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RECHERCHES SUR L'EMPLOI

De
192 pages
Comme le montre un ensemble de travaux étudiés par l'auteur sur une période de trois décennies, l'emploi et l'activité sont deux éléments complexes dont les formes et les relations contribuent à réguler les rapports sociaux. A partir de ces recherches, il définit le champ d'une sociologie de l'activité économique. Celle-ci porte principalement sur les règles et les procédures de gestion de l'emploi salarié, mais aussi sur un ensemble de structures d'organisation et d'institutions qui englobent l'activité non salariée.
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RECHERCHES SUR L'EMPLOI

L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7408-X

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Roland GUILLON

RECHERCHES SUR L'EMPLOI

ÉLÉMENTS DE SOCIOLOGIE DE L'ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot

Philippe TROUVÉ, Les agents de maîtrise à l'épreuve de la modernisation industrielle. Essai de sociologie d'un groupe professionnel, 1997. Gilbert VINCENT (rassemblés par), La place des oeuvres et des acteurs religieux dans les dispositifs de protection sociale. De la charité à la solidarité, 1997. P. BOUFFARTIGUE, H. HECKERT (dir.), Le travail à l'épreuve du salariat, 1997. J.- Y.MÉNARD, Jocelyne BARREAU, Stratégies de modernisation et réactions du personnel, 1997. Florent GAUDEZ, Pour une socio-anthropologie du texte littéraire, 1997. Anita TORRES, La Science-fiction française: auteurs et amateurs d'un genre littéraire, 1997. François DELOR, Séropositifs. Trajectoires identitaires et rencontres du risque, 1997. Louis REBOUD (dir.), La relation de service au coeur de l'analyse économique, 1997. Marie ClaireMARSAN, Les galeries d'art en France aujourd'hui, 1997. Collectif, La modernité de Karl POLANYI, 1997. Frédérique LEBLANC, Libraire de l'histoire d'un métier à l'élaboration d'une identité professionnelle, 1997. Jean-François GUILLAUME, L'âge de tous les possibles, 1997. Yannick LE QUENTREC, Employés de bureau et syndicalisme, 1998. Karin HELLER, La bande dessinée fantastique à la lumière de ; l'anthropologie religieuse, 1998. Françoise BLOCH, Monique BUISSON, La garde des enfants. Une histoire defemmes, 1998. Christian GUIMELLI, Chasse et nature en Languedoc, 1998. Roland GUILLON, Environnement et emploi: quelles approches syndicales? 1998. Jacques LAUTMAN, Bernard-Pierre LÉCUYER, Paul Lazarsfeld (1901-1976),1998. Douglas HARPER, Les vagabonds du nord ouest américain, 1998. Monique SEGRE, L'école des Beaux-Arts 19ème, 20ème siècles, 1998. Camille MOREEL, Dialogues et démocratie, 1998. Claudine DARDY, Identités de papiers, 1998.

AVANT-PROPOS
Les recherches quî sont présentées id ont été conduîtes successîvement dans trois înstîtutîons : un centre de recherche en socîologîe du travaîl, un organîsme d'études sur la formatîon et l'emploî, un centre de recherche en économie de l'envîronnement et du développement. Elles concernent deux composantes de la société française contemporaine - l'emploi et l'activité - dont les formes et les rapports constituent un élément déterminant de la régulation sociale. Ceux-ci sont appréhendés à travers une pluralité d'objets et de méthodes à caractère sociologique qui impliquent aussi l'intervention d'autres disciplines. Parmi ces dernières, l'économie et la gestion occupent une place récurrente. D'où la nécessité d'une approche pluridisciplinaire pour aborder plusieurs dimensions d'emploi et d'activité comme les structures, les normes ou les valeurs. Ces travaux sont inscrits en longue période, car ils couvrent une trentaine d'années. Ils sont donc révélateurs des mutations de l'emploi et de l'activité. Celles-ci se caractérisent par leur complexité et leur multidimensionnalité. L'auteur tente de les singulariser et de les articuler par rapport à trois modèles d'interprétation ou "paradigmes" - le marché du travail, le territoire, et le développement durable - parce que le marché du travail constitue un système complexe et cohérent d'institutions et d'agents, de règles et de procédures, parce qu'il s'inscrit dans un territoire, et qu'ils participent ensemble à une nouvelle conception du développement. Une telle synthèse répond aussi au projet de l'auteur de souligner l'importance que revêt l'emploi pour organiser les. rapports sociaux d'une société dont la dynamique de mutation est plurielle. Cette pluralité pose en particulier plusieurs 7

questions spécifiques sur la place de l'activité salariée et celle de l'activité non salariée, sur le nombre et la qualité des agents qui sont impliqués dans la gestion de l'emploi, ou encore sur les modalités et les critères - économiques, professionnels ou politiques- de cette gestion.

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INTRODUCTION
Nous avons mené - en collaboration ou seul une série de recherches sur l'emploi. Ce dernier y est défini comme un ensemble de situations et de rapports d'activité qui sont organisés et institutionnalisés. Ce sont d'abord les contenus d'emplois et les situations de travail. Ce sont ensuite les règles et les procédures de gestion de l'emploi qui définissent les conditions d'accès, d'exercice et de sortie de l'emploi. Celles-ci concernent des institutions qui sont en charge d'activités. Le sens donné ici à la notion d'activité ne désigne pas l'ensemble des activités humaines, mais un ensemble d'activités particulières - les activités de production et d'échange - soit autant de composantes de l'activité économique. L'emploi et l'activité sont appréhendés à partir d'une multiplicité d'éléments dont les interactions contribuent à réguler l'emploi. L'option choisie ici - et développée plus loin consistera à rapporter ces éléments successivement à trois paradigmes: d'abord, un paradigme du "marché du travail", puis, beaucoup plus récemment, un paradigme du "territoire", et un paradigme du "développement durable". Les rapports entre l'emploi et l'activité sont ici un objet d'approche sociologique et économique. Ils impliquent aussi l'intervention d'autres disciplines telles que l'organisation ou la gestion. Les dimensions de l'emploi et de l'activité économique Toutes ces recherches inscrivent l'emploi et l'activité. économique dans trois cadres conceptuels - les institutions, les règles et les systèmes - que nous allons définir. Les deux 9

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premiers préexistent à toute démarche de recherche; le troisième en est un produit. Toutefois chacun de ces cadres est susceptible de révéler des structures et des dynamiques. Les institutions désignent des pratiques et des normes collectives qui sont caractérisées par leur régularité et leur prévisibilité. Elles rassemblent divers agents auxquels elles assignent des fonctions et des rôles qui sont organisés et hiérarchisés pour atteindre divers objectifs. La réalisation de ces objectifs fait l'objet de relations entre agents suivant des procédures. Elle est aussi l'occasion de relations externes avec les agents d'autres institutions. Les critères de ces relations et de ces procédures sont spécifiques ou transversaux d'une institution à l'autre. Trois institutions sont particulièrement présentes dans ces recherches: les entreprises, les syndicats et

l'Etat. 1
Les règles sont une dimension des pratiques et des procédures. Elles en constituent formellement les normes: soit autant d'obligations ou de contraintes dans le cadre d'une ou plusieurs institutions. Elles sont à la fois le cadre et le produit des relations entre agents. Et elles font généralement intervenir plusieurs institutions. C'est le cas notamment des règles qui relèvent des relations entre l'Etat, les employeurs et les syndicats ou "relations professionnelles". Ces relations visent essentiellement à réglementer les conditions d'accès, d'exercice et de sortie du travail, ainsi qu'à réguler l'emploi et le marché du travail (LALLEMENT M., 1996). Ces relations sont à la fois singulières et plurielles. Elles concernent exclusivement le
I L'usage de la notion d'agent répond ici à deux sortes de préoccupations. La première retient sans exclusive tous les facteurs qui sont susceptibles de structurer les activités: d'abord, des personnes et des groupes, sans qu'il y ait la moindre connotation d'une situation contrainte ou dépendante, ensuite tous les éléments matériels et immatériels qui composent les structures d'activité. La seconde préoccupation renvoie plus spécifiquement à l'usage de la notion d'agent économique, qui est définie par la comptabilité nationale.

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Celle-ci désigne plusieurs catégories les administrations ou les institutions

d'agents - les entreprises, les ménages, financières - dont les contributions aux

activités de production et d'échange sont recensées et évaluées. 10

travail et l'emploi salariés. Et elles sont par nature contractuelles. Mais elles recouvrent de fait un ensemble complexe de relations individuelles et collectives: une relation entre un individu et son employeur (contrat de travail) sur laquelle interviennent les hiérarchies et les gestionnaires d'entreprise, les syndicats, ainsi que divers autres institutions ou agents extérieurs économiques, administratifs ou politiques. Les systèmes sont des modes de représentation de la matière et des structures physiques qui ont été étendus aux sciences de l'homme. L'approche systémique des phénomènes sociaux privilégie la notion de "structure d'organisation" suivant

plusieurs principes.

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Elle peut être appliquée à l'étude des

structures d'activité. Les systèmes sont alors des modes de représentation logique des structures d'activité organisées d'une ou de plusieurs institutions. Ce sont d'abord des modes de représentation des pôles d'activité à l'échelle d'une société (système économique, système politique, système de production, système éducatif). La définition de chacun d'entre eux implique à la fois une autonomie et une interdépendance par rapport aux autres systèmes dans un cadre global de la société. Les systèmes sont aussi des schémas qui servent à décomposer ou à combiner les dimensions d'intervention des agents d'une même institution comme l'entreprise. On cherchera, par exemple, à définir des systèmes de travail ou d'emploi à partir des interventions et des relations de travail sur plusieurs dimensions d'activité: les technologies, l'organisation et la gestion. Toutes ces recherches sont dans l'ensemble empiriques et inductives. Elles consistent à recueillir, traiter et analyser un
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Soit un ensemble complexed'élémentsdont les interactions construisentune

structure d'organisation qui est aussi façonnée par les éléments de son environnement. Chaque système évolue suivant certains principes. Ainsi il tend à réduire ses tensions pour assurer sa propre stabilité (principe d'équilibre). Et il tend aussi à minimiser les dépenses en énergie (principe d'économie). Or l'étude des phénomènes humains montre des spécificités quant à la réalité de ces principes. C'est pourquoi l'approche systémique des structures d'organisation sociales tient compte des dimensions institutionnelle ou normative des fonctions, ainsi que de leur insertion dans une dynamique historique (BERTALANFFY von L., 1973). 11

ensemble de données sur le travail, l'emploi et l'activité. Elles suivent deux sortes de démarches - enquêtes de terrain ou analyses de données - dont les finalités sont en fait constantes. La première finalité consiste à identifier les contenus d'emplois et les situations de travail en fonction de différentes I variables. Les unes désignent les appellations d'emploi, ainsi que les caractéristiques de leurs titulaires. Ce sont: - les classifications des postes de travail (ouvrier qualifié, non qualifié), - les catégories socioprofessionnelles des agents (ouvrier, technicien, cadre, employé), -leurs rapports en termes de structure d'emploi. Les autres variables sont des composantes d'emploi et d'activité organisées. Elles sont différenciées selon les finalités et les moyens de chaque structure d'organisation. Ce sont: - les modes d'intervention et les relations des agents aux processus de travail (en termes de spécificité des tâches, de degré d'autorité sur le travail des autres, de moment d'intervention sur un processus), - les fonctions et les rôles dans l'organisation définis selon la nature et les rapports aux objectifs (conception, programmation, mise en oeuvre ou contrôle; fonction de décision ou de mise en oeuvre, technique, commerciale ou administrative), - les procédures de gestion et les réseaux d'emploi (recrutement, mobilité, formation). L'agrégation de ces variables vise à constituer des ensembles articulés ou des systèmes cohérents pour une même institution comme l'entreprise. La seconde finalité est plus délicate parce qu'elle tend à associer toutes ces données entre plusieurs institutions différentes. Et elle prétend quitter une lecture statique pour une lecture dynamique. Elle consiste d'abord à interpréter ces variables en fonction des dimensions de hiérarchisation des rapports à l'activité au sein d'une même institution (l'entreprise) et entre plusieurs institutions (entreprise, école, syndicats, administrations). En effet, ces données renvoient à des normes 12

et à des valeurs dont la rationalité varie selon les fonctions, les rôles et les procédures des institutions ou des agents. Et certaines convergences entre ces éléments peuvent aussi constituer des champs d'activité spécifiques et institutionnalisés comme les métiers ou les professions. Néanmoins un tel protocole sur les cohérences intrainstitutionnelles et interinstitutionnelles n'exclut pas a priori de prendre en compte le caractère conflictuel des relations entre agents. Cette approche cherche ensuite à intégrer les projets des agents, pour en tester les interactions avec les données de structure; c'est le cas, par exemple, des études de trajectoires professionnelles qui mettent en perspective les projets de carrière et les réseaux d'emploi. Les dimensions d'emploi et d'activité peuvent être traitées qualitativement, mais aussi statistiquement. Une démarche fructueuse consiste en particulier à rapprocher les données de contenus d'emploi et les données de structures d'emploi. Elle permet d'en comparer les catégorisations à travers certains indicateurs. Ceux-ci sont susceptibles de rendre compte des dimensions structurantes des activités. Enfin, toutes ces approches sont menées à plusieurs niveaux institutionnels ou organisationnels: - au niveau d'une unité, d'un établissement ou d'une entreprise, - au niveau d'une branche, d'un secteur ou d'une profession, - au niveau de l'ensemble des activités ou des systèmes de la société. Trois paradigmes développement durable marché du travail, territoire,

Comme on l'a dit plus haut, toutes nos recherches sont calées sur le concept de paradigme. Par "paradigme", nous entendons un modèle de représentation dont se sert l'analyste pour décrire et interpréter les phénomènes étudiés. Soit, en l'occurrence, les formes et les modes de structuration de l'emploi et de l'activité. La nature de ce genre de modèle est double. La première est méthodologique. Elle s'inscrit dans le cadre d'une 13

problématique d'appréhension du travail, de l'emploi et de l'activité. La seconde est davantage idéologique, parce qu'elle participe aux débats de société sur la situation de l'emploi et les réponses à y apporter en matière de régulation. Le fait que nous ayons situé nos recherches dans ces perspectives, nous a conduit à les inscrire successivement dans trois paradigmes dont nous montrerons la complémentarité. Le premier paradigme a été reconnu en tant qu'objet de recherche d'une "sociologie économique". C'est celui du marché du travail qui est considéré comme un vecteur ou un espace spécifique de régulation des activités, comme un modèle de représentation des activités d'une société moderne (SWEDBERG R., 1994). Il couvre la plupart de nos travaux. C'est un ensemble cohérent d'agents, de règles, de procédures, d'organisations et d'institutions qui sont impliqués dans l'emploi et l'activité, et qui correspondent au cadre d'un Etat-nation. Les deux autres paradigmes sont plus récents dans notre démarche. C'est d'abord un paradigme qui est polarisé sur la notion d'espace ou de "territoire", et, ensuite, un paradigme en termes de "développement durable". Le paradigme territorial est le plus proche de celui du marché du travail. Car il s'inscrit aussi dans le même champ que celui de l'Etat-nation, tout en incluant d'autres institutions que l'Etat, les entreprises ou les syndicats. Alors que le paradigme du développement durable tend à les dépasser tous les deux pour se situer à l'échelle de la mondialisation des activités. Nous avons aussi été mis en situation de privilégier une question: celle des rapports entre dimensions sociales et économiques des formes et des modes de gestion de l'emploi.
Sociologie et économie

L'emploi est l'objet de rapports entre les dimensions sociales et les .dimensions économiques de l'activité, ou, en d'autres termes, entre les finalités et la structure de l'action sociale et celles de l'action économique. C'est donc un thème particulièrement favorable pour tester les rapports entre deux disciplines: la sociologie et l'économie. 14

Ces rapports ont été définis tantôt en termes de confrontation et d'opposition, tantôt en termes de complémentarité. A une volonté initialement et historiquement affichée par certains sociologues de dominer l'économie et les sciences sociales a répondu une forme d'impérialisme économiciste. Ce dernier visait à imposer la thèse d'un modèle d'interprétation de l'activité de tout agent qui privilégie in fine la recherche d'un équilibre par un calcul et des choix rationnels en termes de coût/avantage (SWEDBERG R., 1994). Ainsi les débats entre sociologues et économistes ont porté sur la forme et le sens des rapports entre relations économiques et relations sociales dans la société moderne. Aussi ont-ils été largement polarisés sur la notion de marché, et, plus particulièrement, sur la contribution de celui-ci à la régulation des rapports économiques et sociaux. Aux représentations d'un modèle de fonctionnement idéal ou d'équilibre par le marché, assumées par les économistes classiques ou néoclassiques, répondent des critiques conceptuelles. Ces critiques soulignent le fait que le marché est un construit social, et qu'il n'existe qu'inséré dans des réseaux de relations ou des rapports sociaux. Mais s'il est aussi lié à des relations contractuelles, il n'est pas un moyen de résoudre les problèmes de contrat social, dans la mesure où il ménage une asymétrie d'information entre les parties contractantes (GUERRIEN B., 1994). Depuis Max WEBER, des sociologues revendiquent le statut d'une "sociologie économique". Ils le font par rapport à leur propre classification ou représentation des faits économiques, mais aussi par rapport à celles de certains économistes. Ainsi Max WEBER distinguait-il trois objets d'études constitutifs d'une sociologie économique: les "événements économiques", les "phénomènes qui interviennent dans l'économique" , les "phénomènes qui dépendent de l'économie". Il opérait ces distinctions en regard d'un modèle de représentation de l'économie proposé par des économistes le modèle d'une "économie sociale" - couvrant trois corpus de connaissances: la théorie économique, I'histoire économique et la sociologie économique (SWEDBERG R., 1994). sociologie Actuellement les partisans d'une 15

économique proposent d'étudier spécifiquement l'activité économique Ils insistent sur le fait que l'activité économique est socialement située, et qu'elle représente une forme d'action sociale. Car l'activité est inscrite dans des institutions où elle est l'enjeu de relations collectives (SWEDBERG R., GRANOVETTER M., 1994). Cette démarche rencontre ou s'appuie sur celle des "socioéconomistes" qui définissent l'économie en tant que science sociale pour la désigner sous le vocable de "Socioéconomie" (BURGENMEIER B., 1994). Ensemble ils défendent, par principe, des méthodologies pluralistes pour tenir compte de la complexité et de la pluridimensionnalité de rationalité des comportements humains. L'activité économique représente aussi pour eux une dimension d'action morale ou éthique. L'activité économique est traditionnellement l'objet de deux niveaux d'approche économique: microéconomique et macroéconomique. Chacun d'entre eux aborde les rapports entre l'emploi et l'activité économique. Au niveau microéconomique, l'activité économique désigne les relations entre agents à travers les institutions et les structures d'organisation. Les unes et les autres sont aussi particularisées par rapport à plusieurs types d'objectifs d'action comme la fixation d'Ut1prix ou d'un salaire, l'évaluation d'un coût, la recherche d'un gain ou d'un profit. Ces objectifs contribuent à créer des règles et des procédures de gestion pour préciser les finalités et l'allocation des moyens pour les atteindre. Ces dernières sont en interaction avec d'autres procédures: celles de gestion de l'emploi et des postes de travail. Ensemble, elles font aussi l'objet d'appréciations de la part des agents - acheteurs et vendeurs, employeurs et employés - susceptibles ou non de déboucher sur des contrats ou des conventions. , Au niveau macroéconomique, l'activité é~onomique est appréhendée en termes de catégories d'agents et de fonctions économiques agrégées ("décideurs", "ménages" ; production, consommation, investissement). Elle se situe aussi à l'échelle la plus globale des relations entre institutions. Les interventions de l'Etat, les rapports entre firmes en sont des exemples. Ils sont 16

susceptibles ou non de développer de l'activité, ainsi que de stabiliser les conditions d'emploi. L'essor des réseaux économiques de sous-traitance, ou encore la tendance de la part des employeurs à réduire et à externaliser leurs coûts de production contribuent à créer de l'instabilité dans la gestion de l'emploi. Les relations entre syndicats, employeurs et Etat dont l'objet est de réglementer le travail et l'emploi interviennent à ces deux niveaux d'activité économique. Elles contribuent à réguler l'emploi. Elles se caractérisent par des convergences ou des divergences qui marquent les rapp<;>rtsentre dimension sociale et dimension économique de l'activité. L'instabilité et les reculs en matière de création d'emploi ont conduit à déplacer les politiques et les relations d'emploi à un niveau intermédiaire ou mésoéconomique. De nouveaux projets et de nouvelles institutions - comme les comités de bassin d'emploi ou les missions locales pour l'emploi - définis en termes d'activité plus que de réglementation du travail et de l'emploi ont ainsi émergé à l'échelle territoriale. Ils ont été accompagnés de nouveaux modèles de mobilisation et de coopération tournés vers le développement économique et social. Et ils ont impliqué la participation de nouveaux agents comme les élus territoriaux ou les associations. La projection des activités à l'échelle de la mondialisation implique non seulement une extension de champ, mais aussi une mise en perspective de multiples critères d'action - économiques, sociaux, politiques et écologiques - en tant que fondements d'un développement durable. Toutes ces dimensions légitiment une approche pluridisciplinaire de l'emploi et de l'activité: sociologique, économique, mais aussi organisationnelle ou gestionnaire, écologique et politique. Une telle pluridisciplinarité est susceptible d'aider à mieux saisir les continuités et les discontinuités entre les normes ou les valeurs que fixent les agents à l'emploi et à l'activité. L'évolution de ces relations ou rapports correspond à une séquence de problématiques qui légitiment le fait de tester l'emploi et l'activité successivement en fonction des trois 17

paradigmes que nous avons déjà évoqués. Ainsi nous aboutissons à un plan en trois parties. La première concerne l'emploi, l'activité et le marché du travail; la seconde, l'emploi, l'activité et le territoire; la troisième, l'emploi, l'activité et le développement durable. Et, c'est plus précisément à propos des normes et des valeurs que nous reviendrons, en conclusion, sur la spécificité d'une sociologie de l'activité économique.

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PARTIE I
EMPLOI, ACTIVITE ET MARCHE DU TRAVAIL
Les recherches qui sont présentées ici forment un
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ensemble cohérent. Elles portent exclusivement sur des emplois
et des activités salariés. Elles concernent un ensemble de données dont les interactions contribuent à dessiner les contours d'un espace de régulation de l'emploi: le marché du travail. Le marché du travail désigne un ensemble complexe de situations, de mouvements et de rapports des agents aux activités. Ces derniers sont inscrits dans une pluralité de règles et de procédures, d'institutions et de systèmes. Ce sont d'abord les règles et les procédures de la gestion de main-d'oeuvre. Ce sont ensuite plusieurs systèmes qui structurent les activités des entreprises comme les systèmes de production, les systèmes d'organisation et de gestion, les systèmes de formation. Ce sont aussi des systèmes qui désignent les activités d'autres institutions que l'entreprise, comme le système éducatif. La définition et l'application des règles et des procédures de la gestion de main d'oeuvre concernent à des degrés divers plusieurs institutions (Etat, entreprises, syndicats, institutions éducatives). Elles suivent des modèles de représentation qui visent à différencier et à hiérarchiser les situations d'emploi et les rapports des agents aux activités. Au delà des particularismes de chaque institution, ils tendent à privilégier un ensemble d'interventions et d'activités - la gestion et l'organisation - dont les modalités d'accès et d'exercice sont sélectives. 19