Les enquêtes d'opinion et la recherche en sciences sociales

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On oublie parfois que les enquêtes d'opinion, introduites en France par Jean Stoetzel, on été et restent principalement un instrument de recherche pour les sciences humaines et sociales. Parce qu'elles utilisent le plus souvent la technique statistique du sondage, c'est sous ce terme que les enquêtes d'opinion ont connu le destin médiatique que l'on sait : mais la prolifération des enquêtes, la diversité des usages sociaux auxquels elles sont affectées, n'ont sans doute pas contribué à renforcer leur crédit scientifique. L'enquête d'opinion en tant qu'outil d'observation et de mesure, conserve cependant une place essentielle dans de nombreuses disciplines des sciences de l'homme : tout étudiant en sciences sociales est initié, dès les premiers cours de méthodologie, à l'utilisation de cet instrument, et la plupart des chercheurs en sciences sociales ont utilisé ou utiliseront dans leurs recherches des données provenant d'enquêtes d'opinion. Quels sont donc les possibilités et les limites de ce mode d'investigation scientifique ? Quels sont les problèmes spécifiques posés par son application à certains champs de recherche ? C'est à une véritable évaluation critique d'un outil de recherche que procèdent ici quelques personnalités scientifiques faisant autorité dans leur discipline respective.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296172494
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HOMMAGE À JEAN STOETZEL

COLLECTION

LOGIQUES

SOCIALES

dirigée par Dominique Desjeux

Collection

« Logiques

sociales»

dirigée par Dominique Desjeux
jasé Arocena, Le déploiement par l'initiative locale. Le cas français, 1987, 227 p. J. de Fornaison, J. Rouzier, La revanche du Sud, 1988, 164 p. A. Berger, J. Catanzano, Brigitte Brébant, La Pauvreté, un destin .', 1984, 284 p. jean-Pierre Boutinet (sous la dir. de), Du discours à l'action,' les sciences sociales s'interrogent sur elles-mêmes, 1985, 406 p. Claude Courchav, Histoire du Point Mulhouse, L'angoisse et le flou de l'enfance, 1986, 2]2 p. Pierre Cousin, j ean- Pierre Boutinet, Michel Morfin, Aspirations religieuses des jeunes lycéens, 1985, 172 p. Michel Debout, Gérard Clavairoly, Le Désordre médical, 1986, 160 p. jacques Denantes, Lesjeunes et l'emploi. Aux uns la sécUlité, aux autres la ;érive, 1987,136 p. Majhemout Diop, Histoire des classessocialesdans l'Afrique de l'Ouest. Tome 1 : Le Mali. Tome 2 : Le Sénégal, 1985. François Dupuy et jean-Claude Thoenig, La loi du marché,' L'éleCtroménager en France, aux États- Unis et au japon, 1986, 264 p. Franco Foshi, Europe, quel avenir .' Emploi, chômage des jeunes, coopératives, clandestins, 1986. Claude Giraud, Bureaucratie et changement, Le cas de l'administration des télécommunications, préface de R. Boudon, 1987, 262 p. Pierre Grau, L'aventure économique, de l'australopithèque aux multinationales. Essai sur l'évolution économique, 1987, 159 p. Groupe de Sociologie du Travail, Le Travail et sa sociologie,' essais critiques. Colloque de Git~surYvette, 1985, 304 p. Monique Hirsckhorn, Max Weber et la sociologie française, préface deJulien heund, 1988, 229 p. JOSt Krippendorf, Les vacances et après.' Pour une nouve!!e compréhension des loisirs et des voyages, 1987,239 p. Pierre Lantz, L'mgent, la mort, 1988. ChriStian Leray, Brésil, le défi des communautés, 1986, 170 p. Dominique Lhuilier, Les policiers au quotidien, une psvchologue dans la police, préface de M. Grimaud, 1987, 187 p. D. Martin et P. Rover, L'intemention institutionnelle en travail social, J 988, 192 p. j ean- Ferdinand Mbah, La rechercheen sciences sociales au Gabon, 1987, 189 p. J.A. Mbembe, Les jeunes et l'OIdrepolitique en Afrique noire, 1985, 256 p. Hervé-Frédéric Mechery, Prévenir la délinquance. L'affaire de toIlS. Les enjeux du dispositif Bonnemaison, 1986, 192 p. P. Mehaut, J. Rose, A. Monaco, F. de Chassey, La transition professionnelle,jeunes de 16 à 18 ans et stages d'insertion sociale et professionnelle,' une évolution économique, 1987, 198 p. Guy Minguet, Naissance de l'Anjou iruiustriel. Entreprise et société locale à Angers et dans te Choletais, 1985, 232 p. Louis Moreau de Bellaing, La misère blanche, le mode de vie des exclus, 1988, 168 p. Gérard Namer, La Commémoration en France de 1945 à nosjours, 1987, 213 p. Paul N' da, Les intellectuels et le pouvoir en Afrique noire, 1987, 222 p. André Ortolland, Comment prévoir le crime, 1988, 204 p. J.-L. Panné et E. Wallon, L'entreprise sociale, le pari autogestionnaire de Solidarnosc, 1986,356 p. jean Peneff, Ecoles publiques, écolesprivées dans l'Ouest, 1900-1950, 1987,272 p. jean-G. Padioleau, L'Ordre social, principes d'analvse sociologique, 1986,222 p. Michel Pen ça n, Désal7'oisouvriers, familles de métallurgistes dans les mutations induStrielles et sociales, 1987, 184 p. Louis Pinto, Les philosophes entre le lycée et l'avant-garde. Les métamorphoses de la philosophie dans la France d'aujourd'hui, 1987,229 p. Alain de Romefort, Promouvoir l'emploi. Convivialité et partenariat, 1988, 181 p. jean-Claude Thoenig, L'Ère des technocrates, 1987. jacques Tymen, Henri Nogués, Action sociale et centralisation, 1989,365 p. G. Vermes, France, pays multilingue. T.1 : Les langues de France: un enjeu historique et social, 1987, 208 p. ; T.2 : Pratique des langues en France, 1987, 214 p. Geneviéve Vermes, (sous la dir. de), Vingt-cinq communautés linguistiques en France; T.l : Langues régionales etl~ngues non territorialisées, 1988,422 p. ;T.2 : Les langues immigrées, 1988,342 p. Serge Warcher, Etat, décentralisation et tenitoire, 1987. Daniel Welzer-Lang, Le viol au masculin, 1989, 254 p. Bernard Zarka, Les Artisans, gens de métie1;gens de parole, 1987,187 p.

COLLECTION

LOGIQUES

SOCIALES

dirigée par Dominique

Desjeux

Alain

Textes réunis et présentés par GIRARD et Edmond MALINVAUD

LES ENQUÊTES D'OPINION ET LA RECHERCHE EN SCIENCES SOCIALES
Hommage
Contributions

àJean

Stoetzel

de François CHAZEL, ean- Paul GRÉMY J
LEMEL, Guy MICHELAT, RABIER, Hélène RIFFAULT

Yannick Jacques-René

Journée d'étude de la Société des Amis du Centre d'Études Sociologiques Sorbonne, 29 février 1988

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0324-7

Alain GIRARD

Edmond François Jean-Paul

MALINV AVD CHAZEL GREMY

Yannick

LEM EL

Professeur émérite à l'Université de Paris V Conseiller scientifique à l'INED Professeur au Collège de France. Professeur à l'Université de Bordeaux II Professeur à l'Université de Paris V. Laboratoire d'Analyse Secondaire et de Méthodes Appliquées à la Sociologie (LASMAS-IRESCOj. Administrateur de l'INSEE. Directeur de l'Observatoire Economique de Paris

Guy MICHELA T

Directeur de recherche au

CNRS.

Jacques-René

RABIER

Hélène RIFFAVLT

Centre d'Etude de la Vie Politique Française (CNRS/FNSP) Conseiller spécial de la Commission des Communautés européennes Directeur général de Faits et Opinions

PREMIÈRE PARTIE

PROBLÈMES

ÉPISTÉMOLOGIQUES

Présentation
Alain GIRARD

Communément appelées (( sondages », selon le terme imaginé par Stoetzel lorsqu'il les introduit en France dès 1938, les enquêtes d'opinion attirent l'attention, à l'approche d'une nouvelle élection présidentielle. Elles vont se multiplier dans les semaines à venir, et susciter une fois de plus, on peut en être assuré, des discours critiques déjà entendus sur leur nature ou leur influence. Ce n'est pas le lieu d'en débattre, et les enquêtes d'opinion ne se limitent d'ailleurs pas, tant s'en faut, au seul domaine électoral, ou politique au sens étroit. Les organisateurs de la présente journée connaissent leur caractère scientifique, et, comme ils l'ont voulu à juste titre, mieux vaut examiner à froid, loin de toute actualité, leur rôle dans le développement des sciences sociales. Elles ont un objet défini, et offrent une méthode parmi d'autres, qui a ses exigences propres, ses impératifs techniques et ses problèmes. Loin d'épuiser le sujet, les commu7

nications suivantes apportent des éclairages importants. Quelle connaissance le public a-t-il de ce miroir qui lui renvoie des images de lui-même? Quelle confiance accorde-t-il aux enquêtes d'opinion? Dans quelles dispositions se trouve-t-il face à ceux qui l'interrogent, et en présence des résultats? Personne ne pouvait être plus qualifié que Mlle Hélène Riffault pour apporter des éléments de réponse à ces questions. Pendant plus de quarante ans en effet elle a travaillé en totale communion d'esprit avec Jean Stoetzel. Elle a contribué, à la tête de l'IFOP, à donner son éclat à cet institut, jusqu'au moment où Stoetzelle quite comme elle, et fonde avec lui le nouvel institut qu'elle dirige, Faits et Opinions. Chargée en outre de la coordination des enquêtes européennes, dont parlera M. J.R. Rabier, elle occupe une place éminente dans les associations professionnelles d'études d'opinion et de marché. En vue de cette journée, et pour recueillir des informations nouvelles à ce sujet, Mlle Riffault a organisé à Faits et Opinions une enquête spécifique. Sans anticiper sur les résultats qu'elle présente plus loin, le jugement du public apparaît dans l'ensemble positif. Un certain scepticisme, il est vrai, sur la sincérité des personnes interrogées et pas de confiance aveugle dans l'instrument, mais on ne le croit nullement destiné à manipuler l'opinion. Quant à l'in. fluence supposée des résultats publiés, celle-ci ne semble pas manifeste: peut-être les autres se laissent-ils influencer, mais pas moi, pense chacun. Un effort d'information s'impose donc encore pour que les problèmes soulevés par les sondages soient abordés en toute connaissance de cause, mais de telles indications méritent d'être poursuivies. Les dépenses encourues par cette enquête ont été supportées par Faits et Opinions, sans aucun financement extérieur. La remarque est importante, car une enquête d'opinion représente un coût, élevé ou non en valeur relative, et il y a là sans doute une des raisons inavouées pour lesquelles la méthode est décriée dans certains milieux. Un particulier ne peut y recourir et il est toujours possible de suspecter la provenance de l'argent ou les arrière-pensées des commanditaires. Les spécialistes savent bien qu'il s'agit là d'une mauvaise querelle, et il faut remercier Mlle Riffault 8

d'avoir conçu et réalisé cette recherche sur les fonds propres de son institut. Elle assume ainsi une fonction de mécénat, telle que Stoetzel l'avait assignée à l'IFOP, par l'accumulation, la publication et la conservation de données originales de toutes sortes. Une enquête a lieu à un moment donné du temps, et, en toute rigueur, ses résultats ne valent que pour ce moment-là. Elle mesure un état de fait, à la manière d'un recensement, et le renseignement collecté peut n'avoir qu'une valeur momentanée, voire anecdotique. Mais les réponses aux mêmes questions, posées à plusieurs reprises, à intervalles plus ou moins réguliers ou rapprochés suivant les circonstances, révèlent des tendances, ou une évolution éventuelle, susceptible de se traduire en comportements nouveaux, différents de ceux d'hier, que la société mobile d'aujourd'hui s'efforce de déceler. Située dans le temps, une enquête l'est également dans l'espace, comme le rappelle de manière opportune la communication de M. Jacques-René Rabier. L'opinion saisie dans un cadre national, par exemple, s'il s'agit de problèmes intéressant plusieurs pays, prend, outre sa valeur intrinsèque, une signification tout autre, rapprochée de l'opinion observée ailleurs. A une époque où des Etats d'Europe occidentale projettent d'établir une union fondée sur leurs intérêts communs, des enquêtes conduites dans les pays concernés informent sur les convergences ou divergences possibles entre eux. L'analyse comparative géographique ajoute ses ressources à celles de l'analyse temporelle. Ancien collaborateur de Jean Monnet, M. Rabier, conseiller spécial de la Commission des Communautés européennes, a eu le souci, dès les années 60, de promouvoir des études systématiques dans les pays membres. Grâce à un instrument de recherche continu, connu sous le nom d'Euro-Baromètre, deux enquêtes ont lieu chaque année depuis près de deux décennies, pour suivre les mouvements de l'opinion des populations concernées sur la construction de l'Europe et les institutions européennes. Ces enquêtes offrent une occasion d'étudier tous problèmes communs, familiaux ou démographiques, relatifs à l'emploi ou aux habitudes de consommation, à la condition féminine ou aux aspirations des jeunes, ou tous autres qui se posent à la société occidentale. 9

Conduites dans des pays de langue différente, à l'histoire et aux traditions culturelles distinctes, les enquêtes internationales posent des problèmes spécifiques de construction et d'interprétation, et n'en sont pas moins riches d'enseignements. Ainsi, note M. Rabier, le degré de satisfaction à l'égard de sa propre situation varie moins d'un milieu à un autre à l'intérieur d'un pays que d'un pays à un autre, ou encore la confiance en soi ou la confiance dans les autres peuples n'ont pas la même intensité à divers moments ni surtout dans les différents pays. Alors que la recherche du bien-être et de l'établissement de liens solides entre elles anime les populations européennes, de tels éléments de connaissance soulèvent des interrogations pour l'avenir et méritent d'être précisés et approfondis. En aucune manière, les informations sur les attitudes et opinions du public ne dictent des lignes de conduite aux responsables, mais elles sont susceptibles d'éclairer leur action. La publication des enquêtes réalisées dans les domaines les plus variés de la vie économique, politique, sociale ou culturelle n'épuise pas le matériel recueilli ni les possibilités d'analyses plus fines. Dictées le plus souvent par l'actualité ou par les besoins des entrepreneurs, leur utilité ne se borne pas aux applications pratiques qui en résultent. Leur accumulation permet aux chercheurs de pousser plus avant les investigations, pourvu qu'ils y aient accès. Bien des variables à l'origine des attitudes peuvent être saisies, de sexe ou d'âge, de milieu professionnel et social, d'appartenance religieuse ou de préférence idéologique. Le croisement de ces variables fait apparaître de véritables systèmes. Un champ immense est en tout cas ouvert à la recherche scientifique, pour mieux élucider les mécanismes de formation et de structuration des attitudes, et tenter de définir les lois qui les déterminent. Ainsi se trouvent posés les problèmes de l'analyse secondaire des données, sur laquelle M. Jean-Paul Grémy apporte les réflexions d'un spécialiste. Tourné vers l'application des mathématiques aux sciences sociales, professeur aux Universités de Lille, puis de Paris V, M. Grémy a consacré un ouvrage à l'approche d'une « théorie du questionnaire ». Il s'attache dans les pages suivantes à définir l'analyse secondaire et ses diffé10

rents types. L'analyste n'est pas dans la même situation s'il a été ou non à la source de la production des données. En tout état de cause des relations exemptes de suspicion sont nécessaires entre les professionnels des enquêtes et les chercheurs, afin que s'instaure entre eux un véritable dialogue, profitable aux deux parties. Critique des sources, condition d'élaboration des questionnaires, hétérogénéité des données diachroniques recueillies dans des contextes différents, imposent à l'évidence la mise au point d'une méthodologie appropriée. Mais, à côté de la solution de ces difficultés pratiques, M. Grémy en appelle à un effort d'approfondissement théorique, si l'on veut dépasser le stade d'études de caractère sociographique. Les travaux en analyse secondaire n'ont pas encore répondu à tous les espoirs mis en eux, mais si le bilan reste limité, il ouvre des perspectives. Le succès tient en grande partie au concours que sauront se prêter les représentants de plusieurs disciplines, statisticiens, politologues et sociologues, historiens qui ont déjà rencontré des problèmes analogues, et bien entendu producteurs de données. Quel que soit l'avenir de l'analyse secondaire, les réflexions de M. Grémy font ressortir à quel point les enquêtes d'opinion ne se bornent pas à livrer à l'aveugle, sur une question particulière, quelques pourcentages sur lesquels chacun peut gloser à l'infini. Les enquêtes d'opinion sont un instrument défini, une technique d'investigation, qui supposent de la part de ceux qui les pratiquent, comme de ceux qui les utilisent à des fins scientifiques, une compétence théorique associée au savoir-faire et à l'habileté méthodologique. Instrument certes limité qu'il n'y a pas lieu d'opposer à d'autres ni de privilégier. Instrument qui a fait ses preuves comme l'attestent les communications suivantes.

Il

La perception

des enquêtes

d'opinion
Hélène RIFFAULT

Jean Stoetzel a été le pionnier des enquêtes d'opinion en France. Il raconte, dans un document non publié qui retrace sa vie et ses travaux, comment, en mai 1938, il essaya d'attirer l'attention des publicistes et des politiques sur l'intérêt des enquêtes d'opinion par sondage. « Beaucoup se rirent, écrit-il, de l'idée que les Français accepteraient de livrer leurs convictions intimes à un enquêteur inconnu.» A la même époque, il ne parvint pas

non plus à convaincre les journalistes

-

qui devaient devenir quelque vingt-cinq ans plus tard les plus gros consommateurs de sondages - que ce qu'il appelait déjà les « nouvelles d'opinions» pouvait avoir un quelconque intérêt journalistique. C'était il y a cinquante ans. Les années récentes ont vu, en France tout particulièrement, un développement considérable du goût des journaux, des magazines, des radios et des chaînes de télévision pour les résultats d'enquête. Au cours de l'année 1987, on a pu dénombrer 579 publications, soit un rythme moyen de onze par semaine. Encore ne s'agit-il là que de résultats émis par les professionnels de l'enquête d'opinion. Dans la foulée de cet engouement se sont développées toutes sortes de pratiques bâtardes qui ignorent totalement les règles scientifiques élaborées par les théoriciens de la statistique et mises en œuvre par les professionnels du sondage, mais qui en usurpent le nom. mini-sondage, télé-sondage, ou pire encore pourvu que l'on produise et 13

et même ceux

publie des pourcentages. Il y a lieu de s'inquiéter de l'effet pernicieux que ces pratiques de contrefaçon peuvent avoir à terme sur l'image de la profession, dont l'avenir repose sur la confiance que veut bien lui accorder le public. Les instituts de sondage, en France et dans les autres pays, se sont préoccupés depuis longtemps de l'impact de leurs travaux sur le public. Toutes les professions et beaucoup de firmes ou d'institutions font étudier leur image; pour les «sondeurs », cette préoccupation est d'autant plus justifiée que le public est à la fois la source de leur matière première et le destinataire des résultats de leurs travaux, lorsqu'ils sont publiés par les moyens d'information collective. Depuis une vingtaine d'années, l'un ou l'autre des grands instituts français de sondage ont posé quelques questions, principalement en période électorale, pour tenter d'apprécier l'attention portée aux publications de résultats, la part que prennent les sondages dans les décisions de vote et le degré d'acceptation ou de rejet de ce type de consultation du public, suivie de la publication des réponses. Mais il s'agit, dans tous les cas, de coups de sonde limités. En hommage à la mémoire de Jean Stoetzel un an après sa disparition, l'équipe de Faits et Opinions, fondée sous son impulsion en 1980, a pris l'initiative de faire le point sur la perception qu'a le public français, en 1988, des enquêtes d'opinion. L'enquête Pour des raisons budgétaires que tout le monde comprendra, l'équipe de recherche de Faits et Opinions a dû d'abord choisir entre deux options: poser quelques questions seulement dans une enquête à sujets multiples portant sur un nombre important de cas (2000), ou travailler sur un échantillon modeste et étendre le champ des questions posées. C'est cette seconde solution qui a été choisie. Il s'agit donc d'un sondage par échantillon national stratifié portant sur 500 cas, auquel a été appliqué un questionnaire d'une trentaine de questions, administré personnellement à domicile par les enquêteurs professionnels hautement 14

qualifiés de l'Institut de Sondage Lavialle (rsL). La période d'interview est la première quinzaine de février 1988, soit environ deux mois avant l'élection présidentielle. Le choix de l'option autorisant un nombre important de questions était fondé sur le besoin d'obtenir, auprès de chaque enquêté, des données contextuelles qui seraient utiles pour l'analyse des réponses concernant précisément les attitudes à l'égard des enquêtes d'opinion: niveau de consommation des nouvelles d'actualité publiées dans la presse écrite et parlée (niveau faible, moyen, élevé), prédispositions politiques (gauche, centre, droite), état de leur intention de vote pour l'élection présidentielle prochaine (décidés ou indécis) et enfin principaux domaines d'intérêt. Ce dernier point fut mesuré à l'aide d'une question qui présentait une liste de dix thèmes, l'enquêté étant prié de dire ceux de ces thèmes qui l'intéressaient «vraiment ». Trois groupes purent ainsi être isolés: ceux qui s'intéressent à la politique; ceux qui ne citent pas le thème politique mais qui mentionnent les problèmes de société, les nouvelles régionales ou les nouvelles de l'étranger, et enfin ceux qui ne citent que le sport, les arts et les spectacles, les jeux télévisés, le loto, tiercé ou autres jeux de hasard. Le premier groupe (les politisés) compte pour 31 %, le second groupe (nouvelles d'intérêt général) compte pour 52 %, le troisième groupe (distractions) compte pour 17 %. Les questions relatives aux enquêtes d'opinion devaient aborder quatre thèmes principaux' l'expérience de l'interview, l'exposition à la publication des résultats d'enquête, le niveau d'information sur la méthode des sondages, et enfin l'opinion sur la fiabilité des sondages et le rôle qu'ils jouent dans notre société. La mise au point des questions s'avéra un exercice difficile, notamment sur le dernier thème qui vient d'être mentionné. Fort heureusement, nous pûmes avoir connaissance d'un travail de recherche exploratoire sur le thème: Enquêtes et sondages, mené par le Laboratoire de psychologie sociale de la faculté de Grenoble, sous la direction de Mme le Pro Berthier, au moyen d'interviews non-directifs. Cette matière, très riche, aida à la formulation des questions. (Le questionnaire de l'enquête est présenté en an15

nexe.) Par ailleurs, une recherche d'archives permit de repérer les résultats de quelques questions posées en France dans le passé par des instituts de sondage et plusieurs sourees d'information sur des recherches faites à l'étranger, notamment: Public Opinion Quarterly, Volume 50/1, printemps 86 (Trends in attitudes towards and participation in Survey research; Surveys on surveys: Limitation and potentialities) et Esomar Seminar on opinion polls, Strasbourg, novembre 1986 (Understanding the process of public opinion.) L'expérience de la situation d'interview A l'heure actuelle, on peut estimer à quatre sur dix la proportion des Français adultes qui ont déjà été interrogés. C'est une proportion importante, inférieure toutefois à celles observées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. La situation d'interview est donc maintenant un phénomène largement répandu; les choses ont bien changé depuis l'époque où George Gallup expliquait à une interlocutrice qui s'étonnait de n'avoir jamais été interrogée qu'elle avait autant de chances de connaître cette expérience que d'être frappée par la foudre. Parmi tous les thèmes sur lesquels le public se souvient avoir été interrogé, la politique occupe une place relativement modeste, comparée à la masse importante d'interviews portant sur les produits de consommation, la distribution, les loisirs et notamment la télévision. Un Français sur dix se souvient avoir déjà répondu à une enquête portant sur la politique. Le bien-fondé de la consultation du public Dans quelle mesure les Français attribuent-ils de l'intérêt aux enquêtes dont ils sont l'objet, en d'autres termes estiment-ils qu'il est utile, sans intérêt ou mauvais de demander son avis au public au moyen de ce type de consultation ? Le bien-fondé de la consultation du public sur toutes sortes de problèmes est largement reconnu: ainsi, il est admis que demander au public ce qu'il pense des grands problèmes de société (par exemple chômage, drogue, santé, 16

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