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La fin des petites villes

De
225 pages
Les petites villes subissent des pressions extrêmement fortes de la part d'une modernité de plus en plus envahissante. On constate alors que ces petites entités oscillent entre l'attrait et le rejet. Ce livre revient sur ces logiques contradictoires et tente de pointer les problèmes inhérents auxquels les petites villes sont confrontées. En étant obligées de choisir entre la peste et le choléra, ne risquent-elles pas, soit de se diluer et de se perdre, soit de se crisper et de se fossiliser ? A terme ne risquent-elles pas de disparaître ?
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SOMMAIRE
Remerciements …7 …9 …13

Préface Introduction Première partie : Les petites villes et la modernité
Chapitre I : Petites villes et culture locale 1. Un taux de population relativement faible 2. Un enjeu conservatoire 3. Les défenseurs de la culture locale 4. Les accès à la culture locale Chapitre II : Les petites villes en porte-à-faux 1. La centralité des petites villes 2. Dénigrements et pressions sur les petites villes Chapitre III : La modernité expansionniste 1. L’envahissement de l’idéal du progrès 2. L’imposition de la pensée rationnelle 3. La propagation d’un nouveau rapport à l’espace Chapitre IV : Les logiques oscillatoires à l’égard de la modernité 1. Un double registre à l’égard la modernité 2. Des logiques ambiguës face à l’expansion moderne
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…21 …23 …25 …30 …36 …41 …47 …48 …59 …71 …73 …77 …81 …87 …88 …99

Deuxième partie : Les petites villes face à la modernité
Chapitre V : Croître ou rester stable 1. L’attrait pour le grand 2. L’attrait pour le petit 3. Premiers types de problèmes pour les petites villes Chapitre VI : Culture élargie ou typique 1. L’attrait pour l’universel 2. L’attrait pour le relatif 3. Seconds types de problèmes pour les petites villes Chapitre VII : Hypermobilité ou enracinement 1. L’attrait pour la mobilité 2. L’attrait pour les racines 3. Troisièmes types de problèmes pour les petites villes Chapitre VIII : Accès poreux ou rigides 1. L’attrait pour l’ouverture 2. L’attrait pour la fermeture 3. Quatrièmes types de problèmes pour les petites villes

…107 …111 …112 …119 …126 …135 …136 …143 …150 …159 …160 …167 …174 …183 …184 …190 …197 …207 …211

Conclusion Bibliographie

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Remerciements

Je tiens à remercier Franck Chignier-Riboulon qui a si aimablement accepté de rédiger la préface de ce manuscrit. Toute ma gratitude va à Anne Dellenbach-Pesqué pour avoir lu et corrigé ce texte. Mais ce travail n’aurait pas pu être réalisé sans la complicité de Corinne Berger. C’est grâce aux diverses recherches que nous avons menées ensemble et à ces innombrables discussions depuis plusieurs années, que j’ai pu construire l’armature de ce travail.

PRÉFACE

Jean-Luc Roques nous livre ici un véritable essai sur les petites villes. C’est un objet d’étude qu’il connaît parfaitement bien puisqu’il l’analyse depuis plus de dix ans au travers, notamment, d’une thèse qui a porté sur les jeunes et leurs projets (scolaires, professionnels et de vie). Le thème de la petite ville laisse rarement indifférent. Celle-ci est souvent associée, dans nos représentations collectives, à l’espace rural et aux relations villes/campagnes d’autrefois. De fait, l’image d’une complémentarité, d’une qualité de vie, d’un monde de traditions et de proximité est toujours très présente de nos jours, tout particulièrement dans l’esprit d’habitants de grandes agglomérations. Dans ces conditions, la perception est positive rappelant, parfois à juste titre, une sociabilité considérée comme perdue et, néanmoins, disons-le, quelque peu surévaluée. Dans cet ouvrage, Jean-Luc Roques dresse un riche panorama des problématiques qui se posent aujourd’hui aux décideurs et habitants de ce type de communes. Le style est alerte, les références sont nombreuses et la présentation tout en nuances. Car le sujet est complexe et les réalités, géographiques en premier lieu, pèsent fortement sur les opportunités et les choix de développement. Par delà la complexité qu’il décrit, l’auteur a fait le choix d’une entrée originale puisqu’il interroge l’idée de crépuscule de ces petites villes. Et, tout au long de l’ouvrage, il questionne cette idée
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de fin d’un monde, de fin d’un mode de vie et de pensée. Ce questionnement est également celui d’auteurs et d’acteurs locaux face à un monde moins maîtrisé et maîtrisable, face à l’arrivée de nouveaux habitants, de nouvelles fonctions et demandes sociales. Certes, ces changements, voire ces transformations radicales dans certains cas, ont été rapides et perturbants. Les enjeux, les conflits (d’intérêts par exemple), les perceptions de la ville à vivre et à construire ont pu opposer anciens et nouveaux. Cependant, ces rivalités peuvent aussi opposer des anciens habitants à des anciens habitants, ou des nouveaux à des nouveaux ; chacun s’attachant à sauvegarder ses représentations et même, quelquefois, ses images d’Epinal, au nom d’un « âge d’or » à préserver ou à reconstruire. Dans ces conditions les stratégies sont diverses et les acteurs qui les portent représentent un groupe, qui peut être dominant à un moment donné. Or, au-delà de ces représentations porteuses d’actions individuelles et collectives existent des logiques globales. Il ne s’agit pas seulement d’une ouverture à la (une ?) modernité, plus ou moins liée aux réalités de la mobilité et de l’accessibilité. L’enjeu a d’autres dimensions. L’ouverture, la modernité sont la construction d’un avenir dans lequel les décideurs locaux doivent faire entrer la ville. Ainsi, la petite ville n’est pas qu’une entité (sociale, démographique, culturelle…), elle est aussi un projet de vie et de développement intégrant des échelles et des logiques plus larges. Cela implique un passage d’hier à demain, souvent en quelques décennies, et même parfois en peu d’années. Cette temporalité du changement, ce passage d’un monde qui s’achève à un monde qui s’ouvre sont essentiels. Les représentations culturelles évoluant plus lentement que les réalités économiques et sociales, l’un des principaux défis est la capacité des acteurs locaux à savoir saisir l’environnement de demain, et à le faire partager à leurs contemporains. L’avenir ne peut se résumer à une perspective crépusculaire, il est aussi une inscription, innovante si possible, dans un monde de compétition et de positionnement fort. Cette réalité dynamique est perceptible au sein du texte de Jean-Luc
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Roques, au travers de communes rurales devenues villes ou intégrées progressivement à une banlieue, de petites villes devenant villes moyennes ou, à l’inverse, de villes se muséifiant, économiquement, socialement, culturellement,… Ces évolutions, contrastées, indiquent que l’ouverture à l’altérité est le premier temps de toute adaptation au changement. Franck Chignier-Riboulon Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand Professeur des Universités Membre du laboratoire CERAMAC Responsable du master « Stratégies d’aménagement des villes petites et moyennes » et de la licence professionnelle « Médiateur socio-économique »

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INTRODUCTION

« Bleu-vert et profond, le lac s’étend devant la petite ville. Ses eaux reflètent les hauts remparts de la citadelle médiévale, que certains imaginent plus ancienne encore (…). Cependant les années passent, les gens vieillissent, d’année en année les remparts se délabrent, tout change et l’on ne s’aperçoit de rien. » Dimitri Hadzis. La fin de notre petite ville.

À l’entrée de la petite ville d’Anduze, dans le Gard, une inscription, mi-dramatique, mi-comique, bombée sur un mur vous accueille : « Souriez ! Demain sera pire. » Mais en fait pour qui est cette phrase ? Est-elle pour les nombreux touristes de passage en quête de rêves et qui risquent d’être déçus ? Estelle pour les jeunes dont le marasme actuel est à son paroxysme ? Est-elle pour les adultes qui se demandent de quoi demain sera fait ? Est-elle pour les personnes âgées qui voient des pans entiers de leur société s’effriter devant eux ? À moins qu’elle ne soit destinée à toutes les petites villes qui vivent, comme beaucoup d’auteurs l’affirment, une situation incertaine, parfois difficilement soutenable, une situation que nous appellerons pour notre part crépusculaire.

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Déjà depuis quelques décennies, le constat est net, il existe de puissants bouleversements spatiaux, territoriaux et, par effet d’entraînement, sociaux. Mendras1 traitait en son temps de la fin des paysans, piliers majeurs du monde agricole mais aussi d’une civilisation qui vivait sur sa terre et lui affectait un sens particulier. Mais derrière s’exprimait aussi la fin des campagnes, de leurs images et leurs véracités. De ce phénomène de décomposition et de recomposition émergeait ce qu’il fut alors coutume d’appeler l’espace rural, avec ses espérances2 mais aussi ses souffrances3 . Un peu plus tard, Chombart de Lauwe4 pour sa part parlait de la fin des villes, comme le constatent aujourd’hui Choay, Donzelot ou Lussault, tout en posant la question de savoir si cela relevait d’un mythe ou d’une réalité. Il expliquait dès son introduction que nous étions en train de vivre un processus d’urbanisation et nous étions incapables de le maîtriser. Nous étions pris dans ses filets. En cela, surgissait ce qu’il est coutume de nommer actuellement le phénomène urbain, avec ses espoirs5 et ses douleurs6 . Si nous avons affaire à la fin des campagnes d’un côté et la fin des villes d’un autre côté, qu’en est-il des petites villes en tant que catégorie intermédiaire entre ces deux formes précédentes ? Comme tout se modifie, avons-nous affaire aussi à la fin de ces petites entités ? À cette question, le romancier et chroniqueur grec Hadzis7 aurait répondu sans hésiter par l’affirmative. Dès les années 1960 d’ailleurs, il rédigeait plusieurs nouvelles qui traitaient de la fin des petites villes, et notamment de la fin de sa petite ville.
1 Mendras. H. La fin des paysans. Paris, Armand Colin, 1967. 2 Kayser. B. La renaissance rurale. Paris, Armand Colin, 1990. 3 Tacet. M. Un monde sans paysans. Paris, Hachette, 1992. 4 Chombart de Lauwe. P.-H. La fin des villes : Mythe ou réalité. Paris, Calmann-Lévy, 1982. 5 Xenakis. I. « La ville cosmique ». In Choay. F. L’urbanisme, utopie et réalités. Paris, Seuil, 1965, pp. 335-342. 6 Dubet. F. La galère : jeunes en survie. Paris, Fayard, 1987. 7 Hadzis. D. Le cahier du détective : la fin de notre petite ville. Bruxelles, Éditions Complexe, 1990. 14

Dans l’ensemble de ces courts récits, Hadzis mettait en scène des figures locales, comme Sioulas le tanneur, Tsiàgalos le cafetier, Tante Angheliki et bien d’autres. Tous voyaient, vivaient et racontaient avec une certaine amertume et un certain désarroi le déclin puis la mort lente de leur petite cité et donc de leur propre espace de vie. Nous avons là le visage sombre d’un monde social qui s’effondre, mais où derrière pointent malgré tout quelques espoirs d’amour, d’amitié et d’humilité. Il est vrai que la modernité radicale a fait son œuvre de fossoyeur. Elle a, par le biais de l’urbanisation et de la métropolisation, des moyens de communication et d’échanges, de l’individualisation et des nouveaux rapports sociaux, exercé des pressions extrêmes et a modifié en grande partie l’armature de la société. Prenons simplement l’exemple de certaines petites villes qui, en l’espace de quelques années, se sont vues totalement transfigurées soit par excès, soit par défaut. Moisan et Prod’homme, dans un article datant déjà de 1997, décrivaient six petites villes sous pression d’urbanisation. Lagny-le-Sec a vu sa population tripler en trente ans. Orry-la-Ville, ancienne commune agricole, a été soumise à une forte pression des promoteurs du fait de son environnement forestier. Magny-enVexin a doublé sa population dans les trois dernières décennies. Ivry-la-Bataille a accru sa population en trente années. SaintAndré-de-l’Eure, en tant que carrefour routier, a vu sa population progresser de 60 % en trente ans. Marines a vu sa population augmenter mais moins que les cinq autres. « Globalement, ces six communes ont en trente ans eut une croissance démographique de près de 75 %, avec le risque majeur de voir leurs communes transformées en citésdortoirs1 . » À l’opposé, d’autres petites villes se meurent, que cela soit en France, aux USA, en Grande-Bretagne ou en
1 Moisan. H. & Prod’homme. J.-P. « Rapports sociaux et enjeux d’avenir dans les bourgs et petites villes sous pression d’urbanisation. Les cas de six communes dans la zone d’influence de l’agglomération parisienne ». In Laborie. J.-P. & Renard. J. (dir.). Bourgs et petites villes. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1997, pp. 443-460. 15

Australie, du départ de leurs habitants, de leurs commerces ou de leurs services publics. Pensons notamment dans le cas français aux petites villes sinistrées du bassin minier de Lorraine, comme celles d’Hayange ou d’Agondange. Dans ces considérations, on pourrait conclure que si les petites villes sont soit consommées soit consumées, leur fin est proche, si ce n’est déjà fait. D’ailleurs, peuvent-elles véritablement agir ou réagir face à des forces qui les dépassent, les engloutissent ou les rejettent ? Si nous admettons que l’avenir des petites villes est très aléatoire, nous proposerons de nous interroger sur la dynamique de celles-ci. Nous concentrerons notre réflexion sur les petites villes de France, mais nous prendrons aussi quelques exemples en Europe ou aux États-Unis. La question centrale sera de savoir non seulement en quoi leur avenir est problématique, mais surtout ce qui dans leur dynamique les entraîne plutôt vers leur propre perte. En d’autres termes, si nous considérons que les petites villes sont des acteurs, en quoi leurs diverses logiques les dirigent-elles vers des problèmes qu’elles auront du mal à résoudre ? Avant de poser une quelconque réponse, revenons tout d’abord sur quelques éléments pour appréhender ce qu’est de manière globale une petite ville, ou peut-être ce qu’elle n’est pas. De façon courante et quotidienne, nous avons tendance à construire des catégories de sens. Elles nous permettent d’appréhender le monde. Ces catégories s’élaborent à partir d’opposés incarnant le bien ou le mal, le beau ou le laid, l’ordre ou le désordre, le vide ou le plein, le grand ou le petit. Dans ce sens, il semblerait inévitable de constituer des dichotomies entre le village et la grande ville, ou entre le rural et l’urbain. Tönnies, voulant offrir un schéma d’explication de l’intelligibilité du monde social, délimitait deux formes de volonté humaine1 . D’un côté, la communauté s’organiserait
1 Tönnies. F. (1887). Communauté et société : catégories fondamentales de la sociologie pure. Paris, Retz, CEPL, 1977. 16

autour de liens affectifs et spirituels puissants, où le sentiment d’appartenance transcenderait et dépasserait les individus. D’un autre côté, la société renverrait à l’échange, au commerce. Les individus seraient calculateurs et étrangers les uns aux autres. Si l’on tient compte de ce schéma quelque peu manichéen, les petites villes poseraient alors un problème de classification. La tentation est alors grande de les placer dans l’un ou l’autre de ces cadres, mais cela ne résout en rien le problème. En effet, dans une petite ville, il subsiste des relations de voisinage, des ententes familiales, qui renvoient au communautaire, mais il est facile aussi de repérer bien des formes d’isolement ou d’excentricité. Dans ce type d’espace, certains individus sont plus anonymes, plus détachés que dans une grande ville où les réseaux sociaux sont multipliés et les relations interpersonnelles étroites1 . À l’inverse, la mobilité, les flux migratoires, les nouveaux réseaux entraînent une forte urbanisation des comportements2 , qui rendent compte d’éléments sociétaires. Toutefois, il subsiste en ces lieux des éléments statiques, où l’enracinement reste un facteur primordial. Il faut donc faire attention à ces catégorisations, et se méfier de ces termes purs que sont la société et la communauté. En effet, ils peuvent connoter et signifier de multiples assertions3 . On admettra alors que se mêlent ici des aspects à la fois de type communautaire et de type sociétaire. Il existe donc des jeux compliqués de proximités et de distances qui opposent ou qui relient les individus4 . Ainsi, ne faut-il pas regarder du côté de ces éléments antinomiques pour analyser la dynamique des petites villes ? Ne faut-il pas regarder de plus près ces éléments divergents et
1 Hannerz. U. Explorer la ville. Paris, Éditions de Minuit, 1983, p. 100. 2 Lugan. J.-C. « Sociabilité et intégration dans les petites villes, hypothèse sur une évolution ». In Laborie. J.-P. & Renard. J. (dir.). Bourgs et petites villes. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1997, pp. 399-406. 3 Galissot. R. « Communauté, communautés ». In Marouf. N. Identité, communauté. Paris, L’Harmattan, 1995, pp. 35-42, p. 36. 4 Grafmeyer. Y. Sociologie urbaine. Paris, Nathan, 1994, p. 32. 17

contradictoires pour mettre en évidence les problèmes que les petites villes peuvent rencontrer mais aussi les risques qu’elles encourent ? Ces éléments antinomiques (mais aussi complémentaires) sont à la fois les forces et les faiblesses des petites villes. Ils sont leurs forces parce qu’elles peuvent jouer un double jeu. Ils sont leurs faiblesses parce qu’elles risquent de se perdre. Une des idées principales de ce texte est de dire que les petites villes ont quelques spécificités, et notamment une dynamique culturelle particulière. Or, elles ne sont plus encloses dans leurs murs et la modernité, nettement envahissante, les a pour beaucoup attaquées. Il semble alors que, d’une part, elles soient attirées par les frasques de la modernité, mais d’autre part, elles tentent de lui résister. L’hypothèse générale posée sera de dire que le problème ne vient pas du seul principe qu’elles sont ou dévorées ou rejetées, mais du fait qu’elles sont prises en étau. Elles sont obligées de jouer un double jeu, avec des problèmes qui risquent de les entraîner vers leur destruction. Pour répondre à nos diverses interrogations et vérifier la véracité de nos hypothèses, nous proposerons le plan suivant. Dans une première partie, nous traiterons d’une part des petites villes et d’autre part de la modernité. Nous présenterons quatre chapitres qui répondent à quatre questions. Comment définir une petite ville ? Nous définirons les petites villes à partir de quatre points : un taux de population faible, une culture typique, des groupes qui la défendent et des accès dont il faut les clés. Pourquoi les petites villes sont-elles en porte-à-faux ? Nous verrons ici qu’il subsiste deux types d’images qui collent à la peau des petites villes et qu’elles les vivent de manière délicate. Soit elles sont adulées, respectées et valorisées, soit en revanche elles sont décriées et rejetées. Comment définir la modernité ? Nous présenterons trois axes qui renvoient à son caractère envahissant et à l’imposition de ses idées de progrès, de rationalité et d’urbanité. Quelles sont les réactions à l’égard de cette modernité ? Celles-ci sont très ambivalentes, ambiguës et oscillatoires. En définitive, la modernité attire autant qu’elle
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repousse. Dans une seconde partie, nous aborderons les diverses logiques des petites villes face à la modernité, tout en tenant compte à la fois des quatre points de notre définition des petites villes, à la fois du caractère oscillatoire des réponses face à la modernité. Nous verrons quatre chapitres centrés sur les questions suivantes. Qu’est-ce qui pousse les petites villes à vouloir croître mais aussi à souhaiter rester réduites ? Pourquoi les petites villes veulent-elles avoir une culture ouverte sur l’extérieur tout en revendiquant une culture spécifique ? Pourquoi les petites villes sont-elles attirées d’un côté par la mobilité, le flux, et d’autre part par des formes d’enracinement ? Pourquoi, enfin, veulent-elles ouvrir leurs portes d’accès aux autres tout en désirant les refermer ? Pour chacun de ces chapitres, nous verrons que ces petites entités, si elles ne sont pas vigilantes, encourent des risques majeurs de déstabilisation ou de désorganisation, et à l’opposé de rétraction ou de crispation. Prises en tenaille entre des logiques contradictoires, les petites villes risquent de se voir précipitées vers leur fin. Pour l’instant nous n’en sommes qu’au crépuscule.

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PREMIÈRE PARTIE
LES PETITES VILLES ET LA MODERNITÉ

« On assiste à une métamorphose où le changement suppose une transformation de la forme qui articule les similitudes et les différences. Cela stipule un mode particulier d’échanges supposant un nouvel entremêlement de l’identité et de l’altérité. » Jean Remy. Le rural et l’urbain.

Lors de cette première partie, nous proposerons quatre temps. Dans un premier temps, nous tenterons de définir ce qu’est une petite ville. Ce qui paraît entendu n’est peut-être pas si facile à déterminer. Expliciter ce qu’est une petite ville semble a priori facile, or ce n’est pas le cas. Nous choisirons de définir une petite ville, notamment au travers de sa dynamique culturelle, en mettant en évidence quatre axes possibles. Certes, une petite ville peut être à l’évidence bien différente d’une autre, mais nous faisons le pari de dégager à partir de ces axes ce qui peut les relier. Dans un second temps, nous verrons comment les petites villes sont perçues ou vues par la littérature, la politique ou les sciences sociales. Nous remarquerons que leurs images ne sont pas nettes et même sont
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assez ambivalentes. Parfois, les petites villes apparaissent fortement centrales dans la dynamique sociale et sont nettement valorisées. Parfois, à l’opposé, elles sont dénigrées et restent en périphérie de tout. Dans un troisième temps, nous nous détacherons quelque peu de ces petites entités urbaines pour nous intéresser au contexte d’ensemble dans lequel elles sont situées, notamment leur environnement culturel contemporain. En effet, aucune de ces petites villes n’est totalement isolée dans une bulle. Toutes (plus nettement en Occident) sont historiquement placées à l’intérieur de ce que l’on a couramment l’habitude de nommer aujourd’hui la modernité. Pour cela, nous ferons un rapide état des lieux de ce qu’est cette modernité qui par bien des traits est fortement expansionniste et envahissante en ce qui concerne ses idées et ses pratiques. Enfin, dans un quatrième et dernier temps, nous étudierons les réactions qui peuvent exister face à cette modernité quelque peu impérialiste. Nous verrons que la modernité engendre des logiques bien contradictoires et opposées. Soit elle attire, soit elle devient source de rejet.