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La ville décentrée

De
298 pages
Sur la période qui court des années 1960 à aujourd'hui, un changement de fond travaille les raisons d'agir : pendant l'âge d'or de l'aménagement du territoire, les urbanistes dupliquaient la centralité afin de désengorger les centres existants. Ils se demandent aujourd'hui pourquoi et comment rendre désirables les lieux centraux alors que la dispersion urbaine semble s'imposer et que les moyens et finalités de l'action urbanistique sont incertains. Le prisme analytique de la centralité permet, au cours de cette réflexion, de questionner le nouvel esprit de l'urbanisme.
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La ville décentrée

Villes et Entreprises Collection dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents: milieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d'enjeux. La dimension économique n'est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l'évaluation des politiques sociales ou socioéconomiques et les formes d'appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s'appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d'analyse et d'interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes. Déjà parus
O. CHADOJN, La ville des individus, 2004. J-L. ROQUES, La petite ville et ses jeunes, 2004. C. BERNJE-BOISSARD, Regards d'urbanité, 2004.

L. DESPIN, La refondation territoriale: entre le monde et le lieu, 2003. X. XAUQUIL, L'investissemement industriel en France. Enjeux contemporains, 2003. C. BROSSAUD, Le vaudreuil ville nouvelle (Val de Reuil) et son « imaginaire batisseur». Identification d'un champ autour d'une ville, 2003. J. MAGERAND et Elisabeth MORTAMAIS, Vers la Cité hypermédiate, 2003. G.-A. LANGLOIS, Des villes pour la Louisiane française. Théorie et pratique de l'urbanistique coloniale au 18ème siècle, 2003. Ph. BOUDON (éd.), Langages singuliers et partagés de l'architecture, 2003. F. NAVEZ-BOUCHANINE, La fragmentation en question, 2002.

Laurent Oevisme

La ville décentrée
Figures centrales à l'épreuve des dynamiques urbaines

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Du même auteur

Actualité de /a pensée d'Henri Lefebvre à propos de l'urbain. /a centra/ité, Tours, MSH Villes et territoires, 1998, 126p.

La question

de

@ L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-7711-2 EAN: 9782747577113

Préambule

Ce texte est issu d'une thèse soutenue en décembre 2001 à l'Université François-Rabelais de Tours,sous letitre: « L'urbanisme de nouvelles centralités : théories, dynamiques, projets n.

Ce matériau initial, forme primatiale, a connu quelques déformations mais explique une spécificité, à savoir un texte exposant au maximum ses arguments, livrant le cheminement de la pensée qui le porte, les mouvements de la problématique et s'appuyant sur des faits observables, sur un terrain constitué en phénomène disposé à l'enquête. Les remaniements du texte universitaire concernent l'organisation globale, la reprise de la partie théorique relative à la « consistance urbaine contemporaine n mais conserve, au titre du contenu, le matériau des enquêtes menées pour l'occasion et les principales références théoriques alors mobilisées. Il est certes « allégé» mais aussi actualisé. Sa dimension iconographique est fort réduite, le parti pris de cette édition renvoyant à une primauté textuelle.

Les références bibliographiques sont classées de façon thématique (et alphabétique au sein de chaque rubrique), avec des icônes dans le texte permettant de localiser la thématique mobilisée. La typologie est la suivante:

" W
o
~

Références théoriques générales (ouvrages et articles)

Productions écrites sur la ville, le phénomène urbain et l'urbanisme (ouvrages et articles) o Ouvrages et articles sur la centralité et la polycentralité urbaines Rapports d'études, thèses

~ Textes spécifiques, relatifs à une étude de cas Corpus relatif aux chroniques urbanistiques

Je tiens à remercier ceux qui ont accompagné le travail ici publié, aussi bien interlocuteurs spécifiques que compagnons de route de longue durée, sans oublier les membres du jury de la thèse et les collectifs de recherche dynamiques que sont la M.S.H. « Villes et territoires n de l'Université de Tours et le L.A.U.A.,laboratoire d'appartenance, à l'Ecole d'architecture de Nantes.

5

SOMMAIRE
Introduction générale: hors du centre point de salut?

9

Chapitre 1 - Généalogie de l'urbanisme de nouvelles centralités
1.1- Qualification régressive de généalogie de l'urbanisme des centres secondaires 1.2- Recherche urbaine, « crise des centres)) et doxa technocratique. Les années 1960 1.3- De la vision polycentrique aux réalisations concrètes de nouveaux centres urbains Conclusion: utopies en actes - d'un corpus à l'autre

19
23

47

77
93

Chapitre 2 - Récit d'institution de nouvelles centralités dans les agglomérations
2.1- Monographie de la constitution d'un centre de quasi ville nouvelle:
Colomiers « Ville Neuve
))

99

103

2.2- Centralités périphériques élues ou déchues? Saint-Jean-de-Braye, Saint-Jacques-de-Ia-Lande et plus si affinités. . . 2.3- De la commune à l'agglomération: la quête de centralités d'agglomération Conclusion: la recherche du sens des formes urbaines

121
147 177 187

Chapitre 3 - De la consistance urbaine contemporaine
3.1- Vertus et limites de la pensée des émergences. Centralité dépassée, centralité retrouvée 3.2 - Modalités de recomposition de la centralité 3.3- La place du politique dans des organisations urbaines centrées, polycentrées, a-centrées Conclusion: les enjeux contemporains des centralités d'organisation

191 205

239 255 259 275

Conclusion générale: perpétuelle invention de la centralité ?
Bibliographie

7

Introduction

générale

Hors du centre, point de salut?

La substance, l'âme de ces termes, traduits en l'espace contemporain constructeurs, ce sont

la ville sont régulièrement dites en crise. Pour bien des observateurs, centres et limites, renvoient désormais à I'histoire urbaine, alors que serait tout à fait sorti de ses gonds. Pour quelques promoteursprécisément des valeurs sur lesquelles il est possible de s'appuyer

pour proposer de nouveaux produits, « à l'échelle humainen, renvoyant dans une nostalgie
s'inspirant d'une époque de villages délimités pré-industriels, extrapolant les vertus communautaires du modèle centré. Pour bien des acteurs de l'urbanisme commercial, la notion de centre est une synecdoque urbaine entièrement maîtrisée par eux. Pour bien des habitants, si la vie quotidienne tend à pluraliser ses espaces de déroulement, il n'en reste pas moins que la référence à un centre et ses qualités n'est pas énigmatique comme elle peut l'être aux Etats-Unis. Pour bien des acteurs politiques, enfin, la figure du centre reste organisatrice, moins en raison d'éléments précis renvoyant à des besoins non satisfaits, qu'en vertu d'un imaginaire ancré dans l'agora grecque. On peut revenir, pour ne plus avoir à s'y attarder, aux sources de cette agora sur laquelle se repèrent les pratiques de rencontres régulières de guerriers, formations militaires en cercles, débattant de sujets d'intérêt commun. Lieu de libre parole, le cercle devient progressivement rassemblement de citoyens qualifiés et prend valeur de premier espace public dans les typologies historiques aujourd'hui disponibles: « Le groupe humain se fait donc de lui-même limage suivante à côté des maisons privées, particullëres, il y a un " centre où les affaires publiques sont débattues, et ce centre représente tout ce qui est" commun '; la collectivité comme telle, Dans ce centre, chacun se trouve l'égal de l'autre, personne n'est soumis à personne, (.,,) Nous voyons na/1re une soclëté où le rapport de l'homme avec l'homme est pensé sous la forme d'une relation di'dentité, de symétrie, de réversibilité. (.,,) On peut dire qu'en ayant accès à cet espace circulaire et centré de
l'agora les citoyens entrent dans le cadre d'un système politique dont la loi est l'équilibre, la

symétrie, la réciprocité,

n

(/

Vernant,

1996, p.211).

L'histoire politique est, on le sait, fort chargée de cet imaginaire, à tel point que bien des analyses urbaines ont amplifié le rôle de la centralité, comme lieu de rassemblement des hommes et des marchandises... Le contresens implicite peut être levé rapidement en convoquant un auteur majeur de la pensée grecque distinguant deux types d'assemblées: « C'est une place (l'agora) où Il ne doit y avoir aucun trafic de marchandises et où ne pénètrera ni ouvrier ni cultivateur ni aucun autre indivI'du de ce genre, sauf s'il y est convoqué par les magistrats, (.,,) Quant à l'agora des marchandises, elle doit être distincte et bien séparée de celle-là, dans un endroit permettant une concentration facile de tous les produits importés par mer ou en provenance du territoire, n (Aristote, POII'tique, VII, 12). Nous verrons combien est utile cette dissociation et comment elle permet de repenser deux types de centralité. Mais ne brûlons pas les étapes. Reconnaissons cependant que la version politique est entrée en crise et que cet espace public traditionnel, nous ne savons plus vraiment qu'en faire 1.
1

vernaculaire

C'est un tel constat qui motive aussi les enquêtes de J,B. Jackson lorsqu'il part A la découverte (cf. en particulier le paragraphe « le forum suit la fonction»).

du paysage

11

Nous voulons ici poser une double question. Celle, géographique, de l'évolution récente des lieux de regroupement, qualifiés souvent de pôles; celle, urbanistique, du recours à un géotype particulier (la centralité) pour faire la ville avec ce que nous apprend le sens de l'évolution d'un tel recours. La question géographique est déjà bien documentée même si l'on peut déplorer un certain conformisme derrière le constat que la plupart des agglomérations sont désormais polycentriques. On peut la spécifier de la manière suivante: afin de relier des objets sociaux, rappelons que la société a à sa disposition la mobilité, la télécommunication et la coprésence (W Lévy, 1999, p.16). L'histoire de l'espace revient à une combinaison de ces modalités. Avec l'essor des déplacements automobiles, les premier et deuxième vecteurs permettent de sélectionner davantage les participants à la coprésence. D'où la définition de nouvelles formes de sociabilités centrales. La question urbanistique (la centralité comme ressource et catégorie de l'action) peut être formulée ainsi: étant donné l'expérience de la planification de nouveaux centres au 20ème siècle d'une part (esprit et matérialisations comprises) et le développement multipolaire non intentionnel des agglomérations d'autre part, dans quel état se trouve

aujourd'hui la figure de la centralité ? Notre préoccupation majeure concerne les variations
de l'esprit de l'aménagement, vues au travers des projections de centralité. Il ne s'agit pas seulement de faire l'histoire de la planification de nouveaux centres pour elle-même 1. Notre champ d'enquête est certes relatif à des pratiques professionnelles mais nous ne travaillons pas dans l'optique d'une sociologie des professions ou dans la seule définition des représentations d'acteurs. La question nous importe également de faire le point sur cet urbain en mouvement, de dire comment les espaces du regroupement se déplacent et d'estimer les marges de manœuvre des urbanistes. En quoi la centralité serait-elle un analyseur de choix? Parce qu'elle occupe (ou a occupé) aussi bien dans le domaine pratique que théorique, une place décisive et qu'il n'y aurait peut-être sans elle ni pensée spatiale, ni urbanisme. La reformulation de la « question de société» initiale (portant sur la substance ou l'âme de la ville) est à l'œuvre. Il ne s'agit pas d'analyser un « manque)) ou un « déclin» mais à la fois de déconstruire les idées de crise du centre (et in fine les pensées de la centralité) et de restituer les démarches menant à la création de nouveaux centres. Travailler une question de société, c'est ainsi la décomposer en sous-problèmes et la recomposer en la rendant compréhensible, intelligible et peut-être transformable. Il convient pour nous de documenter à la fois les dynamiques spatiales à l'œuvre et l'histoire des pratiques de modification intentionnelle de ces dynamiques. Aussi bien le référent que le référé nous intéressent, parce qu'intimement liés.

1 Même si, comme propre histoire» (/

le dit fort justement Marié, 1989,

Michel Marié:

« Chaque

époque

a besoin

de revoir les fondements

de sa

p. 58).

12

Afin de mieux situer le lien
propositions

la problématique
de

principale,

rattachons-la urbanistiques

à quatre et un

propositions théorique.

faisant Ces

entre

l'actualité
sont

préoccupations

ordre

les suivantes:

~

Le phénomène

urbain

est une des options Cependant, cette temporelle

possibles

de lutte

contre

la distance,

c'est la ses

l'option continuité distances

de la centralité. spatiale spatiales n'est

possibilité

est mise en concurrence via les technologies (il est possible

en particulier de prendre

par le développement

de la proximité

de communication:

plus nécessaire

pour faire société intégré).

tout en étant socialement

~ La centralité
actualisation L'imaginaire nouvelle aujourd'hui d'agglomération dispersion. ressource Dans échelle

a longtemps
par un

constitué
changement face

un recours
des à l'exigence

permettant

l'action
des

spatiale,

son
d'une sont de

passant bâtisseur

référents

territoriaux inspiré différer

urbanistes.

contemporain, spatiale il ne s'agit esprit, quelles

de manifester les espaces pour affectent

l'existence

de fonctionnement d'intervention

de l'urbain, visant plus tant

est-il toujours à organiser d'agir à nouveau

par cette figure? de concentration et réguler les forces les forces vue comme

~ Les principes

mis au défi: cet

que de chercher

à les susciter

et donc de freiner la centralité

modifications

pour l'action?

elle se fait)) (W Lévy, 1994, p. 325). Les ~ « La v/lie n'a plus besoin d'erre pensée, théories de la planification, pavillon en berne, portent le deuil à la fois des utopies urbaines
culturalistes contexte largement, modèlent nommerons (sciences et progressistes. de délégitimation de penser le civil. L'enjeu la dialectique de l'espace social) Il incombe de la centralité, cognitif est alors aujourd'hui de repenser mobilisées celui, décisif, aux théories urbaines, du centre dans un qui la fabrique par le politique qui questionne mobilisant et, plus

ce qui lie les formes des forces en faveur

et les forces

ce que nous
connexes

et des formes de la constitution

des disciplines

d'un champ d'analyse de l'espace

en actions.
Quelques points épistémologiques et relatifs aux méthodes d'investigations'imposent. Si à la fois le référent et le référé nous intéressent, c'est que notre approche n'est ni positiviste ni relativiste. Elle inspire l'idée d'une analyse de la centralité comme prisme ou, si l'on préfère, comme analyseur à l'égard d'une réalité qu'il est possible de connaître.Enoutre, ce travail ne relève pas que d'une seule discipline et nous assumons une fréquentation des sciences de l'espace social faisant la part belle à la sociologie, la géographie, l'économie et les sciences politiques,sans oublier l'urbanisme (s'il s'agit d'une discipline).Les objets de

recherche que nous abordons sont contemporains, relevant

en partie de théories de la

pratique (les pratiques urbanistiques) et de nature hybride, c'est-à-dire à la fois virtuels et réels, solides et intentionnels 1. Dans une qualification générale de notre démarche, nous pouvons parler de matérialisme historiciste ou de constructivisme réaliste. La dialectique est également au cœur de nos types de raisonnement.

1 Dans l'objet

réel, la forme

et la matière

sont unies alors que seule

la forme

définit l'objet

intentionnel.

13

La dialectique est un mode de connaissance qui confronte l'identique et le contraire, qui intègre les contradictions et oppositions dans un mouvement qui dépasse celui de la stricte logique formelle. (hez Bourdieu, la logique dialectique du champ et des habitus dépasse les logiques mécaniques des appareils. Dans le matérialisme, les objets ont une existence en

dehors de notre conscience. La précision « historiciste

))

signifiela complète historicité des

sociétés et des chercheurs qui en font partie. L'histoire n'est pas téléologique, elle est le produit des activités humaines, leurs savoirs y compris. Le constructivisme réaliste est, selon nous, une autre façon de mentionner le matérialisme historiciste. Il « traite le processus de connaissance comme une invention sous contrainte, capable de gérer les tensions entre cohérence, pertinence et accessibilité du discours, Cette approche s'oppose notamment au positivisme (quipostule que les concepts sont présents dans le réel, et qU'll suffit de les" découvrir '') et au conventionnalisme (qui présente comme contingente et arbitraire la relation entre acte de connaissance et objet de connaissance),)) (/ Lévy, 2000, p. 395).
Ni
((

éléments factuels sur lesquels s'appuie le discours du chercheur)) (positivisme) ni

((ruse du discours pour le rendre acceptable dans une communauté donnée)), la posture constructiviste réaliste vise aussi bien à restituer des épaisseurs qu'à dévoilerdes phénomènes. Le dévoilement ainsi contrebalancé n'est pas le fait de celuiqui voit clair en
((

dernière instance)) armé du regard froid de la science n'accordant le statut de fait qu'à des ((agrégats)) plutôt qu'à des ((faits de conscience)). ('est celui de la connaissance en sciences sociales qui ne peut se défaire de la région du sens du signifié)) (/ Panofsky,
((

1970). Mieux,l'observation ne devient un fait qu'à partir du moment où elle est reliée à une classe de phénomènes, où elle se situe par rapport à une cohérence. Lefebvre a bien
formulé ce mouvement de recherche qui est aussi le nôtre:
faits, mais le constat ne peut passer peut sembler de bonne méthode que pour une démarche de commencer
((

on ne peut se passer des

insuffisante de la pensée! " Il par la base sonde que sont le réel et le

concret

II

mais on s'aperçoit vite de l'erreur. On confond si on s'en tient là, le concret et

l'immédiat le savoir et le descripfll le réel et le donné, "La population est une abstraction, sije négn'ge par exemple les classes dont elle se compose,' à leur tour, ces classes sont vides de sens si j'l'gnore les éléments correcte abstraits, partira sur lesquels elles reposent mais par exemple salarié, le capital, etc. Ces derniers supposent Donc la méthode rapports généraux concepts au début)) raconter l'échange, la division du travail, les prix, etc, d'abstractions scientifiques,' le travaIl II de

d'abstractions,

tels que la division du travaIl, la valeur, l'argent des rapports, la pensée tentera une genèse ce concret produit de la pensée, 1972, p. 107).

A partir de ces du concret (qui et supposer

qui ont pour contenu (W Lefebvre,

atteindra en le définissant d'histoires

au n'eu de le poser

Il s'agit dans notre cas à la fois de ne pas se

et de ne pas négliger les récits1.

1 Il Y a donc bien rupture épistémologique avec le monde consistantà « produire du sens sur le dos des autres Il,

pratique

et refus d'une

position

de

surplomb

14

Notre travail centralité pu d'articulation verticales les trois génétique de possibles du temps permis l'objet phénomènes,

sur la société aussi

urbaine bien Marx,

contemporaine et il relève Lefebvre que

et son institution Sartre. Elle est

via la production inspirée d'un

de la qu'ont souci ainsi

n'est

pas un instantané de l'histoire

de la méthode

régressive-progressive couplée Lefebvre

recommander

et de la sociologie (ou diachroniques de la réalité pourquoi virtualités de front

et donc de l'analyse et synchroniques). et cherche s'est

des complexités préconisait

et horizontales moments consiste part

de la description, à expliquer

de l'analytico-régressif observée cette réalité

et de l'historico-génétique. à la circonscrire, se réalise l'historicola plupart et a des que pas dégagée au sein d'un ensemble

L'analytico-régressif

et de quelles par un travail

elle est grosse. L'idée-force qu'il liés.

Si cette méthode

de ces trois

démarches

1, elle nous sert de boussole de l'ensemble signifie ce n'est de de penser cette

de restituer d'étude

nos enquêtes. nous

est celle de la liaison Ici déclinée, et à ses effets exemple, que sont nous dans

de la co-occurrence auquel aux mouvements considérer

est nécessaire

afin de ne pas briser exigence

sommes

s'intéresser uniquement ou les concernant systémique, formes. entendre 1987).
que Nous dont

de la centralité commerciaux d'espace. son apport sédimentés)) respectifs entre par Sans

pour l'urbanisme,

le nouveau, types

le plus spectaculaire,

les complexes indépendamment suivions la saisie C'est

cinématographiques l'évolution de plusieurs urbaines qu'il faut
Bordreuil,

grands

centres

d'autres Les

vraiment simultanée des

ici l'approche formes

reconnaissons « centre-villes et leurs conception sujet/objet
à distance évidemment embarqués.

spécifique sont

contemporains en tension.

périphériques Cette

attributs

en ce sens

le concept

de production relationnelle qui permet
suffisante d'un impliqués

de la centralité de dépasser
phénomène dans nos

(W
la
((

Lefebvre,

1974;

ID

les objets
garantirait observations

doit

s'apposer
la scientificité et devrons

à une conception
postulant de la démarche. restituer les façons

relationnelle
la mise sommes nous

coupure

épistémologique))

sommes

Notre
«

démarche,

constructiviste

réaliste
))

donc,

est bien résumée

par

L. Boltanski:

(..) le sociologue doit traiterla qualification singultëreou collectivede l'affairecomme le produit de l'activité même des acteurs. (/ Boltanski, 1990, p. 23.). Cette démarche, qui emprunte fortement à la sociologie de la traduction, cherche notamment à montrer
comment les acteurs accomplissent le travail de mise

en intrigue

des

actions

qu'ils

mènent

à une conception de la connaissance qui n'engage pas ses investigations directement armée d'une typologie des idéologies territoriales qui seraient motrices de ces actions.
sur
l'espace. Elle renvoie

1

Cequ'exprime très bien Lefebvreen 1960 dans les nouveaux ensembles urbains

((

)),

où il indique à la fois:

- en quoi Mourenx est un cas limite, un laboratoire social;
-

ce que révèle une approche comparative avec des quartiers nouveaux de la villed'Aix-en-Provence;

- comment il est alors possible d'identifier des tendances; - la portée d'une livraison d'extraits du carnet de route pour saisir le vécu avec des commentaires; - enfin des observations plus systématiques suivies de commentaires (W Lefebvre, 1960-1970). Cet enchaînement peut inspirer plus d'un moment pédagogique...

15

Tels sont nos réglages de départ. Il est opportun de livrer également des notions méthodologiques plus spécifiques dont nous

usons dans ce texte à trois temps. Les deux premiers chapitres relèvent d'une démarche
comparative spécifique, que l'on peut nommer une urbanistique comparée - analyse multisites donc - ayant recours à la fois à la généalogie d'un objet urbain particulier (le centre secondaire) et passant par des monographies urbaines thématiques afin de livrer des éléments de connaissance relatifs à un champ de motivation par rapport aux tendances du phénomène urbain. Le troisième chapitre cherche à saisir la spécificité du moment urbain contemporain dans les forces qui le composent. Si nous nous attardons sur un fond de croyance dans les deux premiers temps, ce n'est pas par des méthodes structuralistes dégageant les logiques propres d'une pensée symbolique par exemple. On perd le réel à vouloir totaliser trop vite et à transformer sans preuve la signification en intention, le résultat en objectif. Si nous nous intéressons aux intentionnalités urbanistiques, ce n'est pas

comme un domaine coupé du réel, constitué de croyances venues d'on ne sait où : Iln'est
((

que l'on souhaite, qu'il n'est possible d'avoir toutes les croyances que l'on désire avoir. Nos croyances sont contraintes par les pièces à conviction dont nous disposons,' de la même façon, nos intentions sont contraintes par les raisons que nous avons d'agir.» (Kavkacité par / Dupuy,2000, p. 87). Aussi serons-nous attentifs à la circulation du vocabulaire, des notions et concepts entre domaines de pratique et prendrons-nous au sérieux la part décisive des objets spatiaux dans les pièces à conviction ici nommées.

pas davantage possible

d'avoir toutes les intentions

Il reste enfin à apporter une précision. Il n'appartient pas au chercheur d'apporter une
((

réponse de société» à une questionde société.Cetenjeu le dépasse allègrement.En

revanche, répondant parfois à des questions qu'on lui pose, il lui incombe aussi de poser les questions qu'on ne lui pose pas (/ Marié, 1989, p. 47). Cette éthique du chercheur peut se retrouver ici, dans la liberté d'un travail sans commande mais à l'origine académique.
Les deux premiers chapitres traitent d'un monde pratique doctrinaire particulier et de son expression pour la construction de centres secondaires et de centres d'agglomération. Ils mobilisent ainsi des récits d'institution de nouvelles centralités en voyant par le menu et via la méthode régressive-progressive les vicissitudes de projets portés par des territoires

périphériques;si un

((

suprême

théoricien»

(/

Mills, 1965) n'y verrait que perte de

temps, nous y voyons à l'inverse l'épreuve de terrain venant dynamiser et relancer des interrogations davantage nourries (( en chambre u. Seule la combinaison des discussions théoriques et des enquêtes permet de donner un sens à chacun des deux pôles. Le récit des formes mobilisées dans le champ des pratiques planificatrices et de projet domine les deux premiers chapitres. Ce sont les pratiques urbanistiques qui nous intéressent alors. Une généalogie des utopies du second centre montre les soubassements de la projection de
((

villes nouvelles»,

((

centres

bis»,

((

villes satellites»,

((

centres

secondaires»

et autres

(( centres-relais », projection dont l'âge d'or se situe, en France, dans les années 1960. Nous entrons ainsi par la sélection d'un corpus de textes de planification dans un musée

16

celui de l'utopie urbanistique de l'époque gaulliste 1. Nos terrains toutefois ne sont pas ceux des villes nouvelles décrétées en 1965 par l'Etat français. Nous nous particulier:

rendons d'abord

« en

province»2, dans des communes situées en périphérie

d'agglomération et restituons par le récit les expériences d'érection de nouveaux centres impulsées par le niveau local: Colomiers et Saint-Jean-de-Braye ont plus particulièrement retenu notre attention, manifestant depuis plus de trente ans la poursuite d'un projet de nouvelle centralité. Cette promenade raisonnée amène à la prise de conscience d'un fonctionnement d'agglomération de plus en plus intégré. L'idée de doter les espaces périphériques de centralités laisse alors quelque peu la place à un projet d'un autre ordre,

c'est-à-dire œuvrant à une autre échelle et que l'on retrouve sous le vocable de

« centralité

d'agglomération », lui non plus non exempt d'antécédents. L'analyse du projet de cet ordre sur le territoire de l'agglomération nantaise permet d'examiner un esprit très contemporain de l'urbanisme et d'adresser des questions urbanologiques aux sociétés urbaines contemporaines. Nous cherchons particulièrement à tenir l'impératifsuivant: « trouver des
formes de récit qui soient à même de rendre compte, à la fois, du dévoIlement monstration plication (la désl'mplication de l'objet (la de cette vIlle), de l'l'mplication du sujet en ce qU'll explicite et enfin, de l'exdifficIle) du sujet qui explicite, hors de cet objet qui le retient et
»

auquel ils'attarde (et s'attache),

(W

Médam,

1998, p.70).

Letroisième chapitre permet de pointer deux caractéristiques:
une tendance contemporaine à l'urbanisation amorphique dont il est possible d'analyser qu'elle ne provient pas d'un chaos croissant mais de la superposition de différentes structures d'urbanisation et un champ d'action politique non négligeable dans la dynamique des forces à l'oeuvre.

Si, dans le registre politique, la centralité peut toujours servir l'action, autoriser l'accomplissementd'opérations urbanistiques, il n'en reste pas moins que les répertoires d'interventionsont pour bonne partie à réinventer.
Aussi le présent travail permet-il peut-être d'esquisser des réponses, ambition maximale, à
une question de plus en plus récurrente et que l'on peut formuler ainsi:
((

qu'est-ce

que le

politique ne parvient pas à penser lorsqu'il accuse les usagers ou les citadins d'indifférence à la chose publique? » Il lui manque probablement, selon nous, un sens spatial permettant de révéler l'échelle à laquelle il est désormais convaincu qu'agissent les phénomènes. Le politique, entendu comme dimension d'organisation de la société, voit son efficacité se réaliser à cette échelle. S'il s'agit éventuellement pour lui de montrer le pouvoir, de souligner ses présences, c'est peut-être aussi l'occasion d'attester d'une dimension symbolique ou de renvoyer à du collectif (et à cette exigence de composition progressive de mondes communs à laquelle il s'attelle sans vraiment le montrer). Le politique n'a-t-il pas à
1 J.-M. Goursolas termine ainsi un article de 1986 :
2 Sans avoir du reste jamais quitté cette province aux

Il

[les villes nouvelles] n'ont pas encore de cimebëres mais
Il

sont déja un musée: celui de l'utopie urbanistiquede l'époque gaulliste. (W Goursolas, 1986, pAD).
géotypes si variés...

17

intervenir campagne pas qu'il quotidien

pour dans invente

contrer l'urbain,

les

arguments objets entre

de

promoteurs

immobiliers les closeraies encore

vantant urbaines? par les traits

l'idée

de

les sociabilités

de voisinage,
Il

Ne faut-il

de nouveaux construisons? par l'Ecole

ces événements
de Chicago,

qui nous dépassent))
il faut peut-être

et le

que nous

Si la ville se caractérise urbaine

suivants, les donner

très bien formulés

de sociologie

à voir à nouveaux frais, avec tout le potentiel qu'ils portent: « De Georg Simmel à Louis Wirth, une villese caractérise, rappelons le, par trois traits thétérogénéité rassemblée des
populations ou, ce qui revient au même, lëtrangéité proche,.
"

la densité des relations, qui a pour conséquence qui peut prendre

cestque le deux

à-dire la multiplicité des allégeances

et des appartenances

connu se définit toujours par a/lieurs,. la superficialité

des échanges

formes opposées
lexcentricité.
))

(ID

"

le nivellement et la banalisation, ou li'ndividuation et le culte de Joseph, 1998-b, p.96).

18

Chapitre

1

- Généalogiede l'urbanisme

de nouvelles centralités

Un travail l'urbanisme chapitre permettre,

d'ordre semble et d'éviter

historique

sur des catégories afin d'asseoir en la nouveauté humaniste de construction sociale.

mobilisées l'attitude de nos

en tant objets

que références

par Il doit

incontournable la croyance

compréhensive secondaire,

du deuxième d'établir un

d'investigation. démontrer et le modèle,

en procédant

à une archéologie

urbanistique scientifique)) urbanistiques

du centre

fond de croyance pu proposer voudrions de l'ordre d'exécuter

de « l'urbanisme

dont il faudra centralités. la règle
«

en quoi nous

il est ou fut actif dans la décision une typologie coller davantage dans l'action
11

de nouvelles entre

Si F. Choay a déjà

des référents à la réalité

Pour le dire mieux,

le schème qui" importe

n'est ni un plan consciemment établi à l'avance qu J/ suffirait

(" ce qui se conçoit bien s'énonce clairement 'ï ni un inconscient qui orienterait mécaniquement l'action.)) (/ Bourdieu, 1972, p. 348). Nous côtoyons certes l'univers spécifique artificiellement. contemporains. La motivation des centres)) l'organisation existants passionnel Etienne, parentés de cette étape trouve mobilisé centralités d'action. sur le devenir Colomiers, son origine dans dans la rencontre 1960. de l'idée du thème d'esprit de la crise donc mobilisés de pointer de la « crise présidant des centres un registre les parentés de ces urbaines, l'espace de colonial, à des doctrines, Nous mais il alors s'agit être précisément mieux armés de pour ne pas les autonomiser les projets pourrons caractériser

particulièrement de nouvelles et des propos à un impératif projetées à Lyon,

les années

L'état

est inséparable D'emblée urbain.

menant

se trouvent

Il nous appartiendra

dans les centralités la Part-Dieu amène

entre Toulouse-Ie-Mirail, le Vaudreuil du volontarisme d'esprit de l'Etat

Grenoble-Echirolles, (Val de Reuil)... politique aménageur, traduit

Centre 2 à SaintL'énoncé en formes

à une géographie 1. Est-ce l'état

mais aussi à une géographie pour lire le monde))

d'un état d'esprit:

où l'on retrouve

l'idée de « penser de l'urbanisme

l'urbanisme socialisateur, du socialisme municipal? Afin de le savoir, il est nécessaire de ne pas se focaliser seulement sur la « crise des centres» au moment où elle est ainsi nommée. L'idée d'organiser en la dupliquant à savoir volontairement est à traquer l'espace urbanisé et d'aménager la centralité préexistante deux villes, dans une phase historique qui voit se rencontrer objet de pratiquez. de la distinction
qui échappe

la ville comme

objet de savoir

et la ville comme à partir

L'organisation types de moment qui écrivent un moment souvent

de ce chapitre qui donnent et agissent, réf/exifqui

est proposée

heuristique

de trois
de ceux

à voir notre objet:
de Foucault, à la conscience

un moment archéologique au sens
procède

d'un retour opératoires,

sur des écrits ou sur un parcours3, utilisées, les choses dites, ayant instrumentales.

un moment opérationnel qui recense
valeur de connaissances

les catégories

1 Allusion au sous-titre du livre de J. Lévy, Le tournant géographique, Belin, 1999. 2 C'est du reste dans cette conjonction que s'observent plusieurs types d'instrumentalisation sciences sociales.
3

des travaux des

Il faut alors mobiliser les méthodes de l'entretien biographique ou recourir à des ego-histoires telle celle de M. Marié consignée par l'auteur dans Les terres et les mots ou encore celle de J. Lévy racontée dans Egogéographies. Matériaux pour une biographie cognitive.

21

Le moment relativiser d'occurrences L'analyse comprendre dégager d'une
configurations

archéologique la « nouveauté)) des moments des

est

privilégié de centres et des

dans ensuite

un premier traitée est (villes

temps,

nous

permettant cités satellites). pour

de

de la période réflexifs centres)) (1.3).
opérée

(1.1)

et montrant coloniales, Enfin, ensuite nous

un ensemble mieux à de à partir

non négligeables la « crise

secondaires années

opérationnels

privilégiée (1.2). résulte de nouvelles

1960
qui en

cherchons

les convergences analyse thématique
urbanistiques,

et divergences
dans

sur le modèle
le chapitre suivant.

centralités

La typologie

ouvre

à l'analyse

22

1.1- Qualification régressive de généalogie de l'urbanisme des centres secondaires
L'idée de traquer des « utopies du second centre)) semble paradoxale. Une utopie est en effet motivée par un renversement d'un ordre sociétal en place, elle se situe hors topos (étymologiquement). Et voici que nous parlons d'utopies de moyenne portée, qui dupliquent une centralité existante et consistent en une projection dans un espace donné et non remis en cause d'un ordre spatial déjà connu. C'est ce paradoxe qu'il convient d'éclairer en voyant les racines d'un utopisme quelque peu technocratique.

1.1.1- Les terrains

industriels et coloniaux des pratiques urbanistiques

L'instrumentalisation en tendance des travaux de sciences sociales trouve sûrement son origine à la fin du 19èmeet au début du 20èmesiècle dans la rencontre de deux villes qui n'en font qu'une: objet de savoir et objet de pratique. Durkheim et bien plus Halbwachs en sont des révélateurs. Topalov l'a bien montré pour Halbwachs, à la fois sociologue et socialiste, cette alliance du savant et du politique pouvant se formuler ainsi: « l'une des conditions de la construction d'objet de la thèse de Halbwachs, qui rend intelligible du même coup la brochure militante, est le fait quavec l'émergence contemporaine de l'urbanisme, la ville dans sa globalité soit devenue un objet possible de réforme, (W Topalov,1997, p. 1071).
))

La planification de nouveaux centres, de centres secondaires qui plus est, se trouve être contemporaine de cette conjonction des deux villes en un même ensemble. Certes, les pratiques urbanistiques sont bien plus anciennes, et les courants hygiénistes ont fortement préparé le terrain)) des volontés concrétisées d'aération des espaces urbains. Mais le 19èmesiècle associe nouvellement une vue savante ou au moins informée et une conscience inquiète, orientée vers la nécessité d'un changement, regard et conscience étant enchâssés. Le contexte de cette conjonction est celui de l'essor de nouvelles méthodes en sciences sociales (la statistique, la physique sociale de Comte), de la seconde révolution industrielle et de la nécessité d'organiser un territoire à l'image de la France en de tous autres espaces. Dans le cas de la planification de nouvelles centralités, l'influence de l'urbanisme colonial semble très forte et il est raisonnable de placer sur une même ligne de comparaison les villes nouvelles et artefacts équivalents, les centres satellites et les villes coloniales. Il ne faut pas négliger non plus cette autre ligne d'influence à partir des villes industrielles planifiées qui reviennent à une forme de colonialisme.
{(

9

Pouvoir

industriel

et centralité

urbaine
"

cités

industrielles

Les villes industrielles planifiées, qu'il s'agisse de mono-industrie 1 ou d'activités plus diversifiées, représentent des faits urbains des 19èmeet 20ème siècles et constituent des lieux d'intégration des disciplines d'aménagement. Ces villes montrent bien que le politique
1

Les québécois parlent de villes de compagnie ». L'expression dérive de l'anglais
Il

Il

company town» s'opposant

à Il corporate

town»

qui désigne

des villes pluri-industrielles.

23

n'est pas seulement à considérer dans le cadre civique, que la ville de pouvoir peut être d'abord celle de la dominance économique du moment1. La conquête de l'Ouest aux EtatsUnis a été l'occasion pour la compagnie de chemin de fer de l'Illinois de proposer la création d'une ville par gare (publication d'un plan générique en 1855), sur le modèle d'un plan en damier avec une voie principale suivant la ligne de chemin de fer. L'exploitation de gisements (tous types de ressources naturelles) a également engendré la création de plusieurs « villes nouvelles H,mouvement particulièrement repérable au Québec au début du 20ème siècle, vu l'importance des ressources de cette province. Le nom des villes ainsi créées est parfois celui des dirigeants d'entreprises: ainsi les Clarke Brothers fondèrent Clarke city en 19082. Cette ville était considérée comme une ville fermée (ainsi qu'Arvida et Temiscaming) parce que l'entreprise y était propriétaire, jusqu'au milieu du 20èmesiècle, de la majorité des terrains, maisons et édifices publics, et y assumait les attributs du gouvernement municipal, dont la réglementation du développement spatial3. Les villes industrielles se sont, de fait, révélées être les laboratoires de l'activité urbanistique4. Les exemples abondent: Le Creusot, Guise, Noisiel-sur-Marne, Mulhouse, en France; Saltaire, Ackroydon, Port Sunlight, Bournville en Grande-Bretagne5; Shawinigan Falls, Temiscaming (ville de l'électricité), Arvida (ville de l'aluminium) au Québec; Pullman City (Illinois), Gary (Indiana) au Sud-Est de Chicago, pour les Etats-Unis6. Ces villes sont des centralités à la fois industrielle et politique qui n'ont jamais muté en grandes villes du fait de leur caractère mono-industriel. Leur configuration urbanistique a connu des inflexions. Trois périodes peuvent être distinguées selon que l'on affaire à des tracés orthogonaux, à des modèles de cité-jardin ou à ce que l'on peut appeler l'urbanisme multidisciplinaire. La grille orthogonale dérivait du paternalisme le moins abouti, avec une simple disposition de rangées de maisons ouvrières et parfois le lieu de culte. Pour les cités-jardins en revanche, on note essentiellement le suivi du relief avec un noyau central formel: il faut préciser la grande influence du Canadien Thomas Adams (un des premiers urbanistes qui fut dans deux

1

On peut se référer pour l'inspiration
du pré-urbanisme le cas sous québécois, la direction
((

de l'organisation
Cf. Fortier
Il

de ces villes aux auteurs
du très bon

recensés
sur

par F. Choay sous la
les villes industrielles

bannière 2 Pour planifiées

progressiste. nous gated nous de Robert

W

Choay, 1965, pp. 87-152.
notamment ouvrage

inspirons (1996).

3 Où l'on voit que les
cas de la ville nouvelle

communities

d'aujourd'hui
du Caire

ont des précédents...
qui fut également

Nous mentionnons
créée et gérée par

plus loin le
des capitaux

d'Héliopolis

en périphérie

privés, du moins dans un premier temps. 4 On aurait tort de négliger cet urbanisme government du Canada recensait 155

qui a marqué à industrie

un grand unique

nombre regroupant

de villes. près

En 1953, de 190.000

l'institute habitants.

of local Parmi

localités

elles, 130 étaient engagées dans l'exploitation de ressources 5 La plupart du fait d'industriels du textile dans le Yorkshire: inventeur chocolatier Birmingham;
6

naturelles. Saltaire à partir est créée de 1855. pour à partir Bournville puis de 1853 est pour par Titus rural Salt, où le de

des

tissus

en alpaga; installe Sunlight fondée

Akroydon

par

E. Ackroyd

un site

Cadbury Port
((

son usine est créée en 1906 cities
Il

et construit par W. Lever, au pied des

des lotissements industriel Rocheuses

ses ouvriers en 1889...

des habitants

du savon, par

La ville d'Ouray, phénomène des évoqués.

un prospecteur

français

relèverait

plutôt

du

mushroom

qui se développent

alors, moins structurées

et structurantes

que les cas ici

24

1 premières vies agriculteur et journaliste) appliquant les principes de Ebenezer Howard

(cf. infra), d'abord mis en œuvre à Letchworth city en Angleterre par R.Unwinet B. Parker. De la conception idéale-typique de Howard restèrent des exigences formelles et

esthétiques: voir les plans de

« Ville Mont-Royal n à Montréal

(architecte

F . Todd,

1910- 191 3) et de Temiscaming qui montrent les mouvements convergents du « city beautiful n et de « l'english domestic revival n. Qu'en est-il de l'urbanisme multidisciplinaire ? T. Adams disait lui-même en 1921 : II It is time to apply the scientific and business principles
that have made a success of industnal organization, to the soc/alorganization of the city
n

(cité par W Fortier, 1996, p. 30). Nous reviendrons sur ce type d'énoncé, régulier chez
les urbanistes et architectes friands de la formule Il it is time n. « City efficient n, c'est là le temps de la répartition fonctionnelle et zonale. R. Fortier montre cette régularité: les usines ne s'approprient que les éléments physiques des mouvements urbanistiques, le reste de la structuration restant marqué par la ségrégation sociale, l'habitat standardisé et l'importance d'une certaine morale du travail. Les plans d'ensemble relèvent, par ordre décroissant d'importance: d'une implantation des industries et des infrastructures de transport, d'un aménagement paysager, d'un tracé des zones résidentielles et des espaces intermédiaires. La gestion de la municipalité est plus ou moins directement le fait de l'entreprise. On trouve ainsi des commissions d'urbanisme dans lesquelles les cadres de l'entreprise peuvent poursuivre l'édification de la ville moderne. L'aménagement de lieux pour les activités culturelles et sociales ressortit directement à la volonté de développer le sentiment d'appartenance communautaire, d'éviter tout type de déviance (non pas tant les révoltes que l'alcoolisme). Les exemples de villes planifiées par le patronat ont pu amener certains auteurs à théoriser le ciment idéologique qu'elles supposent, à savoir le paternalisme. C'est dans cette sphère que s'effectue alors la liaison des différentes « nécessités pratiques n. Ainsi J.-P. Frey propose-t-illa notion d'urbanistique patronale, liée à ce paternalisme, à partir d'une analyse poussée de la ville du Creusot (Saône-et-Loire), spécialisée dans la houille puis la métallurgie avec la dynastie des dirigeants Schneider. Selon lui, cette urbanistique s'établit par la mise en œuvre: d'une typologie architecturale systématique de modèles, d'un ordonnancement du foncier par lotissement de parcelles, d'une catégorisation sociale de la main-d'œuvre par la spécification des groupes dans leur mode d'habiter (W Frey, 1982, pp. 355-366). En somme, explique-t-il, cette urbanistique est l'équivalent d'une politique urbaine dont les caractéristiques sont une typologie architecturale différentielle, une morphologie spécifique, des lieux publics structurants et un marché foncier. Cette politique est le complément d'autres actions (comme la mise en place d'un système d'épargne spécifique) structurant les choix d'habitants agis.
1

T. Adams fut en effet secrétaire

de l'association

des Cités-Jardins

fondée

en 1899

par E. Howard.

25

Le cas de Guise (Aisne) pourrait être développé dans le même sens par l'industriel Godin qui y a implanté sa « ville nouvelle n, le familistère, qu'il a lui-même théorisé en prolongement de certaines notions de C. Fourier. Le familistère est une véritable organisation socio-spatiale dépassant de loin le cadre de production de poêles et cheminées. Cette utopie réalisée (le premier Palais social est inauguré en 1874) atteste pleinement de la projection au sol du paternalisme, avec notamment plusieurs dispositifs qui

incarnent cet œil du pouvoir»théorisé par J. Benthamà propos du panoptique1.
((

Enfin, le cas le plus connu bien que non réalisé est probablement la cité industrielle de Tony Garnier (plan édité en 1917), utopie proposée pour Lyon par le grand prix de Rome. Considéré comme le premier manifeste progressiste par F. Choay, ce modèle préconise certes la séparation des fonctions urbaines (chacun des éléments principaux doit être isolé pour pouvoir se développer), mais un centre est proposé, « vaste espace pour la distribution des établissements publics» comprenant trois groupes: les services administratifs et salles d'assemblée, les collections et les établissements sportifs et de spectacles. En ce cas, ce n'est pas l'usine qui est au centre (même si c'est elle qui régit la vie urbaine), c'est le pouvoir politique dont on devine l'assujettissement aux normes industrielles (Garnier parle des écoles et précise que chaque enseignement doit être dispensé en vue d'une utilisation industrielle).

9 Ordonner

les espaces habités, édifier de nouveaux campements

L'école française d'urbanisme au début du siècle et pendant l'entre-deux-guerres connaît un âge d'or certain. Sur tous les continents, des architectes-urbanistes français proposent des plans de ville, la plupart du temps dans un cadre colonial mais pas seulement. C'est l'époque de grandes audaces qui seront rapatriées en métropole, une fois les terrains dégagés par la seconde guerre mondiale. Ces urbanistes forment-ils un milieu? La réponse

tend à l'affirmative, à considérer le système des recommandations et

« renvois

d'ascenseur n ainsi que l'un des lieux de réflexion progressiste parisien, en l'occurrence le Musée social. Plusieurs d'entre eux sont passés par la Villa Médicis à Rome, haut lieu de résidence des pensionnaires de l'Académie de France2, où se côtoient les mondes de la création artistique. C'est le cas de Jaussely (futur architecte en chef du gouvernement), Prost, Hébrard, Garnier notamment. Ces deux derniers ont dessiné des plans de ville
globale au cours de leur séjour italien, Hébrard proposant celui de la Ville Mondiale

à côté

de Bruxelles, marqué par l'idée de centre administratiP. Plus largement, ce milieu est qualifié par Gaudin de « milieu technique intermédiaire n et nous reprenons volontiers ce qualificatif désignant une couche médiane de techniciens, socialement situables entre les
((

1

La visite actuelle du familistère, devenu monument historique, reste marquante pour l'exemple qu'il donne de

l'intégration réalisée des moments de la vie. C'est un ensemble urbanistique total, témoin d'une centralité aujourd'hui passée. 2 Rappelons que cette institution fut fondée en 1666 par Louis XIV et supprimée en 1968. La Villa Médicis accueille toujours cependant des artistes en résidence.
3

Qu'il propose plus tard pour les villes de Hanoi et Dalat.

26

grands énoncés

intellectuels de méthodes

et les trava/lleurs semi-spécialisés de la plupart très étroitement

anonymes (placés

des services, entre

et à l'activité grand « l'art

desquels et les les

correspondent

des textes la pratique

la littérature

public

professionnels,» des urbanistes
de rencontrer

(W

Gaudin,

1991, p. 7). Dans
de créer
centralité. de nouvelle

cette
villes»

période,
1

est vue comme

et il n'est

dès lors pas étonnant

des propositions

Ces réformateurs radicaux: en 1894, depuis section d'autres française le Musée procède la moitié d'hygiène associations

se sont social

forgé

leur

pensée d'hygiène

dans

le cadre

d'associations Le Musée sociale

proches social,

des créé

et l'Alliance

sociale

notamment.

en ligne droite « améliorer comme

des expositions universelles. la situation Française

d'économie Les statuts matérielle

qui ont accompagné des trava/lleurs. coordonne pour » Une

du siècle les expositions générale: y est créée de France,

du Musée social précisent les actions la protection

la perspective

et morale

en son sein en 1908. la Société des espaces créée

Cette institution des H.B.M., libres

la société

des paysages

la société urbanistes

et des terrains

de jeu, la société

des architectes

par Risler et Hénard.

En ce lieu se développent

« expositions

et concours

d'aménagement

où sont remarqués

des architectes

qui

constitueront le noyau initial de la Société Française des Urbanistes (Jaussely pour Barcelone, Prost et Auburtin pour Anvers, Bérard pour Guayaqu/l, Bouvard pour Buenos Aires, Janin pour Chicago, Agache pour Canberra). » (W Gaudin, 1985, p. 85). Gaudin a pu mettre en avant comment une communauté de réseau voulut relever un défi de société,
celui de la réforme française
Comme

sociale,
G. Wright

à travers

l'aménagement les principes
«

urbain.

Sous cette

(

glorieuse»

école

d'urbanisme
l'écrivent

se trouvent

de la planification

française

moderne.

et P. Rabinow:

Les urbanistes modernes déclaraient souvent
spirituels de la mission civilisatrice française, 1982, disposent du poste sous Bouvard Hénard, fut des des p. 29). d'un de le

qu ils unifiaient l'art, la science

et les aspects

en un système cohérent de principes universels d'ordre. » (W Wright, Rabinow,
Le contexte terrain coloniaux. gouverneur protectorat établit nommé villes spatiale souvent à la section instruments de la mission Garnier général travaille de civilisatrice à Lyon Madagascar; Lyautey2 urbaine de la France La plupart avec Prost est décisif: leurs qui les urbanistes pratiques est de de dans retour

d'aventures

extraordinaire.

forgent Augagneur est

des contextes

responsable

l'urbanisme d'Indochine;

du maréchal d'hygiène techniques

; Hébrard

est le premier

urbaniste

un plan pour le centre

de Sao Paulo et pour Buenos et rurale du Musée Lyautey pour

Aires. Henri Prost, qui fut introduit par Eugène dresser des plans et formuler

Social en 1911

un peu plus tard par le Maréchal et réglementaires celles à savoir du Maroc décidée en avant et principalement par le Protectorat, pour les européens. poids leur faible

de régulation de la côte. réserver

de la croissance Prost les médinas

morphologique

dut concrétiser aux indigènes des plans

la ségrégation et créer des met ont qu'ils

villes nouvelles

L'analyse par rapport

du devenir

des villes côtières

aux dynamiques

de spéculation

1

Voir par exemple le traité d'urbanisme
Lyautey Il se situe (1854-1934) idéologiquement commence dans

d'Edmond
la veine

Joyant en 1923.
en Indochine. social Il est nommé d'Albert Résident général du Maroc en de Mun.

2 Hubert 1912.

sa carrière

du catholicisme

27

précisément attisées. Brian Taylor s'est en charge de l'élaboration de ces plans, retour en métropole, qu'il s'agisse des banlieue parisienne ou de la création existants (W Taylor, 1982, notamment

interrogé à juste titre sur la naïveté des urbanistes constatant qu'ils réitérèrent les mêmes formules de tactiques de gel des hauteurs des immeubles en de villes nouvelles séparées des centres urbains p. 62).

Les colonies furent avant tout marquées spatialement par une négation des pratiques indigènes. Si, dès la moitié du 19èmesiècle, les nouveaux centres agricoles et urbains étaient fortifiés, cette pratique s'est estompée sans remettre en cause l'idée d'une séparation nette avec les villes existantes, condition sine qua non de la venue des européens. M. Marié faisant retour sur sa trajectoire exprime clairement son point de vue: Les villes-satellites m'apparurentalors à l'évidence comme une U-topie,comme un lieu mythique de
((

refoulement d'une réalité que l'on ne pouvait regarder en face parce qu'elle était l'expression d'une impuissance, le bidonville qui lui était réalité vivante. (/ Marié, 1989,
Il

p. 40) 1. Dans les colonies, les villes nouvelles édifiées ont souvent reposé sur des plans en damier mais pas systématiquement. L'idée de centrer les plans est finalement assez rare. Pour quelles raisons? L'analyse des propos des architectes et urbanistes rapporteurs au Congrès international de l'urbanisme aux colonies de 1931 laisse penser que les systèmes urbains mis en place se font toujours en tension avec les villes préexistantes, et plus précisément avec les médinas. Ce sont elles qui incarnent la dynamique de la centralité. Lorsqu'à Casablanca est refaite la médina, l'architecte Laprade qui en a la charge écrit:
((

Agriculteurs

arrivantdu bled,

ouvriers

duport et des usinespeuvent vendreou acheter,
)}

prier ou s'amuser sans aller encombrer la ville européenne. (Laprade in ID Royer, 1932, p. 99). Selon l'architecte en chef (H. Prost), la nouvelle ville indigène doit permettre au système de déplacement qui lui est propre (caravanes, chameaux, bourricots) de s'épanouir sans gêner la ville européenne, automobile. Une exception mérite d'être mentionnée: les colonies agricoles de l'Organisation sioniste, plus d'ailleurs que les cités-jardins suburbaines et cités ouvrières. Ces installations agricoles, qu'il s'agisse de fermes distinctes (travail individuel organisé autant que possible sur des bases coopératives) dans le cadre des Moschaw Owdim ou bien de colonies agricoles coopératives (propriété commune intégrale - Kwuzah), ont suivi les principes de l'urbanisme moderne. Nahalal, Moshaw Owdim construite en 1921, se trouve au sommet Cette colonie est comprise de telle manière d'une colline, au milieu des terres cultivées:
((

que la vie économique centre, culturels centre Au centre et économiques. de la colonie

et sociale point Aussi

sintensifie culmInant à cet endroit, même,

au fur et à mesure de la colline, se trouvent est également s'élèvent réunies, le centre

de la colonie,

que l'on approche du les pnncipaux édifices sous le signe de la
(II)

coopération,

toutes les activités d'ordre pratique
qUI; par sa nature

ou intellectuel

de la communauté.
du trafic,

Le

est rellë par

1

Sur le fait colonial
Sayad, Le dans

algérien,

nous nous permettons
(Paris, Minuit, 1964,

de renvoyer 224p.)
montrant amenées

également
bien

à l'ouvrage
les violences

de P. Bourdieu
des pratiques

et
de

A.

déracinement,

regroupement

les campagnes,

des pratiques

monétaires

par les colons...

28

des routes radiales à tous les points de la colonie.)) (Kauffmann, in

m

Royer,

1932,

p.232) 1.410 habitants s'y trouvaient en 1931.
Autre cité satellite dont l'originalité vient d'une initiative privée, Héliopolis est fondée en périphérie du Caire par le baron Empain. L'idée est de la relier par des communications rapides au Caire (un tramway notamment) ; elle se situe sur le plateau désertique; on y amène le limon du Nil afin d'en faire une cité-jardin. D'importants édifices sont construits suite à l'aménagement des réseaux de distribution d'eau, d'électricité et de canalisation d' égouts. Tout est au départ géré de façon privée (même les agents de police) et progressivement transféré à l'Etat. « Conçue pour être v/lie résidentielle, dont les habitants trouvaient au Caire toutes leurs occupations, voire leur ravitaillement, la v/lie a vu son caractère se modifier peu à peu .' une vie qui lui est propre s y est organisée à mesure de l'accroissement de sa population. Voilà que surgissent quelques industries - timidement encore - et, bien entendu, cantonnées dans des quartiers rése/Vés à cette destination. Le rétablissement de la voie ferrée Le Caire - Suez, qui longe le domaine, pourrait accentuer ce mouvement, bien que les usines compatibles avec la salubrité de la v/lie soient seules tolérées. » (Sébille, in Royer, 1932, p. 219)2. Sébille mentionne ensuite comment l'idéal de séparation entre plusieurs petites cités-jardins par des espaces désertiques n'a pu être maintenu face à des considérations pratiques3.

ru

1 Richard 2 G. Sébille
3

Kauffmann
est

est urbaniste

et architecte, membre du town planning institute.
membre de la S.F.U.

architecte-urbaniste,

Il était stipulé

dans

l'acte

de vente

que les terrains

lotis ne devaient

pas excéder

le quart

de la superficie

totale

et Sébille regrette l'abandon de ce point de vue pittoresque.

29