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LA CONSTRUCTION DE L'INCONSCIENT COLONIAL EN ALSACE

De
218 pages
Emmanuel Amougou procède ici « à une analyse fine de l’exposition coloniale de Strasbourg (en 1924), sorte de test projectif de l’inconscient colonial. Il peut ainsi se donner les instruments nécessaires pour interpréter ses observations directes sur l’état actuel du regard que les Alsaciens portent sur les Africains aujourd’hui. Son constat clinique rigoureux et son diagnostic juste et pondéré le conduisent à proposer une sorte de programme de rééducation qui, en libérant les Alsaciens des fantômes sauvages de leur passé, pourrait leur permettre de porter un regard nouveau, plus lucide et plus généreux, sur les Africains qui sont aujourd’hui parmi eux. » (Extrait de la préface de Pierre Bourdieu)
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LA CONSTRUCTION DE L'INCONSCIENT COLONIAL EN ALSACE
Un village nègre sous le froid

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

Anne-Marie BURDESE, L'étudiant, le quartier populaire: les il/usions de la mixité, 2002. Didier SCHWINT, Le savoir artisan, 2002. Denis HARRIS SON, La construction du partenariat patronal-syndical: contraintes du marché et négociation locales, 2002. ZHENG Lihua et Dominique DESJEUX, Entreprises et vie quotidienne en Chine, 2002. Nicole ROUX, Sociologie du monde politique d'ouvriers de l'Ouest, 2002. Christian PAPILLOUD, Le don de relation. Georg Simmel - Marcel Mauss, 2002. Marco PITZALIS, Les transformations de l'université italienne, 2002.

Emmanuel AMOUGOU

LA CONSTRUCTION DE L'INCONSCIENT COLONIAL EN ALSACE
Un village nègre sous le froid

Préface de Pierre BOURDIEU

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur : -(1997). Etudiants d'Afrique Noire en France - UneJcunesse sacrifiée?, Préface du Professeur Christian de MONTLIBERT, Editions L'Harmattan.

-(1998). Afro-Métropolitaines: Emancipation ou domination masculine?, Préface du Professeur Jean ZIEGLER, Editions L'Harmattan, Paris. - (1999). L'Espace de l'Architecture, ( En collaboration avec M. André KOCHER ), .Editions L'Harmattan, Paris.
-(2001). La Réhabilitation du patrimoine architectural :une analYse sociologique de la domination des notables, Préface du Professeur Christian de MONTLIBERT, Editions L'Harmattan, Paris. -(2001). Discours sur le Métissage, destinés aux générations de l'An 2000, Editions L'Harmattan, Paris.

À paraître: - Sous la direction de Emmanuel AMOUGOU, patrimoniale. Quelques lectures critiques.

La Question

2002 ISBN: 2-7475-2819-7

@ L'Harmattan,

A la mémoire du Professeur Pierre BOURDIEU qui nous a péniblement quittés le 23 Janvier 2002. De toute évidence, nous comptions lui remettre
un exemplaire de cepetit ouvrage en mains propres et

lui manifester ainsi notre profonde reconnaissance autant pour la préface à cet essai que pour l'héritage sociologique qu'il nous a laissé. Malheureusement les difficultés liées au premier éditeur, ayant pourtant attepté - deux ans plus tôt -

la publication de ce texte, ont rendu cet acte j0ndamentakment £Vmbohque pour nou~
impossible.

E. AMOUGOU,

Bordeaux 27 mai 2002.

Remerciements

Pour le concours inestimable qu'ils m'ont apporté dans l'élaboration et la réalisation de cet ouvrage, je voudrais exprimer toute ma reconnaissance à :

- Claude-A. ANYOUZOGO, -Alexis DUFRENO~
- Edmond-PaulNIAMANKESSI, - Ruffin ONDAY.
Aussi, la publication de cet essai n'a été possible que grâce aux relectures et corrections patientes et minutieuses de Mlle. Chantafe AMOUGUI et .de M. Sylvain ZOLAN'A qui, tout en entreprenant leurs travaux de recherche en thèse de doctorat respectivement en Droit et en Sociologie, ont toujours accepté mes textes en toute amitié.

Préface.

Dans ce livre, Un village nègre sous le froid, Emmanuel Amougou, chercheur d'origine africaine formé à l'école alsacienne de sociologie, prend pour objet les rapports entre les Alsaciens et les Africains et, plus précisément, la stigmatisation dont les seconds font souvent l'objet en Alsace. Pourquoi le racisme est-il si présent dans la communauté alsacienne, comme l'attestent les scores particulièrement élevés du parti qui a fait de la lutte contre l'immigration son cheval de bataille? C'est pour répondre à cette question que Emmanuel Amougou, convaincu que l'inconscient s'enracine dans l'histoire collective et individuelle, entreprend d'explorer les relati9ns particulières que l'Alsace a entretenues avec l'Afrique. Sans intention de blâmer, de condamner ou de culpabiliser, il veut comprendre et faire comprendre les racines historiques de la xénophobie qui se manifeste encore aujourd'hui avec une force particulière en Alsace. C'est ainsi que, explorant d'abord le rôle de l'Église, il analyse notamment la contribution particulière de l'Alsace au travail missionnaire et l'image de l'Afrique qu'a pu véhiculer la propagande religieuse en vue de défendre les conditions de perpétuation de l'entreprise d'évangélisation, et il examine la relation particulièrement étroite entre l'Église et un monde entrepreneurial tourné vers une philanthropie paternaliste. Pour comprendre le rôle de l'État dans la formation des 9

catégories de pensée de la région alsacienne, qui, du fait qu'elle n'a cessé d'être disputée entre deux nations, a été soumise à un travail pédagogique particulièrement intensif, visant à lui inculquer la vision républicaine, en même temps qu'à une entreprise d'auto-valorisation propre à l'enfermer dans un culte satisfait de ses particularismes, il procède à une analyse Eme de l'exposition coloniale de Strasbourg, sorte de test projectif de l'inconscient colonial. Il peut ainsi se donner les instruments nécessaires pour interpréter ses observations directes sur l'état actuel du regard que les Alsaciens portent sur les Africains d'aujourd'hui. Le constat clinique rigoureux et le diagnostic juste et pondéré que Emmanuel Amougou dégage de son exploration méthodique de l'inconscient historique de l'Alsace d'aujourd'hui le conduisent à proposer une sorte de programme de rééducation qui, en libérant les Alsaciens des fantômes sauvages de leur passé, pourrait leur permettre de porter un regard nouveau, plus lucide et plus généreux, sur les Africains qui sont aujourd'hui parmi eux. PierreBOURDIEU.

Le Collège de France, Mai 1999.

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Prologue: Silence et oubli au nom de l'État?

"L'État pense, les enfants sont les enfants de l'État, et agit en conséquence, et depuis des siècles il exerce son action dévastatrice. C'est en vérité l'État qui engendre les enfants, il ne naît que les enfants de l'État, voilàla vén'té[...]. Où que nous regardions, nous ne voyons que des enfants de l'État, des élèves d'État, des travailleurs de l'État, des fonctionnaires de l'État, des vieillards de l'État, des morts de l'État, voilà la vérité. L'État ne produit et ne permet l'existence que des créatures de l'État, voilà la vérité. Il n'y a plus d'homme naturel, il n'y a plus que l'homme de l'État, et là où l'homme naturel existe encore, on le traque et on le persécute à mort et/ou on fait un homme de l'État." Thomas BERNHARD, Maîtres anciens.

"L'État façonne les structures mentales et impose des principes de vision et de division communs, des formes de pensée qui sont à la pensée cultivée ce que les formes primitives de classement [...] sont à la "pensée sauvage", contribuant par là à construire ce que l'on désigne
communément comme l'identité nationale

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ou, dans un

langage plus traditionnel, le caractère national." Pierre BOURDIEU, " L'esprit dÉtat. "

Les discours de l'État, c'est-à-dire les discours autorisés des membres de la classe dominante - ce que l'on nomme parfois le discours officiel - sur lesquels reposent la "direction de la vie publique" de la nation, sur les domaines spécifiques tels que "l'entrée", "le séjour" et "l'intégration des populations étrangères" relèvent, sans aucun doute du monopole et de l'imposition de la puissance de l'État tant sur les individus que sur les collectivités locales et territoriales. Dans la construction, toujours renouvelée de
.

l'idéologie de la nation ou de la nation comme idéologie, l'État français a su, comme tout le monde le sait, imposer une vision 1 nationaliste aux citoyens, même aux plus réfractaires. Cette vision a fait oublier, en quelque sorte, les relations que certaines régions ont entretenues avec certaines parties du monde qui, aujourd'hui, du fait des mouvements
1. Ce travail d'inculcation de la vision de l'Etat aux citoyens s'est également accompagné par l'intervention dirigiste de l'Etat en matière de langue. C'est-à-dire de l'imposition du français (au détriment des langues vernaculaires) comme langue nationale dont" l'efficacité des actions indirectes a souvent permis de faire adopter par le plus grand nombre des modèles issus de l'idéologie dominante", comme le souligne judicieusement Anne Szulmajster-Cetnikier dans son excellent article: "Des Serments de Strasbourg à la Loi Toubon : Le français comme affaire d'Etat", in Regards sur l'Actualité, n0221, mai 1996, pp. 39-54.

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Un Village Nègre sous le Froid

migratoires internationaux, voient leurs ressortissants s'installer sur le sol de ces régions françaises. Le cas de l'Alsace par rapport à l'Afrique noire et au Maghreb est particulièrement significatif à ce sujet. Surtout quand on s'imagine, un tant soit peu les péripéties tragiques que l'Alsace et sa population ont connues depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Mon séjour en Alsace depuis plus de quinze ans, et les questions qu'il implique m'ont conduit à observer non seulement la faiblesse des discours et des pratiques de l'État sur les questions d'intégration des populations étrangères (notamment celles de l'Afrique du Nord et du Sud du Sahara), mais également l'inertie, voire le refus des populations indigènes à se prêter aux nombreuses démarches initiées par l'État et les collectivités locales et territoriales dans ce domaine fort complexe. Pourtant, au regard de la conduite économique et culturelle de l'Alsace, tout le monde semble s'accorder à reconnaître que les chances d'intégration seraient plus élevées ici qu'ailleurs. Ce paradoxe, me semble -t- il, n'est compréhensible qu'à condition d'examiner les rapports socio-historiques2 qui ont
2. En adoptant ce parti pris sociologique fondé sur l' historicisationde ce que l'opinion commune naturalise, je voudrais, par cet effort somme toute difficile, tenter de comprendre comment de telles attitudes sont-elles possibles. Et, dans cette perspective, la sociologie ou mieux un regard sociologique dé-fatalisant me parait le plus approprié. Car, me semble-t-il, .1'une des tâches de la sociologie est sans doute de découvrir "la nécessité,la contrainte des conditions et des conditionnements sociaux, Jusqu'au cœur du "s,,!jet"" qui, de manière inconsciente naturalise ce qui est objectivement construit. Cf. Pierre Bourdieu, Chosesdites,p. 25.

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Prologue

favorisé l'émergence de certaines attitudes que les Alsaciens affichent aujourd'hui face aux étrangers présents" sur leur sol" comme on dit. Un tel travail d'objectivation permettrait de se doter des moyens, si modestes soient-ils, pour l'analyse des situations complexes que l'observation immédiate ou spontanée renvoie souvent dans l'arrière-plan affectif ou affectuel, prétextant, tout en les banalisant, que le racisme, la xénophobie, l'exclusion ou la stigmatisation de l'autre ne sont que les manifestations de la "peur de la différence"3. En adoptant et en amplifiant de telles conceptions de phénomènes aussi graves, on oublie du même coup, que ces attitudes, ces pratiques qui se manifestent par la distanciation, le rejet de l'autre sont en partie déterminées par l'intériorisation des structures objectives différencialistes dont les discours et les pratiques de l'État constituent des constantes. Il me semble que la stigmatisation4, voire le racisme dont les Noirs et même les Arabes comme on dit en France
3. En l'absence d'un véritable examen des conditions de production et de reproduction des discours et pratiques racistes, la "peur", ce sentiment fondamentalement humain, est devenue, autant pour les racistes que pour leurs victimes, une stratégie de banalisation du racisme. On comprend dès lors que la pensée commune gagne tous les esprits et aff1rtIle quotidiennement et banalement que chacun de nous, quel qu'il soit et quelle que soit son appartenance sociale ou nationale a, en lui, des" relents naturels de racisme". Ou, qu'en chacun de nous" sommeille un petit Hitler ". 4. Cette stigmatisation passe aussi, comme on le verra plus loin, par toute une série de stéréotypes classificatoires. C'est ce qui a été récemment analysé par ces auteurs: Jacques-Philippe Leyens, Paola Maria Paladino et Stéphane Dumoulin dans "Nous et les autres-

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Un Village Nègre sous le Froid

aujourd'hui, sont victimes obéit à cette logique historiquement construite et intériorisée par les Français dits de souche. Dans le cas spécifique de l'Alsace, la stigmatisation des Africains est passée, de manière successive, par l'implication des Alsaciens dans certaines expériences de la "conquête coloniale", l'action des missionnaires (catholiques et protestants), des acteurs des "humanistes" célèbres tels que Albert Schweitzer dont on ne peut nier tout ce qu'il a fait de bien au Gabon notamment. Toutes les situations qui ont généré ces expériences étaient, sinon construites, du moins agrémentées et légitimées par les discours et les pratiques de l'État français au nom de "1'œuvre civilisatrice" de la trèsgrande France. En Alsace, compte tenu de l'histoire de cette région, tout se passe en effet comme si les Alsaciens, après avoir intériorisé la domination de l'État français dans le souci lié, au départ, à leur délivrance par rapport à l'Allemagne, ont parallèlement adopté et idéalisés les discours et les pratiques de l'État français, volontairement ou involontairement comme une stratégie de revendication et de conservation identitaire. Dans ce cas, les discours et les pratiques relatifs à la construction de la nation ne sont que partiellement en contradiction avec la construction de l'identité régionale alsacienne dont le socle religieux est une des modalités
Peut-on vivre sans stéréotypes sur autrui ?", in SciencesHumaines, n094, mai, 1999, pp. 26-29. 5. Georges Livet et Francis Rapp (Sous la direction de), Histoire de Strasbourgdes originesà nosJours, t. IV, Strasbourg, 1982, p.416.

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Prologue

déterminantes6. En Alsace, l'Église et l'État ne sont pas véritablement séparés selon les principes issus de la Révolution française. On ne comprendrait pas facilement les contradictions et les attitudes de la population alsacienne vis-à-vis de l'État et vis-à-vis des étrangers sans interroger toutes les formes d'articulation et d'ajustement qui se sont structurées, institutionnalisées entre l'instance régionale et l'instance étatique à des moments décisifs de l'histoire de cette région. Comment ne pas s'interroger sur l'ouverture manifeste des Alsaciens vers l'Europe alors que dans le même temps certaines fractions de la population ne camouflent pas leur sympathie pour le Front National? Comment expliquer la "froideur" des Alsaciens vis à vis de l'Etranger alors que ces derniers constituent la population qui a le plus émigré massivement dans l'histoire de la France vers l'Afrique du Nord, l'Amérique du Nord, l'Europe de l'Est7... ? Comment
6. A partir de cette hypothèse, il me paraît difficile d'admettre "L'indifférence traditionnelle de l'Alsace à l'Etat, quel qu'il soit, allemand ou français", comme le prétendent Albert Wahl et Claude
Richez (Cf. La vie quotidienne en Alsace

-

Entre France et Allemagne -

1850-1950, p. 239). Surtout que toute construction de l'Etat s'est toujours appuyée sur la légitimation de l'église, quand elle n'en est pas l'inspiration. 7. Par exemple, dans son article paru le 1cr mars 1924 dans L:Alsace
Française, sous le titre "Un exode d'autrefois

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des Alsaciens

depuis

150 ans sur terre étrangère", Georges Bergner décrit assez clairement l'émigration qui a conduit les Alsaciens et les Lorrains en Europe de l'Est, notamment dans la région du Bana en Hongrie dans les années 1762-73. Cette colonisation de la Hongrie était le fait, dit-il, " Pour la plupart, des jeunes hommes encore célibataires ou mariés depuis peu, de vingt-cinq à trente ans, quelques adolescents, tous à l'âge de la 17

Un Village Nègre sous le Froid

ne pas poser la question de la stigmatisation des Noirs en Alsace alors que, depuis la première moitié du XIXe siècle, c'est essentiellement sur les missionnaires alsaciens que repose l'évangélisation des Noirs? Toutes ces questions - et il y en a bien d'autres auxquelles je ne peux malheureusement pas apporter des réponses systématiques, font partie de toutes celles qui alimentent l'exploration de "l'imaginaire alsacien" aujourd'hui. Dans la construction de l'imaginaire républicain des Français, l'État français de près ou de loin, a déployé des stratégies qui se sont accompagnées d'effets négatifs notamment sur les populations des anciennes colonies françaises. La tradition républicaine d'organisation des expositions coloniales en métropole et dans les colonies représente une de ces stratégies qui ont contribué à la stigmatisation des anciens colonisés d'hier. C'est sans doute dans cette logique que s'inscrit l'organisation de L'Exposition Coloniale,Agricole et
Industrielle de S trasbour;g en 1924.

Celle-ci, au-delà de ses présupposés économiques, avait pour objectif politique de prouver aux Alsaciens redevenus
hardiesse, de la cQnfiance en soi et dans la vie, amateurs d'aventures, décidés à ne plus subir de joug opportun. La misère les éloignait de chez eux; ils ne fuyaien t ni les tribunaux, ni le travail, car ils apparaissaient aux agents recruteurs comme des hommes actifs et religieux, infmiment supérieurs à l'espèce habituelle des colons fainéants avides de gagner leur vie sans effort. Ils partaient, persuadés de trouver là-bas une autre patrie, des villes et des villages pareils aux leurs, peuplés d'émigrés comme eux, qui les avaient précédés ou qu'ils feraient venir", pp. 203-207.

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Prologue

Français, qu'ils font désormais partie d'une grande nation. C'est-à-dire de la CCp/us rande France" dont les possessions g coloniales illustrent bien sa toute puissance dominatrice extra-métropolitaine. Voici ce que devait d'abord savoir tout visiteur alsacien de l'Exposition. "La plus Grande France"

[...] C'est un merveilleux domaine; l'empire colonial français couvre plus de 11 millions de kilomètres carrés de superficie, il dépasse l'étendue de l'Europe; il est peuplé de 65 millions d'habitants dont un grand nombre éduqués par notre civilisation sont aujourd'hui Français de cœur, conscients de l'aide économique qu'il est d'ailleurs de leur intérêt d'apporter à la Métropole, prêts à tous les sacrifices -la guerre l'a suffisamment démontré par le salut de la grande Patrie à laquelle ils se sont attachés. Un regard sur la carte permet de constater la diversité favorable de la situation de nos colonies; d'une part un ensemble africain comprenant, dans les régions de climat tempéré de la Méditerranée, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie; dans les régions subtropicales, très cultivables et ouvrant sur l'Atlantique par une façade étendue communiquant à l'intérieur, par le Sahara français, avec l'Afrique du Nord, l'Afrique Occidentale française; dans la zone tropicale humide notre magnifique colonie forestière de l'Afrique Equatoriale; une île plus vaste que la France: Madagascar et ses. annexes, dont la Réunion; une enclave située au débouché des pays Abyssins, la façade de la plus importante des voies maritimes du monde: la Côte des .Somalis et Djibouti; un véritable

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Un Village Nègre sous le Froid

empire indochinois au contact des plus riches provinces de la Chine, en façade du pacifique, au voisinage de l'opulente insulinde. Notre pavillon flotte sur la lointaine Nouvelle-Calédonie qui vaut mieux que sa réputation, sur nos établissements de l'Océanie, sur les territoires en marge du continent américain: St-Pierre et Miquelon et surtout les Antilles françaises, Guadeloupe et Martinique, Guyane qui dissimule une véritable richesse et qui mériterait d'être mieux connue et plus eXploitée. Notre colonie de l'Algérie a été conquise de 1830 à 1847, elle est notre premier domaine acquis dans l'Afrique du Nord, nous y avons ajouté en 1881 la Tunisie placée sous notre protectorat par le traité du Bardo signé avec le bey de Tunis. Enfin, en 1912, le traité de Fez auquel a souscrit le sultan Moulay-Hafid nous a accordé le protectorat du Maroc. Nous possédions depuis longtemps le Sénégal, nous avons ajouté à cette vieille colonie de l'Afrique Occidentale la Guinée française, la Côte d'Ivoire, le Dahomey, qui depuis la guerre s'est complété du Togo allemand, le Soudan français, la HauteVolta, la Mauritanie. La conquête de notre Afrique 2e partie du XIXe siècle Occidentale a été réalisée dans la par des hommes qui sont la gloire de la colonisation française: Faidherbe, Archinard, Gouraud, Dodds, Galliéni, Borgnis-Desbordes ; les voyages de Binger et de Mouteil nous ont fait connaître le Soudan Occidental. C'est à Savorgnan de Brazza que nous devons l'Afrique équatoriale française que les explorateurs Crampel, Dybowski et Maistre avaient déjà reconnue en partie; ce sont les missions Foureau-Lamy, Joalland et Gentil qui par la victoire remportée sur Rabah en 1900 nous ont assuré la jonction de notre colonie de l'Afrique

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Prologue

Centrale avec le Tchad. En 1918 une grande partie du Cameroun allemand a été jointe à notre Afrique
.

Equatoriale

et nous avons récupéré la partie de notre

colonie que dans le souci de ne pas troubler la paix .européenne nous avions cédé à l'Allemagne en 1911. Le général Duchesne en 1895 a reconquis sur les usurpateurs Hovas notre colonie de Madagascar dont Galliéni et Lyautey ont assuré la pacification. En Asie nous avons, sous le règne de Napoléon III acquis, en Indochine, la Cochinchine et le Cambodge (1867) ; sous la troisième République, grâce à la politique de Jules Ferry, à l'explorateur Francis Garnier, à l'Héroïque Commandant Rivière, à l'amiral Courbet qui payèrent cette conquête de leur vie, le traité de Tien-Tsin signé avec la Chine en 1815 nous reconnut le protectorat du Tonkin et de l'Annam auquel nous avons ajouté le Laos qui complète nos possessions dans la péninsule indochinoise. On juge ainsi des progrès récemment accomplis: en 1870 notre domaine colonial comptait 800.000 kilomètres carrés et 5 millions Yz d'habitants [.. .]. Le grand homme d'État avait vu juste: aujourd'hui la plus grande France est indispensable à la vie même de la France; elle procure à la métropole les matières premières, les produits alimentaires dont elle a besoin [... ]. Les Français forment dans nos colonies des essaims actifs, et puisque c'est aujourd'hui sur les divers points de la planète que se traitent les affaires du monde entier, il nous plaît de constater que la France est représentée favorablement sur

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