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Socio-économie de la mort

De
176 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 286
EAN13 : 9782296262775
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I

I

SOCIO-ÉCONOMIE DE LA MORT
De la prévoyance aux fleurs de cimetière

Collection "Logiques Sociales"
Dirigée par Dominique DESJEUX et Smafn L4ACHER

Dernières parutions :
Gilles Barouch (préface de Michel Crozier), La décision en miettes. Systèmes de pensée et d'action à l'oeuvre dans la gestion des milieux naturels, 1989. Pierre Jean Benghozi, Le cinéma entre l'art et l'argent, 1989. Daniel Bizeul, Civiliser ou bannir? Les nomades dans la société française, 1989. Centre Lyonnais d'Etudes Féministes, Chronique d'une passion. Le Mouvement de Libération des Femmes à Lyon, 1989.

Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat. L'encadrement capitaliste, 1989. D. Allan Michaud, L'avenir de la société alternative, 1989. Christian de Montlibert, Crise économique et conflits sociaux, 1989. Louis Moreau de Bellaing, Sociologie de l'autorité. 1990. Marianne Binst, Du Mandarin au manager hospitalier, 1990. Didier Nordon, L'intellectuel et sa croyance, 1990. Françoise Crézé, Repartir travailler, 1990. Emmanuèle Reynaud, Le pouvoir de dire non, 1991. C. Dourlens, J.P. Galland, J. Theys, P.A. Vidal-Naquet, Conquête de la sécurité, gestion des risques, 1991. Norbert Alter, La gestion du désordre en entreprise, 1991. Christian Miquel et Jocelyne Antoine, Mythologies modernes et micro-informatique. La puce et son dompteur, 1991. Sir Robert Filmer, Patriarcha ou le pouvoir naturel des rois et observations sur Hobbes (sous la direction de Patrick Thierry), 1991. Bruno Péquignot, La relation amoureuse. Etude sur le roman sentimental contemporain, 1991. Didier Martin, Représentations sociales et pratiques quotidiennes, 1991. Henri Boyer, Langues en conflit, 1991. Henri Boyer, Langage en speCtacle. 1991. Françoise Belle, Etre femme et cadre, 1991. Denis Duclos. L 'homme face au risque technique. 1991. Michel Amiot. Les misères du patronnat, 1991. Christian Lalive d'Epinay, Vieillir ou la vie à invemer. 1991.

Annick BARRAU

SOCIO-ÉCONOMIE DE LA MORT
De la prévoyance aux fleurs de cimetière

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan,
ISBN: 2-7384-1251-3

1992

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE: LE « RISQUE» DE MORT ET LE MOURIR

.

11

Chapitre I : Le décès et la prévoyance L'assurance Vie... ............. Un besoin croissant de sécurité.......................... Les ménages souscripteurs .......... La protection sociale .... Les capitaux Décès et les revenus sociaux. ... ., ... ... Les conséquences financières du veuvage avant 60 ans.......................................................... Chapitre II : Le mourir: estimation de coûts La plus grande « entreprise» hospitalière: l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.. ... ... ... ... .. ... Une politique dynamique................................ Les séjours hospitaliers: spécificité et activité...... Les coûts approchés des séjours « terminaux» ........ Les indicateurs d'activité et de coût.................... Les résultats synthétiques.. . ... ... .. .... ... ... ... ... .
DEUXIÈME PARTIE:

17 18 25 31 32 39

53 55 63 68 69 75

DES FUNÉRAILLES

AUX FLEURS DE CIMETIÈRE

Chapitre I : Le « marché» des obsèques Les services funéraires ... 85 Les funérailles et la loi. ... .... . .. ... ... ... ... .. ... ... . 86 L'activité du secteur funéraire 95 Les frais d'obsèques: qu'en est-il exactement? 104 Les dépenses des Français.. ... .. .. . .. .. . .. .. .. .. .. .. . 105

7

Le financement des frais d'obsèques..

.... .. . .. .. .. ... . 114 ... 121 122 141 141 144 153 153 155 162 162 168 175

des défunts La transmission du patrimoine « à cause de mort» Héritages et donations Une histoire de famille Le patrimoine légué Les donateurs et les bénéficiaires Chapitre III : Le culte des tombeaux Les dernières demeures Cimetières et concessions. L'activité des cimetières parisiens Le marbre et les fleurs Caveaux et monuments Les fleurs de la Toussaint CONCLUSION

Chapitre II : Les « dons»

8

LISTE DES TABLEAUX,

GRAPHIQUES

ET CARTES

TABLEAUX
1. Assurances «Décès»: polices individuelles et contrats collectifs en 1988. 2. Capitaux Décès versés de 1980 à 1988. 3. Évolution des dépenses du Fonds National de l'assurance Veuvage (1981-1989). 4. Ensemble des capitaux versés aux veuves à la suite du décès de leur mari selon les caractéristiques personnelles de ce dernier (montant moyen par bénéficiaire). 5. Revenu des veuves, par unité de consommation, aux deux enquêtes successives. 6. Évolution du nombre des admissions directes. 7. Évolution des indicateurs d'activité et de coût en court séjour (1981 ~ 1988). 8. Evolution des indicateurs d'activité et de coût en moyen séjour (1981-1988). 9. Évolution des indicateurs d'activité et de coût en H.A.D. (1981-1988). 10. Importance des séjours « termin~ux » dans le coût total des pathologies (hors long séjour). Evolution 1981-1988. 11. Évolution de l'activité des entreprises de services funéraires au cours de la période 1982-1988. 12. Comparaison de la répartition de la dépense globale liée à la mort en 1982, 1985 et 1988. 13. Répartition moyenne des frais d'obsèques à la charge d'une famille en 1988. 14. Comparaison de la répartition moyenne des frais d'obsèques en 1982, 1985 et 1988. 15. Importance relative de chaque classe dans le total des convois parisiens payants (en %) depuis 1977. 16. Tarifs de quatre convois types pour adulte (Paris, 1990). 17. Évolution du nombre de successions enregistrées (1951-1964 et 1970-1988). 9

18. Évolution du nombre de donations enregistrées (1951-1964, 1970-1988). 19. Évolution de la contribution des droits de succession dans les recettes fiscales. 20. Structure par âge des dispositions des dernières volontés (au 8.4.1983). 21. Évolution des concessions nouvelles de terrains vendues à Paris depuis 1969. 22. Nombre de cases vendues au columbarium du cimetière de l'Est (Paris) depuis 1969. 23. Extrait des tarifs de concessions dans les cimetières de Paris en 1990. 24. Taux de variation du chiffre d'affaires (francs courants) de la marbrerie funéraire. 25. Évolution du chiffre d'affaires (francs constants 1980) de la marbrerie funéraire. 26. Taux d'achat de fleurs de la Toussaint selon les tranches d'âge. 27. Taux d'achat de fleurs de la Toussaint selon la catégorie socio-professionnelle du chef de famille. GRAPHIQUES 1. Nombre de capitaux 2. Evolution des durées séjour « ordinaire» HP). 3. Evolution du nombre 4. Evolution du nombre décès versés de 1970 à 1984. moyennes du séjour « terminal» et du au cour de la période 1981-1988 (APde successions déclarées. de donations enregistrées. CARTE - Les fleurs de la Toussaint. Les variations régionales (évolution 1984/1986);

10

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INTRODUCTION

Si, au cours de ces dernières années, de nombreux auteurs ou chercheurs ont pris la mort comme thème de réflexion ou objet d'étude, il est à remarquer que la dimension économique a été curieusement délaissée. Or, la question est d'importance, tant d'ailleurs par les sommes monétaires mises en jeu que par les décisions auxquelles aboutit (ou peut aboutir) la prise en compte des coûts économiques et ce, dans une société comme la nôtre: société marchande, industrialisée et, désormais, médicalisée. Une grande partie, si ce n'est la totalité de l'activité économique (production, échange, consommation mais, aussi, accumulation, don, destruction, ...) a pour finalité, consciente ou non, de lutter contre la mort; et l'on peut dire, en dernière analyse, que tout acte économique est un acte qui permet de durer et, à ce titre, est de nature néguentropique. Mais la mort a changé dans les sociétés modernes et, en matière d'économie, le sacré a fait place au profane; pourtant la rationalité économique ne peut totalement masquer l'angoisse de la mort I... Alors, des critiques, parfois vives, s'élèvent quant à l'importance des dépenses liées à la mort; d'autant plus qu'en ce domaine les inégalités sont grandes. La mort et l'argent en viennent ainsi à révéler au grand jour leur troublante liaison...

Élaborer une « économique de la mort» dans la société
française d'aujourd'hui, a consisté pour nous à tenter de recenser, de décrire et d'analyser les 'conduites socio1. Cf. P. Lantz, L'arKent, la mort, L'Harmattan, Paris, 1988. 11

économiques s'exerçant à l'occasion de la mort. En pratique, une telle économique se heurte à de nombreuses difficultés: délimitation du champ de l'étude, méthodologie appropriée, existence et disponibilité des informations et statistiques utiles, etc. Sans viser l'exhaustivité, mais en préservant l'essentiel, nous proposerons d'étudier cinq étapes: le « risque» de décès, la situation du mourir, les obsèques, la transmission du patrimoine, le culte des morts: chacun de ces registres représentant une temporalité bien précise où l'acteur principal - si l'on peut s'exprimer ainsi - est, tour à tour: le mortel, le mourant, le décédé, le défunt et le mort. Une fois décrites quantitativement ces opérations économiques liées à la mort, on se posera deux questions: d'une part, les conduites économiques réelles sont-elles ,.conformes aux opinions émises en la matière et, d'autre part, ces conduites sont-elles cohérentes entre elles pour un même groupe social? Une grande enquête à valeur nationale (et la seule de cette ampleur jusqu'à aujourd'hui) a été réalisée, en juin 1979 par l'I.F.o.P. à la demande de la Société de

Thanatologie

2.

Le sondage définit un certain nombre

d'indicateurs privilégiés comme le sexe, l'âge, l'expérience vécue, la situation sociale, la résidence, le niveau culturel, etc., et les résultats permettent finalement de regrouper les Français en «traditionalistes modérés» et «novateurs nuancés », mais aussi de repérer les survivances du passé tout comme l'annonce des transformations inévitables en ce domaine. D'une manière générale, on peut dire que les attitudes les plus traditionnelles se retrouvent à la fois chez ceux qui ont eu personnellement à organiser des funérailles et chez les croyants pratiquants (qui sont, en plus forte proportion, les femmes, les agriculteurs, les plus âgés, les plus pauvres). Ceci mis à part, le facteur qui entraîne les plus grandes disparités est, indiscutablement, l'âge. Si les gens âgés sont bien les plus attachés aux traditions (visites au cimetière avec dépôt de fleurs, désir d'un cercueil en bois dur, assistance aux enterrements posée comme devoir familial, méfiance à l'endroit du prélèvement d'organes,
2. Cf. Les Français edes Morts, enquête I.F.O.P.-E.T.M.A.R., rapport de J. François, octobre 1979. 12

les plus progressistes en la - matière; et c'est en fait la
catégorie suivante des 21-34 ans, plus directement engagés dans l'action et la production, qui se démarque ici comme la plus moderniste: c'est ce groupe d'adultes, plus réalistes, qui croit le moins à l'au-delà, ne demande pas de cercueil en chêne, refuse la pompe, se réjouit de la disparition des convois, regrette le moins l'effacement du deuil, est opposé à montrer sa peine, etc. Ensuite, le second facteur de détermination est celui ayant trait au niveau des ressources. À ce propos, d'ailleurs, il est intéressant de souligner la relation inverse qui a été mise en évidence entre la possession de biens et la place faite à la mort: plus les individus sont aisés moins ils pensent à leur mort, moins ils font de place au sentiment de la mort et, semble+il aussi, moins ils ont de respect pour la mort. On peut alors se demander si 1'« illusion macabre» ne consisterait pas, justement, à voir dans l'accumulation de biens une façon de se protéger de la mort... Et si les sujets aux attitudes les plus avancées sont surtout des adultes incroyants occupant des professions libérales et habitant l'agglomération parisienne, on peut remarquer que les opinions des individus les plus pauvres sont encore plus traditionnelles que celles des plus vieux. Finalement, et en résumé, il est loisible de dire, avec J. Stœtzel qu'« il est peu de cas, dans l'observation psycho-sociale, où les vieilles traditions subsistent aussi fortement et aussi expressément côte à côte avec les idéologies nouvelles» 3.

etc.), il est toutefois à noter que les plus jeunes ne sont pas

3. J. Stœtzel, Les Français et leurs morts, in Bulletin de la Société de Thanatologie, n° 47, Paris, octobre 1980, p. 7. 13

r----

PREMIÈRE PARTIE

LE « RISQUE» DE MORT ET LE MOURIR

Chapitre premier

LE DÉCÈS ET LA PRÉVOYANCE

L'assurance

Vie
»

« Il n'est de richesses que d'hommes.

(J. BODIN)

De façon générale, on sait qu'en droit l'assurance est un contrat par lequel une personne stipule qu'elle sera garantie contre les conséquences préjudiciables d'un événement futur et incertain; en principe, l'assurance ne doit prendre en charge que les conséquences de 1'« accident soudain, imprévisible et extérieur ». Répondant à un besoin de sécurité, ce type de contrat s'est développé à mesure que ce souci se faisait plus pressant sous l'influence des nouvelles conditions de la vie moderne. L'épargne individuelle s'étant vite révéléeinsuffisante en la matière, des entreprises se sont constituées. Celles-ci, fondées sur l'idée de solidarité, ont pour objet de répartir les risques éventuels sur un nombre de participants aussi élevé que possible. Dans ces conditions, si le risque de mort demeure dans l'absolu inévitable, il est néanmoins possible, grâce aux 17