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Recompositions urbaines et nouveaux espaces de consommation en Algérie

De
284 pages
Les mutations économiques et sociales en Algérie et les bouleversements qui en résultent remettent en question l'organisation des territoires gravitant autour de Constantine. De nouvelles centralités commerciales émergent aux périphéries de la ville ; et dans nombre de villes de l'Est algérien, de nouveaux pôles commerciaux s'imposent. Ces espaces ne sont pas programmés par l'Etat, par le haut, mais surgissent spontanément par le bas. Ils sont les lieux où s'expérimentent des pratiques commerçantes inhabituelles et où se donnent à voir les changements de la société.
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NADIA KERDOUD
Recompositions urbaines et nouveaux espaces de consommation en Algérie
Les dynamiques commerciales aux périphéries des villes de l’Est algérien
Recompositions urbaines et nouveaux espaces de consommation en Algérie
Collection « Socio-anthropologie des mondes méditerranéens » Le but de cette collection, fondée et dirigée par Pierre-Noël Denieuil, est de valoriser et de diffuser les travaux de chercheurs en sciences humaines et sociales, portant sur les territoires méditerranéens : Maghreb, Proche-Orient, rives nord et sud-est de la Méditerranée. La dimension socio-anthropologique est le garant d’une at-tention portée aux populations, à leurs usages, à leurs systèmes de valeurs et au lien social qui structurent un projet de société. Cette perspective peut judicieusement se superposer avec des approches historique, juridique, politologique et économique des mondes concernés. Sur les bases géographiques et disciplinaires ci-dessus décrites, la collection abrite des thématiques aussi variées et complémentaires que : monde rural et agricole ; dynamiques urbaines ; entrepreneuriat et accès à l’emploi ; développement social, sociabilités et solidarités ; politiques publiques et espaces privés ; réformes et réformisme ; socio-anthropologie du droit ; sociologies de la santé ; recompositions de la famille. Ces travaux peuvent être monographiques (axés sur un pays en particulier) ou plus précisément comparatifs (approches croisées sur les sociétés, analyse des inter-dépendances entre les deux rives).
Nadia Kerdoud Recompositions urbaines et nouveaux espaces de consommation en Algérie Les dynamiques commerciales aux périphéries des villes de l’Est algérien
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11122-3 EAN : 9782343111223
PRÉFACE
En 2000, Nadia Kerdoud, dans le déroulement de ses études d’architecture-urbanisme, soutient à l’université de Constantine un magister intituléNouvelles centralités et périphéries spontanées : le cas d’Oued el Skhoun à Guelma, ville de l’Est algérien. Nouvelles centralités, périphéries spontanées : sont dès lors arrêtés les thèmes qui vont inspirer la recherche jusqu’à la soutenance en 2012 à l’Université de Caen d’une thèse de géographie sociale intitulée «Nouvelles centralités commer-ciales périphériques et recompositions territoriales : l’exemple de villes de l’Est algérien». Particulièrement sensible aux formes urbaines et à leurs dimensions économiques et sociales, Nadia Kerdoud met en œuvre une démarche pluridisciplinaire associant architecture, géographie et sociologie. Elle a multiplié les photographies et les relevés minutieux de terrains, les plans d’immeubles, de rues et de quartiers. Elle s’est impliquée dans des enquêtes répétées auprès de commerçants, d’importateurs, de clients des différents types de magasins qui, à partir du milieu des années 1990, ont surgi aux périphéries de Constantine et de petites villes de l’Est algérien. C’est en effet à partir de ces années que la situation intérieure de l’Algérie s’apaise. L’État laisse davantage de champ aux initiatives privées, en particulier dans les domaines de la construction et du commerce. L’amélioration des réseaux routiers et la possession de plus en plus fréquente de l’automobile décuplent les possibilités de déplacements. Les facilités de crédit stimulent les achats. Par les télévisions et Internet, les publicités diffusent des standards inter-nationaux de consommation. Le pays s’ouvre aux échanges mondialisés qu’animent désormais des importateurs de plus en plus nombreux et entreprenants. Le commerce des conteneurs relaie celui des cabas, dont Marseille était depuis des décennies la plaque tournante. Les réseaux d’approvisionnement gagnent l’Italie, l’Allemagne, la Turquie, puis la Chine, directement ou en passant par le centre de gravité de Dubaï, principale ville des Émirats arabes unis. L’Algérie est maintenant connectée à l’économie mondiale. Les commerces des périphéries de Constantine relaient les commerces du centre de la ville. D’anciennes bourgades rurales comme Aïn M’lila, El Eulma ou Aïn Fakroun attirent maintenant des clientèles que les distances ne rebutent plus. Les supérettes, les grands magasins, les “bazars” et les “dubaïs”transforment
les quartiers périphériques. Devenu d’usage populaire, le “dubaï”désigne à la fois la ville de Dubaï promue plaque tournante du commerce international des biens de consommation et, en Algérie, la zone commerciale où transite et s’expose la diversité des biens d’importation, souvent en provenance de Chine. Aux périphéries de Constantine s’imposent ainsi de nouvelles centralités animées par le commerce mondialisé. Dans le même temps s’affirment des villes jusqu’alors de second rang maintenant dynamisées par leurs activités commerciales et leur insertion dans le commerce international des biens de consommation. Jusqu’alors dominée par la métropole constantinoise, l’organisation régionale de l’Est algérien est en cours de mutation voire d’éclatement. Constantine et sa région illustrent ainsi les dynamiques territoriales qui depuis près de vingt ans maintenant recomposent, avec des vigueurs inégales, l’organisation territoriale de l’Algérie. Dans tous les registres urbains s’opposent la «ville par le haut» et la «ville par le bas». Laville par le hautest la ville officielle des grands ensembles des ZHUN (Zones d’Habitat Urbain Nouvelles), planifiés par les pouvoirs publics pour tenter de résorber la crise du logement. La rigidité de l’urbanisme et de l’architecture ne laisse guère de marges aux initiatives privées commerciales. Ouverte physiquement et socialement, laville par le bas, produit d’initiatives privées souvent en marge de la légalité et lieu d’activités qui échappent plus ou moins aux contrôles des services de l’État, est beaucoup plus favorable à la localisation des nouvelles activités commerciales, dont les clientèles proviennent de tous les quartiers de la ville, dont ceux de laville par le haut. Le surgissement souvent spectaculaire de zones commerciales d’intense animation répond, en même temps qu’il y contribue, aux changements en cours de la société algérienne. Le modèle mondialisé de consommation inspire de nouveaux comportements. Le shopping, la flânerie, les déambulations en famille ou entre amis, la fréquentation de restaurants, de cafés, de pizzérias d’un style inédit dessinent un tableau saisissant d’une économie fondée sur la consommation, au détriment possible des activités productives nationales. La classe sociale moyenne, qui est en train de s’étoffer, trouve dans les nou-veaux espaces commerciaux la possibilité de satisfaire ses aspirations à la modernité mondialisée, sans renier pour autant des fidélités aux traditions, par exemple dans l’habillement et l’ameublement. Mais ces nouvelles centralités et les mutations sociales qu’elles accompagnent n’ont-elles pas leur envers, les laissés-pour-compte des catégories
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sociales reléguées dans les habitats les plus précaires, vieux quartiers devenus taudis et bidonvilles des interstices et marges des villes ? Forte des connaissances qu’elle a rassemblées sur les transformations commerciales des villes de Constantine et de sa région, Nadia Kerdoud nous propose donc un tableau des change-ments en cours en Algérie et des bouleversements qui en résultent dans les paysages urbains. Les interventions de l’État et des initiatives privées sont, de fait, complémentaires. À l’État, avec les ressources de la rente pétrolière, dans des contextes politiques de gouvernance fluctuante, les grandes opérations d’urbanisme de laville par le hautet maintenant les premiers programmes de réhabilitation de la ville ancienne. Aux initiatives privées, avec des rapports pour le moins accommodants au droit et à la légalité, les transformations de quartiers jusqu’alors résidentiels ou le surgissement de nouveaux espaces commerciaux. Dans l’improvisation des constructions et la cacophonie des architectures, ces réceptacles offrent aux couches sociales en ascension l’opportunité d’accéder à des modes de consommation qui jusqu’alors étaient le privilège des catégories sociales supérieures. Nadia Kerdoud nous invite donc à revoir des idées reçues sur l’Algérie et la société algérienne. Elle projette de poursuivre l’exploration des pistes de réflexion que suggère son travail.  Robert HÉRIN  Professeur (émérite) de géographie  Université de Caen
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