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Arthur Danto ou l'art en boîte

De
129 pages
Axé sur une analyse détaillée du rôle assigné à l'interprétation de l'oeuvre d'art, cet ouvrage vise à exposer l'apport d'un penseur qui a alimenté la réflexion et les débats en esthétique des 30 dernières années : Arthur Danto, philosophe et critique d'art américain. En 64, devant "Boîtes Brillo" de Warhol, il s'interroge : en quoi ces reproductions de cartons de produits ménagers sont-elles de l'art ? Pour répondre, il publiera La transfiguration du banal qui vise à expliquer ce qui différencie, ultimement, l'objet d'art de l'objet ordinaire.
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Arthur Danto ou l'art en boîte

Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions Agnès BESSON, Lou Andreas-Salomé, Catherine Pozzi. Deux femmes au miroir de la modernité, 20 I O. Philippe DEVIENNE, Penser l'animal autrement, 2010. Claire LE BRUN-GOUANVIC, Suite de l'admonition fraternelle à Maresisus de Jan Amos Comenius. Traduction française annotée de Continuatio fraternae admonitionis comenii ad maresium, 2010. Michèle AUMONT, Dieu à volonté: ultime confidence d'Ignace de Loyola dans le Récit, 2009. Jean-Louis BISCHOFF, Les spécificités de l'humanisme pascalien, 20 I O. Cécile VOISSET-VEYSSEYRE, Des amazones et des femmes, 2010. Nathalie GENDROT, L'autobiographie Casanova et Kierkegaard, 2009. Louis-José LESTOCART, esthétique, 2010. Salvatore GRANDONE, sens,2009. et le mythe chez

L'intelligible

connaissance du non-

Mallarmé.

Phénoménologie

Jean REAIDY, Michel Henry, la passion de naître. Méditations phénoménologiques sur la naissance, 2009. Dominique 2009. NDEH, Dieu et le savoir selon Schleiermacher,

Mélissa ThériauIt

Arthur Danto ou l'art en boîte

1t/ L Hf.arnlattan
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@ L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-11410-4 E~:9782296114104

REMERCIEMENTS

MENER À BIEN la publication de son premier livre est une tâche aussi excitante qu'éprouvante... surtout pour l'entourage de l' auteure! J'aimerais par conséquent remercier les nombreuses personnes qui m'ont appuyée tout au long de ce processus. Ma reconnaissance va d'abord à Steve Martin et à Simone Pelletier pour la révision linguistique. Merci également aux nombreuses personnes ont contribué à ce projet par le biais de leurs conseils et mots d'encouragement, ainsi qu'à celles qui ont bien voulu partager leur expérience et leur savoir pour que je puisse arriver au meilleur résultat possible. Je tenterai ici une liste non exhaustive: Christian, David, Geneviève, Luc, Marie-Noëlle, Mariève, Natacha, Nigel, Sophie, Steve, Steve, Steve, Suzanne. Merci à « mes» familles (celle qui est 100% bio et celle qui s'est génétiquement modifiée à partir de ces années passées à l'UQAM!).

INTRODUCTION Quand l'art nous met en boîte... ou presque!

SOYEZ HONNÊTE, la situation suivante vous est probablement déjà arrivée: vous êtes dans un musée ou une galerie, vous arrivez face à un objet qui n'a rien de beau, rien de spécial. L'incompréhension vous submerge, vous vous laissez aller à une pointe d'exaspération et vous vous dites: « C'est de l'art, ça?! » Ça y est: vous êtes tombé dans le piège tendu par l'artiste. Même le spécialiste ou le connaisseur aura, un jour ou l'autre, cette réaction tout à fait normale. L'éclatement des règles de la production de l'art déstabilise notre rapport aux oeuvres depuis que des objets ordinaires sont extirpés de leur banal contexte d'usage pour être exposés, scrutés et détournés de leur vocation première. Il est donc parfaitement légitime de se demander parfois - comme nous le faisons tous - ce qu'ils font là. Le philosophe Arthur C. Danto s'est posé la même question en 1964 à la Stable Gallery devant une œuvre d'Andy Warhol, les célèbres Boîtes Brillo. La réponse à cette question a mené à la publication d'un ouvrage qui a marqué la philosophie de l'art du vingtième siècle, The Transfiguration of the Commonplace, traduit en français en 1989 sous le titre La transfiguration du banal.

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Les bouleversements dans la pratique artistique du vingtième siècle sont apparus comme autant de défis lancés aux philosophes puisqu'ils ont forcé ceux-ci à revoir de fond en comble leur compréhension des phénomènes artistiques. Ces changements les ont amenés à conclure que la réflexion sur l'art devait être affranchie de plusieurs présupposés - voire des dogmes - hérités de l'esthétique philosophique classique afin d'en finir avec cet assujettissement philosophique de l'art. Plusieurs auteurs se sont donc efforcés de repenser l'art en se dégageant des assises classiques dans lesquelles il était historiquement inscrit (notamment à travers les concepts d'idée de beau, de goût, de génie). Parmi ces derniers, on trouve Arthur C. Danto. Né aux États-Unis en 1924, il étudie les arts et la peinture avant de se tourner vers la philosophie. Ses premiers travaux portent sur l'œuvre de Hegel, dont l'influence le suivra tout au long de sa carrière. Pourtant, c'est un commentaire critique de Wittgenstein à propos du penseur allemand qui évoque le mieux la quête intellectuelle que Danto poursuivra pendant des décennies: « Il me semble que Hegel veut toujours nous montrer que les choses qui ont l'air différentes sont en fait identiques, alors que ce qui m'intéresse, c'est de montrer que des choses qui ont l'air identiques sont en fait différentes» I. On ne saurait donc sous-estimer son influence dans le renouveau de la réflexion en esthétique et en philosophie de l'art: le penseur américain s'est employé à donner un grand coup de balai dans les idées préconçues au propre comme au figuré puisqu'il l'a fait à l'aide... de boîtes de produits ménagers2. C'est bel et bien «avec Brilla» (en référence aux célèbres reproductions de boîtes d'un produit nettoyant exposées en 1964 par Andy Warhol) qu'il met en évidence certaines erreurs fréquentes dans les discussions sur l'art et propose de jeter un regard neuf sur la question. Le projet philosophique de Danto consistera donc à montrer quelle est la différence entre l'œuvre d'art et l'objet ordinaire. Bien qu'elles soient identiques à l'œil nu, il y a quelque chose qui différencie la boîte de Brilla de Warhol de celle qu'on trouve au supermarché et c'est à partir de cette

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Rapporté dans (Danto, 2000, p. 79). Le titre de cet ouvrage a bien sûr été emprunté à l'excellent article de Richard Shusterman dont on trouvera la référence complète en bibliographie.

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interrogation que cet auteur prolifique fera, dès les années soixante, sa marque dans les milieux intellectuels et artistiques. Sa réflexion philosophique est nourrie par son intérêt pour les arts visuels, sa pratique artistique ainsi que son expérience en tant que critique d'art pour le périodique The Nation; un demi-siècle de bouleversements dans le monde artistique et philosophique nous est raconté par ce passionné d'art qui nous a livré une philosophie de l'art aussi riche et originale que stimulante. Il est toutefois difficile de rendre justice à un penseur ayant à son actif une feuille de route aussi impressionnante et c'est en toute connaissance de cause que nous soumettons au lecteur un aperçu qui ne représente guère plus que la pointe de l'iceberg. On pourrait nous reprocher d'avoir laissé de côté l'œuvre considérable de Danto en tant que critique d'art: à cela nous répondons que c'est aux artistes eux-mêmes qu'une telle tâche revient. Ne sont-ils pas ceux dont le travail a été scruté et analysé par l'œil perçant d'un de leurs pairs? S'il est vrai que «choisir, c'est renoncer », cela s'applique particulièrement ici, puisque nous renonçons à cette mission impossible qui viserait à rendre justice à l'ensemble de l'œuvre de Danto dans ce court ouvrage. Nous avons choisi en toute modestie de présenter sa pensée à travers la notion d'interprétation, qui fera office de fil directeur. Ce choix s'imposait vu la richesse et la quantité impressionnante des sujets traités par le penseur américain: dès la fin des années quatre-vingts, il se consacre à la critique d'art (qu'il pratique depuis plus d'un quart de siècle) et met en pratique la théorie soigneusement mûrie dans les décennies précédentes. Toutefois, la notion d'interprétation est un thème récurrent qui occupe une place centrale dans sa réflexion: plus neutre que l'évaluation, elle agit comme critère de démarcation entre les objets ordinaires et les œuvres d'art. Elle est selon Danto ce qui «transfigure» l'artefact en œuvre d'art, ce qui fait que l'objet banal devient spécial. Ainsi, pour arriver à rendre l'essentiel de son apport, nous nous concentrerons sur son ouvrage majeur, La transfiguration du banal où cette notion est abondamment discutée et analysée. Pour ce faire, un retour sur quelques éléments marquants du vingtième siècle s'impose afin de mettre en évidence les développements en esthétique et en philosophie de l'art qui ont influencé la pensée de Danto. On pourrait résumer la situation en disant que le penseur américain a navigué entre deux positions extrêmes, à savoir le courant wittgensteinien (qui repoussait les questions esthétiques du revers de la main en invoquant leur caractère indéfinissable) et l'attitude conventionnelle (qui consiste à

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s'accrocher à une vision de l'art calquée sur le paradigme classique). La philosophie de l'art qu'il nous propose s'appuie sur une connaissance solide des développements récents dans la pratique et la théorie artistique, ce que cherche à mettre en valeur la deuxième partie de cet ouvrage: on y présentera une analyse détaillée portant sur le rôle de l'interprétation dans l'ontologie de l'art mise de l'avant par Danto. La troisième partie vise à exposer de façon critique les reproches adressés à Danto par ses commentateurs, adversaires comme sympathisants. Nous analyserons certains aspects problématiques du processus interprétatif, ce qui permettra de situer la pensée de Danto dans les débats qui ont cours actuellement en philosophie de l'art. Cela permettra également d'orienter notre réflexion vers l'un des problèmes déterminants de ce domaine: comment rendre compte du foisonnement de la production artistique et proposer une philosophie de l'art plus inclusive, plus sensible à la diversité de l'art d'aujourd'hui?

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