Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,21 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le petit Montmartre tourangeau

De
184 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 153
EAN13 : 9782296141469
Signaler un abus

Vous aimerez aussi

Effacez-le !

de Publibook

Au fond

de le-seuil

Graal-Plieux

de pol-editeur

LE PETIT MONTMARTRE TOURANGEAU

Collection «Logiques sociales»
Ouvrages parus dans la collection José Arocena, Le déploiement par l'initiative locale. Le cas français. 1987, 227 p. Desmond Avery, Civilisations de la Courneuve. Images brisées d'une cité. Brigitte Brébant, La Pauvreté, un destin? 1984, 284 pages. Jean-Pierre Boutinet (sous la dir. de), Du discours il l'action: les sciences sociales s'interrogent sur elles-mêmes. 1985, 406 pages. Claude Courchay, Histoire du Point Mulhouse, L'angoisse et le flou de l'enfance, 1986, 212 pages. Pierre Cousin, Jean-Pierre Boutinet, Michel Morfin, Aspirations religieuses des jeunes lycéens. 1985, 172 pages. Michel Debout, Gérard Clavairoly, Le Désordre médical. 1986, 160 pages. Majhemout Diop, Histoire des classes sociales dans l'Afrique de l'Ouest. Torne 1 : Le Mali. Torne 2 : Le Sénégal. 1985. François Dupuy et Jean-Claude TJlOening, La Loi du marché: l'électroménager en France, aux Etats-Unis et au Japon. 1986, 264 pages. Franco Foshi, Europe, quel avenir? Emploi, chômage des jeunes, coopératives, clandestins. 1986. Pierre Grou, L'aventure économique de l'australopithèque aux multinationales. Essai sur l'évolution économique, 1987, 159 p. Groupe de Sociologie du Travail, Le Travail et sa sociologie: essais critigues. Colloque de Gif-sur-Yvette. 1985, 304 pages. Jost Knppendorf, Les vacances et après? Pour une nouvelle compréhension des loisirs et des voyages, 1987, 239 pages. Jean-Ferdinand Mbah, La recherche en sciences sociales au Gabon, 1987, 189 pages. J.A. Mbembe, Les Jeunes et l'ordre politique en Afrique noire. 1985, 256 pages. Claude Liauzu, Essai sur le tiersmondisme, 1987. Hervé-Frédéric Mechery, Prévenir la délinquance. L'affaire de tous. Les enjeux du dispositif Bonnemaison. 1986, 192 pages. P. Mehaut, J. Rose, A. Monaco, F. de Chassey, La transition professionnelle, jeunes de 16 il 18 ans et stages d'insertion sociale et professionnelle: une évolution économique. 1987, 198 pages. Guy Minguet, Naissance de l'Anjou industriel. Entreprise et société locale à Angers et dans le Choletais. 1985, 232 pages. Gérard Namer, La Commémoration en France de 1945 il nos jours. 1987, 213 pages.

Gérard

LECHA

LE PETIT MONTMARTRE TOURANGEAU

Tours:

le quartier Paul-Bert et ses mémoires...

Essai sur un cas de métamorphisme

social

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur

- Réflexions au masculin sur la très édifiante histoire de Marte-André Marton, femme violée*, Éditions VRAC, 1981.
- Cinq milliards d'otages**, Les Lettres Libres et Éditions VRAC, 1986.
* Distribué par Chiron-Diffusion, 40, rue de Seine, 75006 Paris. Distribué par L.N. Diffusion, 18, place Saint-Maclou, 78200 Mantes-la-Jolie. **

@ L'Harmattan, 1988 ISBN: 2-7384-0006-X

Aux gens de Paul-Bert, qui ont aussi écrit ce livre...
Aux quelques étudiants B.S. V.D. de la promotion 1983-86 à l'IFCES de Tours qui, ayant collaboré avec séneux à cette enquête, y trouvèrent quelque intérêt. JI y en eut quand même quelques-uns...

AVANT-PROPOS Eh quoi! Si j'en crois cette personne que j'appellerai Mr Charles (1), responsable d'une association caritative intervenant sur le quartier et rencontré le 4 janvier 1984, dans le quartier Paul-Bert, à Tours, « le bureau d'Atde Sociale est complètement débordé et ne sait plus où donner de la tête et de l'aide »... Cette personne m'a d'atlleurs invité à me rendre

moi-même, « si je n'avais pas peur », dans les ruelles
qui prennent dans la rue Losserand et conduisent au

coteau (cf le plan réduit ci-après)pour « voir un peu» si l'on n'y trouve pas « de véritables gourbis dans lesquels s'entassent des gens du quart monde et des S.D.F.

(sans domictle fIXe) qui s y multiplient.

»

Alors j'y suis allé. C'est vrai que je n'ai pas toujours été tellement rassuré. Dans ces ruelles aux mtlle replis et recoins, lesquelles conduisent vers le coteau et ses caves troglodytes, j'ai même eu parfois un peu l'impression de me retrouver dans quelque Cour des Miracles surgie en plein XXe siècle. j'ai croisé, en effet, de-ci de-là, de pauvres hères aux mines' plus ou moins patibulaires, aux trognes passablement rubicondes et vernissées par l'alcool. Manifestement, je n'aurais guère eu de mal fi éPingler, parmi cette population, l'idéal-type du marginal total.
(1) Cette personne m'ayant en effet demandé de lui garantir l'anonymat. 7

Plus je m'avançais vers le coteau, plus j'allais de l'avant dans les ruelles donc, plus les silhouettes que je croisaisprésentaient les faciès relativement inquiétants du caractériel ou du débile léger. Et ce qui n'était pas pour me rassurer, c'est que tous les habitants de ces gourbis, ayant sans doute peur les uns des autres, possèdent un chien. C'est pourquoi la cacophonie des aboiements était quasi insoutenable et les bonds des cabots contre les grillages plus qu'inquiétants lorsque je venais à passer parfois à moins d'un mètre des dits grillages. Ainsi, c'est donc cela aussi le quartier Paul-Bert ? Diable! A écouter le témoignage des étudiants qui sont

nombreux à occuper un studio ou un F2 « dans PaulBert », ce n'était vraiment pas l'idée que j'avais été amené à m'en faire. Il faut dire que pour ces étudiants, au contraire, habitant sur le quai, rue Losserand ou encore rue de l'Ermitage ou du Nouveau Calvaire, le quartier est «super-chouette, extrêmement attachant, plein d'origi-

nalité et de personnalité. »
C'est, pour eux, un quartier de tradition, «très attaché à l'histoire des métiers et les mentalités s'en ressentent ». Ainsi, «les anciens semblent être restés très attachés à la famille» et surtout « tout le monde se connaît, comme si c'était un petit village ». Depuis le temps que j'entendais parler du quartier Paul-Bert (<< le faubourg» pour certains, «le petit Montmartre tourangeau» pour d'autres), l'envie m'a alorspris de partir, avec un groupe d'étudiants, à la découverte de ce quartier de la ville, quartier très voisin de l'J.F. c.E.S., mon lieu de travail, et pourtant presque Inconnu. Et c'est bien ce que nous avons fait. Mais comment entrer de plein pied dans le PaulBert d'aujourd'hui, si nous n'avons aucune connaissance de l'originalité historique de ce quartier? Car n'est-ce pas cette originalité historique qui a déterminé, façonné

8

l'âme profonde et particulz'ère de ce quartier dont certains, aujourd'hui encore, perpétuent la mémoire? C'est pourquoi le premier voyage que nous allons faire dans Paul-Bert sera un voyage dans le temps...

9

UIOf 1.4'~"V;

Chapitre 1

Si Paul-Bert m'était conté...
Notre prôpos ci-après va donc tendre à définir les éléments qui contribuèrent à donner la configuration et la structure qui devaient demeurer traditionnelles pendant très longtemps dans ce quartier. Une des définitions parmi les plus générales que nous pouvons donner d'un quartier est la suivante: c'est un ensemble limité d'espaces et d'habitants dans une ville. Etymologiquement, on le rattache au mot quart. Il va de soi que la signification qu'on lui attribue actuellement ne se soucie guère de cette délimitation spatiale un peu trop stricte mais nous aurons tout lieu de peaufiner et de nuancer par la suite cette définition ou trop étriquée ou trop passe-partout. Une première remarque que nous devons faire lorsque nous abordons Paul-Bert, c'est qu'avec ce quartier nous ne saurions tenir compte de la séparation classique que l'on a coutume de faire en sociologie urbaine entre les vieux quartiers des centres historiques et les quartiers périphériques plus jeunes, plus récents. Car bien que se situant géographiquement à la périphérie par rapport à Tours-centre niché de l'autre côté de la Loire, le quartier Paul-Bert n'a rien de récent et se trouve même être un des quartiers de Tours les plus chargés d'histoires. 11

C'est que, selon les historiens, l'origine de ce faubourg est même antérieure à la période gallo-romaine, comme l'indiquent le tumulus découvert au-dessus du cimetière paroissial de Saint-Symphorien et le dolmen que. rappelle le lieu-dit Pierre-Couverte. Mais c'est toutefois à l'époque gallo-romaine que va véritablement commencer à se développer ce noyau extra-urbain dès qu'aura pu s'instaurer, par un pont de bateaux, une liaison facile entre cette rive droite de la Loire et le cœur de Caesarodunum situé, lui, sur la rive gauche. Au XIe siècle, fut décidée par le comte Eudes la construction d'un pont de pierre qui aboutissait rue du Vieux Pont, c'est-à-dire sensiblement à l'emplacement actuel du Pont de file. Ce pont favorisa, bien évidemment, les échanges entre le cœur de la cité et le faubourg et permit à ce dernier de se développer et de croître dans des proportions qui ne furent pas du tout négligeables. D'un autre côté, ce quartier se trouvait à un carrefour important et était donc destiné à devenir un « site-étape» réputé et recherché. Dès le VIe siècle, en effet, nombre de pèlerins faisaient la halte en ce quartier si bien situé entre le Martinopolis et ce haut lieu de prière qu'était Marmoutiers. C'est pourquoi, du Moyen Age à la Renaissance, de nombreuses hostelleries y furent bâties et rebâties pour accueillir pélerins et voyageurs du Nord dont la plupart descendaient vers Saint-Jacques-de-Compostelle en faisant un arrêt à Marmoutiers. Rappelons à ce sujet que la rue Losserand d'aujourd'hui, continuée par celle du Vieux Calvaire aujourd'hui rue de l'Ermitage, reprend le tracé du vieux chemin pavé qui conduisait de Tours à Marmoutiers en longeant l'église de Saint-Symphorien. Il fallait, par conséquent, bâtir là des lieux d'hébergement et cela ne manqua pas. Pour ce qui concerne les hostelleries en question, on pourrait prendre comme exemple, entre autres, l'hostellerie de Sainte Catherine, construite au XVe siècle et encore debout aujourd'hui, quoique désaffectée, au coin de la rue Losserand et de la rue Rochemardon. Son poteau cornier montre toujours une Sainte Catherine d'Alexandrie, appuyée sur la roue de son supplice. Cette hostellerie était ouverte aux voyageurs et aux pèlerins valides. Il y avait aussi des lieux d'hébergements pour les estropiés et les malades. Ainsi, à l'angle de la rue Jacquart aujourd'hui, appelée alors rue de l'Aumône Saint Jean, fut construit par Jean de 12

Pontlevoy, en 1253, un hôpital appelé Hôtel-Dieu de Saint Jean Baptiste des Ponts. Cet hôpital avait pour charge de recevoir les pèlerins malades jugés indésirables à Tours. Détruit au début du XVIIIème siècle, on construisit sur son emplacement une hostellerie qui fut le terminus de plusieurs services de diligences. Enfin, après une nouvelle destruction des bâtiments qui constituaient l'hostellerie, la première pierre du groupe scolaire Paul-Bert fut posée en 1897. L'école fut ouverte en 1904 et ce sont ces bâtiments que nous pouvons voir encore aujourd'hui à cet emplacement. L'histoire de ces bâtiments construits puis détruits puis reconstruits à l'angle de la rue Jacquart, qui n'est qu'un exemple possible parmi d'autres, m'a toutefois paru singulièrement intéressante dans la mesure où elle nous fait percevoir le plus concrètement du monde trois préoccupations que l'on trouvera toujours très vivaces à Paul-Bert. La première étant une certaine ouverture sur la religiosité, la deuxième étant le souci effectif d'assister et de soutenir les déshérités et les malades, la troisième étant l'importance que l'on accordera toujours, à Paul-Bert, à l'école, quoique, à partir de la fin du siècle dernier, on ne la valorisera vraiment que lorsqu'elle sera «laïque et républicaine. » Ce qui marque de nos jours cette ouverture du quartier sur la religiosité telle que nous l'avons décelée plus haut c'est, beaucoup plus que l'église Saint-Symphorien et le presbytère sis au 46 du quai Paul-Bert, la présence, au milieu de la rue Losserand, du Grand Séminaire. Même si les vocations auraient plutôt tendance à se perdre, l'édifice est là et bien là. (2) Pour ce qui est de l'assistance envers les déshérités, nous avons aujourd'hui, outre le sens de la solidarité et de

l'entraide qui caractérisaitjadis les « gens de Paul-Bert» (mais
qui est « bien en train de se perdre! »), une institution, le préventorium de Beausite, les deux cliniques Saint-Grégoire et Velpeau et le centre de Perfectionnement Jacques Prévert, 43, quai Paul-Bert. Faisant transition entre ce besoin d'assister, de secourir et ce goût très raisonné et très intéressé pour l'étude, on trouve à flanc de coteau l'I.F.C.E.S., c'est-à-dire l'Institut de Formation aux Carrières Educatives et Sociales. C'est un
(2) La formulation était quelque peu osée (la rédaction de cette partie date de 1984) puisque cet édifice devait être vendu durant l'année 1987, le 20 février très exactement, pour permettre dans ses locaux l'ouverture d'une maison de Retraite pour personnes du troisième âge.

13

centre privé d'enseignement professionnel qui prépare ses étudiants (entre cinq et six cents, hommes et femmes, chaque année) à l'obtention de certains diplômes d'Etat dans les ~ecteurs spécialisés du travail social et de l'enfance inadaptée. On trouve aussi dans le même domaine de l'éducation et de l'enseignement l'Ecole Normale d'Institutrices, l'école laïque Paul-Bert avec sa maternelle et le collège Saint-Grégoire. Mais ces trois « préoccupations» qui se sont perpétuées institutionnellement jusqu'à nos jours à Paul-Bert, à savoir: - le maintien d'une certaine emprise religieuse sur le quartIer; - l'assistance privée ou institutionnelle auprès des déshérités; - le souci d'instaurer et de maintenir un type d'éducation laïque et progressiste; ces trois préoccupations donc ne sauraient nous faire saisir à elles seules ni l'identité ni l'image véritables du quartier Paul-Bert, c'est-à-dire ce qui le caractérise vraiment dans sa façon d'être quotidienne. Sans être des épiphénomènes complètement détachés de la réalité existentielle du quartier, ce ne sont néanmoins que des éléments secondaires, concomitants si l'on veut, mais non principaux. Pourtant cette troisième « préoccupation» à Paul-Bert telle

que nous l'avons relevée plus haut, à savoir « le souci d'instaurer et de maintenir un type d'éducation laïque et progressiste » est une indication pas du touf négligeable pour nous faire entrevoir quelle fut jusqu'à il y a fort peu de temps, « l'identité» véritable de Paul-Bert. Car ce qui fut l'élément principal fournissant au quartier Paul-Bert son identité véritable, c'est incontestablement son type de population et l'état d'esprit, la mentalité, l'idéologie assez spécifiques que cette population secrétait. Pour mieux saisir cela, il nous faut, de nouveau, remonter un peu le cours de l'Histoire. On sait que la Loire était navigable et qu'au Moyen Age, les échanges se faisaient beaucoup par voies d'eau. Les premiers habitants de ce qui devait devenir par la suite le quartier Paul-Bert furent donc des mariniers. Le quartier Paul-Bert fut, en effet, initialement un petit village de pêcheurs, aux premiers siècles de notre ère, puis de commerçants et d'aubergistes. En fin de compte, au Moyen Age, ce fut un petit village lié socialement, économiquement, à la circulation sur la Loire et aux itinéraires de pèlerinages. 14

Au XVIIIe siècle, c'était essentiellement les hôtelleries, les. entreprises de roulage et les services de diligences qui employaient la main-d'œuvre locale. Un siècle plus tard, au moment de la seconde révolution industrielle, certaines entreprises s'étant développées, et la population ouvrière s'étant accrue en conséquence on trouve, entre autres, des tisseurs de soie, des tailleurs de limes, des céramistes, etc. (pour les hommes), des lavandières, des blanchisseuses, des dévideuses, etc. (pour les femmes). Beaucoup de femmes, en effet, travaillaient à la Soierie. A ce propos d'ailleurs, Mr Brault nous a parlé un peu des modalités de travail qui y étaient pratiquées, lesquelles étaient assez particulières pour l'époque: A la Soierie, tIs travatllaient principalement pour Paris et pour l'étranger. Des grosses tentures, tis faisaient, de gros
boulots, des œuvres vraiment de grande valeur. Il y a encore des métiers qui produisent, bien sûr, mais ça ne marche plus

comme avant. Tiens, je me rappelle quand tI y avait eu un bateau plein de soies qui avait coulé dans une mer je ne
sais où, tIs avaient presque tous été au chômage à la Soierie et ça s'était fait drôlement sentir dans le quartier. Mais c'est vieux, ce dont je vous parle: tI y a bien vingt, vingt-cinq ans, peut-être plus. Aujourd'hui, si la même chose arrivait, je me demande si on s'en apercevrait seulement. Mais ce qui était marrant, à l'éPoque, c'est qu'ils travatllaient quand tIs voulaient. Les employés de la Soierie entraient et sortaient quand tIs voulaient. On leur disait : "Votlà, tl y a telle pièce à faire pour telle date' '. Alors le gars ou la fille venait le matin à partir de six ou sept heures et travatllait jusqu'à midi. Il allait manger au petit café qu'il y a, là, au coin. Souvent même, il recommençait à une heure. Quand il avait fim: tl pouvait être deux ou trois jours sans rien faire. Alors au bout de deux, trois jours, tl venait voir s'il y avait quelque chose à mettre en chantier. Si OUt: hop! tI tapait dans le tas. Ils étaient aux pièces, quoi! Même maintenant encore, je crois. Du moins, tI y a cinq ou six ans pas plus, quand Georges y travatllait, c'était comme ça encore... » Mr Macaire, le directeur actuel de la fabrique, nous fit cependant savoir que si le personnel de la manufacture habitait jadis le quartier, ce n'est plus aujourd'hui le cas et cela date bien, au moins, d'après lui, des années qui ont suivi l'après dernière guerre. 15

Mr Macaire s'est également quelque peu étonné que Mr Brault ait pu se faire, à partir du témoignage de certains ouvriers, des idées semblables concernant les modalités habituelles de travail à la manufacture des Trois Tours. Il a donc reconnu que si ce mode de fonctionnement a pu exister pendant certaines périodes, c'était pour des raisons d'organisations techniques momentanées, mais que ce n'était en aucun . cas une règle générale. Mais-tous les habitants de Paul-Bert ne trouvent pas leur travail dans le quartier même. On peut même dire que, bien souvent, alors que le lieu de travail se situe de l'autre côté de la Loire, on vient habiter « le faubourg », comme on disait autrefois, parce que les loyers sont ici plus abordables pour les petites bourses, De ce fait, il y aura même un assez grand nombre de cheminots qui viendront habiter Paul-Bert dès 1910. Ainsi se constitue, dès le début du siècle, cette population essentiellement ouvrière qui va habiter, animer, faire vivre ce quartier et lui donner et alimenter son renom pendant plus d'un demi-siècle, les deux guerres que l'on dit « grandes.» comprises! Toutes les personnes que nous avons interrogées s'accordent pour dire, en effet, qu'aux débuts de l'époque qui nous intéresse, c'est-à-dire aux alentours de la Libération, la majorité des habitants de Paul-Bert était encore composée d'ouvriers. Ainsi, même monsieur le curé Besson qui ne vint s'installer à Paul-Bert que pendant l'automne 1956 nous a confié qu'à cette époque encore : On trouvait surtout des ouvriers dans ce quartier. C'était une population ouvnere qui occupait la rue Losserand, la rue du Nouveau Calvaire et la rue de l'Ermitage, et même une partie du quai Paul-Bert. Comme les gens de l'île Aucard d'ailleurs, mais qui, eux, faisaient partie de Saint-Symphorien. Mais si on se pose des questions sur l'ongine de ces genslà, je crois qu 'tIs ont dû venir là aux alentours de la guerre de 14, que c'était des ruraux transférés par ici. Je ne pense pas qu 'tIs étaient vraiment de souche ouvrière depuis très, très longtemps. C'étaient des gens modestes qui avaient trouvé dans le parti socialiste un moyen de s'unir. Et puis tl y avait certainement eu auparavant, bien avant mon am'vée, des militants socialistes de qualité, et même très dévoués,

qui avaient essayé de les regrouper et qui y étaient même 16

un peu arrivés... C'est un peu comme ça que j'analyse les chosesà partir de ce que j'ai pu percevoir ici à mon arrivée. »
Il y a dans ce discours deux points qui me semblent devoir être repris et explicités quelque peu. Premièrement, le curé Besson précise que « même une partie du quai Paul-

Bert hébergeait des ouvriers. » C'est donc le signe qu'il y
avait bien une différence entre une partie de la population du quai et celle de la me Losserand et du reste du quartier. Une différence qu'une certaine partie des personnes interrogées, cela doit être noté, n'a pas tenu à signaler ou a très inconsciemment occultée. Pourtant, c'est un fait et monsieur Raoul-Marcel Berthon, entre autres, né à Paul-Bert en 1902, tourneur sur métaux, militant socialiste, conseiller municipal et... animateur du Comité Paul-Bert pendant 27 ans était bien placé pour nous en assurer:
« Le quartier Paul-Bert malheureusement n'était composé

que de très vieilles habitations n'ayant aucun confort. Je parle des habitations ouvrières. Bien sûr, en remontant vers le pont des Pierres, il y avait là des maisons qui représentaient des fortunes. Il y avait deux grands hôtels de chaque côté de la rue Groison. Vous aviez aussi la maison du docteur Desbordes. EI/e a été abattue pour refaire quelque chose de plus moderne. Mais là on peut dire que c'étaient des maisons bourgeoises. La bourgeoisie du quartier Paul-Bert, elle se tenait sur la moitié du quai Paul-Bert à peu près. A partir de la fabrique de soie et en aI/ant vers la place et les commerces, là, c'était plutôt ouvner. Les logements étatent habités par beaucoup d'ouvriers tisserands. Mais le centre du quar-

tier Paul-Bert était la rue Losserand où toutes les maisons

ouvneres étatent situées...

.

»

.

Il était important de «pointer» déjà cette différence existant au sein de la population du quai. Nous verrons plus tard cependant quels types de relations prévalaient entre prolétaires et bourgeois à Paul-Bert. Le deuxième point tient au fait que le curé Besson nous parle d'une île Aucard qui fait partie de la commune de Saint-Symphorien. Cela va nous permettre d'affiner notre connaissance topologique du quartier Paul-Bert. Car ce dernier ne manque pas d'être tout à fait original en ce domaine également dans la mesure où il est à la fois hybride et particulièrement... « pluriel» dans ses délimitations. Ainsi, sur le plan présenté à la page 10, le quartier 17

paraît avantageusement délimité puisqu'il semblerait que ses « frontières» soient la Loire bien sûr au sud, mais au nord la Nationale 10, à l'ouest l'avenue de la Tranchée et à l'est le boulevard du Maréchal Juin et le pont Mirabeau. C'est peut-être avoir vu un peu grand. Car d'après mes renseignements, le véritable quartier Paul-Ben, enfin je veux dire le quartier historique, n'a jamais été aussi étendu. En effet, quand en 1968-69, la ville, envisageant une réhabilitation de ce quanier demande à Mr Labadie de lui fournir une première étude « pour examiner les possibilités d'une opération groupée », celui-ci fait de Paul-Ben un découpage beaucoup plus restreint (cf. le croquis ci-après qui est une reproduction de celui qui accompagnait la présentation de l'oPération remise aux notables). Une petite remarque concernant ce croquis qui date de 1970 : la rue située dans le prolongement de la rue Losserand après l'église porte toujours son ancien nom de rue du Vieux Calvaire à la place de son nom d'aujourd'hui: rue de l'Ermitage. Mais ce n'est pas tellement cela qui est important. Ce qui est important, c'est que la superficie du quartier PaulBen comparée à celle du plan de la page 10 s'est vraiment rétrécie comme une peau de chagrin. Et pourtant, peut-être est-il encore trop généreux, ce croquis. En effet, nous avons pu nous apercevoir au cours de nos échanges avec les habitants du quanier que si les limites de ce dernier étaient « extensibles» comme nous l'avons vu, elles pouvaient aussi être « compressibles» à l'extrême. A ce propos, ayant discuté avec la personne qui tient le bar-tabac au commencement du quai Paul-Ben, entre la rue Groison et la place Choiseul mais plus près de la place Choiseul, j'ai été surpris d'apprendre que pour elle le quartier Paul-Ben proprement dit ne commence qu'au-delà de l'intersection de la rue Groison, de l'autre côté des feux. La légitimité de ce « rétrécissement» devait m'être confirmée par Mr Guy Panis, chantre talentueux du quanier Paul-Ben dont nous aurons à reparler plus loin mais qui, habitant au 2 de la rue Groison, c'est-à-dire sur le côté de cette rue proche de la Tranchée, m'a fait remarquer avec fatalisme, mais un fatalisme tout de même un peu teinté d'amertume, que sa demeure n'appartenait pas au secteur qui avait été délimité pour la réhabilitation de Paul-Bert, que ce secteur s'arrêtait de l'autre côté de la rue à l'angle de la rue Losserand, et qu'en conséquence il n'avait pu bénéficier des conditions 18