La pensée en architecture au "risque" de l'événementialité

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Cet ouvrage développe le concept d'événementialité en tant que notion critique pour penser l'architecture. La présente réflexion se veut un hommage et une contribution à la pensée de Alain Rénier. Elle révèle aussi que l'architecture ne se limite pas au clivage théorie/pratique. Le discours sur l'architecture se structure de manière autonome. Il est une méditation. Il se libère et libère la pensée de toute appartenance.
Publié le : dimanche 1 mars 2009
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EAN13 : 9782296217393
Nombre de pages : 342
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La pensée en architecture
au « risque» de 1'événementialité

cg L'Harmattan,

2009 75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fiharmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07561-0 EAN : 9782296075610

Dorra Ismaïl

La pensée en architecture au« risque» de l'événementialité

Préface de Youssif 5 eddik

L'Harmattan

En couverture: Le zéro, l'arc, l'œuf. .. et les différentes inscriptions et prépositions du temps et de l'espace:

lieu non lieu être non être n'importe où
avant ~pendant ~après

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Conception: Dorra Ismaïl & Mehdi Dellagi Dessin-Calligraphie: Mehdi Dellagi.

À Ma grand-mère Noura Ma mère Hella Mon Mehdi

REMERCIEMENTS Cet ouvrage doit beaucoup à tant de personnes. Je souhaite faire part de ma gratitude à toutes celles et ceux qui m'ont accompagné et soutenu, qui ont cru en moi et en ma réflexion en la stimulant et qui, tous à leur manière, ont contribué à mon épanouissement intellectuel et humain: mes parents et tous les membres de ma famille à qui je dois tant, mes ami(e)s, mes enseignant(e)s qui m'ont beaucoup appris et mes étudiant(e)s. Qu'ils trouvent ici et entreles lignes,tout l'amour et la reconnaissance que je leur porte.

Des remerciements particuliers à : - Mon directeur de thèse, Feu le Professeur Alain Rénier. J'exprime ici mon plus profond respect pour ce qu'il a éveillé et inculqué en moi à travers son enseignement et ses éclairages scientifiques prodigués avec beaucoup de sagesse et pour l'engagement, pour la discipline architecture, qu'il a su transmettre à ses étudiant(e)s. - Professeur Youssef Seddik, pour son savoir, son humilité, sa modestie et son engagement intellectuel et humain dans une production de connaissance indispensable pour la survie de nos cultures à la fois africaines, maghrébines, méditerranéennes, orientales et musulmanes. Je lui suis très reconnaissante pour sa lecture critique et subtile donnant lieu à une préface dont la portée est substantielle au regard de la pensée tentée par nos propos. - Belhassen Dellagi, pour ses éclairages significatifs, son regard critique et original à la fois sur l'histoire, ses précisions et extensions étymologiques qui m'ont été d'une grande utilité. - Docteur Lamjed Ben Sedrine, pour son amitié infaillible, nos discussions effervescentes sur la pensée, ses lectures et relectures passionnées et pointilleuses, qui m'ont permis d'y voir plus clair et d'apporter des modifications importantes, mais également pour son humilité, son soutien et ses encouragements permanents. y - osra Ismail Tekaya, pour sa présence, son engagement continu, ses lectures, ses corrections, ses remarques précieuses qui m'ont évité quelques imprudences et donné plus de cohérence à mes propos. - Mehdi Dellagi, sans qui cet ouvrage n'aurait jamais vu le jour; grâce à son soutien inconditionnel et à son assistance à chaque étape de son élaboration. Il a lu, corrigé et participé à toutes les modifications et améliorations apportées. - Docteur Olivier Bouvet de la Maisonneuve, pour m'avoir réconforté en me lisant avec beaucoup d'enthousiasme et en réagissant, d'une manière singulière, à la réflexion engagée dans l'ouvrage. - Professeur Jean-Pierre Chupin, pour son encadrement et son accueil, pendant six mois en 2002, dans son laboratoire aeap) à la faculté de l'Aménagement de Montréal, durant lesquels j'ai pu avancer d'une manière constructive dans ma réflexion sur la thèse. - Georges Alexandroff, pour l'amabilité et le professionnalisme avec lesquels il m'a reçu chez lui et l'entretien enrichissant tant sur le plan narratif qu'iconographique qu'il m'a généreusement donné. Entretien qui a donné lieu à une approche spécifique d'un des aspects de l'événementialité.

- Benoît Desjardins, pour l'amabilité qu'il a eu à me faire visiter les sites d'Expo 67 à Montréal et pour les informations et les documents importants qu'il m'a transmis sur le contexte social, politique et infrastructurel du projet Expo 67.
-

Mohamed Adel Souami, pour sa lecture de la thèse qui m'avait tant aidé à l'époque, pour Miranda Kamoun, pour sa lecture de la thèse et ses utiles corrections et suggestions.
Raouf Lassoued, pour nos débats fructueux sur la question de l'événement au moment de
de la thèse. Houssemeddine de la thèse. Falfoul et Anis Chamli pour leur précieuse aide

ses idées et ses réflexions percutantes par rapport à l'événementialité architecture. en

l'élaboration

- Mes deux ex-étudiants lors de la mise en forme
-

Celles et ceux qui ont lu quelques passages et tenté de donner un retour. Sans la contribution sincère de ces personnes, ouvrage n'aurait jamais vu le jour. la réflexion proposée dans cet

Ma reconnaissance va également aux Éditions de l'Harmattan pour leur sérieux. Bien entendu, je n'oublie pas de remercier, les Institutions, les Ministères tunisiens et les différents responsables des Jeux Méditerranéens 2001, pour m'avoir facilité l'accessibilité sur le terrain et donné la possibilité de mener des entretiens et d'accéder à différents documents. De même, merci à toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de donner de leur temps et de répondre à mes questions. EnfIn, je tiens à remercier chaleureusement l'énau, l'institution qui m'a formé et donné l'opportunité d'évoluer et de parfaire mon parcours d'architecte, d'enseignante et de chercheuse à la fois.

Dorra Ismaû Paris,Janvier 2009

Préface de Youssef Seddik

Bâtir dans le temps

Quel rapport y aurait-il entre la Tour Eiffel et la Kaaba, les Pyramides ou la statue de la liberté à New York, la Muraille de Chine et le Taj Mahal? À chaque fois, et c'est là le principal commun dénominateur, un événement a été à l'origine de l'avènement et de l'érection de tout ouvrage... Et tout le reste n'est que différence, entre une infmité d'intentions et de circonstances aléatoires, fortuites, incomparables entre elles dans le temps et dans l'espace. Car, au commencement de tout il n'y avait que la perspective et l'incommensurabilité de l'horizon. À partir du moment où, comme l'indique clairement le Coran, il y a eu cet événement de l'élévation de l'homme à la station droite, et le privilège qu'il a eu de recevoir le souffle divin (Coran XVI, 29 ; XXXVIII, 72), l'aventure architecturale de l'homme a pu devenir possible: tant que cet acteur inédit de l'existence se trouvait en dehors de l'histoire, dans un Eden où son Créateur ne demandait qu'à le maintenir indéfmirnent, l'idée de l'habitat ou du bâti ne pouvait se poser. Ce paradis d'avant l'histoire en effet, nous est présenté comme la négation de tout besoin et partant, l'affirmation de tout désir instantanément exaucé. Nulle nécessité alors d'avoir une demeure, un lieu d'échange, une route ou une institution de maintien de l'ordre: « Car tu ny auraspas faim ni ne sera nu. Tu ny auraspas soif ni tu ne sotiffrirasde la canicule». (Coran XX, 118, 119). Mais dès le moment où le contrat pour un séjour paradisiaque a été unilatéralement rompu par le couple édénique, la toute première urgence surgit comme étant celle du logis, c'est-à-dire, sur une Terre où chacun de nous se retrouvera dans « l'adversité face à l'autre» (Coran XX, 123). Si l'Eden désormais interdit est tout entier, et pour un temps hors du temps, la demeure de ce projet d'homme, il va falloir maintenant aménager l'espace à coup de mur, de protection et de peur de l'autre.

Préface

Voici le tout premier événement où Architecture, archè et tectonia (littéralement Histoire et Terre), va décider de notre séjour terrestre, de notre rapport avec l'immortalité perdue, avec enfin notre désir de tromper la menace continue que représente le voisinage avec notre semblable. D'abord essentiellement religieuse, l'architecture, qu'elle soit utilitaire ou monumentale, s'est acharnée à mettre entre parenthèses, à réduire au sens husserlien du terme les avatars du paradis perdu qui nous colle à la peau. Temple ou phare, obélisque ou minaret nous font toucher ce ciel dont le vide d'azur ou de nuage nous rappelle que le Créateur pouvait un jour nous oublier pour s'occuper à notre dépens des autres créatures, galaxies ou astres, faune et flore, cyclones ou séismes, et nous engloutir dans cet oubli. Comment alors se réconcilier la fuite désespérée de l'horizon et l'idée de perspective qui dirige cheminements et regards, sinon par un recours à ce qui transcende précisément l'horizon, ce ciel lumineux ou étoilé que l'homme a très tôt considéré comme sa dernière demeure. Voilà les deux côtés d'un triangle dont la base reste toujours ouverte à l'imaginaire et à la création. C'est autour de cette problématique ontologique que Dorra Ismail dans ce travail se place résolument en engageant une machinerie de concepts philosophiques qui sollicitent tour à tour et avec une belle aisance Husserl et le Coran, Deleuze et le rationalisme arabe précoce des Mu'tazilites, Kant et Brunelleschi. Nous avons été agréablement surpris par la richesse et la justesse de ses références quand elle étend le devoir de l'architecte à qui on ne demande que de bâtir pour celui du penseur du fait urbain ou paysager qui se lance à bras le corps dans la sémantique de ce qui lie l'homme indéfectiblement à l'espace. C'est que Dorra Ismail vient d'une aire culturelle où elle a toujours été fascinée sinon envieuse de ce qui a fait l'aire occidentale de l'architecture. Mais sa fascination et son envie se transforment très vite en une exigence. Celle qui dépasse l'éblouissement pour regarder en sa culture et mesurer le divorce en celle-ci entre l'événement architectural qui a bien eu lieu et la désertion de ceux (nous tous penseurs arabes) qui n'ont pas reconnus les grandes révolutions ni cette volonté de bâtir pourtant visible et même spectaculaire dans le champ architectural arabo-musulman de l'Indonésie au Maroc. Elle met le doigt ainsi, dans cet ouvrage essentiel, sur un immense paradoxe qui recouvre comme un linceul ou un destin toute l'histoire artistique du monde de l'islam. Ce paradoxe est terrifiant dans sa simplicité: en plantant l'étendard de la foi islamique et de la culture qui en a émergé sur un axe qui parcourt la moitié du globe, cette culture a tout bonnement oublié de se débarrasser de sa bédouinité.

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Préface

Un nomadisme qui n'est plus dans l'espace mais, pis encore, dans le temps et l'histoire. Une incapacité à ériger le roc fier et l'édifice imposant en une ponctuation du temps, c'est-à-dire en événement.

YoussefSEDDIK
La Frette-sur-S eine Mardi 20 Janvier 2009.

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De quoi s'agit-il ?

De quoi

s'agit-il?

La présente réflexion s'est élaborée en plusieurs étapes. La première compréhension de la notion d'événement (1995/97) était limitée dans son sens d'avènement, tel qu'il a été communiqué: un prétexte immédiat et contextualisé, les jeux méditerranéens 2001 à Tunis. À cet événement 'annoncé' par l'État tunisien, était associé le projet urbain, territorial, architectural, économique, social. . ., de la banlieue sud de Tunis. La proposition de projet de fin d'études, que nous avions pensée, était d'accompagner cet événement 'sportif' en produisant un complexe culturel, ludique et économique. Suite à cette première expérimentation, certaines questions ont vu le jour : - Dans quelle mesure est-il possible de rendre intelligible les écarts qui s'installent entre l'événement, tel qu'il est annoncé et énoncé, ce qu'il est, comment nous en parlons, le concevons ou le représentons? - Dans l'enseignement de (en) l'architecture, le terme nous semblait flou et non situé. Toutes les 'architectures' convoquées sont des références et acquièrent le statut de figures canoniques, mais nul ne s'interroge sur comment elles signifient, ni pour qui elles signifient. D'où un retour non pas sur ce qu'est l'Événement, sur ce qu'il en est dit et comment il est dit, mais par une remise en question de la notion elle-même; si elle signifie, ce qu'elle signifie et l'utilité de l'interroger dans une pensée en architecture. La seconde étape (durant les années 1998 et 1999) fût consacrée à l'étude d'une question fondamentale: la temporalité de l'action. Le temps n'est saisissable qu'à partir de l'action. L'événement étant, ici, l'expression ultime de l'action. En signifiant le Pendant, il rend intelligibles un Avant et un Après. Il met en récit; des Avant, des Pendant, et des Après multiples prennent forme. La réflexion menée de 1999 à 2004 (et qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours), a tenté d'approfondir cette notion du temps dans la compréhension de l'action. Ce qui a permis d'inscrire une relation implicite dans toute compréhension d'une figure architecturale: singularité de la mise en récit et mise en situation des rhétoriques en jeu. D'où la mise en doute baptisée 'risque' (dans son sens constitutif), comme préalable à toute situation de réflexion sur et/ ou autour du 'pro-jet'. 'Pro-jet' considéré en tant que dessein, médium d'une pensée en architecture et non réduit à sa seule activité de projection, ou de figuration. De plus, il a été possible d'établir des parallèles entre des figures architecturales n'ayant un rapport ni historique, ni même contextuel, mais à travers d'autres dimensions de l'événementialité (une forme d'action) qu'ils portent et font signifier, d'une manière singulière. À titre d'exemple: comment la dimension 'tectonique' traverse, particularise et révèle l'incompressible (dans le champ de l'architecture) d'architectures produites, dans des lieux et époques différents?

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de i'événementialité

L'événementialité devient un point d'entrée pour faire signifier une figure architecturale, par-delà sa (ou ses) valeur(s) événementielle(s). Valeur factuelle et souvent conjoncturelle, dans sa compréhension et sa transmission. Cette notion d'événementialité permet de nuancer les différents niveaux et temporalités de discours. Si les rhétoriques sont mêlées, les significations qui en découlent le sont aussi. Les mêmes épaisseurs sont attribuées à des contenus différents; un non sens se trace, prend forme et se mémorise. Lors d'un discours sur et de l'architecture, il s'agit de prendre conscience de la rhétorique en jeu afin de ne pas confondre général et particulier, et par conséquent, discours et récit. Confusions souvent à l'origine des déviations des discours sur l'architecture. Nos propos ne sont pas de l'ordre du discours, ni du récit; frontière des deux. Ils suggèrent, relativisent, mettent en scène. Ils visent à mettre en rapport figures et rhétoriques à travers la notion de l'événementialité,afin de faire émerger un savoir tendant vers un 'incompressible', dans le champ de la pensée sur et en architecture. Dans ce sens, nos propos se ramifient suivant trois pôles inter-reliés: ils se situent à la

-

Le concept

d'événementialité

: son mode

opératoire,

ses modes

constitutifs,

ses

caractéristiques et son enseignabilité (compréhensions, extensions et limites). - Le champ de l'architecture: la constitution du savoir de la discipline architecture à travers le concept. - L'incompressible: la pensée, traversant le champ de l'architecture et libre de toute appartenance.

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Chapitre Premier Le concept d'événementialité

Le concept

d'événementialité

1. Pourquoi l'architecture et l'événementialité

?

Il s'agit de questionner et de délimiter la contribution du concept de l'événementialité, à la production de connaissance, dans le champ de l'architecture. L'interprétation des figures 'dites' historiques dans l'histoire occidentale, telles que le Dôme de Florence, le Crystal Palace, la Tour Eiffel, l'Opéra de Sydney..., au 'risque' de la théorie de l'événement, clarifie, dans certainscas)la mise en situationl du sens donné à l'architecture par le 'pro-jet'2. D'où le rôle de l'événementialité3. L'histoire de l'architecture est ponctuée de grands événements qui sont, tantôt géopolitiques et sociaux, tantôt architecturaux; tout comme les monuments sont les traces d'événements historiographiques. La présente réflexion, se propose d'aborder ces événements révélés par des rhétoriques et des compréhensions diverses4 à travers la notion de l'événemendalité en architecture. Le questionnement vise à comprendre le rôle, à double inclusion, que joue l'événement: - dans la mise en récit (mise en situation ou mise en intriguespour reprendre les termes de Paul Ricœur) d'une lecture historique portant sur une figure architecturale, - dans l'incompressibilitéS des connaissances et des pratiques dans le champ de l'architecture qu'il révèle. Il comporte également l'étude des façons dont l'événement problématise6 une mise en situation d'une pensée de l'architecture, où le pro-jet en est le médium.
1 En se référant au principe physique et phénoménologique de la perspective baroque développé par Leibniz, Deleuze évoque la notion du 'point de vue' en tant qu'élément central pour délimiter le rapport du sujet avec ce qu'il voit et lit. Donc le rapport sujet/événement dans la distinction percept/ concept. 2 Nous utilisons souvent la graphie pro-jet, afIn de bien noter le sens que nous accordons à la notion; visée en devenir d'une idée et non réduite à la seule fIguration ou réalisation d'une trace graphique. La notion de projet est constamment au centre des débats dans les écoles d'architectures. Si les enseignant(e)s s'entendent sur le fait que le projet pose problème et est l'objet de plusieurs oppositions; ils ne présentent aucune issue pour lever l'ambiguïté et les limites (néanmoins dans sa compréhension aujourd'hui) qu'il implique. Le projet prend, souvent, la place de l'architecture. De sa vocation de médium, en vue de penser et produire dans le champ de l'architecture, il devient une fInalité. Un repositionnement épistémologique et surtout conceptuel de la place du projet dans l'exercice professionnel et celui de l'enseignement en architecture mérite d'être élaboré. 3 L'événementialité est englobante. Elle implique le sujet(s) et son (ses) rapportes) à l'événement(s), le lieu et le moment (également sa durée) de l'action. 4 Toute l'ambiguïté et l'impact de l'écriture (par conséquent de la lecture) de l'histoire résident dans cette mise en équation entre rhétorique et compréhension qui en est faites. 5 Universellement partageable. Ce qui paradoxalement implique tous les sens et est dans le même temps à sens unique. 6 Permet de cerner une forme de 'conduite à l'innovation', un contexte socioculturel particulier, voire même une stratégie politique sous-jacente.

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de i'événementialité

La question est donc de savoir s'il est possible de faire de l'événementet plus encore, si le recours à l'événement améliore la compréhension des mécanismes qui font signifier l'architecture, notamment à travers le projet? ? Par conséquent, il s'agit de comprendre les conditions de possibilités et d'émergence de cette architecture8 dite 'de qualité' ou 'de référence', à travers certaines figures historiques que nous considérons comme représentatives9 et ce pour plusieurs raisons:

- Figures

historiques

considérées

à l'unanimité

comme

événements

historiques.

- Figures permettant d'illustrer certaines formes du 'risque' de la théorie de l'événement et d'engager une double critique (épistémologique et culturelle) de la valeur événementielle, qui leur a été attribuée. Ces figures sont dites historiques de par:

-

La récurrence

représentative

dans les ouvrages

historiques

et encyclopédiques,

voire critiques dont elles font l'objet. - La valeur événementielle qui leur est accordée, que ce soit dans un contexte instructif ou professionnel.

-

Le rapport

comparatif,

dont elles peuvent

faire l'objet.

Ces mêmes figures permettent donc d'illustrer certaines formes du nsque de la théorie de l'événement et d'engager à ce sujet, une double critique: - L'événementialitépose problème: il s'agit de comprendre le pourquoi de cette valeur événementielle accordée à certaines architectures; comment et par quels médiums opère le consensus? - Le 'risque' encouru dans l'identification d'une événementialité situe à plusieurs se niveaux 10: o Identification de ce qui est événement: c'est donc sa manifestation matérielle; pouvant être de l'ordre du social, architectural, géopolitique ou symbolique,

7 Le

sens dans lequel est considéré le projet ici est celui d'un moment de la fabrication et de la pensée

de l'architecture, moment dont les médiums et leurs fInalités sont constamment redéfInis. 8 Une confusion entre architecture (relevant de l'immatériel) et objet architectural (au sens d'artéfact aristotélicien donc objet matériel produit par l'homme), se révèle souvent dans les discours dominants. 9 Représentativité considérée au regard des médiums qui en parlent et non avérée en tant que telle pour nous. Ces fIgures sont, en l'occurrence, convoquées en tant que prétextes, occasions ou moyens pour faire signifier des composants sur et à propos de l'architecture. 10 Cf Les quatre raisons de la causalité chez Aristote: raison matérielle, raison formelle, raison effIciente, raison fInale.

20

Le concept

d'événementialité

o Identification de ce qui contribué1 à l'événement (ou au non-événement): une conjoncture historique, une situation paradoxale, un dispositif historique, culturel ou médiatique (comme dans le cas du concours par exemple)12 ; ce sont les prégnances13, qui sont en réalité l'essence même de l'événement, o Identification de ce qui est attribué à /'événement: commentse manifeste-t-il? Ce sont les fonnes saillantes14 qui permettent sa détection. À l'intérieur de cette manifestation nous dissocions ce qui jait événement: qui peut être la trajectoire sociale, architecturale ou politique: - Soit du projet (le projet étant un moment de l'architecture), - Soit de la vie de cette architecture (vie matérielle et immatérielle' compte tenu des re-constructions15 rhétoriques - et dans la durée - dont elle fait l'objet). o EtC.16

11Contribue ou conduit. 12 L'exemple du concoUts des Halles, illustre bien l'impact des appareils médiatiques (que ce soit les médias de masse quotidiens ou la critique architectntale) SUt le retoUt (social, politique disciplinaire ou autres) de cette circonstance/ conjonctnte historique. À titre d'exemple, l'impartialité de la critique Françoise Fromonot au profit de Rem Koolhas et de son projet, contribue à faire dévier le débat non pas sur l'enjeu d'une intervention de cette envergure en plein centre de Paris, mais plutôt sUt les raisons idéologiques et politiques qui font que tel ou tel architecte soit laUtéat. 13Ce qui perdUte, par-delà les cultntes, leUts histoires et les vicissitudes géopolitiques. 14Les saillantes peuvent prendre plusieUts formes et dans des ordres d'apparitions, dépendant euxmêmes de plusieUts aléas qu'ils soient géopolitiques, relatifs à des opportunités économiques, ou autres. À titre d'exemple, à propos de l'événement-catastrophe des Twin Towers à New-York (C] développement chapitre deuxième) beaucoup de saillantes aussi contradictoires que complémentaires sont apparues; celles qui profitent d'une idéologie antimusulmane ou anticultntelle et attisent les haines, celles qui profitent au déclenchement de violences entre les cultntes et les humains; et par conséquent aux mobiles du géopolitique, poUt légitimer des guerres illégitimes, celles qui privilégient la piste du complot CIA-EI-Qaida, et bien d'autres. Sans un recul vis-à-vis de ces discoUts saillants, par une construction autonome basée sUt la compréhension des vrais enjeux d'un tel événement, la sérénité des uns et des autres est quasi-impossible. Toutes ces saillantes resteront en tant que telles, car conjonctntelles, transitoires, servant un sentimentalisme ou une fausse rationalité déguisée derrière une idéologie ancrée. Ce sont les prégnances qui ancrent une compréhension donnée et lui donnent sens à travers le temps. 15Voir à ce propos lesprolégomènesd1bn khaldoun et temps et récitde Paul RicœUt. Une architectnte est constamment construite et reconstruite par le discoUts, mais également par des visées idéologiques, cultntelles ou conjonctntelles (L'exemple du procès de 1981 engagé contre l'œuvre de Richard Serrala Titled Arc sUt Federal Plaza à New York - montre comment le retentissement que suscite une production se substitue souvent à la production même). Notre faculté de penser oublie souvent qu'elle se réfère; et en se référant, elle redit ce qui a déjà été dit. L'acte créatif aspire à une liberté; néanmoins, les rhétoriques que nous lui attribuons sont prisonnières de certains référentiels. 16Les déclinaisons sont infinies.

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

Les exemples étudiés nous ont permis de relever, dans chaque cas: - Un ou plusieurs aspects relatifs à l'identification d'une événementia!ité rchitecturale a et par extension, la complexité relative à l'identification des parcours du sens dont elle fait l'objet. - De questionner, par rétroaction, sa contribution dans la production de connaissance instructive et professionnelle. - De questionner, par induction, la notion elle-même. En effet, dans le cas du Dôme de Florence avant même son édification, son architecture était de nature événementielle. Le paradoxe de cette figure n'est pas dans la conjoncture de son émergence, mais plutôt dans l'aspect énigmatique, lié à son édification. Que 'la coupole soit voûtée sans cintre et sans échafaudage, compte tenu des techniques existantes en Europe à cette époque' est en soi un événement pluriel et à différentes temporalités (une multiplicité infinie selon Leibniz). Ce paradoxe qui particularise le projet du Dôme, garde la même intensité aussi bien dans le temps de son édification, qu'après son édification. Une intensité qui contribue à renforcer son caractère événementiel, en prenant des valeurs interprétatives différenciées, en fonction des époques et de leurs rhétoriques respectives. Le risque que ce projet met en évidence est donc lié à la fois à ce qui, en fait un événement et à ce qui contribue à le renforcer: - Ce qui est événement: l'édification de la coupole sans cintre et sans échafaudage, dans un contexte géopolitique où les techniques ne le permettaient pas jusque-là. - Ce qui est attribué à l'événement: comment cette édification est inte!!igibilisée17 (les discours souvent erronés18 sur les circonstances de l'avènement de la perspective comme outil de conception, le caractère cognitif attribué à l'acte de conception) ? Cinq siècles séparent le Dôme de Florence de l'Opéra de Sydney. Cependant tous deux traduisent une forme de situation de projet liée à la problématique des voûtes. Pour l'un, l'innovation réside dans la construction de la coque autoportante, c'est la performance technique qui lui donne son caractère événementiel.
17 L'écriture de l'histoire et la connaissance qui en découle, résulte souvent des formes d'intelligibilisation d'événements historiques. Le tort fait à certaines cultures par le déni de leurs créativités (ou participation à l'histoire universelle) prend appui sur cette intelligibilité elle-même circonscrite dans des sphêres sclérosées par des enjeux géopolitiques, économiques ou idéologiques. Les trois étant souvent inter-reliés. L'approche de l'événement de Walter Benjamin nous intéresse dans la mesure où elle interroge une forme à travers la rupture qu'elle engendre, le sens singulier qu'elle fait ressurgir et non une mimétique. 18 Nous citons à ce niveau G. Argan, J.-L. Déotte et J.-P. Boutinet qui insistent, chacun à partit de son point de vue épistémologique, sur la naissance de la perspective avec le projet du Dôme. Ils mettent en avant le tournant décisif de cette époque sur le champ de l'atchitecture. Nous sommes critiques pat rapport à leurs propos et le développement de notre réflexion en précisera les raisons.

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Le concept

d'événementialité

Alors que pour l'Opéra de Sydney, l'innovation réside plutôt dans la manière avec laquelle le recours à la coque autoportante a été posé dans la conduitedu pro/et; la réalisation technique de la coque telle que préalablement conçue par Utzon, reste quelque peu un échec. Cependant à l'événement 'Opéra de Sydney' n'est jamais associé cet échec partiel; c'est plutôt sa valeur tectonique19, qui lui confère un caractère événementiel.

Fig.1-2. Ministère des Finances. Paris. Architecte, Paw Chemetov.

Ce parallèle, entre le Dôme de Florence et l'Opéra de Sydney, permet de soumettre à la réflexion, la notion de l'événement en tant que risque théorique, prenant différents niveaux de compréhension: les différentesvaleurs accordéesau sens du mot événement. Avec la Tour Eiffel, un autre niveau de compréhension de la théorie de l'événement est observé: la trqjectoirequi provoque l'événemenf2o 'est pas celle qui le n pérennise.
19 Potentiel expressif! esthétique d'un système ou principe constructif, donc dans le sens que donne Kenneth Frampton (Studies in Tectonic Culture. The Poetics ofConstruc!ion in Nineteenth an Twentieth CentUlY Architecture, éditions M.LT, 1995) au terme 'tectonique' ; (( La force d'expression accordéeà un dispositif

technique». Notion intelligibilisée dans le contexte théorique et critique allemand du XIXème siècle. Deux penseurs Heinrich Hübsch et Gottfried Semper en sont les principaux acteurs. 20 Les enjeux géopolitiques, à l'origine de la naissance d'un mot et du sens que celui-ci I?rend, n'obéissent pas à la même trajectoire que celle qui la pérennise ou l'inscrit dans les mémoires. A titre d'exemples: Hichem Djait, a montré que le mot 'ummiy' en arabe ne veut pas dire analphabète, incwte ou ignorant (apparemment, le terme prend son origine dans l'hébreu ancien qui veut dire langue maternelle) ; «Les ummiyyin sont les Arabes hors les convertisau judaïsme ou au christianisme» [il se réfère également à Tabari (l'un des premiers historiens mustÙmans)] «Tabari, dans son exégèse, désignepar ummiyyin lespaïens arabes (t.3, p.214). Il réitèrela même interprétation dans sa lecturede la sourateAI-Jumu'a: « Les ummiyyin sont lesArabes », écrit-il.Le texte coraniqueindique bien que le Prophèteummiy n'est autre que le Prophète des ummiyyin, c'est-à-dire celui appartenant à une communauté qui ne connaissait ni la Torah ni les Evangiles, sans préjuger de son illettrisme ». Dans Hichem Djait, La vie de Muhammed 1. Rivélation et Prophétie, Paris, éditions Fayard, 2007, 181.p, cit.pp.57&58. Cette donnée implique un changement du sens et de l'inscription théologico-historique de la figure de Muhammed;

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

Le contexte d'édification de la Tour est en soi paradoxal, car la conception de celle-ci n'était pas programmée dans l'Exposition Universelle de 1889. Toutefois elle a été provoquée par ses concepteurs M. Kœchler, C. Sauvestre et G. Eiffel qui, en traduisant le paradigme dominant de l'époque (construire 'grand très grand' par 'construire haut, très haut'), provoquent le concours d'idées pour la conception d'une Tour de 300 mètres. La nécessité du dépassement, dans la réponse, rend donc le concours inévitable. Autre paradoxe: la valeur sociale accordée à la Tour Eiffel. Du temps de son édification, elle a été l'objet de plusieurs polémiques; alors que plus tard elle deviendra l'emblème d'une culture constructive, qui a débuté au XIXème siècle. Dans d'autres cas il faudrait parler, par exemple, de poids et de contrepoidsmédiatiques dans la compréhension de l'épaisseur ou de l'absence d'épaisseur, accordée à la valeur de l'événement. Ainsi, une figure architecturale, au regard du concept de l'événementialité,oscille continuellement entre l'échec21 et la réussite de la dimension qui prend une valeur constitutive de son caractère événementiel. Une fois que la valeur constitutive est relevée, une dimension lui est attribuée. Il y a donc constamment un double sens de la valeur constitutive 'événement' d'une architecture. Ce sont les parcours de constitution de la valeur événement, qui deviennent les signifiances, qu'il s'agit de rendre intelligibles. Par exemple la valeur événement des Tours Jumelles du World Trade Center est indissociable d'une différence relevée, entre le parcours de la dimension symbolique par rapport à celui de la dimension urbaine ou architecturale, dans la conduite du projet. Le sens de l'événement est dans l'écart différentiel22 entre deux éléments; il est dans la relève d'une discontinuité à l'intérieur d'une continuité. Car le propre23 de l'événement est qu'un fait particulier se produise, et qu'il soit différent de ce qui est attendu. Tout est événement dit Deleuze. Mais comment? Il propose de faire une distinction entre l'actualisation et l'effectuation de l'événement. L'actualisation est constamment réinventée, redéfinie dans le singulier. L'effectuation, quant à elle, se fait dans le corps, la matière. Elle se déploie continuellement.
en tant qu'il n'est pas analphabète ou inculte, mais maîtrise sa langue et sa culture maternelles. Dans une autre mesure, Y ousseE Seddik a montré la parenté, la symbolique et l'identité commune dans la Grèce antique et en Arabie du mot gharâniq, pl. gharnûq (grue) - une adaptation morphologique de l'appareil phonatoire arabe - et le mot grec geranos,nommant le même volatile. Dans Y ousseE Seddik, Nous n'avonsjamais lu le Coran, Paris, éditions de l'Aube, 2004, cit.p.85. 21Perte de valeur. 22 Ce qui rejoint ici la notion développée plus tard sur les diffrrentesacceptionsdu sens du mot événement. 23Voir Christian Delporte et Annie Duprat, L'événement,. images, représentation,mémoire, Paris, éditions du Seuil, 2003, 26S.p. A travers des événements de l'histoire politique et sociale, les auteurs montrent les rapports entre l'événement tel qu'il se vit et ses reconstructions par le biais des images, médias et sa mémorisation individuelle ou collective (homogène ou hétérogène).

24

Le concept

d'événementialité

Quelle(s) suggestion(s) peut nous susciter la philosophie de l'événement de Deleuze, dans le champ de l'architecture? Y a-t-il un rapport? Dans les liens à l'existence? Peut-être. Les événements sont là. Toujours là. Ils sont neutres. Ils donnent du sens et en acquièrent, dans le rapport24 aux sujets. Que le sujet soit acteur, concepteur, lecteur, consommateur ou penseur; l'événement prend une intensité ou plutôt, dirions-nous, une conscientisation différente. Tout l'intérêt de l'événement et du statut d'objet à penser, que nous tentons de lui donner, réside dans ce rapport même à inverser: le rendre possible du sujet vers l'événement. Dans une réalité du monde où l'événement nous vient, nous parvient, nous envahit, nous stigmatise, nous asservit; il s'agit souvent de réfléchir aux possibles25 épistémologiques de cette inversion (il ne s'agit pas ici de la notion d'inflexion dont parle Deleuze). Serait-il possible dtarriver à saisir Pincompressible dtune événementialitét ou du moins réunir toutes les conditions pour qutelle révèle du sens en architecture? Le parcours d'un événement dit 'architectural' est souvent similaire à celui du récit à travers le temps et les cultures. Ce récit (médium politique, mythologique, culturel ou cultuel) se substitue26 souvent à une idéologie lorsqu'il prend le statut de discours. Il s'agit de faire signijierce glissement et d'esquisser, dans le champ de l'architecture, les extensions et compréhensions souvent dangereuses, car dénouées de force critique dont il est porteur. Nous pouvons d'ailleurs énumérer cinq formes du parcours de constitution de la valeur événementielle d'une figure architecturale: Forme 1: la figure qui intentionnellement devait être un événement et qui finalement le reste. Forme 2: la figure qui intentionnellement devait être un événement et qui flllalement ne l'est pas. Forme 3: la figure qui intentionnellement devait être un événement et qui l'est cependant, selon une trajectoire autre que celle qui lui a été définie.

24Voir Jean-Guy Sarkis, La Notion de grand événement.Approche épistémologique, aris, éditions du Cerf, P (coll. Passages), 1999, 211.p. 2SNous disons bien possibles et non pas possibilités. 26Souvent certains savants de l'Europe occidentale tentent de lire et faire lire les événements à travers leurs idéologies. Quelque soit le champ en question, ces mêmes schémas reviennent souvent. Dans l'histoire et l'archéologie de l'antiquité, P. Delattre, S. Gsell, M. Ganckler et bien d'autres optèrent par exemple pour des hypothèses dénigrant à Carthage punique et phénicienne la possibilité de produire des œuvres de valeur. Ils tentèrent systématiquement de donner à ces œuvres une origine étrangère à l'Afrique (ce qui est étonnant c'est que dans la majorité des cas, ces auteurs attribuent une origine grecque à toute œuvre venant d'un continent autre que le continent européen).

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

Forme 4: la figure qui n'était pas conçue dans la perspective de l'événement et qui le devient. Forme 5 : la figure qui n'était pas conçue dans la perspective de l'événement et qui ne le devient pas (point neutre). Il s'agit de vérifier a posteriori comment cette valeur événementielle se maintient, se renforce ou s'atténue (elle peut également être rejetée) au regard des mêmes dimensions constitutives de cette dernière. C'est ce que nous appelons les cycles, par lesquels passe le processus événementiel ou les trajectoires événementielles. Les cycles par lesquels passe une figure à caractère événementiel ne peuvent donc être identifiés indépendamment du sens que prend l'événement à travers ces niveaux d'appréhension(s) dans chaque cycle. Le sens est, de ce fait, dans la différence entre les niveaux d'appréhension(s), ce qui rend sa mise en situation d'autant plus complexe. Par ailleurs, la notion d'événementialitémet en évidenceles doutes quant à la fabrication d'architecture de qualité, à travers les projets d'événements institutionnalisés, comme les manifestations sportives ou culturelles de grande envergure, voire les concours d'architecture considérés comme des dispositifs susceptibles de développer des micro-événements potentiels. La production de l'architecture à travers le projet et la situation de l'événement27 est donc en soi un risque. C'est ce qui explique probablement les doutes28 souvent émis sur les concours. En effet, les événements institutionnalisés29 de grande envergure, tels que les Jeux Olympiques et les Expositions Universelles, oeuvrent dans la théorie de l'action, non seulement, en tant que projets qui répondent à une technologie reflétant un niveau de progrès spécifique à une époque donnée, mais également (et peut-être surtout) en tant que références d'ordre technique, culturel, politique, voire philosophique et idéologique d'une époque et d'une société données, auxquels ils renvoient. Citons, à titre d'exemple, le cas de l'Exposition d'Art de 1925: l'échec auquel renvoie cette manifestation, par rapport à l'intention motrice qui a donné lieu à ce projet d'être; et qui devient aussi révélateur que le contenu de l'Exposition elle-même. Pour le cas de l'installation Titled Arc de Richard Serra à New York, c'est le procès qui devient l'acte par déplacement. Nous parlons à cet effet 'd'occasions de projets' mais aussi de projets 'pour l'occasion' ; tous deux s'inscrivant dans une optique de la théorie de l'action de conduire un projet de nature événementielle et qui en font une situation de projet, voire de conduite innovante.
27 Il s'agit uniquement ici des cas où l'événement en tant que tel est dit 28 Cf Jack.-L. Nasar, Design by Competitions: Making design Competition Press, 2001, 238.p. 29 Par opposition aux événements néanmoins implicite. non institutionnalisés et dont

et recherché.
Work, Cambridge, University est

l'intention

de créer l'événement

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Le concept

d'événementialité

De nos recherches antérieures, nous faisions ressortir le fait que les événements institutionnalisés tels que les expositions universelles, ou les jeux olympiques (dans ce cas précis, il s'agit des jeux méditerranéens de 2001 à Tunis) sont pris comme « un prétexte» pour déclencher et projeter un mouvement dit volontariste et avant-gardiste en vue d'accompagner, de magnifier et de rendre hommage en la circonstance3o ; et par la même occasion revaloriser et donner une nouvelle image à la ville hôte. Cet événement de nature essentiellement politique, bien qu'il soit éphémère,est ainsi translaté dans le temps et dans l'espace physique et sociétal, par l'intermédiaire de cette architecture et de divers médiums (médias, publicités, promotions immobilières, .. .). Il en a été l'origine et lui confère a posteriori une
connotation de durabilité.

Cette dernière durabilité obéit, quant à elle, à des parcours de significations autres31 que ceux qui ont produit les objets architecturaux à l'intérieur du projet global, qui en est le médium. C'est ainsi que nous explicitons la notion de réaction et de contre-réaction de l'événement sur l'architecture et, inversement, de l'architecture sur l'événement. Se déduit ainsi la notion 'd'événement qui crée l'architecture et d'architecture qui créée à son tour l'événement'. L'objet de cette précédente étude s'inscrivait dans une perspective d'aménagement volontaire où l'accent est plutôt mis sur les transformations et les mutations qu'un milieu est susceptible de connaître après avoir abrité un événement de grande envergure. Cette réflexion visait donc à connaître ce que l'événement, processeur/circonstanciel, a activé ou est susceptible d'activer pour en déterminer les imagespercutantes32.Ces dernières pouvant être le reflet des sollicitations spécifiées par l'interaction entre le 'sociétal'33 (les acteurs / actants34 de cette stratégie active) et l'espace d'une part, et les configurations35 qui ont des implications et sont porteuses de valeurs et de significations, d'autre part.
30 Circonstance qui est également une occasion pour le pays organisateur de se positionner politiquement, socialement et culturellement. La cérémonie d'ouverture des JO. 2008 à Beijing est un bel exemple d'une manifestation qui rend hommage à la culture chinoise. 31 La cité olympique de Radès (Banlieue Sud de Tunis) est désertée, si ce n'est pendant les manifestations sportives ou culturelles. L'environnement sociétal immédiat n'en a pratiquement tiré aucun profit (hormis une création d'emploies) temporaire au moment du chantier). 32Le couple saillance-prégnance tel que défini par René Thom - esquissed'une sémio-pf?ysique, 988 - est 1 ici évoqué afin d'expliciter la notion de prégnance relative à une figure architecturale et au système de valeurs qui le valorise, voire le dévalorise en le faisant passer du statut 'd'élément saillant' vers celui de 'prégnant'.
d'Alain Rénier : « La connaissance d'espaces riférentiels comme source d'information pour la di{ftnition )), de la Recherche Architecturale, é.n.a.u (école nationale d'un nouvel espace Séminaire de Méthodologie d'architecture et d'urbanisme de Tunis), Tunis, 1998. 34 Actant: acteur en tant qu'il agit et est lui-même agi. Cf Notte Lexique et les ttois logiques d'acteurs définies par Umberto Eco (Les limites de l'interprétation, 1990). 35 Fragments d'espaces: les ttaces matérielles - les saillantes qui deviennent prégnantes et les prégnantes qui influent sur d'auttes par l'intermédiaire de saillantes. 33 Cf Cours

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

Les résultats de l'analyse contribuent à identifier les valeurs investies dans l'espace et les configurations fédérées par cet élément processeur qu'est l'événement, en l'occurrence les jeux méditerranéens de 2001, dans sa contextualisation urbaine, architecturale et sociale, De cette étude se sont dégagés trois axes de délimitations à considérer dans la saisie d'une événementialité l'axe du temps, l'axe de l'action et l'axe de l'actant. : Nos objectifs se situaient donc à un niveau analytique; où il s'agit de constater comment les événements majeurs, tels que les grandes manifestations sportives, sont une occasion maÎtriséeou manquéepour accélérer les mutations urbaines et sociales. Il est bien évidemment nécessaire de traiter des dimensions multiples qui définissent la 'construction'36 ou la 'conduite à projet' en situation événementielle; ces dernières pouvant être de l'ordre du géopolitique, du juridique, du symbolique, ou du social. Aujourd'hui, la réflexion se situe dans une position plus critique, par rapport à celle envisagée entre 1996-1999, dans la mesure où le projet a fait son temps après son édification; sa première mise à mort37étant avérée. Il s'agit de porter un regard distancié par rapport aux appréhensions, voire aux attentes, datant de la phase d'avant sa 'réalisation'; c'est-à-dire dans la phase 'd'anticipation'. La temporalité de l'action a été la question fondamentale entre 1998 et 1999. Pendant la période 1999-2004 et jusqu'à aujourd'hui, nous avons approfondi cette notion de temps dans la compréhension de l'action. Ce qui a permis d'inscrire une relation implicite dans toute compréhension d'une figure architecturale en faisant signifier la singularité de la 'mise en récit' au regard de la 'mise en situation' des rhétoriques en jeu. Dans le cadre de cette nouvelle approche rijlexive, l'événement est convoqué et appréhendé dans son statut d'objet pensé, tout en s'inscrivant dans une action et une durée. D'où la notion d'événementialité à travers laquelle l'événement ne devient appréhendable que par rapport à une action(s) et son inscription dans une durée(s) : le Dôme de Florence, traité d'une manière approfondie dans cet ouvrage, en sera une illustration représentative. L'architecture a très peu été pensée à travers la notion d'événement bien que certains architectes comme B. Tschumi, P. Eisenman, D. Libeskind, É. Diller ou R. Scofido, ont tenté de développer des démarches conceptuelles qui cherchent à donner une dimension matérielle à ce concept: démarches où l'événement devient générateur de l'espace. Espace construit dans une réalité urbaine ou purement physique liée à une compréhension géométrique du contexte d'intervention.
36 Dans le texte nous ne parlons pas de construction mais plutôt de conduite à pro/et, car c'est le déploiement de ce projet et ses différents 'espacesde conception'qui nous intéresse, plus que le résultat f1nallui-même. 37Terme utilisé par Alain Rénier lors d'une de nos discussions en 2003.

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Le concept

d'événementialité

Au regard de ces démarches de projet, l'événement devient un prétexte pour une inscription spatiale dialoguant avec les limites physiques mais aussi anthropologiques du contexte. La discipline38 ne développe pas de réflexion conceptuelleautour de la notion de l'événement; même si les productions philosophiques ou critiques contemporaines sur la question sont fécondes, avec Hannadt Arendt, Paul Ricœur, Michel Foucault, Jean Petitot-Concorda, René Thom, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Jean Baudrillard ou Paul Virilio. En tant que telle, la conceptualisation de l'événement n'a véritablement fait son entrée dans l'univers discursif des architectes que vers les années 1960-70. Cette notion fait son apparition avec le projet-lauréat de Bernard Tschumi39 pour le Parc de la Villette. Projet qui a rendu tangible son exploration architecturale où l'événement met en scène la dimension de la 'disjonction'4o comme thématique de recherche dans la programmation et la conception du projet. Paradoxalement, le champ de l'architecture, dans sa force critique, constructive ou instructive, a souvent recours à l'événement, et ce, quelle que soit l'époque, son temps et ses enjeux géopolitiques. Certains architectes ont eu des liens plus ou moins 'superficiels' avec des philosophes et penseurs contemporains. Il n'en reste pas moins que l'événement, en tant qu'objet pensé ou objet de pensée dans le champ de l'architecture, n'a pas donné lieu à des recherches inédites. Aussi, l'événement est souvent considéré comme synonyme de repère, voire de discontinuité, donc de rupture de continuité. Approche approfondie par Gilles Deleuze en particulier dans son essai sur le Pli et qui, dans les années quatre-vingtdix, alimentera le débat de la discipline architecture chez les anglo-saxons. Deleuze parle de «pli-de-deux )) d'un « entre-deux))41soit de la différencequi se dif%rencie non et du pli en deux. Pour lui, le sens s'inscrit dans et à partir de l'événement. C'est ce qu'il considère comme étant la logique de l'événement. Hannadt Arendt, quant à elle, élève l'événement au statut d'un objet pensé et notamment 'politiquement'42.
38

Il Y a cependant

des groupes récents de recherches

et de réflexion qui travaillent sur la notion

d'événementialité en histoire et en sciences politiques essentiellement; toutefois ces études confondent souvent histoire événementielle, prospective, futurologie et concept de l'événementialité en soi. Cf site web: http://www.histoire-evenement.com/expose1-1.htm. 39 Une climension qui peut d'ailleurs être assimilée à la référence textuelle de Derrida et l'utopie du situationnisme des années 60-70, où l'homme est considéré comme producteur d'événements. Dimension qui se verra, plus tard, définit d'une manière démultipliée chez les Déconstructivistes. Ce n'est d'ailleurs pas cet aspect de la notion qui nous intéresse dans le cadre de cette recherche. 40 La notion de 'disjonction' a été empruntée par Bernard Tschurni à la sémiotique de l'espace en cours de constitution au cours des années 60-70, à la rencontre de la sémiologie et de la linguistique. 41 Gilles Deleuze, Le Pli. Leibniz et le baroque, Paris, éditions de Minuit, (coll. Critique), 1988, 191.p, cit. p.16. 42 Voir Hannah Arendt, (dir.) Claude Habib, Penser l'événement, éditions Belin, 1989, 268.p. & Condition de l'homme moderne, Paris, éditions Pocket, Calmann-Lévy (1961 et 1983), (Coll. Agora), 2007, 406.p. « ... Ce qui nous retombe dessus maintenant, c'est une éducation depuis longtemps nourrie d'images, qui ne mènent pas moins vite à l'accoutumance que la drogue. Rien, à mon avis, n'a été plus révélateur que la réalité de cephénomène

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

Elle défend l'idée que l'événement ne peut être saisi et pensé que dans son 'actualité' à la fois politique et sociale. Dans une autre mesure, les Mu'tazilites43 et les Ash'arites44 ont été les premiers à évoquer la notion 'd'atome' (le terme a-tome veut en soit dire indivisible) élémentaire donc incompressible. Une entité indivisible, préexistante dans toute structure humaine, animale ou végétale. A-tome autour et à partir desquels se comprend le système de l'univers. Dans le langage savant contemporain cette notion s'apparente à celle de 'fractales'45, et peut être intelligible au regard des avancées de la Physique quantique. Le point de vue philosophique et herméneutique de l'événement (ou plutôt le recours à l'événement), revendiqué ici, constitue un point d'ancrage pour redonner à la singularité sa place au sens philosophique, mais aussi politique du terme. Hannadt Arendt, n'a eu de cesse de revendiquer la nécessité de donner politiquement et socialement les moyens au singulier, pour qu'il apparaisse dans la pluralité des liens. Ce qu'elle soutient, en outre, c'est la place du singulier dans cette pluralité, qui a en elle-même une configuration physique(s) et politiquees): l'espace public. Mais également la responsabilité et le déploiement de cette place publique au regard des singularités qui la particularise. Sans espace public politique qui engage et intègre à la fois les singularités d'actions et d'opinions, l'humain est voué à mourir dans une banalisation de la vie et l'anéantissement des forces et libertés d'actions, qui font l'individu 'existant'.
d'accoutumance considérée blessures James morale petites dizaines derniers glorieux Tentons par que fa réaction publique, beaucoup comme « étant celle de rue comme exactement ce que Vraiment, On peut celle du Congrès, face le docteur à notre « victoire (5 ulzberger) )) au Cambodge, guérir les de malicieuse

avait prescrit»

pour

infligées par dans américaine,

fa défaite du Viêt-Nam. le New York Times. et de notre confiance

« ça a été une sacrée victoire », selon la citation le point le plus bas de l'érosion à cette heure où fa « victoire)) les habitants

Reston

espérer avoir atteint

de l'autorité les plus

en nous-mêmes,

sur une des nations

et les plus d'années,

démunies

de la terre a suffi à réconforter la plus puissante

« la nation

de la terre ». Alors

de ce qui était en iflèt, il Y a seulement quelques que nous émergeons lentement des décombres de ces

temps, n'oublions pas ces années d'aberration, de peur de devenir totalement indignes de nos commencements les faits se présentent à nous, tentons au moins de les accueillir honnêtement. d'il y a deux cents ans. Quand d'éviter fa fuite dans les utopies, de l'homme les images, les théories, voire les absurdités et de pire, pures. Car ce fut fa grandeur in : Hannadt de

cette République

de répondre

en ce qu'il a de meilleur

au nom de la liberté ». Cité

Arendt, « Retour à l'Envoyeur; L'ère du déclin (1975) », in Penser l'événement,Idem, op.cit., pp.267268. 43 Mu'ta~l vient du terme Jyc.\ qui veut dire « se retirer », <<s'isoler». Les mu'tazilites ou mu'tazila sont des adeptes d'une théologie musulmane (rationaliste) qui a pris naissance au VIIIéme siècle chrétien (lI-IIIème siècle de l'Hégire). Voir à ce propos Albert.N-.Nader, Le systèmephilosophique des Mu'ta~la (premierspenseurs de l'Islam), Beyrouth, éditions Dar EI-Machreq SARL, (coll. Recherches), 2émeédition, 1984, 354.p. Chikh Bouamrane, Le Problème de fa liberté humaine dans la pensée musulmane: solution mu'ta~lite, Préface de Roger Arnaldez, Paris, éditions ].Vrin, 1978, 377.p. et LEnryclopédie de l'Islam. Leurs pensées de l'étant et du néant (a'dam) sont à situer au regard de la construction aristotélicienne de l' Iylé; elle-même à inscrire dans les anciennes traditions cosmogoniques, qu'elles soient orientales ou occidentales. 44Les Ash'arites sont les adeptes d'un courant théologique (souvent qualifié de 'dogmatique'), (lIJème siècle de l'Hégire) dont le nom provient de son fondateur Abu al-Hasan al-Ash'ari. 45Notion initiée par Benoît Mandelbrot.

30

Le concept

d'événementialité

Il s'agit donc d'un 'regard d'ensemble' vers une structure politico-sociale universelle en résistance à «la banalité du mal»46. Aujourd'hui, nous pourrions évoquer « la banalité de l'événement» 47. L'événement se banalise, ses compréhensions et extensions se stigmatisent et sont consciemment ou inconsciemment mimées. Il s'exporte, s'importe, se 'linéarise', perd son épaisseur(s). Il est à sens unique, il perd son énergie, sa portée philosophique et existentielle. Il n'interroge plus les singularités; ce sont les consensus et lobbys politiques, économiques et médiatiques émergents qui orientent les points de vue et non pas les points de vue singuliers qui lui donnent sens. D'où les questions qui nous interpellent: - Emprunter le concept de l'événement pour comprendre les phénomènes de changement et par extension d'innovation, dans le champ de l'architecture, nous mène-t-il vers une piste qui mérite d'être explorée? - Dans ce cas, quels sont les enjeux de cette piste? - Quel apport significatif cette notion est-elle susceptible d'apporter au débat, sur la question du changement et de sa capacité à produire de l'authenticité48 architecturale, telle que posée par l'histoire des riférents et des canons de l'architecture?

46Terminologie de Hannah Arendt. 47Aujourd'hui, il devient possible à un scientifique comme l'historien Benny Morris d'écrire un article (lui-même 'génocidaire' puisqu'il y incite) sur le New York Times (en date du 18 juillet 2008) et d'y légitimer (comme étant une alternative) une attaque nucléaire israélienne à l'encontre de l'Iran. Une attaque pouvant impliquer le meurtre de 70 millions innocents iraniens. Des propos et des incitations aussi démesurées soient-elles ne semblent pas faire de vague ni même susciter l'indignation. Nous restons à la fois perplexes et impuissants devant tant d'absurdité. La démesure des uns et des autres devient banale. Comme il y a de cela quatre ans nous ne pensions pas possible que les U.S.A et ses alliés commettent l'acte irréparable de la colonisation de l'Irak sous la bannière de la soi-disant démocratie. Aujourd'hui, il nous semble encore une fois impossible que ces propos démesurés sur l'Iran ne soient un préalable à une action réelle, mais notre illusion n'est qu'un moyen pour se faire bonne conscience; on s'y fait. Comme on s'est fait à la guerre illégitime perpétuée contre un Etat souverain comme l'Irak. La 'banalisation de l'événement' aidant à l'amnésie générale; construire une issue pour des possibilités d'autonomie donc de résistance face à l'événement, est un enjeu majeur pour nos sociétés actuelles. Par ailleurs, plus que jamais nous sommes malgré nous, confrontés à ces situations, nous sommes 'tous' au courant et comme l'a dit James Petras « Contrairement au passé nazi, nous ne pouvons pas qffirmer, comme l'ont fait les bons allemands « que nous ne
savions pas « ou « qu'on ne nous a pas prévenu )), parce que cela a été écrit par un universitaire israélien notoirement

connu et celaa étépublié dans le New York Times. » (Dans James Petras, 'The New York Times: Making The Nuclear Extermination &spectable", 30 Juillet 2008. Traduction du texte par Mireille Delamarre (pour www.planetenonviolence.org). 48Walter Benjamin parle d'événement originel d'une forme et non de forme originelle.

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

Notre recours aux figures historiques représentatives s'explique par cette volonté de construire une pensée49 de l'architecture, à travers leur conduite de pro-:jetà valeur événementielle. Ces figures nous permettent de faire le point de modèles théoriques d'autres disciplines et d'établir une taxinomie de ces historiques par une démarche d'induction, dans le but de construire une réflexion structurée, dans le champ de l'architecture. Celle-ci nous permet, en outre, de questionner une diversité de cas empiriques dans un contexte culturel. De façon plus précise, la réflexion se nourrit à la fois de figures historiques et d'inductions empiriques pour questionner une figure architecturaledu point de vue du risque (constitutif) de l'événement. Ainsi, nous énonçons comme premier postulat trois dimensions du risque: 1. Le risque dans l'identification de la nature de l'événement lui-même (d'ordre politique, juridique, social) par rapport à sa singularité émergente qui, elle, peut être d'ordre circonstanciel, symbolique, médiatique ou architectural. 2. Le risque identifié dans l'écart entre 'réussite et échec' de toute conduite innovante du projet. 3. Le risque comme une oscillation paradoxale entre le possible et l'impossiblesO identification de ce qui singularise et définit cette forme de 'conduite à/de projet'. Le questionnement épistémologique proposé par le concept, s'appuie sur des figures historiques et sur un cadre empirique. L'équations1 entre risque et événement, permet d'interroger la relation entre la figure historique et la situations2 événementielle qui le définit. Cette notion de risque est explorée suivant deux cas: 1er cas: lorsque l'événement produit (ou plutôt est supposé produire) la figure architecturale. 2émecas: lorsque la figure architecturale (est supposée ou considérée en tant que telle) produit l'événement. La figure (souvent associée au projet) architecturale, qui produit l'événement, nous permet de délimiter les indicateurs de l'événementialitéet de les soumettre à un premier niveau d'argumentation.
49 En d'autres termes, un point de vue, voire un point d'entrée, énonçant d'emblée ses compréhensions, ses extensions et ses limites. 50 L'identification de l'événement oscille constamment entre ces deux registres contradictoires. L'événement relève à la fois du matériel et de l'immatériel, d'où la complexité de son identification. S! Nous parlons ici d'équation car il nous semble que la distinction de ces deux démarches de projet n'est pas aussi évidente qu'elle ne semble l'être. Il est donc plus juste de parler d'équation entre deux éléments plutôt que de comparaison ou d'analogie. Insinuant par là que la conduite à projet dans ces deux cas obéit aux mêmes principes, même si elle semble en apparence distincte. Ce sont les entrecroisements qui peuvent émerger de ces deux types de conduites à l'innovation qui deviennent intéressantes et eXploitables dans le champ de la 'théorie de l'action'. 52 'Situation' que nous supposons comme étant de deux natures (Cf Développement ci-dessous).

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Le concept

d'événementialité

Ces indicateurs seront réinvestis, dans le niveau empirique, afin de valider, voire de réajuster, cette première démarche inductive. L'adéquation entre ces deux démarches nous permettra de mettre en équation les deux niveaux de l'événementialité interrogés du point de vue du risque de l'événement. Il s'agit d'une forme de 'conduite innovante' qui devient pertinente, non pas par sa capacité ou son incapacité à produire des aspects novateurs uniquement, mais par la délimitation spécifique aux 'espaces de conception' qui la définissent. Cette équation permet de délimiter les indicateurs de l'écart dans 'la conduite à projet en situation événementielle' dans sa dimension apriori ou aposteriori. Cet écart oscille entre l'intentions3 qui définit et délimite les modes d'apparitions du projet et la réception de celui-ci (entre récit et discours) ; donc entre un 'échec ou une réussite'54 et un déplacement, voire un glissement. Par conséquent, deux niveaux de compréhension sont convoqués pour appréhender la complexité de l'événementialité architecturale: 1. Les projets dont l'événementialité est énoncée comme telle; les modèles empiriques: les architectures issues des Expositions Universelles, des Jeux Olympiques, des Jeux Méditerranéens, et de façon générale les projets issus des concours d'architecture. 2. Ceux dont la forme d'apparition architectonique fait événement; les figures historiques: le Dôme de Florence 1431-47, le Crystal Palace 1851 en Angleterre, La Tour Eiffel 1889 en France, Le Pavillon de l'Allemagne Conçu par Mies Van Der Rohe en 1929 à Barcelone, l'Opéra de Sydney 1955-1976, le Centre Georges Pompidou 1971-77 en France.

53 Du 'faire advenir' tel que développé par Jean-Pierre Boutinet,Anthropologie du projet, Paris, éditions PUF, 1ère édition: 1990, 6ème édition: 2001, 3S0.p, cit.p.30S. « Le conceptd'intentionnalité est ici comprisau sens de Husser! et qu'il emprunte lui-même à Franz Brentano (1838-1917), à savoirpar intentionnalité, Brentano désignait lapropnëté sPécifiquequ'ont ks phénomènes psychiques, à la différencedesphénomènes physiques, d'être dirigés vers quelque chose, c'est-à-dire d'être toujours conscient de quelque chose. Husser! élargit ce concept. L'intentionnalité de la consciencese réfère à la constante corrélation entre les actes tk la conscience (par exemplepercevoir,se souvenir, aimer), qui se rapportent à un o!jet (actede la visée: la noèse), et l'objet tel qu'il apparaît dans ces actes (l'objet intentionnel: le noème, pluriel noémata). D'où la notion de 'réduction phénoménologique' à laquellefait réfèrenceHusser!». Cité dans Peter Kunzmann, Franz-Peter Burkard et Franz Wiedmann, Atlas de la philosophie, éditions. La Pochothèque, Encyclopédies d'aujourd'hui, Réalisation graphique d'Axel Weiss, traduction française de Zoé Housez et Stéphane Robillard, Ie livre de Poche, 1993-1999, 28S.p. 54 J-P. Boutinet (Anthropologie du prq/et, 2001) parle des conduites à l'innovation qui définissent ou particularisent une conduite à projet. Il évoque en outre, ce qu'il (dérives la 'gestion des écarts', dans ces conduites à l'innovation, qui peut pathologique)) dans une Boutinet, ..., Idem, selon lui basculer vers conduite à l'innovation pp.288-292. appelle 'l'idéation' d'où la notion de «dérive qu'il répertorie au nombre de 8). In: J-P.

op.cit.,

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La pensée

en architecture

au 'risque'

de l'événementialité

D'un point de vue analytique et méthodologique, nous fonctionnons en trois temps: Premier temps, nous construisons notre réflexion, autour du concept de l'événementialité au travers d'une démarche comparative de figures historiques. et Notre investigation repose sur un choix d'exemples correspondant à des moments significatifs de l'histoire de l'architecture occidentale55, pour examiner la procédure avec laquelle ce marquage historique a été réfléchi. À travers l'analyse de ces figures représentatives risque de l'événement nous mettons en place des inductions. Ces au événementialitésqu'elles soient 'processeurs' ou 'processées' sont explorées afin d'argumenter et de comprendre la notion dans le but de construire des déclinaisons inductives, qui soient propices tout autant à l'action qu'à la connaissance en architecture. Cette investigation ne se veut pas exhaustive, mais cherche plutôt à construire une pensée, par une démarche inductive. Cette dernière permet de rendre opératoire le support empirique élaboré, afin de questionner la diversité des cas culturels. Deuxième temps, au travers des considérations philosophiques sur, à la fois l'événement,l'architectureet leprojet et enfin les risquesde l'événementialité, ous essaierons n de recadrer les modèles théoriques de l'événement en architecture, préalablement établis. Il s'agit donc d'explorer les possibilités d'une constitution d'un savoir dans le champ de l'architecture par le biais du concept. Nous argumentons un cheminement épistémologique, par la mise en place de pistes inductives,voire réflexives en nous référant aux figures historiques, comme suit: - En partant d'un point de vue herméneutique et phénoménologique. - L'événement entre échec et réussite et ses multiples compréhensions et reconductions.
55 Pourquoi occidentale? Pour bien faire signifier qu'aujourd'hui, quel que soit le contexte de réflexion, ce sont les outils et les références occidentales qui sont de ruise. Faute d'engagement des intellectuels, des compétences locales et des autorités ou mainruise des institutions occidentales sur celles des autres pays, notre objet n'est pas de dire à qui la faute. Il s'agit plutôt d'en esquisser les impacts aussi bien sur les possibilités créatives à l'échelle internationale et surtout l'étroitesse des possibilités réflexives du champ de l'architecture vers lequel nous tendons. Dans une grande majorité des écoles d'architectures qu'elles soient en Afrique, au Maghreb ou au Moyen-Orient, les références aussi bien théoriques, historiographiques qu'empiriques en architecture et urbanisme sont pour l'essentiel occidentales; basées sur des expériences d'urbanismes et des enjeux patrimoniaux européens ou américains. Aujourd'hui, nous aurions du mal à trouver, dans les bibliothèques des écoles d'architecture ou d'art, des références aussi lointaines soient-elles comme celles d'Ibn Ar-Rami al-Banâa, les traités et manuels de Hisba ou celles plus contemporaines d'Ira Lapidus ou d'André Raymond. Pourtant la compréhension de l'historiographie et la stratification urbaines de certaines villes maghrébines et africaines ne peuvent s'inscrire dans un continuum intelligible en occultant les outils (comme le lien entre le fiqh musulman - jurisprudence musulmane - et le développement territorial des villes africaines ou moyen-orientales post islaruiques) développés dans le cadre même de leur émergence.

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