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Ville habitée, ville fantasmée

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr (1) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-02273-1 EAN : 978-2-296-02273-7 9782296022737

Ville habitée, ville fantasmée

Actes du colloque « La ville dans et hors les murs» organisé par le Centre de Recherches et d'Études sur l'Italie (Université de Haute-Alsace) Mulhouse, 28 et 29 novembre 2003

Textes réunis par

Georges Frédéric Manche

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des 14-16 L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ,

Kônyvesbolt Kossuth Lu.

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

KIN XI - RDC

1053 Budapest

de Kinshasa

Toutes les villes, tous les Etats, tous les royaumes sont mortels; toute chose, ou par nature ou par accident, trouve sa fin et en termine tôt ou tard; c'est pourquoi un citoyen qui assiste à la mort de sa patrie ne peut tant se désoler des malheurs de celle-ci et accuser la fatalité, que se lamenter sur son propre destin, car il n'arrive jamais à sa patrie que ce qui devait de toute façon lui arriver; le vrai malheur est pour lui, qui a trouvé moyen de naître en un temps où devait advenir pareille calamité.

Francesco Guicciardini Souvenirs (CLXXXIX)

Sommaire

Georges Frédéric MANCHE Avant-propos

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Marie-Laure FREYBURGER-GALLAND Quelques réflexions lexicographiques sur le concept de ville en Grèce et à Rome 19 Aude LEHMANN La Ville et les villes d'Italie dans les Satires de Juvénal: approche sociologique et morale Myriam CHOPIN-PAGOTTO Écrire la ville en Italie et en France, à la fin du Moyen Âge

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.61

Michel FEUILLET La fresque des Effets du Bon Gouvernement d'Ambrogio Lorenzetti dans le Palazzo Pubblico de Sienne: une mise en image de la dialectique ville-campagne à la fin du Moyen Âge 79 Marie- Thérèse HABLITZ Vision idéale de deux urbanistes avant la lettre, Leon Battista Alberti et Leonardo da Vinci

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Yann KERDILES L'étrange séduction de Venise: 400 ans d'un mal anglais, de Volpone à The comfort of strangers 109

Pierre-François PINAUD L'administration communale durant le Premier Empire: essai de modélisation entre la France et la Toscane, 1801-1814 123 Richard HOMMES Attirances et rejets: la ville italienne vue par Gœthe

143

Fabrice DE POLI La ville comme symbole du monde et lefort comme couvent, dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati 161 ANNEXE 181

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Avant-propos Georges Frédéric Manche
Le colloque était censé porter sur une définition et une exploitation du thème des limites intérieures de la ville, dans un contexte italien. A première vue la problématique envisagée était donc d'ordre social, se fondant sur des chroniqueurs, Compagni, Villani, ou sur des auteurs comme Boccace, l' Artin, Goldoni, Calvino, Moravia: quelles relations la ville italienne du passé entretenait-elle avec ses marges? Les citoyens s'étant acquittés de leur droit de cité, résidant dans les murs et agissant dans la mouvance du

pouvoir - d'un pouvoir - pouvaient-ils s'identifier à la ville
en tant que seuls occupants légitimes, les autres, résidant hors les murs, artisans des faubourgs, tenanciers, cabaretiers plus ou moins louches, médiateurs, transporteurs, changeurs, usuriers, logeuses, prostituées occasionnelles ou professionnelles, évoluant tous dans une situation floue, en délicatesse avec la loi, dans un statut ambigu, ayant assurément leur fonction propre (où manger, où coucher quand on arrive trop tard et que les portes de la ville sont fermées?) mais ne méritant certes pas le titre de « citoyens» ? Au surplus, la présence de la campagne venait compliquer cette relation incommode, sinon conflictuelle; souvenons-nous du chant du «Paradis» où s'exprime Cacciaguida, l'ancêtre du poète:
Toujours le mélange des populations Fut à la racine des maux de la ville 1 DANTE ALIGHIERI,Divina Commedia, Paradis chant XVI, v. 67-68 : « Sempre la corifusion de le persone

principio lu dei mal de la cittade. »

Et c'est un fait, le voyageur perdu, le paysan apportant ses produits et toutes les puanteurs de la ferme, le bourgeois venant s'encanailler, se rejoignaient dans les faubourgs pour acheter, vendre, se divertir. En arrière-plan se dessinait déjà un raisonnement analogique, sinon allégorique. Dans la ville d'aujourd'hui, existe-t-il une véritable communauté de vie entre la population socialisée, celle qui occupe des fonctions institutionnelles, et la population des marges, celle des quartiers dits «sensibles» où, pour garantir la survie, les trafics louches le disputent aux petits boulots et à l'assistance sociale? Notre monde est-il si différent? RMI? RMA ? On se prend à repenser aux bourgeois de Florence ouvrant largement leurs coffres en cas d'épidémie, afin que l'émeute ne vienne point mettre la sécurité en question, ajoutant à la détresse ambiante. Tel était le projet initial, mais le colloque a tracé sa voie dans une autre logique, a trouvé ailleurs sa cohérence. Rappelons que 13 intervenants étaient réunis, appartenant aux horizons les plus divers: quatre italianistes, un angliciste, un germaniste, un littéraire (moderniste), un musicologue, deux antiquisantes, deux historiens (une médiéviste et un moderniste) ainsi qu'un Inspecteur général des finances. Pouvait-on mettre en concomitance des approches censées être aussi radicalement différentes sur une même question et en tirer des principes généraux? La collaboration interdisciplinaire n'étant pas une fin en soi, il s'agissait moins de juxtaposer des points de vue que de les intégrer les uns aux autres, l'objectif final étant d'inventer une ligne directrice qui permette de donner une légitimité commune à toutes ces perspectives. En vérité la première leçon tirée de cette recherche interdisciplinaire est étonnante. Dans ce colloque, le réalisme 10

ou, pour être plus précis, la mise en évidence et l'analyse d'une réalité objective chez les auteurs ou dans les corpus traités ne constituèrent jamais une priorité. Le colloque fut d'abord un lieu de rencontres et de recoupements autour d'une typologie des représentations de la ville, dont deux types émergèrent: . une ville fantasmée, lieu de mélancolie, de projection de soi, avec des attentes qui, en général, sont déçues . une ville prétendument réelle, mais qui n'apparut jamais que comme un lieu de vie à aménager, à penser, à repenser, à transformer, ou dont il fallait comprendre le fonctionnement afin de le maîtriser. D'une façon ou d'une autre, tout se passa donc au niveau d'une représentation de la ville telle qu'elle aurait dû être, telle qu'on l'aurait voulue, telle qu'on ne la voulait plus. Marie-Laure Freyburger a ainsi exploré les différentes dénominations de la ville chez les Grecs et les Latins: astu, polis, urbs, villaticus, oppidum, explorant les associations, les acquisitions: burg, arx, heim, les dérivés: fors burg, vicus, avec ce que ces appellations ont ou n'ont pas donné dans les langues d'aujourd'hui. Toutes montrent que le concept de ville relevait d'une appartenance identitaire étroitement liée à un phénomène de représentation: il y avait des mots pour nommer la ville en tant qu'agglomération, d'autres pour désigner l'ensemble des citoyens dans une perspective sociale: civitas, politeia ; il y avait la ville où l'on résidait par rapport à celle des autres, et il y avait Athènes ou Rome, par rapport à toutes les autres villes. Dans le prolongement de ce partage entre le géographique et le social, Aude Lehmann montra comment Juvénal, loin de répondre aux critères d'objectivité dont les latinistes 11

I'honorent parfois, décrivait la capitale de l'empire dans une intention satirique relevant d'une logique politique, sinon politicienne. Il s'agissait, non de brosser un tableau réaliste, mais bien de dévaluer une métropole incommode, polluée, corrompue, centre de pouvoir mais lieu de débauche et repaire de brigands, pleine d'insécurité. Juvénal rejette la Rome de son temps. Il déplore l'influence des parvenus, des affranchis, des populations orientales et valorise les aires pas encore contaminées, réservant son enthousiasme aux petites villes de l'Italie centrale où il fait bon vivre, à la campagne sérieuse et laborieuse. L'expression littéraire ou artistique n'a d'ailleurs pas manqué de témoigner un intérêt toujours renouvelé pour la ville en tant que lieu de vie, et plus particulièrement lieu de vie d'une famille. Myriam Chopin recense ainsi en Italie, pour les XIVe et XVe siècles, plus de 500 marchands qui présentent ou représentent à leur manière- la vie urbaine dans des écrits à vocation familiale. Pas d'objectivité à attendre, autre que relative; elle ne semble d'ailleurs pas recherchée en tant que telle: il s'agit bien d'initiatives individuelles. L'écrivain donne autant de renseignements sur les membres de sa famille que sur sa ville, travaillant ainsi à la constitution d'une historiographie qui, tout en se voulant «miroir des choses passées », n'est que l'écho d'une mémoire urbaine d'autant plus sélective qu'elle part bien souvent de l'impuissance d'un individu à exprimer son opinion sur la scène publique. C'est son désir d'implication, pour ne pas dire son besoin d'identification, qui détermine la démarche du marchand. Villes-pourrissoirs ou villes-refuges au regard des choix existentiels? Michel Feuillet nous montre comment la Fresque des effets du bon et du mauvais gouvernement, située 12

dans le Palazzo pubblico de Sienne, révèle une représentation mythique où la ville devient le reflet des options choisies par la communauté. Faire les bons choix revient à construire un monde idéal qui, sous l'autorité rassurante des centres du pouvoir (le Palazzo et la cathédrale), vante un système économique et commercial performant, fondé sur le travail et sur des relations harmonieuses entre la ville et la campagne. En l'occurrence, la juste administration de la ville, c'est la perspective du confort matériel dans un climat de bienveillance et de bonheur. Mise en image de l'autosatisfaction des gouvernants? Certes! Caractère propagandiste de la démarche? Cela va sans dire! Mais en ville ou ailleurs, l'exercice raisonné du pouvoir n'implique-t-il pas l'élaboration d'un modèle de représentation dont il convient ensuite de mettre la réalisation en œuvre? Le penseur ou l'artiste de la Renaissance ne raisonnera pas différemment. Marie-Thérèse Hablitz montre comment, dès le XVe siècle, on commence à rêver la ville, à se la figurer, à se la représenter en termes de cité (civitas) idéale, conçue pour le bonheur et le confort des habitants. La vision d'Alberti en particulier se révèle tout à fait novatrice, aboutissant à un véritable projet de transformation éthique. La ville du Moyen Âge était ressentie comme fermée. L'encerclement des villes ne devra plus constituer un obstacle au bonheur des concitoyens; en dépit des portes et des fortifications, la ville de la Renaissance sera considérée comme ouverte. L'ordonnancement des rues et des places, civiles ou religieuses, la décoration géométrique de la façade des églises, la disposition des boutiques en fonction de l'abondance du public ou des nuisances induites, tout indique au citoyen, comme au visiteur, qu'il se trouve dans un univers d'ordre. Ces étonnants projets impliquent le souci 13

constant de la salubrité; ils incluent jusqu'à des voies souterraines de circulation, à sens unique, et des transports urbains. C'est toute la ville qui est ainsi conçue à l'échelle de l'habitant, comme une vaste demeure; sa structure prend désormais l'homme en compte. Il ne faut pas s'étonner si les Anglais du temps manifestent quelques réticences devant l'étrange séduction des villes italiennes, Ben Jonson donnant le ton dès 1606 avec Volpone, une pièce où l'humanité flirte sans cesse avec l'animalité. L'action se déroule à Venise dans un cercle de marchands et de spéculateurs qui jouent gros pour gagner gros. Yann Kerdilès place la comédie en concomitance avec deux films, le premier, Don 't look now, réalisé en 1973 et le second, The confort of strangers, encore plus proche de nous, datant de 1990. Dans son analyse sémiologique des trois œuvres, il apparaît que les Anglo-Saxons ont fort peu modifié leur manière de voir et de concevoir Venise au cours des quatre siècles écoulés. C'est toujours la ville envoûtante où les gens partent se ressourcer, d'où ils prétendent prendre un nouveau départ, mais c'est encore la ville mystérieuse aux arcanes mortels dont les canaux noient impitoyablement toute crédulité, toute ingénuité, toute pureté, une métropole fascinante, dure, avaleuse, une nécropole qui constituait cependant une étape incontournable pour tout aristocrate bien né durant son« Grand tour ». L'insertion sociale et la formation politique du jeune Anglais de bonne famille passaient donc par la connaissance de la ville des autres. On notera que nombre de représentations centrées sur le gouvernement de la cité et de ses marges sont ainsi légitimées par une démarche prospective; elle anticipe les conditions d'une action politique qu'on prétend exercer au 14

nom du Bien commun. Quels échos ces projets d'avenir trouvent-ils chez les citoyens? Pierre-François Pinaud brosse un rapide tableau des intentions de l'administration impériale au regard de la gestion des villes françaises, avant d'étudier, sans grande complaisance, l'exportation en Italie d'un modèle qui avait été rêvé ailleurs. Si la Révolution avait hésité, s'essayant un temps à une décentralisation qui permettait aux villes de gérer leurs intérêts, l'Empire se détermina pour une administration centralisée des villes, inscrite dans la loi du 28 pluviôse, an VIII; les maires de près de 40.000 communes n'étaient censés opérer que sous l'autorité et le contrôle des préfets. Dans les territoires conquis, l'administration impériale continua de raisonner en fonction d'une image de la commune compatible avec ce qu'était la ville française sous l'Ancien Régime et prétendit imposer son modèle. En Toscane, la formule se heurta à des difficultés dues à des différences structurelles: taille des circonscriptions territoriales, inadéquation des nouvelles charges aux revenus, délimitation des terroirs, différences entre régimes fiscaux, difficulté de recruter préfets et sous-préfets. L'expérience fut de trop courte durée pour savoir si elle était viable et au prix de quels ajustements; en Toscane, ils eurent à coup sûr sanctionné l'écart existant entre la représentation française de la ville et les réalités locales. Les voyageurs de toutes origines auront eux-mêmes leur lot de déconvenues, à croire, comme le déclara l'un des intervenants, que la ville «était en soi un espace de mélancolie ».

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Une nuit de 1786, abandonnant brutalement ses devoirs mondains, Johann Wolfgang Gœthe part pour réaliser un rêve longtemps caressé: découvrir l'Italie. Richard Hommès nous décrit un parcours marqué tant par la violence des impressions que par la versatilité des jugements. Arrivé à Rome, Gœthe est manifestement déconcerté par le contraste entre l'image hiératique suggérée par les ruines antiques et le quotidien d'une population fort éloignée de cette vision sublime. Il préfère la ville éternelle, nocturne, défunte, la capitale des arts et des artistes, et fuit les mœurs du peuple. Une opposition similaire surgit à Venise et Vicence où la grandeur de Palladio se heurte aux préoccupations sordides des habitants. La mélancolie qui sourd de ce monde majestueux n'est pas sans déprimer le voyageur qui trouvera, du moins pour un temps, une expérience roborative dans le Sud, à Naples et en Sicile. Rentré à Weimar, Goethe, ébloui et nostalgique, tentera de recréer dans sa résidence un succédané d'Italie à grand renfort de pièces de musée, de souvenirs et d'échanges épistolaires. Ville-morte, ville mortelle... selon Fabrice De Poli Le désert des Tartares ne fait pas exception à la règle. Dans le roman de Dino Buzzati, la ville symbolise le monde à l'intérieur de la perspective mystique dont se nourrit le protagoniste, un monde qui se focalise sur les affaires, les intrigues, sentimentales ou autres, bref, sur la matière, un lieu décevant qui s'oppose à l'autre monde, celui du désert, des montagnes arides, celui des pierres et du silence, celui de l'attente et de la solitude, celui de la méditation et du devoir. Fabrice De Poli admet l'idée que la ville ait pu perdre tout attrait aux yeux de Giovanni Drogo, dans la mesure où les relations - même solidaires - entre les Hommes ne pouvaient combler son désir de spiritualité. Buzzati paraît ainsi élaborer une relation allégorique entre un fort-monastère placé en 16

alternative à une ville-monde progressivement à s'impliquer.

où le héros renoncerait

Tout au long du colloque, chaque intervenant a ainsi mis en avant, à sa manière, une sorte d'archétype de ville fantasmée autour d'un affectif personnel ou d'un projet social qui en déformait les contours ou en remodelait les perspectives. La première leçon à en tirer, c'est qu'il semble extrêmement difficile, irréaliste même, de prétendre appréhender une ville en dehors d'un contexte qui ne relève pas de l'affectif. La seconde leçon, c'est qu'il existe bien deux villes distinctes, dans les murs et hors les murs. « Dans les murs », aussi bien ou aussi mal qu'on s'y trouve, tout se passe comme si la ville qu'on habite n'était jamais qu'un instrument du quotidien; en tant que telle, elle n'est appréhendée que comme un lieu, un décor, un ensemble de parcours dont on peine à percevoir l'intérêt propre, sinon en termes économiques ou relatifs à la qualité de la vie. Mais sitôt que la ville s'éloigne et qu'on se trouve «hors les murs », elle devient un objet sacralisé dont s'empare notre affectivité; c'est Nietsche qui analyse ce qu'il nomme «le pathos de la distance », distance dans l'espace ou dans le temps. Que se passe-t-il donc en nous? Tous les lieux, toutes les villes ne conviennent pas à cette démarche. Que cherchons-nous donc dans les images des webcams qui, sur tel ou tel site, nous montrent tantôt deux vitrines, tantôt un coin de rue, tantôt une portion de boulevard? La perspective choisie ne présente souvent aucun intérêt en soi; elle n'a aucune chance d'éveiller notre imaginaire, à moins que nous ne connaissions cet endroit, que notre vie se soit écoulée un temps dans ces parages, qu'une part de nous soit demeurée là-bas. Assurément il existe hors les murs une ville passionnante, une ville absente, une ville fantasmée, une ville projetée, une 17

«ville invisible », pour paraphraser Calvino. C'est une ville qui porte le même nom que la vraie et qui se trouve à la même place, mais qui est reconfigurée par les soins de notre mémoire, animée par une magie qui remonte d'un passé où toute chose serait morte si nous n'étions là pour nous en souvenir, ou alors délégitimée et reconstruite au nom de nos idéaux, voire par la souveraine puissance de nos frustrations. Dans cette ville invisible, ce que nous cherchons c'est nousmêmes, ce que nous avons été, et sans doute aussi ce que nous aimerions être. Et nous entendons qu'en retour la ville nous renvoie cette image, qu'elle soit un miroir de nousmêmes, de nos projets, de nos ambitions, de nos amours, de nos regrets, de nos remords. Au regard de notre identité, de notre intimité, la ville qui compte, c'est celle du dehors, impalpable, invisible, fantasmatique, certes, mais pourtant si intensément présente.

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