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Les grands groupes de la construction : de nouveaux acteurs urbains ?

De
200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 55
EAN13 : 9782296267947
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LES GRANDS GROUPES DE LA CONSTRUCTION: DE NOUVEAUX ACTEURS URBAINS?

LES GRANDS GROUPES DE LA CONSTRUCTION: DE NOUVEAUX ACTEURS URBAINS?
Analyse comparée de l'évolution des grands groupes de la construction dans les pays d'économie développée

sous la direction d'Élisabeth

CAMPAGNAC

Publié avec le concours du Plan Construction et Architecture

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Les traductions

ont été effectuées

par:

Béatrice Bretonnière (G. Giallocosta, M. Maccolini). Rudolf Montag (M. Ball, R. Flanagan). Beate Renner O. Jansen, ]. Goldberg; M. Matsumura; P. Strassmann). Rita Sabah (V. Nikolaiev, P. Hillebrandt). D'autres ont été directement assurées par les auteurs (G. Dioguardi, S. Stanghellini).

Photo de couverture: Photographe: Michel Dambrine

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1346-3 ISSN : 0298-8844

PRÉSENTATION

GÉNÉRALE

Élisabeth

CAMPAGNAC*

Du 3 au 6 juillet 1990, s'est tenue à Paris la Conférence Internationale de Recherche sur le Logement (eLL.O.G.). Organisée sous les auspices de l'Association Internationale de Sociologie (AJ.S.), par le Ministère de l'Équipement, du Logement, des Transports et de la Mer, avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.), de l'Organisme de Recherche Scientifique sur les Territoires d'Outre-Mer (O.R.S.T.O.M.), de l'Agence Nationale pour l'Amélioration de l'Habitat (A.N.A.H.), du Service Technique Urbain (S.T.U.) et du Réseau Européen pour la Recherche sur le Logement, cette conférence était consacrée aux «Enjeux Urbains de l'habitat ». Sept cents chercheurs, venus de cinquante pays, se rassemblèrent pour débattre de ce thème, dans différents ateliers et séances plénières. Cette Conférence a été initiée par le Plan Construction et Architecture (P.C.A.)'. La mission de cet organisme, au sein du Ministère de l'Équipement, est de lancer et de gérer des recherches et des expérimentations qui concernent en particulier l'habitat et l'industrie du Bâtiment. Certaines d'entre elles ont une vocation d'analyses comparatives internationales ; ainsi en est-il de la recherche réalisée par le Centre d'Études et de Recherches sur les Qualifications (C.E.R.E.Q.) sur l'industrie de la construction dans quatre pays européens, qui fait largement autorité dans ce domaine 2.
* Enseignante-chercheur à l'Écqle Natiqnale des Pqnts et Chaussées, Centre d'Enseignement et de Recherche «Techniques et Sociétés ». Auteur de nqmbreux quvrages wnsacrés aux évqlutiqns dans l'industrie de la wnstructiqn et aux pqlitiques des grands gmupes. 1. Avec l'implicatiqn particulière de pmgrammes du P.C.A : le pmgramme «Emplqi, Qualificatiqn, F()fmatiqn» et le pmgramme « SqcÎq-Ewnqmie de l'habitat ». 2. Dévelqppée dans le cadre des deux pwgrammes du P.C.A. précédemment cités, cette recherche a vu une pattie de ses résultats publiés avec les Actes du Cqllqque des 28 et 29 septembre 5

La Conférence Internationale sur le Logement s'insérait donc largement dans la dynamique de la recherche scientifique en France 3. Parmi les centaines de communications discutées lors de la Conférence, cet ouvrage entend reproduire celles du groupe de travail consacré aux « systèmes et acteurs de la production de l'habitat ». L'objectif assigné à ce groupe était de dégager les principales évolutions qui s'étaient opérées dans les systèmes de production de l'habitat et de production urbaine, au cours de la décennie qui s'achevait. Celle-ci était, en effet, considérée, à tort ou à raison, comme une période marquée par des changements de marchés décisifs et par des ruptures importantes dans les politiques de l'habitat. L'entrée en crise du modèle de développement sur lequel s'était fondée, trente ans durant, la croissance des économies occidentales, le retour des théories libérales ou néo-libérales prônant la supériorité des valeurs du marché, le recul des politiques publiques de soutien au logement, pour ne citer que ces quelques aspects, n'ont pas manqué d'avoir, dans la plupart des pays d'économie développée, des incidences sur le niveau de l'offre ou les conditions de la production du logement. Dans le même temps, la tendance à la globalisation de l'économie s'est accompagnée d'importantes mutations au niveau des villes et d'une nouvelle différenciation des espaces. L'internationalisation des marchés et des structures productives, la tertiarisation de l'économie - qui se manifeste notamment par le rôle croissant des services nécessaires à la production - la montée des activités financières, etc., se conjuguent pour redéfinir la structure des grands centres urbains, le rôle des métropoles et leur mode d'insertion dans un réseau de relations et d'échanges qui dépasse désormais le cadre des frontières nationales. L'accueil de ces activités fait de plus en plus l'objet d'une compétition entre les grandes villes, cette compétition se jouant désormais au niveau international. Ce mouvement aboutit à des processus de sur-valorisation de certains espaces (en particulier les espaces centraux) et simultanément, à la dévalorisation accélérée des autres (une grande partie des espaces périphériques) ; mais la différenciation ne se réduit pas à cette distinction classique du centre et de la périphérie. Les lignes de clivage se complexifient, autour d'une interdépendance accrue entre les villes, mais aussi d'une nouvelle hiérarchie entre les pôles urbains, traversée par une dynamique à la fois centralisatrice et décentralisatrice 4. De fait, derrière le « boom» immobilier, on peut lire
1989 sous le titre: «Europe et Chantiers. Le B.T.P. en Europe: structures industrielles et marché du travail », sous la direction de Mytiam Campinos-Dubemet, Jean-Marc Grando, Martine Mobus, Gilles Margirier, aux Éditions du Plan Construction, 1989, 484 p. 3. Cet ouvrage a également bénéficié du soutien du P.C.A. 4. Sur ces questions, citons en particulier: - François Ascher: «De la planification urbaine au management stratégique », communication au troisième Congrès de « Association of European Schools of Planning », Tours 1989.

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plus qu'un simple retournement de conjoncture (la « reprise» succédant à la crise) : une restructuration urbaine profonde. Lors de la Conférence, une première série de contributions était centrée sur la mutation des marchés de la construction et leur rapport aux changements intervenus dans les politiques publiques (en matière de financement du logement ou de « planification» urbaine). Elles permettaient de tracer le contexte général éclairant la recomposition des stratégies et des jeux de relations entre acteurs. Mais ce sont les formes et les enjeux de cette recomposition qui alimentaient l'essentiel des débats: en effet, les témoignages faisaient état d'importantes transformations dans la nature des marchés, l'organisation industrielle ou les structures d'entreprises. La centralité de l'entreprise générale et son rôle accru dans le processus de construction, son changement de place dans le système d'acteurs, et les conséquences qui pouvaient en découler au niveau de l' habitat ou de la production urbaine, étaient évoquées, à partir de l'expérience de nombreux pays. Dans le même temps, chacun lioulignait le besoin de connaissances et d'échanges comparatifs dans ces domaines. L'idée s'est alors formée, peu à peu, de concevoir l'ouvrage destiné à rendre compte des contributions de ce groupe de travail, autour d'une série d'articles, tous consacrés à l'analyse des grands groupes ou des grandes entreprises de la construction et à l'examen de leur rôle dans la production urbaine. Le choix s'est aussi orienté vers une confrontation des expériences limitées aux pays d'économie développée et aux « nouveaux pays industrialisés ». Quelques contributions supplémentaires ont alors été demandées à des experts qui n'avaient pu assister à la conférence, mais dont les témoignages permettaient de mieux couvrir le sujet. Le thème commun à l'ensemble de ces articles est bien celui du lien entre le rôle revendiqué par les grands groupes de la cpnstruction dans la production des villes, et la série de mutations qu'ils ont connues au cours des années 1980. Ce thème se décline, bien entendu, autour d'une série questions, en particulier celles-ci : Les transformations urbaines représentent-elles de nouveaux marchés pour le secteur de la construction? A côté des marchés traditionnels que sont les marchés de travaux, de nouveaux marchés, beaucoup plus centrés sur
François Ascher « Prospective des villes» Plan Constrncrion er Architecture, ronéo, 1991. ]ean'Claude Oriant (sous la direction de)« Prospective des villes et de l'habitat », il paraître ---: aux Editions L'Harmattan. - Gabriel Dupuy « L'urbanisme des réseaux. Théories et méthodes» Éditions Armand Colin, Collection U Géographie, Paris, 1991. - Pierre Veltz «Entreprises et territoire », Annales des Mines, novembre 1991. 7

les services (services à la production, mais aussi, plus directement, services urbains et services aux collectivités locales), n'ont-ils pas émergé au cours des années 1980 ? En quoi et pourquoi ont-ils eu tendance à être assumés par ces agents économiques particuliers que sont les entreprises de la construction, et plus particulièrement par les grandes? Peut-on opérer un rapprochement entre cette demande nouvelle en « services» et l'évolution des entreprises? Celles-ci se définissent moins, aujourd'hui, comme des entreprises d'exécution - ce qu'elles ont longtemps été - mais davantage comme des prestataires de services travaillant pour une multiplicité de clients, publics ou privés, impliqués dans la construction, mais aussi

dans la production et la gestion des villesj.

Comment contribuent-elles à renouveler les termes de la compétition économique? Ces nouveaux marchés, liés aux transformations urbaines, ne se spécifient pas simplement par la part importante de services qu'ils incluent. Ils se caractérisent aussi par la complexité et la multiplicité des fonctions qu'ils mobilisent. Dès lors, ils encouragent des stratégies d'offre globale que les grandes entreprises ou les grands groupes sont, peut-être seuls, à même de développer. Une nouvelle différenciation d'accès aux marchés s'appuierait ainsi sur les capacités à concevoir et à gérer des opérations complexes. L'acquisition de telles capacités deviendrait alors primordiale dans la concurrence. De l'industrie de la construction à l'industrie urbaine? Pour s'adapter aux mutations des marchés de la construction, les grandes entreprises ont dû redéfinir leurs stratégies et les moyens de leur développement. Sous l'effet de l'accélération des concentrations financières et des politiques de développement fondées sur la croissance externe et la diversification, elles sont devenues dans certains pays de puissants groupes multi-activités, mais aussi de puissants opérateurs urbains. Il apparaît bien difficile de ne pas rapprocher leur position actuelle - ou celle qu'elles prétendent occuper dans la compétition pour les opérations urbaines complexes - des mutations qu'elles ont elles-mêmes subies. Autrement dit, les politiques qu'elles ont suivies pour s'adapter aux changements d'environnement et de marché ne les désignent-elles pas aujourd'hui comme les véritables opérateurs urbains, du fait des capacités qu'elles ont acquises ou des synergies reti-

rées de leur diversification6 ?
Dès lors, il apparaît difficile d'esquiver la question du passage éven-

tuel de l'industrie de la construction à l'industrie « urbaine ». Au fil des
5. Pour l'analyse des mutations urbaines, ~ojr notamment Jean-Claude Driant (sous la direction «Prospective de l'habitat urbain:o, Les Editions L'Harmattan 1992. 6. Cf. E. Campagnac : « L'implication des grands groupes de Bâtiment et de Travaux Publics dans la production de l'habitat urbain: tendances actuelles et éléments de prospective :0 in J-c. Driant, op. cil. de):

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différentes contributions, on peut se demander si ces grandes entreprises, ces grands groupes ne relèvent pas déjà d'une nouvelle industrie, dont le champ serait la ville, et qui ne se réduirait plus simplement à telle ou telle opération, tel ou tel ouvrage d'art, tel ou tel bâtiment. En admettant cette hypothèse, on pourrait imaginer que ces grands groupes deviennent les interlocuteurs privilégiés des collectivités locales. Une raison supplémentaire, sans doute, pour les mieux connaître. Ces grands groupes sont-ils « porteurs» d'une culture industrielle transférable à leur nouveau domaine d'activité? Si les projets urbains ou la gestion des villes peuvent intéresser les grands groupes, en tant que nouveaux marchés, on peut s'interroger, dans une démarche inverse, sur l'intérêt que les responsables des villes peuvent trouver à un « partenariat» avec ces grands opérateurs privés que sont les groupes de construction. Cet intérêt peut-il être autre que financier? Quelles conséquences l'implication de ces grands groupes peut-elle entraîner dans les manières de concevoir et de penser la ville? La justification du partenariat peut-elle se situer, aussi, dans le transfert d'une culture « industrielle» ou de capacités gestionnaires de l'entreprise à la ville? Mais alors la logique du privé ne risquet-elle pas de dominer la ville et de précipiter l'abandon et la dévalorisation de certains quartiers? Quels effets cette évolution entraîne-t-elle sur le reste de l'industrie de la construction? L'accent mis sur la centralité nouvelle des grandes entreprises dans le processus de production ne doit pas faire oublier les conditions dans lesquelles elle s'opère ni les incidences qu'elle entraîne sur les autres acteurs. En particulier, quelle place, quel rôle cette évolution de l'entreprise laisse-t-elle au concepteur? La tendance des grandes à intégrer désormais une large part des tâches de conception débouche-t-elle sur la configuration de nouveaux espaces de conflits - donc de négociation - de nouveaux découpages de territoires entre le concepteur et l'entreprise, l'architecte et l'ingénieur ? Mais les incidences de cette « centralité » de l'entreprise générale sont tout aussi fortes, sinon plus, au niveau de l'exécution; elles s'expriment en particulier sur le chantier. La montée de la sous-traitance, le recours croissant à des petites entreprises, la tendance à les spécialiser, ou encore les difficultés que rencontrent toutes les entreprises dans le recrutement et la gestion de la main-d'œuvre, suffiraient à montrer que la politique des grandes entreprises suscite quelques contradictions. La légitimité d'un ouvrage consacré aux grands groupes, dans un secteur dominé par la petite entreprise. Malgré l'intérêt de toutes ces questions et leur actualité évidente, nous ne pouvions pour autant éviter de ressentir ce dilemme: que signifie de privilégier l'étude des grands grou9

pes dans un secteur comme la construction, alors qu'il s'agit précisément d'une industrie marquée par la prépondérance quantitative de la petite entreprise, proche de l'artisanat? Dans le même ordre d'idées, peut-on considérer le mouvement de concentration dans l'industrie de la construction comme un phénomène réellement pertinent? Le processus auquel l'on assiste - avec la multiplication des fusions-acquisitions et des prises de contrôle au niveau interne et international-est-il comparable à celui qui s'opère dans l'industrie? La domination économique des grands groupes sur le secteur (en termes de contribution au chiffre d'affaires, par exemple) s'est-il accru? Fort peu, apparemment, si l'on s'en tient aux données statistiques fondées sur ce critère. Mais sans doute de façon incontestable sur la base d'une typologie des marchés et des opérations. Homogénéité des tendances ou diversité des formes: vers un modèle européen? Une autre question à laquelle ce livre souhaite répondre con-

cerne, bien sûr, l'émergence ou non d'un modèle « européen », à partir
des tendances communes constatées. Malgré la forte tentation de conclure à la convergence de certaines évolutions, la prudence s'impose. Les résultats de la recherche du C.E.R.E.Q. l'ont bien montré, en soulignant la part de l'incidence sociétale sur les rapprochements sectoriels dans les caractéristiques que connaît le B.T.P. des différents pays. La question d'une orientation vers un modèle commun européen n'en demeure pas moins légitime, notamment en ce qui concerne les opérations et les grands projets internationaux. Les treize contributions rassemblées dans ce livre apportent de nombreux éléments de réponse à ces questions. Pour plus de clarté, nous les avons regroupées en deux grandes parties, consacrées respectivement aux stratégies des grandes entreprises face aux mutations urbaines, puis à l'évolution des structures et des modèles d'organisation dans l'industrie de la construction.
LEs STRATÉGIESDES GRANDS GROUPES DE LA CONSTRUCTION FACE AUX MUTATIONS URBAINES

Bien qu'elles abordent de multiples éléments du débat, chacune de ces contributions met l'accent sur une question ou un mode de lecture plus particuliers. C'est ainsi qu'un certain nombre d'entre elles resituent les stratégies des grands gr<?upes en les rapportant d'abord aux changements intervenus sur les marchés de la construction; alors que d'autres analysent directement la logique qui conduit ces grands groupes à s'impliquer plus directement dans la production ou la gestion urbaines. A la lecture de ces contributions, il ressort que la redéfinition des stra10

tégies d'entreprises, dans le nouveau contexte économique des pays occidentaux, emprunte plusieurs voies, qui vont de l'investissement de l'entreprise dans de nouveaux domaines d'activité à la mise en œuvre de nouveaux types de relations contractuelles destinées à permettre aux grands groupes d'échapper à la mise en concurrence. Cet aspect se retrouve aussi dans les nouveaux pays industrialisés de l'Asie Pacifique. Le renouvellement marchés des termes de la comPétition sur les nouveaux

S'il fallait résumer d'un mot le principal changement de l'environnement qui s'est imposé aux entreprises, l'on pourrait dire qu'il se situe dans le repli massif, brutal des grands marchés de travaux dans les pays producteurs de pétrole et les pays en voie de développement pour un recentrage obligé vers les pays industrialisés. Il ne s'agit pas d'un simple repli géographique ni d'une simple substitution de marchés par d'autres. Mais bel et bien d'une recomposition en profondeur des conditions dans lesquelles vont devoir œuvrer les entreprises. Deux contributions sont ici d'un apport décisif, qui permettent de saisir en quoi les nouvelles orientations stratégiques des grands groupes ne sont pas simplement dictées par l'état de la concurrence, mais aussi par le renouvellement des termes de la compétition qui se dessinent sur les nouveaux marchés. Stefano Stanghellini s'attache à tracer le scénario de la compétition industrielle en Europe, à la veille de la réalisation du grand marché unique de 1992. Il montre en particulier comment une demande tout à fait nouvelle se dessine autour des marchés liés à la réalisation de l'espace européen, dans un contexte de forte tertiarisation des économies: la compétition se porte, non plus comme par le passé, sur l'acquisition de grands travaux; elle s'organise désormais autour de la bataille pour la participation à la restructuration des villes européennes, ainsi qu'à la conception, réalisation et gestion des grands équipements d'infrastructure. Autrement dit, les barrières à l'entrée sur ce type d'opérations ne se limitent pas au changement d'échelle dans la taille des opérations; elles s'expriment davantage en termes de capacités de réponse à la complexité urbaine, financière et technique qui définit désormais ces nouveaux marchés. Elle s'exprime aussi en termes de capacités à réaliser des associations et des alliances avec des partenaires locaux, susceptibles d'emporter le consentement des instances politiques et des pouvoirs publics. Dès lors, ces grands marchés urbains européens pourraient bien être aussi des marchés réservés aux très grands groupes, en mesure d'offrir des capacités d'offre intégrée. La situation de la compétition en Europe serait-elle alors si différente de celle que nous décrit Roger Flanagan dans cet espace dominé par les 11

« nouveaux pays industriels », que constitue l'Asie Pacifique? Ici, l'expertise en management et en technologie sur laquelle se fondait traditionnellement la prédominance des grands « contractors» américains, britanniques ou français est remise en cause par la montée de nouveaux arrivants, au premier rang desquels se place, bien entendu, le Japon. L'atout compétitif des firmes de ces nouveaux pays industrialisés reposerait-il seulement sur la capacité à réunir une abondante force de travail, habile et peu coûteuse, dont le secret tiendrait aux bas standards de vie et aux caractéristiques culturelles? Est-il lié à l'exercice, par les gouvernements des États concernés, d'un protectionnisme jaloux, sans lequel la croissance des grands contractors japonais, par exemple, n'aurait jamais atteint un tel niveau? Ou bien, tient-elle à des modes d'organisation et de management particulièrement efficaces? Dans tous les cas, l'Asie Pacifique est aussi une zone où se joue le renouvellement des termes de la compétition. Le rôle des politiques de diversification: d'avantages concu"entiels ? expansion ou recherche

L'éclairage que ces deux premières contributions mettent ainsi sur la transformation de l'environnement permet alors de comprendre l' importance des enjeux auxquels répondent les politiques de diversification. Dans bien des pays, la diversification a joué un rôle déterminant dans le développement des entreprises de la construction, au cours des années 1980. Les motivations ont pu sembler à l'origine être de compenser une activité dans un secteur en déclin par de nouvelles activités dans des secteurs en expansion, selon une interprétation proche de la théorie du portefeuille. Il est difficile aujourd'hui d'évacuer l'idée que les entreprises viseraient aussi à s'assurer, par la diversification, des positions plus compétitives, par le biais de l'acquisition de capacités nouvelles. Ne convient-il pas alors de dégager les différentes significations que peut revêtir la diversification, selon les directions de son expansion, le type d'activités sur lesquelles elle porte, la nature du lien qui s'établit entre ces dernières, et la synergie attendue de leur regroupement au sein de l'organisation de l'entreprise? Face à ces questions, le texte de Patricia M. Hzllebrandt apporte des éléments fort utiles et intéressants. Le rappel qu'elle opère des théories de la diversification et les grilles d'analyse qu'elle applique au secteur de la construction, permettent de montrer la diversité des objectifs et la différenciation des enjeux, selon que la diversification s'accomplit sur le mode horizontal (et dans ce cas-là, dans des activités proches ou non du métier de base) ou sur le mode de l'intégration verticale (et dans ce cas-là, vers les métiers situés en aval ou en amont du métier de base). Cette distinction permet alors de fonder une analyse comparative des politiques de diversification en Europe. Elle fait ressortir une certaine convergence des politiques d'entreprises dans quelques directions communes 12

(autour de l'intégration des activités amont, en particulier de la promotion immobilière) en même temps qu'elle souligne l'existence de variations d'un pays à l'autre. Une tendance commune: cités d'offre intégrée l'orientation des entreprises vers des capa-

Les observations dégagées par Patricia M. Hillebrandt sont corroborées par de multiples contributions. Appliquées à des contextes nationaux différents, celles ci n'en témoignent pas moins d'une même tendance des entreprises de construction à se constituer des capacités d'offre intégrée pour mieux se positionner sur le marché et/ou pour réduire les risques lié à un environnement plus incertain. Dans la plupart des pays occidentaux, la constitution de cette capacité d'offre intégrée a d'abord concerné la recherche d'une maîtrise complète de l'ensemble du processus de production, au sein de l'activité « construction» : autrement dit, la priorité a d'abord été dirigée vers l'intégration verticale7.. Celle-ci s'est opérée en particulier vers les activités amont: l'entreprise intégre désormais les activités de conception, d'ingénierie, mais aussi de prestation de services à la maîtrise d'ouvrage (l'investissement dans la promotion immobilière s'opére plus tardivement et avec la reprise). Ce faisant, elle s'éloigne du schéma de l'entreprise générale traditionnelle chargée de l'étude et de l'exécution du lot principal et d'une simple mission de coordination concernant les autres lots, pour se rapprocher de celui de « l'ensemblier» négociant très amont la conception du produit ainsi que l'organisation et la gestion d'ensemble du système de réalisation. Cette tendance, dont nous avions noté qu'elle faisait son apparition en France dans la première moitié des années 1980 dans un contexte de crise 8 comme une nouvelle forme de concurrence entre grandes et petites entreprises sur les marchés de l'habitat, s'est depuis largement répandue parmi les entreprises dépendant des grands groupes. S'agit-il alors d'un transfert d'expérience des grands marchés à l'export, de l'influence des méthodes anglo-saxonnes utilisées dans les grands contrats internationaux, comme le suggère Dominique Lorrain? Ou bien l'orientation vers le modèle ensemblier constitue-t-elle davantage une réponse à l'état de la situation concurrentielle et aux nouvelles contraintes, économiques, technologiques qui découlent de la crise et de la restructUration des marchés de la construction? La recherche d'une gestion
7. y comprischronologiquement.

, , 8. E. Campagnac : « Construction et Architecture: métiers en mutation? » Editions l'Equerre, Paris 1984. Et E. Campagnac : «Le marché du petit collectif: les nouvelles stratégies des acteurs de la construction », Éditions du Plan Construction, collection Recherches, 1986. a. aussi Sedes : « Étude sur les modes d'exécution des rravaux de Bâtiment collectif dans les gtands groupes de B.T.P. » (document ronéoté, 1985).

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plus globale du cycle de production, sur le mode du système intégré, qui accompagne le retour des grandes entreprises sur les marchés de l'hexagone, apparaît, dans tous les cas, plus efficace que l'organisation traditionnelle pour maîtriser l'économie de projets qui se diversifient et qui se complexifient. La quasi-totalité des contributions font état de cette orientation commune, portée par l'entreprise générale, vers une capacité d'offre intégrée, tournée notamment vers le montage technique, économique et financier de l'opération, la conception, le management et la conduite globale de projet, selon des formes qui varient en fonction de la diversité des contextes nationaux. La diversification horizontale: une stratégie de mobilité vers les marchés les plus porteurs (au sein de la construction) ? En revanche, la plupart des contributions s'attardent peu sur la question de la capacité d'offre supplémentaire qu'est susceptible de conférer à l'entreprise une politique de diversification horizontale, hors des métiers de la construction. Tout se passe comme si la diversification horizontale ne répondait qu'à des opportunités, des occasions à saisir mais qu'elle ne contribuait pas à renforcer les capacités d'offre d'entreprise, sauf lorsqu'elle porte sur d'autres marchés de Bâtiment ou de travaux publics. Quelques auteurs évoquent alors la diversification horizontale pour rendre compte de la « mobilité» des entreprises sur les marchés, en fonction de l'évolution de leur importance et de leur profitabilité. La contribution de Paul Strassmann illustre très bien la démarche, même

si elle ne se réfère pas explicitement à la notion de « diversification horizontale ». Elle retrace, en effet, le déplacement des grands constructeurs américains sur les marchés de bâtiment et de génie civil, et leurs mouvements entre les marchés nationaux et internationaux. A travers l'analyse des vingt plus grandes entreprises américaines - comparées à l'échantil-

Ion.élargi des 400 premières -

il rend compte des processus de « distri-

bution» des entreprises sur les marchés de construction, et des différences qui fondent les avantages compétitifs des unes et des autres. Il conclut ainsi au désintérêt des grandes entreprises américaines pour le marché de l'habitat et à leur retrait quasi total de ce secteur aujourd'hui. Nous retrouverons un constat similaire dans d'autres pays, mais sans doute pas dans les mêmes proportions.

Ou une stratégie d'offre globale pour la pénétration urbains ?

des marchés

L'enjeu de la diversification horizontale est peut-être plus large cependant que ne le laisse entendre l'examen de la diversification sur les seuls marchés de bâtiment. L'orientation des entreprises vers des activités situées
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hors de leur champ traditionnel peut trouver sa raison d'être dans la synergie retirée par rapport à une clientèle. C'est ainsi que la diversification très large pratiquée par les groupes français et qui les a portés au cours de ces dernières années vers des activités aussi différentes que les métiers de la promotion et de l'aménagement, la gestion des équipements, publics ou privés, la production et la gestion d'installations électriques, la concession de services urbains, l'industrie de la communication et de l'audio-visuel, etc., pourrait bien s'expliquer par la synergie que ces différentes activités, en particulier l'alliance entre la construction et les services, retireraient de l'identité de clientèle: les collectivités locales. La contribution de Dominique LOTTainvient conforter cette hypothèse. Après avoir montré comment la globalisation de l'offre qui se fait jour découle à la fois de la dynamique des marchés et des comportements d'entreprise, il s'attache à dégager les raisons qui permettent de comprendre pourquoi ces stratégies sont susceptibles de rencontrer une certaine audience auprès des élus locaux. Ce faisant, il met clairement en évidence, le rôle croissant des grands groupes dans la production urbaine, qui s'est opéré en France avec la décentralisation de 1982. Cet intérêt des entreprises de construction pour la production et la gestion urbaines serait-il donc une exclusivité française? La contribution de Stefano Stanghellini dégageait déjà un éclairage voisin sur la situation italienne, dans un contexte de structures étatiques, politiques, mais aussi de structures urbaines et de structures d'entreprises très différentes. Celle de Gianfranco Dioguardi développe l'idée originale d'une application possible à la ville des nouveaux modèles d'organisation d'entreprise. L'internationalisation des marchés, aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est, appelle de nouvelles formes de collaboration entre les entreprises, notamment entre les grandes, dont l'action, tournée vers la coordination générale, présente un caractère supranational, et les entreprises locales, appelées à se spécialiser en tenant compte des traditions attachées aux divers territoires. Dans une vision idéelle, Gianfranco Dioguardi projette le modèle de la Macroentreprise, ce système d'entreprise en réseaux né dans le cadre italien, dans le contexte d'internationalisation et de globalisation des marchés. Il imagine alors la transposition possible de ce modèle d'entreprise à la gestion de la ville, dans le schéma de la « cité-entreprise ». Ce faisant, il esquisse le champ d'action et les voies possibles pour un partenariat public-privé, délimitant le cadre des interventions nouvelles de l'entreprise sur la ville. Il défend, en particulier, l'idée qu'un tel partenariat peut s'appliquer aussi bien à la gestion des quartiers périphériques, défavorisés. Il souligne également l'importance de la composante culturelle dans les formes d' organisation en réseau, et montre comment, de la macro-entreprise à la citéentreprise, l'entreprise générale agit en produisant et en diffusant cette culture. Le texte de Gtlles Verpraet aborde alors les incidences des mutations 15

de « l'économie mixte» et du passage à de nouveaux modes de production urbaine, plus transversaux, sur les professions impliquées dans la conception de l'urbanisme et de l'habitat. Après avoir souligné l'opposition (le « paradoxe») qui sépare, en France après la décentralisation, le processus de conception du logement social - toujours dépendant d'un financement national centralisé - et la conception urbaine - qui, largement décentralisée, s'appuie désormais sur des réseaux de professionnels diversifiés, entrecroisés, parfois concurrents. Il montre comment la notion de
« réseaux de conception» permet un certain déplacement, dans l'analyse

de. ces professions; leur étude se poserait moins en termes de statut des agents, plus ou moins caractérisés par leurs identités, qu'en termes de circulation des messages et d'opérations de traduction correspondant aux types de médiation en jeu. Ces opérations de traduction seraient nécessaires pour assurer la médiation entre la demande urbaine (associant les élus, les techniciens et les habitants) et l'offre urbanistique (associant l'État, les collectivités locales, les maîtres d'ouvrage et les bureaux d'études) ; ou encore pour concilier les enjeux de conception, de montage ou de gestion du projet au sein du réseau de professionnels. La participation à la conception urbanistique apparaît désormais comme une position très disputée entre différents acteurs. Il serait à cet égard intéressant de confronter les réseaux de conception étudiés par Gilles Verprael et les recompositions des professions impliquées dans la conception et le montage d'opération, ainsi que dans la gestion de projet ,au sein des entreprises 9.
l'ÉVOLUTION DES S1RUCTURES ET DES MODÈLES DANS L'INDUSTRIE DE LA CONS1RUCTION

D'ORGANISATION

La contribution de Gilles Verpraet permet d'assurer la transition avec la nature des questions traitées dans la seconde partie de l'ouvrage. En effet, autour du thème général « structures et organisation », c'est bien la position de l'entreprise générale dans sa relation au système d'acteurs, tout au long du projet et dans la phase d'exécution, qui est au centre des analyses. L'approche monographique par pays, qui domine cette seconde partie, se justifie car elle permet apprécier la diversité des voies par lesquelles se réalise la « centralité» de l'entreprise générale. Observée dans la plupart des pays étudiés, cette centralité de l'entreprise s'oppose à l'organisation traditionnelle du secteur de la construction 10.
9. Sur l'analyse comparative de ces recompositions (France, Grande-Bretagne, Italie), cf. M. Bali, E. Campagnac, G. Giallocosta : « Du commercial à la gestion: renouvellement des professions et politique d'emploi des cadres» E.N.P.C.-Cenes/Plan Construction et ArchitectUre 1992. 10. Celui-ci se caractérise par la longueur du cycle de production et son découpage en de multiples phases, dont chacune relève d'agents économiques distincts, mus par des logiques différentes. Cet état de fait trouve des éléments d'explication dans différentes directions: l'existence, avec l' obs16

A l'amont, le découpage fonctionnel du processus en de multiples phases étroitement circonscrites et confiées à des agents spécialisés, a sans doute permis d'accroître, dans un environnement stable, la prédictibilité d'un processus soumis par ailleurs à de fortes contraintes de variabilité. Mais il traduit aussi l'héritage de conflits anciens entre professions et entre agents aux logiques économiques différentes. On comprend alors toute l'importance que revêt, pour cette industrie, la production de règles ou de conventions destinées à régir l'activité des agents et surtout leur système de relations. Ces règles ou ces conventions revêtent un caractère particulièrement stratégique dans ce qui touche notamment la relation entre la

conception et la réalisation 11.
Or, c'est à la fois la diversité de ces modes d'organisation traditionnelle et leur remise en cause aujourd'hui qui ressortent de la plupart des contributions. Chacune toutefois tend à mettre l'accent sur quelques aspects privilégiés et différents selon les pays. La transformation des relations contractuelles: l'exemple britannique

C'est, bien entendu, dans le cas britannique que l'impact des changements de marchés sur l'évolution des relations contractuelles et sur les structures d'entreprises est le plus nettement souligné. En présentant les principales évolutions qui ont marqué au cours des vingt dernières années les formes de contrat utilisées dans le secteur de la construction, Michaël Bali fait ressortir les différentes logiques à l' œuvre dans ce bouleversement de l'architecture des relations traditionnelles. Plus clairement que dans d'autres pays, la diversité des formes de « contracting» rompant avec le système traditionnel (du Project Management au Management Contracting, en passant par le « design and build ») témoigne des résistances, des offensives ou des alliances des diverses professions (architectes, quantité surveyors, etc.) face à la montée en puissance des grands «contractors ». La bi-polarisation des structures d'entreprises: la situation italienne

C'est sur les différences de plus en plus fortes qui sépareht aujourd'hui les grandes entreprises générales (dont la taille demeure sensiblement plus réduite que celle de leurs homologues européens) et les petites entreprises locales qu'insistent pour leur part Giorgio Giallocosta et Mauro Maccolini, dans le contexte italien. Les auteurs entendent ne pas séparer le déve-

tacle foncier, d'une contrainte que ne connaît aucune autre industrie; les nombreuses contraintes de vatiabilité, extetne et intetne, auxquelles est soumis le ptocès de travail (M. Campinos-Dubetnet 1984) le caractère forain du chantier venant redoubler les conséquences d'une ptoduction de type unitaire; le maintien de nombreuses petites entreprises au catactère artisanal et d'un large secteur échappant à la logique de la grande fIrme capitaliste, longtemps organisé sur la base des métiers, etc. 11. La séparation très marquée entre la conception du produit-bâtiment, qui relève traditionnellement des atchitectes, et la conception de son exécution, qui concetne davantage les entteprises, constitUe l'une des paniculatités indéniables de l'industrie de la construction. 17

loppement considérable de la toute petite entreprise (la « pulvérisation» de la structure productive) et l'évolution de son rôle dans le processus productif ou de sa place dans la division du travail. En effet, la bi-polarisation des entreprises italiennes ne peut être ramenée à une simple juxtaposition d'entreprises de taille différente, mais doit être analysée comme une structure d'ensemble, traversée par un fonctionnement spécifique: le pouvoir contractuel très fort des grandes entreprises vis-à-vis du marché (accès aux commandes publiques ou aux commandes liées à l'initiative publique) leur influence croissante sur l'organisation d'ensemble du processus productif ne vont pas sans un fort « éclatement» de la production. Celle-ci fait l'objet d'une décentralisation vers des petites entreprises spécialisées, tandis que l'on assiste au développement simultané des fonctions de management, d'ingénierie, de coordination générale et de gestion au sein de la grande. L'émergence de nouveaux modèles d'organisation fondés sur ces rapports inter-entreprises soulève la question du devenir des savoir-faire de la petite entreprise et de la préservation de son potentiel d'initiative et de qualification, si les formes d'intervention subordonnée à l'entreprise générale se développent. La stabilité de l'entreprise moyenne: le contexte allemand

Sans atteindre les mêmes dimensions, le phénomène ne s'observe pas moins ailleurs. Même en Allemagne, où la figure de l'entreprise moyenne a particulièrement résisté aux mutations des marchés, on assiste au développement du nombre des petites entreprises. La contribution de Jorg Goldberg et de Jorn Janssen, incite à penser que la différenciation des entre-

prises sur la base du critère de taille 12 a d'importantes incidences sur le
système de relations entre les acteurs. En Allemagne, l'industrie de la construction demeure encore largement une industrie d'exécution et les entreprises moyennes n'empiètent pas, comme le font les grandes, sur les missions de l'architecte ou du maître d'ouvrage. Le cas allemand, comme le cas italien d'ailleurs, soulignent aussi, <;n filigrane, l'influence des structures politiques et de l'organisation de l'Etat sur la configuration de l'industrie de la construction, en particulier sur les différences de taille atteintes par les entreprises générales. Parmi les multiples intérêts qu'elle présente, la contribution de Jorg Goldberg et Jorn Janssen a aussi le mérite de montrer les changements qui accompagnent la réunification allemande et les problèmes qu'elle ne manque pas de susciter.

12. La taille n'est bien sûr pas considérée comme un indicateur d'attributs associés à ce critère.

un facteur

déterminant.

mais davantage

comme

18

Vers un modèle euroPéen? L'incidence des modèles nationaux la diversité des industries de la construction euroPéenne

dans

Si nombre de tendances communes ressortent de la lecture des contributions précédentes, l'article de Myriam CamPinos-Dubernet prend le contrepied des rapprochements sectoriels trop hâtifs. Elle s'appuie, pour ce faire, sur les résultats d'une importante recherche comparative menée sut l'industrie du bâtiment (en particulier sur la question de la gestion de main-d'œuvre) dans quatre pays européens. L'éclairage qu'elle met sur l'incidence des modèles nationaux permet de comprendre la diversité des Bâtiments européens et d'en resituer les origines dans leur contexte historique, économique et professionnel respectif. La rigueur de son analyse invite à une certaine prudence quant aux projections sur l'émergence d'un modèle européen; mais elle n'empêche pas de s'interroger sur le devenir de ces modèles nationaux dans la confrontation des principales entreprises sur les grands marchés européens. Le passage à l'économie prise de construction de marché ou la redéfinition de l'entre-

Avec les bouleversements intervenus à l'Est, la construction de l'Europe, on le sait, ne se fera pas tout à fait selon le modèle initial prévu, ni dans le seul cadre de l'Europe communautaire (des pays de la Communauté Économique Européenne). Nul ne sait exactement la manière dont elle s'opérera réellement. Mais il sera sans aucun doute impossible d'ignorer les pays de l'Est et les incidences que la dissolUtion de leur système économique et politique entraînera sur le reste de l'Europe. En retraçant l'histoire de l'évolution des entreprises de la construction en U.R.S.S., durant la période de la Perestroïka, Vsevolod Nikolaev nous introduit dans un univers fort différent. Les catégories pour penser l'entreprise ne sont pas les mêmes; il revient à Vsevolod Nikolaev de nous permettre de mieux comprendre la nature de ces grands complexes qu'étaient les combinats, intermédiaires entre la structUre administrative très centralisée, de l'Union aux Républiques, et les ateliers de production. Cette contribution montre comment les choses déjà ,avaient commencé à bouger, avant la Perestroïka: elle permet de situer les transformations actuelles de l'entreprise dans les réformes qui déjà, commençaient à se développer, autour d'une ébauche de décentralisation. Écrit en juillet 1991, cet article nous parle d'un contexte aujourd'hui dépassé. Mais le témoignage qu'il apporte sur les difficultés de passage à l'économie de marché et sur l'évolution même de « l'entreprise» conserve toute sa valeur.

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L'intervention des grandes entreprises ment: le cas du Japon

dans la production

du loge-

Nombre de contributions jusqu'ici ont insisté sur le retrait des grandes entreprises de la construction du marché du logement. Schuichi Matsumura, pour sa part, s'attache à analyser l'incidence de l'intervention des grandes entreprises sur la conception et la réalisation des logements au Japon. Non pas que ce marché constitue le domaine d'intervention privilégié des grandes: mais il représente une part importante et stable des marchés de la construction dans ce pays (soit environ 50 %), si bien que les grandes entreprises japonaises ne peuvent totalement le délaisser. Dans cet article Schuichi Matsumura défend deux thèses, aussi intéressantes l'une que l'autre. La première consiste à soutenir que, dans la fermeture du marché de la construction japonais aux étrangers, le meilleur atout n'est pas la langue ou le caractère insulaire du pays, mais bien l'architecture très particulière des relations industrielles et professionnelles. Ce qui peut apparaître comme la marque d'une évolution récente ailleurs constitue un élément ancien au Japon. Ainsi du choix par le client de l'entreprise générale (ou des sous-traitants par celle-ci) qui s'opère, de tradition, sans mue en concurrence. La seconde thèse consiste à montrer qu'au Japon (comme ailleurs), une forte segmentation des marchés existe qui se fonde sur la différence de taille des entreprises. Si l'on trouve les grandes entreprises, aux côtés d'entreprises plus petites, sur le marché de la maison individuelle, le produit réalisé par les premières et les secondes n'est pas du tout le même, pas plus qu'il ne repose sur l'emploi des mêmes technologies. Ce phénomène est plus accentué encore sur le marché du logement en immeubles collectifs urbains, où dominent, cette fois-ci, les grandes entreprises. Elles se différencient, ici aussi, par les techniques de construction et l'emploi des matériaux, tels que le béton armé, que n'utilisent pas les petites. Mais la mise en œuvre repose massivement sur la sous-traitance, et ce sont ces petites entreprises que Schuichi Matsumura désigne comme les principaux acteurs du changement. En conclusion, il ressort de l'ensemble de ces contributions l'impression que l'industrie de la construction vit aujourd'hui d'importants changements et que l'on est, sans doute, loin de mesurer toute la portée que représente la montée des grands groupes dans le processus de production. S'agit-il toutefois d'un phénomène durable? Nous ne serions alors qu'au début d'un mouvement qui verrait de plus en plus ces grands groupes sortir de la concurrence, s'immiscer dans la conception de l'habitat en définissant les styles de vie ou encore prendre en charge l'aménagement, la production et la gestion urbaines. Ou bien s'agit-il d'une situation transitoire, liée à la période de la reprise, et qui marquèrait simplement une étape dans la recomposition des stratégies? 20