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Spatialité et développement économique à Douala

De
208 pages
En s'insérant dans la mouvance de ce courant d'analyse qui accorde une large incidence de la territorialité aux phénomènes économiques, cet ouvrage tente d'évaluer cette problématique à propos de la ville de Douala. Premier centre économique du Cameroun, Douala est également le principal foyer industriel de la sous région CEMAC. Comment affronter une globalisation qui jour après jour y a installé les conditions objectives d'une dynamique du désordre ?
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Spatialité et développement économique à Douala
entre le hasard et la nécessité

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-04563-7 EAN : 9782296045637

Jean-Roger ESSOMBE EDIMO NYA BONABEBE

Spatialité et développement économique à Douala
entre le hasard et la nécessité

Professeur à l’Université Pierre Mendès-France, Grenoble II

Préface de Claude Courlet

L'Harmattan

Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Jacques CHATUÉ, Basile-Juléat Fouda, 2007. Bernard LABA NZUZI, L’équation congolaise, 2007. Olivier CLAIRAT, L’école de Diawar et l’éducation au Sénégal, 2007. Mwamba TSHIBANGU, Congo-Kinshasa ou la dictature en série, 2007. Honorine NGOU, Mariage et Violence dans la Société Traditionnelle Fang au Gabon, 2007. Raymond Guisso DOGORE, La Côte d’Ivoire : construire le développement durable, 2007. André-Bernard ERGO, L’héritage de la Congolie, 2007. Ignatiana SHONGEDZA, Éducation des femmes en Afrique australe, 2007. Albert M’PAKA, Démocratie et vie politique au CongoBrazzaville, 2007. Jean-Alexis MFOUTOU, Coréférents et synonymes du français au Congo-Brazzaville. Ce que dire veut dire, 2007. Jean-Alexis MFOUTOU, La langue française au CongoBrazzaville, 2007. Mouhamadou Mounirou SY, La protection constitutionnelle des droits fondamentaux en Afrique. L’exemple du Sénégal, 2007. Cheikh Moctar BA, Etude comparative entre les cosmogonies grecques et africaines, 2007. Mohamed Saliou CAMARA, Le pouvoir politique en Guinée sous Sékou Touré, 2007. Pierre SALMON, Nouvelle introduction à l’histoire de l’Afrique, 2007. Pierre KAMDEM, Camerounais en Ile-de-France, 2007. Vincent MULAGO, Théologie africaine et problèmes connexes. Au fil des années (1956 – 1992), 2007. COLLECTIF, L’Afrique, histoire d’une longue errance, Colloque au Lucernaire du 24 et 25 mars 2007, 2007

Etudes Africaines

à Inès Roxane E.
« N’essayez pas d’être meilleure que votre contemporain ou qui que ce soit d’autre. Essayez d’être meilleure que vous-même ».

9

Sommaire
Remerciements .................................................................................. 11 Préface .................................................................................................. 13 Avant-propos ...................................................................................... 15 Introduction........................................................................................ 17 Première Partie : la réhabilitation de l’espace dans le développement économique.
POSITIONNEMENT DU DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL : LA VÉRITÉ PAR LES FAITS .............................. 23

Chapitre 1 :

I.-L’Effectivité des retournements spatiaux............................ 27 II.-Le Cadre d’intelligibilité du développement local ............ 33
LA « NOUVELLE INDUSTRIALISATION » ET SON CHAMP THÉORIQUE...........................................................................47

Chapitre 2 :

I.-Emergence d’une nouvelle industrialisation......................... 47 II.-Les différentes approches industrielles du développement spatial ....................................................................... 52 Conclusion ................................................................................................ 66 Deuxième Partie : le développement territorialisé à Douala
L’EFFECTIVITÉ D’UN DEVELOPPEMENT TERRITORIALISÉ A DOUALA ........................................................... 85

Chapitre 3 :

10
I.- La démarche de la Communauté Urbaine........................... 85 II.- Densification et ancrages territoriaux dans la localisation des unités industrielles ......................................... 99
TERRITORIALITÉ ET NOUVELLES CENTRALITÉS À DOUALA .............................................................. 111

Chapitre 4 :

I.- Fixations spatiales et Dynamique de « maillage » Territorial................................................................................. 111 II.- Les effets de diffusion de la production Doualaise ................................................................................ 122 Conclusion ............................................................................................. 128
Troisième Partie : Et maintenant, quelles perspectives ? Cultiver la dynamique d’aptitude.
S’ADAPTER, UNE IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ .......................... 141

Chapitre 5 :

I.- Montrer l’aptitude à s’adapter ........................................ 141 II.-Les autres facteurs de compétitivité de la ville de Douala................................................................... 152
CONCILIER LES ENJEUX SPATIAUX ET LES OBJECTIFS ÉCONOMIQUES..................................................159

Chapitre 6 :

I.- Améliorer l’offre en infrastructures ou en « foncier » d’entreprises........................................................ 161 II.- Construire une ingénierie locale de développement ...................................................................... 177 Conclusion ...................................................................................... 191 Conclusion Générale ...................................................................... 195

Post-scriptum .................................................................................. 203

Remerciements

Je tiens à remercier Monsieur le Professeur Claude COURLET, Président de l’Université Pierre Mendès France (GRENOBLE II), d’avoir accepté de préfacer cet ouvrage. De même que je voudrais exprimer ma gratitude à l’endroit de la Direction des Affaires Économiques et Financières, du Service de « l’Observatoire Urbain », ainsi qu’à celui de « l’Observatoire de la Statistique et des Études Économiques » de la Communauté Urbaine de Douala, pour leur précieux concours.

Préface
Avec son ouvrage « Spatialité et Développement Economique à Douala : entre le hasard et la nécessité », Jean Roger Essombè Edimo ouvre un vaste chantier concernant l’analyse spatiale en Afrique et son insertion dans la compréhension des processus de développement et, plus particulièrement, à Douala au Cameroun. Il montre en quoi le territoire est une composante majeure du développement et comment en Afrique, il peut s’affirmer comme un acteur essentiel dans le cadre de la globalisation de l’économie. En utilisant à bon escient la littérature récente (approches régulationnistes et ce qu’il dénomme « approches industrielles du développement local »), Jean Roger Essombè Edimo exerce son talent sur le cas de Douala, ville de plus de deux millions d’habitants et véritable poumon économique du Cameroun. La crise économique et l’ajustement structurel des années 90 vont être l’occasion pour les collectivités territoriales de prendre l’initiative du développement. La municipalité de Douala va entreprendre une série d’actions visant l’amélioration de la gouvernance urbaine et la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’animation du développement local : réhabilitation de l’environnement des entreprises, amélioration de la qualité des services et équipements publics locaux, programme d’habitat social, etc.…. Cette stratégie se concrétise par la création d’une agence de développement à Douala et par la mise en place d’un observatoire économique de la ville. Cette « amorce institutionnelle d’une logique de territoire » dans laquelle l’État n’est pas absent, accompagne une densification industrielle particulièrement significative dans les arrondissements périurbains qui concentrent désormais les deux tiers de la population. Alors que le centre se structure autour des sièges du tertiaire (banques et administrations) et du commerce. Ainsi, « la ville donne l’impression de se façonner elle-même ». Sur quelles perspectives débouche cette analyse ? Jean Roger Essombè Edimo y répond en empruntant à l’économie industrielle la notion de dynamique d’aptitude. Appliquée aux territoires cela veut dire que ceux-ci doivent, en permanence,

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travailler au renouvellement de leur avantage concurrentiel c'est-àdire, accroître leur potentiel de création de ressources et de compétences organisationnelles. C’est « le parti pris pour innover en permanence, pour anticiper plutôt que de subir ou de s’adapter de façon passive ». Du point de vue de l’auteur, forte de sa position géographique et portuaire, de sa densité et de son organisation économique, ou encore de sa population jeune, la ville de Douala est bien placée pour jouer de cette dynamique d’aptitude. Mais à « l’âge des cités globales », Douala doit mobiliser tous ses atouts à travers la mise en œuvre d’une véritable stratégie de développement territorialisé. Stratégie que l’auteur structure autour de deux axes : - l’amélioration et l’organisation de l’offre d’infrastructures et du foncier d’entreprises, actions déclinées en sous-espaces de projets industriels et tertiaires, - la construction d’une ingénierie locale du développement, notamment à travers une refonte du rôle de l’agence de développement de la ville. Celle-ci doit devenir un outil au service de la compétitivité du territoire (fonctions de diagnostic, de veille stratégique et de bechmarking) ; elle doit être un acteur de communication et un outil d’accompagnement de l’implantation des entreprises (promotion du territoire, prospection, négociation, accueil des entreprises…). La conclusion générale se veut optimiste. Il n’y a pas de situations figées et la globalisation ne fixe pas durablement les hiérarchies. En comptant sur ses ressources, Douala peut tirer son épingle du jeu ou, comme on dit dans cette ville, « tirer son safou du feu ». Au total ce livre doit être lu par les étudiants, car on y trouve une adaptation subtile des concepts forgés ailleurs à la réalité africaine. Les décideurs locaux doivent de leur côté s’approprier cet ouvrage. Car celui-ci propose des pistes pour mettre en place une capacité réflexive collective, permettant de déterminer la trajectoire de développement de cette ville, et adaptée aux défis de demain.

Professeur. Université Pierre Mendès-France. Grenoble II.

Claude Courlet

Avant-propos
Au moment où je me décide enfin à soumettre ces quelques réflexions à la lecture du grand public je voudrais préciser qu’il s’agit, avant tout, des éléments d’un cours dispensé en la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion, Unité de Formation Doctorale (« Gestion Urbaine »), de l’Université de Yaoundé IISOA (CAMEROUN). Jusqu’à ce jour, j’avais hésité à le présenter tel quel à un public plus large pour diverses raisons : - parce qu’il constituait d’abord pour moi, une étape dans la réflexion sur « l’économie spatiale » en général, et sur la ville de Douala en particulier. À ce titre, il visite des conceptions et apporte des éléments de réponse, sans doute transitoires mais, en tout cas, toujours en mouvement et en construction, - ensuite, parce qu’il est fortement porteur des marques indélébiles de l’enseignement (mais, pouvait-il d’ailleurs en être autrement ?). De ce fait, le style est parfois celui de la parole, avec ses incorrections inévitables et dont une relecture faite a posteriori n’aura permis que l’atténuation, et pas vraiment la suppression complète. On l’aura compris, il s’agit donc avant tout d’une réflexion qui se veut continue et qui, je l’espère aussi, doit contribuer à ouvrir le large sur le vaste chantier qu’est l’analyse de l’économie spatiale et urbaine à Douala. À la suite de l’effondrement des paradigmes traditionnels de l’industrialisation et du développement, les approches et les modèles qui les sous-tendaient ont, partout, montré leurs limites opérationnelles et explicatives. De façon convergente, l’on va assister à l’émergence des différenciations entre espaces infranationaux, tant pour ce qui est de leur dynamisme économique que pour leur faculté d’adaptation aux mutations des marchés (national et international). Ce qui a amplifié le développement d’un pan entier de recherches dont le but est de comprendre et d’appréhender les dynamiques spatiales, urbaines et, même, régionales. Et les résultats, nombreux, de ces investigations tendent aujourd’hui à montrer que le territoire est une composante majeure du développement économique. À mon sens, une telle

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« découverte » a des résonances théoriques lourdes dans l’analyse de l’économie spatiale, bien sûr, mais également en matière de politique industrielle, ou encore d’aménagement urbain. Et mon intuition est que, bien qu’elle soit encore actuellement une « tache blanche » de l’analyse économique, cette direction sera bientôt également centrale dans la réflexion sur le développement en Afrique. C’est aussi ce que, sans aucune autre prétention que celle du chercheur, j’ai voulu voir à partir de la ville de Douala, principal centre économique du Cameroun et, surtout, premier foyer industriel de la sous région CEMAC. Douala, Yaoundé, avril 2007.

Jean-Roger Essombè Edimo Nya Bonabébé.

Introduction

l’économie spatiale (ou ce que nous appelons ici « la spatialité ») continue à être considérée comme une « tache blanche » et peine à gagner un statut d’élément structurel d’analyse ou d’objet économique banal, pour une approche et une pratique positives de développement. L’on considère toujours, notamment dans les milieux académiques, que les problèmes de « l’économie spatiale » (ou du « développement territorial ») sont une problématique qui concerne, avant tout, les pays industrialisés. Or, depuis la fin des années 70/80, l’essoufflement du modèle d’organisation industrielle qu’est le « fordisme » n’a pas épargné les pays africains : qu’il s’agisse de la crise et de l’échec de l’industrialisation par les « éléphants blancs ». Et en convergence avec ceci, la désillusion née de la non-diffusion, espérée, des effets de ces derniers sur leur environnement immédiat. Ou encore, de l’organisation spatiale qui devait en découler et qui concevait pourtant l’espace (ou le territoire) comme un produit des « fonctions ». Et que dire, enfin, de la crise de l’endettement qui en a également résulté et qui reste, aujourd’hui encore pour de nombreux pays, un véritable « fardeau ». Au point que les différentes mesures prises dans le cadre des plans d’ajustement structurels (ou P.A.S.), et dont l’objectif était de créer les conditions permettant le remboursement des dettes contractées, n’ont pu au mieux qu’installer ces pays dans une phase de transition économique sans véritable cohérence interne1*. Partout, l’on aura bien été obligé de constater que l’industrialisation ne pouvait être conçue comme le résultat d’un phénomène centrifuge et exclusivement issu des grands complexes, à savoir les « pôles de croissance »2 et autres « industries industrialisantes »3. Parallèlement pourtant, l’on remarque aussi que les petites entreprises parviennent à se mieux greffer aux réalités socioculturelles et à l’environnement local.
*

E

N AFRIQUE, ET AU CAMEROUN en particulier,

Voir les NOTES en fin de chaque partie de l’Ouvrage.

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Certes, dès les années 90, on observera (en Afrique de l’Ouest en premier) un mouvement de décentralisation. Et des structures comme le « PDM »4 ont été mises en place avec pour mission, dans un premier temps, de faciliter le dialogue entre l’État central et les nouvelles « Collectivités Territoriales Décentralisées » (CTD). Convaincu que le développement de l’économie locale est le point central sur lequel sera jugée la pertinence de l’œuvre de décentralisation, cet organisme va d’ailleurs concevoir un outil de gestion et d’aide à la décision à l’attention des CTD, et que l’on appelle « le modèle ECOLOC »5. D’abord expérimenté dans des pays Ouest africains (Burkina, Mali, Bénin, Côte d’Ivoire,) depuis 1998, son champ d’application est aujourd’hui étendu à certains des pays de l’Afrique Centrale (Congo, Cameroun, notamment). À cet égard, du reste, il semble bien y avoir comme un décalage entre les préoccupations des Collectivités Territoriales Décentralisées africaines, par exemple, et les milieux académiques locaux. Comme en témoigne encore au Cameroun le thème de travail du 3ème colloque des magistrats municipaux et qui portait, précisément, sur « les économies locales »6. Tout ceci pour dire que même en Afrique, il serait parfaitement illusoire de continuer à penser que l’actuelle configuration dominante de l’économie mondiale c’est-à-dire, « la globalisation » accentuée à la fois, par les technologies de l’information et de la communication (ou TIC) et, par une certaine vision du libre-échange identifié comme le traitement miracle des problèmes de développement, aurait complètement mis en sourdine les territoires. Bien au contraire ! Au Nord comme au Sud, les questions posées par les dynamiques territoriales, régionales ou « locales » n’ont jamais été autant criantes. La mondialisation aidant, les territoires « montent en première ligne » et développent, de plus en plus, des stratégies actives de valorisation des ressources génériques ou des actifs spécifiques pour construire leur compétitivité. D’autant que les État-nations dont le rôle était, naguère, de les protéger contre les forces hétéronomes extérieures ou, à tout le moins, de jouer l’interface entre le « local » et le « global », sont devenus plus discrets. En s’insérant dans la mouvance de ce courant d'analyse qui accorde une large incidence de la territorialité aux phénomènes

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économiques, le présent ouvrage tente d’évaluer cette problématique à propos de la ville de Douala. Premier centre économique du Cameroun, la ville est également le principal foyer industriel de la sous région CEMAC7. Avec une population de 2,2 millions d’habitants8, soit un peu moins de 7 % de la population de la même CEMAC, Douala représentait un peu moins de 27,5 % du PIB de cette Communauté Économique sous régionale en 2005. Son produit intérieur brut, au cours de la même période, était ainsi supérieur à celui de la RCA, du Tchad et de la Guinée Équatoriale réunis9. Sur le plan national, avec un peu moins de 11 % de la population du Cameroun, la ville représente : -4,5 % de la superficie de sa Province territoriale et administrative (à savoir la Province du Littoral), et à l’intérieur de laquelle elle concentre, par exemple, 92 % des lignes téléphoniques et les trois-quarts des routes bitumées10. La place de Douala dans la structuration régionale est telle qu’elle exerce son influence sur un périmètre de 25 000 Km2, soit 100 km à la ronde, -66 % des entreprises du pays et près de 60 % des petites et moyennes entreprises du Cameroun, - le plus important centre décisionnel en matière économique du pays : localisation des sièges sociaux de la grande majorité des firmes nationales et même de la plupart des entreprises publiques et multinationales du Cameroun. Plus de la moitié des effectifs industriels du pays dépendent d’une entreprise dont le siège est à Douala. Mais la ville présente aussi une organisation spatiale de la production unique dans la sous région : localisation de la production industrielle dans les arrondissements périphériques (Douala III, IV et, depuis peu, Douala V), et celle des activités de services et du commerce dans ses arrondissements centraux (Douala I et II)11. Enfin, ces derniers abritent également les centres décisionnels des firmes situées en périphérie et avec lesquelles se développent désormais diverses relations intragroupes12. Si l’on considère que le territoire est un moteur du développement, ces différentes caractéristiques peuvent donc aussi être appréhendées comme des facteurs qui permettent d’entreprendre la mise en place d’un « canevas » qui pourrait s’apprécier en terme de réponse, transitoire ou durable, en matière de développement industriel et spatial à Douala. Il en découle bien

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que comme ailleurs, « l’économie spatiale » lance ici aussi de nombreux défis à l’économiste et aux spécialistes des sciences sociales. La ville offre en effet un vaste champ empirique qui donne l’occasion de faire la mesure de l’efficacité de l’état de l’art de ces sciences. L’analyse de la localisation spatiale du « système productif » de Douala, avec le rôle (réel ou diffus) des pouvoirs publics locaux, notamment, est aussi l’occasion de revisiter les principales approches théoriques aujourd’hui largement vulgarisées en terme de « développement local » (et qui étudient les rapports entre industrie et territoires), afin d’en tester le pouvoir explicatif dans le cadre d’un pays comme le Cameroun. Car, le développement naît du partenariat entre des acteurs locaux réunis autour d'un projet et où le territoire, plus qu’un cadre spatial muet, est un véritable support des relations sociales. La première partie de l’ouvrage identifiera d’abord les conditions d’émergence de la variable « territoire » comme élément important du développement économique. Elle présentera rapidement les facteurs déterminants de la crise du « fordisme », dans les années 70/80, et celle de son paradigme sur l’espace. Avant de montrer ensuite la concomitance avec des retournements spatiaux qui, conjugués au dynamisme des petites et moyennes entreprises, ont permis de mettre en évidence une nouvelle industrialisation. Construite sur la base de petites entreprises, celle-ci s’appuie également sur des modalités de coopération localisée de ces firmes et en interaction dynamique avec leur espace d’implantation. La seconde partie se propose de montrer l’effectivité d’un développement territorialisé à Douala. L’analyse est concentrée sur l’action des pouvoirs publics locaux (plus particulièrement avec la sortie de la période de crise économique) et, des acteurs divers comme les entreprises. Notre hypothèse du foisonnement industriel et du développement territorialisé à Douala se fonde sur une double dialectique, à savoir d’une part, qu’il existe des ancrages territoriaux profonds en matière de localisation des entreprises industrielles dans la ville et que, d’autre part (il est vrai depuis peu), l’on note également des dispositifs institutionnels de territorialisation et d’animation de la production qui, de manière générale, sont issus de la panoplie d’instruments aujourd’hui largement utilisés dans le cadre de la pratique du « développement