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PERSPECTIVES TERRITORIALES POUR 2020

De
223 pages
Basé sur des démarches entreprises dans plus de 25 pays, ce recueil méthodologique s'appuie sur l'expérience de consultant de l'auteur qui œuvre pour le développement économique de plus de 20 régions. Le lecteur y trouvera des outils (fiches, questionnaire, séquence…) venant étayer les démarches décrites. Cet ouvrage se veut un apport aux sciences régionales à travers l'analyse des changements économiques, sociaux, institutionnels. Il s'agit notamment d'encourager les méthodes comparatives avant de positionner les grands enjeux des territoires pour 2020.
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PERSPECTIVES TERRITORIALES POUR 2020

Collection Administration et Aménagement du territoire dirigée par Jean-Claude Némery Professeur à l'Université de Reims Champagne-Ardenne Directeur du Centre de Recherche sur la Décentralisation Territoriale GIS GRALE CNRS

Administrer, aménager le territoire constitue une des missions fondamentales des Etats modernes. Gérer les espaces de quotidienneté et de proximité dans le cadre de la décentralisation et de la démocratie locale, assurer le contrôle administratif et financier de l'action publique, anticiper l'avenir pour assurer un meilleur développement grâce à la prospective sont les objectifs essentiels des pouvoirs publics. Cette collection Administration et Aménagement du territoire doit répondre aux besoins de réflexions scientifiques et de débats sur cet ensemble de sujets. Déjà parus Seydou TRAORÉ, Les schémas de cohérence territoriale de la loi SRU du 13 décembre 2000,2001. Jean-Pierre JAMBES, Territoires apprenants. Esquisses pour le développement local du XXle siècle, 2001. Jean-Claude NÉMERY (sous la dir.), Quelle administration territoriale pour le XXle siècle en France dans l'Union Européenne ?, 2001. Jacques BEAUCHARD, Penser l'unité politique entre fondements, turbulences et mondialisation, 2001. Olivier DUPÉRON, Transport aérien, aménagement du territoire et service public, 2001. Laurent DERBOULLES, Quel territoire pour le service public d'incendie et de secours? Réflexion de la départementalisation, 2000. Marc LEROY, La logique financière de l'action publique conventionnelle dans le contrat de plan Etat-région, 2000. Jacques BEAUCHARD, La bataille du territoire, mutation spatiale et aménagement du territoire, 1999. Hervé GROUD (sous la dir.), Mutations du service public et territoires, 1999. Pierre RACICOT,Développement et régionalisation au Québec, 1999. Fabrice THURIOT, Culture et Territoires, les voies de la coopération, 1999. Guy LOINGER et Jean-Claude NÉMERY (sous la dir.), Recomposition et développement des territoires... Enjeux économiques, processus, acteurs, 1998. Guy LOINGER et Jean-Claude NÉMERY (sous la dir.), Construire la dynamique de territoires. .. Acteurs, institutions, citoyenneté active, 1997.

PERSPECTIVES TERRITORIALES POUR 2020

Christian LEMAIGNAN
Professeur Associé, Université de Poitiers Avec la participation de Jacques de SAINT-MARTIN et Anaïs LEMAIGNAN

Préface de Claude LACOUR, professeur à l'Université Montesquieu, Bordeaux IV

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-2334-9

A Anaïs et Vivien

PREFACE
Claude LACOUR Directeur de l'IERSO Vice-Président chargé de la recherche Université Montesquieu-Bordeaux IV

On dira peut-être que c'est un ouvrage de plus sur le territoire et les recompositions territoriales: (voir Pecqueur, 1996, Chevalier, 1999, Loinger et Némery, 1998, Loinger et Némery, 1997, Gilyet Torre, 2000, Espaces et Sociétés, 1997, etc.. .). C'est vrai et c'est heureux tant, aujourd'hui le territoire est décliné d'un grand nombre de manières: on nous parle bien entendu de territoire projets, de cristallisateur de partenariat, de lieux pri vilégiés de la gouvemance, sans oublier bien entendu ce qui semble aujourd'hui peut être un peu vieillot, un territoire lieu de vie, support d' activité, voire de territoire acteur. Au point que par moment cette notion fourre tout pour laquelle nous nous sommes battus, aurait tendance à nous faire souhaiter comme nous l'avons écrit avec Yves Dion, le retour des secteurs et la revanche de l'espace. On pense bien sûr à la tectonique des territoires, métaphore ou théorie, par laquelle nous expliquons la nécessité de réflexions sur le territoire mais qui montre aussi que «trop de territoires tue le territoire ». A l'évidence, de la clarté, de la précision et de l'ordre sont nécessaires et c'est une des ambitions de cet ouvrage. On pourrait dire aussi qu'il s'agit d'un ouvrage supplémentaire sur le développement local dont on ne finirait pas non plus de décliner les acceptions, les ambiguïtés et les attentes contradictoires : par exemple, certains pensent au local comme finalité, d'autres au local comme champ préférentiel de la mobilisation des acteurs, ou encore le local comme réponse au global.... C'est peut être pour cela que Christian Lemaignan estime utile une sorte de guide pratique permettant de disposer, devant la complexité, la confusion des termes, les ambitions des décideurs, les attentes contradictoires des populations et des chefs d' entreprises, d'un d'outil permettant une lecture clarifiée, un mode d'emploi simplifié pour répondre aux attentes liées à la qualité de la vie, à l'attachement à sa commune ou à son pays dans un environnement marqué par la concurrence, la mondialisation. 7

Davantage même si l'on suit Christian Lemaignan, on a des explications concernant l'attraction urbaine qui se ferait au détriment des espaces ruraux (p. 146), au développement anarchique des villes moyennes (p. 173) et à la nécessité de favoriser les recompositions territoriales par une attention portée à l' intercommunalité, à la coopération interrégionale et bien entendu aux systèmes productifs locaux. Mais l'auteur veut aller plus loin en rendant compte des enjeux fondamentaux philosophiques et même moraux du développement (Ascher, 2000). Le pari est donc très ambitieux et cet ouvrage de petite taille est cependant très dense, multiforme et veut couvrir un champ extrêmement large: celui bien entendu de l'aménagement du territoire, du développement que je préfère appeler territorial, celui marqué par des travaux aujourd'hui à la mode sur les districts, les milieux innovateurs et les SPL.Voilà un programme très lourd mais l'auteur ne s'arrête pas à des préoccupations de développement, de montage de projets puisque nous dit-il à plusieurs reprises, il entend se situer dans une philosophie « humaniste », « citoyenne », celle encore marquée par la sociabilité, l'urbanité. Au fond, un de ces paris est sans le dire, la production d'une réflexion générale sur les changements profonds de la société, entendue au sens le plus large, comme au sens de l'ancrage local cette fois ci compris au plus prés des habitants. Pour justifier son travail, l'auteur souhaite aussi maintenir des présentations théoriques essentielles et volontairement simplifiées tout autant qu'il souhaite produire un guide facile à utiliser. Mais pour autant l'ouvrage n'est pas seulement technique et opérationnel, enfermé dans une vision idyllique ou théologique de l'aménagement du territoire puisqu'il fait référence bien souvent à des réflexions de type sociologique et anthropologique. L'auteur aussi ne craint pas de surfer sur les idées les plus en vogue et il ne refuse pas des références liées au nomadisme, d'autres encore sur des références parfois osées comme par exemple la ville transactionnelle évoquée page 165, ce qui présente à la fois des avantages et des inconvénients. Les avantages sont que en lisant cet ouvrage on se sent plus intelligent sur beaucoup de questions que les médias évoquent souvent très rapidement; les inconvénients tiennent au fait que la nature de l'ouvrage ne permet pas forcément de disposer des arguments de fond permettant d'apprécier la contingence ou la profondeur des propos. 8

Devant ce foisonnement et cet appel à de nombreuses références explicitées ou implicites, on nous propose un certain nombre de cadrages essentiels et de surcroît opérationnels: l'auteur s'inscrit dans une lecture systémique où il privilégie un soussystème institutionnel, un autre productif, un autre encore sociétal sans manquer naturellement de faire allusion à des logiques inspirées par René Passet et l'économique et le vivant: le développement durable rôde, est présent, là aussi effet de mode ou nécessité pour les aménageurs ? Avec cette méthodologie, on s'efforce de définir des éléments, des ensembles, des liens permettant d'assurer une meilleure connaissance du local et ces multiples articulations avec l' international. Plus simplement dit, je préfère utiliser les notions d'espaces pertinents et d'espaces emboîtés qui, peut être plus anciens et plus traditionnels, ont fait leur preuve et sont singulièrement opérationnels. On sent bien que l'auteur maîtrise une double pratique, une de terrain et une de nature pédagogique. Sur la première, et notamment suite à sa participation à la maîtrise de science et technique, ingénierie du développement local, relevant de l'Université Montesquieu Bordeaux IV et situé à Agen, on reconnaît chez lui le sens du concret, l'importance du dossier, le poids des enquêtes et la capacité à proposer des synthèses, à faire travailler en équipes les étudiants. D'ailleurs, plusieurs des opérations qu'il a conduites avec des étudiants se retrouvent ici, stylisées et offrent des références pratiques utilisables. De même, les travaux qu'il a menés dans la région Poitou-Charentes nourrissent nombre de ces exemples. Comme enseignant, Christian Lemaignan montre ici l' importance des concepts, la logique de la rigueur sans tomber excessivement dans la caricature des instruments et des références dont il se nourrit, même si parfois les arguments théoriques invoqués restent implicites ou parfois rapidement utilisés: ainsi par exemple des travaux de prospective conduits dans des groupes de travail de la DATAR. On peut certes s'étonner parfois de formules rapides, d'illustrations qui nourrissent trop bien son propos, mais par des tableaux, des schémas, des encadrés, il s'efforce de guider le lecteur et l'utilisateur. Sans doute, pourrait-on discuter certains de ses passages: par exemple, sa relecture de l'aménagement du 9

territoire va vite sur l'avant 1982. Ce qu'il nous dit des villes, est fortement marqué par une attention aux espaces ruraux et à la ruralité; la thématique des SPL, dont la DATAR entend faire un axe fort du développement territorial, doit être manié avec beaucoup de prudence et ne pas donner à croire qu'elle s'impose très facilement. D'autres exemples pourraient être trouvés notamment concernant le développement durable, l'ancrage territorial, la ville transactionnelle. Mais on pourrait continuer en évoquant le partenariat, les logiques stratégiques ou bien entendu, la gouvernance. Mais sur ces points, si l'auteur a le droit d'y croire, de s'en inspirer, - il est d'ailleurs en très bonne compagnie -, il faut rappeler la nécessaire prudence de ces notions et se souvenir toujours du principe de réalité et d'opérationnalité qui reste l'idée majeure de l'auteur. On sait pour en avoir souvent discuté avec lui que sur de nombreuses questions évoquées, des débats sont ouverts et des désaccords profonds: Lemaignan nous donne mieux à comprendre la nature et les enjeux de ces interrogations; il nous propose des outils pour, quel que soit le contenu, le périmètre et les principes, le développement territorial et les politiques d'aménagement du territoire soient à la fois plus proches des préoccupations quotidiennes et pas seulement orientées par une instrumentalisation sans dessein.

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INTRODUCTION

Entreprendre des activités territoriales de proximité, c'est oser penser que chaque électeur, chaque citoyen a un intérêt particulier pour œuvrer avec d'autres à un projet collectif au moment même où la loi du "tout marché" semble donner le primat à l'individuel sur le collectif.

Or, c'est au moment même où la chute du mur de Berlin, rempart mythique contre cette loi du "tout marché", que chacun peut découvrir que sa relation à l'autre, sa reconnaissance de l'autre, son appartenance à un groupe local sont des fonctions indispensables à la cohésion sociale. Celle-ci, en France, va pouvoir se déployer d'une part autour des" chartes de pays ", d'autre part autour des "contrats d'agglomération"l ; ces deux initiatives impliquent une mobilisation de la société civile au travers de conseils de développement. Plus de deux siècles après la révolution de 1789, après que se soient mises en place des républiques dotées de pouvoirs repréentatifs centralisés, nous voyons émerger de nouvelles questions sur la démocratie participative: " Comment mobiliser des citoyens sur des projets de territoire? " . Depuis quelques années, de nombreuses personnalités représentatives de milieux afin de les aider à réfléchir ritoires. nous avons travaillé en relation avec désignées par le suffrage universel ou socioprofessionnels et socioculturels sur les enjeux d'avenir de leurs ter-

Les méthodes expérimentées sur le terrain ont permis d'élaborer des projets de territoire se traduisant par des "chartes locales". Celles-ci prennent corps après une longue ECOUTE DES TERRITOIRES (PARTIE 1) et une mise en PERSPECTIVE TERRITORIALE (PARTIE 2). Les quatre chapitres suivants s'appuient sur ces multiples expérIences : 1. Situer le territoire: après une compréhension des grands changements sociétaux, d'ouvrir de nouvelles perspectives en prenant en considération le contexte historique (passé et avenir).
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Loi Voynet, 25 06 1999 et Loi Chevènement, 12 juillet 1999 13

2. Construire le projet de territoire: après un diagnostic, une mobilisation des acteurs sur des axes concrets, il s'agit de dégager les orientations stratégiques et les outils d'évaluation du projet global. 3. Donner du sens au projet: face aux mutations des activités et au renouveau du lien social. 4. Penser à 2020 : il s'agit d'un exercice difficile; nous proposons ici des pistes de réflexion étayées à partir d'exemples issus de nos propres travaux de prospective menés dans des territoires très divers (ruraux, urbains...) et prenant en compte des dimensions sociales, économiques, culturelles. On trouvera certes, au fil des pages qui suivent, des éléments méthodologiques. Nous avons surtout souhaité nourrir par certaines considérations d'ordre général les réflexions en cours des élus et des chargés de mission concernant leur projet de territoire. Les acteurs économiques et des mondes socioculturels y trouveront une des analyses concernant leur évolution propre.

Situer le territoire

Donner du sens

Penser à 2020

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- PREMIERE PARTIE A L'ECOUTE DES TERRITOIRES

CHAPITRE 1- SITUER LES TERRITOIRES FACE AUX GRANDSCHANGEMENTSSOCIETAUX
Nous assistons à une accélération des changements sociétaux: des années 50 aux années 2010, quatre périodes sont identifiables, quatre comportements socio-culturels se sont succédés et s'expriment simultanément du fait de l'allongement de la durée de vie. Chacun est marqué par des choix de société qui se sont exprimés au cours de ses vingt premières années de vie et il est rare qu'il adopte les comportements qui émergent à la génération suivante. De ces changements, nous retiendrons sept enjeux majeurs pour l'avenir et de nombreuses évolutions à observer afin d'anticiper leurs incidences sur l'évolution des territoires.

1. Cinq décennies d'évolution
1.1. Le territoire Un glissement s'est opéré depuis les années cinquante en matière de développement régional. Nous sommes passés d'une logique fonctionnelle et hiérarchique (dans laquelle les territoires étaient des supports passifs) à une logique d'acteurs où les milieux régionaux mettent en œuvre une dynamique territoriale, au travers, notamment, de projets innovants. Les années 50 - 70 sont marquées par une politique de développement exogène, basée sur le recours à des ressources extérieures au territoire. Une des conséquences a été la déstructuration ultérieure du système territorial trop dépendant de ces ressources venues d'ailleurs. Cette période a vu proliférer les zones industrielles (Z.I.) et artisanales (Z.A.C.). Les années 70 - 90 laissent le pas à un développement davantage endogène qui tente de mettre l'accent sur l'interaction entre les dynamiques industrielles et les dynamiques du territoire. La politique de développement régional va donc s'appuyer davantage sur les caractéristiques et les ressources du milieu et sur la stratégie des acteurs en développant l'entrepreneuriat local, en encourageant les effets de réseau et la politique scientifique et technique régionale. C'est le début des Z.I.R.S.T. (Zone Industrielle pour la Recherche Scientifique et Technique) comme à Grenoble; puis 17

viendra l'émergence des technopôles (42 en France). Mais, là encore, des limites apparaissent puisque les capacités de développement endogène restent largement conditionnées par les ressources propres de la région concernée.

Les années 90 voient émerger un nouveau modèle de développement régional qui tente d'articuler une logique fonctionnelle et une logique territoriale dans un contexte économique de globalisation des échanges qui renforce la spécialisation des pays et des territoires. Cette relation entre les ressources extérieures et intérieures d'un territoire doit permettre une meilleure adaptation de l'espace territorial, subdivisé en pays, lieux d'émergence des milieux, aux aléas de la conjoncture économique mondiale. Les politiques régionales actuelles partent du constat de l'importance du milieu urbain dans la cohérence du système territorial, ce qui implique de s'affranchir d'une vision du rapport centre <-> périphérie sous le seul angle de la domination du centre. Le développement régional des années 2000 doit faire en sorte que le système territorial de production et le système des villes se dynamisent mutuellement: la ville est le lieu d'échanges et de création des savoirs (recherche, enseignement,...), après avoir été le lieu d'échanges des marchandises puis de la main d'œuvre.
1.2. Le développement local: les solidarités

Quelques raccourcis pour rappeler les évolutions des systèmes de solidarité mis en place depuis le début des années cinquante: Des années 50 à 1972 : c'est une sociabilité primaire qui permet au lien social de s'établir autour d'une famille solidaire, sédentaire et enracinée. La solidarité mécanique, décrite par Durckheim, permet à tous d'être intégrés et insérés, femmes et enfants participant aux activités rurales. La sécurité sociale, les conventions sociales négociées gèrent l'équilibre social selon un modèle de développement organisé autour d'une production hiérarchisée. En matière de développement local, la domination du modèle capitaliste est contestée: à la lumière des rapports Nord-Sud déséquilibrés, les militants du "local" émergent pour exiger une autre alternative: le local ne peut se contenter d'être un "simple lieu d'accueil" des unités de production décentralisées, la conformité au 18

modèle vacille, les Humanistes se réveillent et prennent en charge les dysfonctionnements sociaux.

Des années 73 aux années 90 : c'est un modèle de sociabilité secondaire qui s'impose: modernité et traditions s'opposent; l'individu apparaît, les échanges marchands prennent le devant, les populations se déracinent et s'urbanisent, on passe d'une société agricole à une société industrielle, d'un monde rural à un monde urbain. L'individu est devenu un acteur rationnel, consommateur plus que citoyen. La créativité et l'adaptabilité sont de mise: on est plus professionnel (diplômes...), plus gestionnaire et plus autonome dans une société duale. La rationalité économique conduit aux élevages intégrés, à la production intensive des céréales, etc. La famille est aidée, dernier rempart contre la misère, l'anomie, le suicide: trois millions de chômeurs, six à sept cent mille personnes en situation de grande précarité. Plus l'Etat prolifère dans ses interventions (multiplication des lois), plus il se désengage. La solidarité est organique, chaque individu a sa place dans l'organisation du travail (on croit aux systèmes sociaux mis en place). Émerge en 1987, sur le devant de la scène, la Confédération Paysanne née de la fusion de la Confédération des syndicats de travailleurs paysans (CNSTP) et de la Fédération nationale des syndicats paysans (FNSP)2. La Confédération Paysanne veut rétablir un équilibre humain: limiter les intrants (protéger l'eau), lutter contre le productivisme, retrouver des liens de proximité face à un déracinement généralisé ("la fatigue d'être soi"). Le local devient un élément de doctrine dans une logique d'aménagement et une logique d'occupation: "vivre et travailler au pays".

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C'est contre l'industrialisation de l'agriculture et la régression de la paysannerie que, depuis le début des années 70, se sont construits ces syndicats contestataires engagée dans une réflexion se nourrissant d'un affrontement permanent avec la logique du marché: défense des paysans intégrés par les firmes d'aliments du bétail dans les années 70, soutien aux agriculteurs sur endettés face aux banquiers (dont, bien sûr, le Crédit agricole) depuis les années 80 ; actions multiples pour une répartition plus équitable du foncier; revendication de prix garantis, mais seulement pour des volumes de production plafonnés par exploitation, en particulier à l'occasion des crises de surproduction (source: José Bové, LE MONDE DIPLOMATIQUE, octobre 1999, page 32)

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Au cours des années 1990 - 2010 : allons-nous vers une sociabilité ternaire? La sociabilité devient le lien communautaire. La réforme Defferre de 1982-1983 maintenait communes et départements, en l'état, tout en enlevant une partie de la tutelle préfectorale; elle créait des régions dotées de pouvoirs encore très limités. Aujourd'hui, le territoire se reconstruit autour des "Pays" (Loi Pasqua en 1995, Loi Voynet en 1999), autour des agglomérations (Loi Chevènement - Voynet en 1999). Face à la complexité apparaissent d'autres sortes de solidarités: les corps intermédiaires sont devenus les associations où 75% des Français trouvent de nouvelles ressources et qui permettent un travail autour de la mémoire, de l'identité collective et de la recherche de racines (six milliards de francs pour le chantier du Grand Louvre, multiplication des musées thématiques, des écomusées, etc.). D'autres systèmes d'échanges se mettent en place comme les S.E.L. (Systèmes d'Echanges Locaux)3 qui suppriment l'usage de la monnaie. Ce mouvement s'amorce dès 1982 avec les premiers renversements de tendances: la population rurale cesse de diminuer; la société s'organise autrement: est-ce l'avènement du quaternaire où, après la production de biens et de services, la société aurait une préoccupation de production du lien social? La personne, réhabilitée dans sa personnalité, prendrait une dimension politique génératrice d'un sens nouveau? Le local est un outil de valorisation économique du territoire avec un recentrage sur les villes qui "tirent le rural" avec un ensemble d'opérateurs socioéconomiques.
"Le développement local est la conséquence d'une combinaison favorable de projets individuels qui se rencontrent partiellement sur des intérêts communs".
"Les Systèmes d'échanges Locaux sont des réseaux d'échanges innovants, dans lesquels les membres utilisent une unité d'échange locale pour payer les biens et services offerts par d'autres membres." Dans le SEL, l'unité d'échange permet de réaliser des échanges avec plus de souplesse: on échange avec différentes personnes, à différents moments, des biens, services ou savoirs qui ont des valeurs différentes. Mais, en fin de compte, le montant d'un échange est toujours fixé de gré à gré, par libre entente entre deux adhérentes. La pratique montre qu'énormément d'échanges se font au sein des SEL qui n'auraient pas pu voir le jour dans le cadre classique du marché et que, plus il y a de convivialité, de rencontres festives, d'inter connaissances, plus il y a d'échanges. (Source: site web: http://asso.francenet.fr/seU) 20
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Les enjeux du développement sont un compromis entre des allégeances traditionnelles, des puissances de résistance et la pluralité des modes de réalisation avec des acteurs qui innovent en partenariat sur des projets qui valorisent Identité et Citoyenneté.

2. Les SEPT enjeux qui changent les territoires
2.1. le territoire: une histoire de compromis

a. Le territoire est un site qui est façonné par l'homme et qui - à son tour - façonne également ce dernier, selon une utilisation rationnelle de l'espace et des ressources naturelles. b. Un territoire naît d'un compromis issu d'une dynamique conflictuelle d'appropriation de l'espace selon ses spécificités culturelles, sociales, économiques. De ce compromis émergent les règles de "gouvemance". L'autorité exercée y puise sa légitimité. Un territoire est:
- "fluide" selon les opportunités économiques, - enraciné, car dompté par l'homme, - voire éclaté (résultante d'espaces délaissés par des systèmes productifs restructurés). La stratégie dépend des acteurs porteurs de projets.

Un territoire est aménagé selon les besoins quantitatifs et qualitatifs des personnes qui y vivent; le développement durable repose sur l'adhésion des citoyens et prend racine dans la transparence des politiques.
Les réseaux d'acteurs auto-organisent le territoire.

c. "Un territoire, c'est un espace qui, à un moment donné, pour certaines raisons, pour une certaine durée, peut réaliser une intermédiation multiple, "globale", entre de multiples trajectoires possibles sous l'effet d'actions variées et variables" nous explique Claude Lacour. Cette intermédiation multiple vise harmonie et diversité des hommes, des activités, des paysages.

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2.2. Temps: une culture de la mobilité a. Les réorganisations du monde du travail entraînent un processus de désynchronisation de la société: tertiarisation du travail, avènement de l'autonomie individuelle, dérégulation de l'emploi, flexibilité (horaires, charges de travaiL..), répartition du temps de travail au long de la semaine, du mois et de l'année... b. La culture de la mobilité se manifeste au travers de : - nouveaux lieux de transactions (aérogares, gares, ports, centres commerciaux... ) - nouveaux objets" nomades" (téléphones portables...) Le mouvement crée de nouveaux espaces; distance, proximité, "connexité" sont à repenser. c. De nouveaux univers quotidiens se dessinent avec les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (N.T.I.C.). - nouvelles compétences, - nouveaux clivages sociaux, - nouvelles ressources, - nouveaux rapports à l'autre, - nouveaux services (selon la disponibilité temporelle de ceux qui vont les assurer). 2.3. Création et consolidation des territoires des activités

- Performance

Des mesures, des dispositifs pourront y contribuer: a. Favoriser les initiatives (individuelles et collectives) et l'innovation créatrice d'activités, - l'activité englobe toutes les actions socialement utiles (en dehors de la sphère privée), -le travail est une activité normalement rétribuée, - l'emploi est un travail organisé dans la durée, - les services d'intermédiation électronique, les services de proximité, les services d'intérêt général (santé, éducation, culture, environnement...) ouvrent de nouvelles perspectives en matière d'intégration sociale.

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