Mode dans la coiffure des Français

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296326354
Nombre de pages : 304
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LA MODE DANS LA COIFFURE DES FRANÇAIS:
« LA NORME ET LE MOUVEMENT» 1837-1987

Collection Logiques sociales
fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions: A Corzani, M. Lazzarato, A. Negri, Le bassin de travail immatériel (BTl) dans la métropole parisienne, 1996. J. Feldman, J-C FilIoux, B-P Lécuyer, M. Selz, M.Vicente, Epistémolog ie et Sciences de l'homme, 1996. P. Alonzo, Femmes employées, ] 996. Monique Borrel, Conflits du travail, changement social et poliique en France depuis 1950, 1996. Christophe Camus, Lecture sociologique de l'architecture décrite, 1996. Isabelle Terence, Le monde de la grande restauration en France: la réussite est-elle dans l'assiette? 1996. Gérar Boudesseul, Vitalité du syndicalisme d'action, 1996. Jacqueline Bernat de Celis, Drogue: consommation interdite. La genèse de la loi de 1970 sur les stupéfiants. 1996. Chantal HoreJJou-Lafarge et Monique Segré, Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, 1996. Thierry Bloss, Educationfamiliale et beau-parenté. L'empreinte des trajectoires biographiques, 1996. Dominique Loiseau, Femmes et militantismes, 1996. Hervé Mauroy, Mutualité en mutation, 1996. Nadine Halitim, La vie des objets. Décor domestique et vie quotidienne dans des familles populaires d'un quartier de Lyon, La Duchère, 19861993,1996. Catherine Dutheil, Enfants d'ouvriers et mathématiques. Les apprentissages à l'École Primaire, 1996. Malik Allam, Journaux intimes. Une sociologie de l'écriture personnelle, 1996. Pierre Cousin, Christine Fourage, KristoffTalin, La mutation des croyances et des valeurs dans la modernité. Une enquête comparative entre Angers et Grenoble, 1996. Sous la direction de Chantal Horellou-Lafarge, Consommateur, usager, citoyen: quel modèle de socialisation ?, 1996.

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4674-4

Vincent CHENILLE

LA MODE DANS LA COIFFURE DES FRANÇAIS:
« LA NORME ET LE MOUVEMENT»

1837-1987

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

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LIMITES DES CONSIDÉRATIONS EMPIRIQUES SUR LE PHÉNOMÈNE DE LA MODE.

a mexie est une norme établie professionnellement dans le domaine vestimentaire ou dans celui de la coiffure. Mais le terme de mexie est employé pour une multitude d'objets et de pratiques sociales: les cartables des écoliers sont touchés par la mexie, certains voyages touristiques sont à la mexie. Chaque année voit apparaître une nouvelle danse à la mexie. Le terme apparaît générique de toutes les consommations qui n'exigent pas à priori un renouvellement fréquent, mais que la mexie contribue à renouveler plus rapidement, sans qu'il y ait pour autant une meilleure performance ou prexiuctivité de l'objet. Et l'on peut penser que les objets moins considérés comme étant de mexie le sont parce que leur économie est moins industrialisée. La mexIepeut jouer sur le prix du cartable, mais les fabricants de cartables savent qu'à chaque rentrée les parents achèteront un cartable à leurs cnfants. La mexie est une norme pour les hommes et les femmes, au même titre que l'on parle de normes d'hygiène ou d'emballage, sans cn avoir la même obligation administrative. Tout le monde ne se conforme pas à la mexie. Tout au moins ccrtains n'ont pas J'impression dc s' y conformer, dc suivre au pied

L

de la lettre les recommandations médiatiques.Pour autant ne suit-on pas tous
la mode? N'y a-t-il pas une contrainte des mexièles sur les choix de l'individu? La mexie vestimentaire se traduit en prexiuits manufacturés, et quand un consommateur achète une veste il achète avec la mexie qui a été apposée à J'objet. Mais en premier lieu qui suit la mexic et qui la fait? I..;opinion a tendance à croire qu'elle est le fruit d'un petit nombre constitué de snobs, d'une élite soucieuse de marquer sa différence par rapport à la foule, d'artistes, d'excentriques et de jeunes désirant se faire remarquer, en manque de personnalité. La futilité reconnue de la mexie est représentée en dernière page des journaux télévisés, la page des réjouissances. Elle se distingue des pages sérieuses de politique, d'économie, comme si la mexie ne faisait pas partie de J'économie. Comme si une élite pour se distinguer recherchaitavant tout la futilité. De ce point de vue là la mexie n'a rien de représentatif d'une société globale à une époque donnée. Tout au plus révèle-t-elle certaines catégories sociales, dont les contours sont irrationnels et illogiques. Cependant la coiffure change chez tout le monde, pas seulement dans un cercle restreint, et J'etret de J'âge n'en est pas la seule raison. Chacun peut se remémorer les mexièles d'il Y a vingt ans, dix ans. Mais qui peut dire à quel 5

moment précis les coiffures changent? Individuellement on remarque qu'une personne a changé de coiffure, puis quelques mois plus tard de même une autre connaissance, sans obligatoirement établir de liens; tout cela apparaît comme un épiphénomène personnel. La perception que nous avons à l'égard des coiffures est celle d'un rythme de changement en douceur, irrégulier. Le linguiste ROLAND BARrHES en fit la remarque dans « Système de la Mode» (points Seuil 1966) : « les changements de Mode apparaissent réguliers si l'on considère une durée historique relativement longue, et i"éguliers si l'on réduit cette durée aux quelques années qui précèdent le moment auquel on se place ,. régulière de loin et anOJChique e près, la Mode semble ainsi disposer d de deux durées: l'une proprement historique, l'aut1e que l'on pourrait appeler mémorable. pmce qu'elle met enjeu la mémoire qu'une femme peut avoir des Modes qui ont précédé la Mode de l'année» 1. Cette perception contraste avec celle que nous offrent les médias : un changement brutal opérant tous les six mois. Tout l'intérêt d'un point de vue individuel est dans la nouveauté et le passé est balayé par cette nouveauté. Mais l'intérêt des médias est aussi de promouvoir la nouveauté, de la mettre en avant, et surtout de la globaliser au niveau de la société; ce qui la fait paraître objective. Pourtant les rythmes et les perceptions de cette nouveauté sont différentes. Aussi peut-on se demander si le rythme médiatique de la mode correspond au processus de création et de diffusion d'une nouveauté esthétique? Cette irrégularité hors de la ponctualité et de la vitesse médiatique peut amener à l'idée que les modifications en matière de coiffure relèvent d'un parcours personnel, de la seule volonté de l'individu. La coiffure étant l'expression d'une personnalité, la mode alors ne serait qu'une invention médiatique destinée à susciter le désir de coiffures en proposant des modèles qui ne sont que des éventualités parmi tant d'autres. Ce qui reviendrait à dire que la mode médiatique n'a aucun effet sur la population, ou tout au moins cet effet est réduit à un petit pogrom social. Mais la perception individuelle n'est pas fiable, (sa logique non plus), et la mode nécessite une reconnaissance collective. Si tant est que la mode existe, elle passe obligatoirement par la diffusion d'un même type de coiffure à un collectif. Elle peut alors être considérée comme représentative d'une société, d'une époque. Ainsi la conçoit-on en archéologie. La coiffure y est utilisée pour la datation des documents iconographiques. À ce compte la mode médiatique peut être considérée comme représentative de la réalité. Toutefois les médias sont-ils les reflets de l'expression collective? Et cette expression collective occulte-t-elle obligatoirement l'expression esthétique individuelle?
1 «Système de la Mode », Roland Barthes (1966) P. 297 -Points Seuil.

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Pour cela il faut comparer les images médiatiques avec les personnes que l'on croise dans la rue, au travail. Sont-ce les mêmes modèles de coiffure? Les deux perspectives ne sont pas nécessairement contradictoires, elles peuvent se concilier, s'éclairer mutuellement. Un pogrom ferait la mode au sens social du terme, associé à la mode médiatique proposée par les coiffeurs, créateurs esthétiques, à l'origine de la mode. Pour les autres, c'est à dire la majorité de la population, la coiffure changerait plus lentement, postérieurement. Il n'y aurait donc pas de choix individuel. Concernant la mode à un niveau individuel dans les conversations rarement est employé le terme de mode, parce qu'il est synonyme d'extravagance. On remarque que l'autre a changé de coiffure sans pour autant l'associer dans ses propos à la mode. Chacun peut en être témoin. L'extravagance n'est-elle pas utilisée afin d'occulter la notion de mode? Le refus d'appeler mode ccs changements qui en découlent, ces imitations de modèles, pourrait alors s'interpréter comme une volonté inconsciente ou délibérée de se rassurer sur son propre libre arbitre, qui ne serait qu'une illusion. Au cœur de cette problématique se trouve la question du temps de la mode. Le temps de la diffusion de la mode répond à la question de qui fait la mode, qui la suit? La notion de cycle, quant à elle, est convenue mais très floue. On conçoit aisément que les modes naissent passent et reviennent, prisonnières d'un ccrcle infernal. Mais si tout revient où se trouve la nouveauté ? Ces cycles sont-ils réguliers ou irréguliers? S'ils sont réguliers cela accrédite l'idée d'absence plus ou moins totale de libre-arbitre. L'Homme est-il naturellement programmé par la mode? On peut penser que ce cycle provient des professions de la mode. D'autant que l'idée d'accélération des modes paraît découler du principe même de la mode médiatique: susciter le changement sans qu'il y ait nécessité matérielle de son renouvellement. Si la question du cycle nage dans le flou le plus total faut-il en conclure qu'il s'agit d'une pure invention, qu'il n'y a pas de règle au déroulement des modes, qu'une mode peut aussi bien durer deux que trente ans? Remarquons que la notion d'irrégularité du rythme de la mode accentue la futilité qui lui est associée. Car il est reconnu que la mode change à court terme. Un phénomène s'exprimant à court terme n'a pas de causes profondes. Si de plus ce changement est imprévisible sur un court terme cela signifie que l'esthétique réagit à des événements extérieurs à elle-même. La réflexion empirique sur ] 'historicité de la mode en matière de coiffure ne nous mène qu'à relever les contradictions, les imprécisions des topiques véhiculés, des hypo7

thèses reconnues communément comme certitudes. Pour définir cette historicité, résoudre ces imprécisions ct contradictions, existe-t-il des historiques?
VALORISATION DU SUJET ET CONFUSION HISIDRIQUE.

l existe des ouvrages traitant de l'histoire de la coiffure, mais qui ne sont pas des travaux d' historiens. À 90 % ces ouvrages ont été écrits par des coiffeurs: A. MALLEMONT, R. RAMBAUD, GUILLAUME, E. PICARD etc. Ou bien ils sont l'œuvre d'amateurs comme la comtesse MARIE de VILLERMONT.
Un seul ouvrage fut écrit par une historienne en 1979 : « La Coiffure en France du Moyen-Âge à nos Jours », de CATHERINE LEBAS. Malgré quelqucs auteurs autres que des coiffeurs ces ouvrages se répètent. Ils répètent certaines informations, mais aussi certains passages d'ouvrages qui les ont précédés. Très peu affirment s'être servis, en les citant, de sources de première main (R. RAMBAUD ct C. LEBAS). La comtesse cite quelquefois des sources de première main à l'intérieur même de son ouvrage, mais ces citations n'ont rien de systématique. Ce qui nous permet de douter sur l'effectif dépouillement de ces sources. ESTHER PICARD cite en bibliographie lcs ouvrages précédent.;;, sources de scconde main, témoignages rapportés: « Les Fugitives» de R. RAMBAUD, mais aussi des ouvrages globaux comme « L'Histoire de la Mode en France» d'A. CHALLAMEL (1861) ou périphériques comme le « Joséphine» d'A. CASTELOT. Les autres ouvrages ne citent pas leurs sources. Les ouvrages ne sont globalement pas enrichis par de nouveaux apports. Ce défaut de sources est compréhensible car il ne s'agit pas de travaux d'historiens.

I

« Les Fugitives », ouvrage du coiffeur RENÉ RAMBAUD, étendit son propos sur la mode des origines jusqu'à la date de publication de l'ouvrage, en 1955. Il ne dépouilla les sources de première main que pour la mèmeRépublique. Comme tous les historiques de coiffeurs l'ouvrage était destiné aux autres coiffeurs, mais surtout aux apprentis coiffeurs préparant le C.A.P ou le B.pl. « La Coiffure à Travers les Siècles» (1973) fut écrit par ESTHER PICARD, professeur de coiffure. Son sous-titre précisait son objet: « COlllment Réaliser Quelques Coiffures Historique s ». Là où ESTHER PICARD s'orienta vers une énumération chronologiquc et une description esthétique, technique, RAMBAUD entendit faire œuvre de pédagogie historique. I..:apprentissage des formes passées était estimé davantage qu'un divertissement folklorique: « nails C/Dyons que tout commence en nous... Se 7etrouverdnns le passé c'est se prépa7erpour l'avenir».
1 «Les Fugitives », R. Rambaud (1955) P 7 - Brodard et Taupin.

8

La mode étant un éternel recommencement l'apprentissage des formes anciennes était une nécessité!. Identifiant un cycle de la mode, RAMBAUD en précisa le moteur. La coiffure symbolisait le temps présent: « la mode est le fruit des événements littéraires, artistiques, scientifiques, de vie sociale» 2 L'art fut mis à la première place, et le court terme également puisqu'il s'agissait d'événements (ce qui explique le titre « Les Fugitives »). La coiffure était affaire de goût, mais paradoxalement elle était aussi affaire de progrès scientifique. Évoquant les progrès scientifiques depuis l'invention de l'indéfrisable jusqu'en 1955 RAMBAUD rappela« les services rendus par les IlÔtreS». « Si la coiffure était affaire de goût, ce goût était perfectible extérieurement par les apports de

la science et de la tec/lIlique»3 Enfin sans la citer dans ses moteurs historiques RAMBAUD considéra l'influence politique dans son découpage chronologique: « sous le Consulat les Paresseuses étaient des demi-perruques destinées à dissimuler les cheveux coupés sous le régime précédenl »4. Dans son ouvrage il employa le moteur politique jusqu'à la mèmc République. Après, à l'exception des deux guerres mondiales citées, le moteur politique disparut. 11 n'y avait plus de bouleversement politique, de changements de régimes. S'y substitua la conjoncture économique, moteur chmgé d'influence, mais qui n'était pas capable de bouleversements comme le moteur politique. Probablement RAMBAUD regroupait-il les influences politiques et sociales sous l'intitulé d'« ASPECT SOCIAL ». Davantage que la politique c'est l'événement qui intéressait RENÉ RAMBA UD ; tout ce qui dramatiquement indique une coupure historique. Car une mode se situe en rupture de celle qui l'a précédée. L'histoire décrite est proprement événementielle, conjuguée en chronologies qui ne concernent pas toujours la coiffure. Les liens établis entre les différents événements ne sont pas d'une logique d'évidence. À partir de 1870 RAMBAUD détailla annuellement la mode, reconnaissant la périodicité annuelle comme référence esthétique. En 1878 la prospérité « ramène la joie de vivre sur les visages» et le 1cr février de cette année« s'élève une polémique chez les coiffeurs entre défeuseurs des cheveux courts et défenseurs des cheveux longs» 5. Quel lien établir entre une situation d'optimisme et une situation de crise? Dans les exemples cités au cours de son ouvrage R. RAMBAUD en vint à contredire ce qu'il appelle
«

influence sociale» : « simplicité et lOCOCO, se moque de la justice soon

1 «Les 2« Les 3 «Les 4« Les 5« Les

Fugitives Fugitives Fugitives Fugitives Fugitives

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(1955) (1955) (1955) (1955) (1955)

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57 57 57 57 83

-

Brodard et Taupin. Brodard etTaupin. Brodard et Taupin. Brodard etTaupin. Brodard et Taupin.

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dale prônée par GAMBETTA» 1. Dans cet exemple l'histoire pohtique n'intervient qu'en cadre, en contrechamp de l'histoire esthétique. Ce paysage pohtique décrit n'apportait rien à la compréhension du mouvement de la mode, excepté sa contradiction vis à vis du moteur politique, mais avait pour conséquence de mettre sur le même plan la création du parti radical et la création de l'éphémère académie de coiffure par BYSTERVELD2. Sans doute RAMBAUD entendait-il valoriser sa profession en la plaçant sur le même plan que« LA GRANDE HISffiIRE ». Enfin pour certainesmodes annuelles aucune influence n'était précisée, comme pendant les années 1876-18773. Quant à l'influence technique et scientifique la vision de RENÉ RAMBAUD était très partiale. Les innovations ne furent citées qu'à partir de la mèmeRépublique. RAMBAUD n'hésita pas à appeler l'ondulation MARCEL, innovation dans la pratique du fer apparue en 1872, comme « l'événement le plus considérable de l'histoire de la coiffure» 4. Pour la génération de coiffeurs comme R. RAMBAUD l'ondulation MARCEL et ses dérivés (l'indéfrisable et la mise en plis) furent les pratiques commerciales de base de la coiffure. On comprend pourquoi RAMBAUD valorisa l'événement. Cela étant, l'histoire de la coiffure proposée n'était plus relativisée à la période mais orientée vers un idéal esthétique confondu avec la réussite commerciale: « l'ondulation va êtremaintenant l'élément essentiel de la coiffure» 5. « Les Fugitives» est un ouvrage marqué par son temps, incohérent pour expliquer la mode. La valorisation qu'il présenta du métier de la coiffure et de certaines pratiques esthétiques en particulier s'explique par sa motivation principale: former virtuellement les futurs coiffeurs. L'ouvrage épais de RENÉ RAMBAUD influença tous les historiques postérieurs. ESTHER PICARD, dont les ambitions étaient plus modestes que celles de RAMBA UD saupoudra ses propos de hens de cause à effet événementiel s : « Sous LOUIS PHILIPPE l'austérité et le conservatisme social firent disparaÎ1reles coques. Ce Jut le triomphe des bandeaux» 6. La notification de la diffusion progressive de la mode à toutes les classes de la société n'intervint qu'à la fin de l'ouvrage. La mention explicative concernant la monarchie de Juillet, seule notification avant la conclusion, apparaît avancée faute d'événement à faire coïncider.

1 «Les Fugitives », R. Rambaud (1955) 2« Les Fugitives », R. Rambaud (1955) 3« Les Fugitives », R. Rambaud (1955) 4« Les Fugitives », R. Rambaud (1955) 5 « Les Fugitives », R. Rambaud (1955) 6« La Coiffure à Travers les Siècles ». L artisanat moderne.

P. 89 - Brodard et Taupin. P. 83 - Brodard etTaupin. P. 81- Brodard etTaupin. P. 93 - Brodard etTaupin. P. 118 - Brodard etTaupin. E. Picard, V Jacot-Descombes

(1973) P. 45-

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L'ouvrage du coiffeur GUILLAUME (<< Guillaume

Racollte

la

Coiffure et ses Métamorphoses» 1982 ColI. GUILLAUME) marqua une rupture par rapport aux historiques de coiffeurs. L'ouvrage ne changeait pourtant pas de destinataire: priorité était donnée aux apprentis coiffeurs. Dans l'introduction GUILLAUME expliquait sa démarche: «Naguère l'esprit créateur dans la coiffure était individualisé, le savoir faire gardé. Aujourd' hui il est au grand jour et profite à tout les professionnels. Je fus le premier à divulguer les secrets des lignes élaborées en équipe» 1. Là s'arrête la comparaison avec l'ouvrage de RAMBAUD. GUILLAUME n'accorda pas d'importance aux événements politiques, sociaux, institutionnels. Seules les influences techniques et artistiques furent conservées. Mais pour GUILLAUME la mode était avant tout affairede sensibilité, de psychologie: « La mode n'est pas une et impérative, elle est multiple et vivante. C'est une réponse à une esthétique nouvelle qui entre dans les mœurs »2. La mode conservait son aspect collectif, mais elle était surtout l'expression d'une individualité. Il ne s'agissait pas pour autant d'accorder le choix de la mode à l'expression de la demande. Pour GUILLAUME la mode était avant tout une affaire de créateurs: « le créateur impose lUI désir anticipé dallS un esprit de femme »3. La frontière était floue entre la découverte des désirs inconscients et le décret esthétique imposé à des femmes ignorant la réalité de leurs désirs. Qui était au final le moteur de la mode? La reconnaissance du public avait ses limites: « l'œil du public doit s'habituer à la nouveauté »4. Le créateur était à l'origine de la nouveauté selon GUILLAUME et avant de détailler année par année tout son travail d'innovation esthétique il rappela dans son ouvrage le parcours biographique et esthétique de grands coiffeurs comme MARCELGRATEAU et ANIDINE. Si la coiffure était l'expression d'une individualité cette personnalité était celle du coiffeur. En 1934 se rendant aux États-Unis GUILLAUME exporta une technique de brossage pour rendre les cheveux flous, forme appréciée alors: « j'ai changé la technique du bouclage ail fer MARCEL sur toute la longueur». S.H.C.F5. L'innovation était de procédé, non esthétique. L'exemple ne mettait pas en évidence le pouvoir du créateur. Mais psychologiquement, par l'emploi constant de la première personne du singulier

1 « Guillaume Guillaume. 2 « Guillaume Guillaume. 3 «Guillaume Guillaume. 4 « Guillaume Guillaume. 5« Guillaume Guillaume.

Raconte Raconte Raconte Raconte Raconte

La Coiffure et ses Métamorphoses La Coiffure et ses Métamorphoses La Coiffure et ses Métamorphoses La Coiffure et ses Métamorphoses La Coiffure et ses Métamorphoses

». Guillaume ». Guillaume ». Guillaume ». Guillaume ». Guillaume

(1982) P. 12 - ColI. (1982) P. 15 - Coll. (1982) P. 27 - ColI. (1982) P. 27 - ColI. (1982) P. 57 - ColI.

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GUILLAUME donnait l'impression qu'il était à l'origine de ces coiffures floues. Le livre vaut par la première mention de la demande dans un historique
de coiffeur.

L'ouvrage de la comtesse MARIE de VILLERMONT paru en 1892 était atypique par rapport à la littérature de mode due aux coiffeurs. La demande chez elle était le principe de la mode: « les femmes poussèrent à la création du corps des coiffeurs» 1. Elles créèrent les coiffeurs par leurs désirs. La demande se résumait aux hautes classes avec pour motif esthétique la recherche de distinction par rapport aux autres classes: « la croyance de tous les peuples à quelque époque qu'on la prenne a toujours considéré le cerveau comme étant le sanctuaire de l'âme. La chevelure est un cadle en rapport avec son importance et sa dignité... Et telle est cette importance de la coiffure que c'est sur elle tout d'abord que nous portons nos 1egards,qU(JJ/dous voulons n
connaître à qui nous avons affaire»
2.

Le rôle du coiffeur était de conseiller les dames pour leur garantir cette distinction sociale, par des règles physionomiques: « LEGROS expliquait comme quoi certaines personnes ont intérêt à adopter une coiffiJremaigre avec des boucles en dragonue, comment à d'autresconvient la coiffure 10ndeà petites frisures des impératrices 10maines »3. Le déroulement historique de la eoiffure était perçu négativement, la distinction était menacée: « avec le tapé exempt de raideur les classes moyennes commencent à dieter les innovations. Les femmes avaient les cheveux ébouriffés à plaisir... Ne faut-il pas nous distinguer desfemmes qui ont pris nos modes? »4. L'histoire très partiale de la Comtesse de VILLERMONT aurait été justifiée peu avant 1789. Mais en 1892 l'avertissement lancé par la Comtesse demeure intrinsèquement inexplicable; ce qui rend le témoignage digne d'intérêt. L'interprétation des phénomènes esthétiques par ces ouvrages ne peut être considérée, néanmoins ces livres ne sont pas à rebuter totalement. Ils offrent une source d'informations, de citations abondantes fort utiles pour les périodes sans sources de première main en quantité considérable.
1 «Histoire de la Laurens. 2 « Histoire de la Laurens. 3 « Histoire de la Laurens. 4« Histoire de la 705 - H. Laurens. Coiffure Féminine Coiffure Féminine Coiffure Féminine Coiffure Féminine », Comtesse », Comtesse », Comtesse », Comtesse Marie de Villermont (1892) P 684 - H.

Marie de Villermont (1892) PP IX, X-H. Marie de Villermont (1892) P 682 - H.

Marie de Villermont (1892) PP 709 - 710.

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Avec l'ouvrage de CATHERINE LEBAS nous nous trouvons en face d'un ouvrage d'histoire moderne se voulant distancié par rapport à une histoire des pouvoirs. Dans son introduction CATHERINE LEBAS affichait sa volonté de présenter une histoire totale de la coiffure. Là où les précédents écrivains mettaient toutes leurs informations au service d'une histoire esthétique de la coiffure CATHERINE LEBAS décida de relativiser la part de I'histoire esthétique pour développer l'histoire professionnelle de la coiffure et l'histoire des techniques de ce métier; deux aspects jusqu'alors totalement négligés. L'étude de ces trois parties était destinée à montrer que la coiffure était l'expression d'un langage social. Le travail de CATHERINE LEBAS était très influencé par l'ethnologie. La démarche était nouvelle pour I'histoire de la coiffure et sans doute sa démarche s'est imposée ear depuis personne ne s'est aventuré dans ce domaine à écrire d'historiques ambitieux. L'ouvrage est riche en références citées d'ouvrages de LOUIS-SÉBASTIEN MERCIER, des frères GONCOURf, de romans d'Émile ZOLA. Si CATHERINE LEBAS y donna des descriptions de mode d'après les périodiques, elle privilégia les sources susceptibles d'enrichir les connaissances du langage symbolique. Son propos consistait à analyser essentiellement comment une société se percevait à un moment donné. Ses analyses demeurent riches. Ainsi expliqua-t-elle que la valeur aristocratique des perruques naquit à la Révolution Française, quand elle disparut en tant que règle sociale. Car les aristocrates n'étaient pas les seuls à
porter la perruque. La forme des perruques définissait ['apparence hiérarchique.

L'abolition de la perruque par la Convention transforma la perruque de symbole social en symbole politique!. Expliquer les modifications esthétiques de la coiffure par une modification de la manière de se penser, de s'exprimer d'une société présente l'avantage de rompre chronologiquement avec la mode médiatique; chronologiquement mais non symboliquement. Le défaut de l'ouvrage se trouve dans la confusion de la modification symbolique et réelle de la coiffure. Ainsi détailla-t-elle la symbolique de la perruque et le bouleversement social que représenta sa disparition à partir de la Révolution Française qui vit « /afin de la perruque masculine »2. CATHERINE LEBAS se contredît sur ce chapitre révolutionnaire, car elle avait remarqué quelques pages avant que« la mode de la poudœ et des

perruquesmasculines passe dans les années1770 »3. Le phénomèneesthétique avait précédé son expression culturelle.

1 « La (1979) 2« La (1979) 3« La (1979)

Coitfure

P 190 - Delmas. Coiffure en France du Moyen Âge à nos Jours », Catherine P. 190-Delmas. Coiffure en France du Moyen Âge à nos Jours », Catherine p. 142 - Delmas.

en France

du Moyen

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à nos Jours

». Catherine

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Jacques

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Jacques

Lebas et Annie Jacques

13

En se rattachant à l'histoire culturelle CATHERINE LEBAS qui entendait rompre avec l'histoire institutionnelle s'y retrouvait rattachée par le discours. L'erreur méthodique qui lui avait fait privilégier les sources exprimant la symbolique relevait du défaut de l'objectivité ethnologique et sociologique expliquée par PIERRE BOURDIEU dans« Le Seils Pratique» (éditions de Minuit 1980). L'idéal historique consiste à utiliser des sources de première main mais qui ne soient pas des sources culturelles, interprétations sociales des phénomènes de mode, purement et simplement. Même si ces sources apportent des éléments chronologiques non négligeables. Enfin Catherine Lebas fait découler le symbolisme social d'une superstructure technique. L'évolution technique est privilégiée dans cette Histoire, car elle est placée en amont de la création et des consommateurs.
La recherche historique des formes et des modes en matière de coiffure se révélerait bien ingrate s'il n'existait des périodiques de mode.

L'historien Contemporain est favorisé par rapport au Médiéviste et à l'historien Moderne car les périodiques de coiffure existent depuis 1768. Ces périodiques ont des avantages primordiaux:

.

Ils permettent d'observer les successions de formes de coiffures, et la date Ils apportent une base conceptuelle aux coiffures tout en nous permettant

précise de leurs modifications.

de les visualiser.

. .

Ils concentrent les informations par rapport aux récits et aux seules iconographies. À priori ils ont un défaut: il s'agit de formes proposées par les coiffeurs. Rien ne nous dit qu'il s'agit de formes désirées et portées réellement par les femmes et les hommes. Cependant l'avantage primordial des périodiques réside dans leur immédiateté. Les acteurs culturels n'ont pas toujours le temps dans l'immédiat d'interpréter les modifications esthétiques en signes.

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INVENTAIRE CHRONOLOGIQUE PROFESSIONNELS DE LA COIFFURE.

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DES PÉRIODIQUES

es périodiques professionnels uniquement axés sur la mode de la coiffure apparurent à partir de 1768. Cette année-là parut « Le Courrier de la Mode ». Il fut suivi en 1774 du« Journal des Dames »1. Malheureusement ces périodiques et ceux qui suivirent jusqu'en 1836 sont aujourd'hui soit introuvables, soit hors d'usage. Mais à partir de 1836 et jusqu'à nos jours nous disposons d'un corpus qui nous permet de suivre mensuellement l'état de la mode d'après les coiffeurs à l'exception des guerres. Ainsi en 1870 la parution fut interrompue quelques mois à cause de la guerre Franco-Allemande. De même la parution cessa au moment de la libération de la France entre 1944 et 1945 pour cause de combats, mais surtout de pénurie de papier. ~interruption la plus longue est due à la guerre de 1914-1918. Les premiers périodiques dont nous disposons après la première guerre mondiale datent de 1922. Cela étant ce trou de parution ne semble pas dû à la presse de mode, mais à l'absence d'enregistrement administratif et d'archivage de certains numéros. Les numéros de 1922 ne sont pas des premiers numéros, alors qu'il s'agit de nouveaux titres par rapport à 1914. Malgré ces lacunes le corpus présente un très bon suivi chronologique, meilleur que les traités techniques et esthétiques de la coiffure. Si nous disposons d'un bon suivi chronologique entre 1836 et 1987 on ne peut pas parler de continuité dans les titres, mais plutôt de contrastes. Il n'existe aucun titre paru depuis les années 1760 ni même depuis 1836. Le titre ayant la plus grande longévité fut « La Coiffure de Paris» qui œmeure aujourd'hui le principal otgane professionnel de la coiffure depuis quatre-vingt deux années. À l'inverse « La Coiffure Artistique Ancienne et Moderne» apparue en 1889 ne dura que deux ans. La moyenne de durée des titres est de vingt deux ans, ce qui n'est pas énorme étant donné qu'il s'agit d'un otgane professionnel et non d'un périodique soumis en principe à
1 « Histoire de la Coitf ure Féminine Laurens.
», Comtesse Marie de Villermont (1892) P. 660 - H.

L

15

l'appréciation du public. Mais certains titres peu nombreux eurent une forte longévité sans atteindre le record de « La Coiffure de Paris ». Le « Journal des Coiffeurs» parut de 1836 à 1874, soit trente-huit ans. « Le Moniteur de la Coiffure» dura quant à lui cinquante ans de 1858 à 1908. «La Coiffure Française Illustrée» parut pendant soixante-huit ans de 1889 à 1957. Enfin citons « Art et Coiffure» paru de 1927 à 1969 qui fusionna après quarante deux ans avec« La Coiffure de Paris ».
Les périodes à forte densité de parution ne sont pas comme on pourrait le croire les périodes les plus récentes. La période de publication la plus dense se déroula entre 1889 et 1905. Cinq périodiques paraissaient régulièrement (<< Le

Moniteur

de la

Coiffure

», « La

Coiffure

Française

Illustrée

»,

« Le Guide Pratique de la Coiffure « La Gazette de la Coiffure »).

», « La Coiffure

Illustrée

»,

La seconde période la plus dense eut lieu entre 1927 et 1937, soit un temps assez bref, avec quatre périodiques (<< La Coiffure de Paris ~), « La Coiffure Française Illustrée », « Art et Coiffure », « Le
Coiffeur»). La première période de densité fut précédée d'un lent accroissement: un

titre entre 1836 et 1858 (<< Le Journal des Coiffeurs»), puis deux titres entre 1858 et 1884 (<< Le Moniteur de la Coiffure» et« Le Journal
des Coiffeurs », puis « Le Moniteur de la Coiffure» et « La Coiffure Illustrée»). L'accroissement fut important entre 1884 et 1889 trois titres durables s'ajoutèrent. (<< Le Guide Pratique du Coiffeur », « La Gazette de la Coiffure », « La Coiffure Française IllllStrée ») Remarquable est également la disparition de quatre périodiques entre

1905 et 1908.

(<<

La Gazette

de la Coiffure»

en 1905, « Le guide

pratique du Coiffeur» en 1906,« La Coiffure Illustrée» en 1907, « Le Moniteur de la Coiffure» en 1908). 11 ne restait alors qu'un périodique (<< La Coiffure Française Illustrée»). Mais l'année suivante

s'en ajouta un second (<< La Coiffure de Paris »). Enfin dernier phénomène la disparition entre 1957 et 1969 de deux titres sur trois, (<< La Co iffure Française Illustrée» en 1957 et « Art et le maintien de cette situation depuis lors. et Coiffure» en 1969)

Les titres éphémères ne sont pas à considérer, ainsi si l'on considère le court laps de temps 1935-1937 trois titres s'ajoutèrent aux titres à grande longévité, (<< Hebdo-Coiffure », « La Semaine de la Coiffure », « La coiffure du Sud-Ouest ») soit au total six titres. 16

LA CROISSANCE

DES TI1RESASSOCIÉE

À LA CROISSANCE

COMMERCIALE.

A Cette hypothèse se confirme dans la deuxième période de concentration:

priori l'accroissement du nombre de titres est un signe de prospérité.

1927-1937. Pour être plus précis l'accroissement des titres débuta entre 1914 et 1922. Alors que nous disposons de deux titres en 1914: « La Coiffure de Paris» et « La Coiffure Française Illustrée », un troisième s'ajouta en 1922,« Le Coiffeur ». Puis en 1927 apparut un quatrième titre,« Art et Coiffure ». Gril se trouve que cette croissance des titres est liée à la croissance économique de la coiffure, elle-même liée à l'accroissement considérable de la clientèle féminine. En 1909 il Y avait à Paris 300 salons de coiffure féminins, en 1918 il Y en avait 20001. La coiffure avait profité de la guerre. Le phénomène s'explique par la gestion des dépenses du ménage. Par obligation les femmes devinrent les gestionnaires du ménage, elles en modifièrent les dépenses selon leurs aspirations. Le phénomène ne fit que s'accroître après la guerre, même si le dénombrement des salons demeure imprécis. En 1930 le nombre de coiffeurs avait doublé par rapport à 1919 suivant ainsi l'évolution proportionnelle de la clientèle féminine2. En 1926 les besoins de la coiJrure féminine n'étaient toujours pas satisfaits: « on manque de coiffeurs de dames, c'est une plDfession d'avenir »3. Des salons de coiffure apparurent alors dans les grands magasins4. La mode des cheveux courts féminins avait créé ce foyer de demande. En

masse les femmes se rendirentalors chez le coiffeur: « chez eux défilent innombrables les jeunes, les vieilles, les vertes et les llDp mûres, les poules et les bourgeoises, les petites femmes et les grandes dames. Avec deux doigts qu'elles œmuent comme les branches des ciseaux elles font le geste fatidique sur la nuque» 5. « La Coiffure de Paris» qualifia le mouvement en 1925 de« Taylorisme de la coiffure» 6. Dans la décennie qui suivit la fin des années 1920 l'expansion se poursuivit avec la diffusion de l'ondulation indéfrisable ou permanente. « Art et Coiffure» qui parut à partir de 1927 promut la permanente en pondération aux cheveux courts. Le constat était alarmant« un coutelier vendait 60 tondeuses par jour à des femmes» 7. Les cheveux courts qui avaient fait la prospérité des coiffeurs risquait de les ruiner si les femmes se coupaient elles-mêmes les cheveux: « Crise économique: les clientes espacent leurs visites. La mode des cheveux coupés si plDfitable
1 «Les Fugitives ». R. Rambaud (1955) P. 237 - Brodard et Taupin. 2« Le Coiffeur» juillet 1930 P. 24. 3 « Le Coiffeur» janvier 1926 P. 29. 4 « Le Coiffeur» janvier 1927 P. 2. 5 « Le Coiffeur» février 1924 P. 12. 6« La Coiffure Française Illustrée» mars 1925 P. 24. 7 « Art et Coiffure» janvier 1927 P 9.

17

hier encore à notre corporation tend actuellement vers des formes de plus en plus réduites. de plus en plus plates, et nOlls risqllons tout simplement, paraît-il, de voir cette mode disparaître non pas en cédant son sceptre à la mode nouvelle, mais plutôt en sombrant dans le néant en ne laissant derrière elle que des chevelures détruites, des crânes dégarnis, des cous pelés» I. L'intérêt selon certains coiffeurs passait par des cheveux un peu plus longs et permanentéscardeuxservices valaient mieux qu'un.« Art et Coiffure» fut la principale revue à défendre esthétiquement et économiquement la permanente. Entre 1927 et 1929 elle annonça les records de baisse du temps d'exécution de la permanente: « la permanente en trente minutes» 2. En j ui n 1928 le record était de« vingt huit minutes et quinze secondes »3. Les coiffeurs s'ils ne pouvaient réa1iser des permanentes en un temps record pouvaient l'établir en 1929 sur une durée raisonnable quant à leurs intérêts: « les permanentes peuvent êtrefaites en une heure un quart, une heure et demie» 4. En 1923 la durée moyenne d'une permanente était de deux heures et demié. Dans ses suppléments « Art et Coiffure» défendait la permanente en faisant témoigner des femmes mondaines ou célèbres: « SUZANNE: justement à propos d'e1égance, je n'admets pas les sports violents chez les femmes, la mode est aux sports, il en faut, mais pas trop n'enfaut, et si vous êtes comme moi je trouve qu'iln 'y a rien de plus minable que de voir une femme en caleçon de bain, courir, trimer, suer en tendant les bras comme dispersant ses cheveux en mèches raides et lam£1ltables» 6. Les sports durs étaient associés aux cheveux non permanentés et « Art et Coiffure» promut à travers des sports moins éprouvants la coiffure floue permanentée : « la coiffure sportive et décorative. On adapte la coiffure à la person1l11lité. !:;'port t flou, les cheveux au vent en voiture donnent l'air crâne. Au tennis et e au bain un style plus féminin» 7. « Art et Coiffure» plaçait dans son titre la mesure de ses ambitions ; le journal entendait que la pratique soit réservée aux classes aisées: « après une nuit sur l'oreiller les boucles sont dIoites hirsutes. Et l'on n'a pas toujours les moyens de se faire friser tous les deux jours» 8. « Art et

Coiffure»

se distinguait de « La Coiffure

OIgane des nombreux Coiffure Française

Française Illustrée », coiffeurs travaillant pour les basses classes. «La Illustrée» s'opposait aux coiffures permanentées,

1 «La Coiffure de Paris» 10 mars 1927 P. 21. 2 « Art et Coiffure» 1" février 1928 P. 9. 3 « Art et Coiffure» juin 1928 P. 5. 4« Art et Coiffure» janvier 1929 P. 12. 5« La Coiffure Française Illustrée» septembre 1923 P. 2. 6« Art et Coiffure» supplément juin 1928 P. 12. 7 «Art et Coiffure» supplément 1" février 1928 P. 6. 8« Art et Coiffure» janvier 1929 P. 12.

18

la permanente était inabordable pour sa clientèle. Le tarif syndical portait à 250 francs la permanente. La masse suivant la mode des cheveux plus longs les coiffeurs perdaient sur le service le plus rémunérateur: « les cheveux sont plus longs non dallS le cou mais dessus et sur les côtés. Il faut féminiser... Les dames trouvent déjà onéreux l'entretien di!leurs cheveux coupés et qu'avec les cheveux mi-longs ce serait pire, caTce genre s'il ne nécessite pas une taille fréquente, mérite d'être impeccable dans sa coiffure» '. Quant à « La C oiffure de Paris» elle défendait l'indéfrisable pour toutes les classes: « l'ondulation GALLIA est aussi bien pour les femmes di! condition modeste

quepourla riche clientèle »2. « La Coiffure de Paris»
verses catégories de coiffeurs.

s'adressait à di-

Malgré la volonté de la corporation de limiter la permanente, celle-ci se diffusa à toutes les couches de la population: « le fer à friser conserve son utilité dans certains quartiRrsoÙ les habitants trouvent bien di! l'argent pour se faire une ondulation mais ont du mal à rassembler la somme suffisante pour avoir une pennanente (quoique la bêtise di!certains collègues la mettent bien à la portée di!toutes les bourses) »3. Les prix de la permanente baissèrent surtout à partir de 1930 : « On trouve des indéfrisables à 100, 90, 80 et même 75 francs, awrs que les tarifs les portent à 200, 250 francs» 4. En 1932 les prix étaient descendus à 30 francs5. Malgré cette baisse la permanente servit les intérêts des coiffeurs : ~~ que l'on veuille ou non la pennanente a placé le co~ffeursur tout un premier plan.. elle lui a permis di! s'imposer d'une façon définitive et absoluevis à vis de la femme »6. Le nombre de coiffeurs croissant les campagnes commencèrent à en être pourvues. Ainsi en 193492 % de la clientèle féminine allait chez le coiffeur7. Malgré la création d' «Art et Coiffure» par la corporation dans des buts bien définis: construire une coiffure à deux vitesses, le poids de la presse professionnelle s'était accru au départ, sans calcul, par le poids de la demande. La même prospérité était à l'origine du « Moniteur de la Coiffltre» en 1858 et à celle de« La Coiffure Française Illustrée ». La naissance du« Moniteur de la Coiffure» ne s'inscrit apparemment pas pendant une période de forte concentration de titres; deux périodiques existaient alors. Cependant cette faible concentration ne se définit que relativement
1 «La 2 « La 3 « La 4 « La 5« La 6 « Le 7« Le Coilfure Coiffure Coiffure Coiffure Coiffure Coiffeur Coiffeur» Française Illustrée» juillet 1927 P. Il, aoOt 1927 P. 18. de Paris» 10 avril 1927 P. 1. Française lllustrée » décembre 1934 P. 27. de Paris» janvier 1930 P. 21. de Paris» 1" mai 1932 P. 36. Français» 10 décembre 1931 P. 1. mars 1934 P. 14.

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à la longue durée. Sur le moment le doublement du nombre de titre put s'apparenter à une forte croissance. « Le MOlliteur de la Coiffure» défendait les intérêts des posticheurs. Dans le premier numéro le journal affichait la volonté de diffuser« un enseignement théorique basé sur des principes réguliers» et de défendre« la coiffure avant tout» I. Cette profession de foi était contredite par le contenu des exemplaires. Au long de l'année 1859 le journal fit un historique des coiffures perruquées. Or la coiffure contemporaine était née de la disparition de la perruque. Les coiffures décrites soulignent avant tout les éléments postiches et moins la mise en forme. Ainsi le périodique associait-il les valeurs physionomiques de la coiffure avec les postiches: « aux visages ronds des frisures courtes,. aux traits faibles et délicats des touffes vaporeuses,. aux longs cous dR longues frisures, aux traits chiffonnés des jetés dRfrisure ,. à l'air piquant des aCClDche-cœurs »2. À la même époque le « Jourllal des Coiffeurs»
défendait le postiche mais aussi la coiffure, c'est à dire la mise en forme des cheveux. Ainsi les coiffures étaient-elles décrites: « mais quels que soient les avantages qu'offre le genre dégagé, rien ne salirait être aussi favorable aux visages mobiles de nos jeunes femmes comme la frisure, surtout celle qui se fait aujourd'hui. En effet les nouvelles boucles n'excluent point les retlOussis qu'on aime et pouvant dans certaillS cas, comme par exemple dans la co(ffure ornée dR marguerites, former elles-mêmes ce bandeau channant, dR plus pouvant se tourner tantôt en dRdans tantôt en delwrs, selon le besoin »3. Les termes de« RETROUSSIS» et de ~~POUVANT SE mURNER» caractérisaient le coiffeur.

On pouvait également lire des défenses encore plus directes du postiche dans les colonnes du« MOlliteur» : « Jadis lorsqu'on parlait dRfaux cheveux à une jeune femme elle poussait un cri d'horreur,mais aujourd'Imi c'est d(fférent, et presque toutes vous disent, lorsque vous leur parl£z de frisures: s'il ne faul pas me couper les cheveux j'en veux bien,. mais s'il faut me porter les ciseaux sur la tête, point! ». Dans le même numéro le rédacteur nous apprenait que le modèle MARIE-ANIDINETIE jouissait de faveur car il était constitué uniquement de postiches et qu'il n'y avait pas besoin de couper les cheveux pour établir les frisures4. Tout incitait les coiffeurs à utiliser en masse des postiches. De fait la coiffure connut une expansion économique peu avant la naissance du « MOlliteur de la Coiffure» et cette expansion était due aux
1 «Le Moniteur de la Coiffure» 1" novembre 2 « Le Moniteur de la Coiffure» 1" novembre 3 «Journal des Coiffeurs» 1" septembre 1858 4« Le Moniteur de la Coiffure» 1" décembre 1858 P. 1. 1858 P. 3. P. 4. 1858 PP. 2-3.

20

postiches. Le nombre de coiffeurs-posticheurs s'était accru parce que la œmande s'était accrue. Sur le moment l'expansion ne fut pas mentionnée, c'est seulement en 1874 que furent données ces explications: « Il y a une vingtaine d'années le nombre de coiffeurs dallSParis était lestreint, et comme coiffeur de dames plus lestreint encore, il faut dile qu'à cette époque Paris était lui-même la moitié de ce qu'il est aujourd'hui,. l'Empire en arrivanl bouleversa ce qui existait et la mode qui était comme en sommeil depuis trente allS se réveilla tout à coup. Quelques coiffeurs qui avaient quelque réputation vilent cette réputation s'accroître dans de telles p1rJportions que le besoin de nouveaux coiffeurs se fit sentir,. les maisons FÉLIX, LEROY, PÉTRUS, se chmgèrentde cette tâ£:heet donnèrent des cours pour avoir des jeunes gens. À cette époque le commerce de cheveux était la dixième partie de ce qu'il est aujourd'hui. Les coiffeurs cités plus haut comprenaient qu'il y avait une grande sourcede bénéficesà exploiter dallSle commercedes cheveux, à cet effet ln coiffure subit une trallSfonnation complète et l'emploi des fa/lx cheveux fut indispensable pour exécuter les nouvelles coiffures. Peu de temps après les cheveux augmentèrent defaçon sensible» I. L'expansion était due essentiellement à la demande qui s'était accrue avec l'accroissement de la population rurale, due elle-même à l'exode rural. Entre 1850 et 1874 la population rurale avait cru dans 28 départements mais décru dans 56 et dans certains cas de façon très sensible. Le nombre d'habitants du département de la Seine passa dans cette intervalle de 48537 à 38 0162. Sans relever de la diffusion de masse le postiche s'était œmocratisé: « La mode desfaux cheveux en forme de cache-nez et des chignons s'est tellement popularisée qu'il n'est pas aujourd'hui jusqu'à la petite ouvrière qui ne veuille ajouter à sa chevelure naturelle un supplément» 3. Cette démocratisation fut rendue possible par l'industrialisation des postiches. Avant le second Empire les coiffeurs fabriquaient eux-mêmes leurs postiches: « Nous avons connu une époque, époque qui n'est guère lointaine oÙ le coiffeur qui ne se livrait pas au travail des cheveux postiches était presque une exception dans la corporation» 4. Puis ils se fournirent auprès de maisons en gros: «BASBOIS, BOTTEAUX, BURGNON, q-IEVALIER DANGUY, D'ARGOUGE, PALLOY TERREUR, PALLIER, DELOISON »5. Les machines à fabriquer en série ces postiches n'avaient rien de grandes innovations, elles étaient très simples de conception. En 1847 le coiffeur CROIZAT mit au point une mécanique à implanter les postiches, à pédales permettant une baisse des coûts de

1 « Journal des Coiffeurs» 1" avril 1874 P. 2. 2« I:Exode Rural» Pierre Merlin - (1971) P. UF PP. 8-10. 3 «Le Moniteur de la Coiffure» 10 janvier 1867 P 2. 4 « Le Guide Pratique du Coin"eur » 25 octobre 1898 P. 1. 5 « Le Moniteur de la Coilfure » janvier 1863 P. 5. 21

15 %1. L'emploi de ces machines était donc dicté par la demande des coiffeurs, qui résul tai t elle-même de la demande consumériste.

Le troisième exempJe de périodique né d'une expansion, celui de « La Coiffure Française Illustrée », confinne non seulement que la presse professionnelle suit l'accroissement de la clientèle, mais que son développement est en corrélation avec la démocratisation de la coiffure. « La Co iffure Française Illustrée» fut l'o~ane de défense des coiffeurs de la démocratie, et donc particulièrement attaché à l'expansion économique davantage qu'à une clientèle et qu'à une pratique. « La Coiffure Française Illustrée» contenait de nombreuses publicités et dont un grand nombre concernait des industries en aval de la coiffure (les teintures, les huiles capillaires les attaches et les peignes) et non l'industrie de la coiffure elle-même. Nous avons vu qu'elle avait défendu le postiche contre les cheveux courts féminins puis s'y était rangée au vu de l'expansion économique. De même elle avait été réticente à la pennanente en croyant qu'elle allait supprimer les cheveux courts. Comme la pennanente se démocratisa elle la soutint. Or « La Co iffure Française Illustrée» naquit au moment où se dilfusa l'ondulation MARCEL. Dans son deuxième numéro elle défendait les coiffures à postiches: « pour le coiffeur ne pas vendre de cheveux, c'est la perte de temps, c'est la vie pénible, la vente de cheveux ne donne pas la richesse, mais au moins

l'emploi du temps et par suite l'aisance »2. Mais lorsque l'avantage économique de l'ondulation MARCEL fut démontré « La Coiffure Française Illustrée» devint son principal soutien malgré les intérêts des posticheurs: « l'élan est donné, partout l'ondulation triomphe, il s'agit dOll£: e suivre le d courant et de clzelClzer utiliser cette JOICemotrice. Je vais essayer d'arriver à à ce résultat en vous déllwntrant que les coiffeurs tiennent enfin un élément qui peut leur Mnner de très sérieux bénéfices. D'abord il Y a bien peu de persomze qui possèdent une chevelure assez abondante pour ne pas être obligées d'y ajouter une mèche de cheveux longs d'au moins soixante centimètres »3. L'ondulation fit s'accroître la diffusion démocratique de la coilfure. Le tenne de démocratique fut littéralement employé dans « La Coiffure Française Illustrée» : « contrairement à ce qui se passait jadis ce sont les dames de tous les rangs qui gr✠à l'ondulation ont appris le chemin des maisons de coiffure. C'est la mode la plus démocratique qui se soit jamais vue, puisqu'elle permet à la moindre bourgeoise, à l'employée de magasin de fréquenter les maisons de coiffure sans atlendre les jours de graJldesCÎIConstances,telles
1 «Journal des Coiffeurs» 1" mars 1847 P 1278,1" avrill847 2 « La Coiffure Française Illustrée» mai 1889 P 1. 3 «La Coiffure Française Illustrée» mai 1891 P 1. P 1286.

22

que le mariage, la p/wtographie, elc. et aux coiffeurs de toutes catégories de gagl/Rrplus largemenl /eur vie» 1. Corollaire de l'accroissement de la demande,comme dans les deux exemples précédentsle nombre de coiffeurs s'accrut: « avan11889, qui fuI la révolution de la coiffure féminine, il n 'y avail qu'une dizaine de maisons de dames à Paris. Aujourd'hui il y en a deux cents» 2. La naissance de cette révolution de la coiffure coïncidait avec la naissance du périodique. Associer le développement de la presse professionnelle de la coiffure à la démocratisation du service semble contredit par l'évolution de cette presse pendant ces trente dernières années. Aujourd'hui comme en 1917 la coiffure est démocratique. Comment expliquer que depuis 1957 le nombre de titres n'ait cessé de chuter? L'explication se trouve dans la nature du média. De telles revues professionnelles ont toujours eu pour but de diffuser la mode et sa technique à tous les coiffeurs de France. Or à ce média imprimé se sont ajoutés deux autres médias. Les cassettes vidéo permettent d'observer plus précisément la technique de la mode que quelques photos imprimées. Deuxièmement depuis le œbut des années ]970 l'entraînement des coiffeurs s'est accru. Pour se mettre à jour des techniques se sont mis à suivre de plus en plus des stages de remise à

niveau3.Ce principe a abouti au système du Franchisage. Des coiffeursde province obtiennent le nom d'un grand coiffeur parisien, en échange de quoi ils doivent suivre des stages pour répondre aux exigences techniques du salon. Ainsi s'explique pour partie la disparition d'« A rt et Coiffure ». Il n'existait pas de différencede fond entre « La Coiffure de Paris» et « Art et Coiffure» en 1969. Par contre on peut remarquer que la fusion qui eut lieu entre les deux journaux aboutît à un journal contenant pl us de pages et plus de pages en couleur. Le produit avait plus de valeur pratique pour

les coiffeurs. On ne doit pas y voir un éloignement de la coiffure démocratique mais une plus grande diffusion de la mode.

1 «La Coiffure Française Illustrée» mars 1906 PI' 9-10. 2« La Coiffure Française Illustrée» mars 1906 PI' 9-10. 3 «La Coiffure de Paris» avril 1975 P. 27,juillet-aoOt 1976 I' HI.

23

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Le prix de l'indéfrisable s'effondrant la permanente devenait accessible à toutes les classes sociales. Pour maintenir des prix hauts des coiffeurs, travaillant pour une clientèle aisée, tentèrent de lancer l'indéfrisable d'élite. (<< La Coiffure Française Illustrée» octobre 1930 -document B.N.F).

24

D'UN

SYSTÈME

DE PRATIQUES

À L'AUTRE:

MULTIPLICATION

DES TITRES ET CRISE COMMERCIALE.

'abondance de titres n'a pas uniquement une signification positive. Elle est signe d'expansion économique mais aussi de divisions professionnelles. Nous avons vu par exemple que le « Journal de s Coiffeurs» œfendait l'intérêt des coiffeurs alors que« Le Moniteur de la Coiffure» défendait celui des coitreurs posticheurs. Cette division dura seize années. Une longévité qui s'explique par le léger décalage qui existait entre les deux titres. Il existait un intérêt commun: celui de la vente de postiches. Mais si « Le Moniteur de la Coiffure» suggérait des coitrures uniquement constituées de postiches le« Journal des Coiffeurs» entendait que la pratique de la coiffure, c'est à dire l'aménagement des cheveux naturels avec les mains, s' y ajoutât. À cette ditrérence de pratique s'en ajoutait une autre d'ordre social. Le « Journal de la coiffure» était un journal destiné à des coifrcurs ayant une clientèle mondainc. Il fallait donc distinguer le monde du demi-monde par la coifrure : « pour un visage aristocratique la coiffure Anne d'Autriche avec des plumes blanches, un bandeau de velours vert et brodé d'or. Les coiffures Marjorelle plaisent aux belles dames du faubourg Saint-Germain car elles sont élégantes sans être compromettantes» 1. Alors que le « Moniteur de la Coiffure» concernait des coitreurs ayant une clientèle plus lmge, celle des demi-mondaines, des cocottes. En 1859« Le Moniteur de la Coiffure» excluait encore la clientèle des ouvrières: « les con!ectionneuses, ouvrières à la journée: la frisure c'est bien joli certainement mais cela prend du temps et les journées ne sont pas trop longues pour gagner de quoi subvenir à ses besoins,. par contre la lorette du demi-monde veut des chiffonnages de boucles» 2. L'iconographie était clairement difrérente. « Le M onite ur de la Coiffure» illustrait ses descriptions techniques de visages détaillant la coiffure, des figures strictement utilitaires, alors que« Le Journal de la Coiffure» proposait des gravures de scènes de la vie quotidienne de mondaines. Les coifreurs qui travaillaient pour le monde n'interféraient pas totalement avec ceux travaillant pour le demi -monde. La deuxième catégorie ayant davantage besoin de détails techniques signifie qu'en tant que coitreurs ils étaient moins expérimentés.
Cette interférence dc techniques permit la survie pendant scize années des deux périodiques. Si les clientèles et les pratiques avaient été semblables il est peu probable que deux titres auraient pu sUIiTivre pour des raisons strictement économiques.
1 «Journal des Coiffeurs» 1" janvier 1858 P. 4. 2 « Le Moniteur de la Coiffure» 1" mai 1859.

L

25

La division devint une concurrence de survie pour les périodiques à partir du moment où le postiche devint prééminent techniquement et économiquement par rapport à la coiffure. Le postiche prit de plus en plus d'importance sur les têtes au cours des années 1860 : « le postiche détruit l'art de la coiffure : iln 'y a pas d'art à poser sur la tête d'une femme une profusion de faux cheveux. Il faut vendre des postiches aux personnes qui ne viennent pas se faire coiffer tous les jours» '. Le nombre de posticheurs augmentant la con-

currences'aecrut entre coiffeurset posticheurs: « la vente de faux cheveux
est pour nous une sourr:ede bénéfices qu'il importe de ne pas négliger. Si ln vente augmente de jour en jour ln concurrence est aussi pills nombreuse et plus active. Depuis quelques années il s'est formé à Paris plusieurs maisons spéciales de postiches qui ne laissent pas de nous faire beaucoup de tort,. ces maisons faisant de la réclame en vendant soit-disant à des prix fabuleux de bon marr:hévendent en réalité plus cher que nous,. seulement ils possèdent/' art de parerleur nlnrr:}zandise t de faire quelque chose avec rien. En voici un exeme pie: des chignons bourrés avec du coton. Cela ne se produit pas dans toutes les maisons» 2. Dépendant économiquement des posticheurs les coiffeurs perdirent leur prééminence économique sur l'ensemble de la profession. Au même moment cette profession démocratisait le postiche. Ainsi le champ social se déplaçait en même temps que l'importance des pratiques se modifiaient. Les coiffeurs orthodoxes attachés à leur clientèle proposaient des coiffures qui n'allaient pas avec les désirs de la clientèle constituant la puissance

économique: « cette coiffurea /'éminent avantage d'être d'une grande simplicité, et pour cette raison elle plaira, j'en suis certain, au plus grand nombre de coiffellrs, qui demandent des coiffures simples, pouvant se porter à la ville et dans l'appartement, il n 'y a qu'à retrancher tel ou tel ornement: 1ll1t1e épaisse en diadèmes, deux SOilSbandeaux sllr peigne »3. Le « Journal des Coiffeurs» ne pouvait proposer directement un modèle tel que le désiraient la majorité des coiffeurs, pour des raisons de clientèle. Ainsi s'explique la disparition du titre. Disparition toute relative car dès que disparut« Le Journal des Coiffeurs» il fut remplacé par« La Coiffure Illustrée ». « La Coiffure Illustrée» fut dirigée par DONDEL, le coiffeur le plus célèbre à l'époque, œuvrant pour les hautes cIasses4. Le changement de titre signifie que la coiffure mondaine avait cessé de représenter ]a coiffure globale.

1 « Journal des Coiffeurs» 1" juillet 1867 P 3. 2 «Journal des Coiffeurs» 1" avril 1865 P 4. 3« Journal des Coiffeurs» 1" octobre 1873 P 3. 4« Le Moniteur de la Coiffure» 10 octobre 1872 P 2. 26

La division fut aussi à l'origine du grand nombre de titres qui apparurent entre 1885 et 1889. Elle s'établît de fait lorsque le naissant « Coiffure française illustrée» se mi t à défendre l'ondulation alors que« Le Moniteur de la Coiffure» continuait de défendre l'intérêt des posticheurs. Il n'y eut pas l'harmonie d'intérêt entre les deuxjoumaux comme celle qui avait existé entre « Le Moniteur de la Coiffure» et le « Journal des Coiffeurs ». Si « La Coiffure Française Illustrée» voyait une concordance possible entre le postiche et l'ondulation pour « Le Moniteur de la Coiffure» la pratique de l'ondulation était une menace pour la pratique du postiche: « à bas l'ondulation! Par ce temps de révolutions sociales, justifiées par le train d'enfer que le progrès nous oblige à mener. Le cri que je pousse comme titre de mon article, cri d'alonne s'il en fût, indique suffisamment le péril dont nous sommes menacés, et je dois être l'interprète de bon nombre de nos collègues en dé,wnçant un état de choses qui ne fera qu'empirer si une réaction ou plutôt une révolution ne vient pas chambalder un de ces accessoires de la co(ffure qui est arrivé à devenir un métier, tellement supérieur à celui dont il dérive, qu'i/ne leste plus de traces de l'art qu'il y a un siècle a illustré le fameux LÉONARD. L'ondulation! Cette chose magique qui fail bondir ou frémir les célébrités contemporaines car elle leur a enlevé sans merci un prestige péniblement acquis. En effet que sont devenus ces bandeaux encam-antla physionomie et complétés par des coiffures savamment combinées, ces jolis nœuds plus ou moins coulants, ces nattes bouclées, ces crépons POMPADOUR, ces boucles et ces bouclettes? Si encore l'ondulation nous avait amenés des compensations. Mais non rien! car nous sommes obligés de tristement constater que plus son succès s'affimwit plus la vente de cheveux devenait nulle et impossible. Allons-nous supporter longtemps cet état des choses? non, mille fois non, et dussions-nous perrbeauprès de nos clientes lespectives le peu de prestige qui nous leste, nous devons immédiatement réagir contre les « gueux», chessernos batteries, faire flèche de tout bois et la mitrailler jusqu'à ce qu'elle en crève (GEORGES DUPUY, président de
l'école française de coiffure)
»1.

Conscient que l'ondulation était une pratique pl us démocratique que le postiche « Le Moniteur de la Coiffure» qui avait vingt ans plus tôt poussé à l'élaIgissement de la clientèle luttait contre cette idée, parce qu'elle s'exerçait aux dépens du postiche. L'ondulation fit-elle totalement disparaître le postiche? Nous avons vu que c'est la pratique de la coupe qui fit disparaître totalement le postiche. Certes l'ondulation réduisit l'importance esthétique du postiche, relégué à un rang secondaire, et de fait la vente de postiches,
1 «Le Moniteur de la Coiffure» octobre 1892 P 6.

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« La Coiffure Française Illustrée» le reconnut en 1894: « ceux qui font l'ondulation, et ils sont assez nombreux ne s'en plaignent pourtant pas. Nous ajouterons même, au risque d'en faire grincer certains qlle nails en connaissons pas mal qui emplissent autrement leurs caisses en n'ondulant pas. De là des colères d'envie. On clame que l'ondulation est abominablement nuisible aux intérêts de notre corporation. Eh bien on a mis du temps à faire cette dérouverte! Maintenant si une reine de la mode, ambassadrice, grande bourgeoise, actria lançait une coiffure à postiche, les coiffeurs seraient obligés d'avoir recours à un confectionneur. Les prix baisseraient à cause de la concur-

rence»1.
Le journal tirait les enseignements de la dépendance des coi1reurs apparue vingt-cinq ans plus tôt. L'ondulation par contre redonnait l'indépendance aux coiffeurs, et rétablissait leur primauté économique. La division opposant
«

La Coiffure

Française

Illustrée»

au « Moniteur

de la Coif-

fure» comme celle opposant « Le Moniteur de la Coiffure» au « JOltrnal des Coiffeurs» reflétait le passage d'une pratique de coiffure au sens le plus global à une autre pratique: du coiffage à la prééminence du postiche dans un cas, du postiche à l'ondulation dans l'autre. Conséquence du changement de pratique la division témoigne d'une crise, la multiplicité des titres de presse reflète aussi cette crise.

« La Coiffure Française Illustrée» était un des einq nouveaux titres apparus entre 1885 et 1889. La nouveauté ne résidait pas seulement dans la quantité inégalée de titres mais dans leur provenance. En majorité ils étaient issus de la province: « La Gazette des Coiffeurs de Bordeaux» comme son nom l'indique était un périodique bordelais. « La Coiffure A rtistique Ancienne et Moderne» fut conçue par les coiffeurs de Rouen. Quant au « Guide Pratique du Coiffeur» il était l'instrument de la puissante corporation des coiffeurs Lyonnais.
On peut concevoir que des corporations de grandes villes aient eu besoin d'un OIgane de presse pour donner des informations économiques, syndicales, pour diffuser des annonces pratiques. Mais ces périodiques-là s'immiscèrent dans le débat esthétique, ce qui était sans précédent.

La province contestait l'autorité de Paris. Ainsi « Le Guide Pratique» du coiffeur un an après sa naissance niait le pouvoir de Paris sur la mode: « d'où vient la mode? Qui donne la mode? Nous sommes bien embarrasséspour répondre. Nos collègues de la corporation Parisienne et auxquels on attribue bien à tort le pouvoir defaire ou de défaire la mode au gré de
1 «La Coiffure Française Illustrée» novembre 1894 P. 405.

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leur inspiration, de leur caprice ou de leurs intérêts. Ce qui contribue pour une bonne part à accréditer cette ClDyance c'est que lorsqu'une nouvelle forme de coiffure a pris naissance et que son règne se trvuve consacré par ln vogue clwcun parmi nos illustres confrères veut s'attribuer la paternité de cette création (ex: le modèle de natte redoublée sur la nuque en fer à cheval formant catogan

qui eut un grand succès en1874)

»1.

Les coiffeurs provinciaux s'étaient sentis floués par les créateurs parisiens: « au commencement de l'hiver quelques-uns de nos grands artistes coiffeurs ont commencé àfaire des coiffures courtes, c'est à dire un peu basses sur le haut de la tête et dégageant presque entièrement la nuque. Cette mode est préjudiciable aux coiffeurs et à l'industrie de la coiffure. Les novateurs soutenaient qu'ils mettaient autant defaux cheveux dans les nouvelles coiffures que dans les longues »2, Dix ans avant la diffusion de l'ondulation l'industrie du postiche était en crise. Parce que les coiffures se simplifiaient. Seuls les coiffeurs du monde et du demi-monde profitaient de la mode: « dallSles quartiers chics on vend du postiche, que la coiffure soit courte ou longue. Pour le reste de la clientèle il faut que la coiffure soit longue» 3. Ce qui n'était pas le cas. La diminution du nombre de postiches accrut la concurrence. À Lyon « la concurrence,plus la diminution du nombre depostiches, on assiste à une

baisse des affairesde 50 à 70 %

»4.

Le champ social de la clientèle s'étant

élatgi la concurrence ne s'exerçait plus seulement à Paris, mais aussi en province. Les marchands parisiens entendaient profiter de leur réputation pour prendre les marchés provinciaux: « le coiffeur de prvvince se heurte chaque jour au peu d'enthousiasme qu'il rencontredallS sa clientèle lorsqu'il s'agit de quelque dépense à faire en vue d'une coiffure nouvelle (ex: les postiches de fivnt). Attendu que beaucoup de femmes du meilleur monde rejettent absolument l'emploi de postiches de fivnt. Il convient de dire que très souvent dallS leurs voyages à Paris, vos clientes achRtervntfort cher des ouvrages postiches que vous leur avez prvposés vingt fois à des prix plus abordables, mais qu'elles ont obstinément refusés» 5. Les journaux de province mobilisaient les coiffeurs contre Paris qui leur volait sans raison valable leur clientèle. À Rouen comme à Lyon il fallait protéger les coiffeurs et posticheurs régionaux: « Les cheveux que nous ven-

1« 2« 3 « 4 « 5
«

Le Le Le Le

Guide Pratique Moniteur de la Moniteur de la Guide Pratique

du Coiffeur» Coiffure» 10 Coiffure» 10 du Coiffeur»

15 avril 1885 P. 2. avril 1878 P. 5. novembre 1885 P. 3. 20 aoOt 1886 P. 4.

Le Guide Pratique du Coiffeur » 25 novembre 1890 PP. 2-3. 29

dons ne sont pas des cheveux chinois,. c'est à dile du crin travaillé, comme ceux que livrent salIS vergogne certaillS commerçants parisiens» 1. Au moment où l'ondulation se dilfusa les coilfures rallongeaient. Tous les coiffeurs, les Parisiens au premier chef, pensaient que ce rallongement serait propice à la vente des postiches. Il n'en fut rien et les coiffeurs provinciaux intervinrent dans le débat esthétique pour critiquer les créateurs pari-

siens: « Décidémentle genreempiresemble prédominerdans les toilettes de
bal et de soirées, et par cOlISéquent dalls les coiffures. Le genre actuel demi-long est plus lucratif pour notre prvfession que la mode précédente. Mais en réalité cette coiffure qui n'est plus courte et que nous n'osons pas faire longue répond-t-elle à un type défini? C'est un échec de la coiffure longue JX11Ce nous n' avaIlSpas compris que pour ramener la coiffure de la femme que sur la nuque et les épaules il fallait en même temps ressusciter la gnome frisure, complément Ùmispensable de la coiffure longue, que ni les na11esni les torsades tombantes ne sauraient efficacement remplacer» 2. De même à Bordeaux on critiquait ces coiffures à la grecque: « les femmes avec les coiffures à la grecque se coiffent elles-mêmes pour soirées,

bals, concerts »3. En janvier 1889 « Le Moniteur la Coiffure» de
avait promu la coiffure longue à la grecque4. Objet des critiques le périodique expliqua par la désunion professionnelle l'échec de la reprise du postiche: « la mode serait plus prvductive si les coiffeurs voulaient s'entendre. Il suffirait de prvposer aux dames des postiches délicats» s. La division entre les coiffeurs parisiens et ceux de la province était due à la crise commerciale du postiche. Un périodique pouvait naître de l'expansion économique et de son contraire. Ce phénomène de multiplication dOà une crise se reproduisit. L'exemple de la période 1935-1939 est intéressant par ses contradictions. Trois nouveaux périodiques apparurent. Ils furent éphémères. Mais on peut penser que le déclenchement de la deuxième guerre mondiale ne fut pas étranger à cette courte durée. Un grand titre comme « La Coiffure Française Illustrée» disparut en 1939 pour reparaître en 1948. Les trois nouveaux titres avaient un cheval de bataille commun: la lutte contre les cheveux longs. Dans « Hebdo-Coiffure » ROBERf MAIGRE en 1935 constatait la crise en se plaignant: « dallS ma clientèle composée de femmes de l'aristocratie et du haut commelre je fais choque jour cette cOllstatation : elles laissent pousser
1 « La Coiffure Artistique Ancienne et Moderne»
2« 3 « 4« 5 « Le La Le Le 15 avril 1890 P. 2. Guide Pratique du Coiffeur» 25 mars 1889 P. 1. Gazette des Coiffeurs de Bordeaux » mars 1892 P. 2. Moniteur de la Coiffure» 15 janvier 1889 P. 5. Moniteur de la Coiffure» 15 juillet 1891 P. 2.

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