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Le bassin de travail immatériel (BTI) dans la métropole parisienne

272 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 178
EAN13 : 9782296318601
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A. CORSANI - M. LAZZARATO - A. NEGRI Avec la collaboration de Y. MOULIER BOUTANG

LE BASSIN DE TRAVAIL IMMATERIEL (BTI) DANS LA METROPOLE PARISIENNE

Éditions L'Hannattan 5-7, rue de l'école~Polytechnique 75005 Paris

Collection Logiques sociales dirigée par DOITÙnique Desjeux et Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions: Terrail J.-P., La dynamique des générations, activités individuelles et changement social (1968-1993), 1995. Semprini A., L'objet comme et comme action. De la nature et de l'usage des objets dans la vie quotidienne, 1995. Zolotareff J.-P., Cercle A. (eds), Pour une alcoologie plurielle, 1995. Griffet 1.,Aventures marines, Images et pratiques, 1995. Cresson G., Le travail domestique de santé, 1995. Martin P. (ed.), Pratiques institutionnelles et théorie des psychoses. . Actualité de la psychothérapie institutionelle, 1995. D'Hou tard A., Taleghani M. (eds.), Sciences sociales et alcool, 1995. Lajarte (de) L, Anciens villages, nouveaux peintres. De Barbizon à PontAven, 1995 Walter J., Directeur de communication. Les avatars d'un modèle professionnel,1995. Borredon A., Unejeunesse dans la crise. Les nouveaux acteurs lycéens, 1995. Guillaume J.-F., Legrand M, Vrancken D, La sociologie et ses métiers, 1995. Deniot 1., Dutheil C, Métamorphoses ouvrières, Tomes I et II, 1995. DeniotJ., Ethnologie du décor en milieu ouvrier. Le Bel Ordinaire, 1995. Awad G., Du sensationnel. Place de l'événementiel dans lejournalisme de masse, 1995. Ramé L. et S., Laformation professionnelle par apprentissage. Etat des lieux et enjeux sociaux, 1995. Baldner I-M., Gillard L. (eds), Simmel et les normes sociales, 1995 Guille-Escuret G., L'anthropologie à quoi bon ?, 1996. Guerlain P., Miroirs transatlantiques, la France et les Etats-Unis entre passions et indifférences, 1996. Patrick Pharo, L'Injustice et le Mal, 1996. Martin C. et Le Gall D., Familles etpolitiques sociales. Dix questions sur le lien familial contemporain, 1996. Neyrand G., M'Sm M., Les couples mixtes et le divorce, 1996. Dominique Desjeux (Dir), Anthropologie de l'électricité, 1996. Yves Boisvert, Le monde postmoderne, 1996. Marcel Bolle de Bal (ed), Voyage au coeur des sciences humaines De la reliance, 1996.

Remerciements

Cet ouvrage a été réalisé à partir du travail de recherche réalisé pour le Secrétariat Permanent du Plan Urbain du Ministère de l'Equipement, du Logement et de l'Aménagement du Territoire et des Transports et de la Mer. Convention de recherche n° 91/31135/00/225/75/01-Paris, 1993. L'annexe 2 est constituée par le rapport de recherches pour le Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville, Mission Interministérielle Recherche Expérimentation (M.I.R.E.) Convention de recherche n° 048/93

- Paris,

1994.

.

Les auteurs tiennent à remercier Evelyne PERRIN et Jean-Noël de ces recherches. Les remerciements vont également à Gisèle DONNARD et Patrick DIEUAIDE pour leur contribution à la rédaction définitive de
l'ouvrage. CHOPART pour les conseils et les aides apportés au développement

@Éditions l'Hannattan, 1996 ISBN: 2-7384-4228-5

SOMMAIRE

INTRODUCTION PREMIERE PARTIE: CONCEPTS, DEFINITIONS, ET PROBLEMATIQUES
TIlEORIQUES...
CHAPITRE 1 : A PROPOS DU CONCEPT DE TRAVAIL

13

27

IMMATERIEL.. .
I

1.2. Spécialisation et intensité de la coopération 1.2.1. L'intensité de la coopération 1.2.2. Différences et enrichissement des spécialisations 1.2.3. Individualisme et coopération 1.2.4. Economie du don et production marchande 1.3. Communication. Information. Langages. 1.4. Production de subjectivité. 1.5. Formes de vie. CHAPITRE 2 A PROPOS DU CONCEPT DE BASSIN DE TRAVAIL IMMATERIEL 2.1. La ville 2.2. Le Territoire 2.3. L'urbain et le chantier urbain 2.4. Le Bassin de travail immatériel. CHAPITRE 3 LE CYCLE DE PRODUCTION

1.1. L entreprise du Travail immatériel

...

..

.......

......29
30 33 33 34 35 37 38 40 43 47 ...47 49 51 56

3.1. 3.2. 3.3. 3.4. 3.5.

IMMATERIEL. ...

La chaîne et au-delà de la chaîne. La journée de travail. Le salaire et le revenu. La contrainte au travail et la nouvelle pauvreté Les mécanismes conflictuels

.....

DU TRAVAIL

.

59 60 62 .. .. .. 64 67

59

7

CHAPITRE 4 A PROPOS DE LA VALORISATION CONTROLE DE LA PRODUCTION IMMATERIELLE.. 4.1. Production culturelle et contrôle
de la "créativité"

ET DU 71

. . . . .. .. . . .. .. . .. . . . . .. . . . . . .. .. .. .. . . . . . .. .. . . . . . .. .. 71

4.2. Valorisation d'entreprise et "entrepreneuriat politique" dans la ~roduction immatérielle. 4.3. Eléments diachromques : Le développement historique des BTI... CHAPITRE 5 L'EMERGENCE DU TRAVAIL IMMATERIEL DANS LE POST-FORDISME 5.1. La consommation pour la consommation 5.1.1. Production industrielle et production
d'information..

73 75

79 79

.. . . . . . .. . . .. . .. . . .. . . . . . .. . . . . . . . . . . . .. .. .. . . . . .. . . . 80

5.1. 2. Production de services: la co-production.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . 81 5.1.3. Production de la production 81 5.2. Production de subjectivité et valorisation 83 5.2.1. La subsumption de la communication sociale 84 5.2.2. t~~~~~~~k~~e éié~~~t~' 'ciU: 'éy~i~'d~"""""""""""'" production immatériel ...... .............. .......... .... 86 5.2.3. La créativité comme processus social 88 5.3. Du modèle disciplinaire (tayloriste) au modèle post-moderne 89 5.4. Les conditions "politiques" des nouvelles formes de -coopération.. .. . . ..... '" ........ ......90 5.4.1. Travail immatériel, institutions et territoire 91 5.4.2. A propos de l' "entrepreneur politique" 95

DEUXIEME PARTIE: LE BASSIN DE TRAVAIL IMMATERIEL PARISIEN: ~ ANAL1rSE E~IIlI~~
INTRODUCTION CHAPITRE 1 : LA BRANCHE AUDIOVISUELLE 1.1. La restructuration des années 80 1.2. L'emploi: la forte croissance du travail
intermittent.

~7
99 103 103

. . . . . . . . . . . . . . . . . . ~. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 105

1.2.1. L'emploi permanent.. .. 1.2.2. Le travail intermittent.
8

..

.. .. .. .. .. .

106 107

1.3. La télévision et le bassin: le cas de deux émissions. 1.4. Les sociétés de post-production et de prestations de services. 1.5. Itinéraires: entre formation et travail. CHAPITRE 2 : LA BRANCHE PUBLICITAIRE 2.1. Le fonctionnement d'une agence de production de la taille d'une PME 2.2. L'exercice du contrôle politique. 2.3. Itinéraires personnels CHAPITRE 3 : LA BRANCHE PHOTOGRAPIDE ~ 3.1. Profil d'un photographe professionnel 3.2. Profil d'un "grand" photographe CHAPITRE 4 : LA MODE CHAPITRE 5 : REGULATION DU MARCHE DU TRAVAIL ET LUTTES DU TRAVAIL IMMATERIEL 5.1. Les luttes 5.2. L'intermittence et le travail précaire .. ... .. ... .. .. .. .. ..

110 112 113 117 119 121 123 125 129 131 133

139 139 144

CONCLUSIONS ANNEXE 1 : MUTATION DU RAPPORT SALARIAL DANS LES VILLES DU TRA~AIL ~TERIEL 1. L'ENTREPRISEPREDATRICE
D'EXTERNALITES
1.1. L'entreprise consommatrice des externalités décalées produites par la lutte de classes. 1.2. L'entreprise consommant les externalités urbaines
et communautaires.

...147

163
165
165
'" 166

. . . . . . .. .. . . . . .. .. . .. . . .. . . . .. .. .. .. . . .. . .. . .

1.3. Le travail immatériel comme travail de production de la connaissance et externalité sociale différée. 2. TRANSFORMATION DU SALARIAT. 2.1. Le déclin irréversible du "plein emploi". 2.2. Perte de signification de l'mdicateur de chômage. 9

167 171 171 172

2.3. La redéfinition radicale de la journée de travail. 2.4. L'éclatement de la journée de travail : l'activité contre le travail. 2.5. L'impossible freinage du travailleur de
l'immatériel.

174 175

. . .. . . .. . .. .. .. .. .. .. . .. . . .. . . . .. . . .. .. .. . . . . . . .. . .. . . . .. 176

2.6. Déclin du temps de travail comme mesure et mise en avant du produit. 3. UNE GLOBALISATION DE LA REMUNERATION: REVENU PLUTOT

176
179 181 182 183 183 184 185 187 188 193

QUE SALAIRE. 3. 1. De la forme-salaire à la forme-revenu. .. .. ... .. .. . .. ... .. .. .... 3.2. L'importance des statuts. 3.3. L'effet patrimoine des ménages. .. .. . .. .. .. ... .. .. .. .. .. .. .... ... 3.4. Le patrimoine urbain et l'accès aux externalités. . ... 3.5. Le rôle des systèmes d'assurance volontaire pour pallier l'irrégularité du revenu. 3.6. Les revenus de long terme du travail immatériel: les droits d'auteurs. 3.7. Eclatement et déstabilisation de tous les grands modes de régulation du salariat. 3.8. La réduction des charges sociales: la création d'une externalité faussement positive. TROIS REMARQUES CONCLUSIVES.

ANNEXE 2 : DU SERVICE A LA RELATION DE SERVICE. RECHERCHE EXPLORATOIRE. PRÉMISSE: LA TRANSFORMATION D'UN
PARADIGME.
1. PARCOURS DE LA PENSEE CONTEMPORAINE: ENTRE PHILOSOPHIE, LINGUISTIQUE ET METHODOLOGIE SOCIOLOGIQUE. 1.1. Marx et la théorie de l'action. 1.2. Simmel : socialisation des rapports capitalistes et subjectivité. ... . " .... ... ... ..... .... 1.3.Le tournant linguistique: Saussure, Bakhtine, Witt~enstein. 1.4. De 1 autre côté de l'Atlantique: pragmatisme et microsociologie. 10

197
199

203 204 ... .. .... 206 207 213

1.5. Les alternatives contemporaines. 2. TRAVAIL PRODUCTIF / TRAVAIL IMPRODUCTIF; PRODUCTION MATERIELLE / PRODUCTION IMMATERIELLE; SERVICE/RELATION DE SERVICE: ALTERNATIVES DE L'ECONOMIE
économistes.

218

POLITIQUE. 2.1. Production et services: les difficultés des 2.2. 2.3. 2.4. 2.5. 2.6. 2.7. Travail productif et travail improductif. Marx et la définitio~ du travail productif. Le concept de travail immatériel. La définition de travail immatériel. Le conventionnalisme Quelques autres pistes de recherche.

225 227 227 230 232 234 235

. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 225

3. OBSJ}RVATIONS SUR LA CRISE DE LA CATEGORIE "SERVICE" DANS LA CRISE DU WELFARE STATE 3.1. Le service dans la genèse du Welfare State. 3.2. Du service à la relation de service. 3.3. Le service comme relation dans la production comme interactivité. 3.4. Consommateur, usager, co-producteur.

239 239 242 244 245 249 253

3.5. Un nouveau concept de .public.

,'

247

3.6. Tendances de la regulatIOn post-fordlste. 3.7. Surdéterminations de l'Etat-Providence (à la française.) 4. AUTOUR DU NOUVEAU PARADIGME "RELATION DE SERVICE" : HYPOTHESES DE TRAVAIL POUR LA POURSUITE DE LA RECHERCHE.

255

BIBLIOGRAPIDE

...261

11

,

INTRODUCTION

Pour une problématique

conceptuelle du travail immatériel B.T.I. : l'objet d'analyse

et du

Les concepts de "travail immatériel", de "réseaux du travail immatériel" , de "territoire productif" et de "bassin de travail immatériel" constituent le coeur de cet ouvrage. De par les modifications profondes du processus de production qui caractérisent la société post -industrielle, c'est l'activité productive elle-même qui se transforme. Aussi, la complexité des transformations qui traversent l'ensemble du système productif modifie la nature de la force de travail à Itintérieur du cycle de

production.

.

Cette problématique nous conduit à poser deux questions qui structurent la recherche ici publiée: le travail immatériel ne qualifiet-il pas de manière toujours plus générale le concept de force de travail, et n'investit-il pas de manière de plus en plus hégémonique la réalité du processus productif? Cette transformation ne détermine-t-elle pas, par conséquent, une modification essentielle des relations entre forces productives et rapports de production? Or, l'articulation complexe entre système productif, espace métropolitain et acteurs sociaux semble préfigurer une phase critique dans laquelle on entrevoit de nouveaux enracinements anthropologiques du travail et des alternatives d'organisation sociale. Afin d'appréhender dans leur complexité ces réalités émergentes nous proposons une analyse des filières au sein desquelles la nouvelle organisation du travail a atteint une maturité incontestable. Cette démarche est susceptible de nous amener à jeter les bases d'une approche des questions plus générales. Deux hypothèses majeures fondent notre travail de recherche: la première est que dans l'audiovisuel, dans la publicité, dans la mode, dans la photographie, les nouvelles formes de l'activité immatérielle se situent au coeur des connexions du travail social. Souvent, elles déterminent le moment de l'innovation. Elles représentent toujours le lieu où les investissements, le fonctionnement de la machinerie et de la technologie sont valorisés, ainsi que l'ensemble des infrastructures institutionnelles et t sociales de formation, de gestion

et accumulation des savoirs et de 1 information.

La seconde hypothèse est que l'activité immatérielle s'agglomère et s'organise sur le territoire de la métropole. C'est surtout là que le travail immatériel met en place ses réseaux, planifie l'organisation de ses agencements et de ses machines de production, découvre, sélectionne et développe les conditions à la fois d'adaptation à la production matérielle et de sa propre reproduction et expansion. La 15

vérification de ces hypothèses constitue l'objet de cet ouvrage sur les circuits de l'organisation du travail immatériel dans l'espace métropolitain parisien. Une troisième hypothèse, de nature plus générale, en constitue la toile de fond: la période actuelle est celle de la subsumJ?tion réelle. A savoir, une phase dans laquelle le capital a investI toutes les sphères de l'existence; une période, en d'autres termes, dans laquelle le capital s'approprie directement les conditions de production et de reproduction de la société: il a étendu ses normes de valorisation à la société toute entière. Dans le chapitre VI inédit du premier livre de Das Kapital, comme dans "Grundrisse der Kritik der politischen Oekonomie" Marx analyse le processus de développement et l'affirmation du mode de productIon capitaliste proprement dit comme étant le processus de passage de la subsumption formelle à la subsumption réelle. La relecture de quelques passages extraits du chapitre VI inédit pourra nous permettre d'apprécier l'extrême pertinence aujourd' hui de ces catégories marxiennes. «Aussi, la subordination1 réelle du travail au capital -le mode de production capitaliste proprement dit- n'apparaît que lorsque des capitaux d'une grandeur voulue, se sont emparés dIrectement de la production, soit que le commerçant devienne un capitaliste industriel, soit que, sur la base de la subordination formelle, surgissent des capitalistes industriels puissants... Plus une branche d activité est exploitée de manière capitaliste, plus la productivité sociale du travail est développée, et plus le capital minimum doit croître en importance. Augmentant de valeur pour atteindre des dimensions sociales, le capital doit se dépouiller de tout caractère individuel. C'est le rendement du travail -la masse de la production, la masse de la population et de la surpopulationqui développe ce mode de productIOn et fait constamment surgir, grâce au capital et à la main-d'oeuvre devenus disponibles, des branches d'activités nouvelles où le capital peut s'employer derechef sur une petite échelle. Ces nouvelles activités parcourent à leur tour divers stades de développement jusqu'à s'intégrer elles aussi dans une production à l'échelle sociale. Ce processus est continu. Simultanément, la production capitaliste tend à s'emparer de tous les secteurs industriels qu'elle n'a pas encore conquis et où règne
I

L'expression" Subsumption der Arbeit unter das Kapital" est traduite très souvent "subordination du travail au capital". Ces choix des traducteurs semblent se justifier par la volonté de réduire le caractère (seulement en apparence) abstrait et conceptuel du terme subsumption. 16

encore la subordination formelle» (K. Marx, Oeuvres, Bibliothèque de la Pléiade, pp. 372 et 380). En fait, au cours de la période précédente, celle de la subsumption formelle, des. secteurs entiers de la production sociale, tout en participant au procès de circulation du capital, et donc à la production de la valeur, conservent leur indépendance par rapport à sa capacité à constituer directement l'organisation du travail. «La caractéristique générale de la subordination formelle, c'est la sujétion directe du processus du travail au capital, quelles que soient les méthodes technologiques employées. Mals sur cette base s'élève un mode de production technologique bien spécifique, qui transforme la nature et les conditions réelles du processus du travail. C'est le mode de production capitaliste. C'est seulement lorsque celui-ci apparaît que se produit la subordination réelle du travail au capital. La subordination réelle du travail au capital s'opère dans toutes les formes qui développent la plus-value relative par rapport à la plus-value absolue. Avec elle une révolution totale (et sans cesse renouvelée) s'accomplit dans le mode de production lui-même, dans la productivité du travail et dans les rapports entre le capitaliste et le travailleur. .. Les forces productives du travail social se développent sur une grande échelle, en même temps que la science et la technique sont appliquées à la production Immédiate. D'une part, se constituant désormais dans sa spécificité, le mode de production capitaliste crée un nouveau type de production matérielle; d'autre part, cette transformation matérielle constitue la base du développement du système capitaliste, dont la forme adéquate correspond par conséquent à un niveau déterminé de l'accroissement des forces productives du travail» (op. cit. p. 379). Ainsi, par exemple, dans la subsumption formelle l'activité intellectuelle et artistique n'est qu'indirectement absorbée dans le procès de production. En se plaçant d'un point de vue différent, Foucault et Deleuze ont repris cette distinction et l'ont transformée en distinguant les "sociétés disciplinaires" et les "sociétés de contrôle". Dans les premières, le "commandement capitaliste" s'exerce de l'extérieur, formellement; dans les secondes, le "commandement" s'effectue réellement de l'intérieur des procès sociaux de production, de l'intérieur même du mode de production de la communication sociale. Il est évident que ces distinctions affectent plus que tout autre la nature du travail intellectuel, agent de productIOn de plus en plus direct et immédiat, composante essentielle du travail Immatériel. Tout le long du développement de notre analyse la confrontation

entre la réalité et ces catégories marxiennes devra permettre de
.

vérifier l'hypothèse

du passage à la subsumption réelle: 17

si la

modification des modes de production est un processus complexe et la tendance sous-jacente extrêmement articulée, il est également vrai que l'hégémonie du mode de production capitaliste est désormais totale et les différences et résistances sont caractérisées par une extraordinaire précarité: la subsumption réelle est une réalite. Aussi, la vérification de cette troisième hypothèse sera une préoccupation toujours présente dans le développement de l'analyse du bassin de travail immatériel parisien. La problématique de la subsumption réelle de la société dans le capital nous amènera par ailleurs et nécessairement à soulever de nouveaux questionnements quant aux contradictions qu'elle implique. Pour une approche de l'analyse du travail immatériel et du bassin de travail immatériel: méthodologie et méthodes d'analyse. Cet ouvrage est issu d'une recherche réalisée en 19932 et qui s'inscrit dans la continuité du travail de réflexion et d'enquête mené sur Benetton en Italie et sur le Sentier à Paris3. Les hypothèses, déjà développées dans les recherches précédentes sont ici précisées et approfondies dans une perspective socioanthropologique. Le cadre méthodologique général demeure pour l'essentiel celui qui avait structuré la recherche sur le Sentier. Ainsi, nous proposons une approche globale car la complexité des phénomènes et des dynamiques observés ne peut être appréhendée que par la mobilisation de différents concepts et modèles théoriques. Par ailleurs, l'approche en termes de c,ircuit global dévelo{>pée dans la recherche sur le Sentier à Paris nous avait déjà condUIts à poser une problématique définitionnelle et conceptuelle du bassin de travail immatériel. En fait, les thèses du "circuit court", à savoir un circuit de production visant à la fois la réduction maximale des temps entre fabrication et écoulement du produit sur le marché et la meilleure adaptation quantitative et qualitative des marchandises à la demande, nous apparaissaient limitatives et limitées. En revanche, l'approche en termes de circuit global permet de situer l'analyse
2
Rapport de recherche pour le Secrétariat Pennanent du Plan Urbain du Ministère de l'Equipement, du Logement, de l'Aménagement du Territoire et des Transports et de la Mer. Recherche réalisée par M. Lazzarato et A. Negri. M. Lazzarato, Y. Moulier-Boutang, A. Negri, G. Santilli, "Des entreprises pas comme les autres: Benetton en Italie, le Sentier à Paris", Publisud, 1993. 18

3

immédiatement dans une dimension plus vaste et qui intègre les variables matérielles et immatérielles, elle intègre la phase de conception, c'est-à-dire de développement, d'utilisation et de concretisation de la créativité sociale, dans laquelle la dimension culturelle et informative est à l'origine du processus productif. Or, lorsqu'on aborde l'analyse du travail immatériel, on est confronté à de nombreuses difficultés. Tout d'abord une difficulté liée à sa "mesure". Elle ne découle pas seulement du retard mis à l'élaboration de la catégorie en question, mais aussi et surtout de la détermination des multiples facteurs qui génèrent sa productivité. Déjà, dans les industries post-tayloristes automatisées, la mesure de la productivité du travail présente de nombreuses difficultés, car il s' a~it désormais de mesurer le niveau de productivité de l'intellIgence et de la coopération productive plutot que celui du travail matériel individuel appliqué aux rythmes des machines. Quant à la mesure du travail immatériel dans la métropole, dans l'état actuel de la recherche, c'est une tâche considérée à juste titre comme irréalisable. Nous avons bien évidemment repris au cours de notre recherche tous les éléments statistiques utiles pour définir le cadre de l'enquête et évaluer les secteurs pris en considération. Cependant, l'analyse quantitative n'a guère pu aller très au-delà de quelques données élémentaires, de sorte que nous nous sommes heurtés très tôt aux limites aussi bien en termes d'utilité que de légitimité d'une telle approche. Par conséquent, la recherche s'est développée plutôt à partir d'une vaste enquête sur les sujets, les réseaux et les circuits du travail immatériel qui constituent le support fondamental de la production dans les industries de la télévision, de la publicité, de la mode, de la photographie. L'enquête a été menée moyennant des interviews, directives et guidées, des opérateurs individuels ou de groupes d'opérateurs dans chacun des secteurs indiqués. Dans un deuxième temps, nous avons cherché à élaborer un certain nombre de modèles de fonctionnement des réseaux de travail immatériel, en liaison avec le système des inputs institutionnels, industriels, etc. et plus généralement de toutes les conditions systémiques à l'intérieur desquelles ils se constituent. Dans cette perspective nous avons également réalisé des interviews auprès des acteurs institutionnels et des entreprises. Une troisième étape est représentée par l'élaboration d'une série de cartographies des relations horizontales entre réseaux de travail immatériel dans l'aire métropolitaine, en montrant les articulations, les inter-dimensions, les relations systémiques. C'est dans ce cadre que le concept de "bassin métropolitain de travail immatériel" a été élaboré, comme forme spéciale de l'espace métropolitain innervé par les fonctions productives immatérielles. 19

Or, c'est à ce stade de la recherche que nous nous trouvons ramenés aux problèmes de la valeur et de la mesure de. la productivité. Cependant, dans ~et ouvrage, nous nous sommes limités à poser les questions, à envisager des hypothèses de travail pour de futures enquêtes. Pour une articulation des concepts, des hypothèses et du travail empirique: le plan de l'ouvrage L'ouvrage est divisé en deux parties. La première partie présente les hypothèses préliminaires et les concepts fondamentaux dégagés au cours de la recherche. Les hypothèses à partir desquelles nous avons élaboré les questionnaires pour notre enquête de terrain sont développées selon un ordre généalogique dans le premier chapitre. La définition de ces hypothèses se présente comme un ensemble d'idéaux-types à vérifier et de mouvements tendanciels à suivre. Comme on le verra, l'enquête nous a permis de vérifier une bonne partie des hypothèses formulées, même si nous avons dû les adapter au terrain étudié. Les concepts fondamentaux que nous proposons constituent les conclusions du processus de vérification des hypothèses. En fait, dans le travail d'élaboration des concepts, nous utilisons largement toute une série d'interprétations différentes qui ont été proposées pour déchiffrer les phénomènes nouveaux que nous étudions, leur émergence et leur affirmation. Les concepts que nous allons étudier sont au nombre de cinq: les concepts liés à la définition du travail immatériel; les problématiques de territoire qui permettent d'établir la catégorie du B.T.! (bassin de travail immatériel) ; les formes de. matérialisation économique du B.T.I. (le mode de travail, la journée de travail, le salaire, les contraintes au travail) ; les fonctions de valorisation du travail immatériel et du contrôle capitaliste qu'il subit; les éléments historiques, diachroniques, du procès constitutif du B.T.!. Aussi, après avoir définit le concept de travail immatériel, nous allons décrue les "bassins de travail immatériel" dans lesquels le travail social immatériel détermine l'espace de sa propre existence, de son organisation productive et de sa reproduction. Cette description nous amène à revoir toute une série de catégories de la pensée économique (et aussi de l'analyse sociologique), les catégories qui concernent l'organisation du temps et de l'espace où s'effectue la valorisation économique. Le travail immatériel se révèle comme doté d'une extraordinaire mobilité (spatiale) et d'une extraordinaire flexibilité (temporelle), il ne peut être défini qu'au sein de relations de coopérations, de réseaux et de 20

flux. Mais les problèmes de la valorisation et la description de ses processus dans le monde de l'immatériel n'ont pas seulement à voir avec les flux et les réseaux, la mobilité et la coopération: les processus de valorisation prennent naissance à l'intérieur même des formes de vie des sujets du travail immatériel. C'est sur cette imbrication du travail et de la vie que se définissent les nouvelles catégories. Afin d'appréhender ces nouvelles catégories, nous essayons dans cette première partie d'approfondir progressivement leur analyse dans toute une série de séquences: dans le premier chapitre nous nous déplaçons de l'analyse de la coopération à celle de la communIcation (information et langages) pour aborder enfin la description des processus de production de subjectivité et des formes de vie. Notre analyse se déplace alors vers les questions du territoire. Le deuxième chapitre traite de la localisation territoriale des flux de coopération et parvient à la genèse du bassin de travail immatériel. Dans le troisième chapitre nous passons à l'élaboration des cycles de production. Av.rès avoir mis en évidence les spécificités de la journée de travaIl du travail immatériel, nous revenons sur les problèmes du salaire, de la nouvelle pauvreté et de la nouvelle richesse de ce type de travail, ancré qu'il est dans la vie, dans sa créativité et dans la valorisation entrepreneuriale de celle-ci (chapitre 4). La démarche empruntée va de l'abstrait au concret, de la définition quasi-philosophique du travail immatériel à la détermination de sa qualité économique: une démarche obligée, car pour saisir la spécificité et la nouveauté d'une force de travail qui se présente comme flux, il faut rompre avec les figures équivoques qui émergent des analyses traditionnelles de l'organisation sociale. Il faut aussi abandonner définitivement les déterminations sp~tiales et temporelles misérables dans lesquelles le travail immatériel se trouve enfermé chaque fois qu'on le fait rentrer dans les paramètres du travail matériel (travail intermittent, travail au noir, travail décentralisé, savoir et/ou activité artistique plutôt gue travail, etc.) : ce sont le dynamisme, l'imagination, la créativite qui émanent du travail immatériel et en qualifient la puissance productive. Enfin, la première partie s'achève avec un cinquième chapitre dans lequel nous restituons le travail immatériel dans l'espace postfordiste. Nous revenons ici sur le rapport entre travail immatériel et bassins, entre B.T .I. et territoires Investis par les restructurations (chantiers urbains) afin de reconstruire les processus à travers lesquels le territoire métropolitain se présente comme territoire immédiatement productif, à la fois condition et produit du travail immatériel. 21

Dans la deuxième partie, le travail immatériel est analysé à travers l'étude d'un certain nombre de formes que revêt son organisation productive dans le B.T.!. parisien. Plus particulièrement, il s'agit ici d'envisager les dimensions, les cartographies et les conditions systémiques de l'existence et du développement des bassins de travail immatériel dans l'espace parisien. A ce stade de l'analyse on est confronté à un certain nombre de difficultés car, si il faut modifier les catégories les plus générales, il faudra encore bien davantage modifier l'ensemble des catégories et des méthodes statistiques qui, aujourd'hui, sont toujours appliquées à l'étude du travail immatériel. Néanmoins, l'analyse des filières audiovisuelle, publicitaire, de la photographie et de la mode permet de développer longuement la description phénoménologique du fonctionnement du B.T.I. parisien. Les résultats empiriques de l'enquête vérifient amplement les résultats théoriques développés dans la première partie. En poussant la réflexion jusqu'au niveau des individus, en décrivant les itinéraires des sujets du travail immatériel, nous parvenons enfin à identifier de manière assez précise le rapport entre vie et production, rapport fondamental en tant que configuration à la base des transformatIOns que le travail impose au travail salarié. Aujourd'hui, mais aussi et surtout comme perspective pour l'avenir. Enfin, cette deuxième partie se clôt avec un chapitre dédié aux luttes et à la problématique des formes de régulation de la production immatérielle. Le fait de pouvoir pénétrer dans l'organisation du travail immatériel à travers la lutte des intermittents du spectacle et de la télévision -lutte qui s'est déroulée entre l'automne 91 et l'été 92- a été pour nous d'une excep,tionnelle importance. Notre méthode auraIt sans doute été moins elaborée et l'analyse moins riche si nous n'avions pas eu la chance de croiser cette lutte, au beau milieu de notre travail de recherche. Il est certain que la documentation ne pourra pas restituer l'intensité de l'expérience heuristique et cognitive que la lutte a suscitée en nous, et qui, nous l'espérons, pourra se hre à travers une grande partie des pages de cet ouvrage. Dans la lutte, les contacts avec les sujets sont plus faciles, la récolte du matériel de documentation devient collective, les problèmes de la et/ou des profession(s) deviennent immédiatement plus clairs. Mais surtout, dans l'expérience de la lutte, l'histoire et les perspectives des sujets du travail immatériel se conjuguent et la demande qui en naît ne concerne plus seulement les travailleurs immatériels mais l'ensemble des acteurs de l'ère nouvelle de l'organisation du travail. La question se pose donc pour tous et toutes.

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Deux contributions sont présentées en annexe de cet ouvrage. La première, signée par Yann Moulier-Boutang, porte sur "La mutation du rapport salarial dans les villes du travail Immatériel". Elle offre un pomt de vue comp,lémentaire au nôtre et se situe dans le prolongement de la reflexion que nous avons développée avec l'auteur à partir des recherches sur Benetton en Italie et le Sentier à Paris4., En fait, à partir d'un champ d'enquête différent, mais bien proche du nôtre, celui de l'immigration en situation irrégulière, Yann Moulier-BQutang parvient à poser des questions qui rejoignent les nôtres. L'intérêt de sa contribution repose essentiellement dans la tentative de dégager, à partir des différentes recherches en question, un degré de généralité plus élevé. Il aborde, plus particulièrement, l'analyse de la crise du marché du travail vue sous une triple optique: le salaire, le revenu et l'emploi. La crise de la société salariale et la transformation du salariat sont analysées tout d'abord en référence au travail classique, puis, dans un deuxième temps, l'auteur élargit sa réflexion au travail immatériel. Tout en reprenant les concepts fondamentaux que nous avons développés tout le long de notre ouvrage, Yann Moulier-Boutang introduit des éléments de réflexion relativement originaux, Il s'agit notamment de l'extension de l'analyse aux investissements publics conditionnant la richesse des externalités positives que les entreprises s'approprient suivant une logique micro-prédatrice. Mais ces externalités positives, fruit des politiques publiques, constituent aussi un des facteurs permettant d'expliquer les niveaux très élevés de productivité du travail immatériel. L'auteur est ainsi amené à proposer une lecture de l'internalisation/externalisation du travail immatériel en termes de coûts de transaction. Son approche, qui va bien au delà des théories transactionnelles, s'ouvre enfin sur le débat sur la socialisation du salaire. "Du service à la relation de service" est le titre de la deuxième annexe de cet ouvrage. Déjà dans le chapitre sur l'émergence du travail immatériel dans le post-fordisme nous avons jeté les bases théoriques pour une analyse de la production de services. En fait, le post-fordisme se caractérise moins par l'expansion du marché des services que par l'émergence des relations de service; le terme "relation" exprimant l'aspect coopératif et communicationnel
4 Recherches réalisées en commun avec Y. Moulier-Boutang dans le cadre des activités du GRAMI (Groupe de Recherche et d'Analyse des Migrations Internationales) à l'Ecole Normale Supérieure. 23

du rapport social. Dans la relation de service, les services sont coproduits; la co-production soulignant la créativité et la capacité innovatrice de ce même rapport. L'essor des relations de service implique donc, nécessairement, un dépassement théorique de l'articulation rigide offre/demande, production/consommation. Dès lors qu'on. ne produit plus pour vendre mais que l'on vend pour produire, la relation qui décrivait le cycle de production depuis la conception à la vente ne peut plus représenter de manière linéaire l'articulation complexe des rapports sociaux de production. Le service, subordonné jusque-là à la production, devient relation de service, co-production, et s'instaure en tant que paradigme spécifique à l'intérieur du mode de production post-fordiste. En fait, en même temps que le concept de service disparaît, la relation de service se présente comme relation ouverte au sens que le sujet de la relation de service est mis en situation ouverte. Par ailleurs la relation de service remet en question tous les paramètres préconstitués: l'action en sociologie, la mesure de la valeur en économie politique, la conformité du commandement en sciences politiques de l'administration. Cette mutation paradigmatique -impliquée par le passage du "service" à la "relation de service"- est alors posée comme objet d'analyse en soi dans le texte que nous proposons en annexe de cet ouvrage. Or, les nouveaux questionnements théoriques que soulève le problème du "service en tant que crise", à savoir, la définition des nouvelles conditions du lien social et de la citoyenneté, motivent l'approche philosophique des concepts de relation et de coproduction. Néanmoins, le but est de sortir d'une pure définition des concepts et de les rendre immédiatement opératoires. Ces concepts, déjà largement mobilisés dans la littérature sociologique et économique sur les services, ont une longue histoire. Elle est ici retracée, le fil conducteur étant. constitué {Jarla définition du "social" dans le mode de production capItaliste comme "relation" : de la théorie de l'action chez Marx à la production de subjectivité et pouvoir chez Foucault en passant, d'une part, par Simmel, Saussure, Bakhtine, Wittgenstein, et, d'autre part, par le pragmatisme et la microsociologie et par la synthèse habermasienne. Dans le deuxième chapitre, la problématique théorique des relations de service est restituée au coeur de l'économie politique. Enfermés dans une vision qui oppose l'industrie aux services, les économistes n'arrivent pas à intégrer la nouvelle nature paradigmatigue des services dans l'analyse du processus d'accumulatIOn. En fait, l'émergence des relations de service impose

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une redéfinition radicale de l'activité productive qui intègre la subjectivité comme sujet de l'activité. Mais la bipolarité industrie/service renvoie à une autre bipolarité fondamentale: travail productif et travail improductif. Au travers d'une relecture de l'articulation de ces concepts chez Marx, on peut alors revenir sur le concept et sur la définition du travail immateriel afin de décrire les nouvelles formes de production: le "travail industriel" et le "travail des services" sont alors redéfinis dans la spécification de la forme de l'activité post-fordiste. Enfin, dans le troisième chapitre, la crise de la catégorie "service" est analysée à partir de la crise du Welfare. La thèse que les auteurs soutiennent peut ainsi être résumée: dans la crise du Welfare-State, l'économie des services devient absolument centrale et coextensive à l'organisation productive et politique. En guise de conclusion, le quatrième chapitre s'ouvre sur les perspectives de la recherche autour du nouveau paradigme "relation de service" .

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PREMIERE PARTIE : CONCEPTS, DEFINITIONS, ET PROBLEMATIQUES THEORIQUES