//img.uscri.be/pth/ffdaa67d6d331182eedc69124a8c7aaf4a9eb1e9
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Les régions à l'épreuve de la régionalisation au Sénégal

De
348 pages
C'est à partir du modèle historique combinant découpages précoloniaux et découpages initiés par le colonisateur que le territoire du Sénégal a été construit. Mais ce modèle a connu des bouleversements, avec la création des régions, structures intermédiaires entre les administrations centrales et les collectivités locales de base. Le découpage du pays en régions est-il viable et efficace pour le développement du Sénégal ?
Voir plus Voir moins

Djibril DIOPLes régions à l’épreuve
de la régionalisation au Sénégal
État des lieux et perspectives
Les régions à l’épreuve
C’est à partir du modèle historique combinant découpages précoloniaux
et découpages initiés par le colonisateur que le territoire du Sénégal a été de la régionalisation au Sénégalconstruit. À l’indépendance en 1960, les nouvelles autorités voulaient organiser
le développement du pays sur la base de zones homogènes. La planifcation
régionale devait permettre de mettre en avant les spécifcités et caractéristiques
de l’ensemble du pays de façon logique. Ainsi, le maillage territorial hérité de la État des lieux et perspectives
période coloniale allait connaître quelques bouleversements.
C’est ainsi que, pour mieux répondre à l’exigence d’un développement
endogène en s’appuyant sur les potentialités locales, il est apparu nécessaire
de créer entre les administrations centrales et les collectivités locales de base,
des structures intermédiaires, les régions, destinées à servir de cadre de
programmation du développement économique, social et culturel et où puisse
s’établir la coordination des actions de l’État et celles des communautés locales.
Or ce système de coordination et d’information est caractérisé, depuis sa
création, par l’encombrement, l’absence de concertation entre ses différentes
composantes et par la léthargie de ces dernières.
Cette situation entraîne des redondances dans les missions, alors que la
plupart des mécanismes mis en place se caractérisent par leur dysfonctionnement.
Ainsi, si le Sénégal est incontestablement un pays « déconcentré », est-il pour
autant décentralisé ? On peut également se demander si le découpage du pays
en régions est viable et effcace pour son développement.
Après une maîtrise en environnement à l’université de Saint-Louis,
Djibril Diop a poursuivi un DEA sur les dynamiques des espaces
ruraux à l’université de Toulouse 2. Docteur en géographie de
l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne (UMR PRODIG 8586
Pouvoirs et dynamiques territoriales), ses thèmes de recherches
portent sur la décentralisation, le développement local et
les questions de gouvernance. Il enseigne depuis 2007 à l’Institut d’urbanisme
de l’université de Montréal au Canada. Il est l’auteur de Décentralisation et
gouvernance locale au Sénégal. Quelle pertinence pour le développement
local ?, Urbanisation et gestion du foncier urbain à Dakar, parus aux éditions
L’Harmattan, et de nombreuses communications sur les problématiques de la
décentralisation au Sénégal.
ISBN : 978-2-296-99734-9
36 e
Les régions à l’épreuve de la régionalisation au Sénégal
Djibril DIOP
État des lieux et perspectives








Les régions à l’épreuve de la régionalisation

au Sénégal

Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

Vitaly TCHIRKOV, La Guinée face au handicap. La
problématique des déficiences motrices à Conakry, 2012
Mohamed Lamine MANGA, La Casamance dans l’histoire
contemporaine du Sénégal, 2012.
Roda N’NO et Alice ATERIANUS-OWANGA, Akamayong-
Nkemeyong. Recueil de textes de rap en langue fang nzaman,
2012.
Mohammad AL SUBAIE, L’idéologie de l’islamisme radical.
La nouvelle génération des intellectuels islamistes, 2012.
Théodore Nicoué GAYIBOR (dir.), Cinquante ans
d’indépendance en Afrique subsaharienne et au Togo, 2012.
Christian Thierry MANGA, Le Sénégal, quelles évolutions
territoriales ?, 2012.
N’deye Maty Sene, Le commerce des produits maritimes et
fluviaux au Sénégal de 1945 à nos jours, 2012.
Tiéman DIARRA, Santé, maladie et recours aux soins à
Bankoni, Niarela et Bozola (Mali). Les six esclaves du corps,
2012.
Tiéman DIARRA, Paludisme, cultures et communautés. Le cri
du hibou, 2012.
André SAURA, 1975, une année sans pareille à Madagascar,
2012.
Coordonné par Céline LABRUNE-BADIANE, Marie-Albane
de SUREMAIN et Pascal BIANCHINI, L’école en situation
postcoloniale, 2012.
Jérôme TOUNG NZUE, Elites et compromission en Afrique.
Légitimation d’un système et sous-développement au Gabon,
2012.
Joachim E. GOMA-THETHET, Histoire des relations entre
l’Afrique et sa diaspora, 2012.
Amadou OUMAROU, Dynamique du Pulaaku dans les sociétés
peules du Dallol Bosso (Niger), 2012.
Marc-Laurent HAZOUMÊ, Développement du Bénin.
L’éducation au cœur de l’ « Émergence », 2012.
Djibril DIOP








Les régions à l’épreuve de la régionalisation

au Sénégal

État des lieux et perspectives





















































Illustration de couverture : Djibril Diop, 2010.





© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99734-9
EAN : 9782296997349







DÉDICACES












À ma famille


Au doyen Thierno Birahim Ndao


À tous les acteurs de la décentralisation sénégalaise.












REMERCIEMENTS


Un tel travail ne saurait connaître une issue sans le soutien
inconditionnel et inestimable de certaines personnes, que je
tiens particulièrement à remercier ici.

Le doyen, Thierno Birahim Ndao, ancien Gouverneur de
région, ancien maire de Kaffrine et administrateur de la
Maison des élus locaux, pour son ouverture d’esprit, ses
conseils et ses confidences,

Mon ami, Mamadou Moustapha Ndao, Gouverneur de la
région de Saint-Louis, pour ses conseils, suggestions et
éclairages,

Moustapha Tall, de la Direction des Collectivités Locales,
pour sa disponibilité en mettant à disposition toute
l’information relative aux subventions de l’État aux
collectivités locales,

Malik Poly Cissé, de la Maison des Élus locaux, pour ses
facilitations et les mises en contact,

Tidiane Ba, du Centre ressources de la Maison des Élus
locaux, pour ses facilitations lors de mes recherches.

À les amis qui ont rendu meilleur le manuscrit par leurs
corrections.

À tous ceux et celles qui, de près ou de loin, m’ont apporté
leurs idées, leurs conseils, leurs suggestions ou leur appui
pour mener à terme cet ouvrage, je dis merci !


9




SIGLES ET ACRONYMES


AAGR Association des Anciens Gouverneurs de
Région
ACDI Agence Canadienne pour le Développement
International
ADC Agence de Développement Communal
ADDEL Appui à la Décentralisation et au
Développement Local (AFD)
ADL Agence de Développement Local
ADMAgence de Développement Municipal
ADRAO Association pour le Développement de la
Riziculture en Afrique de l’Ouest
ADRK Action pour le Développement de la Région de
Kédougou
AFAC Association des Femmes d’Affaires et Femmes
Commerçantes
AFD Agence Française de Développement
AFDS Agence du Fonds de Développ Social
AFVP Association Française des Volontaires du
Progrès
AGETIP Agence d’Exécution de Travaux d’Intérêt Public
AIIDS Amicale des Inspecteurs des Impôts et
Domaine du Sénégal
AIT Amicales des Inspecteurs du Trésor
AJCD Association des Journalistes et
Communicateurs en Décentralisation
AMS Association des Maires du Sénégal
ANAT Agence Nationale de l’Aménagement du
Territoire
ANCAR Agence Nationale de Coopération et
d’Assistance Rurale
ANCR Association Nationale des Conseillers Ruraux
ANEJ Agence Nationale pour l’Emploi des Jeunes
ANICL Agence Nationale d’Investissement des
Collectivités Locales
ANOCI Agence Nationale pour l’Organisation de la
Conférence Islamique
11 ANREVA Agence Nationale du Plan pour leRetour Vers
l’Agriculture
ANAC Association Nationale des Assistants
Communautaires
ANSD Agence Nationale de la Statistique et de la
Démographie
AOF Afrique Occidentale Française
APCR Association des Présidents de Conseils Ruraux
APCRADRS Association des Présidents de Conseils
Ruraux d’Arrondissements Départementaux et Régionaux du
Sénégal
APD Aide Publique au Développement
APR Association des Présidents de Région
APRODAK Agence Pour la Propreté de Dakar
APROSEN Agence pour la propreté du Sénégal
APROFES Association pour la Promotion de la Femme
Sénégalaise
ARD Agence Régionale de Développement
ARPATU Agence Régionale de Planification,
d’Aménagement du Territoire et d’Urbanisme
ARTP Agence de Régulation des Télécommunications
et des Postes du Sénégal
ASC Association Sportive et Culturelle
ASDERT Association pour la Solidarité et le
Développement de Tambacounda
ASUFOR Association des Usagers des Forages Ruraux
AVD Association Villageoise de Développement
BACC Bureau d’Appui à la Coopération Canadienne
BAD Banque Africaine de Développement
BAEQ Bureau d’Aménagement de l’Est du Québec
BATV Bureau d’Aménagement des Terroirs et Villages
BCI Budget Consolidé d’Investissement
BICIS Banque Internationale du Commerce et de
l’Industrie du Sénégal
BM Banque Mondiale
BNDS ue Nationale de Développement du
Sénégal
BSD Banque Sénégalaise de Développement
BSS Benno Siggil Sénégal
CA Comité d’Arrondissement
CADAK Communauté des Agglomérations de Dakar
CAÉL Cellule d’Appui aux Élus Locaux
CAR Conférence Administrative Régionale
CAR Cellule d’Appui aux Régions
CARCommunauté d’Agglomération de Rufisque
CC Crédit Communal
12 CDC Communauté Des Communes
CDD Comité Départemental de Développement
CDEPS Centre Départemental de l’Éducation Populaire
et Sportive
CEPAD Cellule d’Étude des Projets et Programmes
d’Appui à la Décentralisation
CER Centre d’Expansion Rurale
CERDOP Centre d’Étude et de Recherche Travail
CERP Centre d’Expansion Rurale Polyvalent
CES Comité Économique et Social
CETF Centre d’Enseignement Technique Féminin
CFA Centre de Formation Agricole
CFD Coopération Française de Développement
CFE Contribution Forfaitaire des Entreprises
CGU Contribution Globale Unique
CIAT Comité Interministériel de l’Aménagement
Territorial
CIV Comités Inter-Villageois de concertation
CL Collectivité Locale
CLS Comité Local de Santé
CLS Comités Locaux de Santé
CLSD Comité Local de Développement
CNCAS Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal
CNCL Conseil National des Collectivités Locales
CNCR Conseil National de Concertation des Ruraux
CNDCL Conseil National de Développement des
Collectivités Locales
CNEC Centre National d’État Civil
CNES Confédération Nationale des Employeurs du
Sénégal
CNS Comptes Nationaux de Santé
CNP Conseil National du Patronat
CNPPNDL Comité National de Pilotage du Programme
National de Développement local
CNTS Confédération Nationale des Travailleurs du
Sénégal
CNUEH Centre des Nations Unies pour les
Établissements Humains
CODER Commission du Développement Économique
Régional
CODESRIA Conseil Africain pour la Recherche en Sciences
Sociales
CONGAD Conseil National des Organisations Non
Gouvernementales pour le Développement
CONSERE Conseil Supérieur pour l’Environnement et les
Ressources Naturelles
13 CPA Centre de Perfectionnement Agricole
CPRS Centres de Promotion et de Réinsertion Sociale
CR Conseil Régional
CR Communauté Rurale
CRA Centre Régional d’Animation
CRAES Conseil de la République pour les Affaires
Économiques et Sociales
CRD Comité Régional de Développement
CRIPS Centre Régional d’Information et de Prévention du
Sida
CSA Coordination des Syndicats Autonomes
CSS Compagnie Sucrière Sénégalaise
CSCL Conseil Supérieur des Collectivités Locales
CUR Centre Universitaire Régional
CVD Comité Villageois de Développement
DAC Décision d’Attribution de Crédits
DAGAT Direction des Affaires Générales et de
l’Administration Territoriale
DAGE Direction de l’Administration Générale et de
l’Équipement
DAT Direction de l’Aménagement du Territoire
DATAR Délégation à l’Aménent du Territoire et à
l’Action Régionale
DCD Direction de la Coopération Décentralisée
DCEFC Direction de la Conservation des Eaux, des
Forêts et de la Chasse
DCF Direction de la Communication et de la
Formation
DCL Direction des Collectivités Locales
DCNEC Direction du Centre National d’État Civil
DDL Direction du Développement Local
DENM Dépenses Engagées et Non Mandatées
DEPONAT Déclaration de Politique Nationale de
l’Aménagement du Territoire
DER Direction de l’Expansion Rurale
DGCPT Direction Générale de la Comptabilité Publique
et du Trésor
DGID Direction Générale des Impôts et des
Domaines
DISC Décentralisation et Initiatives de Santé
Communautaire
DNER Direction Nationale de l’Expansion Rurale
DPES Document de Politique Économique et Sociale
DPS Direction de la Prévision et de la Statistique
DSRP Document Stratégique de Réduction de la
Pauvreté
14 EMUS Enquête Migration Urbanisation au Sénégal
ENAM École Nationale d’Administration et de Magistrature
ENDA Environnement et Développement Afrique
ESPS Enquête de Suivi de la Pauvreté au Sénégal
FAC Fonds d’Aide et de Coopération
FAD Fonds Africain de Développement
FAI Fonds d’Appui à l’Innovation
FAO Fonds des Nations Unies pour l’Alimentation et
l’Agriculture
FDC Fonds de Concours
FDD Fonds de Dotation à la Décentralisation
FDL Fonds de Développement Local
FDLS Fonds de Développement Local de Sédhiou
FDS Fonds deloppe Social
FECL Fonds d’Équipement des Collectivités Locales
FED Fonds Européen de Développement
FEM Fonds pour l’Environnement Mondial
FENU Fonds d’Équipement des Nations Unies
FERA Fonds d’Équipement Routier Autonome
FFE Fondation Friedrich Ebert
FGAV Forum sur la Gouvernance en Afrique
FIDA Fonds International pour le Développement
Agricole
FIL Fonds d’Investissement Local
FIS Fourniture d’Infrastructures et de Services
FKA Fondation Konrad Adenauer
FMI Fonds Monétaire International
FNAS Fédération Nationale des Artisans du Sénégal
FNGPF Fédération Nationale des Groupements de
Promotion Féminins
FNIL Fonds National d’Investissement Local
FNPEF Fonds National de Promotion de
l’Entrepreneuriat Féminin
FNPJ Fonds National de Promotion de la Jeunesse
FNRA Fonds National de Recherche Agricole et
Agroforestiers
FNUAP Fonds des Nations Unies pour la Population
FONGS Fédération des Organisations Non
Gouvernementales du Sénégal
FSD Fonds Social de Développement
FSM Fonds Social Minier
GECGroupement d’Épargne et de Crédit
GES Groupes Économiques du Sénégal
GIE Groupement d’Intérêts Économiques
GPFGroupe de Promotion Féminine
15 GRS Groupe de Réflexion Stratégique du Parti
Socialiste
GTZ Coopération allemande au Développement
IADM Initiative d’Allégement de la Dette Multilatérale
IDA International Development Association
IDH Indice de Développement Humain
IFS Institution Financière Spécialisée
IGAME Inspecteurs Généraux de l’Administration en
Mission Extraordinaire
IGR Impôt Général sur le Revenu
IMF Impôt sur le Minimum Fiscal
IMF Institution de Micro Finance
IPA Indicateur de Pauvreté Alimentaire
IPH Indicateur de Pauvreté Humaine
IPM Indicateur de Pauvreté Monétaire
ISM Institut Supérieur de Management
JICA Agence Japonaise de Coopération
Internationale
MATD Ministère de l’Aménagement du Territoire et de
la Décentralisation
MDCL e la Décentralisation et des
Collectivités Locales
MEF Ministère de l’Économie et des Finances
MEL Maison des Élus Locaux
MET e l’Équipement et des Transports
MFDC Mouvement des Forces Démocratiques de
Casamance
MINT Ministère de l’Intérieur
MUAT e l’Urbanisme et de l’Aménagement
du Territoire
NDI National Democratic Institute
NPA Nouvelle Politique Agricole
OB Organisation de Base
OCB Orons Communautaires de Base
OCI Organisation de la Conférence Islamique
ODECAV Oron Éducative d’Activités de Vacances
OFEJBAN Office pour l’Emploi des Jeunes de la Banlieue
OIM Organisation Internationale des Migrations
OMD Objectifs du Millénaire pour le Développement
OMVS Organisation de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal
ONAS Office National de l’Assainissement du Sénégal
ONG Organisation Non Gouvernementale
OP Organisation Paysanne
PAC Programme d’Appui aux Communes
PADDEL Projet d’Appui à la Décentralisation et au
Développement Local
16 PADDUS Projet d’Appui à la Décentralisation et au
Développement Urbain au Sénégal
PADEL Programme d’Appui au Développement
Économique Local
PADELU Programme d’Appui au Développement Local
Urbain
PADEN Projet d’Appui à la Décentralisation
PADLOS Projet Développement Local
PADMIR Programme d’Appui à la Décentralisation en
Milieu Rural
PAMU Programme d’Amélioration de la Mobilité
Urbaine
PAP Programme d’Actions Prioritaires
PAPIC Plan d’Actions Prioritaires d’Investissements
Communautaires
PAQPUD Projet d’Assainissement des Quartiers
Périurbains de Dakar
PAR Programme d’Appui aux Régions
PAS Plan d’Ajustement Structurel
PASRP Projet d’Appui à la Stratégie de Réduction de la
Pauvreté
PATCL Programme d’Accompagnement Technique des
Collectivités Locales
PCR Président de Conseil Rural
PDDS Plans Départementaux de Développement
Sanitaire
PDEF Programme Décennal de l’Éducation et de la
Formation
PDIS Programme de Développement Intégré de la
Santé
PDM Programme de Développement Municipal
PDRG Plan de Développement Intégré de la Rive
Gauche
PDRH Programme de Développement des Ressources
Humaines
PDS Parti Démocratique Sénégalais
PDU Plan Directeur d’Urbanisme
PECADOM Prise en Charge des cas de Paludisme à
Domicile
PELP Programme Élargi de Lutte contre la Pauvreté
PEPAM Programme Eau Potable et Assainissement du
Millénaire
PFEE Programme de Formation pour l’Éducation en
Environnement
PIC Plan d’Investissement Communal
PLCP Programmes de Lutte Contre la Pauvreté
17 PLD Plan Local de Développement
PLDS Plans Locaux de Développement Sanitaire
PLPFJ Projet de Lutte contre la Pauvreté en faveur
des Femmes et des Jeunes
PLT Projet sectoriel eau à Long Terme
PME Petite et Moyenne Entreprise
PMF Programme Micro-Finance
PMI Petite et Moyenne Industrie
PNAE Plan National d’Action pour l’Environnement
PNAT Plan National d’Aménagement du Territoire
PNC Programme de Nutrition Communautaire
PNDL Plan National du Développement Local
PNIR Programme National d’Infrastructures Rurales
PNUD Programme des Nations Unies pour le
Développement
PNUE Programme des Nations Unies pour
l’Environnement
POGV Programme d’Organisation en Gestion
Villageoise
POS Plan d’Occupation des Sols
PPP Plafond Pluriannuel de Planification
PPTE Pays Pauvres Très Endettés
PR Parti de la Réforme
PRDI Plan Régional de Développement Intégré
PRDS Plans Régionaux de Développement Sanitaire
PRECOL Programme de Renforcement des capacités des
Collectivités Locales
PREP Projet de Renforcement de l’Économie
Populaire
PRIMOCA Programme Intégral de la Moyenne Casamance
PROCR Projet d’Appui aux Communautés Rurales
PRODAM Programme de Développement Agricole de
Matam
PRODDEL Programme d’Appui à la Décentralisation et au
Développement local
PROMER Projet de Micro-Entreprises en Milieu Rural
PS Parti Socialiste
PSE Projet Sectoriel Eau
PSIDEL Programme de Soutien aux Initiatives de
Développement Local
PSSA Programme Spécial de Sécurité Alimentaire
PTIP Programme Triennal d’Investissements
Prioritaires
PUD Plan Urbain de Développement
RADBES Réseau Africain de Développement à la Base
REGEFOR Réforme de la Gestion des Forages Ruraux
18 REVA Retour Vers l’Agriculture
RGC Rapport Global sur la Compétitivité
RIPAS Revue des Institutions Politiques et Administratives
du Sénégal
RNEL Réseau National des Élues Locales
SAFFEFOD Société Africaine de Formation pour le
Développement
SCA Stratégie de Croissance Accélérée
SCAC Service de Coopération et d’Action Culturelle
SCOFI Programmes de Scolarisation des Filles
SDAU Société de Développement et d’Aménagement
Urbain
SDE Services Déconcentrés de l’État
SDER Société Nationale de Développement Rural
SDP Services Déconcentrés de la Planification
SDR Sociétés de Développement Régional
SENELEC Société Nationale d’Électricité
SERPM Société d’Études et de Réalisation des
Phosphates de Matam
SFD Système Financier Décentralisé
SIG Système d’Information Géographique
SNDL Stratégie Nationale de Développement Local
SODEFITEX Société de Développement des Fibres Textiles
SONATEL Société Nationale des Télécommunications
SPEPA Service Public de l’Eau Potable et de
l’Assainissement
SRAT Service Régional de l’Aménagement du
Territoire
SRD Société Régionale de Développement
SRDB onale de Développ de Base
SST Service des Statistiques du Travail
STD Services Techniques Déconcentrés
SYNPIC Syndicat des Professionnels de l’Information et
de la Communication du Sénégal
TBS Taux Brut de Scolarisation
TIPP Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers
TNS Taux Net de Scolarisation
TVA Taxe sur la Valeur Ajoutée
UAEL Union des Associations d’Élus Locaux
UCSPE Unité de Coordination et de Suivi de la
Politique Economique
UEMOA Union Économique et Monétaire Ouest-
Africaine
UGB Université Gaston Berger
UNACOIS Union Nationale des Commerçants et
Industriels du Sénégal
19 UNSAS Union Nationale des Syndicats Autonomes du
Sénégal
USAID United States Agency for International
Development
WEF World Economic Forum
ZIC Zone d’Intérêt Cynégétique
20




AVANT-PROPOS



La régionalisation au Sénégal, le processus

C’est à partir du modèle historique que le territoire du
Sénégal indépendant a été construit. Ce territoire a été
l’objet de plusieurs bouleversements à tel point que l’on
pourrait même s’interroger sur la durabilité des différents
découpages actuels. Tel qu’il se présente aujourd’hui, il est
le fruit d’une longue évolution organisationnelle. Des
provinces et royaumes à l’organisation territoriale actuelle,
en passant par la période coloniale, il a été l’objet de diverses
mutations qui, à travers de multiples formes de
gouvernance, l’ont façonné. À la veille de la colonisation, loin
d’être un territoire homogène, l’espace sénégalais était plutôt
caractérisé par une diversité de formes de gouvernance et de
territoires (Diop, 2006). Après une prise en main pour
asseoir une autorité sur le territoire et sa population, par
différentes initiatives, les territoires conquis seront
réorganisés pour mieux contrôler les velléités de résistance.
C’est dans ce contexte que sont établies les bases
structurelles de l’organisation administrative du territoire
sénégalais. Il est risqué, dans ces conditions, de chercher à
fixer sur une carte administrative les frontières de ces entités
précoloniales dont les définitions territoriales étaient plus ou
moins vagues, mis à part quelques points de repère : cours
1d’eau, montagnes, arbres géants .

Avec cet héritage, à l’indépendance en 1960, les nouvelles
autorités voulaient organiser le développement du pays sur
la base de zones homogènes. La planification régionale
devait, alors, permettre de mettre en exergue les spécificités
de chaque zone et les caractéristiques de l’ensemble du pays
de façon logique. Ainsi, le maillage territorial hérité de la
période coloniale allait connaître quelques bouleversements.
o La loi n 60-015 du 13 janvier 1960 portant réforme de

1 C’est le cas du grand tamarinier où se rejoignaient les limites des royaumes du Walo, du
Cayor et du Djoloff, Martin Y. J. S., 1989, p. 61.
21 l’organisation administrative de la République détermine le
premier cadre territorial du Sénégal indépendant. Il créé sept
régions comme pôles de développement économique et
2social .

Par ailleurs, si le processus de décentralisation prend ses
racines de l’époque coloniale, les autorités postcoloniales ont
3tenu, toutefois, à le perpétuer tout en le renforçant . Le
processus dans lequel le Sénégal indépendant s’est engagé
depuis plus d’une cinquantaine d’années entend cependant
introduire une dynamique de changement. Il entend
rapprocher l’administration des administrés dans « une
action modernisatrice de l’État » (Diouf, 2001). En gros,
4quatre phases se sont succédé depuis le début (Diop, 2006) .

Il est manifeste, aujourd’hui, que l’intervention de l’État
dans tous les secteurs n’a pas profité à l’économie nationale
de manière optimale. Celle-ci n’a pas permis de sortir les
populations de la crise et résoudre les problèmes ardus de
pauvreté qui se posent, accentués par la précarité de
l’emploi, l’exode rural, la détérioration du cadre de vie, etc. Il
est apparu alors nécessaire de recourir à des mécanismes
plus souples et plus variés de régulation et en misant sur
l’initiative locale. De même, pour répondre à l’exigence de
développement économique équilibré du pays, il est apparu
nécessaire de créer, entre les administrations centrales et les
collectivités locales de base, des structures intermédiaires,
les régions, destinées à servir de cadre de programmation du
développement économique, social et culturel et où puisse
s’établir la coordination des actions de l’État et des
communautés locales.

2 Casamance, Sine-Saloum, Diourbel, Sénégal oriental, Thiès, Fleuve et Cap-Vert.
3 À l’indépendance du pays en 1960, le nombre de communes de plein exercice passe de 13 à
24 avec la loi n° 60-25 du 1er février 1960.
4 La première va de 1960 à 1970 et se caractérise par des hésitations et quelques tentatives,
malheureusement couronnées d’échecs, notamment celle des « terroirs-test » entre 1969 et
1970. Elle pose toutefois les jalons d’une administration décentralisée. La seconde va de
1972 à 1990. Elle se caractérise par la mise en place effective de collectivités décentralisées
en milieu rural notamment, les communautés rurales et la responsabilisation des acteurs
locaux pour la conduite des « affaires locales » par les lois de 1972 et de 1990. Par la loi,
l’État reconnaissait l’existence d’intérêts parcellaires distincts de l’intérêt général. Toutefois,
il restait toujours seul maître à bord. La troisième va de 1990 à 2001. Elle est caractérisée par
le renforcement des pouvoirs des organes des collectivités locales par un transfert de
compétences. En même temps la région et les communes d’arrondissements sont créées en
tant que collectivités locales (lois 96-06 et 96-07 du 22 mars 1996). La quatrième phase
démarre en 2002 avec l’arrivée du président Wade au pouvoir, elle est caractérisée par une
multiplication des réformes territoriales tous azimuts, mais aussi par le renforcement des
moyens des collectivités locales.
22 Dans le prolongement de la réforme constitutionnelle de
1994 qui a ouvert la voie à cette dynamique, l’alinéa 2 de
erl’article 1 de loi nº 96-07 du 22 mars 1996 portant transfert
de compétences aux régions, aux communes et aux
communautés rurales précise que celles-ci « concourent avec
l’État, à l’administration et à l’aménagement du territoire, au
développement économique, éducatif, social, sanitaire,
culturel et scientifique ainsi qu’à la protection et à la mise en
valeur de l’environnement et à l’amélioration du cadre de vie ».
Par cette disposition, les collectivités locales ont reçu pour
mission « de conception, de programmation et de mise en
œuvre des actions de développement », tout en faisant de la
région la clé de voûte du développement local dans le cadre
unitaire pour le développement du pays. Car « la
régionalisation est un remède à toute situation de crise et à
5toute tentative de division », selon Aly Diouf .

Au plan économique, la faillite de l’État providentiel avait fini
par mettre en avant la nécessité d’une gestion partenariale
du développement, dans laquelle l’État va devoir se
concentrer sur ses missions régaliennes pour cesser d’être le
prestataire unique des services offerts au niveau national
comme au niveau local. Il lui fallait, dès lors, s’appuyer sur
l’ensemble des énergies et des potentialités capitalisables.
Dans ce cadre, les acteurs locaux ont été responsabilisés par
la gestion de la proximité dès 1972 avec la création des
communautés rurales. Cette politique avait aussi pour but
de favoriser l’émergence de nouveaux pôles de
développement socio-économique, en s’appuyant sur les
richesses locales, dans le cadre d’une dynamique homogène
en vue d’un rééquilibrage du territoire national.

Au plan politique, la régionalisation dessaisit l’État de
certaines de ses prérogatives pour les confier aux régions, en
vue de trouver les solutions plus appropriées aux problèmes
locaux et assurer le bien-être aux populations, en faisant de
ces dernières des actrices de la vie politique locale, car ces
dernières deviennent les gestionnaires de leurs affaires
locales par l’intermédiaire de représentations qu’elles se sont
librement choisies. Sur ce plan, la régionalisation raffermit
les bases d’une démocratie locale et de la cohésion nationale.

Au plan culturel, l’affirmation d’identités culturelles locales
devait favoriser l’émergence de nouvelles sphères politiques

5 Ancien gouverneur de région, il fut un des concepteurs de la politique de régionalisation.
23 et socio-économiques. Le renouveau culturel attendu du
processus est de favoriser l’émergence d’un puissant levier pour
promouvoir le développement local. L’adhésion et la
participation des populations dans l’élaboration et dans la
mise en œuvre des programmes et stratégies de
développement devaient ainsi permettre de mieux enraciner
ces derniers dans le contexte local en partant du substrat
culturel de chaque entité locale.

Le système de coordination dont la région est désormais en
charge vise à créer une synergie entre les acteurs et à rendre
leurs actions cohérentes. Pour cette raison, elle devient le
cadre pour la coordination des activités de collecte, de
traitement et de diffusion de l’information du développement
territorial. L’ensemble des acteurs du dispositif concerné par
ce système de planification devait y participer et en tirer
bénéfice pour orienter, mettre en œuvre et évaluer les
actions entreprises de façon homogène. Or, le système est
caractérisé par l’encombrement et la léthargie de ses
différentes composantes. Cet espace de concertation se
caractérise aussi par un empilement de cadres et de
mécanismes de coordination dont certains échappent à tout
processus de contrôle au niveau régional. Cette situation
entraîne des redondances dans les missions et la plupart de
ces mécanismes connaissent des dysfonctionnements, ce qui
se traduit par une discontinuité des actions aussi bien dans
le temps que dans l’espace. En outre, les résultats sont
faiblement diffusés pour permettre aux autres acteurs d’en
prendre compte et ainsi éviter des duplications. En effet, le
dispositif n’est pas assorti d’une information complète,
cohérente et à jour permettant un management efficace ou
simplement une bonne coopération entre les territoires d’une
part, et d’autre part, entre les acteurs chargés de promouvoir
le développement local.

Avec ses 14 régions administratives et collectivités locales,
45 départements, 117 arrondissements, 135 communes, 46
communes d’arrondissements et 400 communautés rurales
2sur une superficie de 196 722 km pour une population
estimée à 13 711 597 habitants (SES, 2010), le Sénégal est
incontestablement un pays déconcentré. Est-il pour autant
décentralisé ? On peut s’interroger aussi sur le fait de savoir,
si le découpage du territoire en collectivités locales tel qu’il
se présente actuellement est viable.

24 Auparavant, voyons ce que renferment les concepts de région
et de régionalisation qui retiennent l’attention tant des
spécialistes des sciences sociales que des autorités
gouvernementales et locales. En plus d’être reliés à la
fonction administrative de l’État, ils sont à la base des
questions d’aménagement, de développement et de lutte
contre les disparités. Ils sont aussi à l’origine de courants
idéologiques fortement mobilisateurs. Il importe ainsi de
préciser leur contenu avant d’aller plus loin.


La région, un concept à signification imprécise

On note une multiplicité de régions qui se superposent les
unes aux autres, se chevauchent, s’emboîtent, s’articulent
au regard de logiques administratives, de contraintes
géographiques, de considérations politiques, d’éléments
6méthodologiques, d’approches conceptuelles, etc. La
diversité des découpages reflète en quelque sorte le sens
imprécis et indéterminé du concept, de même qu’une grande
polyvalence quant à son usage. Du point de vue
7géographique , le terme de région peut s’appliquer à diverses
portions singulières d’un territoire plus ou moins grandes et
ce, à différentes échelles, du mondial au national. Selon les
contextes sociopolitiques et les finalités poursuivies, telle ou
telle catégorie de région peut être mise en évidence : région
historique, subjective, administrative, uniforme, homogène,
fonctionnelle, nodale, polarisée, administrative : région-plan,
région ressources ou encore région de base. Certains
singularisent aussi les régions agricoles, agroclimatiques,
climatiques, touristiques, pédologiques, périphériques,
militaires, programme etc., selon les objectifs visés ou
8recherchés . En France par exemple, la notion de région a au
moins deux définitions qui correspondent à deux
dimensions:

la première est une dimension politique : la région
comme échelon administratif créé en 1982 par le
regroupement de départements, en lien avec l’État (au
sens centralisé du terme), dans un processus de

6 Selon Eric Guy Di Méo, la région est un concept polysémique, voire flou.
7 Le concept est au centre dans les études en géographie régionale.
8 Gilles Palsky, 2008. La région, le mot et le concept, Cours n°1, Université Paris 1-
Panthéon-Sorbonne, Institut de géographie, jeudi 28 septembre 2008.
25
?décentralisation. Les régions ainsi créées sont, à des
degrés divers, des entités historiques et/ou culturelles.
la deuxième dimension est géographique, ou plutôt de
géographie humaine et économique, car il existe des
entités purement géographiques qui prennent en compte
la topographie et les éléments physiques (les Alpes,
Bassin parisien…)

Il apparaît opportun de faire des regroupements en référence
aux objectifs poursuivis et en fonction des principales
interventions à caractère territorial. On peut identifier au
minimum sept grandes catégories de régions différentes.
Elles ne recouvrent pas nécessairement tous les modes de
régionalisation et toutes les interventions, mais elles
contribuent à illustrer les grandes étapes du processus de
transformation sociale, économique et structurelle. Il s’agit
de région géographique, économique, administrative, ou de
développement, d’appartenance, d’aménagement et de
concertation. Chaque catégorie répond à une ou plusieurs
préoccupations. Pour les uns, la région prend une
signification précise liée à des concepts, des formes, des
objectifs, des composantes et des éléments d’homogénéité.
Pour les autres, elle reste un vague périmètre de localisation
aux limites imprécises.

Ainsi, compte tenu de la multiplicité des usages et des
significations possibles, il n’y a pas unanimité sur la façon
de définir le concept. Exemple, selon le Bureau
9, 28 d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) (1966)
auteurs donnent 40 définitions différentes au concept. Pour
Henri Dorion (1967, 49), la région est une « notion floue »,
mouvante, employée dans autant de sens que de
circonstances. Dans une volumineuse étude intitulée Espace
régional et aménagement du territoire, Lajugie et al. (1979)
présentent la région comme un concept évolutif en référence
aux définitions qu’en donnent de nombreux auteurs qui vont
de Vidal de La Blache aux géographes et économistes
contemporains. Ils établissent des distinctions entre la
région des géographes, celle des économistes et celle des
administrateurs. Pour ce qui est des géographes, ces auteurs
identifient deux étapes dans son évolution. Ils notent « un
passage progressif de la région naturelle à une première
approche assez formelle, de la région économique, puis un
renouvellement des idées sur la région qui rejoint, sur bien

9 Plan de développement, cahier 9 : Espace régional et objectif du plan, Mont-Joli, p. 20.
26
?des points, l’analyse des économistes contemporains » (Vidal
10de La Blache, 105) .

Les diverses significations attribuées de façon successive au
concept n’ont toutefois pas amené une nette progression des
démarches méthodologiques pour identifier les régions.
Exception faite des classifications à caractère biophysique,
les autorités ont plutôt tendance à réinterpréter les
significations et représentations des cadres territoriaux
existants et à leur attribuer de nouveaux usages plutôt qu’à
refaire intégralement des découpages en fonction de
nouveaux critères. Les modifications de limites qui
surviennent d’une typologie à l’autre résultent davantage de
choix administratifs et politiques que d’analyses rigoureuses.
Tous les grands systèmes de régionalisation établis depuis
1960 reposent sur des conceptions plus ou moins bien
explicitées de l’organisation socio-économique et répondent à
des objectifs précis de réorganisation des rapports à l’espace.
Vue sous cet angle, la région cesse d’être un simple élément
de localisation et devient une composante des stratégies
économiques, administratives et politiques bien déterminée.


RRééggiioonn ééccoonnoommiiqquuee,, aaddmmiinniissttrraattiivvee eett ddee ddéévveellooppppeemmeenntt

La région économique, administrative et de développement
constitue, d’un point de vue théorique, trois catégories
d’entités spatiales distinctes présentant des propriétés
particulières. D’une façon très succincte, on pourrait définir
la région économique par rapport à la nature des activités et
aux relations d’échange qui s’y établissement. Quant aux
régions administratives, elles se réfèrent à des unités
territoriales délimitées pour des fins d’administration
gouvernementale, alors que les régions de développement
correspondent à des périmètres caractérisés par des
propriétés économiques mais qui sont établies
principalement en fonction des projets ou des orientations de
développement à y mener. Sans nécessairement infirmer les
définitions qui précèdent, on constate que ces trois
catégories de régions peuvent être, à quelques variantes
près, facilement assimilées les unes aux autres. Cela dépend
plus des objectifs poursuivis et des critères de délimitation

10 Cité par Dugas C., 1988. Paul Vidal de La Blache va produire d’autres concepts que celui
de région naturelle. On met en avant la géologie. Dans le début du XXe siècle, il va faire
partie d’un projet de découpage du territoire, une sorte de projet de régionalisation.
27 retenus que d’affinités très fortes au plan conceptuel. Les
relations d’échange, les structures économiques et la
tradition de régionalisation sont à la base des trois systèmes.
Elles se placent également, dans une large mesure, dans la
perspective de la planification régionale.


Régionalisme et régionalisation

Nous entendons par régionalisme le processus par lequel
s’opère la construction d’une capacité d’action autonome
ayant pour objet de promouvoir un territoire infranational
mais supra local, par la mobilisation de son tissu
économique et, le cas échéant, des ressorts identitaires, des
solidarités locales ou régionales, pour le développement de
son potentiel. Ce processus peut s’opérer à partir
d’institutions préexistantes ou donner lieu à un nouveau
découpage territorial destiné à mieux répondre à ces
objectifs. Toutefois, il est toujours conditionné par les
contraintes qu’exerce le cadre politique et institutionnel et,
dont l’évolution peut être sous-tendue par d’autres enjeux.
Dans le cadre de la conception d’une régionalisation, deux
modèles d’organisation territoriale s’opposent : le modèle
centralisé et le modèle décentralisé. Dans le premier, le
centre continue à concentrer les pouvoirs politiques et
économiques les plus essentiels. L’importance nouvelle de la
dimension spatiale du développement économique rend
nécessaire des capacités d’action autonomes à l’échelle des
unités spatiales fonctionnelles ainsi constituées, afin que
celles-ci deviennent des foyers de développement. Il n’y a, a
priori, aucune raison pour que ces unités spatiales
correspondent à des entités administratives. Elles peuvent
d’ailleurs s’assimiler à des espaces de taille et de nature très
variées, exemple les districts sanitaires, les régions
militaires, les régions médicales ou les découpages de la
Sonatel ou de la Senelec.

La création de régions comme collectivités locales ne
représente qu’une modalité particulière de ce processus.
Même si cela semble paradoxal, elles obéissent à d’autres
11considérations que le processus de régionalisme . Ce
dernier ne ne s’identifie donc pas à la création de régions
politiques ou administratives. Il se distingue aussi du

11 Le découpage de la région de Casamance en 1984 en deux : Kolda et Ziguinchor en est une
illustration.
28 régionalisme qui désigne un courant politique et
12idéologique . À ce niveau, on note une diversité
d’interprétations qui ne contribue pas à clarifier la
distinction entre les deux notions. Le professeur John
Loughlin définit le régionalisme comme une idéologie et un
mouvement politique qui « recommande que les régions (ou
plus précisément les élites régionales) exercent un contrôle
plus étroit sur les affaires politiques, économiques et sociales
de leur territoire » (Chevalier, 1982). Le régionalisme peut
correspondre à une approche de la question régionale telle
que perçue par le pouvoir central et n’impliquerait pas
nécessairement une quelconque forme de décentralisation.
Ainsi, Chevalier distingue trois formes de régionalisme, dont
la première correspond au « régionalisme jacobin », les deux
autres étant le « régionalisme autonomiste modéré » (qui
invoque les droits d’un groupe ethnique ou linguistique) et
« le régionalisme séparatiste radical » (qui ne se distingue pas
du nationalisme, puisqu’il vise à la création d’un nouvel
État-nation), ce que Loughlin qualifie de « mini-jacobinisme».

D’autres auteurs ne font pas de distinction entre les deux
concepts. Le premier est un principe général d’organisation
territoriale prenant en compte soit, des données historiques,
ethniques, géographiques ou autres, soit des données
statistiques en fonction des buts poursuivis, alors que le
second est plutôt politique et se réclame des particularités
considérées comme marqueurs permanentes et immuables,
d’un espace régional bien déterminé, pour fonder des
13. Toutefois, les deux concepts ne revendications politiques
sont trop pas éloignés. Ils peuvent se rejoindre dans
certaines circonstances politiques. En outre, l’idée de
régionalisme peut transcender les frontières étatiques et
l’affrontement entre ces deux mouvements, pose parfois
quelques problèmes, car les demandes des régions au droit à
la différence se heurtent souvent à la politique d’unité
14nationale du gouvernement central .

Alors que le fédéralisme établit une unité supérieure
assurant les intérêts communs et garantissant les droits des
unités composantes, le régionalisme politique refléterait les
propriétés de ces unités et en déterminerait le contenu, au

12 Par exemple la revendication de certaines comme la Corse en France.
13 Exemple du Mouvement des forces démocratiques de Casamance, MFDC.
14 Les revendications du MFDC sont incompatibles avec la volonté d’intégration nationale.
29 15niveau subnational comme dans un cadre transnational .
Sur ce plan, le régionalisme constituerait le fondement du
fédéralisme. Toutefois, l’État-fédéral est souvent perçu à
travers quelques idées fausses, qui font obstacle à la
compréhension de ses rapports avec la régionalisation. En
effet, on entend souvent dire que l’État fédéral opposé à
l’État-nation est présenté comme la réponse aux
régionalismes, parce qu’il permettrait de concilier l’union
avec le respect des particularismes (Dugas, 1988). Il est
souvent compris comme un type d’État caractérisé par une
décentralisation plus poussée et dont le principe est de
garantir l’autonomie des unités qui le composent.

Ces visions sont souvent mises en cause par des expériences
concrètes, car l’État-fédéral ne s’oppose pas à l’État-nation ;
il a été au contraire, dans certaines circonstances
historiques, un mode d’intégration nationale. Ce fut le cas
aux États-Unis, en Suisse et en Allemagne. Ces pays
correspondent aussi à des États-nations, même si leur
organisation politique admet des conceptions de la
souveraineté qui diffèrent de celles admises en France par
exemple. Un État fédéral peut aussi être affecté par le
régionalisme ou la régionalisation comme n’importe quel
autre, parce que tout d’abord l’État-fédéral naît d’une union
d’États et que ces États sont des entités politiques qui
peuvent inclure elles-mêmes, des particularismes régionaux
ou ethniques. Ce fut le cas de la Prusse dans l’Empire
allemand, de la Yougoslavie et de la Suisse (Dugas, 1988).
C’est également le cas du Nigéria et du Cameroun. En
somme, le fédéralisme n’est pas une expression
institutionnelle du régionalisme ou de la régionalisation et
l’État-fédéral n’est pas à l’abri des pressions séparatistes ou
d’une tendance régionaliste. En effet, si dans certains cas les
structures fédérales ont permis de réduire les tensions
régionalistes, dans d’autres, en revanche, elles n’ont pu
16empêcher la dislocation de l’État . Cette forme de
régionalisation est très souvent absorbée par les structures
fédérales, dont elle n’affecte pas la stabilité (Dugas, 1988).

Dans le cas sénégalais, le débat semble être faussé du fait
que la région de Dakar est le « centre » du fait de l’hyper
concentration des ressources économiques du pays, mais
aussi du pouvoir politique et administratif. Après cette base

15 L’exemple de la Suisse et du Canada notamment.
16 Ce fut le cas avec l’ex-Yougoslavie.
30 théorique, voyons maintenant comment la dynamique
régionalisante se présente dans l’espace sénégalais depuis sa
mise en œuvre janvier 1997 et quelles en sont les
implications, les opportunités et les contraintes pour la
promotion et la planification du développement socio-
économique, mission qui a été confiée aux collectivités
locales par le Code des collectivités locales.
31








INTRODUCTION



Au cours des premières décennies de son indépendance, le
Sénégal a connu un système de planification sectorielle,
rigide et fortement centralisé. Petit à petit, cette organisation
mal articulée a montré ses limites. En effet, elle ne trouvait
pas de répondant au niveau local, notamment en raison de
l’envergure des programmes, des difficultés de leur mise en
œuvre, conjuguée à la non responsabilisation des acteurs
locaux. À partir de là, la nécessité d’une autre vision du
développement participatif allait émerger et trouver toute sa
signification avec le processus de décentralisation avec le
transfert de compétences aux collectivités locales à partir de
1996. Ce modèle devait permettre à ces dernières de
disposer de plus de moyens et de plus de capacité pour
mieux conduire le développement territorial qui devenaient
désormais, la charpente de la planification nationale. Les
réformes de 1996 consacrent trois niveaux de collectivités
locales : les régions, les communes et les communautés
rurales et neuf domaines de compétences leur sont
transférés.

Parallèlement à cette évolution institutionnelle, le Sénégal
reste confronté à une pauvreté grandissante. Plus de 45 %
de la population vivent encore en-dessous du seuil de la
pauvreté, particulièrement en milieu rural, qui concentre
près de 72 % de pauvres. Afin de faire face à cette situation
d’une extrême urgence, les autorités ont engagé diverses
stratégies de développement dont le Programme national de
développement local (PNDL) est, entre autres, l’un des
principaux instruments de lutte. Les mutations
institutionnelles et socio-politiques attendues de cette
dynamique sont comprises, entre autres, comme un
élargissement de la démocratie participative pour stimuler la
responsabilisation des acteurs à la base. On cherche aussi à
rapprocher l’État du citoyen et permettre l’émergence d’un
cadre institutionnel légitime et efficace pour promouvoir une
33