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Partages de l'espace

136 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1989
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EAN13 : 9782296194373
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Revue scientüique internationale n° 56

Partages de l'espace
Fondateurs: H.Lefebvre et A. Kopp Ancien directeur: Raymond Ledrut (1974-1987) Directeur: Jean Rémy Comité de rédaction: M. Abelès, B.Barraqué, G.B.Benko, M. Blanc, A. Bourdin, M. Coornaert, J-p Garnier, G. Jalabert, H. Lamicq, F Lautier, B. Marchand, M. Marié, J-M. Offner, S. Ostrowetsky, P Pellegrino, B. Poche, E. Preteceille, J Remy, P Riboulet, 0. Saint-Raymond. Secrétariat: 0. Saint-Raymond, secrétaire de rédaction, M. Coornaert, F Lautier. Correspondants: Carlos Almeida (BIT),Antoine Bailly (Genève), Michel Bassand (Lausanne), Pierre Boudon (Montréal), Gy6rgy Enyedi (Budapest), Antony Giddens (Cambridge), ~exandre Lagopoulos (Tessalonique), André Micoud (SaintF' ''3nne), R. Mariani (Genève), Sophie Navez-Bouchanine ( lbat), Jean Neves (Lisbonne), Allen J Scott (Los Angeles), Charles Ricq (Genève), Olivier Soubeyran (Québec), Wolfgang Tochtermann (Unesco), Licia Valladares (Rio de Janeiro), Stefen Vujovic (Belgrade).

tclitions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris

PARU:

Sonunaire du n° 54-55
Introduction. .......................................

7
15

1. La mobilité, fait social total. . .. . . . . . .. .. .. . . . . . .. . . . 1. Émergence du social lors de la mobilité des individus à partir de la relecture d'un texte de Max Weber,
Willi Dietn"ch

..................................

17

2. La diversité des mobilités, Domimque Joye, Michel Bassand et Martin Schuler. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 3. Relations d'amitié, mobilité spatiale et mobilité sociale, Jacques Coenen-Huther. . . . . . . . . . . . . . . . . 2. Espaces et déplacements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. Du voisinage à l'urbanité. Les mobilités piétolU\es, Jean-Marc Offner. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. R~ds sur la mobilité urbaine en Amérique latine, Étienne Henry. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. Sur la construction sociale du déplacement automo-

35 51 67
69

89

bile, Pierre-Emmanuel Barjonet ... . . . ... ... 107 4. Le sport comme générateur de mobilité et structurant de l'espace, Nuria Puig, Joan Carles Burriel,
Mercé Masnou et Josep Ibanez. . . . . . . . . . . . . . . . .. 119

3. Identité et migrations .. .. .. . . . . .. . . . .. . . . . .. .. . . . ..
1. Espace: identité et altérité des mobiles. La perspective du retour au Portugal, P Pellegrino et P Santos

139

141

Espaces

et sociétés

3

2. Immigration et espaces de mobilité en Europe. Le cas de l'immigration portugaise en France, C. Castro-

Almeida. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

157

3. Mutations sociales et migrations urbaines. Le cas de Tizi Ouzou, une ville d'Algérie, Baya BenabdesselamChougar 169 4. Les mobilités et le droit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 181 1. Liberté de circulation. souveraineté du territoire et droit de la personne, M Coornaert J Costa-Lascoux 183 2. Des transfonnations de l'espace-monde, par l'Étatnation et les exilés. Constats concernant la dynamique des représentations de l'espace dans le domaine du droit d'asile, M-C CaJoz-Tschopp 201 5. Repères bibliographiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 241 Le passage sociospatial du fordisme à la flexibilité: une interprétation des aspects spatiaux de la crise et de son issue, E Swyngedouw et C Kesteloot . . . . . . .. 243

.

Références bibliographiques

263

Sommaire du n° 56
Partages de l'espace
Introduction. ........................................

6 7 8 9 13 14
20 26 33 36

1. Les courants fondateurs de la sociologie urbaine américaine: des origines à 1970, par Jean Remy. . . . . . . . . . .
Introduction. ...................................

1. L'École de Chicago: le paradigme écologique. . . 2. Le culturalisme: de la communauté consensuelle à la communauté fragmentée par les stratifications sociales et orientée par l'opinion publique. . . . . . . 3. L. Wirth « urbanism way of life » : référence obligée et lieu de contestation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4. Habitat: l'environnement physique et les outils de communication . S. L'entité locale et sa dynamique décisionnelle. . . . 6. Planification et conception de la vie urbaine . 7. Conclusion: une pluralité d'abordages de la ville. 2. L'économie de la construction en France face aux mutations de la filière. Quelques éléments pour une approche nouvelle, par Maurice Vincent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. Le développement d'une approche en tennes de filière de production et ses limites. . . . . . . . . . . . . . 2. Les transfonnations récentes des conditions de production du cadre bâti. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. Quelques éléments pour une approche nouvelle. Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. Des familles maghrébines dans une ville nouvelle de la
région parisienne, par Maurizio Catani

39 40 43 45 47

. . . . . . . . . . . . . . . 51 Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51 1. Des populations variées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2. Le point de we des « décideurs» : un prognunme à loyer réduit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

56

Espaces et sociétés

5 58 65 70 75 76 78 81 85 90
90

3. Le point de vue des familles et des générations. . 4. Une situation de précarité économique: des familles assistées.............................
S. Cueillir les opportunités. ......................

4. Le logement des minorités ethniques en Grande-Bretagne, par Danièle Bach-Rive. 1. 2. 3. 4. ...................... Des quartiers noirs au cœur des villes blanches? Le logement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le rôle de l'État. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les moyens de lutte contre le racisme dans le
logement. ...................................

S. Habitat social et politiques de territorialisation : une nouvelle génération d'« acteurs» urbains ?, par Thierry Bloss
L'objet d'une recherche. .........................

1. Des bandes de jeunes aux associations de jeunes: les enjeux d'un espace local de formalisation. . . . 92 2. Sociabilité des jeunes et avenir résidentiel de classe: la production d'un nouvel espace urbain? 100 6. La distribution de l'espace monastique, préfiguration de la distribution domestique moderne, par Albert Lévy .. 1. La règle de Saint Benoît, un texte « théorique» sur la contribution de l'espace monastique. . . . . . . . .. 2. Le Plan de Saint Gall, plan idéal-type de la distribution monastique médiévale 3. Les applications du Plan de Saint Gall. . . . . . . . . .. 107 112 116 118

7. Territoire et localité (notes de lecture) par Alain Bourdin 124

INTRODUCTION

Espaces et Sociétés donne priorité à des numéros thématiques. Ceux-ci permettent de faire un appel d'offre sur un thème, à partir d'une note de présentation publiée dans la revue. Les textes envoyés à la revue sont alors soumis à deux lecteurs et aux responsables du numéro. Des textes sur d'autres sujets sont également envoyés à la revue. Celle-ci souhaite les publier. A cette fin, sortira régulièrement un numéro non thématique rassemblant ces articles. Ceci se fera plus facilement vu la décision de sortir annuellement quatre numéros (un pouvant être double). Cette périodicité permettra un contact plus régulier avec nos lecteurs. La publicité pour les prochains numéros thématiques ainsi que la publication de textes envoyés à la revue, permettra d'intensifier des échanges actifs entre nous.

@ L'Harmattan. 1990 ISBN: 2-7384-0529-0

l

Les courants fondateurs de la

sociologie urbaine ~éricaine des origines à 1970
Jean Rémy"

:

Pendant la période qui va des années 20 aux années 70 de notre siècle, des problématiques spécifiques ont pris forme aux États-Unis, à un moment où les débats étaient quasiment internes à l'Amérique du Nord. Les échanges qui se sont noués ultérieurement traversent le monde anglo-saxon. Le renouveau a été lié à des confrontations extérieures, par exemple avec la sociologie de langue française, notamment d'inspiration marxiste. Pour comprendre l'usage fait de ces travaux français, il faut bien connaître la tradition sociologique américaine qui est différente de celle qui a marqué la sociologie française. Cela vaut particulièrement pour la signification de l'espace dans la vie sociale. Cette tradition sociologique américaine s'est constituée dans les périodes antérieures à 1970.Ces périodes peuvent donc être considérées comme des moments fondateurs qui peuvent être analysés en eux-mêmes. Reprendre les enjeux et la problématique de la période postérieure constitue un autre travail.
*

Université

Catholique

de Louvain-la-Neuve

(Belgique).

8

Espaces et sociétés

Introduction
Les problèmes liés à la ville et l'expérience sociale qui en résulte ont joué un rôle déterminant dans l'élaboration d'une matrice de questions qui a marqué la sociologie américaine. Dans les années 1920, l'École de Chicago est partie d'une analyse d'une grande métropole en expansion démographique, notamment à travers l'immigration pluriethnique. Dans ce contexte, la métropole apparaissait globalement désorganisée et peu contrôlable alors que les quartiers se révélaient comme des unités bien contrôlées de l'intérieur. L'école culturaliste prit le relais dans les années 1930. Ici, les analyses partent de petites villes de la Nouvelle Angleterre, formées de communautées bien intégrées, qui affrontent les problèmes résultant de la diversification sociale de leurs populations et des influences externes qu'elles subissent vu les nouveaux moyens de communication. Ces transformations posent question à une certaine conception de la démocratie locale (grassroot society). Cette communauté traditionnellement valorisée semble donc passer par une crise. L'analyse de cette période de transition est l'expérience de départ sur laquelle s'élabore le modèle culturaliste d'interprétation. L'école fonctionnaliste autour des années 1950 est confrontée à la transformation de la vie sociale découlant du développement de grandes organisations non seulement dans l'industrie mais dans tous les secteurs d'activité. il en résulte notamment le développement d'une catégorie sociale: les {(travailleurs en col blanc » qui devient une catégorie de référence pour comprendre les évolutions nouvelles. Le problème est d'autant plus original que cette catégorie accepte une mobilité spatiale régionale et interrégionale dont le sens diffère de celui des migrations affectant traditionnellement des populations en position difficile sur le marché du travail. Dans les années 1960, l'interactionisme symbolique prend comme référence les espaces publics où coexistent et prolifèrent des groupes malgré la variété de leur orientation et dont la Californie fournit le prototype. Dans ces espaces où l'échange prend sens sur un fond d'interconnaissance réduite, on s'intéresse à la vie quotidienne de l'homme ordinaire. Prenant le jeu scénique comme analogie, on cherche à comprendre comment l'individu peut y faire bonne figure alors que sa vie sociale se déroule sur une multiplicité de scènes. Pour cela, il doit pouvoir contextualiser ses pratiques sans se tromper ni d'espace, ni de temps. Ceci n'est possible que s'il garde une certaine distance face aux divers rôles qu'il est appelé à jouer. Sous des angles divers, le problème de la ville a été un lieu d'interrogation et a été abordé par divers paradigmes. D'où il apparaît que la structuration spatiale de la vie sociale est un facteur important:

Espaces

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9

à considérer dans ses liaisons complexes avec les autres dimensions. Ceci est différent de l'ambiance marquant la sociologie française où, après Halbwachs, cette question a été fréquemment suspecte. On sait le peu d'écho que Chombart de Lauwe a eu, fin des années 1950, lorsqu'il introduit des analyses inspirées par des problématiques spatiales. Il a fallu atten,dre la fin des années 1970 pour que l'on traduise des textes de l'Ecole de Chicago. Par ailleurs, toute la sociologie américaine est fortement sous l'influence des professionnels pour qui il vaut mieux poser un petit problème que l'on peut maîtriser que de s'intéresser à un vaste domaine sur lequel on n'a aucune maîtrise. Ces diverses écoles, sauf le fonctionnalisme, n'élaborent guère des théories générales malgré la richesse potentielle de leur problématique. Pourtant, elles mettent au point un certain nombre d'outils conceptuels permettant d'affiner l'observation. C'est à ce niveau qu'elles contribuent au développement du champ d'analyse. Pour ceux qui chercheraient un manuel de sociologie urbaine présentant la discipline aux étudiants et au public américain, nous suggérons: ].L.Spates and J.J.Macionis, The Sociology of Cities (1982).

,

1. L'Ecole de Chicago: le paradigme écologique
Le passage de la sociologie américaine à la professionnalisation est lié à une approche systématique de la ville sous l'impulsion de l'Université de Chicago. Cette ville subissait des changements quantitatifs importants résultant d'une immigration massive, ayant un impact sur le mode de vie. Ceci était d'autant plus marqué que cette population était composée de groupes ethniques variés (Polonais, Tchèques, Italiens) plus éloignés des habitudes et de la langue véhiculaire que les Irlandais, les Allemands et les Scandinaves arrivés au XIXe siècle. Les quartiers où ils se regroupèrent devinrent des ghettos relativement peu pénétrables, donnant l'impression d'un grand désordre et suscitant de divers côtés des initiatives d'action moralisatrice, telle celle promue par les Ligues de Moralité Publique. L'analyse sociologique allait permettre une autre compréhension de ce phénomène complexe et inspirer d'autres initiatives centrées sur des modes d'actions communautaires ,axés sur la vie de quartier. Nombre de chercheurs de cette Ecole ayant par ailleurs é!udié en Allemagne, leurs travaux témoignent de l'influence de l'Ecole allemande et, en particulier, de celle de Simmel. C'est dans le remarquable ouvrage de celui-ci, intitulé Metropolis and Mental Life, que se trouve l'essentiel des éléments d'analyse de la communauté

10

Espaces

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qui influencèrent l'École de Chicago. Simmel s'attache à y montrer les effets induits par le passage des formes traditionnelles et cohésives de la communauté, aux formes complexes et anonymes du monde urbain et industriel. « Personnalisation» et « dépersonnalisation », « socialisation» et « désocialisation », sont les paradoxes que voit Simmel dans une société à base non communautaire. Et ce sont

ces mêmes paradoxes que l'École de Chicago - et tout spécialement Park (1925) - souligne en parlant de la liberté que permet le milieu urbain, une liberté qui stimule l'expression des spécificités mais qui aussi provoque la désorganisation de la société, la marginalité et l'aliénation de nombreux individus. Ce mode d'approche se combine avec un paradigme territorial repris à l'écologie animale qui permet de déceler un modèle particulier de causalité; les regroupements spatiaux sont ainsi associés à des chaînes écologiques où la coexistence spatiale d'éléments hétérogènes est impliquée dans une articulation causale. Un exemple peut éclairer le propos: certains engrais qui tuent les vers de terre réduisent du même coup le nombre de canaux de circulation de ceux-ci dans le sol, ce qui a une incidence sur les eaux d'infiltration et peut ainsi, à terme, freiner la reconstitution de la nappe phréatique. Ce type d'enchaînement, lié à une, interdépendance à travers le partage d'un territoire, est, affirme l'Ecole de Chicago, transposable à l'écologie humaine. Ainsi, au lieu de se limiter à la constatation d'un lien de cause à effet, comme le fait la notion de milieu interne évoquée par Durkheim, ces chercheurs s'intéressent-ils avant tout aux séquences découlant de l'interdépendance territoriale. La rencontre qu'ils provoquent entre des analyses élaborées à la manière de Simmel et la référence qu'ils font au paradigme de l'écologie animale et même végétale, leur a permis de dégager deux niveaux de pertinence de l'urbain: le niveau global, régi strictement par la compétition et où, malgré certaines régulations, peuvent exister diverses modalités de désordre, et le niveau des quartiers qui sont hétérogènes dans leur composition et dans leur fonction et où s'opèrent les regroupements dynamiques, appelés dans le lexique de l'École les « aires naturelles ». Ainsi, dans les années 20, la ville de Chicago se présente-t-elle comme une mosaïque d'aires naturelles, articulées entre elles selon un ordre qui n'est pas le résultat d'un projet mais qui découle de l'ajustement de divers processus, constitutifs de la situation urbaine. Les hypothèses avancées par ce courant d'analyse particulièrement marqué par R.E. Park et E.W Burgess (1925 - réédit. 1967) permettent notamment de comprendre les regroupements ethniques et leurs évolutions spatio-temporelles: quartiers de premier établissement près des points d'arrivée, quartiers de second établissement pour ceux qui ont réussi au plan économique, puis installations progressives dans des espaces de dispersion et de mélange social.

Espaces

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11

Les immigrés en voie d'intégration entrent en conflit avec des populations déjà installées qui, en cas d'échec de leurs réactions de rejet, finissent par abandonner les lieux... Ce processus d'installation, déplacement, expulsion ne joue pas seulement pour les groupes ethniques; il se manifeste aussi pour traduire les trajectoires professionnelles ou encore les phénomènes générationnels. Ainsi les aires urbaines sont-elles chacune caractérisées par la dominance d'un type particulier de population qui est conduit par sa capacité économique à se localiser dans un quartier plus ou moins valorisé. Cette dominance fluctue dans le temps car, par le jeu des compétitions, on assiste à un processus de succession, accéléré par le taux élevé de mobilité sociale que connaît un milieu urbain vivant. Le dynamisme de la ville suppose ainsi de perpétuelles substitutions d'usages et d'usagers, de sorte que les équilibres sont toujours provisoires et instables. La séquence mobilité sociale/mobilité spatiale est analysée dans un double scénario. Dans le premier cas, la mobilité sociale est ascendante, la population réussit sur le plan du marché du travail, on analyse alors les étapes d'une implication réciproque, voire d'une intégration, avec la population américaine. A côté de ce premier scénario, l'Ecole de Chicago en élabore un second, où prévaut la non communication avec la société dominante et donc la marginalisation. Les populations ont de faibles possibilités de s'insérer dans le marché du travail et leur situation économique va en se détériorant. Elles occupent des endroits interstitiels car délaissés par les autres. Dans ces endroits se regroupent des individus d'origines diverses, mais spatialement très instables. Ces quartiers sont lieu d'élaboration de cultures déviantes. Ceci a été particulièrement étudié à propos de la délinquance juvénile (1r-asher,1927- C. Shaw, 1921 - C. Shaw et H. McKay, 1940).Par ailleurs, ces populations ont spatialement une mobilité. Mais la mobilité a une signification inverse de celle qu'elle a dans le scénario de la réussite. Dans le premier cas, la mobilité est signe de dynamisme et de maîtrise progressive de la situation. Dans le second cas, elle indique une situation de désorganisation... ainsi le « Hobo» (W. Anderson, 1923) est une figure limite d'un personnage parfaitement mobile et sans attache, ce qui accroît sa dépendance vis-à-vis des autres. C'est l'image inverse du travailleur mobile exalté par la théorie économique classique. Ceci aboutit à un accroissement de la distance, à une multiplication des interactions conflictuelles qui accentuent l'isolement et l'exclusion. Des individus d'origines diverses, dont une partie est spatialement très mobile, se retrouvent dans des endroits interstitiels mais délaissés. Leurs possibilités de s'insérer dans le marché du travail est faible et même se détériore. Cette double séquence se constitue comme image de référence, la signification du ghetto juif à Francfort, sa formation en Amérique et son évolution: dissolution ou renforcement (L. Wirth, 1928).

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Espaces

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Cette hétérogénéité entre les quartiers et les modes de regroupements nouveaux qui y sont possibles autorisent une grande liberté pour les individus, toujours prêts à changer de localisation, à se regrouper selon des spécificités nouvelles et à multiplier les lieux de rencontres où manifester une identité de besoins, de tendances, de qualités ou de vices. Cette liberté est à l'origine de nombreuses situations de délinquance et de marginalité. Par ailleurs, de la désorganisation qu'elle suppose, peuvent naître de nouvelles formes d'organisation, aptes à pallier à la carence ou à l'inefficacité des formes traditionnelles. A côté de ces divers aspects, Park insiste encore sur le rôle de la communication comme forme d'interaction susceptible de garantir la vie des groupes dans l'anonymat urbain; dans cette ligne, il souligne l'importance des communautés local~s et montre le rôle qu'y jouent les organisations politiques et les Eglises, tandis que la famille lui paraît subir d'importantes transformations qui tendent à en

modifier la signification.

,

Si les auteurs de l'Ecole de Chicago ont bien perçu divers processus liés aux modes d'appropriation spatiale et s'ils mettent clairement en évidence le rôle de l'espace dans les modalités de composition sociale, leur interprétation s'arrête là et ne les amène pas à s'interroger sur les présupposés d'une telle situation. Leur démarche qui s'insère dans une perspective libérale, leur fait accepter le concept de « naturel» comme un concept de légitimation alors que, dans la mesure où il clôt la démarche analytique, il s'avère jouer comme un concept de voilement: c'est d'ailleurs souvent exclusivement ainsi qu'il a été interprété en Fr~nce. Mais il est possible de conserver tout l'acquis analytique de l'Ecole pour l'intégrer dans un modèle interprétatif plus complexe et plus global. Tout son intérêt apparaît alors et s'amplifie encore lorsque l'on reconnaît qu'on lui doit la mise au point d'importantes modalités d'observation, privilégiant l'observation participante et les études biographiques et composant l'analyse quantitative et l'analyse qualitative.

Le célèbre texte de Wirth intitulé Urbanism, a Way of Life (1935
-

synthèse des idées de l'Ecole de Chicago. Cependant, tout en étant
dans la même ligne, il se sépare à bien des égards de celle-ci en donnant priorité à des aspects quantitatifs sur des analyses écologiques et en soulignant de façon prépondérante les effets de l'urbanisation sur la dissolution des liens familiaux et des solidarités de voisinage. Ce texte est une charnière qui va servir de référence aux travaux ultérieurs de sociologie urbaine aux États-Unis.

republ.

1964) est qu~lquefois

considéré

comme

une sorte de

Espaces

et sociétés

13

2. Le culturalisme: de la communauté consensuelle à la communauté fragmentée par les stratifications sociales et orientée par l'opinion publique
Le point de départ est la « Grass root Society» représentée par la petite ville: communauté bien intégrée sur une base territoriale, permettant une solidarité diffuse. Ce type de communauté confrontée à des problèmes nouveaux est en transition vers quelque chose d'autre. La crise économique fait perdre l'illusion que les « opportunités» sont disponibles pour chacun et leur donnent des chances égales. En outre, l'ordre moral consensuel qui orientait la gestion de ces petites villes est perturbé par diverses tensions, notamment liées aux nouveaux moyens de communication de l'information. Il en résulte donc une diversification interne des populations, d'où une perception plus aiguë de leur inégalité et leur différence. D'où, partant de la ville et non de l'entreprise, ces sociologues élaborent une problématique de la stratification et des sous cultures

qui y sont associées (W.L. arner, 1941- R.Lynd, 1929- H.Lynd, W

1937). Ce thème n'est pas trop éloigné des « ethos de position» de P Bourdieu dans la mesure où ces sous cultures sont analysées à partir de la distribution plus ou moins inégale des « opportunités », c'est-à-dire des ressources diverses, ainsi que des modes dissonants de socialisation par exemple entre la famille et l'école. Ces stratifications sont dégagées à partir d'une échelle de statut basée sur la conscience d'appartenance et d'exclusion (in-group et out-group). Ces statuts ne s'opposent pas de façon duale mais supposent de multiples positions aux compositions complexes. La division est fondamentalement triadique. La « middle class» - ou classe moyenne - n'est pas lue ni en terme résiduaire, ni en terme de petit bourgeois. Il s'agit, au contraire, d'un groupe qui a une signification dynamique pour comprendre la diversification en cours. Cette stratification analysée en terme de matrice de comportement peut être aussi construite à partir de divers critères objectifs dont le critère professionnel. Celui-ci est lui-même décomposé en de multiples facteurs: le type d'activité, la dimension de l'entreprise, le rapport de commandement. On se demande alors si ceux-ci ont une incidence sur l'attitude générale dans la vie sociale et notamment sur la formation d'une certaine distance sociale tendant à fractionner les réseaux interactionnels. Par ailleurs, ils constatent que les clivages peuvent aussi découler de l'appartenance ethnique, de la religion,

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