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La formation professionnelle par apprentissage

294 pages
L'apprentissage occupe aujourd'hui une place croissante et souvent très idéalisée dans le débat politique relatif à la formation professionnelle, au chômage et à l'école. Dix pour cent des jeunes de seize à dix-huit ans sont actuellement en apprentissage. Cette proportion doit doubler avant l'expiration de la loi quinquennale pour l'emploi. Ces jeunes ne sont assimilables ni à la jeunesse scolarisée des classes moyennes, ni à la jeunesse ouvrière des lycées professionnels, ni à la jeunesse marginalisée des " quartiers difficiles ". Il se dégage l'image d'un monde spécifique appuyé sur les valeurs du métier et du travail mobilisant des réseaux familiaux et locaux d'insertion professionnelle et sociale. A l'intérieur de cet univers social propre, les jeunes femmes ont une place tout à fait particulière. Si leurs acquis culturels et scolaires sont largement supérieurs à ceux des garçons, elles ont de plus grandes difficulté d'insertion et de valorisation de leurs qualifications. Cet ouvrage met en evidence la complexité de l'intégration à ce mode de formation. la diversité du déroulement des apprentissages et l'intérêt des trajectoires individuelles qui en découlent. Au niveau quantitatif, cette recherche a recueilli 1181 questionnaires d'apprentis sur le vécu de leur formation et 4686 questionnaires d'anciens apprentis sur leur devenir. Au niveau qualitatif, des centaines d'entretiens minutieux ont été réalisés auprès d'apprentis, d'anciens apprentis et de maîtres d'apprentissage.
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LA FORMATION PROFESSIONNELLE PAR APPRENTISSAGE
ÉTAT DES LIEUX ET ENJEUX SOCIAUX

Collectiol1 Logiques sociales dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Péquignot
Dernières parutions : Seguin M.-Th., Pratiques coopératives et mutations sociales, 1995. Werrebrouk J.-C., Déclaration des droits de l'école, 1995. Zheng Li-l-Iua, Les Chinois de Paris, 1995. Waser A.-M., Sociologie du tennis, 1995. Hierle J.-P., Relations sociales et cultures d'entreprise, 1995. Vilbrod A., Devenir éducateur, une affaire de fa/nille, 1995. Courpasson D., La modernisation bancaire, 1995. Aventure J., Les systèlnes de santé des pays industrialisés, 1995. Colloque de Cerisy, Le service public? La voie moderne, 1995. Terrail J.-P., La dynalnique des générations, activités individuelles et changement social (1968-1993), 1995. Semprini A., L'objet COlnme et comme action. De la nature et de l'usage des objets dans la vie quotidienne, 1995. Zolotareff J.-P., Cercle A. (eds), Pour une alcoologie plurielle, 1995. Griffet J., Aventures marines, Images et pratiques, 1995. Cresson G., Le travail domestique de santé, 1995. Martin P. (ed.), Pratiques institutionnelles et théorie des psychoses. Actualité de la psychothérapie institutionelle, 1995. D'Houtard A., Taleghani M. (eds.), Sciences sociales et alcool, 1995. Lajarte (de) I., Anciens villages, nouveaux peintres. De Barbizon à PontAven, 1995 Walter J., Directeur de comlnunication. Les avatars d'un modèle professionnel,1995. BOlTedon A., Une jeunesse dans la crise. Les nouveaux acteurs lycéens, 1995. Guillaume J.-F., Legrand M, Vrancken D, La sociologie et ses métiers, 1995. Deniot J., Dutheil C., Métamorphoses ouvrières , Tomes I et II, 1995. DeniotJ., Ethnologie du décor en milieu ouvrier. Le Bel Ordinaire, 1995. A wad G., Du sensationnel. Place de l'événelnentiel dans le journalisme de n1asse, 1995.

Collectiol1 Logiques sociales dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Péquignot

Laurence et Sébastien Ramé

LA FORMATION PROFESSIONNELLE PAR APPRENTISSAGE
ÉTAT DES LIEUX ET ENJEUX SOCIAUX

Éditions L'Harmattan 5-7 rue de l'École-Polytechnique 75 005 Palis

@

L'Harmattan,

1995

ISBN: 2-7384-3940-3

INTRODUCTION L'apprentissage est une forme traditionnelle d'éducation remontant au Moyen-Age. Elle repose sur deux principes pédagogiques: la formation sur le tas par le travail et l'affectation de l'apprenti à un homme de métier: le patron; celui-ci jouant pour l'apprenti le rôle d'un maÎtre, à la fois exemple et modèle. Un autre mode d'instruction se développe et se généralise depuis le XIXème siècle: l'école, avec ses corps d'enseignants permanents et la coupure franche entre formation et activité professionnelle. Le spectaculaire développement de la scolarisation a pu laisser penser que les jours de l'apprentissage étaient comptés. Il n'en n'est rien. Après avoir régressé, les effectifs des apprentis semblent s'être stabilisés depuis une vingtaine d'années à un niveau loin d'être négligeable puisqu'il concerne environ 100/0 des jeunes de dix-sept ans (140/0 des garçons et 50/0 des filles). Un jeune sur dix, c'est une population de 215 800 apprentis en 1993-1994, l'apprentissage s'étalant sur deux ans. On constate une légère baisse d'effectifs au début des années quatre-vingt-dix: en 1992-1993 on dénombre 205 400 apprentis en France. Les effectifs d'apprentis ont diminué de 4,90/0 en 1990-1991 . Cet affaiblissement quantitatif s'accompagne d'un renforcement qualitatif. Désormais, un apprenti sur dix prépare un BEP, un baccalauréat professionnel ou un Brevet de Technicien Supérieur ce qui constitue un phénomène nouveau. Après quatre années de baisse continue des effectifs, "apprentissage redémarre. D'après une enquête rapide réalisée par la direction de l'évaluation de l'Education nationale, le nombre d'apprentis croÎt de 5% à la rentrée 1993. Au total ce sont 10 000 jeunes de plus qui ont rejoint les Centres de Formation d'Apprentis. Les effectifs de ces derniers atteignent désormais 215 800 ressortissants. L'Education nationale relève que cette progression est d'autant plus significative que, compte tenu des classes d'âge concernées (les jeunes nés entre 1973 et 1976), on aurait dû assister à une baisse mécanique de 4 500 apprentis cette dernière année. Les diverses campagnes de soutien à l'apprentissage, menées par le ministère du Travail, les branches professionnelles ou les Chambres de métiers et de commerce ont-elles fini par payer? Sûrement. La conjoncture joue aussi: préparer un diplôme en étant salarié d'une entreprise a de quoi séduire les jeunes. Ensuite, l'offre de formation après le BAC s'est développée. Enfin, le fait que des grandes écoles d'ingénieurs et surtout de commerce (l'ESSEC en tête) se soient lancées dans la formule a contribué à revaloriser son image. Les effectifs croissent de 1180/0aux niveaux BAC + 4 et BAC + 5 ; de 53% pour les BAC + 2 (BTS ou DUT) et de 18,70/0 au niveau du BAC pour l'année 1993-1994. On compte maintenant 8 000 7

apprentis dans l'enseignement supérieur. L'évolution du nombre d'apprentis dans la Région des Pays de la Loire, au cours des vingt dernières années, épouse le profil de l'évolution nationale. Il y a eu une diminution des effectifs entre 1971 et 1974 à l'échelon national comme à Itéchelon régional. Ce phénomène correspond au nouveau statut de l'apprentissage établi par la loi de 1971 et aux problèmes de définition de l'apprenti qu'il induisait. Contrairement aux effectifs nationaux, les effectifs d'apprentis des Pays de la Loire subissent un léger fléchissement à partir des années 1980 : 140/0 des jeunes de dix-sept ans étaÎent apprentis en 1981, ils ne sont plus que 12.50/0 vers la fin des années quatre-vingt. Cette diminution s'observe dans les cinq départements de l'académie: en Mayenne elle est la plus faible et en LoireAtlantique la plus accentuée. Depuis ce taux s'est stabilisé grâce à une activité intense du Conseil Régional en faveur du développement de l'apprentissage. Une reprise en termes d'effectifs semble s'amorcer à partir de l'année 1993-1994. Il faut attendre les chiffres officiels de l'Education nationale pour en avoir la confirmation. Le tableau suivant nous permet néanmoins de constater que les baisses d'effectifs d'apprentis suivent directement ou sont concomitantes de l'établissement de nouvelles législations concernant l'apprentissage. C'est le cas, de manière très nette, après la réforme de 1971 mais aussi pour la phase précédant la loi de 1987 longuement annoncée. Apparemment, toute volonté de légiférer dans ce domaine serait relativement mal perçue par le milieu artisanal et commercial. Les maÎtres d'apprentissage joueraient alors l'attentisme, en réduisant leurs offres, afin de mesurer réellement le degré de contrainte de la loi. De toute évidence, la loi de 1987 semble les avoir satisfaits car les effectifs ont rapidement remonté jusqu'au léger mais ponctuel essoufflement du début des années quatre-vingt-dix.

8

Effectifs
Années 70/71 71/72 72/73 73/74 74/75 75/76 76/77 77178 78/79 79/80 80/81 81/82 82/83 83/84 84/85 85/86 86/87 87/88 88/89 89/90 90/91 91/92 92/93

nationaux
France 206424 201665 169041 151127 145844 160203 175370 190872 205897 214200 225077 228582 225003 218267 213480 213369 216495 220304 234048 231572 220326 211485 205435

et régionaux
Années 70/71 71/72 72/7 3 73(14 74(15 75/76 76/77 77/78 78/79 79/80 80/81 81/82 82/83 83/84 84/85 85/86 86/87 87/88 88/89 89/90 90/91 91/92 92/93

d'apprentis
Pavs de la Loire 18417 19290 16664 14808 13571 14084 14219 15379 16104 16177 16792 16542 15641 14899 13987 13852 13869 14607 15475 15914 15617 15197 14539

BelVies statistique du Rectorat de Nantes

9

L'importance de l'apprentissage varie fortement selon les départements. Moins d'un jeune garçon sur dix se prépare au CAP par la voie de l'apprentissage dans le Nord-Pas-de-Calais, tandis que plus d'un sur quatre s'y prépare en Charente, Loir-et-Cher, Aude et Pyrénées-Orientales. Cinq académies dépassent les dix mille apprentis; ce sont dans l'ordre croissant: Aix-Marseille,OrléansTours, Versailles, Paris et ...Nantes qui en comptait 14 539 en 19921993. A titre indicatif, il Yavait 14 607 apprentis en 1987-1988 dans l'académie de Nantes. l'apprentissage est donc stable et bien vivace dans notre région. les cinq départements des Pays de la loire, où près d'un jeune garçon sur cinq se retrouve en apprentissage, se situent parmi les départements où le taux d'apprentissage est élevé pour les garçons (entre 180/0et 220/0)comme pour les filles (entre 7% et 9%). Homogènes pour les garçons, ces cinq départements le sont moins pour les filles: les proportions d'apprenties en Loire-Atlantique et en Vendée sont moindres que dans la Sarthe, la Mayenne et le Maine-et-Loire. On aurait tort toutefois de conclure à une stagnation de ce mode de formation à cause de la constance des effectifs dans notre région. le maintien à un niveau stable de la population apprentie s'accompagne de profondes transformations dans la structure de cette population. Trois modifications majeures ont notablement transformé le paysage de l'apprentissage au cours des quinze dernières années dans notre région: la déformation de la structure des métiers préparés, l'élévation du niveau scolaire des jeunes apprentis et un mouvement léger mais sensible de féminisation. La structure des formations s'est profondément transformée au cours des vingt dernières années. Les métiers du bâtiment, du gros comme du second oeuvre, ont vu leurs effectifs diminuer fortement comme ceux de la mécanique. En revanche, les métiers de l'alimentation avec ceux du commerce et des services ont accru sensiblement le nombre de leurs apprentis et par voie de conséquence, leur poids parmi l'ensemble des formations. Hier, la mécanique constituait dans notre région le secteur le plus lourdpar le nombre de ses apprentis. Il ne figure plus en 1984, date d'entrée en apprentissage de notre cohorte de référence, qu'à la troisième position en occupant 11.5% de la population (contre 14.70/0 en 1974). Sont passés devant lui le secteur du commerce et de la distribution (17.2% des apprentis) comme celui de la boulangeriepâtisserie (13.1°k). Aujourd'hui, l'apprenti le plus représenté, n'est plus le mécano mais le vendeur ou le mitron. Cette modification de la structure professionnelle s'est aussi accompagnée de l'élévation du niveau scolaire des jeunes apprentis. Ici aussi, le niveau monte: 34.30/0des nouveaux apprentis de 1984 ont poursuivi leurs études jusqu'à la fin de la troisième (ils n'étaient 10

que 38.9% dans ce cas dix ans plus tôt). Corrélativement, ils ne sont plus que 14% à sortir d'une CPPN, d'une SES ou d'une simple cinquième (contre 21 % en 1974). Les vocations semblent aussi s'affirmer plus tôt si l'on en croit la proportion croissante de jeunes entrant en apprentissage à la suite de la fréquentation d'une Classe Préparatoire à l'Apprentissage (CPA) : 28.4°k en 1984 contre 21.4% dix ans plus tôt. L'accroissement de cette source d'alimentation s'opère au détriment des élèves sortant d'une quatrième ou d'un Lycée d'Enseignement Professionnel. Entre 1974 et 1984, les flux d'entrée d'apprentis dans la région des Pays de la Loire sont demeurés constants: ils étaient 6343 en 1974 et 6256 en 1984, soit une érosion d'à peine 1.5% en dix ans. Cette stabilité ne saurait pourtant dissimuler un mouvement non négligeable de rééquilibrage de la population en faveur des filles. Les effectifs masculins ont en effet perdu 300 individus entre les deux dates et ceux des filles ont augmenté de 200 apprenties. La proportion de filles sur l'ensemble de la population des apprentis passe ainsi de 20.60/0 en 1974 à 24.3% en 1984. Certes les filles demeurent largement minoritaires et l'apprentissage reste, dans ses valeurs comme dans ses principes de fonctionnement, une affaire d'hommes. Il n'empêche que la hausse enregistrée est significative puisqu'on passe d'une fille pour cinq apprentis à une fille pour quatre. Loin d'être indépendantes, ces trois évolutions - diminution du secteur industriel et accroissement du tertiaire, élévation du niveau, féminisation - sont des phénomènes fortement liés les uns aux autres. On les retrouve à l'oeuvre dans maints secteurs de la vie scolaire et économique de notre société. Les métiers où le niveau scolaire monte le moins sont aussi ceux du bâtiment où les filles demeurent exclues, aujourd'hui comme hier. Il monte le plus dans les métiers tertiaires ou ceux de l'alimentation où les filles poursuivent leur percée. En déformant, durant ces dix années, la structure de ces formations (moins d'industrie, plus de tertiaire), en privilégiant celles qui réclament un niveau scolaire plus élevé (services) où en exigeant de ses apprentis un bagage scolaire plus riche (alimentation), en faisant une large place aux filles, l'apprentissage épouse, en s'y adaptant, les évolutions majeures qui travaillent le tissu économique et social de la région, mais aussi de l'ensemble du pays. Il s'agit donc d'une structure vivante et non d'un mode d'éducation guetté par le déclin. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, l'apprentissage cristallise les attentions politiques, gouvernementales ou non, de droite comme de gauche. Ce mode de formation professionnelle par alternance est l'objet d'un vaste dépoussiérage médiatique. Les principales décisions d'un renouveau de l'apprentissage ont été 11

arrêtées au Conseil des ministres du 26 février 1992. L'objectif fixé est de faire passer, en cinq ans, le nombre des apprentis de 205 000 à 400 000. Cette évolution programmée concerne essentiellement l'artisanat et le commerce. En effet, l'industrie ne compte que 10 000 jeunes sur les 215 000 apprentis français actuels. Pour encourager les entreprises de toutes tailles à accueillir et à former des jeunes, le gouvernement leur accorde des avantages fiscaux, un crédit d'impôt dans le budget 1993 et la simplification des procédures administratives. En outre, la durée du contrat d'apprentissage est individualisée et peut varier de un à trois ans. Devant la mise en accusation de l'école, répétée et émanant des milieux économiques et politiques, le développement de l'apprentissage était quasiment inéluctable. Selon des conceptions normatives, presque hégémoniques, de ces différents acteurs sociaux, le chômage ne cesserait de s'accroître parce que le système scolaire n'a pas su , ou pas pu, s'adapter aux exigences de l'économie en matière de formation qualifiée. Comme le contexte global est à la résorption en douceur des querelles traditionnelles dues à la séparation entre l'école et le monde de l'entreprise, il n'est plus possible de reléguer au second plan cette forme d'acquisition de connaissances professionnelles. Dans ce cadre, l'apprentissage est perçu comme possédant de nombreux atouts pour permettre l'insertion professionnelle des exclus du système scolaire. Il propose de s'adapter à un rythme différent de celui du travail scolaire et fait plus appel à l'intelligence concrète qu'à l'intelligence abstraite hautement valorisée au sein de l'école. Le concept de base de l'apprentissage moderne est la tentative de rapprochement d'un enseignement théorique à une pratique évolutive en entreprise. Le sociologue doit prendre acte de ce discours officiel, institutionnalisé et légitimé étatiquement depuis le 26 février 1992, et le confronter à l'épreuve des faits. Il s'agit d'apprécier dans quelles proportions on peut confirmer ou infirmer ce discours officiel et de voir s'il n'est pas sous.. tendu par un discours beaucoup plus officieux.

12

CHAPITRE

1

LES

APPRENTIS

1 - LA CONNAISSANCE PRÉALABLE DU MAÎTRE D'APPRENTISSAGE

Grâce à une enquête réalisée en 1989 auprès de 1 181 apprentis de deuxième année sur les cinq départements des Pays de la Loire, on s'aperçoit que près des trois quarts des apprentis ne connaissaient pas directement ou indirectement leur maître d'apprentissage avant la signature de leur contrat. De manière représentative, ce dernier apparaît donc comme un être anonyme dont on ne connaît rien et qui réciproquement ne connaît rien de vous. Ce cas de figure contemporain est très éloigné de l'idéal de l'apprentissage s'inscrivant dans l'éthique artisanale. Connaissance préalable Effectif Non Parents Famille Amis famille Copains Autre Non-réponse 840 70 32 116 45 40 14 du patron

Pourcentage 72,6 6,05 2,77 10,03 3,89 3,46 1,21

Enquête Département de Sociologie de Nantes . Pays de la Loire. 1988/1989

Le fait de connaître son maître d'apprentissage avant de signer un contrat de travail avec lui, est quelque chose de très important et de très clivant au sein de cette population juvénile. La place de la recherche d'un maître d'apprentissage est très riche d'enseignements pour le sociologue. La reconnaissance préalable de l'employeur est ce qui va déterminer le contenu et influencer le déroulement entier de cette phase de recherche du maître. Le nombre de maîtres d'apprentissage contactés, la durée de la recherche, le choix du métier et même le projet d'indépendance professionnelle seront fortement dépendants de cette connaissance préalable du maître d'apprentissage. Si l'employeur est préalablement connu, cela induit deux paramètres. D'une part, le processus de recherche d'un maître d'apprentissage s'en trouve extrêmement facilité. D'autre part, l'intégration au sein de l'apprentissage s'en trouve également facilitée car lorsqu'on connaît un maître d'apprentissage on connaît bien 15

souvent les valeurs propres et afférentes à ce milieu de "artisanat et du commerce. Un apprenti sur quatre, connaissant préalablement son maître d'apprentissage, est donc à considérer comme un privilégié avant même d'entrer dans ce système de formation professionnelle par alternance. Dans ce sens, il n'est pas surprenant de constater des clivages importants au niveau du statut professionnel des parents. Que l'on consulte le statut professionnel du père ou celui de la mère comparativement à la connaissance préalable du patron, on constate l'opposition systématique entre le pôle des indépendants et celui des salariés du secteur public. Manifestement Jes salariés du secteur public sont les plus éloignés de toute forme de connaissance du noyau dur de l'artisanat ou du commerce. Le phénomène est moindre en ce qui concerne les salariés du secteur privé. Ce phénomène est corroboré par la tendance des enfants d'indépendants à marquer, dès que possible, leur suprématie pour l'apprentissage au sein de leur propre famille restreinte.

Connaissance
NR NR Indép SaLpri Sal.pub St.Comb Sans ob Total 0 1,03 2,41 1,92 0 0 1,95 Ineon 66,67 56,01 75,5 81,41 50 50 71,19

patron/Statut
Parent o 21,31 0,99 0,64 0 0 5,93 Fami 5,56 2,41 2,55 2,56 25 25 2,71 Ami fami 5,56 9,63 8,33 25 25 9,83

professionnel
Connais.aoc 5,56 3,44 3,68 1,92 0 0 339 Autre 5,56 1,03 1,27 0,64 0 0 1,19

père
Total 100 100 100 100 100 100 100

Rela.aDD 11,11 3,78 11 3,97 2,56 0 0 3,81

Connaissance
NR Indép Sal.pri Sal.pub St.Comb Sans Total ob NR 3,57 0,56 2,12 0 0 4 1 95 Ineon 68,88 56,18 75,3 79,17 0 52 71,19

patron/Statut
Parent 4,59 20.22 2,42 6,67 0 4 5,93 2,71 Fami 3,06 3,37 2,58 2,5 0 0 Ami fami 10,2 11,8 9,09 7,5 100 20 983

professionnel
Rela.apD 6,12 1,12 4,55 0,83 0 0 3,81 Connais.aDtI 2,55 5,06 2,58 3,33 0 20 339 1,19 Autre 1.02 1,69 1,36 0 0 0

mère
Total 100 100 100 100 100 100 100

Enquête Département de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

Le fait que les parents aient effectué eux aussi un apprentissage, est bien évidemment un phénomène très prégnant au niveau de la connaissance préalable du maître d'apprentissage. Mais, cette induction ne s'effectue pas dans n'importe quelle mesure. En effet, pour constater un avantage réel dans le processus d'intégration de ce système de formation professionnelle par alternance, il faut que

16

le père ou la mère ou bien les deux aient effectué strictement le même apprentissage que leur enfant. Par ce seul paramètre, ils seront en mesure de se servir ou de raviver très efficacement un réseau social d'interconnaissances professionnelles pour le transmuer en réseau de placement professionnel. Connaissance
NR Non Oui Oui dif Oui? NSP Total NR 3,31 1.6 2,18 0,81 4,76 0 1,95 Incon 75,14 70,46 65,5 73,39 80,95 7857 71,19 Parent 3,31 5,34 13,54 1,61 0 238 5,93

patron/Apprentissage
Fami 2,76 2,14 3,49 4,84 0 238 2,71 Ami fami 7,73 10,85 8,73 9,68 9,52 11 9 9,83 Rela.aPD 4,97 3,56 3,49 4,84 2,38 238 3,81 339 Connais.aPt 2,21 4,45 3,06 3,23 0 0

père
Aut re Total 0,55 100 1,6 100 0 1,61 2,38 238 1,19 100 100 100 100 100

Connaissance
NR Non Oui Oui dit Oui? NSP Total NR 2,78 1,68 0 1,89 4,35 4 1 95 Incon 69,44 71,71 64,15 75,47 78,26 72 71 19 593 Parent 5,16 6,2 15,09

patron/Apprentissage
Fami 3,97 2,33 1,89 1,89 4,35 4 271 Ami tami 8.33 10,08 7,55 15,09 8,7 12 983 381 Rela.aDD 5,56 3,23 3,77 3,77 0 8 339 Connais.am: 3,17 3,62 5,66 1,89 0 0

mère
Autre Total 1,59 100 1,16 1,89 0 0 0 1 19 100 100 100 100 100 100

0 4,35 0

Enquête Déparlement de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

Au niveau de la formation scolaire d'origine, en prenant en compte ce qui concerne directement le cursus de l'apprenti, la Classe Préparatoire à l'Apprentissage (CPA) constitue le pôle le plus efficace de connaissance préalable des maîtres d'apprentissage. Beaucoup de jeunes ayant transité par cette instance de formation professionnelle sont conservés au sein de l'entreprise d'accueil durant leur apprentissage. Ceux n'ayant pas cette possibilité peuvent néanmoins jouir de l'important capital social intraprofessionnel de leur patron pour être à même de se replacer dans le même métier. Ces mécanismes d'entraides fonctionnent avec d'autant plus de force que la Classe Préparatoire à l'Apprentissage effectuée est affiliée à une Chambre de métiers plutôt qu'à l'Education nationale.

17

Connaissance
NR NA CPAJCFA CP AJCES/LP SES CPPN 6,5,4e LPCAP LPBEP 50 0,59 3,08 4,4 2,75 2,5 0 0 Incon 50 63,91 69,74 72,53 76,15 71,25 75,47 56,67 Parent

patron/Origine
Fami 0 15.38 6.67 4,4 0,92 5 5,66 6,67 0 2,96 4,1 1,1 0,92 3,75 5,66 3,33 Ami fami Rela.aDt 0 10,06 8,21 10,99 11,01 13,75 7,55 10 0 4,14 3,59 1,1 1.83 3,75 1,89 13,33

scolaire
Con.aDD 0 2,37 3,59 3,3 5,5 0 3,77 10 Autre 0 0,59 1,03 2,2 0,92 0 0 Total 100 100 100 100 100 100 100

3e 2.1,term

1,36 73,44

4,61 2,17

8,67

4,3tech
4,3prépa Autre
Total

° 0
1,95

80,95
72,73

° 5.26 68,42
71,19

74,19

593

°

° ° °

4,76 0 3,23
0
2,71

9.52 18,18
12,9
15,79 9,83

4,34 4.76 0 6,45
5,26 381

3,52

° 1,9

100 100

° ° 3,23
5,26 339

9,09 100
0
0 1,19

°

100
100
100 100

Enquête Dépattement de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

2 LE CONTACTÉS

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NOMBRE

DE

MAÎTRES D1APPRENTISSAGE

La recherche du maÎtre d'apprentissage est d'une extrême logique au point de vue de sa longévité et de son intensité. Plus on contacte de maÎtres d'apprentissage, employeurs potentiels, et plus la recherche s'étale sur le temps. Il en va, bien évidemment, de même en sens contraire. La logique de ce mécanisme particulier de recherche est donc homogène. La grande durée de la recherche et l'accroissement du nombre de patrons contactés ne constituent pas des indicateurs de mieux vouloir fixer son "choix" mais plutôt des indices d'échecs réguliers et répétitifs dans cette entreprise. En effet, l'offre est largement inférieure à la demande et non l'inverse. La règle du jeu étant de trouver un maÎtre d'apprentissage avant de s'inscrire dans un Centre de Formation d'Apprentis, le nombre de candidats ne parvenant pas à intégrer ce mode de formation professionnelle est inquantifiable. On peut donc dire que plus la durée de la recherche s'étend, plus les chances de succès de cette entreprise se réduisent.

18

Nombre
NR Aucun 1 Jour

de patrons
NR 22,58 0,68 1,47 0,73 094 1,53 Un 58,06 68,92 79,78 30,49 909 41 61

contactés/Durée
Deux à auatre 12,9 1,35 12,5 40,49 2884 2525 Cina à neuf 3,23 1,35 3,68 12,44 1505 949

de
10 et plus 3,23

la recherche
Aucun 0 0 27,7 0 0 031 356 Total 100 100 100 100 100 100

2,57 15,85 4577 1866

Plus 1 mois Total

Enquête Département de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

L'intensité de la recherche, c'est-à-dire le nombre de maÎtres d'apprentissage contactés, varie en toute logique suivant le statut professionnel des parents. Suivant cette variable prenant en compte la démarche d'insertion au sein de l'apprentissage, on s'aperçoit que le groupe des parents indépendants s'oppose nettement à celui des salariés. Par rapport à ce critère d'intensité des démarches, la recherche d'un maÎtre d'apprentissage est nettement plus facile pour les enfants d'indépendants même quelquefois réduite à néant. Parmi les enfants de salariés ceux qui semblent avoir le plus de problèmes au niveau de cette intensité de la recherche sont plutôt les descendants de salariés du secteur public. Cette hiérarchie intrinsèque sur l'échelle croissante des difficultés (enfants d'indépendants, de salariés du privé et de salariés du public) atteste l'existence d'une proximité graduelle de valeurs à un milieu où les premiers nommés représenteraient le noyau dur. Nombre de
NA Indép Sal.pri Sal.pub St.comb Sans obj Total

patrons
NA 0 22,22 72,22 5.56 0 100 Un 1,83 24,64 58,04

contactés/Statut

professionnel

père

°

Deux à quatre Cinq à neuf 10 et plus Aucun Total 1,83 o 1,53 1,68 0 78,57 24,7 22,37 17,86 21 ,48 16,67 59,8 60,27 72,32 63,09 4,76 13,2 15,07 12,75 9.82 14.46 0 o 0,34 0,67 0 0,41 0,46 o 0,34 0,61 0 0 100 100 100 100 100 100

19

Nombre

de

patrons
t--I1 38,89 11,11 33,33 11,11

contactés/Statut

professionnel
10 et plus Aucun 7,14 12,33 10,5 57,14 61,19 28,57 15,07 4,76 0 Total 16,6 15,1 55,9 10,2

mère

f\R Indép Sal.pri Sal.pub St .comb

Un Deux à Quatre CinQ à neuf 18,74 17,79 12,5 15,68 13,76 9,82 54,58 56,04 65,18 8,15 10,07 11,61 0,89 0 0 0

Sans obi Total

556 100

285 100

235 '100

0 100

°100

91

238 2 12 100 100

°

0,15

Enquête

Département de Sociologie de Nantes Pays de la Loire - 1988/1989

Le fait pour les parents d'avoir réalisé un apprentissage identique à leur enfant favorise légèrement une moindre intensité de la recherche. En effet, ce phénomène permet de raviver des réseaux d'interconnaissances au niveau de la formation professionnelle initiale parentale. Le faible apport de cet apprentissage parental s'explique, peut-être, par le fait que l'apprentissage et même l'obtention du CAP ne sont pas obligatoires pour devenir artisan ou commerçant. Nos privilégiés potentiels ne se retrouvent donc pas forcément dans la catégorie de ceux dont les parents ont effectué un apprentissage. Nombre
f\R I\R Non Oui Oui dif Oui? NSP 0,55 1,6 1,31 3,23 2,38

de

patrons
Un 40,33 42,17 44,98 41,94 30,95 Deux

contactés/Apprentissage
à quatre 28,18 25,09 24,89 20,97 30,95 Cinq à neuf 9,39 9.25 10,48 9,68 7,14 10 et plus 18,78 17,26 13,97 23,39 28,57 Aucun 2,76 4,63 4,37 0,81 0

père
Total 100 100 100 100 100

Total

1 53

°

3095
41 61

2381 2525

952 949

3571 1856

0 356

100 100

20

Nombre

de

patrons

contactés/Apprentissage

mère

Non Oui Oui Diff. Oui? Ne sait pas Total

Deux à quatre Cinq à neuf 1 et plus Aucun Total ~Un ° 18,25 100 2.38 7.54 26.19 ~0.4 45.24 3,88 100 9,82 17.83 25,71 40,7 2,07 16,98 5,66 100 16,98 13.21 1.89 45.28 3,77 100 22,64 22.64 13.21 0 37.74 13,04 4,35 0 100 39.13 0 43.48 4 100 44 8 32 12 0 100 1856 356 949 2525 1 53 41 61

Enquête Déparlement de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

La Classe Préparatoire à l'Apprentissage (CPA) réalisée au sein d'un Centre de Formation dlApprentis (CFA) conduit beaucoup plus facilement à ce que toute entreprise de recherches par contacts des patrons ne soit pas nécessaire par rapport à la CPA de collège ou de Lycée Professionnel. Ce clivage, précédemment subodoré, s'exprime ici dans sa plus grande plénitude. La Classe Préparatoire à l'Apprentissage de l'enseignement public se rapproche d'ailleurs, dans ce cas de figure précis, des caractéristiques de la Classe Préprofessionnelle de Niveau (CPPN) ou de la Section d'Enseignement Spécialisé (SES). Ceci est loin d'être un avantage en termes de contacts avec des employeurs éventuels. En effet, ils sont sujets à un vif ostracisme envers tout ce qui dépend directement de l'institution scolaire et plus part iculièrement les filières professionnelles. L'ethos artisanal ou commercial tolère mal le fonctionnariat et particulièrement le monde enseignant.

21

Nombre
--NA CPAlCFA CPAlCES,LP SES CPPN 6,5.4 LPCAP LPBEP 3e 2,1.term 4,3tech 4,3prépa Autre Total

de
NA 0 0,59 2,56 2,2 1.83 2,5 0 3,33 1,08 0 9.09 0 0 1,53

patrons
Un 100 39,64 43,59 50.55 44,95 37,5 49.06 30 39.02 42,86 45,45 35.48 42,11 41 61

contactés/O.rigine
Cina à neuf 0 18,34 27,18 26.37 28.44 26.25 18,87 26,67 27.37 19,05 18,18 32,26 15,79 2525 0 8.88 9,74 1 0.99 8,26 20 9,43 13.33 7.86 0 9,09 9,68 5,26 9,49 18.93 1 5,38 8,79 14,68 10 22,64 20 22,49 38,1 18,18 22,58 36,84 18,56 10 et plus 0

scolaire
Aucun 0 13,61 1,54 1,1 1,83 3,75 0 6,67 2,17 0 0 0 0 356 Total 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

Deux à auatre

Enquête Département de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

3

- LA DURÉE

DE LA RECHERCHE

Comme on lia vu précédemment, la durée de la recherche d1un maÎtre d'apprentissage est en très forte corrélation avec le nombre de patrons contactés. Le statut professionnel indépendant quel que soit le sexe des parents s'oppose au statut professionnel salarié car il réduit nettement la durée de la recherche du maÎtre d'apprentissage. Les enfants d'indépendants sont alors placés véritablement dans une position privilégiée d'intégration de l'apprentissage. Une recherche aboutissant rapidement amoindrit les probabilités de voir son tout premier "choix" d'un métier être insatisfait. Un tel phénomène favorise la confiance en soi et celle-ci est à la base d'un bon déroulement de l'apprentissage. Par contre, la multiplication de la durée de la recherche accroÎt le risque de voir dévier son tout premier projet d'apprentissage. Dans ce cas, on finit par ne plus rechercher un métier en particulier mais tout simplement un maÎtre d'apprentissage. La notion de "choix" n'étant pas respectée, le doute du jeune individu s'installe quant à sa capacité à effectuer correctement ce métier qu'il n'a pas eu le temps ou la possibilité d'anticiper mentalement et stratégiquement. Le doute, la crainte et la peur sont à la base d'un mauvais déroulement de l'apprentissage. Les enfants de salariés sont les plus exposés à ce risque. De nombreuses choses sont sans doute déjà "jouées" avant même la première journée d'exécution du contrat d'apprentissage à cause du mode de recrutement des apprentis particulièrement inégalitaire socialement. 22

Durée

de
I\R

la recherche/Statut
Rien 5,56 27,49 7,93 5,13 25 50 12,54 1 jou r 27,78

professionnel

père

I\R Indép Sal.pri Sal.pub St.comb Sans obj Total

0 2,06 3,12 1,92 0 0 2,63

Plus 1 mois Total Moins 1 mois 33,33 33,33 100 25,43 18,9 26,12 100 36,83 27,48 24,65 100 41,67 27,56 23,72 100 25 25 25 100 25 100 0 25 34,75 23,05 27,03 100

Durée

de

la recherche/Statut
NR 1,53 2,25 3,18 2,5 0 0 2,63
Enquête

professionnel

mère

NR Indép. Sal.p ri. Sal.pub. St.comb Total

Rien 13,78 28,65 8,18 8,33 0 24 12,54
Pays

1 jour Moins 1 mois 29,59 28,06 20,22 29,78 21,97 21 ,67 0 28 23,05
de la Loire

Plus 1 mois Total 27,04 100 19,1 100 37,42 29,24 100 27,5 40 100 0 100 100 20 100 28 34,75 27,03 100
de Nantes

Département

de Sociologie

-

1988/1989

Tout comme le nombre de patrons contactés, quel que soit le sexe des parents, une durée de recherche minimale ou néante est favorisée par la réalisation parentale du même apprentissage ou par l'absence dlapprentissage parental. Pour favoriser l'insertion d'un jeune sur le marché du recrutement des apprentis, c'est donc bien la notion de métier familialement connu qui prime sur la notion d'apprentissage parental préalablement effectué. La tendance décrite est d'ailleurs strictement inversée lorsque les parents ont réalisé un autre apprentissage ou un apprentissage inconnu de l'enfant. En termes de capital social familial, les apprentissages ne sont pas équivalents entre eux et nlont de poids que dans les limites d'un métier spécifique.

23

Durée

de la recherche/Apprentissage

père

NR Non Oui Oui dit Oui? NSP Total

NR Rien 1 Jour Moins 1 mois Plus 1 mois Total 38,12 26,52 2,21 9,39 23,76 100 34, 16 25,98 2,31 12,28 25,27 100 4,8 20,96 19,21 24,02 31 100 35,48 32,26 9,68 22,58 100 0 47,62 33,33 2,38 0 16,67 100 4,76 4,76 19,05 33,33 38,1 100 34,75 2,63 12,54 23,05 27,03 100

Durée

de la recherche/Apprentissage

mère

NR Non Oui Oui dif Oui? NSP Total

NR Aien 1 jour Moins 1 mois Plus 1 mois Total 32, 14 2,38 11,9 24,21 29,37 100 2,71 12,66 23,51 35,27 25,84 100 47,17 1,89 22,64 13,21 15,09 100 1,89 7,55 22,64 24,53 43,4 100 39, 13 4,35 8,7 26,09 21,74 100 36 36 100 4 8 16 2,63 12,54 23,05 34,75 27,03 100 Enquête Département de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

Le capital scolaire fait peur aux maÎtres d'apprentissage. Plus on possède de capital scolaire surie marché de l'apprentissage, c'est-àdire un niveau de troisième, seconde, première ou terminale, plus la durée de la recherche risque d'être longue. On constate ce phénomène malgré la forte hausse des élèves quelque peu dotés scolaire ment (troisième et plus) sur les contingents d'apprentis depuis le début des années quatre-vingts. Et, également, malgré la teneur du discours idéologique des artisans et commerçants réclamant bien officiellement des apprentis plus doués scolairement. Les maîtres d'apprentissage ont tendance à se méfier des jeunes ayant un bagage ou capital scolaire atypique par rapport au caractère traditionnel de la population de référence. L'apprenti typique, pas très doué scolairement, a au moins l'avantage d'être facilement malléable et même exploitable. Par contre, l'introduction de l'esprit d'initiative à trop forte dose sécrète la potentialité d'esprit critique et même de contestations ou de revendications pouvant remettre en cause des pratiques paternalistes abusives ou illégales dans le processus des rapports sociaux de production du milieu artisanal ou commercial.

24

Les élèves de CPPN sont de la même manière rejetés et seulement pris par défaut car inversement ils représentent un trop grand déficit en connaissances scolaires pouvant remettre en cause le procédé d'acquisition des savoir-faire du métier. Durée
I\R

de

la recherche/Origine

scolaire

SES CPPN 6,5,4 LPCAP LPBEP 3e 2,1,term 4,3tech

4,3prépa
Autre Total

Plus 1 mois Total Moins 1 mois 1 iour Rien 0 100 100 0 0 ~0 20,71 100 34,91 1,78 24,26 18,34 22,05 100 37,44 2,56 11,79 26,15 20,88 100 27,47 4,4 35,16 12,09 32,11 36,7 100 21,1 7,34 2,75 20 100 45 3,75 11,25 20 24,53 100 32,08 28,3 13,21 1,89 33,33 100 30 10 10 16,67 32,52 100 33,33 22,49 1,63 10,03 28,57 100 38,33 19,05 9,52 9,52 27,27 100 36,36 27,27 9,09 29,03 100 38,71 9,68 22,58

° 0

°

10,53 12,54

21,05 23,05

15,79 34,75

52,63 27,03

100 100

2,63

Enquête Département de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

4

- LE

Il

CHOIX"

DU

MÉTIER

Le fait de croiser le choix du métier avec la durée de la recherche permet de mettre en lumière que le sentiment d'~bsence de choix du métier est de plus en plus fréquent avec l'augmentation de la durée de la recherche du maitre d'apprentissage. Ce constat atteste de la validité des analyses préalable~ portant sur la mauvaise intégration au milieu des plus longs chercheurs. On constate que directement ou indirectement par l'entremise d'amis, la famille cherche à atténuer au maximum ou à éviter la phase de recherche du maitre d'apprentissage. Il est important de repérer que les apprentis nourrissant le plus d'illusions sur le fait d'être titularisés après leur apprentissage sont à la foÎs ceux ayant trouvé très rapidement un maÎtre (une journée) et ceux ayant mis très longtemps pour y parvenir (plus d'un mois). Les premiers nommés ne sont pas potentiellement dans l'erreur car ils sont les plus intégrés. Par contre, les seconds se 25

trompent particulièrement car ils sont dès le départ les moins intégrés. Choix du métier/Durée
NA Rien 1 jour Moins 1 mois Plus 1 mois Total

de la recherche

NR Pas choix Sympa Bon prof Ami tami Parent 19,35 16,13 6,45 3,23 3,23 3,23 5,41 7,43 6,08 4,05 10,81 37,16 10,66 10,66 12,5 12,5 1, 1 4,04 9,27 18,29 7,8 6,59 1,71 0,24 972 2665 69 596 1 88 094 9,49 17,37 8,39 7,37 3,47 5,34
Habi.près Me Çlarder Pas chôm 0 0 1,1 0,24 063 051 6,45 0,68 3,31 1,46 1 88 203 Seul 9,68 0 4,04 16,34 185 11 86 Demandé 0 1,35 1,1 1,71 251 1 69 1er 9,68 1,35 6,99 3,66 313 4 15

Rien 1 jour Moins 1 mois Plus 1 mois Total

~9,68 8,78 15,44 15,12 11 29 1322

NA Rien 1 jour Moins 1 mois Plus 1 mois Total

Stage Métier Fam/ami Autre Total 3,23 9,68 100 4,05 2,7 4,05 6,08 100 9,19 1,84 2,57 2,94 100 9,02 1,46 1,22 5,85 100 3,76 0,63 0,94 4,7 100 6,86 1,44 1,78 5 100

°

°

Enquête Département de Sociologie de Nantes
Pays de la Loire

- 1988/1989

La notion de choix du métier est à relativiser très fortement. Tout d'abord, on constate l'existence et la prégnance d'un traditionnel clivage sexuel des métiers au niveau de la division du travail. Françoise Lemoine et Danye Blet n'écrivent-elles pas:
IILaséparation traditionnelle entre métiers de filles et métiers de

garçons est bien vivace dans l'apprentissage. Métiers de l'alimentation, du bâtiment et de la réparation automobile pour le garçon, vendeuse ou coiffeuse pour la fille; les clivages se
maintiennent. Seule exception, le métier d'employé
Il

de restaurant, qui

attire autant de filles que de garçons.

Le choix du métier est donc dirigé suivant le sexe et il semble particulièrement rétréci pour les filles. D'autre part, avec la période de 26

crise de l'emploi, les sont bien souvent chômage. Le fait spécifique fait dire à

facteurs entraînant un jeune vers l'apprentissage négatifs: l' échec scolaire et/ou la peur du de plus choisir l'apprentissage qu'un métier Béatrice Appay :

"De nombreux jeunes choisissent l'apprentissage pour se soustraire à un travail monotone et passif.. les filles le bureau, les
garçons veulent échapper à l'usine. " En fin de compte, le choix du métier n'existe pour aucun candidat à l'apprentissage. Les enfants d'indépendants mettent le moins de temps à trouver un maître d'apprentissage car leur "choix" est familialement et stratégiquement induit. les enfants de salariés n'ont pas plus de choix du métier dans le sens où ils mettent le plus de temps à trouver un maître d'apprentissage, ceci faisant fréquemment dévier leur tout premier projet d'apprentissage. Les enfants de salariés se distinguent très nettement de ceux des indépendants dans le sens où ils ne peuvent que nourrir des espoirs quant à leur devenir mais n'ont aucune certitude. Ils privilégient beaucoup plus comme raison du "choix" d'un maître d'apprentissage l'espoir que celui-ci "va les garder" à l'expiration de leur contrat. Ils expriment ainsi leur incompréhension la plus totale de la finalité strictement économique et contemporaine de l'apprentissage. Cette méconnaissance sera source de graves désillusions pour eux. Par contre, les enfants d'indépendants, eux, n'ont pas à nourrir de faux espoirs car en entrant en apprentissage, obtention ou non d'un CAP au terme de cet apprentissage, leur devenir professionnel est quasiment assuré.

27

Choix
f'.Ft Indép. Sal.pri. Sal.pub. St.comb. Sans obj Total

du métier/Statut
~.R Pas choix 16,67 33,33 10,31 8,5 11,54 25 0 949 15,81 17,99 16,03 25 0 17,37 Sympa 16,67 6,53 9.35 7.05 0 0 839 Bon prof 0 7,22 6,37 13.46 0 0 7,37

professionnel
Parent Ami fami Habi.Drès 5,56 0 4,47 3,12 2,56 25 0 3.47 15,81 1,98 0,64 25 25 5,34 0

père
Me carder 0 0 0,71 0,64 0 0 0,51

14,43 13,17 12,82 0 25 1322

Pas chôm. Seul NR Indép SaLpri SaLpub St.comb

° 2,75 1,98 1,28 ° 0
203

11,11

demandé1er 0,34 2,55 0,64

8,25 12,89 12,82

°

11,11
2,06 4,67 5,13

métier Sta~e Famlami Autre 4,12 8,22 7,05

°

1,37 1,42 1,92

°

1,03 2,41 0,64

°

Total 100 5,5 100 4,67 100 5,77 100

5,56

0
50
11 86

Sans obi
Total

° 0
1 69

0
0
415

0
0
686

° ° 1 44

0 0
1 78

0
0 5

100
100 100

Choix
NA Indép. Sal.pri. Sal.pub. St.comb. Sans obi Total

du métier/Statut
!\FI Pas choix Sympa Bon prof 13,27 14,8 9,69 6,63 11,8 11,24 6,74 9.55 8,64 19,09 8,64 6,52 7,5 20,83 6.67 10 0 0 9.49 0 20 17,37 0 8 8,39 0 8 7,37

professionnel
Ami 1ami

mère

Pa rent Habi.près Me garder 4,08 1,02 14.29 6,18 16,29 15,73 0 3,03 2,73 12,27 0,3 5,83 14,17 2.5 0 3,57 0 0 4 5,34 100 4 13,22 0 8 0,51

0 3,47

NA îndép Sal.pri Sal.pub StCcomb Sans obi Total

Pas chôm Seul Demandé 1er Métier Staae Fam/Ami Autre Total 1,53 0,51 8,67 4,08 8,16 2,04 3,57 4,08 100 1,12 6,18 1,69 5,06 0,56 0,56 5,06 2.25 100 1,36 4,7 7,88 1,52 2.42 14,55 1.97 4.39 100 2,5 10,83 5,83 3,33 0,83 0,83 5,83 2.5 100 0 0 0 0 100 0 0 0 0 0 12 4 0 0 8 16 8 100 203 11 86 1 69 415 686 1 44 100 1 78 5

Enquête

Département

de Sociologie
~

de Nantes

Pays de la Loire 1988/1989

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l'absence d'apprentissage préalable des parents est un facteur d'illusions sociales sur le devenir professionnel. Ceux qui entretiennent les espoirs les plus fous ou les moins raisonnés d'être conservés au terme de leur contrat sont ceux dont les parents n'ont pas fait d'apprentissage. N'ayant pas transité parce milieu, ils ne peuvent inculquer à leurs enfants une forme de capital culturel propre y correspondant. Ceci leur ferait comprendre que l'apprentissage n'a pas réellement pour but de former une main-d'oeuvre mais plutôt d'offrir en tant que telle une main-d'oeuvre sous-payée donc surexploitée. Les enfants dont les parents ont effectué un apprentissage nourrissent moins d'illusions car ils ont plus de certitudes sur la finalité de leur formation. En étant moins exposés à ce risque de désillusions ils accroissent d'ailleurs notablement leurs chances de réussir l'apprentissage et de savoir le faire fructifier sur le marché du travail. Choix du métier/Apprentissage
f\ft Non Oui Oui Dit. Oui ? NSP Total ~10,5 9,07 9,17 10,48 11.9 7.14 9,49 pas choix 17,13 17 .44 16,59 13,71 16,67 3333 17 37 Sympa 9,94 6]6 10,92 8,06 9,52 9,52 8.39 Bon prof 6,08 8,19 6,99 7,26 9,52 238 7,37 Ami tami 3,87 3,74 2,62 3,23 2,38 476 3.47 Parent 3,87 4,45 11,35 2,42 0 476 5,34 Habi.près 12,15 14,59 7.42 15,32 28,57 952 13.22

père
Me garder 1,1 0,71 0 0 0 0 0,51

Pas chôm

f\R indép Sal.pri Sal.pub StCcomb Sans obi Total

1,1 2,31 2,62 1.61 0 2,38 2,03

Métier Staas Fam/Ami Autre Total Seul Demandé 1er 2,76 6,08 0,55 100 2,21 2,21 6,63 13,81 1,78 4,45 100 4,8 6,76 1,78 11,39 ',78 1,75 6,55 100 1,75 0,87 5,24 3,49 12,66 1,61 4,84 12,1 1,61 100 4,03 13,71 0 100 4,76 4,76 2,38 0 0 2,38 7,14 100 4,76 4,76 0 238 476 0 952 6,86 1,44 100 4,15 1 78 5 11 86 1 69

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Choix du métierl Apprentissage
t\R Non Oui Oui Dif Oui? NSP Total

mère

Pas choix Sympa Bon prof Ami tami t\R Parent Habi.Pfès Meaarder 13,1 5,95 5,95 3,97 0,79 14,29 16.27 5.16 8.66 17.7 8.27 7.62 2.84 5.04 13.82 0.52 3,77 9.43 13.21 16.98 5.66 7.55 15.09 0 1,89 9,43 7.55 16.98 5,66 11.32 5.66 0 8,7 4,35 0 26.09 17,39 4.35 4.35 0 4 20 16 12 8 4 20 0 0,51 949 347 13,22 17.37 8,39 7.37 5.34 Pas chôm. Seul Métier Stage Fam/ami Autre Total Demandé 1er 1,98 1,59 12,7 4,76 7.54 0.79 3.57 1.59 100 1,68 4,91 2.07 12,14 7.11 1.55 4.39 1.68 100 1.89 100 5.66 3.77 5.66 5.66 0 0 5,66 3,77 0 15.09 5.66 3.77 1.89 5.66 5.66 100 8,7 8.7 8.7 0 0 8.7 0 0 100 0 4 0 4 0 0 4 4 100 2.03 11.86 1.69 4.15 6.86 1.44 1.78 100 5

NA Non Oui Oui diff. Oui? NSP Total

Enquête

Département
Pays

de Sociologie

de la Loire

- 1988/1989

cie Nantes

Les jeunes s'étant le plus orientés vers un apprentissage afin d'éviter le chômage sont ceux ayant potentiellement le moins de capital scolaire donc en dehors du cursus classique. Les motivations ont tendance à être autres à partir du moment où on sort directement d'une classe de sixième, cinquième, quatrième, troisième, seconde, première ou terminale. En outre, ceux qui gardent le plus d'illusions sur le fait de rester au sein de leur entreprise d'accueil après la durée de leur apprentissage se comptent parmi les plus défavorisés scolairement. Il s'agit en effet des élèves sortant de Classes Préparatoires à l'Apprentissage (CPA), de Sections d'Education Spécialisée (SES) et des sixièmes, cinquièmes et quatrièmes. En effet, ils représentent les apprentis à qui l'on peut le plus facilement et impunément faire croire quelque chose pour s'attacher leur motivation maximale au travail.

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Choix
NR NA CPA/CFA C PA/CES,LP SES CPPN 6,5,4 LPCAP LPBEP 3e 2,1,term 4,3techn 4,3prépa Autre Total

du
0 10,65 8,21 9,89 13,76 16,25 9,43 10 6,5 19.05 18,18 6,45 526 949 Habi.près

métierlOrigine
Pas choix 50 17,16 23,59 17,58 16,51 13,75 22,64 16,67 15,72 19,05 9,09 6,45 1053 1737 Me garder 0 0 1,18 0,51 2,2 0 1,25 0 0 0 0 0 0 0 051 Svm 00 Bon Drot 0 1,78 10,26 8,79 11,01 10 7,55 6,67 8,4 9,52 9,09 12,9 21 05 839 Pas chôm 0 2,37 2,05 2,2 2,75 1,25 5.66 3,33 0,81 0 9,09 3,23 5,26 203

scolaire
Ami tami 0 6,51 6,15 4,4 4,59 3,75 11,32 0 10.3 4,76 9,09 9,68 1579 737 Seul 0 11,24 11,79 12,09 11,93 7,5 13,21 20 12,47 9,52 9,09 16,13 5,26 11 86 0 3,55 2,56 4,4 3,67 2,5 0 10 3,52 9.52 0 3,23 526 347 Demandé 0 0,59 2,56 0 0,92 2,5 1,89 0 2,17 4,76 0 0 5,26 1 69 3,23 0 415 534 1er 0 4.14 5,13 2.2 8,26 2,5 3,77 3,33 4,07 0 0 Parent 0 11,83 5,64 3,3 0 7,5 1,89 10 4,88 4,76 0 0 0

NA P A/CF A CPA/CES,LP SES CPPN 6.5.4 lPCAP lPBEP 3e 2,1,term 4,3tech 4,3prépa Autre Total

11,83 7,69 9,89 12,84 10 15,09 3,33 18,97 9,52 18,18 19,35 5,26 1322

Métier t\R P A/CF A CP A/CES,LP SES CPPN 6,5,4 LPCAP LPBEP 3e 2,1,term 4,3tech 4,3prépa Autre Total Enquête 50 7,69 9,23 3,3 6,42 15 1,89 10 4,61 4,76 9,09 9,68 5,26 686

Staae 0 0,59 0,51 2,2 2,75 0 1,89 3,33 1,63 0 0 3,23 5,26 1 44

Famlami 0 4,14 1,03 3,3 0,92 1,25 3,77 3,33 1,08 0 0 0 0 1 78

Autre 0 4,73 3,08 14,29 3,67 5 0 0 4,88 4,76 9,09 6,45 10,53 5

Total 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

Département de Sociologie de Nantes Pays de la Loire - 1988/1989

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