Métropoles en construction

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Le phénomène métropolitain représente aujourd'hui un élément essentiel dans la compréhension des dynamiques locales et régionales. Avec le processus de métropolisation, c'est un nouveau système de développement spatial qui émerge et nous interroge. La première partie de l'ouvrage s'intéresse aux "enjeux métropolitains", la seconde est consacrée aux "politiques métropolitaines" et la troisième à l'étude de différents "modèles métropolitains". Outre la diversité des problématiques, l'originalité de l'ouvrage réside dans ses multiples approches disciplinaires.
Publié le : lundi 1 mars 2004
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EAN13 : 9782296355071
Nombre de pages : 292
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Métropoles en construction Territoires,politiques et processus

Logiques politiques Collection dirigée par Yves Surel
Créée en 1991 par Pierre Muller, la collection «Logiques politiques» a pour vocation principale de publier des ouvrages de science politique, ainsi que des livres traitant de thématiques politiques avec un autre angle disciplinaire (anthropologie, économie, philosophie, sociologie). Elle rassemble des recherches originales, tirées notamment de travaux de doctorat, ainsi que des ouvrages collectifs sur des problématiques contemporaines. Des séries thématiques sont égalelnent en cours de développement, l'une d'entre elles visant à publier des ouvrages de synthèse sur les systèmes politiques des États-membres de l'Union européenne.

Dernières parutions
Stéphane LA BRANCHE et Lawrence OLIVIER, Enseigner les sciences sociales. Expériences de pédagogie universitaire, 2004. Alexandra IONESCU et Odette TOMESCU-HATTO, Politique et société dans la Roumanie contemporaine, 2004. Sabine SAURUGGER, Européaniser les intérêts? Les groupes d'intérêt économiques et l'élargissement de l'Union Européenne,2003. Bruno DUMONS et Gilles POLLET (sous la dir.), Administrer la ville en Europe (xixO-xxO), 2003 FA V AREL-GARRIGUES Gilles (sous la dir.), Criminalité, police et gouvernement: trajectoires post-communistes, 2003. GIRAUD Olivier, Fédéralisme et relations industrielles dans l'action politique en Allemagne, 2003. HOFFMANN-MARTINOT Vincent et CLARK Terry-Nichols (dir.), La nouvelle culture politique, 2003. BRECHON PieITe,La gouvemance de l'opinion publique, 2003. VIGNAUX Emmanuelle, Luthérianisme et politique en Norvège,2003. BEL Maïten, MEHAUT Philippe et MERIAUX Olivier (coord. par), La décentralisation de la formation professionnelle, 2003. BACOT Paul, BARATAY Eric, BARBET Denis (dir.), L'animal en politique, 2003. HASTINGS Michel, Le parachutage politique, 2003.

Sous la direction de

B. Dolez et D. Paris

MÉTROPOLES EN CONSTRUCTION
Territoires, politiques et processus

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-6166-6 EAN: 9782747561662

PRÉSENTATION

DES AUTEURS

Franck Bachelet est Maître de Conférences de Science politique à l'I.E.P. de Lille, membre du CERAPS (UMR 8026 CNRS-Université de Lille 2) Alain Barré est Maître de Conférences de Géographie à l'Université de Lille 1, membre du laboratoire Hommes-Villes-Territoires (UPRES 1036, USTL) Jean-Pierre Bondue, Professeur de Géographie à l'Université de Lille 1, est directeur de l'UFR de Géographie et d'Aménagement et membre du laboratoire Hommes-Villes-Territoires (UPRES 1036, USTL) Michèle Breuillard, Docteur en Droit public, est Ingénieur d'Etudes au CERAPS (UMR8026 CNRS-Université de Lille 2)
Nicolas Bué est doctorant en Science politique au CERAPS (UMR 8026 CNRS-Université de Lille 2) Fabien Desage est doctorant en Science politique 8026 CNRS-Université de Lille 2) au CERAPS (UMR

Bernard Dolez est Maître de Conférences de Droit public à l'Université de Paris Panthéon-Sorbonne, membre du CERAPS et CRDC Pierre Ginet est Maître de Conférences de Géographie à l'Université de Lille 1, membre du laboratoire Hommes- Villes-Territoires (UPRES 1036, USTL) Nicolas Joly est- Docteur en Géographie et Aménagement, Hommes- Villes-Territoires (UPRES 1036, USTL) Laboratoire

Laurent Matejko est doctorant en Science politique au CERAPS (UMR 8026 CNRS-Université de Lille 2) Philippe Ménerault, chercheur à l'INRETS, Recherche TRACES, Villeneuve-d'Ascq est directeur de l'Unité de

Dominique Mons est Maître de Conférences à l'École d'Architecture de Lille, membre de l'équipe de recherche « Architecture, Ville et histoire» Laure Montaigne est doctorante en Géographie et Aménagement Laboratoire Hommes-Villes-Territoires (UPRES 1036, USTL) au

Magali Nonjon est doctorante en Science politique au CERAPS 8026, CNRS-Université de Lille 2)

(UMR

Didier Paris, Professeur d'Aménagement -Urbanisme à l'Université de Lille 1, membre du Laboratoire Hommes- Villes-territoires (upRES 1036,USTL) est directeur du DESS «Ville et projets» et de l'LA.U.L. (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de Lille, département de l'U.F.R. de Géographie et d'Aménagement) Catherine Pouzoulet est Professeur d'Histoire et de Civilisation des Etats-Unis à L'Université de Lille 3 et responsable de l'ELAN. (Etudes Lilloises sur l'Amérique du Nord) Jean-François Stevens, Professeur d'Aménagement-Urbanisme à l'Université de Lille l, membre du laboratoire Hommes- Villes-Territoires (UPRES 1036, USTL), est directeur de l'LU.P. ENVAR (formation de l'LA.U.L.)

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION Bernard Dolez, Didier Paris

Page Il

PREMIÈRE PARTIE - ENJEUX MÉTROPOLITAINS
Gouvernance des territoires, régional. Réflexions à partir urbaine. Didier Paris

Page 19

métropolisation et développement de l'exemple de Lille et de sa région Page 21 du déséquilibre: l'exemple Page 39 Page 55

La métropolisation ou l'intelligence lillois. Jean-François Stevens La gouvernance Frank Bachelet territoriale

entre théories et pratiques.

La« métropole» n'est-elle qu'un mot? Retour critique sur un« lieu commun ». Page 71 Nicolas Bué, Fabien desage, Laurent Matejko Intercommunalité et suffrage universel: quelques remarques à propos d'une éventuelle transposition de la loi PLM Page 95 Bernard Dolez

DEUXIÈME PARTIE - POLITIQUES MÉTROPOLITAINES Page 113 Esthétique urbaine et métropolisation Dominique Mons Gares et centralité à Lille: un siècle de projets. Alain Barré, Philippe Ménerault
Une politique métropolitaine? Laurent Matejko Le patronat créateur

Page 115 Page 127
de Lille 2004. Page 147 et Page 165

La gestion partenariale de centre-ville: marchandisation de la ville. Jean-Pierre Bondue

entre durabilité

Régénération de l'habitat et métropolisation. L'exemple des parcs sociaux de la métropole lilloise. Page 177 Laure Montaigne Ressorts et usages de la proximité dans les dispositifs participatifs. Les ateliers de travaux urbains et les formations citoyennes en NordPas-de-Calais. Magali Nonjon Page 191

TROISIÈME PARTIE -MODÈLES MÉTROPOLITAINS Page 209 New-York après le Il septembre: recompositions territoriales et métropolisation dans une ville monde. Catherine Pouzoulet Page 211
La transformation Michèle Breuillard urbaine à marche forcée en Angleterre. Page 237

Processus de métropolisation à Anvers et à Liège: de l'élaboration du discours au renforcement de la cohérence territoriale métropolitaine. Page 259 Pierre Ginet Loisirs, cadre de vie et renouveau urbain: l'IBA Emscher Park dans la Ruhr. Page 281 Nicolas Joly

INTRODUCTION

Bernard Dolez, Didier Paris

Le phénomène métropolitain représente aujourd'hui un élément essentiel dans la compréhension des dynamiques locales et régionales. Avec le processus de métropolisation, c'est un nouveau système de développement spatial qui émerge et nous interroge: quelles sont les modalités historiques qui président à ce processus? Quelle échelle spatiale permet-elle de l'appréhender? Quelles sont les limites d'un modèle en phase avec la globalisation de l'économie? La métropole apparaît tout à la fois comme le lieu d'articulation entre le niveau du "global" et le niveau du "local/régional", et comme un cadre particulièrement adapté à l'apparition de nouvelles formes de développement; le processus de métropolisation constitue le support conceptuel de ces dynamiques de développement. Mais les métropoles apparaissent aussi comme des lieux de prédilection pour la production et la diffusion d'une culture globale, essentiellement de nature économique. La métropole apparaît aussi comme le lieu qui rassemble ou concentre les ressources nécessaires au développement: ressources humaines (la population qui s'y agglomère), économiques (l'industrie, le commerce...), financières, l'information, le savoir, les ressources culturelles. Outre la fonction de marquage géographique du pouvoir et la concentration des ressources, une troisième dimension de la métropole peut être mise en évidence à l'heure de la ville globale (Sassen, 1991) et de l'économie d'archipel (Veltz, 1997) : la métropole est aussi un lieu communicant dans le réseau décisionnel mondial. Si la métropolisation peut se définir comme le processus qui assure le développement des métropoles, elle peut correspondre aussi au processus de diffusion de la dynamique

métropolitaine sur un territoire proche, l'aire de métropolisation ou aire métropolitaine. Par rapport à cette définition d'ordre géographique, la Métapolis de François Ascher (Ascher, 1995) tente plutôt de rendre compte des modalités de fonctionnement de l'espace métropolitain, un système complexe, spatialement fragmenté, hétérogène et en recomposition constante. La métropolisation correspondrait également à un processus volontariste de mobilisation d'acteurs impliqués dans le développement du territoire métropolitain. Cette approche tend à poser le processus de métropolisation comme un modèle de développement très "territorialisé". C'est ici la métropole-territoire qui est l'objet de la réflexion, avec ses structures sociales et économiques, ses acteurs, les stratégies qui y sont développées. Cette approche renvoie à une notion à succès, la gouvernance, qui met en avant les processus de synergie entre les différents acteurs du développement d'un territoire. Mais la notion de gouvernance ne peut évacuer le rapport politique dans sa dimension la plus classique. En effet, ce processus apparaît élitiste et confisqué par une minorité: ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, qu'il soit politique ou économique, ou de savoir (universitaires, journalistes. ..). Dans cette logique, l'expression du citoyen apparaît circonscrite dans le cadre institutionnel prévu par la loi (débat municipal), et celle de l'habitant limitée au cadre ultra local du quartier. Or les enjeux de développement métropolitain se posent à une autre échelle dépourvue de représentation démocratique directe (les conseillers communautaires assurent une représentation indirecte). La question posée est donc celle de la représentation politique du territoire de la métropole à la bonne échelle. En France, la loi Chevènement, avec la création des communautés d'agglomération, tente d'apporter une réponse en terme de cohérence de gestion qui reste encore imparfaite en terme d'expression démocratique. La métropolisation apparaît aujourd'hui comme le paradigme dominant du développement des territoires au sein d'une économie globalisée. La métropole constitue le cadre spatial fonctionnel de la mise en œuvre d'une nouvelle urbanité. Par les débordements spatiaux de la métropole (par exemple, le concept de «ville émergente »), sa mise en réseau, son influence élargie, notamment sur les modes de vies et les enjeux 12

culturels, les cadres classiques de la définition de la ville et de l'urbain sont battus en brèche et la pensée urbaine se renouvelle (Asher, 1995 ; Paquot, Lussault & Body-Gendrot, 2000). Si, sur le plan théorique, la métropolisation apparaît aujourd'hui comme un mode central de développement pour les grand territoires urbanisés, les déséquilibres qu'elle génère, tant sur le plan social que sur le plan spatial (relation aux territoires non métropolisés) font rapidement dévier le débat sur le plan politique: la métropolisation représente aujourd'hui un mode de développement incontournable pour les territoires urbanisés. Le modèle génère en effet des contradictions qui amènent à s'interroger aussi sur ses limites. Le développement métropolitain aggrave les tendances ségrégatives. Sur le plan géographique, il fonctionne selon une logique de développement inégal. La question de la maîtrise du développement de la métropole s'inscrit aujourd'hui dans la problématique du développement durable, intégrant non seulement des dimensions environnementales mais aussi des paramètres sociaux. La première partie de l'ouvrage s'intéresse aux «enjeux métropolitains », tels qu'ils sont en train d'émerger. Didier Paris souligne que le phénomène métropolitain constitue aujourd'hui un élément essentiel de la compréhension des dynamiques locales et régionales. Après avoir pointé les différentes définitions des termes « métropole» et « métropolisation », il s'attarde sur le cas lillois, qui constitue à ses yeux «un bon exemple de processus de métropolisation fondé sur une dynamique de gouvernance », puis sur celui du dunkerquois et de l'ancien bassin minier. La gouvernance de ces territoires obéit à des logiques géographiques différentes, dont il souligne les particularités. Mais chacune des expériences analysées met en évidence le rôle, souvent décisif, des acteurs politiques. Il conclut en soulevant la question du leadership. Pour lui, «le politique occupe une position de choix dans une équation du développement de plus en plus complexe ». Jean-François Stevens s'appuie également sur le cas la métropole lilloise pour mettre en question la métropolisation, qui est tout à la fois « un processus et un objectif ». Il pointe «l'intelligence collective» des acteurs, mais aussi les décisions stratégiques et les investissements structurants qui ont permis à Lille de franchir un seuil dans son développement. La conjonction de ces trois éléments caractérise l'existence d'une dynamique de développement, dont il ne faudrait cependant pas 13

oublier le caractère nécessairement « scandaleux », puisqu'il génère inévitablement de nouvelles inégalités et de nouveaux déséquilibres. Franck Bachelet revient sur la notion de gouvemance territoriale, sur son apparition, sur ses usages et sur sa diffusion, qui est pour lui « un processus d'imposition d'une vision du monde ». Il voit dans la notion même de gouvemance une nouvelle formulation de la question managériale, contribuant ainsi « «importer dans l'action publique des valeurs issues du monde marchand ». Nicolas Bué, Fabien Desage et Laurent Matejka, s'appuyant eux aussi sur l'exemple lillois, remarquent qu'en l'espèce, le «consensus intercommunal» repose avant tout sur un «compromis politique plus ou moins formalisé entre élus aux intérêts territoriaux convergents ». Pour eux, « l'espace public métropolitaine reste ( ) à construire ». Il n'est pas certain que le changement de la règle électorale y suffise. Mais l'élection au suffrage universel direct des conseillers communautaires modifierait inévitablement la donne. Bernard Dolez estime ainsi qu'une éventuelle transposition de la loi PLM aux structures intercommunales aurait paradoxalement pour principal effet d'interconnecter les arènes municipales et communautaires, même s'il est difficile aujourd'hui de distinguer, panni les quatre scénarii possibles qu'il décrit, celui qui serait appelé à se mettre en place. Dans la seconde partie de l'ouvrage, consacrée aux politiques métropolitaines, Dominique Mons, à partir d'une première question: «la ville ne serait-elle pas spontanément belle? », interroge la question de l'esthétique urbaine comme valeur intrinsèque du développement métropolitain. Depuis la renaissance, la question de l'embellissement des capitales est à l'ordre du jour, et, pendant le XIXème siècle, chaos ou «modernité indomptable », le débat esthétique est posé qui concerne les grandes cités industrielles. Aux Etats-Unis ou en Europe, les lectures varient selon les courants, les théories, où s'opposent modernisme et pittoresque. En France, la question de l'esthétique prend un relief particulier avec la loi Cornudet de 1919 qui introduit les plans d'aménagement, d'embellissement et d'extension, en relation avec la question de la salubrité publique. Cependant l'esthétique y apparaît comme un droit pour tous. Pendant ce temps, les métropoles américaines se façonnent en référence à une esthétique qui doit plus à l'automobile

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et l'ascenseur qu'à l'historicisme. Le mouvement moderne, quant à lui, s'empare du concept de ville fonctionnaliste qui va fortement marquer l'organisation de l'espace de nos villes d'après guerre. L'espace urbain se banalise, et, passées les «trente glorieuses» il faut attendre la montée de nouvelles préoccupations relatives à l'environnement et au cadre de vie pour qu'une référence à l'esthétique urbaine retrouve une actualité nouvelle dans nos villes et nos métropoles. Alain Barré et Philippe Ménerault montrent comment, sur le long terme, un équipement comme une gare représente un enjeu majeur pour les politiques d'aménagement métropolitain. Notamment, l'exemple de Lille illustre le débat entre gare terminus et gare de passage: choix rare pour une ville de province, Lille a été dotée d'un équipement du premier type, mais pendant un siècle des projets du second type ont été proposés, jusqu'à ce que l'arrivée du TGV impose la construction d'une nouvelle gare de passage. A la clef des différents projets qui se sont succédés, c'est la question de l'extension de la ville qui est posée, notamment de son centre, la zone non aedificandi des anciennes fortifications offrant une large opportunité dans le secteur de la gare. ..qui bénéficiera à la fin du siècle à Euralille. Mais auparavant, d'autres projets de développement tertiaire autour de la gare classique avaient été avancés, dont celui qui a abouti à la création du Forum, caractéristique des centres directionnels des années 1970. Derrière cette question de l'aménagement du quartier de la gare, c'est aussi la question de la centralité qui est posée, qui ici trouvera un réponse à travers le concept de pôle d'échange grâce à la mise en service du métro VAL. A partir du cas de Lille, capitale européenne de la Culture en 2004, Laurent Matejko s'interroge sur l'instrumentalisation de la culture dans les politiques métropolitaines, et plus particulièrement sur le rôle du patronat dans cet évènement. Cet exemple, qui marque la convergence de vues entre sphères économique, politique et intellectuelle, illustre la question de la gouvemance métropolitaine autour du Comité Grand Lille, groupe de lobbying constitué autour du patronat local, avec comme objectif le développement de la métropole lilloise. C'est aussi dans le cadre de ce comité qu'était née l'idée de la candidature olympique de Lille. Sous tendant l'analyse, c'est aussi la question du pouvoir des mots qui est ici en cause (la métropolisation) et de la construction d'un discours, mobilisateur pour les acteurs du
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développement... ou simplement dominant. C'est un autre domaine qui est abordé par Jean-Pierre Bondue, celui du commerce dans la ville, dans la métropole, à travers la mise en œuvre des politiques des gestion des centre-ville, ce que les anglo-saxons appellent « Town Centre Management». En effet, le maintien d'une forte centralité urbaine dans les métropoles, les grandes villes et villes moyennes correspond à un enjeu important avec la multiplication de centralités nouvelles, souvent périphériques. Si les villes d'Amérique du Nord ont eu un rôle pilote dans l'émergence du concept, en Europe, c'est le modèle anglo-beIge de gestion partenariale publique-privé qui donne le ton. Diffusé en France, le concept a évolué vers une démarche qui tend à considérer le centre ville comme un produit à promouvoir auprès des enseignes, groupes commerciaux et autres promoteurs, ce contribue à la marchandisation de la ville. Avec Laure Montaigne, c'est, à partir de l'exemple lillois, la question du rôle des parcs de logements sociaux dans la mise en œuvre du projet métropolitain qui est abordée. En effet, l'habitat social joue un rôle essentiel dans la constitution de la trame métropolitaine, mais il a été fragilisé par les processus ségrégatifs qui traversent la métropole lilloise (et les autres). Pourtant nombreux sont les quartiers qui ont bénéficié des différentes étapes de la politique de la ville depuis plus de vingt ans maintenant. La question du renouvellement urbain apparaît centrale dans cette problématique d'intégration sociale de la métropole. La loi SRU, telle qu'elle a été conçue à l'origine, semble donner les outils intéressant par relever ce défi. Enfin, Magali Nonjon, à travers l'analyse des ateliers de travaux urbains et les formations citoyennes dans le Nord-Pas-de-Calais, aborde la problématique de la participation des citoyens dans l'élaboration des projets urbains. Cette problématique renvoie à la question de la proximité incarnée par les figures du quartier et de l'habitant. Mais le recours au local peut se révéler ambigu, par exemple avec le risque du repli sur soi. A la fois «expert» et «accompagnateur », « facilitateur» et «conseiller », le rôle des «animateurs» de la participation apparaît essentiel et complexe, mais c'est un rôle qui peut se révéler dangereux. Le concept de «coproduction» rend compte du jeu subtil entre les différents acteurs. A propos de la gestion participative de la transformation urbaine, c'est en fait du rôle de l'interface dans la conduite des politiques publiques dont il est question ici. 16

La troisième et dernière partie est consacrée à différents « modèles métropolitains». Catherine Pouzoulet retrace les principales étapes de la construction de la métropole new-yorkaise. Elle note notamment que la collaboration entre les Etats de NewYork et du New-Jersey fut entravée par l'absence d'organisation métropolitaine transfrontalière. Elle conclut plus largement que «New-Y ork, sous sa forme métropolitaine, opère largement dans un vide politique». L'absence de mécanisme de régulation n'a pas permis de faire contrepoids à la ségrégation territoriale qui caractérise aujourd'hui la métropole new-yorkaise. Michèle Breuillard revient sur trente années de réforme territoriale en Angleterre et entre dans le détail des réforme, abouties ou avortées, qui se sont succédées depuis le début des années 1970. Surtout, elle met à jour les logiques politiques qui les sous-tendent, ainsi que les propriétés du système politico-administratif anglais, où la bonne gestion des services publics apparaît plus importante que la mise en place, au plan local, d'outil démocratique. Analysant et comparant le processus de métropolisation à Anvers et à Liège, Pierre Ginet met en lumière les singularités de l'un et de l'autre: consensus des principaux acteurs à Anvers et antagonismes profonds à Liège; priorité au développement au développement économique pour la métropole flamande; priorité à la réhabilitation du patrimoine architectural et à l'amélioration du cadre de vie pour la métropole wallonne. Enfin, Nicolas Joly détaille les mécanismes des programmes de l'IBA Emscher Park, mené dans la Ruhr. La qualité de l'environnement et du cadre de vie y tiennent une place essentielle et constituent les vecteurs d'une nouvelle écologie urbaine, susceptible de hâter la rupture définitive avec un passé industriel trop lourd.
Outre la diversité des terrains et des problématiques, la principale originalité de l'ouvrage réside dans les multiples approches disciplinaires qu'il mêle. Fruit d'une recherche cofinancée par le CNRS et le conseil régional Nord-Pas de Calais, il matérialise une recherche menée dans le cadre de l'IFRESI pendant plus de deux ans. Associant géographes, aménageurs et urbanistes du Laboratoire Hommes- Villes- Territoires (Lille 1),juristes et politistes du CERAPS (Lille II), mais aussi spécialistes de civilisation américaine (Lille III), de transport (INRETS) et d'architecture (Ecole d'Architecture de Lille), il constitue en soi un petit manifeste en faveur de la

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pluridisciplinarité. Alors que le nécessaire approfondissement des connaissances scientifiques entraîne un éloignement croissant des planètes disciplinaires, il n'est pas inutile de préserver les lieux qui favorisent l'échange, notamment pour appréhender des objets en voie de constitution, tels que le sont assurément encore aujourd'hui les « métropoles» et les processus de « métropolisation ».

Orientation bibliographique Asher F., 1995, Métapolis ou l'avenir des villes. Editions O.Jacob, Paris, 347 p.
Paguot T. Lussault M. Body-Gendrot S. (ss.1a dir.), 2000, La ville et l'urbain,. l'état des savoirs. Paris, édition de la Découverte, 442 p. Sassen, S., 1991, The global City: New York, London, Tokyo. Princeton, New Jersey, Princeton University Press.

Veltz, 1997, Mondialisation, villes et territoires,. l'économie d'archipel. Paris, P.U.F., 262 p.

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PREMIÈRE PARTIE ENJEUX MÉTROPOLITAINS

GOUVERNANCE DES TERRITOIRES, MÉTROPOLISATION ET DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL RÉFLEXIONS À PARTIR DE L'EXEMPLE DE LILLE ET DE SARÉGION URBAINE Didier Paris

A l'heure de la mondialisation de l'économie, de la globalisation des échanges de biens et d'information, de l'intégration accrue des économies nationales dans des entités supranationales de plus en plus vastes (élargissement de IUnion européenne), la réflexion sur les territoires se pose en des termes nouveaux. La question de l'articulation entre le développement des territoires et une économie de plus en plus globale se pose aux différentes échelles qui permettent de rendre compte de la compréhension des territoires. A l'échelle locale s'inscrit notre rapport, en tant qu'individus, à la réalité géographique, celle du territoire, espace vécu et espace politique de l'habitant-citoyen. L'échelle régionale constitue soit un cadre émanant du niveau central pour la gestion politique des territoires locaux (les débuts du processus de régionalisation en France), soit le cadre de l'intégration culturelle et politique de territoires solidaires (Corse, Pays Basque...) . L'échelle des Etats représente un cadre macropolitique de plus en plus remis en cause "par le haut" (construction d'entités supranationales) et "par le bas" (renforcement de la pression régionaliste, évoluant parfois en revendication nationaliste). Enfin, l'échelle des ensembles politico-économiques supranationaux serait une forme d'adaptation du cadre macropolitique à la globalisation de l'économie, mais reste marquée par un déficit démocratique en raison de leur caractère technocratique, notamment quand ils passent du statut de simples zones de libreéchange à celui d'union politique avancée (Union européenne). Dans ce contexte, le phénomène métropolitain aujourd'hui représente un élément essentiel dans la compréhension des

dynamiques locales et régionales. La métropole apparaît à la fois comme le lieu d'articulation entre le niveau du "global" et le niveau du "locaVrégional", et comme le cadre territorial incontournable des formes contemporaines du développement; le processus de métropolisation constitue le support conceptuel de ces dynamiques de développement. Au-delà de l'économie, les métropoles peuvent apparaître aussi comme les lieux de prédilection pour la production et la diffusion d'une culture globale. Il est possible de trouver différentes définitions de la métropole et de la métropolisation (Paris, 2003). Ces définitions ne s'excluent d'ailleurs pas, mais correspondent chacune à un angle d'approche particulier de l'objet géographique et du processus. Ainsi, historiquement, les métropoles étaient les villes où se localisait le siège des différents pouvoirs qui contrôlent un territoire donné: pouvoir politique, religieux, juridique, militaire (Bonnet, 1994). La métropole apparaît ainsi comme le lieu de marquage géographique du pouvoir dans sa relation opérationnelle au territoire. (ex: concentration des pouvoirs au profit de Paris et Londres à mesure de la construction des deux Etats-nation). Avec le XIXème siècle et la révolution industrielle, cette concentration des pouvoirs s'enrichit, pour les métropoles, d'une forte dimension économique: révolution industrielle, révolution des transports, progrès techniques favorisent les processus de concentration, par exemple des ressources bancaires, dans les métropoles, ou encore les hommes par l'exode rural.. Ce développement urbain conduit à l'usage du mot métropole dans son acception contemporaine. La métropole apparaît comme le lieu qui rassemble ou concentre les ressources nécessaires au développement: ressources humaines (la population qui s'y agglomère), les ressources économiques (l'industrie, le commerce), les ressources financières (les banques), l'information, le savoir, les ressources culturelles... En ce sens, le processus de métropolisation correspond à un processus de concentration de ces ressources. En France, le puissant mouvement de métropolisation au profit de Paris a fonctionné comme un processus cumulatif continu et a empêché l'émergence d'autres métropoles fortes. La politique dite des "métropoles d'équilibre", impulsée par la DATAR dès sa création en 1963, devait contribuer au 22

rééquilibrage du territoire. Certes, certaines réalisations ont profité aux capitales régionales, mais depuis 20 ans l'écart entre ParislIlede-France et le reste du pays n'a cessé de s'amplifier (Le MondeINSEE,2001). Une autre dimension de la métropole peut être mise en évidence à l'heure de la ville globale (Sassen, 1991) et de l'économie d'archipel (Veltz, 1997): la métropole est aussi un lieu communicant dans le réseau décisionnel mondial. Les métropoles sont par excellence les pôles urbains connectés à ce réseau, et la métropolisation serait alors le processus qui permettrait la connexion à ce réseau. Quelque part cette vision s'inscrit dans le prolongement d'une réalité historique ancienne, celle du réseau des villes marchandes. Aujourd'hui, les échanges concernent la finance (ce n'est pas nouveau, mais l'échelle a changé), l'information, la formation, etc. Aux biens et personnes, s'ajoute l'informel. Paradoxalement, le besoin de relations physiques, de rencontres entre les acteurs de l'économie et de la société conduisent au renforcement du processus d'agglomération. L'effet de "place" joue à plein et, dans ce dispositif, les métropoles, à commencer par les plus puissantes d'entre elles, constituent les points nodaux du maillage planétaire, selon une logique hiérarchique qui ne renvoie pas au modèle des places centrales (liées à un marché Christaller), mais plutôt à un modèle fonctionnel qui institue une hiérarchie relative des métropoles sur la base de leurs avantages comparatifs. Deux autres façon de définir la métropolisation retiendront plus particulièrement notre attention ici et seront explorées à partir de l'exemple de Lille, et de sa relation à son aire métropolitaine et à sa région urbaine: la métropolisation peut en effet être également définie à la fois comme un processus de mobilisation des acteurs du développement métropolitain et comme processus de diffusion régionale de la dynamique métropolitaine. L'approche de la métropolisation comme un processus volontariste de mobilisation d'acteurs impliqués dans le développement d'un territoire métropolitain tend à poser le processus de métropolisation comme un modèle de développement, très "territorialisé", un peu comme le district industriel, ou système productif localisé, représente un autre modèle de développement "territorialisé". C'est ici la métropole23

territoire qui est l'objet de la réflexion, avec ses structures sociales et économiques, ses acteurs, des stratégies qui y sont développées. Cette approche renvoie à une notion à succès, la gouvernance, qui met en avant les processus de synergie entre des acteurs du développement d'un territoire. Ces acteurs se recrutent au-delà du cadre politique qui constitue l'autorité publique, dans le monde économique, le milieu culturel ou associatif qui constituent la société locale. Cette notion repose sur l'idée que de l'aptitude d'une société locale à faire émerger des projets, dépend la dynamique de développement d'un territoire. Au-delà du gouvernement local, c'est à dire la gestion d'un territoire par le politique, la "bonne" gouvernance correspond à une mobilisation des acteurs d'un territoire dans une perspective de projet, c'est à dire d'action de développement pour ce territoire. L'idée recouverte par cette notion, distincte de celle de gouvernement des villes, serait que les acteurs publics en charge du gouvernement de ces villes et territoires, à travers les institutions qui les organisent, ne seraient que des acteurs du développement parmi d'autres (Marcou, 2000). Le monde économique, associatif, culturel, les communautés, notamment dans le monde anglo-saxon, joueraient un rôle tout à fait décisif dans les dynamiques de développement qui traversent ces villes et ces territoires. En France, les lois portant sur la décentralisation et la régionalisation, en élargissant les compétences des collectivités locales et en renforçant un niveau régional, contribuent à la multiplication des acteurs publics en matière de développement, d'aménagement ou de politique de la ville au cours des années 1980. Le succès de la notion de développement local pendant cette décennie en témoigne, et la montée en puissance progressive du niveau intercommunal comme acteur supplémentaire de ce dispositif, souhaitée par la loi ATR (1992) et confirmée avec force par la loi Chevènement (1999), renforce la tendance. L'Etat et les collectivités locales deviennent partenaires à l'occasion d'une négociation contractuelle. Si dans les pays anglo-saxons la notion de partenariat concerne les modalités de participation du secteur privé dans les projets d'aménagement et de développement des territoires, en France la notion renvoie d'abord aux modes de

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relations entre acteurs publics et parapublics (Booth, Green, Paris, 1997), du type chambres consulaires. Par ailleurs, en même temps que la multiplication des acteurs locaux du développement ouvrait le jeu et contribuait à l'émergence de réseaux d'acteurs dans les territoires, l'émergence de la notion de projet fait apparaître un nouveau paradigme pour le développement des territoires. Cette notion remporte un succès grandissant dans le domaine économique et social depuis une vingtaine d'année: projet d'entreprise, projet d'établissement, projet personneL.. Les territoires, en tant que construction sociale, et singulièrement les villes, ne pouvaient échapper à ce mouvement de fond (De Courson, 1993). Le projet représente tout à la fois une projection dans un avenir entrevu, un acte de production (urbaine), une action de développement (économique ou social) sur un territoire, mais aussi une action de valorisation et de communication (paris, OIPR, 2001) aux confins du marketing urbain utilisé comme stratégie de développement (Rosemberg, 2000). Mais pour qu'il y ait projet, encore faut-il que les divers acteurs du territoire se l'approprient. Le projet prend donc une dimension collective. Cette configuration implique non seulement une mise en synergie, mais aussi une adhésion au projet, un consensus sur le projet partagé. Le mot consensus ne doit pas être ici réduit au consensus politicien, lié aux circonstances du moment. Le consensus autour d'un projet, par exemple le consensus métropolitain dans une grande agglomération, correspond à l'adhésion des acteurs locaux à un projet et à ce que cela implique en termes de valeurs, d'ambition et de coopération entre eux. Ainsi, serions nous tentés de définir la notion de gouvernance urbaine par la conjonction favorable entre l'existence d'un réseau d'acteurs sur un territoire donné (acteurs politiques, économiques, société civile...) et leur mobilisation volontaire autour d'un projet pour le territoire concerné. Mais le risque de dérive élitiste de la gouvemance métropolitaine -le consensus des seules élites sur le projet du territoire- ne doit pas être négligé, ce qui nécessite un contrepoids démocratique par rapport à un développement métropolitain socialement dual, qui pourrait ignorer une frange plus ou moins importante de la société réelle.

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En France et en Europe, Lille, du milieu des années 1980 à la fin des années 1990, constitue un bon exemple de processus de métropolisation fondé sur une dynamique de gouvernance. Alors que l'annonce est faite de la réalisation du tunnel sous la Manche et de la mise en place de relations ferroviaires à grande vitesse entre Londres, Paris et Bruxelles, le milieu politique et économique local se mobilise, associant des universitaires et responsables de l'aménagement et de l'urbanisme pour définir une stratégie métropolitaine pour une agglomération industrielle en mutation, permettant une "bifurcation" dans son évolution (paris et Stevens, 2000). Les acteurs politiques métropolitains se mobilisent pour obtenir l'arrivée du TGV en cœur de ville -la SCNF voulait contourner la capitale des Flandres, ce qui permet à P. Mauroy, avec Euralille, de lancer un projet métropolitain majeur. Succédant à Arthur Notebart à la tête de la Communauté urbaine, dont le mode de gouvernement avait été remis en cause par les maires des grandes villes, il obtient un consensus sur l'objectif de développement métropolitain en proposant d'autres projets sur le reste du territoire métropolitain, et surtout en associant au nouveau discours métropolitain ce que l'on appelait alors le versant nord-est (Roubaix-Tourcoing), jusque là marginalisé. En écho à l'engagement des politiques, la mobilisation des acteurs économiques et de la société civile (le milieu sportif régional, le milieu culturel, l'université...) a permis l'émergence d'une dynamique de communication avec la candidature aux Jeux Olympiques de 2004, et l'obtention du label de Capitale européenne de la culture pour 2004. Durant cette période, les débats se multiplient autour des projets métropolitains, des délégations viennent d'autres villes de France ou d'Europe pour comprendre la dynamique lilloise. Des lieux de rencontres se mettent en place où se côtoient hommes politiques, universitaires, journalistes, hauts fonctionnaires, urbanistes et chefs d'entreprises, dans lesquels émergent les idées qui vont alimenter le développement métropolitain pendant cette période: clubs de prospective (par exemple les cercles animés par Jean-Paul Bayetto, à la tête du programme Euralille), et surtout le Comité Grand Lille, d'inspiration patronale. Au lendemain des élections municipales de 1989, un groupe d'une vingtaine de personnalités issues du monde 26

économique, politique et universitaire se réunit pour réfléchir à l'avenir de la métropole. Cette démarche aboutit à l'émergence d'un groupe informel, le club Métropole Nord Horizon 2000, qui affiche la volonté du monde économique de participer au projet de développement de la métropole. Ce groupe s'étoffe ensuite, notamment par l'apport du club Gagnants, qui regroupe des responsables de grandes entreprises régionales impliquées dans diverses opérations pour changer l'image du Nord-Pas-de-Calais et de la métropole. En octobre 1993 naît le Comité Grand Lille, animé depuis lors par Bruno Bonduelle, agitateur d'idées, à travers plusieurs ouvrages où revient en leitmotiv l'idée de la construction d'un Grand Lille, entité politique unitaire à l'échelle de l'arrondissement de Lille, et qui constituerait l'aboutissement de la démarche d'intégration du pouvoir d'agglomération entamée avec la mise en place et le développement de la Communauté urbaine. Concernant l'ingénierie du développement métropolitain, à L'APIM, l'Agence pour la Promotion Internationale de la Métropole, l'un des premiers outils du développement métropolitain créé en 1985 à l'initiative de la Communauté urbaine et de la CCI de Lille-Roubaix- Tourcoing, dont la vocation est la recherche d'investisseurs, s'ajoute un second outil en 1990. Devant l'importance des enjeux pour la métropole, Pierre Mauroy propose la création d'une Agence de développement et d'urbanisme. Elle aura pour mission d'alimenter la réflexion sur l'évolution de la métropole transfrontalière, d'assurer sur le plan technique la révision du schéma directeur, ainsi que l'animation et le suivi du contrat d'agglomération signé entre la communauté urbaine, la région et l'Etat. En 1992, elle organise les premières assises de la métropole, un événement qui constitue alors un moment important du débat métropolitain. L'agence a également été particulièrement impliquée dans l'animation de la candidature olympique pour 2004, son directeur-général assurant par ailleurs les fonctions de délégué général de Lille 2004, l'association chargée de porter la candidature locale. Mais ce processus apparaît élitiste et confisqué par une minorité: ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, qu'il soit politique ou économique, ou de savoir (universitaires, journalistes.. .). Dans cette logique, l'expression du citoyen reste limitée au cadre municipal (élections), alors que les enjeux de 27

développement métropolitain se posent à une autre échelle, dépourvue de représentation démocratique directe. La population est appelée à adhérer au projet métropolitain, par exemple à travers le succès populaire de la candidature pour les Jeux Olympiques à Lille, mais est tenue à l'écart du débat. Des catégories d'habitants trouvent toutefois à exprimer leur opinion, voire à faire prospérer leurs idées par le média associatif, à l'exemple des associations écologistes mobilisées contre le schéma directeur de la métropole lilloise qui prévoit un contournement autoroutier au sud de Lille, via la zone des champs captant qui alimentent en eau la métropole. Adopté par les élus après sept années de procédure, le schéma directeur de Lille est cassé par le Conseil d'Etat au printemps 2000 sur le recours porté par l'une de ces associations. La recherche du "consensus métropolitain", c'est à dire l'adhésion au projet de développement de la métropole (de nature différente d'un simple consensus politique entre élus) ne peut empêcher les conflits à propos des modalités de mise en œuvre du développement métropolitain. La gouvernance ne peut évacuer le rapport politique dans sa dimension la plus classique. Evoquons ici une dernière dimension de la définition du processus de métropolisation. Non seulement ce processus peut être présenté comme un processus de concentration des ressources du développement, comme un processus de connexion au réseau de l'archipel décisionnel mondial, ou encore de mobilisation des acteurs du développement de la métropole, mais il peut également être présenté comme un processus de diffusion de la dynamique métropolitaine sur un territoire proche, l'aire de métropolisation ou aire métropolitaine (Paris, 1996). Dans le sens où nous l'entendons, l'aire de métropolisation est au sens stricte l'aire qui, autour de la métropole, bénéficie des retombées de son développement, la notion d'aire métropolitaine introduisant une nuance dans le sens d'une plus grande intégration de l'espace "métropolisé" : une certaine contiguïté urbaine et de plus fortes densités, l'existence de plusieurs pôles d'emplois secondaires qui participent d'une structuration plus équilibrée de l'espace, mais aussi plus complexe. Pour schématiser à partir d'exemples français on pourrait ainsi opposer le modèle toulousain d'une aire de métropolisation régionalement étendue, mais univoque (Toulouse et sa région), au modèle d'aire métropolitaine de Lille. 28

En effet, chercher à définir la métropole lilloise renvoie ainsi à un emboîtement d'objets géographiques chacun porteur de sens par rapport au concept de métropole: la ville de Lille, symbolisée dans sa dimension métropolitaine par Euralille, Lille Métropole Communauté Urbaine, l'institution politique imposée par l'Etat en 1968, et qui, depuis 1997, a introduit dans son appellation la dimension métropolitaine, l'arrondissement de Lille, périmètre de réflexion pour le schéma directeur métropolitain (la communauté urbaine plus quelques communautés de communes à caractère péri-urbain au sud), la métropole transfrontalière (arrondissement de Lille et arrondissements frontaliers belges), l'aire métropolitaine qui se déploie au cœur de la région et sur le versant belge, la région urbaine de Lille-Nord-Pas-de-Calais, qui, outre la partie belge de la métropole transfrontalière, intègre le littoral de la Côte d'Opale et l'est du département du Nord, formant, à plus ou moins une heure de la métropole, un système fonctionnel régional à très forte densité urbaine (plus de 300 hIkm2). Sur son flanc nord, l'agglomération lilloise déborde la frontière belge (Mouscron-Comines, Courtrai, Tournai, Ypres) pour former une métropole transfrontalière qui atteint ainsi presque 2 millions d'habitants sur une superficie comparable à celle de l'aire urbaine de Lyon ou Bordeaux. Vers le sud, la métropole lilloise s'ouvre sur les agglomérations de l'arc sud métropolitain (l'ancien bassin minier), Béthune, Douai-Lens, Valenciennes, mais aussi, à la limite, Arras: l'aire métropolitaine lilloise concentre ainsi, à moins de 30 minutes de Lille-métropole, plus de 3,3 millions d'habitants sur une superficie à peine supérieure à celle du département des Bouches-du-Rhône. Au delà, la métropole lilloise anime une région urbaine fonctionnelle (Paris et Stevens, 2000) caractérisée par un système de relations moins intense que dans l'aire métropolitaine, mais cependant effectif au sein d'une région élargie: déplacements de loisirs notamment vers la côte d'Opale ou la côte belge, déplacements de travail, fréquentation commerciale contribuent à structurer cet espace, échanges téléphoniques: « la région urbaine de Lille, au sens large, couvre exactement la région du Nord-Pas-de-Calais» (Damette,1997), périmètre auquel il convient cependant d'ajouter le versant belge transfrontalier délimité ci-dessus.

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Périmètres et définitions de la métropole lilloise Tableau publié dans la revue Mappemonde n066,juin 2002 : D. Paris, Lille, de la métropole à la région urbaine, p7. périmètre Superficie Population Densité Cercle
En gras: niveaux fonctionnels
pour la définition spatiale

France: 1999 /
Belgique :1998

Km2

Hab/km2

théorique
(rayon, km)

du fait métropolitain Ville de Lille

lillois

212 597 hab.

31

6858

3 km

y.c. communes associées: Hellemmes, Lomme Unité urbaine au sens INSEE (partie frçse, sans Armentières) LilleMétropole Communauté Urbaine

Aireurbaine INSEE
(partie française)

Schéma directeur: arrt de Lille (Délimitation usuelle de la
métropole (partie frçse)

1 000070 hab 1 090 608 hab. 1 143 125 hab. 1 204 997 hab. 350 000 hab.
mini à 500000

462 644 975 879 km2

2165 1693 1172 1345

12,1 14,3 17,6 16,7

Partie belge de l'agglomération morphologique estimation selon déf. retenue* Partie belge de la métropole transfrontalière
(arr. Rou lerslY pres/Cou rtrai/! Mouscron-Comines/T
(Périmètre de la COPIT,

500 à 1 200 1 935

700 à420 379

Sans signification sans
sig n ification

hab. maxi 733 993 hab.

ouman

Métropole transfrontalière Conférence Permanente Intercommunlae Transfrontalière Aire métropolitaine lilloise - partie française** - partie belge Région urbaine de Lille
(système métropolitain régional transfrontalier à +1- 1 heure

1 938 990 hab.

2815

689

28,2

3324m hab.
2 590784 hab"

733 993 hab
4730581 hab. 3 996 588 hab. (NPDC)
+ 733993

5854 3 919 km2 1 935 km2

568 661 379

43,1 35,3

14349 km2
12414
+

329
321 452

67,6

(NPDC)

de la métropole, à dominante urbaine) Source:

hab. (partie belQe)

1 935 (Bel.)
COPIT

F : INSEE / B : Atelier transfrontalier

*

maxi: contiguïté géographique des: arrondissements de Mouscron-Comines, Courtrai, Tournai et Wervick; mini: sans l'arrondissement de Tournai dont une partie est rurale. Sur la base d'une densité supérieure 450.000 ** espace maximum à 650 hlkm2 et une continuité habitants pour 700 km2.

(B.Sinn et alii, 2000) + Wervick (arrondissement

urbaine observée d'Ypres,

avec la ville « morphologique» de Tournai une estimation pourrait être de l'ordre de

fonctionnel formé par les aires urbaines contiguës dont les pôles urbains sont à 30 mn de la métropole lilloise par route, et qui offre une densité d'ensemble supérieure à la moyenne française des aires urbaines de province de plus de 500 000 hab. A.U. de Lille,

=

Armentières,

Béthune,

Douai-Lens,

Valenciennes, inférieure

Arras, Bailleul, Hazebrouck à 300) en périphérie hab, 2972

et Merville. Sans Arras, les

Bailleul, Hazebrouck

et Merville (densité seraient

de l'aire métropolitaine,

chiffres pour la partie française

de,. 2422626

km2, 815 h/km2,

30

Cet espace urbain dense qui procède par emboîtement d'échelles ne renvoie donc pas au modèle métropolitain polarisé classique (type toulousain), mais plutôt à un système urbain complexe fondé sur des villes en réseau qui échangent entre elles, et parfois développent des liens politiques, (mais pas toujours I). La métropole transfrontali ère fonctionne en réseau, l'aire métropolitaine et la région urbaine sont structurées en soussystèmes urbains (Béthune / Lens / Douai / Arras ;Valenciennes / Cambrai / Maubeuge; Dunkerque / Calais / Boulogne / SaintOrner). Si à partir du milieu des années 1980 la dynamique métropolitaine s'accélère à l'occasion de l'arrivée du TGV nordouest européen, d'autres villes ou territoires de la région connaissent également des transformations positives en fonction de conjonctures locales plus ou moins favorables. Le rôle des hommes peut souvent apparaître décisif, mais doit être appréhendé à l'aune des enjeux locaux. Dans nombre de cas, les combinaisons politiques locales peuvent aussi bloquer les processus dynamiques. Le littoral apparaît certainement comme l'un des territoires à enjeux de la région Nord-Pas-de-Calais depuis le milieu des années 1980: la construction du tunnel sous la Manche bien entendu, mais également l'autoroute A16 qui joue, enfin, le rôle de rocade pour l'ensemble du littoral, ou encore l'ouverture de l'Université du littoral Côte d'Opale (ULCO) dans ses quatre pôles de Dunkerque, Calais, Boulogne et Saint-Orner, offrent l'occasion d'une nouvelle donne locale. A Dunkerque, la création volontaire en 1968 d'une communauté urbaine, la création de l' AGUR en 1972 correspondaient à la volonté des acteurs politiques de s'organiser face au port autonome et à la nécessité de renforcer l'ingénierie du projet et du développement. Dans les années 1980, après la fermeture des chantiers navals, le lancement du projet Neptune permet à la ville de définir une nouvelle dynamique de projet qui se concrétise dans les années 1990 sous l'impulsion de Michel Delebarre, jusqu'aux développements récents relatifs au pôle de commerce et de loisirs «Marine-Bollaert». L'arrivée de l'université et l'action sur les espaces publics confortent par ailleurs l'impression de changement du paysage urbain local. A Calais, le rejet local du tunnel s'est traduit, pendant plus de dix 31

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