Les Dimensions de l'ordinaire

De
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Bruxelles est une ville de maisons. L'habitation bourgeoise entre mitoyens constitue l'élément de base du tissu urbain, et l'analyse des intérieurs replacés dans leur contexte historique révèle un enchaînement d'espaces destinés à accueillir le théâtre du quotidien. Cette analyse de la maison bruxelloise traditionnelle doit être considérée comme un plaidoyer en faveur de l'acte architectural, perçu principalement en tant que création d'espaces destinés à être vécus.
Publié le : vendredi 1 mai 1998
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EAN13 : 9782296366459
Nombre de pages : 256
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LES DIMENSIONS DE L'ORDINAIRE

Collection Villes et Entreprises dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents: milieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d'enjeux. La dimension économique n'est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l'évaluation des politiques sociales ou socio-économiques et les formes d'appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s'appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d'analyse et d'interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes. Dernières parutions
L. V OYÉ(collectif), Villes et transactions sociales. Hommage au professeur Jean Rémy,1996. S. DULUCQ,La France et les villes d'Afrique Noirefrancophone, 1996. D. BAZABAS,Du marché de rue en Haïti, 1997. B. COLOOS,F. CALCOEN, .e. DRIANTet B. FILIPPI(sous la direction de), J Comprendre les marchés du logement, 1997. e.-D. GONDOLA, illes miroirs. Migrations et identités urbaines à KinsV hasa et Brazzaville (1930-1970), 1997. O. SODERSTROM (ed), L'industriel, l'architecte et le phalanstère, 1997. M. MARIÉ, Ces réseaux qui nous gouvernent, 1997. S. JUAN(dir), Les sentiers du quotidien, 1997. J. Faure, Le marais organisation du cadre bati, 1997. D. CHABANE, a pensée de l'urbanisation chez lbn Khaldun 1332-1406, L 1997. M.L. FELONNEAu, 'Etudiant dans la ville, 1997. L . M. U. PROULX,Territoires et développement économique, 1998. P. ABRAMO,La ville kaléidoscopique. Coordination spatiale et convention urbaine, 1998. A. MEDAM,Villes pour un sociologue, 1998. B. MONTULET, es enjeux spatio-temporels du social, 1998. L

@ L'Harmattan,

1998

ISBN:

2-7384-6763-6

Vincent

Heymans

LES DIMENSIONS

DE L'ORDINAIRE
La maison particulière entre mitoyens à Bruxelles. Fin XIXème - début xxème siècle.

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

PREMIER TOUR DE PISTE

A l'inverse de l'habitation

patricienne,

qui peut être considérée

dans la plupart des

cas comme une œuvre d'exception,

et du logement ouvrier, proposé à ses occupants est à la fois l'expression et le réceppar l'architecte, bourgeois parmi les d'un procultUrel et le

par les élites, la maison bourgeoise traditionnelle miner l'aspect bourgeois, de son cadre de viel. Conçue

tacle de l'existence d'une classe sociale qui possède les moyens et le pouvoir de déterla maison individuelle urbaine entre mitoyens est l'expression

gramme qui fonde, par des choix spatiaux, les normes d'un phénomène

social. L'habitation bourgeoise est le nid de l'espèce sociaLe qui a façonné XIxème siècle au point d'en être devenu le symbole2. Cette observation s'avère particulièrement pertinente

dans le contexte d'une étude

de Bruxelles à la fin du siècle. Capitale d'une des principales puissances économiques du monde, la ville voit ses faubourgs se couvrir de dizaines de milliers de maisons cossues, destinées à loger les membres de cette classe sociale privilégiée. Le sujet tire son principal intérêt de sa cohérence et son étendue, qui devaient «faire de BruxeLLes une des viLLes LespLus originales au pLan typologique, de la fin du XIxème siècle» 3. Il témoigne d'une réalité tellement proche du quotidien que son destin

- jusqu'à

sa disparition de découvrir

progressive

- reste

largement

ignoré4.

Il est temps d'expliirréduc-

d'opérer des recoupements, quer des variantes,

de dégager des constantes

et des concordances, tantôt une confusion

les étapes d'une évolution

dans cette masse dont

l'analyse jusqu'à présent superficielle a fait apparaître tible, tantôt une répétition lassante5. Œuvres d'architectes la substance inconnus ou méconnus,

ces maisons tirent leur richesse du la donnée urbaine par de de ville encore Engagé sur le chemin

plébiscite que leur accorda toute une époque et représentent excellence, conservés: banale mais unique de la villé. souligne l'importance cette réAexion, Paul Philippot

des lambeaux

«A côté des monuments

isoLés,subsistent des quartiers historiques, de plus en une symbiose de l'habitat et de certaines finctions.

plus isolés eux-aussi, où se maintient

S'ils ne remontent pas au-deçà du 19ème siècle, ils ont Lemérite, précieux dans le contexte contemporain, de témoigner encore d'une unité historique du tissu architecturaL et de la vie des habitants dans ses dimensions à la fiis synchroniques et diachroniques. et culturelle suffisante,
»

Et si ce

siècle semble à première vue encore trop proche pour posséder une valeur historique «il se trouve quïL représente à BruxeLLesune époque significative

6

PREMIER

TOUR

DE PISTE

du développement

urbain, social et architectural qui a suffisamment

échappé à la der-

nière vague des grands travaux pour refléter encore une continuité vécue, offrir un visage

historique concret - et non pas une image muséale
A la suite de plusieurs auteurs, notre démarche

- de la ville» 7.
consiste à reconsidérer l'architecture dans son

en tant qu'activité humaine destinée à définir le cadre de vie du quotidien. Dès] 934, l'architecte et urbaniste Steen Eiler Rassmussen démontrait, restitution des modes de vie et des rapports sociaux des citadins8.

étude consacrée à Londres, la nécessité de faire passer l'analyse de la ville à travers la Dans son ouvrage intitulé Architecture without architects, Bernard Rudofsky a posé, dès les années '60, les bases de la réfJexion artistique en ma6ère d'architecture, un domaine qui ne lui est pas familier9. A l'occasion Vittorio Quelques d'une étude du kitsch en architecture menée à la même époque, de la critique par la Gregotti fait subir aux schémas classiques façonnés à un domaine extra-artistique 10. face à

grande culture l'épreuve d'une application sur l'architecture en considération

années plus tard, Geert Bekaert et Francis Strauven débutent

leur étude

contemporaine en Belgique par un plaidoyer de la création architecturale dans le contexte de la construction I I. En 1972, dans sa tentative de définition de l'architecture sur épistémologique, Philippe Boudon regrette que les théoriciens sent généralement ture 12. Plus récemment, mineure un statut artistique François en la comparant

en faveur d'une prise de J'activité concrète base d'une réflexion de l'art lui présuppoet à la sculpdite

à la peinture

Loyer souligne

que l'approche

d'une architecture

exige le rétablissement généralement

d'un équilibre

entre le domaine

tique et des données

ignorées par l'historien

purement esthé13. Les critères de d'an inopé-

réflexion et de jugement sonnement architecture rigide

que véhicule notre culture classique apparaissent la proximité: histoire

rants dans ce cadre. Il faut battre le rappel de disciplines nous avait fait oublier participent et urbanisme

sœurs desquelles un cloiet sociologie, des

avec l'histoire de l'art à la compréhension

modes de vie. Dans un article fondateur, Jean Van Cleven souligne à quel point l'étude de l'architecture du XIXème siècle nécessite des méthodes port à l'enseignement traditionnel de l'art 14. Comme le résume Johann-Friedrich quelque peu ses distances avec l'histoire doit résoudre des problèmes de recherche renouvelées par rapprenant

Geist, l'histoire

de l'architecture,

de l'an dans son acception

la plus étroite,

posés depuis peu et «une de ses tâches les plus difficiles

consiste à déterminer sous quelles fOrmes, depuis quand et comment on habite en ville. Il s'agit effectivement d'une normalité que l'on ignore le plus souvent, malgré qu'elle constitue la moyenne courante» 15.

PREMIER

TOUR

DE PISTE

7

Une ouverture

sur des disciplines

généralement

considérées

comme indépendantes

s'avère indispensable au moment où l'on reconnaît que le recensement et l'étude du patrimoine, nécessaires à sa compréhension et à sa sauvegarde, doivent tenir compte de toutes ses dimensions, économiques usent depuis de l'habitat longtemps bruxellois. privée bourgeoise de la fin du XIxème siècle ne peut il serait plus exact de parler d' histoire de non seulement esthétiques, mais également historiques, Il est et sociales 16. L'historien, le psychologue, le sociologue et le statisticien source d'information. à la réalité

de la maison comme d'une

temps de profiter des résultats de leurs recherches afm de les confronter Si pour certains, l'architecture trictive de la discipline.

être englobée dans le cadre de l'étude de l'art, la faute en incombe à une vision resDans ce contexte, l'artejàct, une dénomination qui souligne l'unité fondamentale entre histoire de l'art et archéologie. La démarche archéologique s'avère indispensable à la recomposition d'un mode de vie, entreprise dans le but de comprendre les espaces qui nous sont livrés désormais hors de leur contexte historique et esthétique. Or pour celle-ci, la question de savoir si un tesson de poterie relève de la norian de Beau, et dans ces est heureusement conditions, si son érude est du ressort de celui qui l'a trouvé, dépassée 17. Mais l'enjeu ne s'arrêre pas à la présence revendiquée

de l'historien

d'art sur les la on

fronts de la recherche où il reste trop discret. Il s'agit également d'expérimenter pertinence des arguments dont use généralement la critique artistique. Comme immerge un objet pour en vérifier l'étanchéité, l'usage à un matériel méthodologique certaines interprétations, apparemment généralement

il est bon de faire subir l'épreuve de confiné à un contexte routinier: lors de l'analyse d'un chef-

pertinentes

d'œuvre perdent toute acuité dans un cadre élargi. Le choix d'une période de l'histoire de l'architecture contemporaine de l'éclosion de l'Art nouveau à Bruxelles permet de proposer, en contrepoint des œuvres exceptionnelles qui en sont extraites, ici de la une réflexion renouvelée sur une époque que l'on croit, à tort, bien connaître. La relative rareté de repères dans une analyse du type de celle que nous entamons ne représente donc pas seulement brise la routine intellectuelle perception, et permet d'espérer l'amorce d'un renouvellement d'art 18. l'architecture possède une dimension avec la précédente. quotidienne maison un risque, elle apparaît comme une chance car elle

qui seul jusrifie la fonction de l'historien

Outre sa valeur d'ordre esthétique, d'utilité pratique, apparemment A l'inverse de ce que pourrait pour bon nombre

complexe

peu compatible

Celle-ci ne peut que représente

être négligée, surtout dans le contexte d'une étude de l'habitat. laisser croire l'expérience l' occuparion d'une de Bruxellois du XIXème siècle, la

8

PREMIER

TOUR

DE PISTE

compréhension

de sa genèse s'est brouillée 19. Cent ans et deux guerres nous sépaLes faits,

rent du sujet et il serait faux de croire que pareil obstacle soit négligeable. insensible au niveau de la perception effacées avant que quiconque

gestes et manières de vivre ont évolué à un rythme soutenu à l'échelle de l'histoire et par ses acteurs, de sorte que leurs traces se sont ait réagi pour en prendre note 20.

La caractéristique la plus connue mais aussi la plus superficielle de l'architecture au XIxème siècle est la disparition de l'unité stylistique. Les facettes originales de sa modernité, dont témoignent le questionnement sur les distributions d'éclairage de confort et les circulal'extions, l'intégration d'eau, les nouvelles de systèmes de chauffage, et d'approvisionnement et d'intimité,

exigences en matière d'hygiène,

pression de l'évolution

des rapports entre personnes au sein de Ja cellule familiale et

de la société, sont généralement ignorées. De plus, la maison de la fin du XIXème siècle représente un enjeu qui dépasse le simple rapport entre l'architecte et son client, dans la mesure où elle doit répondre seulement en ce qui concerne son intégration organisme sans cesse affiné. Ces nouvelles exigences ont créé un fossé entre la maison du début et de la fin du siècle, et l'on est tenté, en découvrant pas à pas les entreprises de modernisation des logements, de parler de machines à habiter 21, tant le désir d'adéquation de la forme à la fonction cette expression, hension autant ment. sous-tend l'effort entrepris. Ce qui nous empêche d'adopter outre la répugnance et symbolique bourgeois pratique vis-à-vis de l'anachronisme, la position c'est l'intricad'une porte est à des règles administratives, non dans l'espace public mais dans son

tion entre fonctionnalité de l'intérieur

dans laquelle réside la clef de la compréque par le sens conféré à son franchisse-

du XIXèmc siècle:

dictée par sa fonction

Plus qu'un objet, la maison constitue un point d'ancrage gestes du quotidien. unit la conception en fonction I.:étude du mouvement

pour l'homme

au cours de les qui

son existence22. Dans un logement, l'espace est avant tout le lieu où se déroulent permet d'aborder de l'espace et du temps dans laquelle il se déroule. Elle souligne le lien prioritaire d'un espace et son usage, son usage et sa perception. de comportements individuels

la double dimension

Cette notion doit être comprise dans un sens large: il s'agit de percevoir les espaces des gestes qui y sont posés, résultant et de pratiques sociales23. Ainsi, les volumes peuvent-ils être créés en fonction des actes qui devront s'y dérouler et, inversement, certains lieux peuvent être conçus afin de maîtriser la gestuelle et le comportement. Il ne s'agit donc pas de considérer le geste comme une abstraction. inclut les circulations, Son observation les tâches ménagères et les rapports entre personnes.

PREM 1ER TO UR DE PISTE

9

Cette étude de la pratique sociale de l'espace n'est pas une fin en soi mais un moyen d'atteindre fectible. le but assigné: la compréhension des intérieurs ignorés, formant avec les dès l'abord l'unité indéfaçades mieux connues un ensemble dont nous soulignons

En plus de la lecture des plans et des volumes, exige l'étUde des matériaux

l'analyse d'un intérieur tissu, papier peint,

historique
-,

qui constitUent sa décoration

- verre gravé ou coloré, fer
'"

forgé, fonte, cuivre et laiton, marbre, stuc, céramique, des éclairages, du chauffage, des installations Les divers éléments qui composent

celle

sanitaires, sans oublier le mobilier.

la maison seront analysés à tour de rôle, sans que

se perde la relation qui les unit24. Une fois de plus, la démarche s'apparente à celle de l'archéologue: l'élément est d'abord localisé et décrit. On l'interprète ensuite en le reliant à un contexte large qui l'éclaire. A l'occasion typologie en architecture,
qui consiste,

d'un colloque consacré à la l'importance de «la démarche
par exemple -,

Jean-Pierre

Frey soulignait

au lieu de travailler

sur l'espace

saisi globalement

- un

édifice,

à analyser le rôlejoué par certaines dispositions partielles comme le système des entrées, la desserte de l'extérieur vers l'intérieur ou le traitement de la façade» 25.

L'enjeu d'une telle réflexion n'est rien d'autre que l'approche de la ville en tant que lieu de vie, composée de maisons qui ne sont pas simplement juxtaposées. Contexte aussi bien spatial qu'historique des œuvres majeures, la maison traditionnelle offre un matériau précieux pour l'historien prétations généralement admises. d'une approche de la comme le rappelle d'art qui désire remettre en question les inter-

Etudier dans une époque ce que la postérité en a retenu, c'est se limiter à une partie de la réalité historique, écueil fatal dans le contexte particulier production architecturale du XIxème siècle qui représente, Claude Mignot «d'abord un phénomène quantitatifi,26.

I

Plusieurs auteurs ont déjà retenu ce type d'échantillon comme apte à formet un sujet d'érude: C. E. SCHORSKE, Vienne fin de siècle, Seuil, Paris, 1983, p. 59; R. JOLY, «Demeure et/ou habirat», in Corps écrit n° 9: La Demeure, PUF, Paris, 1984, p. 18; C. BAUHAIN, «Typologie des espaces de réception dans les habitations bourgeoises au XIX' s. », in Red,erches sur la typologie et les types architecturaux, rHarmattan, Giromagny, 1991, p. 210.

2

rarchirecrure est tributaire à la fois des modes de production et des rapports sociaux (J. ARON, Architecture et société, ClAUD-ICASD, Bruxelles, 1976, p. 29). Or, à la fin du XIX' s., ces deux pôles sont dominés par la bourgeoisie (M. ELEB et A. DEBARRE, Architecture de la vie privée XVII'-XIX' Bruxelles, 1989, p. 87). s., AAM,

3

F. LOYER, Dix ans d'Art nouveau. Paul Hankar Architecte, CFC-AAM, Bruxelles, 1991, p. 44.

10

PREMIER

TOUR

DE PISTE

4

La problématique suscite des téactions depuis une vingtaine d'années: R. PLOUIN, «La demeure française au XIX" s. ", in Les monuments historiques de la France, Paris, na l, 1974, p. 28-44.

cheminement intellectuel de l'auteur: V. GREGOTTI, «Kitsch et architecture ", in Le Kitsch, un catalogue raisonné du mauvais goût, Complexe, Bruxelles, 1978, p. 212. Il E STRAUVEN, 1945-1970, La constmction en Belgique.

5

Une étude individuelle de chacune des œuvres constituanr l'ensemble de la production archi tecturale retenue n'est pas envisageable. Les réflexions contenues dans cer ouvrage reposent sur un corpus consritué par le regroupement de plusieurs sources. I.;étude exhaustive d'un échantillon de 257 maisons constituant un des ensembles architectUraux dé maisons individuelles les plus remarquables de Bruxelles (voir V. HEYMANS, Architecture et habitants. les intérieurs privés de la bourgeoisie à la fin du XIX' s. Bruxelles, quartier Léopold extension nord-est, thèse de doctorat, Université libre de Bruxelles, 1994) er le dépouillement systématique des revues d'archirecture illusrrées, éditées à Bruxelles de 1875 à 1914 environ, à la recherche de toutes les maisons publiées (voir le chapirre Retour aux sources) Ont permis d'asseoir l'analyse sur une base méthodologique solide, encore renforcée par de nombreuses observations lors de recherches en archives et à l'occasion de visites d'immeubles l'Agglomération bruxelloise. à travers toute

CNC, Bruxelles, p. 16-26.

12 P. BOU DON, Sur l'espace architectura/, Dunod, Paris, 1971, p. 16.17. 13 F. LOYER, Paris XIX' s., /'immeuble et la me, Hazan, Paris, 1987, p. 13. 14 Le contenu et le ton de l'article en font le manifesre du Centrum voor de Studie van het Historisch Interieur in België, créé à la Rijks Universiteit Gent, et plus largement d'une nouvelle sensibiliré face au patrimoine:

J. VAN

CLEVEN,

«De stUdie van de 19de

eeuwse kumr», in Antwerpse Vereniging voor bodem- en grotonderzoek. Bulletin, An !Werpen, na 2, avr.-mai 1990, p. 32-35. 15 J.- F. GEIST, Das Berliner Mietshaus, Preste!, München, 1984, p. 266 (traduction). 16 Cetre démarche ne doit pas limiter l'architectUre au rôle de document historique: P. BOU DON, op. cit., p. 35. 17 Cette question n'a pas reçu la mème réponse à toutes les époques, comme en rémoigne l'ère des archéowgues-antiquaires dont les motivations se résumaient à la découvertes de belles pièces. 18 Certains aUteurs contribucnt à la progression de la connaissance des intérieurs bruxellois du XIX" s. par des études ponctUelles. Voir A. DE BARDSKI et J. BRAEKEN, «De luister van polychromie: !Wee eclectische salondecoraries te Brussel », in Monumenten en landschappen, Bruxelles, n° 3, mai-juin 1996, p. 50-62. 19 Il s'agit même de mener une analyse contreintuitive face à une réalité qui doit ètre appréhendée dans sa spécifici té culturelle propre: A. RAPOPORT, «Systems of Activities and Systems of Settings», in Domestic Architecture and the Use of Space, Cambridge University Press, London-New-York p.15. , 1990,

6

En 1961, on dénombrait dans l'Agglomération bruxelloise plus de 140.000 maisons particulières édifiées avant 1918 sur un total de 570.000 immeubles d'habitation: M. VAN HAMME, Bruxelles. De bourg mral à cité mondiale, Mercurius, Anvers-Bruxelles, 1968, p. 397. P. PHILlPPOT, avant-propos du Guide de Bruxelles XIX' et Art nOUVeall,Vokaer-CFC, Bruxelles, 1985, p. VII-IX. Cet ouvrage a récemment bénéficié d'une édition en français: S. E. RASMUSSEN, Londres, Picard, Paris, 1990. B. RUDOFSKY, Architecture without architects, Doubleday & cy., New-York, 1965. b réflexion atteint ses limites lorsque l'aUteur explique ce changement de point de vue par un changement de société: sa pensée est influencée par l'ambiance intellectuelle qui régnait dans le monde de l'architecture des années '60.

7

8

9

20 Il faut mentionner ici l'imporranr travail de collecte de témoignages oraux mené par E LEROY. En cours d'élaboration, cette étude s'intitule Habitat, habitants et vie sociale au Quartier Léopold: essai sltr la mémoire collective et

10 Mème s'il est hors de propos de déterminer ici si l'architectUre privée bourgeoise du XIX" s. est kitsch, il est intéressant de retenir le

PREMIER

TOUR

DE PISTE

11

indi/Jiduelle

des habitants

dim

quartier

disparu

de

structl/re,

ne saurait

être déduite

de la connaissance cela /Jeut dire pendant

Bruxelles. 21 Le Corbusier crée l'expression Machine à habiter en 1921 dans un article publié par la revue . L'Esprit NOlweau.
22 G. BACHELARD, Paris, 1972, p. 23. «Figures, portes et passages», in La poétique de l'espace, PUF,

séparée des parties

qui le composent:

quon peut regarder une pièce d'un puzzle

trois jours et croire tout Stl/Joir de sa configuration et de sa couleur sans a/Joir le moins du monde a/Jancé: seule compte la possibilité de relier cette La /Jie p. 15. de

pièce à d'autres pièces... mode d'emploi, Hachette,

»; G. PEREC, Paris, 1978,

23 R. EVANS, Liège,

Urbi, art histoire

et ethnologie p. XLI.

des /Jilles, Mardaga,

25 J.-I~ FREY, «Types l'espace», (op. cit.), p. 49. 26 C. MIGNOT,

d'habitat

et pratiques

n° V, avr. 1982,

in Recherches

sur la typologie...

24 La comparaison particulièrement

avec un puzzle est, dans ce cas, pertinente: «... la connaissance

L'architecture 1983,

du XIX' p. 8.

s., Office

du tout et de ses lois, de l'ensemble et de sa

du Livre, Freiburg,

LE CADRE DE LA REFLEXION

Axonométrié

d'une maison de l'avenue Jules de Trooz à Woluwe-Saint-Pierre @ ISA Saint-Luc Bruxelles. Dessin L. Devos -

(Bruxelles).

1913.

DE LA PARCELLE ETROITE A L'IMMEUBLE-BARRE

La seule occasion pu représenter reconstruction médiévale. initiative

de faire subir une mutation

radicale

et cohérente

à une ville général des une à la cité

réside dans sa reconstruction. l'opportunité Pays-Bas méridionaux

Le cas du bombardement d'une telle opération. conception économique partielle,

de Bruxelles en 1695 aurait Le Gouverneur tenta d'imposer

Maximilien-Emmanuel politique,

de Bavièrel

basée sur une nouvelle

de la ville, opposée

Mais le contexte

et social ne favorisait pas cette son parcellaire ou reconstruits sans modification inchangée jusqu'à

2. Lors de sa réédification

Bruxelles conserva

ancien. Les édifices furent préservés, transformés gements l'époque au départ d'une situation

de gabarit3. Les rues furent rectifiées, leur tracé retouché mais il s'agissait d'aménaqui resta globalement contemporaine. parcellaire large avec logements unifamiliales fut donc déterminé partagés et un paravant que les grands

Le choix entre une organisation cellaire étroit avec habitations

travaux entrepris au XIXème siècle ne révèlent cette alternative avec évidence. Toutes les villes remodelées par la construction d'immeubles de rapport modernes avaient déjà fait connaissance commune villes d'Europe culturelle avec ce mode de logement par le passé, même si la tradition progressive dans les principales de l'assimilaromaine et véhiculée par l'aura Par contre, deux tentatives La preà Bruxelles. 1920, était la maison étroite. Cette intégration occidentale italienne héritée de l'Antiquité l'immeuble débutera

d'un habitat sur parcellaire large résulterait italienne à la Renaissance4.

tion de la tradition seront nécessaires levards nettement du centre.

de la péninsule

afin d'imposer La seconde

à appartements dans les années

mière aura lieu dans les années 1870, principalement plus large.

en bordure des nouveaux bouà une échelle

Les premiers immeubles des meilleures public réalisations

bruxellois à logements parisiennes

multiples n'offrent

que l'apparence

5. Ils sont construits privée

à front de rue, sur des qui prolonge l'espace la salubrité. Il s'agit d'ourlets superposés,

parcelles trop peu profondes

pour accueillir la cour intérieure des appartements

- progressivement

mêlé à la dimension ornées qui abritent

- et garantit

donc de fines tranches

décoratifs bordant les boulevards centraux taillés dans le tissu de la vieille villé.

16

LE CADRE

DE LA REFLEXION

Si cette nouvelle conception de repenser la distribution

du logement doit être considérée de l'espace habitable

comme une tentative évolution ne se les les concepteurs

dans le cadre d'une

urbaine, aussi bien au niveau des gabarits que du parcellaire, sont pas donné les moyens de leur politique. ancien et en ont supprimé logements

Ils ont préservé une part du parcellaire entre la tradition d'un habitat

une autre partie pour créer un décor, sans adapter

à ce nouveau mode de vie. L'opposition

différencié, organisé sur base d'une petite parcelle individuelle tive. Les observateurs architecture de cette évolution

et cette redistribution

spatiale tourne à l'avantage de la première, étant données les faiblesses de l'alternadu bâti ne se sont pas privés d'interpréter bruxelloise de cette sous un angle nationaliste importée 7. et positiviste le refus par la population

Malgré la désapprobation irréversible

qu'elles suscitent,

ces grandes saignées marquent

un pas

dans la conception

des rues: on n'autorisera

plus le tracé de ruelles ou de parcelles en

d'impasses à Bruxelles8. Par contre, on continuera

à border les nouvelles artères, tra-

cées tantôt à travers un quartier ancien tantôt en pleine campagne,

lanière dont la différence avec celles du moyen âge réside dans la rigueur géométrique de leur alignement perpendiculaire à la voirie. Plus précisément, le découpage est imposé en fonction d'un mode de construction désormais établi 9. La grande expansion de Bruxelles dans sa ceinture de faubourgs s'est donc réalisée essentiellement sur base de la maison étroite. Elle a doté la ville d'un genius loci dont la valeur se mesure depuis que s'est précisé le risque de voir rapidement niers lambeaux significatifs 10. disparaître ses der-

Ce choix original diffère radicalement de celui retenu à la même époque dans les principales villes européennes: aux côtés de Londres, Bruxelles fait figure d'exception en ce domaine Il. Dans le cadre de la création de nouveaux quartiers résidentiels, cette fidélité librement l'habitat individuel à la tradition en matière pas seulement de logement représente un choix posé et ne s'explique par cette espèce de chromosome de avoir décelé chez le Belge. Même sur parcelle étroite dans le sud ne suffit

que certains auteurs semblent

si l'on observe une tradition de la maison individuelle

de l'Allemagne, en Belgique et dans le nord de la France, cette constatation pas à expliquer le choix massif de ce type de logement à Bruxelles. petite taille entourée développement de nombreux espaces non bâtis. Cette situation

La capitale du pays, où le prix de la vie était réputé bon marché, restait une ville de autorisait un sans importante contrainte spatiale 12. Dans ces conditions, le prix

des terrains resta toujours abordable.

DE LA PARCELLE

ETROITE

A L'IMMEUBLE-BARRE

17

Le désir d'êrre seul chez soi s'est progressivement point d'apparaître comme l'affirmation

enraciné

dans les consciences

au

d'une identité sociale et culturelle 13. Car

l'acheteur du terrain est essentiellement une personne aisée et, dans ce pays qui repose sur sa classe moyenne, ,ce sont en majorité les commerçants, employés, fonctionnaires,
membres

artisans - sans oublier les classes supérieures
d'une profession libérale

d'industriels,

financiers

ou

- qui

investissent

dans la construction

de maisons

dans les nouveaux La vie trépidante désagréments déménager

faubourgs de Bruxelles 14. du centre, alliée au vieillissement par la proximité du patrimoine immobilier, et populaires aux et des zones industrielles

occasionnés

aux nuisances des grands travaux d'aménagement, urbaine mais plus calme et plus ample. Les transports en commun urbains se développent

pousse celui qui a les moyens de une exisrence toujours et rendent viable ce

à fuir la ville ancienne pour trouver en périphérie rapidement

choix de vie, entre ville et campagne 15. Au-delà de la persistance d'un parcellaire hérité de la tradition médiévale dans le centre historique de Bruxelles 16, c'est donc une convergence de facteurs culturels, politiques, économiques, sociaux, démographiques et esthétiques qui explique sa transposition rains d'étude dans les faubourgs. particulièrement Ces quartiers
« La

périphériques

représentent

des ter-

fructueux

car, comme le note Bernard Sournia dans

son étude urbanistique de Montpellier,

villenouvelle,le lotissement périphérique,

offrent ces conditions dans lesquelles les normes et les idéaux architecturaux d'une époque, affranchis des contraintes du milieu traditionnel, peuvent s'exprimer dans toute leur cohérence et jusque dans leurs dernières conséquences. [..] C'est du côté de ces bâtiments que toute la "typologie" urbaine se trouve comme aimantée, et que se trouvent énoncées les règles qui orientent toute l'activité d'une époque [..]. Dans le quartier neuf lesformes traditionnelles du milieu trouvent une transcription nouvelle, dans un langage rajeuni, ordonnées suivant une syntaxe clarifiée» 17.

Si à l'issue de la première guerre mondiale, la ville a gardé sa physionomie héritée du siècle précédent 18, elle va rapidement évoluer malgré la répugnance affichée jusqu'alors par les Bruxellois vis-à-vis de la vie en appartements. En 1919, le Parlement proposera crée la Société nationale aux logements des Habitations à bon marché qui en concevant des une alternative sociaux traditionnels

cités-jardins. Les bâtiments à logements multiples sont désormais considérés comme un pis-aller. A l'autre extrémité de l'échelle du standing, l'immeuble à appartements renaît dans les années 1920 sous une forme luxueuse, à l'intention Il offre une multitude de services collectifs afin de remédier des classes aisées. des à la disparition

18

LE CADRE

DE LA REFLEXION

domestiques.

Cette nouvelle tendance se matérialise jusqu'à l'hypertrophie

dans le

grand projet inachevé du Résidence Palace, résultat d'une surévaluation collectifs d'une classe sociale, comme si la disparition donner lieu à un dédommagement à la fois symbolique et matériel.

des besoins

de certains privilèges devait

La loi belge sur la copropriété est votée en 192419. Elle favorise une promotion immobilière basée sur la construction d'immeubles à logements multiples, pourtant freinée rapidement tacles conjoncturels par la grande crise économique expliquent pourquoi, pendant de 1929 et la guerre. Ces obsles années 1930-] 940, on contipar le retour vers le et

nue à édifier essentiellement

de petites maisons privées 20. est en partie contrebalancé les coûteuses villas en périphérie qu'ils avaient quittées

Ce coup de frein de la construction

centre de la ville des bourgeois qui abandonnent tiennent pas pour autant à réintégrer

évitent désormais les navettes entre leur lieu de travail et leur résidence mais qui ne les maisons parce qu'elles ne répondaient omniprésente plus aux critères modernes de la vie domestique.

La publicité pour un nouvel art de vivre

- matérialisé

dans l'appartement

- devient

dans les brochures d'entreprises

et dans la presse spécialisée des années les bienfaits du soleil,

1930. Elle souligne les avantages d'un logement de plain-pied,

du grand air, d'un confort moderne, alliés à une économie bienvenue en période de récession. La généralisation de l'ascenseur dans l'entre-deux-guerres achève de convaincre les hésitants21. Enfin, on souligne le bénéfice esthétique pour nos cités affublées de ce que l'on considère désormais comme de ridicules quartiers du XIXème siècle - qui pourront enfin arborer le signe de la Modernité, seul visage acceptable la grande ville du xxème siècle22.

- encore

Ce type de logement s'adresse à toutes les classes de la population, y compris les plus aisées, qui s'installent dans des espaces dorénavant situés sur un seul niveau, dotés de tous les progrès du confort moderne et toujours organisés par rapport à une fonction de réception 23. Les années 1920-1930 voient s'élever, sur les ruines des maisons délaissées quelques décennies plus tôt par ceux qui y emménagent, les plus beaux spécimens de l'histoire des immeubles à appartements.

Le projet de renouvellement

urbain, conçu selon des critères radicalement s'impose

différents les

de ceux qui avaient été retenus jusqu'alors,

avec force. Il faut détruire des immeubles

maisons jugées sombres, insalubres et invivables. Il faut remembrer ville en parcelles plus larges et moins profondes, construire

le territoire de la modernes

.~

D

2Km

Les dix-neuf communes de la Région de Bruxelle-Capitale. En hachuré, le territoire de Bruxelles-Ville constitué par le Pentagone et les diverses annexions opérées au bénéfice de la commune. Y. Cauet et B. Van Espen.

20

LE CADRE

DE LA REFLEXION

et convaincre la population des avantages de ces bouleversements. jet cohérent mais posé en opposition radicale avec la tradition jusque dans l'entre-deux-guerres. dégâts irréparables Une telle conception des théoriciens même si les intentions

Il s'agit d'un prourbaine préservée de l'époque

ne pouvait que causer des et architectes

étaient sincères et non dénuées de fondements. A côté de cette révision radicale se présente qui consiste à concevoir des immeubles cellaire traditionnel lement pas trois étages et s'intègrent bruxellois. Les bâtiments cependant une solution de compromis, adaptés au découpage par-

à appartements

étroits de cè type, ne dépassent généradiscrètement dans le paysage urbain 24.

I

Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726), Gouverneur général des Pays-Bas en 1691-1699 et 1704-1706. M. CULOT et al., Le bombardement de Bruxelks par Louis XIV et la reconstruction qui s'ensuivit, AAM, Bruxelles, 1992, 1'.19-22 et 109-157. P. pUTTEMANS, Architecture Moderne en Belgique, Vokaer, Bruxelles, 1974, p. II; S. E. RASMUSSEN, Londres, Picard, Paris, 1990, p. 103-128.

2

Ceue constatation est reprise à C. BULS, L'esthétique des villes, Bruylanr-Chrisrophe & cie, Bruxelles, 1894, 1'.29. Voir aussi L. COUROUBLE, Les cadets de Brabam, Lcbègue & cie, Bruxelles, 1903, p. 139. 8 A. BRAUMAN et al., Cent ans de débat sur la ville, AAM, Bruxelles, 1984, p. 22. 9 F. BOU DON et H. COUZY, «Le petit parcellaire er l'archirecrure mineure. Essai de rypologie», in Système de l'architecture urbaine, CNRS, Paris, 1977, v. l, 1'.152.

3

4 J.-F. GEIST, Dao Berliner Mietshaus. Il: 18621945, Prestel, München, 1984, p. 267-268. 5 Ceue ressemblance avec le modèle urbain de Paris est un argumenr rouristique fréquemmenr évoqué: le bois de la Cambre est le rival du bois de Boulogne, les boulevards du cenrre sont comparés à ceux de Paris: Guide Maes. Belgique et pays limitrophes, Bruxelles, 1893, p. 61 et 66. 6 A Paris, les immeubles-placards existenr égalemenr et les coulisses du vieux Paris apparaissenr à chaque césure du décor
haussmannien qui s'y adosse: Paris

10 En 1969, R. WORSKETT soulignait l'importance d'une prise en considération de la personnalité architecrurale et paysagère d'une ville (the character of a town) et l'importance de l'environnemenr d'un édifice (townscape): The Character ofTowns. An Approach to Conservation, Architectural Press, London, 1969, p. 19. II Pour une érude de la maison londonienne aux XVIIIe er XIxe s., lire S. E. RASMUSSEN, Londres, Picard, Paris, 1990, p. 233-296

-

et 319-334.
12 RICHARD, Belgique, Le Home, «La maison Guide pittoresque Maison, Bruxelles, Paris, 1853, bourgeoise du voyageur en p. 57; in p. 27 de Traité 1911,

Haussmann, «le pari d'Haussmann », Arsenal-Picard, Paris, 1991, p. 91 et 182. Pourtanr, de nombreuses opérations impliquem des expropriations importanres et une profonde réorganisation du parcellaire à l'échelle de nouveaux îlots. C'est donc la part la moins aboutie du processus haussmannien qui semble avoir été importée à Bruxelles. 7 H. NIZET et S. PIERRON, «L:architecrure domestique en Belgique», in Le monde moderne, t. X, Quamin, Paris, juil.-déc. 1899, p. 757.

en Belgique», n° 6, juin

13 A. CASTERMANS, Bruxelles Noblet, & Arrus, 14 H. NIZET Liège, 1852, théorique

Parallèle des maisons villes de Belgique, p. 2; G. TUBEUF, et pratique,

et des principales

d'architecture

t. 3, Fanchon

Paris, s. d., p. 516. et S. PIERRON, op. cit., 1'.760;

X. DUQUENNE, «Une avenue, des

DE LA PARCELLE

ETROITE

A L'IMMEUBLE-BARRE

21

architectes», in Paysages d'architecture, MM, Bruxelles, 1986, p. 72-75. 15 G. JACQUEMYNS, Histoire contemporaine du Grand Brnxelles, Vanderlinden, Bruxelles, 1936, 1'.130,135 et 149-157; F. SERVAIS, Souvenirs de mon vieux Bruxelles, Canon, Bruxelles, 1965, 1'.265; H. NIZET et S. PIERRON, 1'.757. 16 La filiation, remo!1!ant au moyen âge, que l'on amibue à l'organisation interne de la maison est surtout la conséquence du parcellaire. Nous reviendrons sur ce point, occulté par les commentareurs de l'époque. 17 B. SOURNIA, «Montpellier, ville et morphologie de la demeure urbaine », in Revue de l'Art, Paris, n° 65,1984, 1'.87-88. 18 F. BARBEY, La Brlgique d'Albert I" et de Léopold II/, Perrin, Paris, 1950, p. 38. 19 A. BRAUMAN et al., op. cit., p. 24. Etant donné le succès de l'appartement lorsqu'il devient possible d'en devenir propriétaire, on l'eue se demander si le Belge n'est pas plutôt op. cit.,

accaché

à la propriété

qu'à la maison

individuelle. 20 J. ARON, P. BURNIAT et P. PUTTEMANS, Guide d'architeclllre modeme. Brnxelles et environs 1890-1990, Hatier, Bruxelles, 1990, 1'.53. 21 J.-l~ GRIMMEAU et D. ISTAZ, Itinéraire du patrimoine résidentiel brnxellois, SRBG, Bruxelles, 1991, p. 8. 22 M. SCHMITZ, L'architecture modeme en Brlgique, La Connaissance, Bruxelles, 1937, 1'.19. 23 Aucun appartement au XIX' s. n'offrait le confort de ceux des années 1925, parce qu'il n'était pas imaginable de construire des logements de ce eype pour une clientèle qui habitair alors dans des maisons individuelles. 24 Immeubles modernes de rapport. Façades de 6 à 10 m., Salmain fils, Bruxelles, s. d. (1940). Ce eype de construction existe dès le début du XX' s., même s'il ne fut jamais majoritaire dans le tissu urbain bruxellois.

A LA FRONTIERE DE DEUX ESPACES

Limiter l'étude de l'architecture aux façades revient à poser sur des œuvres essentiellement spatiales un regard identique à celui que l'on accorde à une peinture I . S'il est indéniable damental que les façades alignées en bordure des tues constituent de la physionomie de la ville, indépendamment un élément foninterne de l'agencement

des maisons, la coupure entre ces deux éléments d'un même ensemble que sont l'intérieur et l'extérieur dont l'exemple conséquence suscite un malaise2. La conservation est le succès remporté le plus marquant partielle de l'architecture, par le Jaçadisme 3, est la

de cette perception

tronquée de l'œuvre architecturale.

LA FACADE ET LES STYLES
Les maison contemporaines rains étroits et profonds. l'architecture française. de l'Indépendance du pays sont construites sont directement rythmées sur des terinspirées de

Leurs façades néoclassiques Sévères, elles sont seulement

par des bandeaux

horizontaux et par les baies des fenêtres. Le rez-de-chaussée est légèrement surélevé par rapport à la rue et le soubassement en pierre est percé de soupiraux. Le premier étage peut être souligné par des ouvertures adaptée aux compositions tripartites. en plein cintre, voire une serlienne, bien un balcon en pierre Exceptionnellement,

vient compléter cette mise en évidence. La géométrie épurée de ces compositions planes est encore soulignée par un enduit clair. Les lignes horizontales dominent ces programmes que l'on désire voir se fondre dans la perspective de la rue. De légères différences de décor suffisent à personnaliser chaque façade, sans gêner l'ordonnance tions4. globale. Le style néoclassique étendra son répertoire à travers ces varia-

Progressivement

moins ascétique,

le néoclassicisme

adopte quelques reste faiblement

éléments

de

décor habituellement

limités aux encadrements

des fenêtres et au balcon du premier surélevé. Aux

étage, en pierre et en fer forgé. Le rez-de-chaussée divisent toujours dus obligatoires la composition par les règlements

étages, les appuis des fenêtres forment un bandeau sur toute la largeur de la façade et en registres horizontaux. Les trous de boulin, rende bâtisse, sont masqués par des motifs en terre

cuite. La corniche est ornée de denticules.

24

LE CADRE

DE LA REFLEXION

Vers le milieu du siècle, les motifs décoratifs tendance éclectique lienne, en réaction au monopole esthétique fant et ennuyeux sévère jusqu'aux 5. On trouve pourtant alentours de 18706.

se multiplient

sous l'impulsion

d'une

amorcée par la redécouverte

de la Renaissance

française et ita-

classique français, ressenti comme étoufdes exemples de ce type de composition

A la fin des années 1860, les façades se font plus expressives. Le ressaut de la travée médiane est souligné par la multiplication traditionnelle articulations continuité horizontale des balcons, désormais réalisés en série à contre la partir de pièces en fonte moulée. Cet élément dualité revendiquée entre les différents vertical de la composition

et constitue

la première marque d'une indivi-

en termes spatiaux. Les décors, destinés à souligner les nouvelles niveaux, se présentent sous une forme plus chargée. Dans le

dont on tient désormais à animer la façade ou à orner les surfaces lisses

même temps, le rez-de-chaussée est sensiblement surélevé. La pierre bleue qui souligne le soubassement recouvre parfois tout le rez-de-chaussée. Elle encadre égaIement la porte d'entrée et les fenêtres. S'il est à imputer aux règlements communaux qui le rendent obligatoire, ce dernier usage révèle malgré tout un nouveau choix esthétique: jusqu'alors enduites et peintes, ces pierres sont désormais laissées appadans la composition un effet décoratif de polychromie de l'agencement intérieurs. 7. plus expressive, dans la composirentes, afin d'introduire

Cette évolution répond au désir d'une architecture tion de la façade mais aussi dans la traduction

Au cours des années 1870, le toit à la Mansart des grands hôtels de maître est adapté à la maison bourgeoise. Les premières expériences de polychromie des matériaux se poursuivent grâce à l'usage de la brique apparente, parfois couverte d'un émail transparent ou coloré 9. Le soubassement en pierre bleue est mis en valeur. de

A la fin des années 1880, le fonds culturel classique se ressource sous l'influence nouvelles tendances

stylistiques qui osent des jeux de couleurs étendus à l'entièreté

de la façade: aux briques polychromes et aux pierres de diverses couleurs se mêlent sgraffites, carreaux de faïence et autres éléments ornementaux JO. La composition conserve parfois le rythme des trois travées mais se limite fréquemment Les motifs hérités du XVlIIème siècle à deux, dont une se présente en décrochement.

tombent en désuétude, à l'exception du bossage du rez-de-chaussée et du registre entre celui-ci et le premier étage. Une logette remplace souvent le balcon principal!! . Cet éclectisme classique convient au goût bourgeois, tapageur. L'adéquation adaptation durable de la formule. du style avec les aspirations rodé par une tradition à un programme à la fois traditionnel et un peu d'une classe, alliée à sa parfaite déjà ancienne, explique le succès

A LA FRONTIERE DE DEUX ESPACES
A cette époque naissent des réalisations qui, par leurs compositions dissymétries, enrichir aux décors incessamment renouvelés, la profondeur des façades, suscitent l'admiration

25

aux ingénieuses à du public et

aux jeux de saillies destinées grandissante

de la presse 12. Le néoclassicisme 1870-1880, progressivement assoupli et rajeuni cohabite, qui donnent dans les années la préférence aux

avec les nouvelles sources d'inspiration

œuvres réalisées dans les anciens Pays-Bas aux XYlème et XYnème siècles. Les maisons conçues dans cette veine baptisée néo-Renaissance flamande intègrent l'emploi polychrome de la brique et de la pierre. A la couleur bleutée du petit granit s'adjoint fréquemment la touche plus chaude de la pierre de Gobertange, souvent utilisée consoles, céramiques en bandeaux, afin de rythmer les façades 13. Cette nouvelle tendance se de caractérise par la réapparition du pignon, la réalisation d'encadrements de portes, de

de volutes dessinées avec recherche

et taillées avec soin, de sgraffites,

porte d'entrée

colorées, de balcons et de logettes. La baie d'imposte qui surmonte la et éclaire le vestibule est l'objet de tous les soins 14, Popularisée dans de l'architecture du XYnème siècle dans nos régions, un

les année 1860, elle devient, par sa position privilégiée dans la façade et par sa filiation avec les baies d'imposte élément privilégié de la décoration en façade. Pourtant, il ne faut pas en conclure que son apparition résulte directement d'un retour aux sources architecturales nationales. Pratiquement, elle est une conséquence de la surélévation du rez-de-chaussée, que ne peut suivre indéfiniment la porte d'entrée, ni au moyen d'un escalier extérieur qui ne respecterait pas les limites imparties aux saillies par les règlements bâtisse, ni par une hauteur démesurée de la menuiserie. de

Les toitures se peuplent de tourelles, de pignons, de lucarnes et de cheminées. Le fer forgé connaît un renouveau que confirmeront brillamment les tenants de l'Art nouveau. Mais surtout, on préfère désormais pale, traitée en ressaut et surmontée taculaire nomique vers l'extérieur était travées avait toujours la composition en deux travées dont la princid'un pignon, est parfois projetée de façon specde fond. La façade à deux mais cette solution Par contre, écodès les tripartite

au moyen d'un oriel montant aux réalisations

coexisté avec l'ordonnance

restée confinée

modestes.

années 1875, dans la période de l'éclectisme fleuri, l'association d'une travée large et d'une travée étroite se popularise même pour les maisons bourgeoises opulentes: la symétrie rigoureuse est abandonnée et les distorsions ou déséquilibres camouflés de jadis deviennent des éléments de composition généreusement soulignés. de l'expression dans le

Vers la fin du siècle, les architectes cherchent un renouvellement cadre d'un canevas invariable et mêlent audacieusement composition. Ce foisonnement

différents styles dans une même

stylistique est encouragé par l'expansion des communes

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