Métropole et ville-pays

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La construction des Grandes Régions suppose la prise en compte de l'espace transactionnel comme géographie à partir de laquelle il faut réinventer la diversité comme la qualité des lieux et des centres. Les nouveaux territoires administratifs doivent y contribuer. Partout le rural s'intègre à l'urbain et sont apparues des Villes-Pays polycentriques qui s'assemblent dans une Ville-Département : une nouvelle identité locale, régionale et européenne se dessine, que les Grandes Régions devraient promouvoir.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140003615
Nombre de pages : 138
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Jacques Beauchard
MÉTROPOLE ET VILLE-PAYS
La construction des Grandes Régions
L’exemple de Reims
La construction des Grandes Régions suppose la prise en compte de
l’espace transactionnel (réseaux+messageries+transits+marchés) déjà pointé MÉTROPOLE ET VILLE-PAYS
dans La Bataille du Territoire (L’Harmattan, 1999) comme géographie à
partir de laquelle il faut réinventer la diversité comme la qualité des centres La construction des Grandes Régions
et des lieux.
Les nouveaux territoires administratifs doivent y contribuer : notre
L’exemple de Reimsavenir politique et économique en dépend. La polarisation actuelle sur les
métropoles cache le maillage remarquable de l’espace français au risque d’une
multiplication sans fi n et catastrophique des périphéries. Partout le rural
s’intègre à l’urbain, partout sont apparues des Villes-Pays polycentriques qui
aujourd’hui s’assemblent dans une Ville-Département : une nouvelle identité
simultanément locale, régionale et européenne se dessine, que les Grandes
Régions devraient promouvoir.
Jacques Beauchard (jacques_beauchard@yahoo.fr) est professeur émérite
de sociologie (UPEC) et membre du CIRTEC (Centre d’Intervention et de
Recherche sur le Territoire et la Cité), axe « Aménagement du territoire ».
Publications de l’auteur en rapport : L’Architecture du Vide/Espace Public et
Lien Civil, en collaboration avec Françoise Moncomble, Presses Universitaires
de Rennes (2013) ; La Leçon de Venise/Quand la mer se tient au centre de la
ville, L’Harmattan coll. Carnets de Ville (2009) ; Beyrouth la Ville la Mort,
éd. de l’Aube (2006) ; Génie du territoire et identité politique, L’Harmattan
(2003) ; Penser l’unité politique. Entre fondements, turbulences et
mondialisation, L’Harmattan (2001) ; La Bataille du Territoire/Mutation
spatiale et aménagement du territoire, L’Harmattan (1999) ; La Ville-Pays/
Vers une alternative à la métropolisation, éd. IAAT/Aube (1996) ;
EspacesProjets Atlantiques/Convertir les périphéries en façades, (ss la dir.) IAAT/
éd. de l’Aube (1995) ; Cités Atlantiques. L’invention de la ville-pays, (ss la
dir.) Datar/Aube (1994) ; Destins atlantiques. Entre mémoire et mobilité, (ss
la dir.) Datar/Aube (1993).
ISBN : 978-2-343-08216-5
15
Jacques Beauchard
MÉTROPOLE ET VILLEPAYS





MÉTROPOLE
ET VILLE-PAYS


Collection Administration et Aménagement du territoire
dirigée par Jean-Claude Némery
Professeur à l’Université de Reims Champagne-Ardenne
Directeur du Centre de Recherche sur la Décentralisation
Territoriale (EA 3312 – GIS GRALE CNRS)
Administrer, aménager le territoire constitue une des
missions fondamentales des États modernes. Gérer les espaces
de quotidienneté et de proximité dans le cadre de la
décentralisation et de la démocratie locale, assurer le contrôle
administratif et financier de l'action publique, anticiper l'avenir
pour assurer un meilleur développement grâce à la prospective
sont les objectifs essentiels des pouvoirs publics. Cette
collection Administration et Aménagement du territoire doit
répondre aux besoins de réflexions scientifiques et de débats sur
cet ensemble de sujets.

Derniers ouvrages parus
Trotsky MEL, La décentralisation à l’épreuve de la crise
économique en Côte d’Ivoire, 2015.
Valérie ANGEON, Sylvie LARDON et Patrice LEBLANC (sous
la direction de), Formation et apprentissage collectif territorial.
Compétences et nouvelles formes de gouvernance territoriale, 2014. ie LARDON et Pa
la direction de), Apprentissage collectif territorial. Adapter les
formations aux enjeux de développement, 2014.
Liam FAUCHARD, Gérard GUIGOURES et Jean PIANEL (sous
la direction de), 2030 : Mutations des relations sociales, 2014.
François VANHILLE, Cultures de l’imaginaire, festivals et
collectivités territoriales. Une ressource inexploitée au service du
développement local, 2014.
Gilbert MEYER, Développement durable et finances locales,
2013.
André TORRE et Frédéric WALLET (sous la direction de), Les
enjeux du développement régional et territorial en zones rurales,
2013.
Badr-Eddine BELAYACHI, Ramiro RIERA, Le représentant
territorial de l’État face au développement urbain, 2013.
The State territorial Representative faced with urban
developmentMarrakech – October 2011/Paris – mars 2012.
Jacques BEAUCHARD




MÉTROPOLE
ET VILLE-PAYS


La construction des Grandes Régions



L’exemple de Reims






































© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08216-5
EAN : 9782343082165









À la mémoire de Lucien Beauchard, mon père, ancien directeur
des Chemins de fer de la Banlieue de Reims. (C.B.R.)
















Sommaire
Préface
Demain, quelle urbanité ? ................................................. 9


Introduction et démarche ............................................... 13


Première partie
L’étendue urbaine et le territoire .................................... 19
1-1 Décomposition/recomposition du territoire urbain ?
...................................................................................... 19
1-2 La cohérence territoriale : un paradigme sédentaire
et administratif ? ........................................................... 22
1-3 Recomposition polycentrique du territoire ? ......... 24
1.4. « Métropolisation » ou « Ville-Pays » ? ................. 32
1-5 L’émergence des Communautés Urbaines et des
Métropoles ................................................................... 38
1-6 Lieux communs, espace public, lieux de cité ? ....... 44
1-7 L’espace public : une architecture du vide, lieu de
l’histoire longue ............................................................ 54
1-8 Les nouveaux projets urbains ................................. 62
1-9 « Urbanochronie » et nouvelle territorialité .......... 68
1-10 Transitions urbaines : la ville passante ................ 73
1.11. Les centralités architectes ................................... 84


Deuxième partie
Reims ville témoin Acteur de la Grande Région ............. 87
2-1 L’enjeu de l’ enquête ................................................ 87
7 2-2 Site, situation, histoire ............................................ 90
2-3 L’interface grande vitesse/« ville lente » : la Porte de
Paris .............................................................................. 93
2-4 Le tramway, artère piétonne de Reims................... 98
2-5 Prospective du centre-ville ................................... 103
2-6 L’attractivité du vide ............................................. 113

Troisième partie
Conclusion ..................................................................... 123
La réhabilitation de l’espace public, cœur de Reims .. 123
La Ville-Département de Champagne ........................ 127

Préface
Demain, quelle urbanité ?
Yves LEBAHY
Président des Géographes de Bretagne
Dans L’Architecture du Vide, Espace public et lien social,
1paru en 2013 , Jacques Beauchard développe une démarche
qu’il poursuit depuis les années 90. Il analyse les effets de
l’économie transactionnelle sur l’évolution structurelle des
2villes et des territoires . Avec la « ville lente », il met en
évidence les mutations à l’œuvre. En sociologue, il explore les
effets qui déstructurent la ville des périphéries et brisent les
figures de l’unité politique : d’où une interrogation qui nous
oblige à revenir sur le sens de la ville contemporaine.
Dans un Monde devenu ville, pour reprendre la formule de
3l’historien Lewis Mumford , où métropolisation et rurbanisation
s’imposent, on est même conduit à s’interroger sur une urbanité
qui concentre l’essentiel de la croissance démographique
(85%), consomme les territoires, bouscule toutes les
organisations, accroît l’acculturation et l’individualisme.
Tout d’abord concentration d’êtres humains, la ville pèse sur
son environnement au risque de le détruire, d’où l’importance
des modes collectifs de l’habiter, en particulier des lieux publics
dont Jacques Beauchard observe la restauration possible à
travers les modes de transport.

1
BEAUCHARD J., MONCOMBLE F., L’Architecture du Vide, espace public et lien
civil, Presses Universitaires de Rennes, 2013.
2
Beauchard J., La Bataille du territoire, Mutation spatiale et aménagement du
territoire, collection Administration Aménagement du territoire, L’Harmattan,
2000.
BEAUCHARD J., préface de Jacquet N., Génie du territoire et identité politique,
collection Administration Aménagement du territoire, L’Harmattan, 2003.
3
Mumford L., The City in History, 1961.
9 Suivant les observations de Georges Duby et dès l’origine, la
ville s’impose comme un phénomène central bien qu’elle soit
souvent démographiquement minoritaire dans l’espace qu’elle
domine. Elle crée de ce fait une urbanité complexe avec les
4milieux ruraux qui la portent et auxquels elle s’impose. Née
dans l’Antiquité, la Cité, de taille réduite, assure le lien civil
nécessaire à toute collectivité ; elle en assure l’organisation.
Elle est à l’origine de l’État.
À partir de la Renaissance et suivant une croissance
exponentielle lors de la Révolution industrielle, les villes vont
dévorer leur espace et contribuer à le détruire tout en entraînant
un déplacement brutal des populations appauvries. Mais,
compensation à ces désordres, la ville offrait du travail, intégrait
ces nouveaux arrivants, même si cela se faisait au prix de crises
politiques et sociales violentes. Entre ses quartiers industrieux,
son centre d’affaires, ses quartiers hypocrites selon Engels,
s’opérait malgré tout la cohabitation de classes sociales
disparates et opposées. Résultat, la ville, en dépit des désordres
qu’elle produisait, constituait alors le creuset d’une efficacité
économique de tous les acteurs et d’une intégration progressive
des nouveaux arrivants.
Désormais la donne est différente. Les villes s’étalent,
multipliant leurs couronnes, irradiant leurs paysages le long des
axes qu’elles contrôlent dans un ribbon development sans fin,
imposant un mode de vie vibrionnant aux flux coûteux à tout
point de vue, dénaturant les campagnes à un point tel qu’on
n’ose plus désormais parler de « ruralité » sauf pour définir les
espaces relégués de quelques angles morts. Comme le démontre
5très bien Christophe Guilluy , les villes ne constituent plus le
lieu de productions secondaires fondamentalement et
durablement source de richesse et d’emplois. La ville des flux
n’est plus qu’un agrégat d’intérêts individualistes, d’exclusions
sociales et finalement une zone de répulsion que beaucoup
tentent de fuir dès qu’ils en ont l’opportunité. La « Cité » est en

4 Khaldûn I., Le livre des exemples, Tome 1 : Autobiographie Muqaddima,
NRF, Gallimard, 2002.
5 Guilluy C., Fractures Françaises, collection Politique, François Bourin
Éditeur, 2010.
10 crise ; elle n’intègre plus. Le lien civil se dilue, détruit par les
intérêts individuels. Pire, la métropole uniformisante impose, en
s’étalant, ses logiques sociales et transactionnelles aux espaces
qu’elle domine, bousculant les organisations traditionnelles, les
réseaux de villes-pays, remettant en cause les frontières des
régions héritées de longs siècles d’organisation politique,
économique et/ou de différenciations ethno-culturelles dont la
diversité constituait la richesse du territoire national.
L’approche strictement juridique de la loi NOTRE et de ses
grandes régions, en affirmant le statut des métropoles, entérine
ce fait, déstructurant au passage le canevas régional sur lequel
la France a longtemps vécu pour un autre plus hypothétique
dédié au mythe de l’économie d’échelle. Tentative d’adaptation
aux impératifs du moment, peut-être, mais remise en cause
profonde des organisations et ignorance totale des
représentations territoriales ou des contraintes géographiques
qui les président depuis des siècles, assurément !
Repenser la ville aujourd’hui, ne consiste-t-il pas, avant tout,
à retisser ce type lien civil ? Les comportements individualistes
récents résultant de la seule logique fonctionnaliste et
marchande n’ont-ils pas contribué à sa disparition ? Par ailleurs,
la mutation sociétale désormais nécessaire pour nous adapter
aux effets de la crise climatique, ne nous incite-t-elle pas à
modifier nos représentations, à envisager une autre manière
d’habiter le territoire, plus responsable que cette dilatation
infinie des concentrations humaines que nous constatons
aujourd’hui ?
Une nouvelle relation homme/milieu est donc à concevoir,
plus prudente, plus respectueuse des contraintes naturelles ;
l’évolution du climat désormais amorcée ne nous en laisse plus
le choix ; une nouvelle relation à l’espace et à la mobilité
également. Les progrès techniques accomplis dans les
transports ne doivent pas masquer de nombreux effets pervers.
La rapidité sans cesse croissante et la massification des flux
représentent-elles toujours un progrès ? La logique technicienne
du toujours plus s’impose à nous sans que les conséquences des
progrès attendus en soient toujours évaluées. En cela, la vision
lente du tramway présentée dans cet ouvrage apparaît
heuristique. Au-delà du simple transport des passagers, elle
11 permet de reconstruire l’ordre de la ville, sa fonctionnalité
reposant sur les échanges, mais aussi sur un « vivre ensemble ».
Plus qu’une ligne de bus ou de métro, équipements à fonction
unique, le tramway apparaît alors comme le moyen de retisser
le lien civil qui aujourd’hui fait défaut. Il conduit à repenser la
structure entière de la ville, son urbanisme, ses espaces
communs, permettant au passage de recréer les conditions d’une
civilité. La démonstration de Jacques Beauchard à partir de
l’exemple rémois apparaît, sur ce plan, fort pertinente.
Mais ces interrogations et propositions ne touchent-elles que
la ville ? N’est-ce pas la totalité de l’aire urbaine, y compris
dans ses périphéries rurales les plus à la marge, qui doit
désormais être envisagée de la sorte ? La création d’un
tramtrain entre Chateaubriand et l’agglomération nantaise, reprenant
l’itinéraire abandonné d’une vieille ligne de chemin de fer,
relève d’une démarche analogue. Plus élaborée, car plus globale
et déjà effective, l’aménagement du Land du Vorarlberg en
Autriche illustre cette démarche, démontrant à quel point il est
6possible de concevoir une nouvelle urbanité . Cet exemple
repose sur une solidarité territoriale très forte et un projet global
de société fondé sur un réseau de « villes-pays » qui se déploie
dans l’orbite des grandes aires urbaines du sud de l’Allemagne.
Un modèle alternatif à la métropolisation s’affirme. Le tramway
y constitue, là plus qu’ailleurs, le moyen de restaurer le lien
civil nécessaire tout en maintenant en vie de petites collectivités
fondées sur la relation ville/pays. Au cœur de la ville des flux et
de l’économie transactionnelle, une nouvelle urbanisation des
lieux communs restaure alors un espace public porteur d’une
mémoire collective.
Concevoir la ville autrement est donc possible. Le tramway,
mais aussi les aires de co-voiturage s’offrent comme acteurs
d’un contrôle possible des impératifs de l’économie
transactionnelle qui réduit a priori toute urbanité.

6 Gauzin-Müller D., L’architecture écologique du Vorarlberg, Un modèle
social, économique et culturel, Éditions Le Moniteur, 2009.

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