Sciences sociales et marxisme

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EAN13 : 9782296225688
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SCIENCES

SOCIALES ET MARXISME

DU MEMEAUfEUR

Le marxisme en question, Seuil, 1959. La philosophie en question, Denoël, 1960. L'action sur l'homme. cinéma et télévision (en collaboration avec G. CohenSéat). Denoël, 1961. La conscience politique dans la France contemporaine, Denoël. 1963. Contradiction et totalité, Éditions de Minuit, 1964. Modernisation des hommes. L'exemple du Sénégal, Flammarion, 1967. La télévision et l'éducation sociale des femmes, Unesco, 1967. L'art africain et la société sénégalaise (en collaboration avec L.-V. Thomas), Faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar, 1967. Pour une Francefédérale, Denoël, 1968. La révolution freudienne, Denoël, 1970. Où va le Sénégal? Anthropos, 1970. Marx, Freud et la révolution totale, Anthropos, 1972. La révolution prolétarienne et les impasses petites bourgeoisies, Anthropos, 1976. Contre Lévi-Strauss, Lacan et Althusser, Savelli, 1976; nouvelle édition augmentée L'obscurantisme contemporain, Lacan, Lévi-Strauss, Althusser, SPAG-Papyrus, 1983. Sciences sociales et marxisme, Payot, 1979. Les processus sociaux contemporains, Payot, 1980. Un destin planétaire, roman, SPAG-Papyrus, 1982. Les métamorphoses de la crise. Racismes et révolutions au XXe siècle, Hachette-Littérature, 1985. Marx, Que sais-je? P.U.F., 1985. La nation. Essor et déclin des sociétés modernes. Fayard, 1987.

* *

*

PIERRE FOUGEYROLLAS
Professeur de sociologie à l'Université Paris VII SA VOIRS ET IDÉOLOGIE DANS LES SCIENCES SOCIALES

*

SCIENCES SOCIALES ET MARXISME

nouvelle

édition avec un avant-propos

de 1990

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ Harmattan, @ Payot,

1990 1979

ISBN:

2.7384-0849-4

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

9

PREMIÈRE

PARTIE

FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA PENSÉE SOCIOLOGIQUE ET DE LA PENSÉE POLITIQUE MODERNES
CHAPITREPREMIER: Le siècle des Lumières et la théorie de 15 23 34 43 55 67 75

l'homme, de la société et de l'Etat. . . . . . .
II : Saint-Simon, Comte et Spencer: la naissance de la sociologie. . . . . . . . . . . . . . . . . III : Durkheim et la théorie du fait social. . . . IV : Durkheim et la théorie de la religion.
V

VI : Max Weber et le phénomène bureaucratique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
VII

L'héritage durkheimien aujourd'hui. . . . : Max Weber et l' (c esprit du capitalisme I)

: Tocqueville et la naissance de la politologie

DEUXIÈME

PARTIE

PROBLÈMES

ACTUELS

DES

« SCIENCES

SOCIALES

I) 89 98 113

CHAPITREPREMIER: Malinowski et l'école fonctionnaliste II : Lévi-Strauss et l'anthropologie structurale III : Galbraith et la théorie du « nouvel Etat
industriel I)

.

..........................

8
IV V

SOMMAIRE

: L'influence de la psychanalyse sur les .. (' sciences sociales .) : La question de la nature du pouvoir. . . .

VI: Le systémisme en politologie.. . . . . . . . .
VII : Recherches empiriques et théories idéalistes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

122 140 148 156

TROISIÈME

PARTIE

LE MARXISME
CHAPITRE

PREMIER: La lutte des classes et le marxisme. II : La question de l'idéologie et de la science III : La question de l'Etat................

175 197 222 246

IV : Le marxisme et la querelle des
tations
»

(I

interpré-

.............................

AVANT-PROPOS (1990)

Le récent effondrement, en Pologne, en Hongrie, dans l'ancienne Allemagne de l'est et en Tchécoslovaquie, de régimes qui se réclamaient du "marxisme-léninisme ", la liquidation de la dictature de Ceausescu en Roumanie, la mise en question radicale du rôle dirigeant du Parti communiste en Bulgarie, enfin, l'explosion des revendications démocratiques et nationalitaires en U.R.S.S. nous obligent à présenter ce livre autrement que lors de sa première édition, en 1979, tout en maintenant sans modification le texte initial. Nous persistons à penser que la sociologie et les autres disciplinesappelées sciences sociales produisent des connaissances dans lesquelles se trouvent des aspects effectivement scientifiques (méthodes, constats, classifications) et des aspects largement tributaires de l'idéologie (conceptualisations et théories générales ou absence de théorie). Il nous paraît donc important de connaître l'historique de ces sciences sociales qui sont devenues indispensables au fonctionnement des sociétés

contemporaines,et de ne pas être dupes de leurs prétentions scientifiques
qui ne sont pas toujours suffisamment justifiées, comme c'est notamment le cas en sociologie. Dans la première partie de notre ouvrage, nous avons essayé de distinguer ce qui nous semblait scientifique et ce qui nous semblait idéologique chez les" pères fondateurs": les penseurs des Lumières, Saint-Simon, Comte et Spencer ainsi que dans l'École française de sociologie fondée par Durkheim et l'École allemande de sciences sociales

dominéepar la penséede MaxWeber.

.

Dans la seconde partie, nous avons cherché à comprendre et à soumettre à la critique le passage de l'analyse fonctionnelle au fonctionnalisme et le passage de l'analyse structurale au structuralisme, en mettant en exergue l'idéologie immobiliste inhérente à ces démarches.

10

A VANT-PROPOS

Nous restons fidèle à ces analyses de 1979. En revanche, nous avons été suffisamment sensible aux événements qui se sont produits et qui continuent à se produire en Europe centrale et orientale et en U.R.S.S. pour ne plus courir les risques d'une présentation dogmatique ou à tendance dogmatique du marxisme. Certes, les régimes qui se réclamaient du "marxisme-léninisme ", n'étaient pas des applications du marxisme; ils en constituaient. au contraire, de grossières déformations. Il n'en est pas moins vrai que ceux qui continuent à se réclamer du marxisme ont à charge de prouver que, dans leur perspective, on peut aboutir à autre chose qu'aux perversions que nous venons d'évoquer, ainsi qu'aux oppressions, aux répressions et aux désastreux échecs économiques qui les ont accompagnées. Pour nous, le marxisme garde une pertinence scientifique en tant qu'il constitue une contribution à l'analyse de l'économie et de l'État des sociétés modernes, mais nous mettons désormais en doute sa capacité de nous indiquer les voies d'un avenir où l'humanité deviendrait maîtresse d'elle-même. Nous invitons donc nos lecteurs à problématiser les affirmations de notre troisième partie et à admettre, avec nous, que le marxisme comporte, lui-aussi, des aspects scientifiques et des aspects idéologiques, indépendamment même des expériences économiques et politiques qui ont compromis son image. En dépit du caractère scientifique de leurs techniques d'investigation, de leurs méthodes et d'un certain nombre de leurs résultats, ce qui manque aux disciplines appelées sciences sociales ou sciences humaines, c'est une théorisation d'ensemble comparable à celle qui assure la régulation conceptuelle dans les sciences de la nature. Le marxisme a tenté d'être cette théorisation pour les sciences sociales tandis que la psychanalyse essayait d'accomplir la même tâche épistémologique pour les sciences humaines. Ne faut-il pas reconnaître que, dans les deux cas, des dégénérescences dogmatiques l'ont emporté sur les intentions scientifiques ori~inelles ? A la suite de ces échecs, le principal danger qui nous paraît menacer les disciplines intellectuelles en question, c'est l'absence de théorisation, voire le refus, le rejet de la conceptualisation fondamentale. Alors, ne seraient plus produites que des connaissances empiriques dont ne pourrait résulter aucune tentative efficace de maîtrise par les individus de leur participation à la vie de la société à laquelle ils appartiennent. Aussi, rien ne nous semble-t-il plus utile et plus urgent que de travailler à l'élaboration d'une nouvelle pensée. capable d'engendrer la théorie générale des phénomènes humains qui nous fait encore défaut.
4 octobre 1990.

PREMIÈRE

PARTIE

FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA PENSÉE SOCIOLOGIQUE ET DE LA PENSÉE POLITIQUE MODERNES

CHAPITRE

PREMIER

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES ET LA THÉORIE DE L'HOMME, DE LA SOCIÉTÉ ET DE L'ÉTAT
(c sciences sociales .), qui a connu une vogue L'expression croissante depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, désigne des disciplines intellectuelles étudiant les divers aspects de la réalité humaine considérée comme une réalité essentiellement sociale. Il s'agit de la sociologie, de la psychologie sociale et de l'ethnologie ou anthropologie culturelle; il s'agit aussi de l' histoire, de l'économie politique, de la démographie, de la géographie humaine psychologie e). A la différence des sciences mathématiques et des sciences de la nature, les disciplines que nous venons de citer n'ont réussi, pour la plupart, ni à définir suffisamment la spécificité de leur objet, ni à s'articuler d'une manière rigoureuse entre elles. Elles ne permettent, le plus souvent, ni la prévision systématique ni l'intervention délibérée et contrôlée dans les processus qu'elles étudient. Bref, malgré leurs prétentions et les succès remportés dans l'opinion publique, ce ne sont pas des sciences. Les « sciences sociales» sont, en réalité, des mélanges variables de savoirs et d'idéologie. Chacune d'elles a constaté un certain nombre de faits, les a décrits et classifiés; elle a, dans le meilleur des cas, établi des corrélations constantes entre certains aspects de ces faits. Mais aucune n'est parvenue à produire un ensemble d'énoncés systématiquement liés entre eux et systématiquement vérifiables par la pratique qu'ils sont censés exprimer. Il existe donc bien des savoirs économiques, sociologiques,
(') On parle ici d'économie politique plutôt que de . science économique - et de politologie plutôt que de . science politique _, pour éviter le présupposé qu'implique l'emploi du terme de . science _.

e:t de la politologie j il peut s'agir enfin de la linguistique et de la

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LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

historiques, psychologiques, etc., mais il n'existe pas ou pas encore de sciences économique, sociologique, historique, psychologique, etc. Aussi les savoirs produits par les disciplines que nous avons énumérées, demeurent-ils intégrés, faute d'une systématisation scientifique, à des ensembles conceptuels spéculatifs, c'est-à-dire à ce que nous appelons l'idéologie. Pour comprendre ce phénomène, il faut se reporter à l'origine historique des (' sciences sociales 0). Et cette origine, malgré l'ancienneté de certains savoirs historiques, géographiques ou sociologiques, malgré les apports d'un Thucydide, d'un Strabon ou d'un Ibn Khaldoun, se situe au XVIIIe siècle, dans le cadre du (cmouvement des lumières 0). Car, c'est à cette époque qu'en relation avec le développement de la science mathématique de la nature apparaît le besoin d'une science de la réalité humaine que Kant, par exemple, appelle anthropologie. Autrement dit, le développement des mathématiques, de l'astronomie et de la physique, du XVIe au XVIIIe siècle, est inséparable de l'ascension économique sociale et politique de la bourgeoisie, ascension s'opérant sur la base des nouvelles forces productives de cette période et la stimulant. Et cette même bourgeoisie, en lutte contre ce qui reste du système féodal, contre l'Etat monarcho-féodal et contre l'idéologie qui les justifie, cherche à promouvoir une nouvelle représentation globale de l'homme, de la société et de l'Etat. Les (c sciences sociales I) d'aujourd'hui sont nées de cet effort historique de la bourgeoisie montante d'étendre les méthodes de la science mathématique de la nature aux phénomènes humains. On ne peut comprendre les limites dans lesquelles elles demeurent enfermées qu'à partir de l'idéologie du siècle des lumières, c'est-à-dire à partir du cadre conceptuel que le développement historique moderne leur a assigné.

I. L'IDÉOLOGIE DE LA NATURE HUMAINE

Les sociétés de l'antiquité et du moyen âge justifiaient les inégalités sociales, c'est-à-dire l'esclavage, le servage et la distinction entre nobles et roturiers en invoquant la volonté divine. Selon l'idéologie traditionaliste propre à ces sociétés, il existerait, dès la naissance, des inégalités de droit entre les individus et ces inégalités devraient être tenues pour des manifestations de l'ordre divin. Entrant en conflit avec la noblesse et ses privilèges, la bourgeoisie moderne s'en prend à de telles conceptions qui lui

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

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apparaissent comme des préjugés inadmissibles. Déjà) en 1637, Descartes écrit, dans le Discours de la méthode, que (ele bon sens est la chose du monde la mieux partagée ~, ce qui signifie que chacun de nous dispose) à la naissance, d'un même potentiel de pensée abstraite; c'est le bon ou le mauvais usage de ce potentiel et non la nature qui fera, plus tard, de nous des individus plus ou moins intelligents. Le mouvement des lumières développera, cent ans après, cette conception jusqu'à ses extrêmes conséquences. Ainsi Helvétius affirmera dans son traité De l'esprit (1758) et dans son ouvrage posthume De l'homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation (1795) que, à l'exception d'une infIme minorité de cas de pathologie congénitale, tous les individus naissent avec des moyens intellectuels égaux. Il n'y a pas d'hérédité psychologique. C'est seulement l'éducation, au sens large, qui différencie les individus et permet à certains de l'emporter sur d'autres. La nature humaine est la même pour tous les individus. Seule, la société crée entre eux des inégalités comme Rousseau l'avait, pour sa part, déclaré dans son Discours sur l'origine de l'inégalité (1755). A l'idéologie féodale des inégalités de nature résultant du décret divin, la bourgeoisie révolutionnaire oppose donc l'idéologie de la nature humaine égale et bonne en soi, que pervertit une société fondée sur les préjugés de naissance et sur l'obscurantisme religieux. Cette nouvelle idéologie proclame, en même temps, l'égalité naturelle entre les hommes de tous les pays, de tous les continents, c'est-à-dire l'universalité de la nature humaine. Mieux, l'homme de la nature, celui que l'on appelle «(sauvage ~, est considéré par Diderot dans son Supplément au voyage de qui Bougainville comme exemplaire par rapport aux « civilisés
)

sont en fait pervertis par les sociétés injustes dans lesquelles ils vivent et par l'éducation artifIcielle et mensongère qu'ils ont subie. Le projet d'une anthropologie qui ne consiste pas dans l'énumération et la comparaison de traits physiques et qui étudie la diversité des mœurs, des institutions et des croyances dans l'ensemble de l'humanité est précisément fondé, chez les Encyclopédistes et, plus tard, chez Kant et chez Herder, sur la conviction qu'il existe une nature humaine universelle, c'est-à-dire essentiellement une à travers la diversité de ses manifestations, dans l'espace et dans le temps. Pour détruire le mode de production féodal et pour assurer son emprise sur le monde, la bourgeoisie du XVIIIesiècle a besoin de

18

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

dissoudre les anciennes ~ différences .) justifiées par les préjugés nobiliaires et de poser en principes l'identité, l'égalité et l'universalité d'une nature humaine à partir desquelles seront seulement légitimes les différences résultant de l'activité des individus et des mérites acquis dans cette activité. Il s'agit non plus d'être né, au sens nobiliaire du terme, mais de faire fortune. Et il s'agit, à travers la proclamation de l'unité et de l'universalité de l'humain, d'ériger le bourgeois occidental moderne en paradigme de l'humanité, c'est-à-dire en exemple auquel chacun ait, d'une certaine manière, à se conformer.

II. L'IDÉOLOGIE

DE L'INDIVIDU

ET DE LA DÉMOCRATIE

Contrairement à l'idéologie traditionaliste qui se représentait les institutions comme des créations de la divinité, à travers l'œuvre de législateurs providentiels, le mouvement des lumières les considère comme des résultats de l'activité humaine. Dans le Contrat social (1762), Rousseau a beaucoup moins innové qu'on ne le croit généralement. Il a surtout tiré toutes les conséquences logiques de la conception calviniste selon laquelle l'Etat émane non pas de Dieu, mais d'un ensemble de relations entre les individus, comme l'exposait Théodore de Bèze au colloque de Poissy (1561). Cela signifie que, dans l'idéologie bourgeoise dont le protestantisme a été le véhicule historique, l'individu est érigé en réalité humaine fondamentale tandis que la société, à travers les phénomènes institutionnels, n'est qu'une réalité dérivée et seconde. Aristote avait découvert que l'homme était un animal social. Rousseau ne revient pas sur cette acquisition historique de la pensée. Mais il proclame la primauté de l'humain individuel qui est naturel, sur l'humain social qui est un produit des relations interindividuelles et qui relève, quant à sa légitimité, d'un contrat, tacite ou non tacite, générateur de sa réalité. Ainsi l'idéologie bourgeoise, du cogito cartésien au contraCtUalisme rousseauiste, a conféré à l'individu une véritable priorité ontologique par rapport à la vie sociale, singulièrement par rapport aux institutions. C'est là l'expression idéologique, c'est-à-dire inversée, de la situation de l'entrepreneur bourgeois dans le cadre de la concurrence qui l'oppose à ses rivaux pour la conquête du marché. Seule compte, en effet, pour lui, son entreprise individuelle dans la lutte qui l'oppose à celles d'autres individus comme lui. Consommateur dont les motivations seraient sitUées au centre,

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

19

au fondement de la vie économique, citoyen détenant comme tel une part de la souveraineté consubstantielle au corps social, sujet pensant dont les struCtures de conscience seraient constitutives de l'objet de la connaissance, c'est sous ces trois espèces que l'idéologie bourgeoise fait de l'individu le principe et la fin de tous les processus humains. C'est pourquoi la source du pouvoir légitime ne peut résider que dans le consensus émanant de la volonté générale, c'est-à-dire de la communication s'établissant entre les individus conscients à la fois de leur universalité et de leur singularité. Si, comme le dit la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, dans des termes repris du Contrat social, « la souveraineté réside essentiellement dans la nation I), il en résulte qu'il ne saurait y avoir d'Etat légitime que démocratique. Néanmoins, la légitimité de la démocratie n'implique pas nécessairement la possibilité historique de sa réalisation. Rousseau n'a-t-il pas écrit, en manière d'avertissement: (' s'il existait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement ,). L'individu est proclamé origine et fin dernière de l'existence humaine, la démocratie est posée comme idéal suprême: ce sont là des armes dirigées contre l'idéologie féodale et cléricale qui prétend tout subordonner au décret divin et à la tradition. Ce sont aussi les termes d'une nouvelle idéologie à la faveur de laquelle la propriété privée devra être acceptée comme mesure de l'individu dont l'être est identifié à l'avoir, et de la vie politique dont le caraCtère démocratique sera limité par la mise en place d'un parlementarisme censitaire ou, si l'on préfère, d'une démocratie bourgeoise. Rousseau a bien compris que l'instauration de la propriété privée engendrait les inégalités non naturelles mais sociales qui existent parmi les hommes. Mais l'horizon borné de l'idéologie bourgeoise le conduit à accepter, en fait, que cette propriété privée devienne, à la place des privilèges de naissance de type nobiliaire, l'indicateur du degré de réalité effective de l'individu dans la société et le fondement d'une société civile comportant la part de démocratie objectivement réalisable. La dOCtrine économique d'Adam Smith et les conceptions philosophiques des Encyclopédistes montrent qu'en se systématisant l'idéologie de la bourgeoisie montante fait de la propriété privée le commun dénominateur de l'individualisme et du démocratisme. Le siècle des lumières, le mouvement de l'Aufklârung éclairent littéralement ce que Marx appellera, plus tard, l'extrême simplification des rappons sociaux dans le mode de produCtion capitaliste: là où il n'y aura plus ni maître, ni esclave.

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LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

ni baron, ni serf, ni noble, ni roturier, l'être de l'individu sera exactement mesuré par son avoir. Et c'est sur cette « rationalisation .) historique que s'établiront ce que l'on appellera pendant près de deux siècles les « sciences morales et politiques .), c'est-à-dire quelques savoirs partiels intégrés à une systématisation qui ne sera rien d'autre que l'idéologie bourgeoise.

III.

L'IDÉOLOGIE

DE LA RAISON ET DU PROGRÈS

Dans cette perspective, l'histoire cesse d'être une succession d'événements voués à la répétition ou à des processus cycliques. S'appropriant à son usage la conception chrétienne d'une marche de l'Esprit à traVers le devenir humain, la bourgeoisie enfante sa propre idéologie de l'histoire, selon laquelle celle-ci consiste en un combat entre la raison et les forces de l'obscurantisme, combat au cours duquel les victoires successives et inévitables de la raison jalonnent le progrès de l'humanité. De l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, écrit par Condorcet en 1793, aux Leçons sur la philosophie de l'histoire, professées par Hegel entre 1820 et 1830, on assiste à une laïcisation du devenir historique de l'esprit sous la forme d'une conception des progrès de la raison comme progrès de l'humanité. Quoi que fassent les individus, ils sont emportés dans un cours irrésistible de l'histoire à travers lequel la lumière, c'est-à-dire le savoir, ne peut pas ne pas l'emporter, au moins progressivement, sur les ténèbres, c'est-à-dire l'ignorance. En fait, la bourgeoisie métamorphose son combat contre la noblesse, l'Etat monarcho-féodal et l'Eglise en une lutte du Bien contre le Mal, du savoir contre l'ignorance, au point que l'antagonisme entre les principes est idéologiquement présenté comme la source dont découlent les événements concrets. Les disciplines qui, au XIXesiècle, s'attribueront plus que toutes les autres le titre de sciences sociales ,), à savoir la sociologie, la psychologie sociale et l'ethnologie ou anthropologie culturelle, véhiculeront la conception idéaliste, héritée de Condorcet et de Hegel, selon laquelle les progrès du savoir, en déterminant des changements de mentalités, seraient à l'origine des transformations et des bouleversements économiques, sociaux et politiques, propres aux sociétés modernes. La critique des mythes traditionalistes par l'idéologie bourgeoise a suscité des savoirs sociologiques, psycho-sociologiques et ethnologiques tout en les intégrant à une vision idéologique
(I

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

21

proprement moderne, c'est-à-dire spécifiquement bourgeoise, d'après laquelle les progrès des connaissances déterminent les changements dans les conditions matérielles de l'existence sociale. Revenue de son optimisme de jeunesse, la bourgeoisie actuelle développe ses thèmes idéologiques sur un fond de pessimisme de plus en plus accusé, tout en conservant le postulat idéaliste d'une causalité fondamentale des reprèsentations par rapport aux aspects matériels de la vie collective des êtres humains. Toute la dée, encore de nos jours, selon ce schématisme idéologique qui s'est constitué aux alentours de la Révolution française. Ces brèves considérations sur les origines idéologiques des

question dite du (e sous-développement ~ est communément abor-

discipiines s'intitulant aujourd'hui

«

sciences sociales

>I

nous

amènent aux conclusions suivantes: 1. Toute société a produit des savoirs et des savoir-faire plus ou moins liès entre eux; la société capitaliste en gestation, du XVIeau XVIIIesiècle, a produit en outre une activité techno-scientifique dont la.sciencemoderne est l'aspect théorique. 2. La bourgeoisie montante a créé les mathémariques classiques, l'astronomie et la physique mathématiques (Copernic, Galilée, Descartes, Huyghens, Newton, Laplace, Lagrange, etc.), la chimie (Stahl, Lavoisier, Pristley, Lomonossov); elle créera, plus tard, la biologie (Darwin, Claude Bernard, Pasteur, Virchow, Mendel, Morgan, etc.). 3. Marx établit, en 1845, que le critère de la vérité scientifique n'est pas seulement un critère de cohérence interne des énoncés théoriques, ni même un critère de vérificabilité par l'expérimentation et que ce critère réside dans l'unité de la théorie et de la pratique sur la base de la pratique, ce que confirment, au niveau le plus abstrait, les théories des groupes et des ensembles en mathématiques et toute l'épistémologie propre aux sciences de la nature.

4. La question des
parfois des
de la société
(I
I),

(C

sciences sociales *, ou comme on le dit
comme problématique leur soi-disant

sciences humaines " ou des (C sciences de l'homme et
fait apparaître

caractère scientifique; continuatrices du projet anthropologique de l'AufkHirung et dépendantes de l'idéologie inhérente à ce projet, ces disciplines se heunent à l'opacité des rappons sociaUx, des relations humaines internes et externes, qui procède de l'exploitation du travail social dans le mode de production capitaliste. 5. Entre le matérialisme historique qui constate cette opacité à

22

LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

partir de la division de la société en classes et qui en envisage la liquidation à partir de la pratique révolutionnaire de la lutte des

classes, et les

~

sciences sociales

I),

héritières des présuppositions

idéologiques du siècle des lumières et du mouvement de l'Aufklarung, il n'y a pas de conciliation possible, ni sur le plan théorique ni sur le plan méthodologique. Si inconfortable que puisse sembler la position résultant d'un tel constat, elle nous paraît absolument préférable à l'éclectisme régnant qui en cherchant à concilier l'inconciliable compromet les savoirs partiels péniblement acquis et renforce l'emprise de l'idéologie au détriment des intérêts de la science

CHAPITRE

II

SAINT-SIMON, COMTE ET SPENCER: LA NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE

A la veille de la Révolution française, le mouvement des lumières a élaboré, pour l'essentiel, l'idéologie dans laquelle les
(I

sciences sociales.> puiseront

jusqu'à

nos jours les moyens

spéculatifs de coordination de leurs savoirs. Puis, de 1789 à 1815, l'engendrement d'une nouvelle société cesse d'être une question théorique et devient un processus historique mettant aux prises les classes sociales et les peuples de tout le continent européen. La destruction de l'Etat monarcho-féodal, l'avènement de la république bourgeoise et son remplacement par la dictature bonapartiste, enfin l'apparent retour à l'ancien ordre des choses derrière lequel se dissimulent les progrès irrésistibles de la bourgeoisie, stimuleront et même susciteront, durant tout le XIXesiècle, les recherches des historiens et les réflexions de la philosophie sociale. Toutes les disciplines que l'on appelle maintenant (I sciences sociales.) se sont constituées pour répondre aux questions brûlantes posées par le processus historique de la révolution bourgeoise et, à partir de 1848, pour tenter de résoudre le problème né de l'apparition du prolétariat révolutionnaire, voire pour conjurer le « spectre du communisme .>dont Marx et Engels nous disent qu'il hantait dès lors la vieille Europe de Metternich. Or le mouvement des idées qui cherche à sa manière à exprimer le processus historique en cours et qui va des aspirations idéologiques du XVIIIe siècle aux problèmes sociaux du XIXesiècle, se concentre, au temps de Robespierre, de Napoléon et de Metternich, dans l'œuvre étonnamment intuitive et prémonitoire de Saint-Simon. Car cette œuvre apparaît comme ayant été à la fois l'une des sources du socialisme scientifique et, par là, du marxisme et le point de départ de cette discipline qui cherche à

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SAINT-SIMON,

COMTE ET SPENCER:

s'ériger en science de la société et que Comte appellera, la sociologie.

en 1834,

I. SAINT-SIMON ET LA DÉCOUVERTE DE LA

Il

(1760-1825) SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE

>,

Aristocrate prétendant descendre de Charlemagne, capitaine ayant participé à la guerre d'indépendance d'où devait sortir les Etats- Unis d'Amérique, partisan de la Révolution jacobine malgré un séjour en prison sous la Terreur, homme d'affaires à l'époque du Directoire, Saint-Simon se consacre sous le Consulat, l'Empire et la Restauration, à une méditation sur le nouvel ordre social. Par-delà les péripéties politiques dont il est le témoin, SaintSimon découvre que le fondement de la société moderne réside

dans l'industrie:

t'

La société tout entiére repose sur l'industrie.

L'industrie est la seule garantie de son existence, la source unique de toutes les richesses et de routes les prospérités... Selon moi, le but unique où doivent tendre toutes les pensées et tous les efforts, c'est l'organisation la plus favorable à l'industrie, à l'industrie entendue dans le sens le plus général et qui embrasse tous les genres de travaux utiles, la théorie comme l'application, les travaux de l'esprit comme ceux de la main, l'organisation la plus favorable à l'industrie, c'est-àdire un gouvernement où le pouvoir politique n'ait d'action et de force que ce qui est nécessaire pour empêcher que les travaux utiles ne soient troublés, un gouvernement où tout soit ordonné pour que les travailleurs dont la réunion forme la société véritable puissent échanger entre eux directement, et avec une entière liberté, les produits de leurs travaux directs,. un gouvernement tel, enfin, que la société qui seule peut savoir ce qui lui convient, ce qu'elle veut et ce qu'elle préfère, soit aussi l'unique juge du mérite et de l'utilité des travaux,. et, conséquemment, que le producteur n'ait à attendre que du consommateur seul le salaire de son travail, la récompense de son service, quel que soit le nom qu'il lui plaise de choisir ,)(I). Ainsi l'industrie, c'est la production sociale utilisant de plus en plus ces moyens d'action que sont les machines, et impliquant la mise en œuvre des activités intellectuelles comme des activités manuelles. Et à partir de cette découverte qui signifie beaucoup plus que la constatation du rôle essentiel de l'économie dans la société moderne, Saint-Simon porte en lui les principales potentialités théoriques qui sont encore d'actualité.
(') L'industrie. ŒlnJres,vol. XVIII, Anthropos, tome 1, pp. 12-14 et pp. 165168.

LA NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE

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1. Si le producteur n'a à attendre que du consommateur la rémunération de son activité, cela signifie que le libéralisme exprime adéquatement le mécanisme de la nouvelle société. 2. Si la société peut seule savoir ce qui lui convient et surtout si les travailleurs constituent la société véritable, cela veut dire que le socialisme exprime ce vers quoi inexorablement cette société tend., 3. Si l'organisation de l'industrie est le but suprême qu'il convient de s'assigner, cela implique le triomphe à terme du régime des compétences, autrement dit du technocratisme. Bref, Saint-Simon reste à la croisée des chemins entre le libéralisme bourgeois, le socialisme ouvrier et le technocratisme, et c'est bien là que réside son génie intuitif et anticipateur puisque, à la fin du xxe siècle, l'intelligentsia demeure tiraillée entre une résignation à la loi du marché, une aspiration à la révolution sociale et une tentation orientée vers le pouvoir du savOIr. En deçà de ces efforts de prospective, la pensée saintsimonienne reste une réflexion sur la nature de l'ordre social. Durant un millénaire, du ve au xve siècle, cet ordre a comporté la division et la collaboration entre le pouvoir temporel des seigneurs féodaux et le pouvoir spirituel des clercs, c'est-à-dire de l'Eglise La Révolution française, plus nettement et plus radicalement que les révolutions des Pays-Bas, de l'Angleterre et des colonies anglaises d'Amérique, a ruiné ces deux pouvoirs et l'équilibre qui, en régnant entre eux, assurait l'ordre médiéval, Saint-Simon découvre que la classe des industriels a ravi le pouvoir temporel à la classe nobiliaire. Et il est à la recherche d'un pouvoir spirituel capable de jouer par rapport à elle le rôle que celui des clercs a joué par rapport aux barons féodaux. Ce nouveau pouvoir spirituel devra appartenir aux savants: la science devra remplacer la religion. Mais qui seront ces savants? Une minorité d'hommes compétents et responsables de la production industrielle; auquel cas, la société future sera technocratique comme l'ont cru, après le maître, Ferdinand de Lesseps et d'autres grands aventuriers saintsimoniens. Ou la masse des producteurs, c'est-à-dire des créateurs, des gens utiles à l'exclusion des parasites et des privilégiés -; auquel cas, la société future cessant d'être asservie au « gouverne-

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ment des hommes .) parviendra à la maîtrise de l' « administration des choses .) et deviendra socialiste ou, si l'on préfère, une
association libre de libres producteurs. Quoi qu'il en soit de cette alternative non résolue par SaintSimon, le chemin de l'avenir passe, pour lui, par la grande

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SAINT-SIMON,

COMTE ET SPENCER.:

mutation de l'esprit humain dont il s'instaure le témoin et dont il cherche à être un agent conscient. La morale et la philosophie sont des manières de penser liées à l'ancienne société. Il s'agit maintenant, selon ses propres termes, d'instaurer une physiologie sociale qui, à l'instar de la physiologie naturelle de Vicq d'Azir, permette l'étude scientifique du changement social. Cette étude commence par constater que les industriels ont succédé aux barons féodaux dans l'exercice du pouvoir temporel; elle se poursuit par l'ouvertur~ d'une perspective selon laquelle les détenteurs du savoir, les savants, auraient à exercer le nouveau pouvoir spirituel nécessaire à la société moderne. Par-dessus tout, Saint-Simon estime qu'une science spécifique de la société est à créer précisément parce que la société est un être spécifique: «La société n'est point une simple agglomération d'êtres vivants, dont les actions indépendantes de tout but final n'ont d'autre cause que l'arbitraire des volontés individuelles, ni d'autre résultat que des accidents éphémères ou sans importance,. la société, au contraire, est surtout une véritable machine organisée dont toutes les parties contribuent d'une mam'ère différente à la marche de l'ensemble. La réunion des hommes constitue un véritable ETRE dont l'existence est plus ou moins vigoureuse et chancelante, suivant que ses organes s'acquittent plus ou moins régulièrement des fonctions qui leur sont confiées * (Z). A la différence des idéologues individualistes du mouvement des lumières, Saint-Simon découvre la réalité sociale comme totalité, tout en hésitant entre des images mécanistes et des images organicistes relativement à la caractérisation de cette totalité. Il a légué, pour ainsi dire, cette conception nouvelle, d'un côté, à Comte et, à travers lui, à la sociologie universitaire et, de l'autre côté, à Marx et au matérialisme historique. De nos jours, la question pendante entre les «sciences sociales» et le marxisme demeure celle de la nature de la totalité sociale et aucun « expérimentalisme ne permet véritablement d'y échapper.
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II. AUGUSTE COMTE (1798-1857): LA PHYSIQUE SOCIALE ET LA POLITIQUE POSITIVE

Admis à Polytechnique au moment où les Bourbons restaurés ferment l'Ecole considérée par eux comme une pépinière de
(1) De la physiologie appliquée à l'amélioration des institurions sociales. Œuvres, vol. XXXIX, Anthropos, tome 5; cité par P. Ansart, Saint-Simon, P.U.F, 1969. p.123.

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républicains et de bonapartistes, Comte a fait une carrière en marge des institutions officielles. Il s'est efforcé de dépasser le ~ mal du siècle I) propre à sa génération en prenant appui sur sa formation scientifique et sur la science elle-même. Devenu disciple, puis, pendant deux ans, secrétaire de SaintSimon, Comte a hérité des inspirations fondamentales de son maître. Mais, témoin des progrès de l'organisation du prolétariat révolutionnaire et des insurrections ouvrières qui trouvent leur point culminant dans les journées parisiennes de juin 1848, Comte s'est détourné du socialisme pour édifier une construction doctrinale à laquelle il donne le nom de positivisme. Au point de départ du positivisme, on trouve l'idée selon laquelle l'histoire de l'humanité comporte trois grandes périodes: celle de l'ordre traditionnel dont l'ancien régime a été la manifestation dans le cas français, celle de la destruction révolutionnaire des bases et des institutions de ce régime, enfin celle qui commence avec le XIXesiècle et dont le problème central est celui de la construction d'un nouvel ordre social à la fois durable et rationnel. Ainsi le positivisme entend succéder au ~ négativisme I) révolutionnaire sans pour autant chercher à
revenir à l'ancien état des choses irréversiblement détruit. Comte se défend de toute sympathie pour le parti du (. juste milieu I) en vogue au temps de Louis-Philippe parce que les idées de ce parti lui paraissent trop liées au court terme. Son ambition idéologique est plus grande: il veut définir les fondements d'une civilisation qui, comme l'ancienne civilisation médiévale, devra comporter une durée millénaire. Mais, finalement, entre l'ancienne noblesse déchue de ses fonctions de classe dominante et le prolétariat révolutionnaire donnant l'assaut à la société capitaliste, l'idéologie positiviste ne peut rien être d'autre qu'un courant de l'idéologie de la bourgeoisie, comme classe dominante; d'où la crainte éprouvée par Comte de voir rejeter sa doctrine dans le I) louis-philippard. . (. juste milieu Le positivisme se présente historiquement sous la forme d'une théorie générale de la science qui est en même temps une conception générale du devenir de l'esprit humain; c'est là l'objet du Cours de philosophie positive, publié, à Paris, en six volumes, de 1830 à 1842 et qui avait été préalablement exposé devant un public choisi d'hommes de science en quête d'une nouvelle vision globale de la connaissance et de la société. Dans ce Cours, l'auteur énumère six sciences fondamentales dont les autres disciplines scientifiques sont des subdivisions internes ou des applications. Il s'agit des mathématiques, de l'astronomie, de la physique, de la chimie, de la biologie, enfin de

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