Marché du logement et stratégies résidentielles : une approche de géographie sociale

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296284845
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MARCHE DU LOGEMENT RESIDENTIELLES: GEOGRAPHIE

ET STRATEGIES DE

UNE APPROCHE SOCIALE

DANS LA COLLECTION «DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES»

s. Joubert et E. Marchandet (dir. pub1.), Le social dans tous ses états, 1990. D. Cuche (dir. pub!.), Jeunes professions, professions de jeunes ?,
1991

.

D. Desjeux, I. Orhant, S. Taponier, L'édition en sciences hUlrlaines.La lrlise en scène des sciences de l'Hotrlfrle et de la Société, 1991. A.-M. Green, Unfestlval de théâtre et sesconlpagnies, leoffd'Avignon, 1992. P. Favre (ed.), Sida et politique, les premiers affrontenlents (1981198'7), 1992. W. Ackermann (00), Police, justice, prisons,: trois études de cas, 1993. M.-P. Bes et J .-L. Leboulch (eds.), L 'infomlationface au changenlent technique. Une approche rnultidiscilJlinaire, 1993. F. Delmeulle, S. Dubreil, T. Lefebvre, Du réel au sinlulacre. Cinénla, photogra]Jhie et histoire, 1993.

@ L'HARMATTAN,

1993 ISBN: 2-7384-2281-0

COLLECTION

DOSSIERS SCIENCES HUMAINES SOCIALES dirigée par Sophie Taponier

ET

Textes réunis et présentés par Marie-Hélène LE GOASCOZ et François MADORE

MARCHE DU LOGEMENT ET STRATEGIES RESIDENTIELLES: UNE APPROCHE DE SOCIALE

GEOGRAPHIE

Contributions de Bertrand ABRAHAM, Guy BAUDELLE, Marie-Hélène LE GOASCOZ, Claude LE GUEN et François MADORE

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Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75 005 Paris
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REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier sincèrement les personnes qui nous ont aidé, par leurs conseils, à la réalisation de ce dossier: Robert HERIN, professeur de géographie à l'Université de Caen et chercheur au laboratoire de géographie sociale URA 915 ; Jacques COCHIN, anthropologue et maître de conférences en sociologie à l'Université de Rennes 2 ; René PERON, chercheur au LARES (Laboratoire de Recherche en Sciences Sociales) à Rennes.

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I

PRESENTATION

DES AUTEURS

Cet ouvrage rassemble des contributions de chercheurs géographes et sociologues travaillant question du logement. Chacun des auteurs s'appuie approche empirique et spatialisée, issue de différents de recherche personnel:

jeunes sur la sur une travaux

- Bertrand ABRAHAM, Université de Rennes 2 et IDEARecherche; étude réalisée pour la ville de Rennes: UAnalyse comparative de deux programmes coopératif en centre villeu, août 1992.
- Guy BAUDELLE, Université de Rennes 2 ; thèse d'Etat en cours: uLa mine et son système: l'exemple du Nord-Pas-deCalaisu.
- Marie-Hélène LE GOASCOZ, Université de Rennes 2 et IDEA-Recherche; thèse doe doctorat: "La demande en logements neufs à Rennes et dans le district urbain: quels choix pour les acquéreurs 1u, janvier 1991.

maîtrise: Stratégies résidentielles et réseaux relationnels
des actifs de Rennes-Atalante-Ouest, 1990.
- François MADORE, Institut de géographie de Nantes; thèse de doctorat: uL'évolution contemporaine de la question du logement. Analyse appliquée aux départements de la Loire-Atlantique, du Maine-et-Loire et de la Vendéeu, décembre 1992.

- Claude LE GUEN, Université de Rennes 2 ; mémoire de U

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SOMMAIRE

INTRODUCTION
Fran ço i s MADORE)..

(Marie-Hélène LE GOASCOZ et
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Il

François MADORE: La question du logement: d'une économie de production à une gestion des stocks (l'exemple de Cholet et de la Roche-sur-Yon) Guy BAUD ELLE: Stratégies immobilières et mutations résidentielles dans le Bassin Minier du NordPas -de -Calais Marie-Hélène LE GOASCOZ : Le jeu de l'offre et de la
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demande: un système en spirale ?

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Claude LE GUEN : Quels choix résidentiels font les "technopolitains" de Rennes-Atalante-ouest ? 119 Bertrand ABRAHAM: géographique du territoire Une approche socio149

BIBLIOGRAPHIE

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. J r 9

t

INTRODUCTION
par Marie-Hélène Le GOASCOZ et François MADORE, Géographes

"Marché du logement et stratégies résidentielles: une approche de géographie sociale" : titre de ce recueil de communications paraîtra sans doute ambitieux, puisque nous ne ferons pas le tour des façons d'appréhender le marché du logement et les stratégies résidentielles. Le fil directeur de cet ouvrage rédigé par quatre géographes et un sociologue, est plutôt de montrer qu'il existe différentes approches disciplinaires, voire une approche transdisciplinaire, pour aborder cette question. Les géographes ne sont pas les seuls à se pencher sur le logement; le parti pris est de dépasser le clivage entre disciplines qui appartiennent au champ des Sciences Humaines et Sociales et de montrer les spécificités de l'analyse géographique. Cette volonté d'intégrer une réflexion transdisciplinaire, encore timide, est de plus en plus manifeste chez les géographes. Il suffit de se référer aux différents travaux du C.I.E. U (Centre Interdisciplinaire d'Etudes Urbaines), laboratoire de géographie toulousain dont l'habitat constitue l'une des principales problématiques, pour constater combien la collaboration entre ces géographes (notamment M.C JAILLET, G. JALABERT et J.P LEVY) et les sociologues, est présente à travers de nombreux travaux effectués en commun.B. KAYSER, géographe, a également tenté de dépasser une approche strictement disciplinaire, dans un livre au titre quelque peu provocateur: "La renaissance rurale: sociologie des campagnes du monde occidental"l. L'auteur s'explique: pourquoi ne pas nommer
1 KAYSER B., (1990), La renaissance rurale. Sociologie des campagnes du monde occidental, Armand Colin, Paris, 316 pages. ~ Il

I

"sociologie" une étude portant sur des faits sociaux 1 Vis-àvis d'éventuels détracteurs, il s'excuse à l'avance de désobéir aux principes, d'utiliser à mauvais escient les méthodes de la sociologie. C'est probablement ici que le bât blesse, toute la difficulté étant de déterminer les limites (s'il en est 1) à ne pas dépasser. L'attitude de cet auteur marque-t'elle un certain décloisonnement des disciplines 1 Quelle est la position des géographes? Quelles sont leurs méthodes, leurs thèmes de prédilection 1 Comment appréhendent-ils les questions du marché du logement, habituellement réservées aux économistes?

I LA TRAJECTOIRE:

DE L'APPARTENANCE

SOCIALE A L'ORIGINE GEOGRAPHIQUE La notion de trajectoire est automatiquement sollicitée dès que l'on aborde l'idée de mobilité. Que signifiet'elle pour le sociologue, pour le géographe 1 Si le premier tend à envisager la trajectoire à partir de l'appartenance sociale de l'individu, le second la comprend au travers d'une analyse spatiale, s'appuyant sur le cursus géographique de l'individu. Il existe ainsi une double (probablement une multiple) acception de la perception de la mobilité, sociale ou spatiale; ces deux dimensions sont aussi importantes l'une que l'autre et sont à prendre en considération pour répondre à la question: "D'où viens-tu 1". En terme de mobilité comme de marché, il paraît donc difficile d'adopter une approche exclusivement géographique ou sociologique. Pourtant les géographes et les sociologues ont tendance à s'appuyer sur des présupposés, à réagir en fonction de quasi-réflexes de recherche: ils sont imprégnés d'une tradition, d'une culture universitaires différentes, donc d'une façon disciplinaire de regarder les choses. L'illustration par la notion de trajectoire montre l'articulation possible et sans doute nécessaire, entre ces deux disciplines que sont la géographie et la sociologie. Précisons que nous ne souhaitons pas, dans ce cadre trop restreint, soulever des questions épineuses d'épistémologie, 12

même si elles poindront à l'horizon plus ou. moins lointain; elles n'auraient de sens sans une analyse historique approfondie. Nous imaginons de surcroît les levers de boucliers, chacun souhaitant protéger son "territoire" disciplinaire. Si tout découpage en disciplines contient une part d'arbitraire, il présente l'intérêt de repérer les perspectives envisagées, les variables utilisées par les chercheurs. Qu'entendre par exemple par perspective sociale, analyse spatiale? II LA GEOGRAPHIE SOCIALE RAPPOR TS ESPACE-SOCIETE OU L'ETUDE DES

La géographie a pour objet un milieu naturel et des hommes dont l'histoire et les actes s'adaptent à ce milieu. Cette relation homme-environnement, point commun de tous les géographes, est en réalité une interaction. Il est indéniable que le milieu (relief, climat...) influence, contraint parfois l'homme dans la conception et l'organisation de ses paysages et de son espace en général; toutefois un même milieu n'influence pas indifféremment tous les hommes; ceuxci réagissent à leur tour sur l'espace environnant. Dans ces conditions à quoi la géographie peut-elle bien servir? Comment le géographe raisonne-fil? Dans le cadre de ce dossier, nous nous attacherons à développer le point de vue de la géographie humaine que l'on oppose habituellement à la géographie physique. Dans l'analyse de l'interaction homme-environnement, la géographie humaine s'intéresse au premier terme de ce rapport, tandis que le second est le centre d'étude privilégié des géographes physiciens. Ainsi, le géographe s'intéresse aux répartitions spatiales, à leurs mécanismes, de façon à repérer les continuités ou les discontinuités d'un phénomène dans l'espace; il observe et interroge alors le rapport hommeespace et tente de comprendre les relations réciproques qui les unissent, relations parfois très complexes parce qu'inscrites dans une pluralité de sphères historiques,

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sociales... D'où l'obligation de s'immerger dans la réalité et la complexité humaines. Le chercheur s'inscrit-il alors dans un courant de géographie humaine ou de géographie sociale? Est-il vraiment nécessaire d'instaurer une fois encore un clivage entre différentes branches? Née à la fin du XIXo siècle, la géographie dite sociale a connu différentes orientations 1. Les premières recherches menées par E. RECLUS, J. BRUNHES, etc... restèrent sans lendemain, et il ne fut quasiment plus question de géographie sociale jus.qu'au milieu du XXO siècle. De nouvelles perspectives apparaissent alors, en particulier avec les travaux de P. GEORGE, en référence au marxisme: l'auteur s'appuie sur une analyse de l'homme inséré dans une structure sociale particulière. Ce sont les prémices d'une réflexion sur les clivages politiques et sociaux, d'une géographie peu ou prou militante qu'incarne également R. ROCHEFORT. Elle ira plus loin sur la voie des inégalités sociales, qu'elle appréhende à partir de l'examen des processus sociaux, du jeu des acteurs. Malgré ses ouvertures, ses thèses ont eu peu d'écho. Les débuts de la géographie sociale ont été difficiles, en partie par manque d'approfondissement sur les fondements de la discipline,mais également car elle se prête mal à la modélisation cartographique, nouvelle voie de la géographie très médiatique. Mais si la "géographie sociale" n'était qu'une autre expression de la "géographie humaine" ? Ce clivage renvoie à une conceptualisation possible des deux disciplines mais se heurte à deux difficultés. Pour les uns, l'objet de la géographie sociale repose sur l'analyse des combinaisons du "social" et du "spatial". Pour les autres, cette branche est synonyme de géographie humaine. Pour d'autres encore, elle se rapproche de la sociologie. Admettons que le plus grand dénominateur commun des approches de la géographie sociale soit ce rapport entre le "spatial" et le "social", le second obstacle consisterait à définir ces deux notions. "Social" (adjectif ou nom commun) est un tenne relatif à la société: n'est-il pas
1 CHEVALIER J., FREMONT A., HERIN R. et al, (1984), Géographie sociale, Masson, Paris, 387 pages. 14

l'apanage, s'il doit être l'apanage d'une science, de la sociologie? Que dire du "spatial" ? L'espace est selon X. PIOLLE, "par postulat, toujours intimement présent dans les structures sociales diverses qui s'y déploient (...) ; à partir d'un investissement différentiel des lieux de vie -au sens le plus large- pennettant la constitution d'espaces collectifs de référence, émergent différents modes de relations entre les structures sociales et l'espace"l. Ainsi il convient de prendre en considération la dimension spatiale, non pas en tant que telle, mais investie par des structures sociales: comment s'approprient-elles l'espace? Quelles représentations se font-elles de l'espace? L'espace, investi par un groupe, quel qu'il soit, vit, évolue, est susceptible de modifications qui se répercutent sur le groupe. Les événements qui ont secoué Los Angeles récemment (mai 1992), ne sont-ils pas l'illustration de ce rapport homme-espace? Depuis les émeutes de 1968, les inégalités entre une société noire et une société blanche, s'accroissent. En tenne d'organisation spatiale, la première tend à se concentrer, à s'approprier les ghettos des villes, tandis que la seconde réside dans les banlieues: en général, dès qu'un américain blanc dispose de revenus suffisamment élevés, il quitte son appartement situé en ville, et par la même une certaine violence et insécurité, et s'installe en banlieue, dans une maison avec jardin. De ce fait, les villes concentrent une proportion croissante de populations pauvres, et voient leur recettes fiscales diminuer: de moins en moins bien entretenues, certaines villes se dégradent, et le quartier de South Central de Los Angeles en particulier n'attire plus ni populations favorisées, ni activités économiques. Cet exemple montre combien l'interaction entre différents types de mobilité et l'inscription et la signification sociale des espaces est au centre des analyses menées en géographie sociale. Au-delà d'une géographie humaine ou d'une géographie sociale, le plus important n'est-il pas cette logique d'interaction? Ce rapport, inscrit dans l'histoire, est une
1 PIOLLE x., (1991), "Mobilité, identités, territoires", Revue de Géographie de Lyon, n03, pp 149-154.
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boucle sans fin. Les individus sont à la fois sujets et objets de l'organisation socio-spatiale. Ce type d'organisation implique de considérer l'espace dans ses dimensions vécues et sociales; cette dimension subjective est de plus en plus souvent appréhendée par les géographes. Ils mettent l'accent sur l'essence, les valeurs et les symboles, de façon à comprendre ce qui se cache derrière les pratiques et habitudes quotidiennes, et repérer le sens des expériences vécues au sein d'un espace. Cette approche est à concevoir comme un éclairage nouveau pour la géographie. L'imagination, les représentations, les préjugés des individus sont à prendre en considération. Dans un ouvrage longtemps ignoré, E. DARDEL, présentait en 1952 une "philosophie géographique", montrant l'importance des perceptions des hommes, des signes, de leur sens et de leur valeur. "La géographie ne désigne pas une conception indifférente ou détachée (...); la réalité géographique, pour l'homme, c'est d'abord là où il est, les lieux de son enfance, l'environnement qui le convoque à sa présence. Des terres qu'il foule ou qu'il laboure, l'horizon de sa vallée ou bien sa rue, son quartier, ses déplacements quotidiens à travers la ville"1.
ID LA GEOGRAPHIE SOCIALE ET LA SOCIOLOGIE: UNE QUESTION DE METHODE? L'ensemble de ces réflexions et de ces questions relatives à la relation espace et société, posées par les géographes, sont susceptibles d'être traitées par des sociologues, des économistes... Cependant, leurs regards, leurs façons d'appréhender les événements, grâce à des méthodes spécifiques, varient. De cette façon le chercheur, le plus souvent sans s'en rendre compte, adopte une approche originale: le géographe habitué à une vision et une lecture spatiales, pratique la représentation cartographique statique ou dynamique, à différentes échelles; le sociologue privilégie les aspects relationnels dont il prend connaissance à partir de
1 DARDEL E., (1990), L'homme et la terre, CfHS, Paris, p 46. 16

sondages, de questionnaires, d'entretiens... Ces différences de conceptions, de pratiques de recherches, se traduisent au sein d'une équipe pluridisciplinaire par des ordres de priorité variables: cette différenciation, permettant la complémentarité, n'est-elle pas le moyen d'aborder la réalité dans sa complexité? Cependant, si la carte et l'entretien restent les outils respectifs du géographe et du sociologue, la nécessité d'une approche transdisciplinaire pour appréhender l'analyse de l'interaction espace-société, passe par une convergence méthodologique. Les communications présentées ici par des géographes font ainsi largement appel aux techniques des sociologues, à travers le recours aux entretiens et aux questionnaires. Cette convergence s'explique largement par les orientations récentes prises par certains géographes: l'appréhension des structures sociales implique de recourir, entre autres, à des outils habituellement utilisés par les sociologues. D'un point de vue méthodologique, la difficulté tient à la dimension vécue du rapport socio-spatial. Pour le géographe comme pour tout chercheur en Sciences Humaines, il est compliqué de saisir des aspects a priori non quantifiables: quels sont les motifs à l'origine de la mobilité résidentielle? Comment raisonnent les acteurs qui participent à l'offre de logements? L'espace est le théâtre de relations entre de nombreux acteurs: comment analyser ces relations de façon à comprendre le système qu'elles constituent? Quels sont les outils susceptibles de répondre à ces questions? Les différentes communications donnent une idée des sources utilisées par les géographes travaillant sur la question du logement: les travaux de l'INSEE (Recensement Général de la Population, Enquête Nationale sur le Logement...), les travaux de l'INED, les extraits d'actes notariés des services des domaines... Ces recensements et fichiers restent pour la quasi-totalité d'entre eux descriptifs; de plus, l'approche traditionnelle confond le logement et le ménage, c'est-à-dire l'ensemble des occupants d'une résidence principale, qu'ils aient ou non des liens de parenté. Cette prise en considération du ménage (par l'intermédiaire du chef de ménage), est parfois un obstacle pour étudier les caractéristiques individuelles. Il convient 17

parfois de concevoir des méthodes originales de recueil de données. Les auteurs ont le plus souVent conçu des questionnaires visant à saisir les trajectoires résidentielles et réalisé des interviews. Les questionnaires ont par ailleurs été le moyen de saisir des informations et éléments d'explication à l'échelle intra-urbaine, ce qui est impossible en utilisant des sources statistiques. IV LE MARCHE COMPLEXE... DU LOGEMENT: UN SYSTEME

Les géographes s'intéressent-t-ils à des thèmes particuliers? Analyse démographique, changement social, système de production, système de consommation, transports... sont-ils des domaines qui leur sont réservés? A priori, non; il est difficile d'affirmer qu'un domaine constitue l'objet de recherche de la géographie exclusivement et il est vain de vouloir absolument délimiter les thèmes abordés par cette disci pline. Ainsi, l'étude de la question du logement et des stratégies résidentielles n'est l'objet d'aucune discipline. C'est un thème de recherche trans-disciplinaire par nature. Son intérêt réside dans cette possibilité de rencontre de différentes branches appartenant aux sciences humaines, en particulier la géographie, la sociologie et l'économie. Chacune est susceptible d'alimenter la connaissance par un éclairage particulier, même si, reconnaissons-le, la contribution de la géographie à la recherche sur le logement est relativement modeste, comparée à l'apport important que l'on doit à d'autres champs disciplinaires, notamment l'économie ou la sociologie. En effet, cette question ne semble pas avoir passionné les géographes, hormis quelques équipes ou chercheurs, en particulier le CIEU de Toulouse (analyse de la "pavillonnarisation" de l'espace et de l'habitat dans les centres anciens) ou certains chercheurs comme J. BASTIE et A. HAUMONT (étude des lotissements dans la banlieue parisienne), M. BERGER et C. RHEIN (analyse de la périurbanisation et de la mobilité résidentielle) ou encore J.P. 18

DAMAIS (étude de l'habitat ancien au Havr~), pour ne citer que les plus importantes contributions. Cette situation est d'autant plus paradoxale que le domaine d'activité le plus investi par les géographes travaillant en dehors de l'université est précisément l'habitat, à travers les nombreuses missions des organismes comme les PACTARIM, les CDHR ou autres observatoires du logement. Les hypothèses que nous pouvons avancer pour expliquer ce relatif désintéressement des géographes vis à vis de la question du logement sont de deux ordres. D'une part, la référence explicite de nombreux géographes à un type d'espace donné, support de leur analyse (Ie rural, l'urbain, la mer, la montagne, la région,...), les prive de toute étude thématique dépassant ces limites: si la question du logement y est abordée, c'est uniquement sous l'angle de l'habitat rural, ou urbain,..., mais les problématiques ayant pour cadre le logement, sans référence à un type d'espace, sont rares. B. KA YSER ne constate-t-il pas, par exemple, que "l'habitat rural c'est de toute évidence beaucoup plus que la maison paysanne...mais c'est sur celle-ci seulement qu'on possède

des informations détaillées" 1 ? D'autre part, l'accent mis par
nombre de géographes sur les recherches à petite échelle est incompatible avec les études fines, menées à grande échelle, que requière l'analyse de la question du logement, qu'il s'agisse d'aborder les mécanismes de production, de transformation du cadre bâti ou le jeu des acteurs. Ne reproche-t-on pas d'ailleurs aux géographes de "s'intéresser plus aux formes de l'habitat qu'à leurs contenus sociaux et leurs significations symboliques"2 ? Si les géographes se donnent pour mission d'analyser les interactions socio-spatiales, l'étude de la question du logement et des stratégies résidentielles permet de proposer des interprétations différentes de l'évolution des termes de cette question. Cette analyse peut conduire à opposer ceux qui aménagent le sol, ceux qui participent à l'offre de
1 KAYSER B., (1990), La renaissance rurale. Sociologie des campagnes du monde occidental, Armand Colin, Paris, p 259. 2 CHEVALIER J., FREMONT A., HERIN R. et al, (1984), Géographie sociale, Masson, Paris, p 171. 19

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