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Art et flux

De
220 pages
Cet ouvrage interroge les articulations problématiques entre art, flux et contemporain, à partir de pratiques artistiques actuelles où interviennent le quotidien, le sociologique et le collectif. Traversé par des flux de toute sorte, le monde contemporain soulève la question de sa représentabilité, alors que les artistes ont, depuis toujours, éprouvé le besoin de se mettre en adéquation avec lui. Comment montrer ce qui sans cesse se meut ? Pourquoi suivre les mouvances du monde ? Et finalement, que peut l'art d'aujourd'hui ?
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Julien Verhaeghe
Art & flux Une esthétique du contemporain
Art & flux Une esthétique du contemporain
CollectionEidosdirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINA Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langageEric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Bernard Lamizet,L'œil qui lit.Introduction à la sémiotique de l'image Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flouFrançois Soulages (dir.),La ville & les artsFrançois Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Série Photographie Philippe Bazin,Face à facesPhilippe Bazin,Photographies & PhotographesCatherine Couanet,Sexualités & Photographie Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanitéMichel Jamet,Photos manquées Michel Jamet,Photos réussies Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écriture Franck Leblanc,L’image numérisée du visagePanayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique Hortense Soichet,Photographie & mobilitéFrançois Soulages (dir.),Photographie & contemporainFrançois Soulages & Julien Verhaeghe (dir.),Photographie, médias & capitalismeMarc Tamisier,Sur la photographie contemporaine Marc Tamisier,Texte, art et photographie. La théorisation de la photographie Christiane Vollaire (dir.), Ecrits sur images. Sur Philippe Bazin Comité scientifique international de lecture Aniko Adam (Univ Pázmány Péter, Piliscsaba, Hongrie), Michel Costantini (Univ Paris 8, France), Pilar Garcia (Univ Bellas Artes de Séville, Espagne), Alberto Olivieri (Univ Fédérale de Bahia, Brésil), Panayotis Papadimitropoulos (Univ d’Ioanina, Grèce), Gilles Rouet (Univ Matej Bel, Banska Bystrica, Slovaquie), Silvia Solas (Univ de La Plata, Argentine), François Soulages (Univ Paris 8, France), Rodrigo Zuniga (Univ du Chili, Santiago, Chili) Publié avec le concours de
Suite des titres de la collection en fin de volume.
Julien Verhaeghe Art & flux
Une esthétique du contemporain
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02486-8 EAN : 9782343024868
Introduction De tout temps, il semble que les artistes aient été motivés par l’idée d’être en adéquation avec le monde. Or si jusqu’à une certaine époque les devenirs humains pouvaient se déployer au terme de conceptions, de savoirs et d’idéologies dévolus à une certaine idée de la représentation – faisant de l’art pictural et mimétique un outil approprié – une notion de contemporain en conteste aussitôt les fondements, privilégiant la fluidité des échanges, la perméabilité des rapports ainsi que l’irréversible éclatement des valeurs. Qu’entendre par cette notion de contemporain ? En quoi permet-elle d'interroger notre époque, dans sa proximité avec le monde des arts ? Un monde changeant continuellement implique un contemporain sans forme ni frontière. Ce dernier décrit donc une fonction variable, un principe, une attitude car, comme l'écrit Giorgio Agamben, le « vrai contemporain » est celui qui ne coïncide ni n'adhère aux prétentions de son temps, et précisément, « par cet écart et cet anachronisme, il est plus apte que les autres à percevoir 1 et à saisir son temps» .Être contemporain, ou plutôt devenir contemporain, suppose une adhésion à son époque, et dans le même temps, sa mise à distance. De là certaines implications: tout l'art contemporain ne serait pas contemporain, car il lui faudrait à la fois laisser retentir 1  GiorgioAgamben,?Qu'est-ce que le contemporain, Paris, Rivages/Petite Bibliothèque, pp. 9-10.
l'époque qui le contextualise et savoir prendre suffisamment de recul pour en être un acteur critique. De même, un art visant à mimer le monde dans sa prétendue exactitude, tel un calque, risque de ne présenter que des effets de surface, empêchant que s’instaure une distance critique propice à l’émergence de ce qui se joue réellement. Penser l’art dans son rapport au contemporain serait, au contraire, lui permettre d’affleurer à des dimensions cachées, souvent subtiles, qui sans cesse se remettent en question. Dès lors, le contemporain n'est-il pas le vecteur conceptuel et méthodologique conférant à l'art sa légitimité, sa pertinence? N'est-ce pas le propre de l'art que d'interroger son époque, justement en adoptant une attitudeinactuelle, celle qui la voit accomplir d'incessants allers et retours entre ce qui compose et définit son temps, et la nécessité d'une émancipation critique ? Le monde est saisi de complexité car il évolue continuellement, selon des directions qui ne cessent de se multiplier. Sa représentation est une gageure, elle pose problème. Si les artistes se doivent d’en rendre les différents contours, comment procéder alors que la réalité ainsi dévoilée s’efface déjà au profit d’une autre ? Que peut-on dire des images figées lorsqu’est stipulé un monde fluctuant? Qu’en est-il, par exemple, du médium photographique, à l’heure où il occupe une place de plus en plus prépondérante dans le milieu de l’art contemporain ? Dans le projet de dresser un portrait du monde, la photographie contemporaine semble en effet se trouver dans une situation indécise, s’attachant à retranscrire par le biais d’images irréductiblement statiques des réalités plurielles. Certaines mécaniques peuvent pourtant être mises en évidence, la multiplicité du réel n’est pas forcément un obstacle, pourvu que la photographie et les arts en général s’affranchissent de la volonté de ne produire qu’un mime mécanique du monde. Se focaliser sur des réalités afférentes tout en demeurant représentatif d’un certain ordre du monde est ce que suggère Paul Ardenne, à travers la figure de l’artiste contemporain « contextuel » dont la première qualité est 2 « son indéfectible relation à la réalité » . En cela, l’artiste contextuel astreint le rôle attribué aux images car il fonctionne «non sur le mode de la représentation, caractéristique de l’artiste dit naguère 2 Paul Ardenne,Un art contextuel, Paris, Flammarion, 2002, pp. 15-16.
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« réaliste »,lequel puise dans le monde qui l’environne les thèmes de créations plastiques dont il fera tout au plus des images, et dont le destin reste pictural. Mais plutôt sur le mode de la coprésence, en vertu cette fois d’une logique d’investissement qui voit l’œuvre d’art 3 directement connectée à un sujet relevant de l’histoire immédiate » . Si le propre de l’art est de donner à voir le monde, d’en révéler les atours puis au final, d’enclencher une lecture opérante et critique, Ardenne a raison d’indiquer que rien n’oblige l’artiste à en imiter la moindre des aspérités. Pour autant, le réalisme pictural que suppose la peinture ou la photographie n'est pas mis sur la touche dès lors qu’est évacuée l'illusoire quête de l'exhaustivité par le biais de l'image. Si les artistes ont le souci de l’adéquation à l’égard de ce monde de flux, certains de ses modes de fonctionnement peuvent effectivement être mis en évidence, quelle que soit la réalité des médiums employés, puisque ce qui importe est l’accompagnement d’une structure dynamique plutôt qu’une volonté de reproduire le mouvement. Ce sont donc des notions de visibilité et de perception du monde qui s’actualisent, tout comme, en effet, ce sont des forces invisibles qu’il faut percer à jour. Ainsi, partant de la prétendue obsolescence de la méthode mimétique, comment les artistes peuvent-ils procéder, eux qui entendent faire écho au monde contemporain? Sur quelles bases s’appuyer afin d’envisager une «esthétique »de l’époque qui est la nôtre ? Enfin, par quels moyens les artistes parviennent-ils à rendre compte d'un monde versatile, animé d'innombrables flux ? Tout se passe finalement comme dans l’art du portrait, soulevant la problématique suivante : est-il possible de réaliser dans un cadre plastique, un portrait, tout en s’affranchissant des codes inhérents à ce type de démarche, c’est-à-dire sans passer par une ressemblance mimétique? À en croire Gilles Deleuze lorsqu’il aborde la peinture de Francis Bacon, le portraitiste a pour objet la mise en évidence de forces invisibles qui, pourtant, sont suffisamment pertinentes pour qu’on y reconnaisse la figure du peintre – Bacon en l’occurrence – tandis qu’aucun trait formel ne permet de se rapporter avec exactitude au visage réel de l’artiste. Dresser un portrait du monde, fût-ce au moyen de la photographie, suppose donc une approche active, mouvante, comme nous le
3 Ibid.
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