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Sao Paulo

De
168 pages
La diversité, la pluralité, l'universalité dans la métropole. Un désordre qui révèle une géographie absolument ordonnée. C'est la géographie et l'histoire de Sao Paulo, un rythme espace / temps du Tiers-Monde. Cette exceptionnelle métropole est aujourd'hui un laboratoire vivant pour les urbanistes et urbanologues qui veulent comprendre les métamorphoses de l'espace produit et approprié.
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SAO PAULO
VILLE MONDIALE ET URBANISME FRANÇAIS SOUS LES TROPIQUES

métropoles
sous GÉOGRAJPHIES la direction de

2000
EN L'LBE1t.TÉ

Georges

Benko

Une

nouvelle

série

dans

la collection

GÉOGR.AJPHŒS

EN L'IUR.n

métropoles
Déjà parus:

2000

1. Naples, démythifier la ville C. Vallat, B. Marin et G. Biondi, 1998 2. Sao Paulo, ville mondiale et l'urbanisme français sous les tropiques M. A. De Souza, 1998

SAO
Ville
mondiale et urbanisme

PAULO
français sous les tropiques

Maria

Adélia
Université

Aparecida

de

Souza

de Sao Paulo

et de Campinas

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal, Québec, H2Y IK9 Canada

Pour

Milton

Santos,

une

créature

infatigable...

@ Couverture: Immeuble Copan, Sao Paulo, architecte Oscar Niemeyer, (photo Luis Fernandes, 1989)

@ L'Harmattan, 1998 Paris, France. Tous droits réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, est interdite. Dépôt légal Juillet 1998 ISBN: 2-7384-6410-6 ISSN: 1158-41OX

SOMMAIRE Préface Introduction Partie I La métropole mondiale et le processus de globalisation Chapitre 1 : Métropole et globalisation : la dimension géographique de Sao Paulo Chapitre 2 : Métropole et histoire: pourquoi Sao Paulo Chapitre 3 : L'identité de la métropole: le processus de verticaIisation Partie II Territoire « paulistain » et rêve européen Chapitre 4 : L'édifice, l'architecture et l'histoire Chapitre 5 : La planification urbaine à Sao Paulo: un peu d'histoire Chapitre 6 : Sao Paulo - Une métropole européenne: les filières de la mondialisation Chapitre 7 : Bouvard, ou l'urbanisme français sous les tropiques au début du xxe siècle Partie III Les problèmes de la métropole: les déséquilibres entre la formation socio-spatiale et la densité technique Chapitre 8 : Réseaux techniques et services: des offres inattendues Chapitre 9 : Le quotidien et les espaces de la violence Chapitre 10 : Milieu géographique et citoyenneté: les problèmes de l'environnement
Conclusion Annexe Bibliographie 127 131 139 147 43 65 91 101 107 15 7 9

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153 157 161

PRÉFACE

Qui mieux que Madame Maria Adélia Aparecida de Souza, pouvait parler de Sao Paulo? Militante de toujours pour l'avenir de sa ville, elle y a réalisé une double carrière: elle enseigne depuis de longues années comme professeur à l'Université et occupe des postes à haute responsabilité dans les services de l'aménagement du territoire. C'est donc cette connaissance profonde et profondément réfléchie que nous livre Madame de Souza sur cette cité qui sera peut-être la deuxième métropole mondiale du vingt et unième siècle. En alternant l'usage de données chiffrées et la reconstitution des moments importants de l'évolution de la ville, en particulier grâce à des biographies très bien venues de certains personnages, Madame de Souza nous fait vivre l'irrésistible montée de l'urbanisation qui a fait passer Sao Paulo, en moins d'un siècle, du statut de petite ville coloniale, puis de centre provincial, à celui de première métropole économique du Brésil. On retiendra, en particulier, la très belle étude concernant l'articulation de l'oligarchie terrienne pauliste, les banques étrangères et les urbanistes français dans la production de l'espace urbain durant les années 1890- 1920. Cette analyse précise de la dynamique socio-économique, éclaire et explique la fragmentation de ces espaces, reflet des antagonismes entre les classes sociales dan~ leurs pratiques quotidiennes comme dans les formes d'appropriation. A la « verticalisation » des quartiers de la classe moyenne, produite par la grande promotion foncière immobilière et analysée de façon très précise et très pertinente, s'oppose la « clandestinité» de la ville des pauvres, mal desservie par les systèmes techniques largement réservés à la ville « légale ». Au détour de chacun des chapitres qui décrivent ces phénomènes, Madame de Souza nous fait part des interprétations qu'elle en donne: Sao Paulo lui apparaît comme le reflet le mieux abouti de l'apparition d'une modernité venue de l'extérieur, sans possibilité aucune pour ses habitants de contrôler ni de commander leur propre destin. Métropole
« corporative et fragmentée », c'est la ville du capital -

souvent

étranger - où règne la loi du profit, aux dépens d'une véritable « construction citoyenne ». On glisse ainsi, progressivement, vers une vision plus générale de l'évolution de la société brésilienne face à la globalisation et à la mondialisation. Considérée par l'auteur comme un laboratoire vivant permettant de saisir et comprendre les problèmes urbains des grandes villes, en

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particulier dans les pays caractérisés par la pauvreté du plus grand nombre, la ville de Sao Paulo, telle qu'elle apparaît dans ce livre, nous conduit à réfléchir et à méditer sur tous les grands défis de l'urbanisation contemporaine, ainsi que sur le «modèle civique» proposé en conclusion, comme une piste pour tenter de surmonter les impasses et les drames d'aujourd'hui. Michel Rochefort
Professeur à l'Université de Panthéon-Sorbonne

INTRODUCTION

Sâo Paulo est un monde, un carrefour de peuples qui lui ont apporté leur culture, leur travail, ainsi que son cosmopolitisme, bien que ce dernier reste lié à une modernité incomplète. En effet, on trouve à Sâo. Paulo tout ce qui existe de plus moderne et de plus actuel, mêlé aux manques les plus intolérables. Malgré toutes ses caractéristiques, Sâo Paulo est devenu un laboratoire vivant permettant de saisir et de comprendre l'urbanisation au cours de ce siècle, tout au moins dans les pays pauvres. Il reste évident que ce processus de formation socio-spatiale s'explique de par les caractéristiques de la société brésilienne et le statut donné à la citoyenneté. Le Brésil et surtout Sâo Paulo, ont encore beaucoup à faire dans ce domaine. La caractéristique essentielle de la métropole corporative et de la ville du capital est véritablement de restreindre la construction citoyenne, de rendre sélectif l'espace et d'empêcher toute possibilité de récupération de la mémoire sociale à travers l'espace. Ce qui prévaut dans cette ville corporative c'est la loi du profit. (Santos, 1987: 46). Ville d'intérêts économiques qui annulent la citoyenneté. Dans une vraie démocratie, c'est le modèle économique qui doit se subordonner au modèle civique. Nous devons aller du citoyen vers l'économie et non de l'économie vers le citoyen. (Santos, 1987: 5). La connaissance du territoire et de la culture, sont les composantes essentielles de la construction du modèle civique. Cela présuppose une connaissance très fine de la ville et de.l'eêpace urbain, eux-mêmes résultats territoriaux des rapports sociaux. A Sâo Paulo, l'impossibilité pour la majorité des citoyens de s'approprier de l'espace, d'obtenir les informations et d'accompagner les décisions intéressant la construction de la ville retarde la possibilité de construire le dit« modèle civique ». Ainsi, repenser les métropoles au cours de cette période de notre histoire est fondamental, tant pour la définition de schémas analytiques que pour leur compréhension. Cette modernité a révolutionné la relation espace/temps, impliquant une nouvelle vision de la division sociale et internationale du travail, avec toutes les profondes et sérieuses répercussions sur les formations sociales.

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Pour les sociétés des pays pauvres, ayant toujours vécu l'arrivée de la modernité d'une façon souvent insensée, ces évolutions font déjà partie du contexte. Ces pays, parce qu'ils n'ont pas la possibilité de contrôler ni de commander leur propre destin, s'adaptent, de façon parfois surprenante, aux nouvelles formules socio-économiques. Ainsi, se constituent des processus connus en fait depuis toujours dans ces pays. La métropole en est le produit le plus abouti. Ses contradictions, tout comme ses manques ou ses problèmes, ne sont rien d'autre que le résultat de cette relation permanente et parfois antagonique entre espace et temps. Ce livre tente de réfléchir à tous ces problèmes à partir d'une étude concernant la ville de Sao Paulo. n contient quelques fondements d'une petite théorie de l'urbanisation brésilienne qui prétend aboutir à la compréhension de cette immense métropole contemporaine. En ce sens, il ne s'agira pas d'un livre strictement empirique, en effet, s'il donne beaucoup d'informations sur Sao Paulo, ce qui nous a le plus intéressé, était d'abord de vérifier la consistance de notre théorie puis celle des agents du processus de formation socio-spatiale paulistanal. Afin de valider cette explication, cet ouvrage l'illustre d'une recherche concernant l'influence de l'urbanisme français sur la ville de Sao Paulo. Cela signifie que la compréhension de l'espace devient celle de la société, la forme et le fonctionnement de la ville reflétant, depuis toujours, les options des intérêts hégémoniques sur la ville. Ce livre est divisé en trois parties développant cette réflexion. La première partie, intitulée «La métropole mondiale et le processus de globalisation », est constituée de quatre chapitres: le premier est une réflexion sur la dimension géographique de la globalisation, permettant de comprendre Sao Paulo dans sa modernité. Le deuxième chapitre élargit l'histoire de cette formation socio-spatiale à l'élaboration d'une démonstration quant au rôle de Sao Paulo dans l'étude de l'urbanisation dans les pays pauvres. Le chapitre III met en avant un élément constitutif de l'identité de la ville de Sao Paulo, le processus dit d,e « verticalisation ». Enfin, le chapitre IV présente l'histoire de l'Edifice et de l'Architecture, cela afin de faciliter la compréhension tant du processus de verticalisation, que de l'argument empirique, source de notre théorie - et qui caractérise la réflexion entreprise dans cet ouvrage au sujet de l'urbanisation du Brésil. La deuxième partie, intitulée «Territoire paulistain et rêve européen» est composée de trois chapitres: le chapitre V, qui rapporte l'histoire de la planification urbaine de Sao Paulo, destinée à
1 Paulistana est le mot employé pour désigner tout ce qui concerne la ville de Sao Paulo. Dal)s ce livre, ce mot sera traduit par paulistain. Tandis que le mot pauliste, désigne tout ce qui concerne l'Etat de Sao Paulo.

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accompagner le processus de normalisation technique de la ville et qui explicite les rapports entre les différents projets élaborés pour la ville et celui envisagé avec la France, notamment au début du Xxe siècle l'idée, . par exemple, de nommer Sao Paulo le «Paris des tropiques ». Le chapitre VI est une réflexion à propos des enjeux de.la mondialisation sur l'urbain, une vieille connaissance des pays pauvres. Enfin, le chapitre VII concerne une période qui a été assez importante pour la forme future de la ville, c'est celle du gouvernement d'Antonio Prado et de la contribution .de Joseph Antoine Bouvard, architecte et urbaniste français, à la planification paulistaine. La troisième partie, intitulée « Les problèmes de la métropole: les déséquilibres entre la formation sodo-spatiale et la densité technique» qui, si elle développe la thèse de la ville du capital ou métropole corporative etfragmentée, se veut aussi une réflexion sur les problèmes actuels de Sao Paulo. Ainsi, le chapitre VIIIdéveloppera-t-il une analyse concernant l'infrastructure, les équipements et services collectifs, ainsi que les déficits de la ville. De même, le chapitre IX abordera-t-il les problèmes du quotidien et de la violence, tout en essayant de rendre possible la compréhension d'une ville toujours en pleine mutation. Enfin, le chapitre X développera les questions concernant l'environnement. Ce livre veut également contribuer à la discussion au sujet de ce qui est proposé, aujourd'hui, à toutes les grandes villes de la planète: être presque toutes considérées comme des villes globales ou villes mondiales. Il est absolument indispensable, à cause du sens donné ici à l'espace géographique, de mieux contextualiser ces concepts et, surtout ne pas accepter que la globalisation soit la panacée de toute tentative d'explication du monde contemporain. Heureusement, ce qui fait l'histoire, ce sont encore les hommes, les sociétés et non plus uniquement les marchés, comme le veulent les globalistes. Tout d'abord, il est fondamental de distinguer ce qui est « global », «mondial» et «international ». Certes, les marchandises se mondialisent, fait ancien dans l'histoire de l'humanité. Cependant, ayant de profondes conséquences sur les relations sociospatiales sur toute la planète, la globalisation suppose une maîtrise assez fine de la relation espace/temps. Nous vivons ~ du moins, dans un monde global, grâce à la technique certains d'entre nous permettant le contrôle des marchés, où il n'est pas nécessaire de transporter des marchandises sur tous ces marchés, à l'inverse de la mondialisation. D'autre part, l'international suppose le national, ce dernier étant bouleversé par la globalisation. Le marché global envahit le national; l'international perdant ainsi beaucoup de son propre sens. Ainsi, pour bien comprendre les réalités actuelles ainsi que la métropolisation comme un de leurs aspects les plus importants, il faut d'abord bien définir ces concepts.
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Il est surtout fondamental de distinguer la métaphore et le discours de la réalité. Or, c'est exactement là qu'intervient toute l'importance de l'espace géographique, comme catégorie analytique fondamentale de l'analyse sociale, particulièrement dans le monde de la globalisation. La nécessité d'approfondir la compréhension entre le processus capitaliste, le développement du mode de production capitaliste et la concentration urbaine est indiscutable. Pourtant, cette preuve ne pourra que difficilement être apportée, malgré une étude approfondie du développement du processus métropolitain. Ici s'impose une décision méthodologique, il s'agit de chercher à saisir les éléments signifiants du processus urbain au sein du capitalisme brésilien - et la métropolisation est un de ces signes, une géographie signifiante - et de les expliquer par rapport à leurs formes, processus, contenus, structures, fonctions que rend évident, dans l'espace géographique, la nature même du processus d'accumulation. Il ne s'agit pourtant pas ici du capital et son espace, (Lipietz, 1974), mais du capital/espace, de l'espace social, dans sa contemporanéité... l'espace est vélocité.. est durée et contient la durée.. est matière et contient la matière. (Correa da Silva, 1982: 117) Ce livre est donc le résultat de toutes ces réflexions, mais il est surtout l'aboutissement d'un travail intellectuel quotidien avec quelques collègues, particulièrement avec Milton Santos et mes étudiants du cours de post-graduation du département de Géographie de l'Université de Sfio Paulo. Sans nos travaux, nos discussions, nos thèses et nos séminaires, ce livre n'aurait jamais existé. Il doit aussi beaucoup à l'aide aux recherches, aux financements et aux bourses, accordés par le CNRS - Conseil National de la Recherche Scientifique - et à,la FAPESP - Fondation d'Appui à la Recherche Scientifique de l'Etat de Sfio Paulo. En France, j'ai toujours reçu l'appui de Michel Rochefort, mon professeur, et celui d'Hélène Lamicq ; leur soutien a été capital, lors de la rédaction de cet ouvrage; Je leur en suis très reconnaissante ainsi qu'à Georges Benko et aux Editions L'Harmattan, qui ont accepté de le publier en France. Ce livre est aussi un hommage aux Français qui aiment le Brésil, et ils sont très nombreux... Ils l'ont concrètement démontré, non seulement en étudiant le Brésil et en y voyageant, mais surtout par l'accueil qu'ils ont réservé aux Brésiliens de ma génération, réfugiés en France, aux temps difficiles de la dictature militaire. Ce livre a aussi pu être achevé grâce à l'accueil que m'a réservé la résidence Robert Garric à la Cité Universitaire de Paris. Là, j'ai pu trouver toute la tranquillité et les conditions matérielles nécessaires. Je remercie Madame Marie- Therèse Texeraud, sa directrice, Madame Roselyne Fontaine et Monsieur Julien Chaserant ainsi que tout le

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personnel de la résidence. Et finalement mes remerciements vont vers mes deux lectrices Méline Berthelot et Louise Tourret. J'invite donc, tous ceux qui ne connaissent pas cette immense métropole, à m'accompagner dans les pages qui suivent. Je les prie aussi de m'excuser si, parfois, je sors du contexte scientifique. Finalement, la science n'est pas toujours aussi raisonnable que le veulent beaucoup d'intellectuels, d'académiciens et de scientifiques... La réalité nous touche, elle provoque des émotions et des interprétations... et cela, malgré la raison.