera les mariages « mixtes» et citera les travaux de Robert. E. Park. (19) Cf. L'Année Sociologique, XII, 1913, p.833 et s. (20) Cf. L'urbanisme. Etude historique, géographique et économique », par Pierre Clerget, Bulletin de la Société Ne uchâteloise de Géographie, tome XX, 1910, Neuchatel, p.213 et s. Cet article figure dans l'anthologie, Villes et civilisation urbaine, XVIII-XXè siècles, par Marcel Roncayolo et Thierry Paquot, Larousse, 1992. Jean-Pierre Frey analyse les commentaires et interprétations que cet article a provoqué dans la pensée française, puisque ne l'oublions pas, il serait le premier à faire figurer en français le mot «urbanisme », mais je suggère que ce terme est de la rédaction, car il ne se retrouve pas une seule fois sous la plume de Pierre Clerget. 'Généalogie du mot 'urbanisme' », par JeanPierre Frey, Urbanisme, n0304, 1999, p.63 et s. (21) Cf. Economie et espace. Essai d'intégration du facteur spatial dans l'analyse économique, par Claude Ponsard, Préface de Henri Guitton, SEDES,1955 (22) L'espace dans la pensée économique du XVlè au XVlllè siècle, par Pierre Dockès, Flammarion, 1969. Certes l'auteur se focalise sur deux siècles, mais sa bibliographie intègre de nombreux ouvrages sur le thème de la spatialisation des activités économiques... (23) cf. « La 'queue' comme groupe social» est un texte rédigé en 1939 et publié dans le Précis d'un Traité de sociologie, opus cité, p.103 et s. (24) René Maunier indique en note, la traduction française de l'ouvrage de Calvin Hoover sur l'Economie

XXVII

soviétique, dans lequel le «système de la queue» est présentée comme une « institution soviétique nationale ». Libération du 23 février 2001 mentionne une étude parue dans le New Scientist sur la queue comme «équilibre sociétal stable ». Selon les deux chercheurs britanniques « la queue résume deux comportements de base propre à toute société humaine imiter la majorité et copier la personne qui réussit le mieux, en l'occurrence celui ou celle en tête de la queue. » On croirait du René Maunier... Lire également, Le Quotidien urbain. Essais sur les temps des villes, sous la direction de Thierry Paquot, La Découverte, 2001. (25) Cf. « De la ville à l'urbain, un siècle d'urbanisme », par Thierry Paquot et Bernard Ecrement, avec la collaboration de Annie Zimmermann et Corinne Martin, Urbanisme, n0309, 1999.

AVANT-PROPOS

Le présent travail quoiqu'il renferme avec quelque défini: effet aspect l'arrangement conduit

prétend être un livre de sociologie, seulement une tentative de traiter précis et industrielles nous a en sous un

méthode un objet relativement ilocal des fonctions Cette recherche à considérer, urbains.

dans les groupes

indirectement

assez spécial, un problème

qui est tout à fait des villes. Par dans plus

central en sociologie; ëelui de l'origine là même, il J'est aussi dans son esprit, sa méthode, attirer dans savants

ce livre est sociologique dans son objet. Mais et conséquemment seront exposés dont les caractères ici même; des documents servis

loin. Il y a toutefois un point sur lequel nous voulons l'attention ce livre c'est l'usage l'origine qui est fait Les relades villes se ethnographiques. historiques,

qui ont étudié jusqu'ici

sont seulement propositions

de documents

tifs à notre moyen âge; cela les a conduits à certaines qui ne sont valables urbain; que pour certaines telle la théorie qui des formes du phénomène
Maunier

2

A V ANT-P ROPOS

lie étroitement l'origine des villes au développement de la vie commerciale (1). Cependant, si l'on veut connaître les formes les plus élémentaires de la ville, pourquoi ne pas les observer dans des sociétés actuellement vivantes, sur lesquelles nous sommes souvent mieux renseignés que sur notre haut moyen âge, et qui nous présentent, à bien des égards, des phénomènes plus primitifs f Les documents du Bureau d'ethnologie de vVashington contiennent, sur les villes des Indiens de l'Amérique du Nord, des faits bien observés (2), non par des voyageurs ignorants de la sociologie comparée, mais par des sociologues et des ethnologues de profession, et qui nous ont alnené à proposer des explications assez différentes des théories courantes (3). Il est assez étonnant que les recherches ethnologiques, dont les économistes COlllmencent à user courainment en Allemagne, restent à peu près inconnues des économistes fran-

I. C'est ainsi que M. Pirenne, le savant professeur à l'Université de Gand, a écrit, pour n'avoir oQservé que les villes flamandes: « Les vil]es sont l'œuvre des marchands; elles n'existent que par eux. » L' orig'ine des constitutions ur-baines in Re()ue historique, LVII, p. 70. 2 . Voir pour références, p. . 3. Nous n'avons pas cru devoir faire précéder notre travail d'un exposé gén~ral à ces théories qui sont bien connues, et qui se ramènent au fond de deux thèses antagoniques: celle de M. Pirenne, et celles de MM. von ]~elow et Sombart, qui voient dans la surproduction agricole la cause de la fornlation des villes . Voir d'ailleurs une excellente étude d'ensemble de M. G. Bourgin, faite pourtant d'un point de vue trop exclusivement historien: Lei études sur les origines urbaines au (moyen âge dans la Re()ue de synthèse historique, t. VII, 1903) à laquelle il faut joindre deux travaux de M. Sombart, Der Begriff der Stadt und das Wesen der Stœdtebildung (Braun's Arch., XV, 1907), et Die Entstehllng der Stœdte im Mittelalter (Ri()ista di Scienza, III, 1907).

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.