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Le sport dans la société

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224 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1991
Lecture(s) : 74
EAN13 : 9782296247208
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LE SPORT DANS LA SOCIÉTÉ ENTRE RAISON(S) ET P ASSION(S)

Collection « Logiques Sociales» Dernières parutions:
Gilles Barouch (préface de Michel Crozier), La décision en miettes. Systèmes de pensées et d'actions à l'œuvre dans la gestion des milieux naturels, 1989. Pierre Jean Benghozi, Le cinéma entre l'art et l'argent, 1989. Daniel Bizeul, Civiliser ou bannir? Les nomades dans la société française, 1989. Centre Lyonnais d'Études Féministes, Chronique d'une passion. Le Mouvement de Libération des Femmes à Lyon, 1989. Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat. L'encadrement capitaliste, 1989. D. Allan Michaud, L'avenir de la société alternative, 1989. Christian de MontIibert, Crise économique et conflits sociaux, 1989. Louis Moreau de Bellaing, Sociologie de l'autorité, 1990. Marianne Binst, Du Mandarin au manager hospitalier, 1990. Didier Nordon, L'intellectuel et sa croyance, 1990. Françoise Crézé, Repartir travailler, 1990. Emmanuèle Reynaud, Le pouvoir de dire non, 1991. C. Dourlens, J.P. Galland, J. Theys, P.A. Vidal-Naquet, Conquête de la sécurité, gestion des risques, 1991. Norbert Alter, La gestion du désordre en entreprise, 1991. Christian Miquel et Jocelyne Antoine, Mythologies modernes et micro-informatique. La puce et son dompteur, 1991. Sir Robert Filmer, Patriarcha ou le pouvoir naturel des rois et observations sur Hobbes (sous la direction de Patrick Thierry), 1991. Bruno Péquignot, La relation amoureuse. Étude sur le roman sentimental contemporain, 1991.

Michel JAMET

LE SPORT DANS LA SOCIÉTÉ ENTRE RAISON(S) ET PASSION(S)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

@ Éditions L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-1097-9

Introduction

La question initiale, à l'origine de cet ouvrage peut être formulée ainsi: comment « le sport », les activités physiques, de phénomène circonscrit, limité, après la Deuxième Guerre mondiale, est-il devenu, progressivement, un phénomène « de masse », touchant toutes les sphères de la vie en société? A la sortie de la guerre, en effet, l'intérêt pour les pratiques sportives, pour les spectacles qu'elles offrent, pour l'éducation physique des jeunes scolarisés, pour les activités physiques des populations adultes, peut paraître bien accessoire face à l'urgence des problèmes économiques, politiques et sociaux qui se posent à la société française. Pourtant, comme on le verra, alors même que les conditions d'ensemble sont les plus défavorables, des initiatives sont prises, des impulsions données pour tenter de relancer les pratiques sportives et d'éducation physique, en particulier au sein de la jeunesse; les spectacles sportifs également reprennent très tôt leurs droits comme pour affirmer une volonté de retour à la normale. A l'aube des années 90, les pratiques sportives, les spectacles auxquels elles donnent lieu, la diversification des modalités d'activités, leur prise en compte croissante par des individus et des groupes qui y consacrent une part de leur temps de loisir, la généralisation de l'éducation physique dans les écoles, tout indique que, sous des formes renouvelées, les pratiques physiques sont devenues un phénomène accepté, reconnu, intégré à la vie quotidienne d'une grande partie de la population. Saisir la dynamique de constitution, sur près d'un demisiècle, des formes et des significations données à l'exer5

cice et à la mise en scène des pratiques corporelles reconnues comme « activités physiques et sportives », dans la société française, telle est bien l'ambition de cette étude. Vaste projet qu'il a fallu préciser (Chapitre 1). En confrontant les données empiriques et les théories à l'œuvre dans des travaux sociologiques sur le sport et l'éducation physique, trois pôles de détermination émergent. Le plus large a trait aux conditions de développement des activités physiques. Le second porte sur les actions, collectives et individuelles, qui contribuent à la structuration de ces pratiques. Le troisième s'organise autour des modes d'appréhension que les acteurs sociaux ont de cet ensemble. Ces trois pôles: les conditions, les actions, les représentations ne valent cependant que par la médiation des acteurs sociaux qui interprètent les conditions, se situent dans la multiplicité des interactions, tout en redéfinissant le sens des pratiques dont ils sont partie prenante. C'est donc la dynamique de définition du sport et des activités physiques qui constitue le fil directeur de l'analyse. La thèse soutenue dans cet ouvrage est que les pratiques sportives et plus largement les activités physiques, exercées et mises en scène pendant le temps contraint ou le temps libre, loin d'être déjà déterminées sont constamment marquées, modelées par l'action des individus et des groupes qui redéfinissent les formes légitimes de ces pratiques. Cependant ce processus constant de rédifinition des activités physiques connues et reconnues s'inscrit dans le cadre de contraintes et de ressources (démographiques, économiques, culturelles et sociales, politiques) prises en compte de façon différenciée par les acteurs, contribuant ainsi à tracer les délimitations de l'action (Chapitre 2). Précisément le cœur de cet ouvrage porte sur l'analyse des actions, réglées, formalisées, institutionnalisées, mais aussi des choix individuels parfois labiles, parfois durables qui contribuent sur la durée, à modifier, éventuellement à transformer les formes sociales de pratiques physiques acceptées, reconnues, valorisées. Cinq types d'action ont ainsi été dégagées (Chapitre 3) sur la base d'un découpage méthodologique des logiques à l'œuvre; dans la société politique d'une part, dans la société civile d'autre part. Alors que les actions du politi6

que, bien que diversifiées, peuvent être analysées comme un ensemble, les logiques à l'ouvre dans la société civile doivent être différenciées. Trois critères de différenciation ont été retenus à partir de l'observation empirique: le temps social de la pratique, ses finalités explicites, les modes d'organisation afférents. De leur combinaison ressortent empiriquement des types de contextes qui constituent des cadres d'action dans la définition des activités physiques et sportives. Ainsi, outre les logiques du politique, sont identifiées celles de l'action éducative telle qu'elle s'exerce dans le cadre de l'éducation physique scolaire: celles à l'œuvre dans la production des pratiques compétitives réglées par les fédérations et associations sportives; celles qui se réalisent dans des perspectives ludiques, expressives et de santé pendant le temps libre, selon des formes organisationnelles variées, où le choix de participer l'emporte sur les impératifs de la performance; celles, enfin, qui ordonnent les mises en scène du corps et des pratiques corporelles au quotidien, que ce soit sous des formes fugitives, impromptues, ou lors d'occasions réglées, « à grand spectacle », avec le support des grands moyens de diffusion. Les chapitres suivants sont consacrés à la présentation des actions spécifiques, partielles, à l'œuvre dans ces différents types de contextes et qui contribuent ainsi à structurer l'espace des activités physiques et sportives. Dans cette dynamique, l'intervention de l'État varie considérablement selon les périodes, alternant des actions d'impulsion, de régulation et de légitimation des activités physiques, en priorité des pratiques du sport de compétition et d'éducation physique. Pour comprendre les choix d'action du politique, il faut les situer dans le cadre de son intervention globale sur la société civile, intervention qui vise à la fois à la pérennité de la « communauté» nationale et de l'Etat qui en est le symbole. C'est dans cette perspective qu'on peut comprendre l'action des représentants de l'Etat en faveur de la définition de règles légales et légitimes dans l'exercice et la mise en scène des pratiques physiques (Chapitre 4). Le cadre scolaire, où les représentants de l'État et ses « agents », les enseignants, se rencontrent et parfois 7

s'affrontent, autour de l'éducation physique de la jeunesse, est le lieu privilégié de l'exercice obligatoire des activités physiques. Loin d'être figé ce cadre d'action est marqué par des évolutions, des changements, dans la définition des pratiques physiques reconnues comme « éducatives ». La production sur la durée des contenus et des significations de l'éducation physique, au-delà des enjeux corporatifs dont il ne faut pas sous-estimer l'importance, met en évidence une nécessité, dans toute société, celle d'assurer la formation corporelle de ses membres, à la fois dans ne perspective d'intégration et dans une démarche d'acquisition de nouveaux pouvoirs sur et par le corps (Chapitre 5). Mais la formation corporelle des membres d'une société, à travers les activités physiques, n'est pas un monopole de l'école. Les organisations sportives participent de fait à ce processus, selon leurs logiques spécifiques. Les pratiques physiques réglées sur le mode compétitif par les fédérations et les associations sportives sont sans conteste devenues au cours de ce siècle une forme sociale centrale dans l'espace des activités physiques. L'affirmation du sport - avec une tendance à utiliser ce terme pour désigner toute forme d'activité physique - comme modèle, à l'échelle de la société française et la tendance à l'universalisation de ce type de pratique en ont fait un enjeu symbolique central au cours de la période analysée. Pourtant les acteurs impliqués dans ce secteur, compétiteurs, cadres techniques, dirigeants, sont constamment tiraillés entre des nécessités contradictoires: celle de re-produire à travers les sportifs de haut niveau des modèles, incarnés dans des personnes; celle de diffuser au plus grand nombre cette culture technique spécifique faite d'une variété croissante de modalités de pratiques, strictement codifiées (Chapitre 6). Les dirigeants des organisations sportives sont d'autant plus incertains dans leurs choix stratégiques qu'ils n'ont plus le monopole de la définition des règles légitimes de l'action dans ce domaine. L'introduction systématique du sport comme moyen d'éducation physique a nécessité de nombreuses adaptations et a permis l'affirmation du poids des professionnels de ce secteur. L'extension des pratiques physiques au sein des populations adultes a également favo8

risé l'émergence de nouvelles formes ou de formes renouvelées d'activités. Dans le même temps, le développement des spectacles sportifs et leur diffusion élargie ont contribué à des modifications des « règles du jeu ». L'examen des logiques de participation de nouvelles catégories de la population à des activités physiques est l'objet du septième chapitre. Cette dynamique est étroitement liée à l'émergence d'une « civilisation du loisir» interrogée par J. Dumazedier à l'aube des années 60. Elle est également associée aux mouvements de conquête de nouveaux droits, en l'occurrence le droit à cet élément de la culture du corps que constitue l'exercice d'activités physiques pendant le temps libre. Avec la concrétisation de ce droit, les contenus et les significations des activités choisies par les individus et les groupes se diversifient et se différencient du modèle sportif. Ainsi émerge par petites touches une forme sociale autonome faite d'un ensemble d'activités inscrites dans des perspectives ludiques et de santé, où les rapports à soi et à l'environnement (naturel) et construit occupent une place centrale. Avec leur développement, ces activités trouvent des formes de ritualisation dont certaines alimentent les pratiques de spectacle. Cependant les mises en scène des pratiques corporelles demeurent tout d'abord « sportives» au cours de cette seconde partie du xxe siècle, symbolisant ainsi la place culturelle acquise par la compétition sportive dans notre société (Chapitre 8). Partagés entre des intérêts économiques et politiques, les producteurs et les diffuseurs des grands spectacles sportifs sont peu à peu contraints de prendre en compte ces activités « nouvelles », fondées sur la participation plus que sur la performance, et de favoriser leur mise en scène ritualisée. Mais au-delà des enjeux immédiats, émerge la dimension anthoropologique des pratiques de spectacle qui symbolisent les conquêtes de l'homme sur lui-même, sur l'autre et sur l'environnement. Dans cette mise en scène constamment renouvelée, la question de la violence, des formes et des degrés de violence acceptables, légitimes, constitue un problème permanent pour les acteurs de ce domaine; les risques de dérapage de la violence réglée dans «l'informe» étant toujours présents. 9

A l'issue de l'examen des logiques spécifiques dans la production sociale du sport, des activités physiques, dans la société française, des enseignements se dégagent. Le premier est exposé dans le chapitre 9 : il s'agit de l'aptitude des acteurs, collectivement, dans des cadres institutionnels, mais aussi et de plus en plus individuellement, à exprimer et à exercer des choix différenciés dans l'exercice et la mise en scène des activités physiques. Ces choix ne peuvent donc s'expliquer principalement par des déterminations globales qui se reflèteraient dans les attitudes et les comportements individuels. Ils ne peuvent se comprendre uniquement comme résultats des luttes sociales et des systèmes d'action organisés. Ils ne se résument pas à l'expression de dispositions acquises par les individus en fonction de leur position économique, sociale et culturelle. Mais les trois pôles d'analyse doivent être pris en considération afin de mettre en évidence pour chaque période, dans chaque contexte, dans chaque situation, la dynamique d'interaction entre ces trois éléments dans la définition sociale des activités physiques. Mais s'il y a dynamique - c'est la deuxième leçon théorique exposée dans le dernier chapitre - il y a nécessité d'accorder dans l'analyse une place centrale aux processus spatio-temporels. En effet, sur la durée, les acteurs inscrits dans des trajectoires qu'ils contribuent à délimiter, participent à la restructuration de l'espace des sports, des activités physiques, à travers la résolution de problèmes, immédiats, identifiés comme enjeux explicites (corporatifs, économiques, politiques), mais aussi et plus profondément par la résolution toujours partielle, toujours incertaine, du problème de la conquête, élargie à toutes les couches de la société, de nouvelles capacités d'action, impliquant une meilleure maîtrise des rapports à soi, aux autres et à l'environnement (naturel et construit) (1).
1. Cet ouvrage reprend, en les remaniant, les principaux développements de synthèse et théoriques d'une thèse d'État soutenue au printemps 89. Pour de plus amples informations sur les parties empiriques et les références bibliographiques, on peut se reporter à : M. Jamet : Pour une analyse sociétale des pratiques physiques en France de 1945 à nos jours: conditions, actions et représentations, Université ToulouseLe-Mirail, Décembre 1988, 4 tomes, 1 173 p. 10

CHAPITRE

1

Du sport à l'activité physique, quel objet d'étude?

Phénomène social q~i imprime désormais sa marque à tous les secteurs de la vie sociale après avoir été réservé aux spécialistes, aux passionnés, aux militants, les pratiques physiques sont constamment l'objet de transformations dans les formes et les significations que leur donnent les acteurs sociaux. Saisir cette dynamique de transformation au cours de ces quarante dernières années, tel est bien l'objectif de cette étude. Il s'agit, par conséquent, de mettre à jour des processus sociaux à l'œuvre dans la production des pratiques physiques connues et reconnus, au sein des différents cadres de la vie sociale. Dans cette perspective, la période qui va de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à nos jours constitue une unité suffisante pour qu'on puisse l'analyser comme un ensemble, tout en étant assez longue pour mettre à jour des périodes, des moments spécifiques, avec des inflexions, des discontinuités, permettant de saisir les processus à l'œuvre. Le domaine de recherche étant ainsi esquissé, s'impose aussitôt un problème, que la périodisation ne permet pas de résoudre: la question initiale comporte, dans sa formulation même, les germes de l'enflure. Comment, en effet, saisir un objet dont la nature même est d'être mouvant, de changer de forme, d'élargir ses significations, de s'étendre progressivement aux différents domaines de la vie en société, qu'ils soient culturels ou sociaux, politiques ou économiques. Le risque est grand dès lors de se perdre 11

dans les méandres d'un phénomène devenant polymorphe et polysémique. Pour pallier à ce risque, et plutôt que de délimiter arbitrairement le champ d'investigation, n'est-il pas plus judicieux de tenter de saisir, en le choisissant comme axe de recherche, ce processus social qui fait dire aux acteurs sociaux que telle ou telle pratique: danser, marcher, jouer au ballon, fait partie d'un ensemble, reconnu socialement comme pratique physique, comme pratique « sportive» (1) ? Telle est, en effet, l'une des options centrales de cette recherche. Un tel choix fait naître une série d'interrogations. Quelles pratiques ou modalités de pratiques sont définies socialement comme pratiques physiques, à quel moment, par qui? Quelles en sont les implications sur les autres pratiques déjà connues et reconnues? Comment les acteurs sociaux évoluent-ils au sein de cet ensemble de potentialités d'activités, sur le moment, mais aussi dans la durée? Quelles sont les déterminations à l'œuvre dans la définition et la re-définition continuelle de cet espace mouvant de pratiques physiques mises en œuvre, intégrées, valorisées, au sein de la société française

au cours de la seconde partie du xXe siècle? S'agit-il de
déterminations globales, « structurelles» - économiques et politiques, culturelles et idéologiques - telles qu'elles induiraient à la fois l'élargissement des pratiques et les comportements des groupes sociaux qui les choisissent? S'agit-il de résultats toujours transitoires, toujours remis en question, des actions menées par les acteurs organisés, de la société civile et de la société politique, en fonction de leurs projets, de leurs idéologies; qu'il s'agisse de fédérations, de collectivités publiques, d'organisations syndicales ou politiques, de l'État? Ou alors s'agit-il de la façon dont les individus et les groupes reçoivent, interprètent, transforment éventuellement en les réalisant ces pratiques, en créent de nouvelles dans certaines situations et leur donnent sens? Interrogations à différents niveaux, présentes à des degrés divers dans les travaux sociologiques déjà effectués
1. Le terme de « pratique physique» a été retenu pour désigner toute forme d'activité corporelle socialement reconnue comme « sport », « activité physique », en raison de sa relative « neutralité» sémantique. 12

sur les pratiques physiques en France. Cette recherche s'inscrit donc - bien qu'elle se veuille originale dans la définition de l'objet et en partie dans la démarche - dans la continuité d'études dont il est bon de situer les problématiques dans la mesure où elles servent de références pour ce travail. 1.1. Les réponses des études antérieures

Il ne s'agit pas ici de faire un recensement qui se voudrait exhaustif de ces recherches et de leurs résultats, mais plutôt de mettre en perspective leurs intérêts respectifs mais aussi leurs limites - pour la reformulation des questions qui viennent d'être énoncées. Trois démarches ayant donné lieu à des productions sociologiques sur les pratiques physiques contemporaines vont être ainsi situées successivement. Comme on le verra, un tel découpage n'échappe pas à l'inconvénient de tout classement, celui de ne retenir que les traits déterminants - jugés comme tels - au détriment des nuances et des convergences, des continuités, des articulations, mais aussi des oppositions déclarées qui ne manquent pas d'exister entre ces trois démarches. Ces inconvénients sont cependant compensés - en partie corrigés on peut l'espérer - par l'éclairage, pour cette recherche, que donne la mise en perspective de trois niveaux d'analyse à l'œuvre. Un enjeu de la présente étude étant - on l'aura compris - de trouver les lieux et les modes d'articulations entre ces niveaux afin de rendre compte, au mieux, de la dynamique d'évolution des pratiques physiques en fonction d'un triple jeu de conditions d'ensemble (de « structures »), des actions individuelles ou collectives, des choix fondés sur des connaissances, des croyances, des valeurs, des passions. La première démarche envisagée met l'accent sur le poids de la structure sociale. Elle est inséparable d'une action militante et s'est développée en France à partir du milieu des années 60. S'inscrivant dans une tradition de sociologie critique, ce courant s'est affirmé sur la base d'un double positionnement. Au plan politique tout d'abord, 13

il s'est situé en s'opposant; d'une part à ceux qui analysaient le sport comme moyen d'intégration sociale de la jeunesse, comme facteur de « brassage social» entre les classes, comme élément de culture d'une société industrielle et urbaine; d'autre part à ceux qui l'appréhendaient comme acquis social et culturel pour les classes dominées, sous l'effet des luttes de classes. Au plan théorique, ce courant puise à deux sources, les travaux de K. Marx et ceux de S. Freud, la principale référence contemporaine étant H. Marcuse, le représentant le plus connu de ce qu'on a appelé le « freudo-marxisme ». Comment le sport est-il analysé par ceux qui s'inscrivent dans cette démarche et dont la figure dominante est sans conteste Jean-Marie Brohm ? La thèse développée peut se résumer de la façon suivante: le sport moderne s'est développé au XIXe et au xxe siècles, en même temps que la société industrielle et en son sein. Ce type de société s'est constitué selon un mode de production spécifique, le mode de production capitaliste. Or Marx a démontré que, dans toute société, la classe dominante est amenée, pour imposer la légitimité de sa domination, à diffuser - au travers des institutions - son propre mode de vie comme mode naturel, légitime, désirable pour toutes les classes sociales. Le sport est précisément devenu un élément du

mode de vie bourgeois au

XIXe

et au début du xxe siècles.

Accentuant son hégémonie sur la société, la classe bourgeoise est conduite à diffuser les pratiques sportives dans toutes les classes sociales et à travers celles-ci les grands principes au fondement du capitalisme. Quels sont-ils et comment les retrouve-t-on dans le sport? Le premier principe est celui de la productivité: produire plus en moins de temps par une rationalisation toujours plus poussée de la mise en œuvre des moyens de production et de la force de travail. A la recherche constante de productivité dans le système de production, correspond, au plan du sport, la recherche de rendement corporel qui se traduit par des performances, des « records », toujours surpassés. Le second principe est corollaire du premier; il s'agit de celui de la concurrence qui régit les rapports marchands, mettant aux prises les unités de production et d'échange. 14

La traduction sportive de ce principe est bien sûr le système réglé de compétition qui régit l'organisation sportive et permet de désigner le meilleur, le vainqueur, le champion

(individuel ou collectif).

.

Sur ces deux principes de bases se constituent des rapports sociaux strictement hiérarchisés, générateurs de bureaucratie, dont la hiérarchie sportive et la bureaucratie qu'elle génère constituent un sous-système. De même que la société industrielle sélectionne les individus dans la transparence, en fonction de leur mérite, selon des règles connues de tous, la « société sportive» est fondée sur la définition de règles communes dont le respect est la condition de désignation des plus méritants. Enfin, avec l'évolution des moyens techniques de diffusion et en particulier des moyens audio-visuels, à la « société du spectacle» répond fidèlement le spectacle sportif, devenu omniprésent par le canal de la télévision. La méthode d'analyse mise en œuvre dans ce cas est donc celle de la mise à jour des rapports d'homologie entre deux types idéaux, la société capitaliste d'une part, avec les principes structurels qui la régissent; l'institution sportive d'autre part, sous-système dans le système social, avec ses principes recteurs. La démonstration consiste alors à établir le degré de correspondance entre les éléments internes, stables, articulés les uns aux autres qui constituent la structure sociale et ceux qui définissent la structure sportive. Quelle est la place des acteurs sociaux dans cette démarche structurale? Comment un ensemble social réussit-il à diffuser dans toutes les classes sociales le mode de vie, la sensibilité, l'idéologie d'une classe sociale à partir de sa position économiquement dominante? C'est justement le rôle des institutions sociales, en particulier celles organiquement liées à l'État, instance de régulation de la société globale, que de diffuser à travers ses agents spécialisés, l'idéologie dominante. Or le sport s'est développé en France avec le soutien décisif de l'Etat qui oriente la formation des techniciens chargés de la diffusion du modèle sportif dans toutes les couches sociales. Toute action révolutionnaire - à ce niveau la démarche théorique et la démarche politique s'interpénètrent 15

est nécessairement fondée sur une rupture avec le sport, c'est le sens de la critique radicale du sport (2). Ce travail de déconstruction, véritable processus de prise de conscience du caché, du refoulé, trouve sa justification théorique dans les travaux de Freud. L'individu n'est-il pas tiraillé entre deux pulsions fondamentales, la pulsion de vie et la pulsion de mort, Eros et Thanatos? Entre ces deux tendances, de par l'insertion des individus dans des rapports sociaux, se développe le principe de réalité qui est toujours une forme de sublimation des pulsions fondamentales. Mais nous ne vivons pas dans n'importe quel type de société et le principe de réalité peut devenir un principe « aliéné », c'est-à-dire qui nous rend étranger à nous-mêmes. C'est le cas dans les sociétés capitalistes développées qui possèdent les moyens de production susceptibles de favoriser l'essor des pulsions de vie, mais en réalité les répriment car elles constituent une menace pour le mode d'organisation sociale en place. Le sport, dans la mesure où il intervient sur le corps et par le corps, le façonne selon les principes préalablement mis en évidence. A ce titre, il constitue une forme privilégiée de sublimation répressive du corps. L'action révolutionnaire ne peut dès lors être - au plan des pratiques mettant en jeu le corps, les pratiques corporelles qu'une démarche de dé-sublimation du sport par l'analyse critique et de valorisation des pratiques corporelles favorisant l'expression des pulsions de vie. Ce courant de critique radicale du sport, né dans les années 60, prend toute son ampleur dans la première partie des années 70, alors que se développent des pratiques corporelles centrées sur les émotions, le vécu, les sensations.
2. «Il nous a paru intéressant de dévoiler et d'analyser l'aspect normatif et adaptatif du sport par rapport à ce corps qui sera transformé en "corps obéissant ", tel qu'il doit l'être pour produire et reproduire des forces de travail. Les institutions qui s'occupent du corps, que ce soit pour le former, le soigner, le détendre, le font en vue de la productivité du travailleur ou de la récupération de sa force de travail ; le sport ne fait que transposer au niveau de l'activité non directement productive (c'est ce qui se distingue le sport du travail) la compétition économique et sociale ». J.M. Brohm, in Partisans, Sport, culture et répression, Maspéro, 1972, p. 12. 16

C'est ce que L. Van Campenhoudt appelle « l'approche du vécu corporel» : nous sommes un corps, lieu de nos émotions, il faut qu'il puisse s'exprimer (3). A la même période, se développent également, à un rythme accéléré, les pratiques physiques de pleine nature où la recherche d'un rapport plus harmonieux avec l'environnement naturel devient centrale. Les prosélytes de ces formes de pratiques physiques en font parfois des axes de contestation de la pratique sportive, de l'institution sportive, en se référant au courant de critique radicale du sport. Les tenants de cette approche se heurtent pourtant au problème théorique que pose le développement de ces activités corporelles non-sportives alors que rien n'annonce l'émergence d'un processus révolutionnaire. Au contraire, elles sont assez rapidement prises en compte par des entreprises privées et par l'État qui, selon leurs logiques propres, les intègrent dans leurs politiques. S'agit-il dès lors d'un nouvel avatar d'une société capitaliste qui produit de la nouveauté à l'usage de la petite bourgeoisie, sans remettre en question les rapports fondamentaux de domination, contribuant même à les renforcer? Les tenants de la thèse de l'homologie structurelle entre la société globale et l'institution sportive, et plus largement les pratiques corporelles, ne peuvent arriver qu'à une telle conclusion; ils tentent d'en démontrer la pertinence dans leurs travaux (4). En quoi ce courant de critique radicale du sport permetil de préciser les questions au fondement de cette recherche? Ce qui ressort de la présentation de cette démarche c'est bien la prééminence de la structure sociale sur l'acteur, au point que celui-ci n'exerce ses capacités d'innovation, de création, que dans des limites préalablement définies par l'organisation sociale. Au-delà du courant de critique radicale du sport, cette proposition prend valeur d'axiome dans nombre de travaux en sciences sociales, y compris, comme on le verra, dans d'autres études sur les pratiques physiques. Pour
3. L. Van Campenhoudt, « Interpellations actuelles à la sociologie du sport », Recherches sociologiques, Vol. X, n° 3, 1979, pp. 359-378. 4. Le dossier consacré à l'expression corporelle dans le n° 7 de la revue Quel corps ?, mars 1977, est typique de cette démarche. 17

l'heure, l'intérêt central de cette démarche est de poser le problème du rapport entre la société globale et un phénomène spécifique, se développant en son sein, en l'occurrence le phénomène sportif. Or, dans les travaux issus de ce courant d'analyse, en particulier les plus achevés et les plus systématiques, ceux de J .M. Brohm, on peut déceler une ambiguïté constante entre ce qui est de l'ordre de « l'homologie » entre la société globale et la « société sportive» c'est-à-dire une correspondance point par point de traits caractéristiques présents dans les deux ensembles - et ce qui est de l'ordre de « la détermination» de la « nature» du sport par la société dans laquelle elle s'affirme. Dans le premier cas, il s'agit d'un rapport d'adéquation entre deux phénomènes différents, comme pouvaient l'être le développement de la société capitaliste et la morale calviniste, pour reprendre l'exemple célèbre de M. Weber. Dans le second cas, il s'agit d'un rapport de causalité entre deux phénomènes dont l'un, le sport, est à la fois l'effet et le reflet de l'autre, la société, mais à une échelle réduite. La superposition constante des deux types de rapports dans les analyses du phénomène sportif, à la fois justifie la démarche de « critique radicale» et interdit de saisir toute évolution, tout changement, dans l'espace des pratiques physiques, autrement que comme « reflet» des adaptations nécessaires d'une société capitaliste. La question de la nature du rapport entre la société globale et les pratiques physiques n'en reste pas moins posée. Que peut-on retenir sur ce point de l'approche de critique radicale du sport? Que l'une des formes « modernes » - depuis le XIXesiècle - de pratiques physiques, la forme sportive, a pris son essor avec le développement de la société industrielle. On peut donc considérer que l'avènement et le développement des sociétés industrielles ont crée des conditions d'ensemble, économiques et politiques, sociales et culturelles, favorables à la croissance de la forme sportive de pratique physique. Mais comment, par quels processus, ces conditions jouent-elles, au cours de la période considérée, sur la définition sociale des pratiques physiques dans la société française? La réponse à cette question mérite une étude systématique, c'est l'un des aspects de ce travail. 18

On peut aller plus loin sur la base du courant de critique radicale du sport et considérer que les acteurs sociaux se sont donnés des pratiques physiques, de loisir, d'éducation pour leurs enfants, conformes au plan des valeurs à celles à l'œuvre dans la production industrielle et dans les échanges commerciaux. S'agit-il des seuls choix possibles ? Les acteurs sociaux ne seraient-ils que des pions sur un échiquier, déplacés, manipulés par des forces qui les dépasseraient et dont ils n'auraient - à l'exception de quelques « élus» - aucune conscience? La mise en perspective d'une seconde démarche d'analyse des pratiques physiques apporte un autre éclairage sur ces questions en mettant l'accent sur le poids de l'action et en particulier de l'action organisée, dans la définition sociale des pratiques physiques. Tout comme le courant de critique radicale du sport, celle-ci se fonde sur un double positionnement, politique et théorique. Au plan politique, elle s'incrit dans la tradition des luttes ouvrières pour l'accès à la culture, en l'occurrence à cette forme de « culture du corps» qu'est devenu le sport. Au plan théorique, ce type d'analyse aborde le phénomène sportif comme résultat d'un processus historique au cours duquel le sport moderne s'est développé avec la société industrielle, tout d'abord comme pratique de loisir de la bourgoisie et comme spectacle à son usage, puis comme moyen d'éducation de sa jeunesse. Mais, sous l'effet des revendications sociales de la classe ouvrière, pour l'amélioration des conditions de travail et la diminution du temps de travail, pour l'accès de tous à l'éducation, y compris celle du corps, le sport est devenu aussi objet de conquêtes sociales. Le droit à la pratique sportive, le contrôle par les travailleurs eux-mêmes de leurs activités est devenu un cheval de bataille du mouvement ouvrier. L'action en faveur du développement du sport travailliste et de la démocratisation du sport s'inscrit dans cette perspective. Le poids des acteurs sociaux, en particulier de la classe ouvrière, à travers ses organisations, est donc essentiel dans la définition des formes et des significations sociales que prennent les pratiques sportives. Celles-ci, comme toutes 19

les institutions sociales, sont marquées, modelées par les oppositions de classes. Ou bien elles sont orientées, dirigées par les travailleurs qui inventent de nouvelles formes de pratiques et d'organisation et elles sont un élément de progrès, ou bien elles sont laissées à l'initiative de la bourgeoisie et elles deviennent source d'individualisme et de diversion sociale. Longtemps limitée à des études de militants engagés dans l'action dont elles constituaient un support (5), cette démarche s'affine au cours des années 70, influencée par les travaux de P. Bourdieu. En effet, si ce dernier met en évidence le caractère différencié des pratiques culturelles et en leur sein des pratiques sportives, en fonction des positions sociales des agents, confortant ainsi la thèse de pratiques sportives de classes, c'est aussitôt pour démontrer la tendance des classes culturelle ment dominées à prendre pour modèles les pratiques de la classe dominante. Le problème de la capacité de production par la classe ouvrière d'une culture sportive autonome se trouve donc posé (6). Dans la démarche évoquée la réponse ne peut venir que de la « praxis », au sens de l'action organisée, en fonction d'un projet et d'une analyse du social. En quoi cette seconde démarche d'analyse du sport « moyen de développement social et culturel» apporte-telle un éclairage supplémentaire pour cette étude? Elle est intéressante en ce qu'elle met l'accent sur la capacité des acteurs sociaux, particulièrement des acteurs sociaux organisés, d'être producteurs de la société, des rapports sociaux, en fonction de leurs orientations, de leurs projets. Plus spécifiquement, elle désigne les pratiques sportives comme lieu et objet d'enjeux impliquant des forces sociales organisées: associations, syndicats, partis politiques, État, entreprises...
5. A cet égard, le n° 43 des Cahiers du Centre d'Études et de Recherches Marxistes (CERM) intitulé « Activité physique, éducation et sciences humaines» marque un moment important, au milieu des années 60, dans cette volonté de donner à l'action l'éclairage de la théorie matérialiste de la connaissance. Quatre des cinq auteurs de ce numéro sont professeurs d'éducation physique. 6. Les travaux de Y. Le Pogam, particulièrement Démocratisation du sport: mythe ou réalité? Edit. J.P. Delarge, 1979, illustrent bien cette préoccupation. 20

Alors que le courant de critique radicale met l'accent sur la capacité de la société à modeler les acteurs sociaux, la seconde insiste sur la possibilité pour les acteurs organisés des classes populaires de s'approprier un phénomène d'origine bourgeoise, le sport, pour en faire un acquis social et le transformer dans sa forme et sa signification sociales. Un tel processus, cependant, n'est possible que sur la base d'organisations militantes menant une action volontaire en ce sens. En effet, la tendance dominante dans une société capitaliste reste la diffusion des valeurs bourgeoises individualistes. Dès lors, les acteurs sociaux pris individuellement, sans l'apport des organisations militantes, sont amenés à adopter les modèles bourgeois de pratiques sportives. C'est en ce sens que les tenants de cette démarche comprennent l'évolution des pratiques physiques au sein de la société française au cours des années 70 et 80 alors qu'un nombre accru d'acteurs sociaux les intègre à ses habitudes sur la base de choix et de modes de pratiques individuels. A ce niveau, cette démarche pose un problème précis: comment s'opère la relation entre l'acteur individuel et l'acteur collectif? On comprend que l'organisation confère à ceux qui en font partie un « poids» social plus important; on comprend que les relations sociales dans le cadre associatif favorisent l'émergence et la pérennité d'une morale commune, la combinaison des deux permettant d'agir sur la définition sociale des pratiques sportives. Mais par quel processus, l'individu, hors d'un cadre organisé et militant est-il amené à adopter «naturellement» comme référence, les pratiques de la classe dominante ? Inversement, suffit-il de s'inscrire dans un cadre organisé et militant pour échapper à l'emprise des façons de faire et de penser de la bourgeoisie? La troisième approche sociologique mise en œuvre dans l'analyse des pratiques physiques apporte des réponses à ces questions. Alors que le courant de critique radicale situe l'institution sportive à partir de la structure sociale, alors que l'analyse du sport comme moyen de développement social et culturel met l'accent sur la capacité des acteurs organisés de définir le sens et la portée des pratiques sportives, 21

la démarche théorique initiée par P. Bourdieu est fondée sur les comportements et les attitudes des individus, en l'occurrence sur leurs choix de pratiques sportives. Elle part d'une interrogation centrale: par quels mécanismes sociaux les individus sont-ils amenés à choisir des pratiques et des modalités de pratiques conformes à leurs conditions sociales d'existence? Cette préoccupation théorique est aussi une préoccupation pratique dans la mesure où la mise à jour de ces mécanismes est une condition de la réussite possible d'actions de transformation sociale. Cependant, les études sur les pratiques sportives, inscrites dans cette démarche, prennent peu en compte les actions organisées et sont plutôt centrées sur l'interprétation des choix d'activités effectués par les pratiquants. Selon quelle théorie? Selon P. Bourdieu, le milieu social d'origine, celui des premiers apprentisages sociaux, puis celui de la vie adulte induisent des comportements et des attitudes qui, progressivement façonnent les dispositions, les goûts des individus, d'une façon telle qu'ils deviennent le principe recteur des choix et des modalités de réalisation des pratiques sociales. Ce principe, l'habitus, est donc généré par les conditions d'existence des individus (leur histoire sociale), et il oriente à son tour leurs goûts, pour, en définitive, déterminer leur « style de vie». Ce système de re-production sociale des individus intègre la dimension du corps. L'inculcation culturelle se traduit sur le corps (l'apparence) et dans le corps même de chacun, ce que L. Boltanski a désigné sous les expressions de «culture somatique» et «d'habitus corporel» (7). Dans cette perspective, les pratiques sportives revêtent un intérêt spécifique. Mais la détermination de classe n'est pas la seule à intervenir dans les choix de pratiques sociales et donc des pratiques sportives. Un autre niveau de détermination intervient, celui de «l'univers des possibles» qu'offre tout champ de pratiques. Celui-ci s'organise selon les modes spécifiques d'appréhension des pratiques à un moment donné de l'histoire. Ce champ de pratiques socialement dif7. L. Boltanski, « Les usages sociaux du corps », Annales ESe, vol. 26, n° 1, 1971. 22