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VILLE LIBÉRALE OU VILLE DURABLE?

Du même auteur
Au bonheur des villes, l'Aube, 2003

Alain Cluzet

VILLE LIBÉRALE OU VILLE DURABLE?
Répondre à turgence environnementale

L'HARMATTAN

Photo de couverture Alain Schebath

Première édition Éditions de l'Aube, 2007

@ L:HARMATTAN,2010 5-7, ruedel'Ecole-Polytechnique; 75005 Paris
http://www.lihrairieharrnattarLcom diffi.tsion.harmattan@wanadoo.& hannattan1@WdIladoo.& ISBN: 978-2-296-11648-1 EAN : 9782296116481

Préface de la deuxième édition

Qy.'est-cc qui a fondamentalement changé depuis septembre 2008 et l'ouragan que fut la crise des subprimes, dont la déferlante menaçait de submerger non seulement la planète finances mais également de détruire par effet induit des pans entiers de notre économie? Les chefs d'Etat ont certes su se concerter avec les institutions financières et endiguer une bonne part des retombées, évitant ainsi une crise susceptible de dépasser en ampleur celle de 1929. Mais ont-ils réellement pris la mesure des régulations à mettre en place pour éviter que pareilles catastrophes ne se reproduisent, au-delà de déclarations fracassantes et de (rares) sanctions prises à l'encontre de quelques banquiers et traders jetés en pâture à l'opinion? Les villes sont au cœur de la crise systémique car elles sont au centre d'un modèle de développement qui sacrifie les ressources naturelles comme la qualité de vie à un impératif de croissance toujours plus grand, toujours plus consommateur de biens non reproductibles, toujours plus impactant sur le climat. Un modèle de croissance toujours plus déconnecté des besoins de la population comme de la sauvegarde de la planète. Ainsi les villes et zones urbaines consomment 75% de l'énergie mondiale et produisent également 75% des émissions mondiales de gaz à effet de l

serre, selon des analyses largement par-tagées au sein de la communauté scientifique internationale. Mais les villes sont l'objet de fort peu de politiques spécifiques à grande échelle, comme si l'abattement devant l'ampleur de la tâche le disputait au renoncement devant la perte de légitimité de l'action publique face aux tenants du laisser faire. Comme si la théorie du chaos refondateur, théorisé par des architectes de renom tel Rem Koolhaas, servait d'antidépresseur aux plus engagés de nos décideurs. La croissance urbaine anarchique se poursuit à un rythme effréné, par un étalement urbain très dispendieux dans les pays riches, et par la multiplication des bidonvilles dans les pays en développement. Et ce, au détriment des conditions de vie d'aujourd'hui mais surtout de demain quand l'énergie sera rare et chère. Face à cela, les gouvernements prennent fort peu de dispositions concrètes, malgré de grands rendez vous magnifiés, que ce soit le Grenelle en l<ranceou le sommet de Copenhague au niveau mondial.. Or les solutions existent, de nombreux experts en ont identifié, mais trop peu en axant leur focale sur les villes bien qu'eUes accueillent désormais plus de la moitié de l'humanité et sont destinées à accueillir l'immense majorité des 3 milliards de terriens supplémentaires qui nous rejoindront d'ici 2050. L'urbanisation est certes complexe à piloter, du fait de processus largement entremêlés, entre de multiples acteurs dans les domaines du logement, des activités, des transports ou des services. De plus, la lenteur présumée des effets de toute réorientation des politiques publiques dissuade très souvent les meilleures volontés. Mais les solutions existent. Nous en avons rappelé certaines et esquissé d'autres susceptibles de réorienter significativement les modes d'urbanisation et les conditions de vie en ville, y compris à court terme. La taxe carbone, popularisée en France par Nicolas Hulot, est nécessaire. Son développeIl

ment est très prometteur, à condition d'être socialement équitable. Mais beaucoup d'autres initiatives également prometteuses sont largement ignorées. Or, s'il est un constat partagé, à de rares et improbables exceptions dont Claude Allègre en France se veut le porte-drapeau, c'est bien celui de l'urgence d'une gestion durable des villes. Certes des écoquartiers fleurissent ici et là. Mais ils ne peuvent masquer l'anarchie dispendieuse qui domine. TI n'a fallu que quelques mois pour oublier Dongtan, projet chinois d'écoville technologique qui devait illuminer l'exposition de Shangaï de sa modernité et de sa pureté écologique mais qui s'est avéré être un simple produit de communication, malgré des milliers de citations dans la presse mondiale comme dans les colloques les plus sérieux. TI n'a fallu que quelques semaines pour oublier la proposition numéro 91 de jacques Attali délivrée dans son

rapport magnifiquement destinéà « libérerla croissance»,
mais rendu 6 mois seulement avant la crise du tout libéral. . . Cette proposition visait à construire 1. 0
«

écopolis » de toutes pièces, comme si un recyclageur-

bain de nos milliers de villes ne pouvait offrir une vitrine suffisante aux ambitions durables dont il se flattait. Combien de temps résistera le nouveau mirage écologique, la nouvelle utopie urbaine partout magnifiée, qui se trouve à Abou Dhabi et s'appelle Masdar ? Auréolé de l'intervention de Sir Norman Foster, ce projet de ville

nouvellese voit attribué le titre virtuel de « future capitale
mondiale du développement dumble ». Elle devrait théoriquement devenir dès 2016 la première ville zéro carbone, zéro déchet, zéro voiture. Mais ce, au prix d'investissements colossaux que ce riche émirat est loin de pouvoir pérenniser à l'heure où son ambitieux voisin et allié, Dubaï, doit renoncer à nombre de ses projets pharaoniques faute de crédits. III

À Hélène,
à Marina et Adrien

Introduction

Il est coutumier d'associer un siècle à son caractère le plus saillant: le XIxe siècle fut celui de la révolution industrielle, le xxe, celui de l'automobile. Le XXIesiècle qui débute ne sera peut-être pas religieux, comme annoncé par André Malraux, malgré la montée des intégrismes mais le siècle des villes avec une population urbaine mondiale désormais majoritaire, un étalement urbain généralisé sur chaque continent et des désastres écologiques liés pour bonne part au processus d'industrialisation et d'urbanisation entamé depuis deux siècles. Ce nouveau monde urbanisé ne va pas bien: il est confronté à un réchauffement climatique sans précédent qui se traduit par de fréquents cataclysmes, la perturbation des courants marins, une désertification rapide et une disparition accélérée de nombreuses espèces. Car notre mode de développement produit massivement des gaz à effet de serre, épuise les ressources naturelles, détruit les écosystèmes, et fragilise chaque jour davantage l'équilibre de la planète au nom de l'impératif affiché de croissance, déclinée comme une potion magique en tous lieux et en tous domaines. Ce processus s'est fortement accéléré avec la mondialisation des échanges et l'émergence du village global. Les villes, et particulièrement les mégalopoles, sont 5

au cœur du système, au cœur d'un modèle de production hyperconsommateur en biens collectifs: énergie, espaces naturels, eau... Et elles sont le plus souvent synonymes de pollution, de congestion, d'insécurité et de précarité pour les nouvelles populations urbaines, entassées aux périphéries des villes du Sud ou étalées par regroupements affinitaires dans les immenses suburbia pavillonnaires du Nord. Le développement durable, nouveau remède miracle?

Un antidote a été trouvé à tous nos maux urbains: le développement durable, un développement qui «répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures», selon l'expression attribuée en 1987 à Cro Harlem Bruntland, président de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement. Cette formule a pris un caractère magique. Telle la pierre philosophale censée transformer le plomb en or, le développement durable est devenu l'art de conjuguer les extrêmes, le développement et la préservation, la croissance et la qualité de vie, l'enrichissement comme la lutte contre la précarité, sans rien sacrifier de ses trois pâles: une économie florissante, un environnement préservé, une société plus juste. Comment un concept aussi riche, à même de transcender les pires contradictions, aurait-il pu déplaire? De fait, il n'est plus de colloque qui n'aborde, directement ou indirectement, le développement durable. Ce concept est devenu un enjeu pour les discours, la petite musique de fond qui permet de donner un vernis politiquement correct à toute décision quel qu'en soit le champ, fût-elle celle d'un cimentier qui présente ses résultats annuels à l'assemblée des actionnaires ou celle d'un ministre de la Défense pour justifier l'envoi d'un porte-avions en Inde pour son désamiantage, dans un chantier aux normes environnementales 6

improbables. Il n'est pas de projet d'investissement qui ne soit par principe «haute qualité environnementale» (HQ?), de colloque professionnel dont ce ne soit la toile de fond ou de campagne publicitaire qui n'y fasse référence, au risque de vider de son sens une idée généreuse, lessivée par des campagnes publicitaires à répétition et des abus de langage permanents. «Le durable, cette notion fourre-tout, est consommé à toutes les sauces », pouvaiton lire dans la presse à l'occasion d'une récente semaine du développement durable. Non seulement le développement durable est trop souvent utilisé à de seules fins commerciales ou politiciennes mais il est également victime d'une effarante absence de hiérarchie dans ses enjeux comme dans ses projets. Bien souvent, tout relève de la même politique globale sans hiérarchie aucune, quitte à agréer 600 mesures et plus de 700 actions, dans le plan Climat 2004-2012. Dans cette liste à la Prévert: usage du skate en ville comme mode de déplacement, transfert des élèves aux écoles à pied ou à vélo, suppression des sacs en plastique dans les supermarchés, utilisation de lampes à basse consommation, extinction des veilleuses des appareils électriques, fermeture des robinets d'eau quand on se lave les dents... Cela peut faire sourire, au regard des enjeux de sauvegarde de la planète, de l'urgence signifiée par la communauté scientifique, de l'engagement gouvernemental de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre avant 2050, comme de l'épuisement prochain des principales ressources énergétiques, mais c'est par ce seul prisme que la majorité des Français est initiée au développement durable. Dans la société du spectacle décrite par Guy Debord, la représentation prévaut sur la réalité...

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Le développement du développement

urbain au cœur durable

Le développement durable est d'abord une tentative de réforme d'un modèle de développement structuré autour des villes et de leurs échanges, des flux de personnes, de marchandises et de capitaux. La consommation d'espace pour l'urbanisation sans modération ni synergies a un impact direct sur le gaspillage de ressources naturelles comme sur le trafic routier. Or celui-ci est le premier producteur de gaz à effet de serre et sa part est en augmentation très rapide. L'absence de solution facile à mettre en œuvre ne doit plus nous conduire à omettre ces données de base. Il ne servirait à rien d'imposer de nouvelles normes environnementales aux industriels et aux constructeurs si, dans le même temps, des politiques de développement urbain plus économes et moins dépendantes du transport routier n'étaient conduites. Lever le tabou du néolibéralisme Le néolibéralisme, au zénith depuis le début des années 1980, ne doit pas être confondu avec le libéralisme apparu depuis plus de deux siècles. L'un nie toute utilité aux régulations, suspectées de perturber le marché, l'autre reconnaît des limites intrinsèques à la sphère du marché, y compris sous la plume de pères fondateurs comme Adam Smith. Par commodité, nous n'alourdirons pas le propos d'un rappel systématique du caractère novateur et révolutionnaire de ce nouveau libéralisme. Mais le libéralisme est aujourd'hui en situation inédite, en situation quasi monopolistique dans presque tous les pays et domaines d'activité. Douter de sa réussite, écorner son primat absolu confine à l'outrage, à l'hérésie ou plus simplement au manque de sérieux. Or il n'est pas de véritable développement durable sans remise 8

en cause des principes de base de ce nouveau libéralisme, et en particulier le refus de toute régulation, hors celles internes au marché, régulations dont on connaît le caractère pour le moins insuffisant. A défaut de relégitimer les régulations comme nécessaires à l'expression de l'intérêt collectif, le développement durable ne pourra avancer que des solutions cosmétiques, hors d'état de répondre aux enjeux de la planète et en premier lieu à l'urgence climatique. Ce sont les deux postulats de ce texte. Si nous les acceptons comme tels, les nombreuses solutions financières et techniques évoquées ci-après s'imposent d'elles-mêmes. La plupart sont connues, y compris au-delà du cercle des spécialistes, mais très vite oubliées car leur mise en œuvre implique d'opposer des régulations au néolibéralisme triomphant et remettrait en cause notre mode de vie en profondeur. Cela suppose d'appliquer des régulations au champ le plus sensible, celui du développement de l'urbanisation et des déplacements, au carrefour de ce qui fonde aujourd'hui la puissance économique des entreprises et des États comme les premiers attributs de l'homme moderne, sa liberté de s'installer, de se déplacer, de consommer...

1 L'impact du libéralisme sur la croissance urbaine

La croissance infinie comme seul horizon Toute la planète est désormais à construire... La population mondiale augmente de façon rapide et comptera 9 milliards d'individus en 2050, même si un ralentissement devrait s'opérer du fait de moindres taux de fécondité dans les pays en développement. Cette croissance sans précédent est avant tout urbaine. Dès 2025, la population urbaine aura doublé et atteindra 5 milliards d'hommes et de femmes. Le monde connaît ainsi un triple défi: assurer l'autosuffisance alimentaire et les soins de santé, offrir éducation et logements décents, multiplier les emplois selon un rythme très soutenu. Mais la croissance économique, même si elle était au rendez-vous dans la durée, ne masquerait pas un réel danger de surpopulation. Il y a surpopulation quand le milieu ne permet plus de satisfaire les besoins premiers. Or les ressources de la planète sont consciencieusement pillées depuis deux siècles à la suite d'une triple explosion: industrielle, démographique et urbaine. L'explosion urbaine entraîne de multiples nuisances: pollution, congestion, bidonvilles, délinquance et inégalités sociales renforcées. Mais, plus insidieusement

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encore, elle entraîne une rupture des hommes avec leur milieu, dont l'exploitation sans limites devient la règle, alors que les générations passées, composées pour l'essentiel d'agriculteurs, savaient qu'une exploitation excessive une année faisait perdre les récoltes suivantes et qu'une relative harmonie avec l'environnement devait être toujours recherchée. Après avoir passé bonne part de sa vie à étudier les maux de notre planète, le biologiste James Lovelock estime que celle-ci n'est pas en mesure, compte tenu des modes de vie actuels, de répondre aux besoins et d'absorber la pollution produite par 6 milliards d'individus, afortiori 9 milliards, et ne pourrait maintenir un vague équilibre que si elle n'était peuplée que d'un demi-milliard d'humains du type des consommateurs modernes. Aux États-Unis, l'urbanisation progresse à un rythme double de celui de l'évolution de population et la densité de population est en chute libre (-20 % en vingt ans). Des villes comme Phoenix ont connu, en vingt-cinq ans, une extension urbaine trois fois supérieure à la croissance de la population. Son extension n'est plus limitée que par les montagnes, même si cela implique de très longs trajets quotidiens en automobile. Los Angeles gagne régulièrement sur le désert, Washington a connu une perte d'un tiers de sa population au centre mais en a gagné 70 % en périphérie. Au total, la densité moyenne de population des agglomérations a été divisée par quatre aux États-Unis depuis 1920. Le mouvement d'étalement de l'habitat a été suivi par celui des emplois, dans un premier temps des emplois industriels et maintenant des emplois de bureaux et de nombreux services publics ou équipements culturels traditionnellement implantés dans les centres. L'Asie ne comporte que 40 % de population urbaine mais, compte tenu du rythme actuel de développement de 12

ses deux géants, Chine et Inde, il est fort probable que l'urbanisation va continuer à s'y développer au rythme effréné de leur industrialisation actuelle, soit plus de 10 % par an. La Chine notamment, connaît un développement industriel débridé, réalise des infrastructures gigantesques et organise des déplacements majeurs de ses populations agricoles traditionnelles vers de nouvelles métropoles comme les villes de la région du Pearl Delta River, des villes déjà multimillionnaires mais dont la population devrait encore tripler dans les vingt ans. Ainsi la Chine, dont le taux d'urbanisation n'est encore que de 30 %, devrait rapidement rejoindre la moyenne des pays développés, avec un taux prévu de 60 % dès 2020. En Europe, la part de population urbaine, 80 % en moyenne, masque encore de grandes disparités, et des différences extrêmes de densités de population de un à dix entre Irlande et Pays-Bas. Mais ces variations tendent à s'atténuer, chacun des pays européens étant soumis à peu près au même phénomène de concentration en phase d'industrialisation et de déconcentration autour de ses agglomérations une fois le niveau de vie moyen amélioré. De plus, les pays peu peuplés comme l'Irlande consomment sans restriction l'espace, à l'inverse de certains, comme les PaysBas, qui ont appris de longue date à gérer la pénurie. La France ne compte que 8 % de surfaces urbanisées, ce qui en fait un pays où les espaces naturels pourraient apparaître comme préservés mais l'urbanisation se développe à un rythme très rapide, +10 % en dix ans malgré une faible croissance économique, ce qui équivaut à 10000 kilomètres carrés ou encore à deux départements entiers... La surface des terrains artiflcialisés, c'est-à-dire aménagés en voiries, parkings ou bâtiments a même explosé, avec une croissance de près de 40 % en seulement vingt ans. Rien 13

n'indique un éventuel ralentissement ou un simple pallier dans ce processus puissant et continu d'étalement urbain. La banalisation des constructions neuves en périphérie des villes ou au cœur d'espaces naturels, constructions à vocation d'habitation ou d'activité, est acquise, et les modes de vie urbains ont gagné les régions rurales les plus isolées. La déforestation massive de l'Amawnie frappe les esprits mais la consommation annuelle de centaines de milliers d'hectares naturels en France apparaît comme un juste tribut payé au développement. La qualité de l'espace naturel environnant, qui devrait être un frein aux projets, devient le plus souvent le meilleur argument de vente. Beaucoup ont à l'esprit le magnifique golfe de Bonifacio en cours de bétonnage, et menacé de ressembler bientôt à Benidorm où à la Costa Brava espagnole, mais les exemples sont légion. Toujours plus cher, toujours plus rare, à l'instar du pétrole, le foncier urbanisable pour l'habitat n'a en fait jamais autant été gaspillé. Ainsi, après avoir connu une croissance démographique très forte sur un espace concentré durant les trente glorieuses (croissance de la population urbaine de 75 % mais extension seulement de 25 % de la taille des agglomérations), la France a connu, durant les vingt-cinq dernières années, un phénomène exactement inverse (25 % de croissance de population mais extension des agglomérations de 75 %). Et ce mouvement ne fera que s'accélérer dès que la croissance économique reprendra, deux tiers des citadins déclarant régulièrement dans les sondages d'opinion souhaiter migrer hors des villes et la grande majorité préférant habiter un pavillon à l'écart. La population européenne, urbaine pour la plupart, est encore regroupée sur 20 % du territoire. Mais son desserrement, de même que celui des activités, est en marche de façon très rapide et continue, sans que des limites autres que physiques n'apparaissent dans cet univers libéralisé. 14

L'urbanisation continue au service de la croissanceéconomique L'espace à vocation économique est progressivement banalisé, réduit à la place qu'il occupe sur le marché par sa seule valeur vénale. Dans la mondialisation néolibérale, l'espace, naturel ou bâti, n'est que du foncier. Il a perdu toute identité locale spécifique, selon le même processus qui a permis à la culture hors sol de se libérer des caractéristiques propres à chaque terre. C'est un simple support de développement affecté d'une valeur de transaction, valeur minimisée dans le coût global d'installation de l'entreprise afin de ne pas affecter le coût de production final et permettre un amortissement rapide. C'est la variable d'ajustement de l'installation des entreprises, celle au nom de laquelle on efface toute prescription, toute règle collective, afin de retenir ou de développer l'emploi, quand bien même toutes les études démontreraient que la disponibilité foncière est un critère d'installation mineur au regard de l'accessibilité, de la présence d'une main-d'œuvre qualifiée et de services aux entreprises. Dynamisée par la globalisation et la libéralisation des échanges, la concurrence accrue entre territoires renforce les polarisations dans des établissements de production de plus grande taille entourés de leurs sous-traitants, si possible dans des zones à bas coût salarial. Les économies d'échelle ainsi réalisées compensent largement les frais de transport pour relier les clients, d'autant plus qu'ils ne cessent de décroître. Contrairement aux idées reçues, le coût moyen des transports de marchandises a baissé de plus du tiers durant les années 1980, selon des études très officielles. Les processus d'agglomération sont donc de précieux facteurs de croissance économique dans le nouveau marché globalisé, un facteur de productivité servi par la taille du marché de l'emploi mais freiné par la congestion des villes. Dans le même temps, 15