QUESTIONS URBAINES ET POLITIQUES DE LA VILLE

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Le phénomène d'urbanisation est massif. Aujourd'hui les trois quarts de la population vivent en milieu urbain. Ville et société se confondent. La mondialisation de l'économie, les mutations d'une civilisation désormais postindustrielle minent la qualité des rapports entre les individus. La question urbaine préoccupe autant les citoyens que les pouvoirs publics. Quels sont les rapports de la ville à ses banlieues ? Comment appréhender la diversité des populations, des modes de vie ? Comment évaluer l'impact des grands chantiers engagés par les politiques de la ville ?
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296292925
Nombre de pages : 242
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QUESTIONS URBAINES ET POLITIQUES DE LA VILLE

Collection
Janine

FORUM-IRTSde Lorraine
VILLERMAIN-LECOLIER

DEJONGHE, Isabelle

et Paul-Elie LEVY

José ROSE,Bernard FRIOT "La construction sociale de l'emploi des années 60 à aujourd'hui. ", 1996.
Maurice BLANc, Guy DIDIER, Anne FLYE-SAINTE-MARIE

Pierre-André DUPUIS et Eirick PRAIRAT

(Sous la direction de)
"Ecole en devenir; école en débat. ", 2000.

"Immigrés en Europe: le défi citoyen. ", 1996.
Roger BERTAUX "Pauvres et marginaux dans la société française. ", 1996.
Stoian STOIANOFF-NENOFF

Alain BRossAT "Un communisme table. ", 1997.
Ariane LANTZ

insuppor-

"Qu'en dira-t-on? Une lecture du livre de Jacques Lacan. ", 1996.
Stoian STOIANOFF-NENOFF

"L'Administration face aux étrangers. Les mailles du filet. ", 1998. Christian MOLARo "Violences urbaines et violences scolaires. ", 1998.
Valentine GAUCHOTTE "Les catholiques en Lorraine et la guerre d'Algérie. ", 1999. Marie-Jeanne CHOFFELMAILFERT, Hans-Jürgen LÜSEBRINK "Regards croisés vers une culture transfontalière. ", 1999. Marie-Jeanne
MAILFERT

"Pour une clinique du réel. Lacan et les didactic (h) iens. ", 1998.
Giuseppina SANTAGOSTINO

(Sous la direction de) "Shoah, mémoire et écriture, Primo Levi et le dialogue des savoirs. ", 1997.
Agnès GUILLOT

CHOFFEL-

"Les jeunes professeurs des écoles: devenir enseignant. ", 1998.
Eirick PRAIRAT

"Une politique culturelle à la rencontre d'un territoire.", 1999.
Alex FAITELSON "Courage dans la tourmente en Lituanie 1941-1945. ", 1999.
Georges NAVET

"La sanction. Petit manuel à l'usage des éducateurs. ", 1997. Eirick PRAIRAT "Penser la sanction. Les grands textes. ", 1999.

(Sous la direction de) "La cité dans le conflit. ", 1997.

Ouvrage coordonné par
Bernard BALZANI, Roger BERTAUXet Jean BROT

QUESTIONS URBAINES ET POLITIQUES DE LA VILLE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Georges

NAVET

Georges

NAVET

(Sous la direction de) "Modernité de la servitude.", 1999.
Gilbert MEYNIER

"Le philosophe tion. ", 2000.

comme

fic-

(Sous la direction de) "L'Algérie contemporaine. Bilan et solutions pour sortir de la crise. ", 2000.
Olivier LE COUR-GRANDMAISON

Véronique GERARDIN-COLLET Christiane RIBONI (Sous la direction de) "Autisme: perspectives actuelles.", 2000. Alain BROSSAT

(Sous la direction de) "Faut-il avoir la haine ?", 2001.

"La paix barbare. Essais sur la politique contemporaine", 2001.

Le FORUM-IRTS Lorraine organise chaque année conférences, colloques et de journées d'études. Cette collection publie des ouvrages liés aux problématiques plurielles développées dans ces diverses manifestations. Les thèmes abordés se situent dans le champ des sciences humaines et des questions sociales: psychanalyse, sociologie, travail social, histoire, philosophie.

<Ç) 'Harmattan, L

2002

ISBN: 2-7475-2713-1

INTRODUCTION
Bernard BALZANI,conseiller technique, direction régionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, Nancy. Roger BERTAUX,responsable l' IRTS de Lorraine. Jean BROT, président l'Université Nancy 2. du département recherche de d'études à

de PRÉLUDES, ingénieur

A une époque où plus des trois quarts de la population habitent dans une ville, on comprend à quel point ville et société se confondent, à quel point les problèmes de la ville sont éminemment des problèmes de société, des problèmes de la Société. Le sociologue Richard Sennert évoque l'idée de "civilisation urbaine" 1. La crise économique, les mutations sociales d'une société désormais postindustrielle minent la qualité des rapports entre les individus. Il est urgent d'analyser, de comprendre, d'agir. Une des principales dimensions actuelles de la ville concerne l'urbain dans ses aspects sociaux, en particulier la production de processus d'exclusion dans l'espace. Le phénomène le plus visible est constitué par les difficultés que rencontrent beaucoup de banlieues, souvent situées à la périphérie des grandes agglomérations et composées de couches sociales dites "défavorisées". Celles-ci, concentrées dans des ensembles fréquemment dégradés, éprouvent le sentiment d'être abandonnées à un sort peu enviable. Les conséquences sociales ne sont pas sans importance, beaucoup de membres de la jeune génération s'expriment dans des mouvements sporadiques de révolte qui inquiètent la société civile et les pouvoirs publics. Par ailleurs, la question urbaine et ses difficultés préoccupent depuis de nombreuses années les pouvoirs publics, les élus et les nombreux acteurs sociaux. Aux multiples dispositifs de la politique de la ville sont assignées des finalités ambitieuses de reconstruction du lien social, de lutte contre l'exclusion, de réinsertion sociale et professionnelle, allant de pair avec des soucis de maintien de l'ordre public et de fermeté pouvant aller jusqu'à des considérations d'ordre sécuritaire dans certains lieux. Les élus du pays manifestent à tous les échelons leurs préoccupations en la matière et expriment des attentes fortes à l'égard des intervenants urbains

8 (travailleurs sociaux, chefs de projet, urbanistes, policiers, magistrats, etc.) qui éprouvent quelquefois le sentiment d'être confrontés à une mission impossible. Au demeurant, les évolutions des politiques urbaines (objets, contenus, modes de contractualisation) amènent souvent les professionnels à insister, à la fois sur la nécessité de poursuivre le travail entrepris et sur le caractère limité et variable des résultats obtenus. Dans ce contexte général, l'association Préludes 2 a lancé en 1996 un cycle de conférences publiques 3 en partenariat avec le "Forum-IRTS de

Lorraine" 4 sur le thème de la politique de la ville 5.Cette activité a été le
fruit d'une commission de travail, constituée autour de plusieurs membres du bureau, qui s'est rapidement ouverte à des personnalités issues d'autres horizons: formateurs, chargés d'étude et chargés de mission d'institutions appartenant au ministère de l'Equipement, fonctionnaires de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, responsables locaux d'institutions sociales, chercheurs de l'urbain, universitaires... Ce groupe de travail s'est réuni pendant environ un an, cherchant à lister, classer, éclaircir les différentes questions qui se posent autour des Politiques de la Ville. A l'issue de ce travail de maturation, l'idée de contribuer à alimenter le débat local autour de cette thématique au moyen d'un cycle de conférences centré sur un certain nombre d'aspects de la question urbaine, s'est imposée. Trois directions principales ont émergé et ont servi de guide à la mise en place du cycle de conférences. 1. Appréhender certains phénomènes sociaux dans la ville tels que la situation des banlieues, la diversité des populations spécifiques (jeunes, immigrés, par exemple), les modes de vie (vie urbaine et conduites toxicomanes). Mais il sera question aussi de l'emploi, de la problématique de l'intégration socio-économique des plus démunis, des rapports avec les espaces extérieurs et les groupes sociaux qui les représentent (enseignants, policiers, travailleurs sociaux), etc. 2. Proposer un travail d'analyse sur l'évaluation des Politiques de la Ville et leurs impacts au regard des objectifs affichés: de l'Etat à la municipalité, des concepteurs aux praticiens de terrain, des opérateurs aux "bénéficiaires". Quelles pratiques sociales sont mises en œuvre et avec quels effets? Les dispositifs de la politique de la ville "redessinent" le rôle des élus locaux, des représentants de l'Etat mais aussi des acteurs de "terrain", etc. 3. Comparer les systèmes d'organisation urbaine au plan international, avec l'objectif de présenter les situations et les politiques de gestion des questions urbaines en Europe et dans le monde. Le phénomène urbain revêt un enjeu local ou universel compte tenu de la place de plus en plus prégnante qu'il occupe dans la vie quotidienne de la population mondiale.

9 En même temps, favoriser le débat public grâce à ce cycle de conférences suppose d'être en permanence à l'écoute des besoins et des attentes des usagers. Il convient de se questionner sur les procédures, les outils, les structures et les méthodes de tous les partenaires. La recherche, l'innovation, l'expérimentation tiennent une place prééminente dans cet échange permanent et multiforme des relations entre la communauté scientifique et la commande sociale. La capitalisation des savoirs et des expériences, enrichie par le débat, fournit une matière que Préludes a organisée et structurée afin d'aboutir à la diffusion et à la valorisation des résultats les plus intéressants au regard de la mission que l'association s'était fixée. Dans cet axe figure la production de supports 6, tel cet ouvrage collectif, propre à diffuser les savoirs, à faire connaître les résultats des travaux de recherche, les interrogations et les analyses des chercheurs et des acteurs politiques et institutionnels. L'ambition n'a jamais été de livrer au lecteur une nouvelle thèse sur les questions soulevées puisque de très nombreuses analyses ont été produites depuis trois décennies, en revanche elle se situe bien dans l'offre régénérée de débats stimulés par la nature ou la diversité des thèmes. Les regroupements, opérés dans un voisinage de temporalité et de présentation différentes, visent à favoriser une lecture pertinente et dynamique de l'ouvrage. Il importait de proposer dans la première partie, un ensemble de réflexions portant sur les constats, les diagnostics mais également les conceptions en jeu dans le débat autour des questions urbaines et de la politique de la ville. Les rapports extrêmement mêlés entre les phénomènes sociaux que les institutions ou les individus sont tenus de traiter et une sociologie de l'action à travers les manières opératoires d'apporter des réponses, prenant souvent la forme de dispositifs, de programmes, nourrissent la seconde partie. En permanence, dans la restitution du jeu des questions-réponses, une attention particulière a été consacrée au respect de la manière dont les conférenciers pouvaient reprendre, préciser, ajuster, voire développer leur pensée en répondant aux questions de l'auditoire. Pour réussir ce projet éditorial ambitieux, il a été nécessaire de proposer une présentation des interventions différente du simple ordre chronologique de leur tenue. L'ouvrage, réunissant onze des seize conférences réalisées entre 1996 et 2000, a été organisé en deux parties comportant chacune deux chapitres. La première partie, centrée sur Espaces, mobilités et politiques urbaines, se subdivise en deux chapitres consacrés pour l'un aux espaces et territoires (chapitre I) et pour l'autre aux mobilités et déplacements (chapitre II). Dans le premier chapitre ont été regroupées quatre conférences sur le thème des rapports entre politiques urbaines et notions d'espace, de territoire, d'urbanité et de citoyenneté.

10 Ainsi, Jean-Pierre Marchand, Agnès Hoche et Serge Herbuvaux proposent un ensemble de réflexions sur la ville comme espace géographique permanent aux fonctions multiples: politique, sociale, culturelle, économique... Il est autant territorial qu' identitaire. La ville est un lieu carrefour et devrait s'inscrire dans une démocratisation anthropologique de l'espace qu'elle produit. Les politiques d'urbanisme produisent de la cité, de l'aménagement de territoire, du logement et influencent les rapports sociaux, les manières de vivre ensemble. Il faut également trouver des moyens de faire participer les habitants à la définition et à la mise en œuvre des politiques d'aménagement territoriales, de logement. Ces premières réflexions sont prolongées par un regard philosophique, celui de Jean-Paul Dollé, autour de la thématique du rapport entre urbanité et citoyenneté. L'analyse proposée remonte jusqu'au vème siècle avant J.-C., à Athènes précisément, où Clisthène inventa l'espace de la ville-cité démocratique. En se servant de la nouvelle science géométrique, il a promu une égalité spatiale - chaque portion de l'espace public valant n'importe quel autre -, qui correspond à l'égalité citoyenne de tous les hommes libres. Dès lors, dans la tradition occidentale, furent associés le projet d'urbanité et l'exercice de la citoyenneté car, comme le rappelait un dicton du Moyen-Age, "l'air de la ville rend libre". Qu'en est-il aujourd'hui de cette ancienne congruence entre représentation visible de la territorialité urbaine et la construction juridico-politique de la citoyenneté? Quel projet démocratique penser à l'époque où prolifèrent les mégalopoles et les banlieues? Le conférencier interroge les conditions du "vivre ensemble" aussi bien du point de vue du contrat social qui lie les citoyens libres et égaux que celui du lieu où ce lien politique peut se déployer. Sur un autre aspect, le logement social comme forme réelle de l'espace urbain, Jean-Marc Stébé nous invite à une réflexion sur la fonction utopique d'un tel positionnement. Rares sont les journées où les média ne font pas mention des difficultés que rencontrent les quartiers d'habitat social, désignés de façon rapide par le terme "les banlieues". Cependant cet habitat n'a bénéficié ces derniers siècles que d'une attention marginale, le logement social étant considéré par de nombreux partisans de l'économie libérale comme du ressort de l'initiative privée et non de l'Etat. Les premiers à porter un intérêt au logement populaire seront une poignée de penseurs éclairés -les utopistes comme on les appelait - qui au tournant du XVIIIème et du XIxème, croyaient au progrès social et militaient pour une société plus harmonieuse. Enfin, si nous avions supposé acquise la certitude de l'existence matérielle de la ville, l'exposé de Gabriel Preiss nous invite à une relativisation pertinente et nécessaire. La Ville n'est ni pure réalité

Il physique, ni pure représentation. Elle est surtout et d'abord mémoire, par les habitudes qu'il nous faut acquérir pour y vivre. Nous ne la connaissons jamais complètement. Nous ne jouissons d'aucune ubiquité divine, ni d'aucune omniscience. Notre mémoire confond subjectivement des éléments de connaissance tellement familiers et si profondément entremêlés que nous ne savons plus les départager. Comment reconnaître tout ce que nous avons appris d'un apprentissage théorique, logique et rationnel, et comment le distinguer de tous les incalculables éléments que notre expérience et l'imitation d'autrui nous ont si imperceptiblement et si graduellement enseignés? Les Territoires, comme nos Mémoires, sont à la fois personnels et collectifs. Repères vivants de nos familiarités et de nos savoirs et savoir-vivre, les villes sont de ces endroits qui nous réunissent. Simultanément, terrains d'opération, d'expédition, d'exploration, de découverte et de création, la Ville, ni Machine à Habiter, ni Machine Désirante, est-elle devenue la Nature des temps modernes (ou postmodernes), la référence première et l'horizon dernier des Hommes? Le second chapitre traite de la mobilité et des déplacements. En dehors de l'élaboration des Plans de Déplacements Urbains (PDU) eux-mêmes7, il est intéressant de connaître les réflexions et l'analyse de Jean-Pierre Orfeuil engagées sur le thème de l'impact des déplacements sur la ville et sur l'urbanisme. En effet, nous avons déjà très largement changé de ville: il apparaît aujourd'hui que les concepts de distance, de proximité sont à repenser autrement, de même que les notions de limite ou de transition entre le privé et le public, entre l'intime et le social, entre les intérêts locaux ou communautaires et l'intérêt général. Il nous présente une analyse fine de ces évolutions et les confronte, pour en éclairer l'impact sur l'urbanisme, avec la conjecture de Zahavi (1980) postulant que les citadins cherchent à parcourir la distance la plus grande pour profiter au mieux des aménités urbaines sous les contraintes des budgets temps et monétaires. Mais cela suscite encore plus de questions sur la maîtrise de notre cadre de vie, sur l'incidence des changements de lieu d'emploi, les valeurs patrimoniales, les rapports à la nature. Jean-Marc Offner, quant à lui, s'interroge sur la question de l'organisation des transports en ville qui s'avère trop souvent traitée de manière biaisée ou incomplète. Les finalités ne sont pas toujours claires, les enjeux peu explicites et les analyses parfois erronées ou simplificatrices. La fragmentation des systèmes décisionnels freine la mise en œuvre de politiques sinon intégrées, au moins coordonnées entre transports et aménagement. Quels sont les objectifs des acteurs? Quelles stratégies sous-tendent l'offre en matière de transport? Comment mobiliser les acteurs et les moyens d'élaborer de véritables politiques publiques locales?

12 La seconde partie aborde les Phénomènes sociaux et les Politiques de la Ville sous deux éclairages différents: celui des phénomènes sociaux (chapitre III) et celui des dispositifs institutionnels (chapitre IV) 8. Le chapitre III est axé sur la banlieue et ses habitants, notamment les jeunes. Les deux conférences sont des manières différentes d'appréhender la Ville, la question urbaine. L'une distingue l'espace social de la banlieue comme unité territoriale. L'autre, à travers l'analyse du groupe des jeunes, cherche à savoir si ce sous-ensemble constitue la forme moderne des classes populaires. Depuis une quinzaine d'années, le discours sur la ville semble se focaliser sur le problème des banlieues. Ces territoires à la lisière des villes serviraient de réceptacles à tous les maux dont souffre notre société: lieux symboliques de la crise sociale, ils incarneraient la souffrance et la misère, l'exclusion et la marginalité, la violence et le risque de ghetto, l'échec urbanistique et la médiocrité architecturale. D'après Jean-Marc Stébé, tout se passe comme si la question urbaine posée par l'existence de ces quartiers difficiles était actuellement l'équivalent de ce qu'on appelait au XIxème siècle la question sociale. Dès lors la ville n'apparaît plus comme le foyer de la démocratie et de la civilisation, mais comme le champ de la sauvagerie moderne ou encore le lieu des inégalités les plus criantes. "Cet espace social, en particulier concernant le groupe des jeunes, constitue-t-il une forme moderne des classes populaires de l'ère industrielle ?", s'interroge François Dubet dans sa conférence. Cette question est d'importance car la ou les réponses participent à un besoin de caractérisation sociologique fort utile si l'on veut pouvoir intervenir avec efficacité, si l'on veut que les habitants, ici les jeunes, prennent leur part dans la construction sociale de leur territoire. Comme souvent l'usage des mots connote, l'exercice que nous propose l'auteur, œuvre salutaire, doit nous permettre de mieux appréhender les phénomènes dans leur diversité. Néanmoins, il revient aux acteurs locaux (travailleurs sociaux, institutionnels, élus locaux,...) de comprendre ce qui est commun entre ces différentes composantes, de se poser la question de l'existence ou non d'une communauté populaire au sein de ces quartiers? Ne serait-on pas en présence d'un processus relationnel asymétrique présentant des analogies avec certaines analyses des rapports Nord-Sud, entre un centre (producteur de normes, de modes de socialisation "impérialistes") qui ferait de la "banlieue", la périphérie, un territoire d'exil ou plus probablement d'exclus... Le chapitre IV, construit autour de trois conférences, propose de donner la parole aux acteurs de la politique de la ville, à des personnalités diversement situées comme Adil Jazouli, ancien directeur de Banlieuescopies et chargé de mission auprès du Délégué Interministériel à

13 la Ville (DIV), Nicole Lilti, directrice du contrat de ville de l'agglomération de Metz ou Claude Birnbaum, adjoint au maire de la ville de Metz9. Ces points de vue revêtent leur pleine signification à la lumière d'une lecture comparative avec d'autres manières d'organiser le social à l'intérieur de l'espace urbain, aux Etats- Unis ou encore dans certaines grandes métropoles internationales, comme l'exprime l'ancien directeur du Pôle international de la Délégation Interministérielle à la Ville (DIV), Vincent Delbos. Adil Jazouli dresse un bilan des actions menées dans le domaine des Politiques de la Ville depuis la fin des années soixante-dix, compte tenu des évolutions urbaines, de la croissance du mal des banlieues et du phénomène de la "galère". Si une appréciation d'ensemble des Politiques de la Ville peut mettre en évidence des impasses sérieuses et réelles, il est néanmoins possible d'en dégager des acquis positifs et de tracer des perspectives tant sur le plan de la politique que sur celui de l'action de terrain, comme les interventions de Nicole Lilti et Claude Birnbaum l'attestent. Depuis l'avènement de la ville comme objet des politiques publiquesl0, Metz et son agglomération ont bénéficié de la plus grande partie des dispositifs d'action élaborés jusqu'à aujourd'hui. Pour répondre à ce défi, à la fois technocratique et social, nous avons sollicité deux acteurs centraux des Politiques de la Ville afin qu'ils témoignent en commun de leurs pratiques respectives. La situation de certains quartiers dégradés où les difficultés sociales sont, pour une bonne part, le reflet des dysfonctionnements de la société actuelle, est depuis de nombreuses années une des préoccupations essentielles des pouvoirs publics au niveau local. Ils ont tenté de dessiner des perspectives à l'occasion des orientations données par le pacte de relance pour la ville, du 18 janvier 199611. Mais Metz ou la France ne sont ni la seule ville, ni le seul pays à connaître des difficultés sociales importantes avec le phénomène de la croissance urbaine, la concentration de populations nombreuses dans des banlieues périphériques, l'enchevêtrement des effets de la crise économique et des processus sociaux de ségrégation spatiale. C'est le sens et l'intérêt de la troisième intervention du chapitre IV. Les situations nationales présentent souvent des spécifications significatives, liées à leur histoire sociale, culturelle, économique. Vincent Delbos dresse un panorama de ces situations au plan international, examine les types d'approches de ces questions ainsi que les politiques mises en œuvre dans des différents pays. La méthode comparative devrait produire des effets, en retour, de meilleure compréhension de la question urbaine quel que soit le niveau spatial d'observation.

14 Notes:
1. Sennert R., "La civilisation urbaine remodelée par la flexibilité", Le Monde Diplomatique, février 2001, pp. 24-25. Professeur de sociologie à la London School of Economics, il vient de publier Le travail sans qualité: les conséquences humaines de la flexibilité, Albin Michel, Paris, 2000. Dans cet ouvrage il aborde certains aspects de notre interrogation concernant la question urbaine, les rapports entre le travail, l'insertion professionnelle et la ville, notamment. 2. Pour plus de renseignements sur l'association, ses finalités, ses activités, nous proposons au lecteur de consulter, à la fin de l'ouvrage, la note d'information que nous avons constituée à son intention. 3. Les conférences ont été organisées dans plusieurs villes de Lorraine (Nancy, Metz et Pont-à-Mousson, pour l'essentie!). 4. Association culturelle, faisant partie de l'Institut Régional du Travail Social de Lorraine (IRTS). 5. La politique de la ville peut se définir comme un ensemble de mesures ayant pour objet de s'opposer aux constats de fracture territoriale urbaine et de ségrégation urbaine et sociale, indiquant par là que la concentration sur certains territoires de difficultés sociales aggravent celles-ci. Elle se veut globale, transversale, coordonnée et s'appuyant sur le partenariat. Les décideurs politiques envisagent, dans cette intervention de la puissance publique, la ville comme œuvre de civilisation et moyen de lutte contre les exclusions. Cette politique publique ne repose pas sur une loi générale comme par exemple la loi sur les exclusions du 29 juillet 1998 mais sur un ensemble de textes législatifs qui ont successivement abordé des questions comme le droit au logement (1990), la ville et l'espace urbain (1991), le pacte de relance pour la ville (1996), jusqu'au dernier texte entré en vigueur sur la solidarité et le renouvellement urbain en 2000. A la différence d'autres procédures législatives, la politique de la ville se veut contractuelle. Les procédures sont clairement affichées, même si elles adoptent des formes différentes comme le contrat de ville, partie du contrat de plan Etat-Région ou encore le contrat d'agglomération. Toute cette architecture s'appuie sur le principe de la territorialisation, de la connaissance de la ségrégation urbaine et sociale, de l'action (proximité, projet et réduction des écarts), la notion de gouvernance urbaine (intercommunalité, agglomération, pays, démocratie locale, participation des habitants). Elle s'applique de manière spécifique. Elle ne concerne pas tout le territoire national mais les espaces urbains repérés en difficulté et, pour se mettre en œuvre, s'appuie sur des dispositifs dérogatoires (discrimination positive, zone d'éducation prioritaire, zone de rénovation urbaine, etc.). 6. Depuis sa création, Préludes diffuse Les Cahiers de Préludes. Cette publication présente et valorise des résultats de recherche ou des journées d'animation sur diverses questions liées à l'urbain et au territoire. A ce jour, cinq numéros sont parus dont la liste figure en fin de volume. 7. La loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie a rendu obligatoire la mise en place d'un Plan de Déplacements Urbains (PDU) pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants, et ainsi focalisé l'attention sur les domaines des mobilités et des déplacements urbains. 8. Cet ouvrage n'ambitionne pas la recherche d'exhaustivité sur la question de la politique de la ville. Nombre d'auteurs ont fait ce travail de définition, de présentation des différents dispositifs créés depuis les années soixante-dix et qui se

15
sont mis en place au fur et à mesure des constats de dégradation et de la prise de conscience de la crise urbaine. La nécessité de définir des orientations et de construire des dispositifs et des programmes d'action a structuré toute cette période, de la première circulaire, dite "arts et tours", du ministre de l'Equipement de l'époque, Olivier Guichard aux décisions récentes du Conseil National des Villes (CNV), en 1998 et 1999 sur des questions comme la rénovation et la transformation urbaines et la solidarité. Trente ans de mises en œuvre qui tentent souvent de rappeler des principes fondamentaux, énoncés dès la première heure! 9. Précisons que le dernier rapport sur la ville, Demain la Ville (2 tomes, La Documentation Française, 1998) a été présidé par un élu local, Jean-Pierre Sueur, maire d'Orléans. Pour autant, la question des rapports entre habitants, techniciens, intervenants sociaux et élus politiques n'est pas épuisée. La redéfinition de la politique de la ville avec les négociations des nouveaux contrats de ville, à l'occasion des contrats Etat-Région - 2000/2006, relance le débat. 10. Le rapport Demain la ville établit une liste de cinquante propositions susceptibles de redonner une ambition à la ville. Diverses mesures prises par la suite par le CNV s'inspireront directement du rapport "Sueur", en privilégiant les quatre axes suivants: garantir le pacte républicain sur tout le territoire; assurer la cohérence sociale dans les villes; mobiliser autour d'un projet collectif; construire un nouvel espace démocratique, avec les habitants. Ces orientations s' inscrivent dans les réflexions développées par les différents intervenants. Il. L'occasion nous a été donnée de discuter de ce point avec Adil Jazouli car nous avons pu organiser, à Metz, une nouvelle conférence sur le thème "Ville, démocratie et développement durable". La similarité des constats autant que la proximité des points de vue exprimés, sur une période de quatre années, a souligné, outre la complexité des problèmes rencontrés, l'intérêt de publier le texte de 1996.

PREMIERE PARTIE
ESPACES, MOBILITES ET POLITIQUES URBAINES

ESPACES ET TERRITOIRES
Ville d'aujourd'hui, ville de demain? Jean-Pierre Marchand, Agnès Hoche, Serge Herbuvaux Citoyenneté et urbanité Jean-Paul Dollé Les utopies du logement social Jean-Marc Stébé Territoires des villes et usages du sensible Gabriel Preiss

MOBILITES ET DEPLACEMENTS
Evolution des mobilités locales et interfaces avec les stratégies de localisation Jean-Pierre Orfeuil Les politiques publiques locales de déplacements en quête de savoir-faire Jean-Marc Offner

ESPACES ET TERRITOIRES

VILLE D'AUJOURD'HUI, VILLE DE DEMAIN?
Jean-Pierre MARCHAND, cole d'architecture é Serge HERBUVAUX, membre de l'association de Nancy. EDEN. Agnès HOCHE,urbaniste, DDE de Meurthe-et-Moselle. Forum-IRTS de Lorraine, Nancy, le 23 octobre 1996.
Christian LABAT (Préludes) Nous sommes tous un peu citoyens d'une urbanité. Dans cette rencontre organisée sous la forme d'une table ronde, nous essayerons de croiser plusieurs regards pour tenter d'enrichir une réflexion autour de la problématique: qu'est-ce qu'une ville? A l'aube de l'an 2000 une personne sur deux vivra dans un environnement urbain. Nous savons que la ville est multiple, qu'elle est une unique entité multiple dans la mesure où c'est l'être humain qui la constitue. Comment ce dernier perçoit-il cette ville? Comment vit-il cet espace dans lequel une fraction existe entre l'espace public et l'espace privé? La ville est un lieu privilégié, c'est un lieu de territoire, un lieu d'appropriation, un lieu de rencontre; c'est aussi un lieu phénoménoïque puisqu'il y a frôlement, il y a captation: on se frôle du corps, on se capte du regard, on s'évite, on se rencontre. Tous ces phénomènes contribuent à l'élaboration d'une humanité en marche qui ose ou n'ose pas se rencontrer. Ce soir, nous tenterons de développer deux problématiques: pourquoi la rencontre? Comment vivons-nous la ville? Est-elle une œuvre ou est-elle plutôt un produit? Ne sommes-nous pas, comme le dit Paul Virilo, dans la politique des pires par rapport à la ville? Pour reprendre le titre d'un ouvrage de Viviane Forrester qui parle de l' horreur économique, ne pourrait -on pas parler de l' horreur urbanistique ? Permettez-moi de vous présenter les intervenants de ce soir. JeanPierre Marchand est enseignant à l'école d'architecture de Nancy. C'est sous un éclairage philosophique qu'il abordera la problématique de cette soirée. Agnès Hoche, urbaniste et praticienne de la planification urbaine et de l'aménagement du territoire, nous fera partager sa définition de la ville d'une manière peut-être plus technique. L'intervention de Serge

22 Herbuvaux, représentant l'association EDEN (Entente pour la Défense de l'Environnement à Nancy), sera orientée vers une tendance écologiste. Pour introduire cette table ronde, je cède la parole à Monsieur Gérard Michel, président du Forum-IRTs de Lorraine et adjoint au maire de Nancy, qui se positionne comme acteur de la ville.

Gérard MICHEL Je trouve intéressant que ce débat ait lieu ici, au Forum, dans ce quartier du "Haut-du-Lièvre" parce qu'il me semble que nous sommes au croisement de la ville dans ce qu'elle peut avoir de pire et de meilleur. Cet endroit est appelé "la ville haute" (parce que cela fait mieux), il est éloigné géographiquement, physiquement de la ville que l'on n'appelle jamais "basse". Loin de ce qui se fait de culturel, de vivant, de passionnant et de passionné à Nancy, nous sommes réunis ici pour un dialogue citoyen. La ville idéale, il n' y en a pas, mais je ne crois pas non plus qu'il y ait d' horreur urbaine. La ville idéale, c' est peut-être tout simplement d' arriver à créer des espaces de rencontres, des espaces culturels, des espacesdiscussions entre différentes couches sociales; de croiser des horizons professionnels et des horizons d'âges différents, pour faire en sorte que la ville soit un lieu de rencontre. La gestion de la circulation, de l'urbanisme et du logement contribue à cette rencontre. Dans la situation économique, sociale et politique telle qu'elle est, la ville peut favoriser le rapprochement, le contact, et donc approcher un peu plus l'égalité entre les citoyens. J'aimerais aborder les problèmes de la ville sous l'angle de la fiscalité. Déterminant, ce chapitre est généralement peu avancé dans les discours sur la ville. Pourquoi les grandes sociétés commerciales s'installent-elles à l'extérieur de la ville, en dehors du fait qu'elles peuvent avoir des parkings faciles d'accès? Pourquoi les grandes entreprises s'implantent-elles dans ces zones américanisées où toutes les entreprises se ressemblent: des espèces de volumes en métal à l'intérieur desquels divers objets sont proposés à la vente et où, demain, il est même question d'y vendre de la culture et du cinéma? Parce que la taxe professionnelle y est moins élevée que dans les centres-villes. L'implantation de ces entreprises, dans ce qu'il est convenu d'appeler des "banlieues industrielles", a deux conséquences sur la vie économique et sociale de la ville: premièrement, cela appauvrit fiscalement le centreville; deuxièmement, il existe des conséquences immédiates sur les commerces de proximité de ce centre-ville, donc sur la manière d'y vivre. La ville connaît ainsi une chute des produits fiscaux; les grandes surfaces, les grands complexes cinématographiques s'installent en périphérie, et les

23 petits commerces rencontrent de plus en plus de difficultés. Cela se répercute sur les différentes taxes: la ville augmente les impôts des habitants, la taxe foncière et la taxe professionnelle. Quand les taxes augmentent, les personnes en difficulté sociale sont les premières à ne pouvoir faire face à ce poids financier supplémentaire; elles sont "écartées" vers la périphérie de la ville. C'est ainsi que se crée une deuxième banlieue: celle de ceux qui sont rejetés du centre-ville pour des raisons, en partie, fiscales. Dans ce pays, je crois qu'on ne pourra pas aborder sérieusement ce problème sans revenir sur ce système, tout à fait séculaire et anachronique, de la fiscalité de la ville, basé sur le mètre carré d'habitation et de terrain occupé, quels que soient les revenus, quel que soit le nombre de ses habitants. C'est une première piste de réflexion. La seconde est celle qui concerne les transports: entre 1976 et 1996, la circulation automobile à Nancy a augmenté de 92 % ; l'utilisation des transports en commun, la circulation en deux roues et la circulation piétonne ont légèrement augmenté de 13 %. Le type de circulation où l'on prend sa voiture pour accompagner son enfant à l'école à 600 mètres de son domicile a chuté. Le rôle des politiques est d'abord de prévoir, de gérer ce flux, pour faire en sorte que la ville ne soit ni un immense parking, ni un croisement d'autoroutes. Disons les choses telles qu'elles sont: jusqu'à très récemment, ils n'ont pas su le faire. Nous nous trouvons dans une situation d'asphyxie routière, la priorité donnée à la voiture accentue le phénomène lié à la fiscalité dont je viens de vous parler. La voiture reste le principal moyen de transport; il est de plus en plus difficile de circuler en ville et désagréable d'y circuler à pied ou à bicyclette parce qu'il y a beaucoup de voitures. En périphérie, les grandes surfaces et demain les complexes cinématographiques offrent aux automobilistes des facilités de stationnement, l'accès aux magasins est facile et il n' y a pas de problèmes de circulation. Les réseaux autoroutiers de contournement, conçus théoriquement pour éviter les circulations de transit en centre-ville, servent en réalité à alimenter ces zones extérieures qui non seulement vident les centres-villes, mais nous amènent vers une vie à l'américaine tout à fait détestable: on s' y rend en voiture, on se gare devant le supermarché, on ne rencontre personne, on charge les marchandises dans sa voiture avant de regagner son domicile, si possible en se garant dans son propre garage ou dans son parking souterrain. Ce genre de vie est ainsi totalement coupé de celui qui existe dans le centreville. Je crois que nous ne pourrons pas lutter contre ce qu'on a appelé quelquefois les ghettos des banlieues, sans d'abord réhabiliter les centresvilles, sans y ramener toutes les couches de la population. Au XIXème siècle, la ségrégation se faisait par la verticale: plus on était dans une situation "d'honnêteté", plus on habitait les étages supérieurs d'un immeuble; c'était au moins une façon de se croiser dans

24 l'escalier. Aujourd'hui, la ségrégation se fait à l'horizontale. Pour des raisons de fiscalité, de transport et d'emploi, la société urbaine se divise en plusieurs espaces: au centre, les habitants de la ville et quelques commerces; à l'extérieur, un deuxième cercle délimiterait une zone de ghetto et, plus à l'extérieur encore, les grandes entreprises commerciales se situeraient dans un troisième cercle où l'usage de la voiture et l'existence de parkings sont indispensables. Au cours de ces dernières années, les problèmes liés à l'emploi ont accentué ce phénomène. Les données statistiques sont tout à fait significatives: dans les quartiers dits "sensibles" (Haut-du-Lièvre, la Californie, etc.), le taux de chômage est deux fois et demi plus élevé que dans les autres quartiers de l'agglomération nancéienne. Aujourd'hui en 1996, sur les 300000 habitants de Nancy, nous comptons 16000 demandeurs d'emploi dont 5 000 jeunes et 1 800 chômeurs de longue durée (deux ou trois ans de chômage). Ces personnes sont confrontées directement aux problèmes fiscaux et de coût des transports que j'ai évoqués précédemment. Le phénomène d'exclusion s'accroît et la gestion de ces problèmes de fiscalité et de transport devient une priorité. Ce constat de l'accentuation des phénomènes d'exclusion est inquiétant, mais nous n'en sommes pas au stade de l'horreur urbaine. Je pense qu'il est encore temps de prendre des mesures. Dans une ville comme Nancy où, dans les vingt années à venir, la population ne pourra pas augmenter de plus de 4,5 %, nous avons tenté d'y croiser les populations en logeant plusieurs milliers d'étudiants sur le quartier du Haut-du-Lièvre. C'était une bonne façon de panacher les populations. Un certain nombre de mesures peuvent être prises dans le souci d'une meilleure démocratie urbaine. Vouloir faire plaisir à tout le monde: automobilistes, piétons, cyclistes et usagers des transports en commun est ingérable. Il faut avoir le courage de prendre un certain nombre de mesures dans le domaine des transports, dans le domaine urbain, dans le domaine fiscal et dans le domaine de l'emploi, mesures qui sont de véritables choix mais pour cela, encore faut-il savoir écouter.

Jean-Pierre

MARCHAND

(Ecole

d'architecture

de Nancy)

J'introduirai mon intervention en vous proposant une des plus belles pages de l'œuvre de Claude Simon intitulée: L'invitation. Dans ce texte l'auteur décrit ce qui fut parfois donné à voir, par de véritables mises en scènes, à des intellectuels invités à venir apprécier les réalisations des pays alors socialistes. Qu'on ne se méprenne pas sur son parti pris: c'est aussi une catastrophe universelle qu'il décrit, celle de la ville standard produit d'une technocratie et d'une bureaucratie universelle. "On les photographia aussi au dehors, un peu éblouis, clignant des yeux dans le soleil, devant le bâtiment au nom traduit du chinois inscrit en lettres d'or à son fronton. On les photographia une pelle et un arrosoir à la

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