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La Ville interactive

De
238 pages
L'internet et le téléphone mobile sont aujourd'hui des vecteurs essentiels de communication et de socialisation. Nous sommes entrés de plain-pied dans la société de l'information. Mais quels sont les effets de ces changements sur l'espace urbain ? La ville interactive se distingue-t-elle par des formes et agencements particuliers caractérisant aussi bien son bâti que ses tissus urbains, sa voirie et ses espaces publics ? Cet ouvrage explore les défis que la montée du numérique et de l'écologie soulèvent pour l'urbanisme et la conception architecturale.
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LaVilleinteractiveDu même auteur
Etat, décentralisation et territoires, L’harmattan, collection logiques sociales,
1987
Politiques publiques et territoires(dirigé), L’Harmattan, collection logiques
sociales, 1989
Redéveloppement des zones en déclin industriel (dirigé), La Documentation
Française, 1992
Entre l’Europe et la décentralisation (dirigé avec J.C Némery), Editions de
l’Aube, 1993
Les territoires du futur(dirigé avecL.Brams),Editions de l’Aube, 1993
Gouverner les territoires(dirigé avecJ.CNémery),Editions de l’Aube, 1994
Les dossiers Prospective et territoires(collectif),LaDocumentationFrançaise,
199 4
La ville contre l’Etat ? ,Belin, 199
Les régions au futur(avec YvesParis)Editions de l’Aube, 1996
Des villes architectes(dirigé),Editions de l’Aube, 1997
Economie politique de la ville,L’Harmattan, 199 8
Les vitesses de la ville(dirigé avecA.Pény),Editionsde l’Aube, 1999
Repenser le territoire, un dictionnaire critique(dirigé), Editions de l’Aube,
2000
L’aménagement en 50 tendances(dirigé),Editions de l’Aube, 2002
L’aménagement durable, défis et politiques(dirigé),Editions de l’aube, 2002
Trafics en ville, l’architecture et l’urbanisme au risque de la mobilité,Editions
Recherches, 200 4
La mobilité urbaine en débat, cinq scénarios pour le futur(collectif) Editions
duCertu, 200 5
Dictionnaire de l’aménagement du territoire, Etat des lieux et prospective
(dirigé),Belin, 2009
©L’Harmattan, 201 0
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-12774-6
EAN : 9782296127746SergeWachter
LaVilleinteractiv e
L'architectureetl'urbanisme
aurisquedunumériqueetdel'écologie
Cetouvrageestissud’unprogrammederecherche
delaMissionProspective,DélégationauDéveloppementDurable,
CommissariatGénéralauDéveloppementDurable,MEEDDMQuestionsContemporaines
Collection dirigée parJ.P.Chagnollaud,
B.Péquignot etD.Rolland
Série «Questions urbaines»
dirigée parBrunoPéquignot
La ville est au centre de la vie politique, économique et culturelle
de la modernité. Cette série, dans le cadre de la collection
«Questions Contemporaines » publie des ouvrages qui proposent
des réflexions interdisciplinaires sur la ville.
Déjà paru
Ricciarda BELGIOJOSO, Construire l'espace urbain avec les
sons, 2010.Sommaire
Introduction ............................................................................................. 7
Figures de laville numérique............................................................... 11
Des villes dématérialisées ?
TIC et ville durable : risques et synergies
Morphologie de la ville numérique
La ville des flux est-elle durable ?
Autistic buildings et architecture climatique
La ville sans lieu ni borne, entre le numérique et l’écologie
L’architecture numérique, promesses et impasses............................85
Les mondes virtuels et réels de l’architecture
Explorer la ville numérique
Les deux corps de l’individu et de l’architecture
Green design et architecture climatique
Interfaces numériques
Une révolution anthropologique : homo numericusversus homo
ecologicus ?.......................................................................................... 115
Une nouvelle écologie urbaine
Un nomade hypersocialisé
Hyperlieux et mobilité durable
Des cartes, des flux, des lieux
Une « écologie morale » de la communication
Les lieux des mobilisations numériques
ThirdPlaces, téléactivités et durabilité urbaine
- Nouveaux oasis
- Transport et e.substitution
5La mobilité durable dans laville numérique.................................... 169
Les contradictions morales et morphologiques de la mobilité
Transitions vers un nouveau modèle de mobilité
Une mobilité « décarbonée » ?
L’ère de l’infomobilité
Le design relationnel et le projeturbain durable :versune
e.démocratie ? .................................................................................... 201
Architecture non volumétrique et design urbain
Une nouvelle écologie du projet urbain
Vers une démocratie locale dialogique ?
6Introduction
Les facteurs technologiques ont toujours été considérés comme des
leviers puissants des mutations urbaines. A ce titre, les utopies et
scénarios les plus fameux ou les plus retentissants se structurent
généralement autour d’une ou plusieurs grandes mutations
technologiques supposées entraîner dans leur sillage une vague de
changements dans les modes de vie, les comportements sociaux et dans
les formes physiques de la ville et des bâtiments. A l’aide de la
technologie, on a rêvé de mettre la ville aux champs, la faire flotter sur
l’eau ou la rendre souterraine! Selon des spécialistes, la ville est le
domaine où les fantasmes prospectifs et les prophéties technologiques ont
été depuis longtemps été les plus prégnantsA l’heure actuelle, on sonde
les voies et moyens pour mettre la technologie au service d’une ville
durable, figure vertueuse et amie de la planète, économe en énergie
comme en consommationd’espace.
Si la technologie n’est pas un « deus ex machina», elle n’est pas non
plus un instrument passif, un mode d’emploi ou un simple protocole
d’application. Rappelons, à cet égard, qu’une tradition philosophique ne
confère pas à la technologie qu’un seul rôle d’outil, mais elle lui attribue
une nature ontologique car elle révèle comment l’univers apparaît aux
1yeux des humains . Cette vision positive n’est pas unanimement
partagée. Faut-il le dire, son pilier rationaliste s’est fissuré à la lumière
des dommages divers et variés et effets pervers créés par une croissance
économique débridée fondée sur les avancées de la science et ses
applications technologiques. En outre, selon certaines approches
critiques, la science et ses déclinaisons technologiques ont assurément
une dimension culturelle et anthropologique.Mais surtout, elles dressent
un « voile d’ignorance » devant les faits, elles masquent et réifient les
enjeux sociaux et politiques en les réduisant à des dimensions purement
instrumentales ou techniques.
Dans le domaine de l’architecture, la science et la rationalité
technique n’ont pas seulement été des « serviteurs » apportant leur
concours à des intentions esthétiques ou à des expériences
1R. Scharff, V. Dusek (ed.),Philosophy of technology, p. 3-7, The technological
condition,BlackwellPublishing, ,2003.
7architectoniques, mais bien des forces directrices. En matière de
construction, il est certain que la technique n’est pas et n’a jamais été un
auxiliaire à la traîne des évolutions économiques et sociales. Au
contraire, elle a rendu possible l’expression de nouvelles formes
constructives, l’émergence de nouvelles volontés esthétiques. Au fil de
l’histoire, il n’est pas douteux que les courants et styles architecturaux
aient grandement été influencés par les progrès de la science et les
avancées technologiques.Ainsi, dans une fameuse anthologie,S.Giedion
insiste sur le rôle moteur que joue la technologie dans la transformation
des tissus urbains, des bâtiments et du designdes objets de la vie
quotidienne. Ce même auteur verra dans la montée du modernisme en
architecture et de la bureaucratisation de la société l’avènement d’une
« mécanisation au pouvoir », contemporaine d’un triomphe de la
2technologie. Dans «Vers une architecture» publié en 1923, Le
Corbusier célèbre les apports de la technique comme une des
composantes essentielles de l’esprit nouveau. Dans cette lignée, l’attrait
des produits techniques ou de certains éléments des réseaux et systèmes
techniques a été un des référents essentiels de la mise au point du langage
de l’architecture du début de l’époque moderne.Les images des pylônes
et autres tours en acier, que le constructivisme russe a érigées en modèle,
ont été à tous égards, pour la génération des « maîtres », un des
prototypesesthétiques.
Dans cet esprit, selon Reyner Banham, le « machinisme » s’est
largement distingué comme une des principales références et sources
d’inspiration de la conception architecturale pour le mouvement
3moderne. A cet égard, le même Reyner Banham a proposé une
périodisation de l’histoire de l’architecture épousant le rythme des
4révolutions technologiques.Selon lui, les vagues de changement qui ont
affecté les « modes de production » des bâtiments et des tissus urbains
ont obéi aux impulsions et temporalités des mutations industrielles et
techniques. Sous cet angle, il faut voir que l’apport de la technique à la
résolution de problèmes jugés comme mineurs ou secondaires a, au
contraire, rendu possible des innovations architecturales de grande
ampleur permettant une rupture avec les modèles dominants. Ainsi, le
même auteur « a vu dans la possibilité technique du chauffage ciblé des
2S.Giedion,La mécanisation au pouvoir,Denoël 1983.
3R.Banham,Théorie et design à l’ère industrielle, p.389-403,HYX 2009.
4R. Banham, Los Angeles, The architecture of the four ecologies, introduction by
AnthonyVidler, p. 17-35,University ofCaliforniaPress,2000.
8pièces ou des éléments de construction les conditions fondamentales
d’une mise en pratique des nouvelles représentations spatiales de
5l’époque moderne ». Ajoutons que dans cette perspective, avec plus de
cynisme, Rem Koolhaas déclarait dernièrement que l’invention de la
climatisation et des escalators a eu le même impact pour l’architecture de
èmela seconde moitié du 20 siècle que l’introduction des ossatures en acier
èmepour celle du 19 . Dès lors, la récente « sévérisation » des normes en
matière d’isolation thermique des constructions, les nouveaux matériaux
et les technologies associées auront-ils des impacts sur la physionomie
des bâtiments issus de la génération du « post-grenelle de
l’environnement » ouvrant la voie à des « immeubles passifs » et à une
ville«décarbonée» ?
Bien sûr, ce déterminisme technologique - plus ou moins tempéré -
soulève aussi d’autres questions contemporaines, nourries par le flux
d’une « actualité immédiate ». De facto, il invite à se pencher sur
l’impact de la « révolution numérique » sur les morphologies urbaines et
les typesarchitecturauxde la métropolecontemporaine.
Les questions qui en découlent sont multiples et elles comportent
diverses facettes. Enumérons sans exhaustivité: la ville interactive se
distingue-t-elle par des formes et agencements particuliers caractérisant
aussi bien son bâti que ses tissus urbains, sa voirie et ses espaces
publics ?Est-elle une réalité physique et tangible ou reste-t-elle pour une
bonne part virtuelle et « localisée » dans le cyberespace ? Quelles sortes
de relations s’établissent entre le « monde physique urbain » et les
mondes virtuels dont l’impact est de plus en plus grand sur les modes de
vie et les pratiques sociales ? Last but not least, la ville interactive ou
numérique sera-t-elle écologique, permettra-t-elle d’atteindre à une plus
grande sobriété en matière de consommation d’espaces et d’énergies
fossiles ? Allégera-t-elle son empreinte sur l’environnement? Dans cette
perspective, existe-t-il des morphologies et des formes de l’agencement
urbain plus appropriées que d’autres pour relever le défi climatique ?On
l’aura compris : toutes ces questions convergent vers une même
interrogation : quelle est la portée des impacts urbains et architecturaux
des révolutions numérique et écologique ?
5R.Banham,«DieArchitektur desWohltemperiertenUmwelt »,ARCH+, fev 1988, p.
36, in A. Deplazes (dir.), Construire du matériau brut à l’édifice, p. 333, Birkhäuser,
2008.
9A l’heure actuelle, les TIC sont à l’origine d’une « révolution
transversale» qui affecte tous les compartiments de la vie économique et
sociale. Les téléphones mobiles, les communications issues des
technologies de l’internet occupent désormais une place centrale dans les
modesdevie.Selondes prospectivistes bien en vue, cette nouvelle nature
des « actes communicationnels » constitue un des premiers moteurs de
changement dans les rapports qu’entretiennent les acteurs sociaux entre
eux. Ils affectent aussi les relations que ces derniers entretiennent avec
les territoires. Divers vocables tentent de résumer cette montée en
puissance des interactions numériques dans le contexte des dynamiques
métropolitaines d’aujourd’hui.Ils renvoient à l’avènement d’une « cyber-
city », d’une « ville digitale », d’une « ville interactive» ou encore d’une
« hypermétropolis » où les réseaux et les flux d’information transforment
profondément les pratiques économiques et sociales et contribuent à
instaurer une nouvelle condition urbaine. Mais en résulte-t-il des
changements dans la structure physique de la ville ou pour mieux dire,
dans les types architecturaux et la morphologie des tissus urbains?
L’hypermétropolis est-elle une étape dans l’évolution conduisant à
l’avènement de « villes sans carbone » ou sobre en consommation
d’énergies fossiles, à l’instauration de futures « écopolis » ? La
pénétration « tous azimuts » du numérique dans les activités
économiques et sociales est-elle un vecteur de soutenabilité urbaine ?La
ville du futur sera-t-elle un hybride, un croisement entre une métropole
numérique et une « écométropolis »?
10Figures de la ville numérique
Certains attributs de la ville interactive ou numérique ont été esquissés
dans des travaux qui se sont efforcés de montrer l’ampleur des mutations
6produites par les TIC sur la vie urbaine. La caractéristique de ces
technologies est d’évoluer à un rythme rapide et les innovations à jet
continu qui s’ensuivent font entrevoir un champ de mutations qui
s’élargit et s’approfondit de jour en jour, si l’on peut dire.C’est ainsi que
les hypothèses et scénarios formulés il y a quelques années sont
aujourd’hui dépassés à cause d’innovations ou d’accélérations qui
invitent les visions du futur à aller plus loin et à sonder de nouveaux
horizons.Plusieurs « bifurcations » ont été mises à jour dernièrement qui
sont potentiellement riches de mutations dans les modes de vie et les
formes physiques de la ville. Selon D. Kaplan, Il existe, à l’heure
actuelle, six facteurs majeurs d’influence des TIC sur l’avenir des villes
etdes territoires.
- L’omniprésence et la continuité des réseaux : cela se traduit par
des circulations d’information sans encombre entre les réseaux, la
mobilité n’interrompt pas les échanges et limite de moins en
moins la qualité et le débit de ce qui peut être échangé ; ces
réseaux sont de plus en plus banalisés, au sens où ils véhiculent
indifféremment toutes sortesdecontenus.
- L’internet des objets, autrement dit l’intelligence ambiante qui
suppose l’adjonction de puces à toutes sortes d’objets,
l’enrichissement de leurs interactions avec leur environnement et
leur capacité de communiquer entre elles. De ce fait, tout objet,
tout lieu dispose d’une extension numérique et des moyens
d’interagiravec les autres localement ou à distance.
- L’infrastructure informationnelle et le web sémantique : des
systèmes d’intelligence ambiante produisent une masse sans
précédent de données d’origine et de nature différentes
potentiellement exploitables par des acteurs publics et privés.
D’autre part, le web sémantique et les technologies mobiles
permettent d’imaginer la délivrance de nouveaux services avec un
impact sur la localisation de ces services, sur les acteurs du
6Cf.OlivierJonas,La cité interactive,L’Harmattan, 1997.
11service et les modèles économiques ainsi que sur les lieux et les
moments auxquels les individus les utilisent.
- Le développement des TIC s’accompagne d’une forte tension
autour de la sécurité : les risques informatiques des individus et
des organisations s’accroissent et les TIC sont de plus en plus
mobilisées àdes fins sécuritaires.
- L’intégration desTIC est devenue une donnée courante de la vie
quotidienne mais cela génère des risques de fracture sociale et
territoriale et une part dominante de l’innovation dans les services
et les usages provient et proviendra encore plus demain des
utilisateurs eux-mêmesainsi que des toutes petitesentreprises.
- A mesure que les technologies numériques deviennent
omniprésentes et descendent dans les objets, les espaces et les
corps, on peut s’attendre à voir émerger des risques nouveaux et
un débat public sur l’éthique de l’innovation, la protection des
libertés et des individualités, voire l’application du principe de
7précaution à l’innovation numérique.
Ces tendances ont pour toile de fond une banalisation et un
décloisonnement des TIC, une baisse rapide des coûts unitaires dans le
secteur et une explosion des volumes de communications.Aujourd’hui, il
faut voir que les nouvelles technologies de l’information et de la
communication sont omniprésentes.Elles ont envahi et conquis la sphère
de la production et de la consommation.De facto, « elles prennent peu à
peu place dans toutes les activités humaines et sociales et à l’heure
actuelle, il n’est pas un progrès scientifique, une production économique,
un objet quotidien dont elles soient absentes ou qu’elles n’aient pas
concouru à concevoir ou à réaliser. A ce titre, on peut les qualifier de
technologies génériques car elles contribuent à toutes les autres »
8déclarent F. Ascher et F. Godard dans un bel unisson. Cet attribut
d’omniprésence s’est amplifié avec la montée en régime de l’internet et
de la téléphonie mobile et il est appelé à se développer encore davantage
avec la généralisation de l’informatique ambiante. Nous assistons à la
mise en place et à la consolidation d’un nouveau paradigme socio-
7D.Kaplan, «Le territoire face aux nouvelles tendances technologiques»,ProspecTIC
et territoires, Prospective technologique, prospective territoriale et action publique,
Fing, octobre2006.
8F. Ascher, F. Godard, «Demain une autre ville ? Les technologies de l’information
ouvrentundébat de société »,LaRecherche, n°337,Décembre 2000, p. 6.
12technique fondé sur les technologies de l’information et de la
communication. Notons, à cet égard, que la connexion à l’internet des
français croît très vite grâce aux réseaux à haut débit et à la baisse des
prix des équipements informatiques : fin 2006, 55% des foyers
disposaient d’un ordinateur, soit 13% de plus que l’année précédente ; fin
2007, la France comptait 17,1 millions d’abonnés à internet dont 15,6
millionsenhaut-débit, la plupart utilisant l’ADSL.
Progression del'équipement internetdes foyers français(milliers)
14 000
12 000
10 000
8 000
6 000
4 000
2 000
0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 20032004 2005 2006 2007
(3eT)
Foyers équipés del'internet Foyers raccordés à hautdébit
Source : médiamétrie/Netratings
On perçoit ou plus exactement on devine les impacts potentiels des
TIC sur la ville tels qu’ils sont énumérés parD.Kaplan.A titre indicatif,
dressons une liste - non exhaustive - des dérapages possibles de l’usage
des TIC et des effets non désirés qui en découlent. Des risques de
fracture numérique au sein des territoires sont probables, les réseaux
virtuels se mêlent aux réseaux matériels et cela produit des impacts sur
les mobilités, sur les localisations des résidences et des activités. Un
monde virtuel se superpose au monde physique ou réel et les deux
s’interpénètrent dans des formes subtiles d’interactions. Selon une
expression hypermoderne, des relations d’un genre nouveau se tissent
entre espaces et e.spaces. Dans cette évolution, la technique peut
13« prendre le dessus » et provoquer des dépendances et des contraintes
plus que des émancipations et des progrès. D’autres risques se
présentent: les réseaux de la société de l’information se prêtent à des
« manipulations » et leur utilisation au service d’intérêts puissants peut
être lourde de menaces si ce processus n’est pas régulé ou encadré.
Ajoutons que des « bugs» peuvent saper la fiabilité technique des
systèmes de réseaux et paralyser, sans qu’on s’y attende ou qu’on y soit
préparé, un bon nombre de secteurs de la vie en société. Last but not
least, les multiples connexions et adresses virtuelles de l’individ u
peuvent conduire à une « fragmentation du moi », à divers troubles de
l’identité.Du fait de ces dédoublements, l’homo numericus ou l’individu
hypercommunicant développe une personnalité incertaine, sujette à des
ajustements et des remises en question.
En somme, la société numérique est vulnérable, selon l’expression
consacrée, et une épée deDamoclès pèse sur son devenir comme sur son
fonctionnement.Dans cette lignée, les hypothèses de crise et de scénarios
catastrophes ne manquent pas. Si ces derniers, à notre connaissance,
n’ont pas été formalisés ou déclinés de manière savante, ils ont alimenté
nombre de sujets futuristes, dans la littérature ou dans le cinéma, sur les
dérives et désillusions possibles de la sociétéde l’information.
Source :ARCEP (Autorité de régulation desCommunications
électroniques et des postes)
14Des villes dématérialisées ?
Néanmoins, à travers les ruptures technologiques annoncées, il est
difficile de discerner un tableau sinon précis, tout au moins indicatif, de
la portéede l’incidence desTIC sur les tissus urbains et sur les territoires.
Seule règne une menace, celle de la déterritorialisation, mais celle-ci
reste abstraite et le mot, générique, recouvre une infinité de situations.
L’image la plus courante est celle de « business districts» ou de pôles de
compétitivité « high tech» déconnectés ou déracinés de leur milieu ou
environnement de proximité au profit d’un ancrage dans le cyberespace
de la globalisation. Un autre mythe doit être mentionné : celui d’une
généralisation à grande échelle des téléactivités permettant l’avènement
d’une métropole qui aurait modifié significativement l’agencement entre
les flux et les lieux. A n’en pas douter, il existe des effets mais ceux-ci
sont loin d’être massifs, on ne perçoit que des « signaux faibles » et les
mutations de grande ampleur annoncées relèvent plus de croyances ou de
prophéties que de tendances observables et nettement révélées. Des
anticipations qui laissaient présager des évolutions urbaines importantes
issues du télétravail ou du téléenseignement ne se sont pas réalisées.
Ainsi, on estime aujourd’hui en France que seulement 2% des
déplacements ont été «économisés » grâce aux téléactivités. De fait, la
forme des villes n’a pas changé malgré l’envol et la généralisation de
l’usage des télécommunications basées sur l’internet et la téléphonie
mobile.
Les phénomènes de concentration n’ont pas été amoindris en dépit des
potentialités « décentralisatrices » ou porteuses de desserrement urbain
que détiennent les réseaux virtuels de communication.Au contraire, des
études ont montré dernièrement que les 50 plus grandes villes du monde,
soit 4% de la population, abritent 50% des sites internet. A cet égard et
selon ce critère, la géographie de la société numérique épouse celle de la
concentration urbaine : ainsi, en France, la carte du nombre de sites
internet par commune indique une relation proportionnelle entre la taille
des agglomérations et leur niveau général d’informatisation. Selon des
experts, cette « polarisation numérique» garantit le triomphe de la
métropole comme lieu stratégique de la « commutation spatiale
généralisée». Ce vocable renvoie au processus de concentration des
infrastructures matérielles, des nœudset plates-formes de réseaux virtuels
dans les métropoles, devenues les espaces majeurs du dynamisme
économique et culturel,de la richesseetdu pouvoir.
15Le triomphe de la « métropole globale » est une autre expression
renvoyant à ce processus de polarisation spatiale au niveau planétaire qui
avantage les agglomérations déjà les plus puissantes, processus alimenté
par la marche en avant de la mondialisation. On le voit, à l’échelle
internationale, les métropoles « globales » dominent largement le jeu et,
corrélativement, dans l’espace desEtats-Nations, la polarisation des flux
numériquesavantage lesvilles déjà les plus puissantes.
Dans ce contexte, les risques de fracture numérique ne doivent pas
être négligés.LesTIC ne créent pas un espace isomorphe garantissant un
accès généralisé aux réseaux de télécommunications les plus avancés.
Cela tempère les visions optimistes promettant une ubiquité universelle à
partir de tous les points du territoire. Comme l’observe G. Dupuy,
« même si on annonce désormais que la quasi-totalité de la population
française aura accès à l’ADSL, il semble que dans le meilleur des
scénarios, il restera en France desmilliers de personnes hors des routes
9numériques ». On sait que cette inégalité d’accès aux réseaux de la
société de l’information résulte notamment d’une politique d’équipement
- antennes, câbles, plates-formes hardware et software - des opérateurs
privés qui privilégient les zones de forte densité de population au
détriment des espaces les moins denses.Il convient donc de prendre des
distances par rapport aux discours et prophéties annonçant une vague de
bienfaits liés à la diffusion des TIC qui réduiraient dans de larges
proportions les inégalités sociales ou territoriales.En tout état de cause, à
une échelle « macro-géographique» si l’on peut dire, la diffusion des
technologies numériques n’a pas atténué les forces de polarisation qui
bénéficient, comme on l’a vu, principalement aux métropoles.
Avant tout, l’omniprésence des réseaux, les connexions et l’accès
facilité à une masse de données concernent plus l’individu que les
territoires. Il est vrai que les retombées spatiales des réseaux virtuels
passent forcément par la médiation des individus, des organisations etdes
pratiques sociales.C’est l’usage des réseaux et des services qui leur sont
liés et non pas leur présence « substantielle» qui exerce des effets
spatiaux. C’est pourquoi, on doit souligner que dans les récits et
scénarios, c’est plus l’individu que la ville qui devient numérique. En
effet, l’homme « biométrique » qui possède plusieurs adresses
électroniques et qui peut être localisé et surveillé par divers capteurs et
9G.Dupuy,La fracture numérique, p.5,Ellipses, 2007.
16caméras vidéos incarne le véritable sujet de la ville du futur. Grâce aux
technologies numériques, et singulièrement via les nanotechnologies, il
peut se doter de facultés sensorielles et intellectuelles nouvelles ou
« augmentées » se prêtant à des interactions plus riches avec son
environnement social et physique. Il est en première ligne le « substrat
anthropologique », le sujet-objet des mutations induites par la révolution
desTIC.
Les changements du cadre physique dans lequel il évolue semblent
sinon secondaires et imperceptibles, tout au moins ils ne traduisent
aucune expression morphologique particulière de la montée de la ville
numérique.On peut objecter qu’à travers l’individu, les divers lieux qu’il
fréquente sont aussi concernés.Toute action a forcément une inscription
spatiale, comme elle se situe aussi dans le temps. De même, les
comportements de mobilité, les programmes d’activités des acteurs
sociaux peuvent changer et évoluer en fonction des multiples possibilités
d’accès aux réseaux d’information et leur mise au service des buts de
déplacements. Cela est exact, mais paradoxalement, la ville, les lieux et
les morphologies qui la composent n’enregistrent que des changements
mineurs, ils ne sont pas vraiment touchés par les poussées de la société
de l’information.Celle-ci possède sa propre métrique, comme disent les
spécialistes, qui est très différente de celle de la géographie physique.
Cette métrique n’affecte pas les formes urbaines, la morphologie
matérielle des villes ou tout au moins, cela est resté sans véritable effet
jusqu’à présent.
La ville interactive ou numérique reste invisible à l’image des ondes
diffusées par les antennes et les satellites. En fait, les changements qui
s’opèrent sont inversement proportionnels, si l’on peut dire, à ceux qui
touchent les modes de vie et la nouvelle condition numérique des acteurs
sociaux.Au total, la géographie des villes et leur forme matérielle ne sont
pas vraiment « impactées », comme disent les consultants, par l’offre de
nouveaux services « en ligne », les communications électroniques et les
nouvelles expériences virtuelles auxquels les individus ont accès. En
d’autres termes, les changements anthropologiques résultant de l’usage
desTIC s’opèrent dans des contextes, des paysages familiers marqués par
une forme urbaine et architecturale dont l’élasticité, si l’on peut dire, est
très inférieure à 1 !
Cette relative neutralité de l’effet des TIC sur les tissus urbains et à
fortiori sur la forme ou l’architecture des bâtiments étonne.Elle apparaît
17en rupture avec « l’immersion » croissante des acteurs sociaux dans le
monde numérique et contraste avec l’intensité des changements prévus
par les experts ès prospective technologique. Pourtant, des mutations de
grande ampleur sont annoncées, à la hauteur des impacts produits par les
èmerévolutions technologiques du début du 20 siècle qui ont fait évoluer
radicalement la ville et les représentations comme les expériences de
l’espace/temps. En effet, considérons la portée des mutations
technologiques et leur impact sur les structures urbaines dans une
perspective de long terme : « l’ascenseur, le téléphone, le chemin de fer
èmeet la voiture ont rendu possible la ville du 20 siècle (gratte-ciel, flux
èmepéri-urbains, foules anonymes). Au 21 siècle, ce sont les outils de
l’ubiquité qui façonneront les nouvelles formes urbaines et
1 0d’urbanité ». Ce genre de formulation sonne familièrement comme un
slogan et le ton est prophétique ou révolutionnaire. Mais les divers
scénarios urbains et territoriaux liés aux TIC surestiment largement les
impacts attendus : en réalité, la télématique et l’internet n’altèrent qu’à la
marge les règles du jeu de l’implantation des activités.Rien ne permet de
dire, par ailleurs, que l’essor des communications virtuelles ou des
interactions numériques exerce un impact sur la forme urbaine et sur
l’architecture. Les effets ne sont ni automatiques, ni directs. Selon les
enquêtes menées auprès des décideurs, les TIC sont un critère très
secondaire dans les choix de localisation des entreprises, loin derrière les
coûts de l’immobilier, le marchédu travail et le prix de la main d’œuvre.
Par ailleurs, les distances spatiales n’ont pas été abolies, loin de là.La
demande globale de transport a continué sa marche en avant ces dernières
années, même si des ralentissements ponctuels ont été observés pour
certains modes et certains types de flux.Les délocalisations à tout va que
l’on avait prédites ne se sont pas réalisées ou plus exactement, celles qui
sont intervenues assez massivement ont eu comme cause les coûts de
production et non les télécommunications. Pour certaines activités ou
services, il est vrai que lesTIC ont joué un rôle, mais cela reste marginal
et il n’y a pas eu de substitution des échanges virtuels aux déplacements
physiques, bien au contraire.Comme l’observaitS.Giedion il y a plus de
50 ans, « nulle machine ne saurait remplacer la présence physique, ni
11téléphone, ni radio, ni télévision ».
10D.Kaplan,T.Marcou,«Urbanisation et mobilité»,Ville 2.0,Fing,Chronos,Tactis,
2006.
11S.Giedion,Architecture et vie collective, p. 117,Médiations,DenoëlGonthier, 1980.
18Certes, l’usage de l’interneta parfois réduit le nombre de certains
déplacements.Mais il en a généré d’autres. De facto, on doit « observer
aujourd’hui que les télécommunications et plus largement les TIC
accompagnent la métropolisation du territoire plus qu’elles ne la freinent.
Le territoire s’urbanise, les activités économiques suivent un processus
constant de polarisation spatiale quiconduit, dans une logique de marché,
à la concentration des réseaux de télécommunications et des centres
d’hébergement télécoms et internet (datacenters) sur les zones denses,
les plus rentables…Plus que d’effets structurants, il faudrait plutôt parler
d’interrelations entre les TIC et les évolutions du territoire, de la forme
1 2urbaine, des temporalités sociales ». Il y a, par ailleurs, un paradoxe à
célébrer les mérites « décentralisateurs » desTIC et reconnaître en même
temps que la recette du succès de l’économie du savoir réside dans les
synergies de proximité mises en place entre la recherche, la formation et
le tissu des entreprises à l’intérieur de technopôles, districts industriels,
clusters, pôles de compétitivité et ainsi de suite...La mise en réseau des
partenaires du développement technologique (firmes, universités, centres
techniques, organismes d’intermédiation divers…) cultivant des relations
de proximité apparaît aujourd’hui de plus en plus comme un facteur clé
de réussite des économies locales. Malgré l’emprise grandissante des
réseaux numériques et les promesses corrélatives de diffusion spatiale de
la croissance économique, l’avenir ou la ligne de destin des villes et des
territoires reste lié renforcement de la polarisation et de la
métropolisation.
12DesTIC et des territoires,Territoires,Techniques,Sociétés,Centre deProspective et
deVeilleScientifique,Ministèrede l’Equipement, n°37, 2005, p. 11.
19Utilisateursd’interneten2015 (la tailledes paysest proportionnelleaux
nombre d’utilisateurs)Atlas of cyberspaces,MartinDodge,University of
Manchester, 2006
Sur un autre plan, on doit observer, de la même manière, que le
commerce en ligne n’a pas modifié radicalement les habitudes d’achat
des consommateurs A cet égard, comme l’observe A. Rallet, « le
commerce électronique ne réduit pas la mobilité car la commande à
distance génère des flux de marchandises intra-urbain et le temps
économisé pour se déplacer en magasin est souvent utilisé pour se
1 3déplacer autrement ». Autrement dit, les communications virtuelles
peuvent remplacer des déplacements physiques, mais elles en suscitent
de nouveaux, et au total, la balance ne penche pas en faveur d’une baisse
de la mobilité, bien au contraire.
Plus généralement, selon le sociologue M. Guillaume, l’impact des
TIC sur les tissus urbains suit troisgrandes lignesdeforce.
13A. Rallet, «Quand le magasin, unité de lieu du commerce vole en éclat », FING,
Ville2.0,2006.
20- La première est la poursuite des mouvements d’urbanisation et de
métropolisation : les villes sont plus que jamais des pôles
d’attraction et elles devraient maintenir voire accentuer cette
attractivité.
- La seconde est le développement corrélatif de la
« commutativité»des villes : ces dernières s’efforcent d’être
aussi accessibles que possible afin de devenir des lieux globaux
d’intermodalité, des nœuds de communication. Elles
ambitionnent d’être classées dans la catégorie des « hubs
territoriaux», lieux de convergence des flux numériques et des
infrastructures de transport.La polarisation des flux physiques va
de pair avec celle des flux numériques. Cela représente un défi
considérable, notamment au niveau de la gestion des trafics et de
la mobilité.
- Enfin, la troisième ligne de force se traduit par un changement
culturel, plus souterrain, qui affecte la sociabilité : en se doublant
1 4d’un espace virtuel, la ville devient plus urbaine encore . En
d’autres termes, numérisation de la société et métropolisation du
territoire sont concomitants et se renforcent mutuellement. Les
villes sont le terrain privilégié et le lieu de diffusion de la société
de la communication. Ces évolutions ne marquent pas de points
de rupture avec le passé, au contraire, elles s’inscrivent dans les
tendances lourdes de la polarisation urbaine. Redisons-le, l’essor
du numérique accompagne et renforce le processus de
métropolisation.
On le voit, les TIC n'amoindrissent pas les mécanismes de
concentration des activités et des populations, à l’inverse, elles ont
tendance à alimenter le processus et à accroître la polarisation spatiale et
les disparités entre les territoires.De même, l’usage desTIC ne modifie
qu’à la marge les habitudes en matière de mobilité. Les pronostics qui
présentaient, dans les années 1970, les télécommunications comme des
réponses à la crise de la ville et à la congestion du trafic ne se sont pas
réalisées, pas plus que les prédictions allant jusqu’à considérer que les
villes sont des organisations socio-spatiales propres à l’ère industrielle et
rendues périmées par la montée de la société de l’information. Les
14M. Guillaume, «La nouvelle socialité des hypervilles. Les télétechnologies rendent
les mégalopolesplusurbaines», inLaRecherche, n°337,Décembre2000.
21utopies et robinsonnades annonçant une dilution à grande échelle de la
ville dans le territoire via la montée des interactions numériques ne sont
pas crédibles, les tendances observées ces vingt dernières années les ont
démenties.
Sous cet angle, à lire la littérature spécialisée, on constate que les
raisonnements, récits ou analyses inspirées par un déterminisme
technique et qui adoptent comme postulat que les TIC sont un puissant
levier de changement, aboutissent à conforter l’idée, comme les
prophéties auto-réalisatrices, que cesoutils apporteront inévitablement de
grands changements.
Bref, les TIC et leurs usages ne sont pas à l’origine d’une « non-
géographie» voire d’une « anti-géographie », conséquence de
l’omniprésence de plus en plus prégnante des réseaux et des technologies
1 5de « lutte contre la distance ». Au contraire, elles accompagnent et
entretiennent les tendances de structuration de l’espace dont un des traits
dominants est la polarisation des richesses et des pouvoirs de décision
dans les grandes métropoles.
TIC et ville durable : risques et synergies
Quelles seront les voies de conciliation, les complémentarités ou
mieux les synergies entre les TIC et le développement durable dans les
villes de demain ? L’hypermétropolis ou la cité numérique qui aura
assimilé les usages proliférants et les innovations à jet continu de
l’internet et de l’informatique ambiante sera-t-elle soutenable ? Des
prospectivistes annoncent la naissance d’un nouvel art de gérer les
ressources naturelles rendu plus performant grâce à. l’usage des
16technologies numériques : la « digital ecology ».Cette écologie digitale
dont l’essor devrait aller de pair avec la montée de la société de
l’information constitue-t-elle la nouvelle frontière du développement
durable, la voie de salut permettant de lutter efficacement contre le
réchauffement climatique ?
1 5Cf. E. Eveno, G. Puel, «Villes et nouvelle économie », Mappemonde 70, p. 1-5,
2003.2
16 P. Fusero, E.city, Digital networks and cities in the future, p. 14, List, Barcelona,
2008.
22On peut penser que dans le futur, les technologies du numérique
permettront d’améliorer la régulation de la consommation de matière et
d’énergie des villes, autrement dit qu’elles amélioreront le métabolisme
urbain. Ce jugement est partagé par des experts qui ont mesuré les
diverses contributions des TIC visant à une transition vers une
infrastructure urbaine et environnementale plus sobre en consommation
d’énergies fossiles. Déjà aujourd’hui, les prélèvements (matières, eau,
énergie, déchets) que les concentrations urbaines opèrent sur la biosphère
– dans les pays développés – sont devenus mieux connus, de même que
leurs rejets. Cette connaissance et les évaluations qui en découlent sont
un premier pas pour fixer des buts à atteindre et apprécier les voies et
moyens d’y parvenir. Un grand nombre de villes se sont lancées
dernièrement dans divers « examens de conscience écologique », via des
démarches permettant d’identifier les activités et secteurs les moins
sobres en matière de consommations énergétiques. Les plans
d’urbanisme et les opérations d’aménagement sont soumis au crible de
nouvelles grilles d’évaluation, en première ligne desquelles figurent des
mesures portant sur les émissions deCO2.A cet égard, les bilans carbone
devraient bientôt devenir des indicateurs clés mesurant les « vertus
écologiques» de villes à la recherche d’un bon classement dans les
palmarès français ou européens.LesTIC constituent un outil précieux se
prêtant à une rationalisation de cette comptabilité. Elles permettent de
mesurer, quantifier et vérifier les progrèsaccomplis.
Par ailleurs, il est clair que des attitudes plus précautionneuses de
ménagement des milieux et des territoires se répandent. Bilans carbone
aidant, ces flux pourront sans doute être demain mieux contrôlés et
encadrés. Selon des experts, les technologies du numérique apporteront
leur pierre à ce progrès en perfectionnant le pilotage et le réglage du
métabolisme urbain. Sauf cas limites ou dérives catastrophiques, les
modèles et scénarios envisagent à terme un allègement graduel des
17empreintes écologiques desvilles sur l’environnement .
En accord avec cette vision optimiste, les TIC sont assurément
porteurs d’espoirs.Ainsi, d’après les prévisions du bureau de consultants
Mc Kinsey, l’utilisation généralisée d’applications liées aux TIC et
17 Cf. F. Abadie, I. Maghiros, C. Pascu (Eds.), JRC Scientific and technical reports,
IPTS, European perspectives on the information society, AnnualMonitoringSynthesis
andEmergingUpdates,EuropeanCommission,2008.
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