Jérusalem et la mémoire de la Passion

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La journée d’études «Jérusalem et la mémoire de la Passion» a généré une réflexion sur les résonances en art, littérature et archéologie de l’imaginaire de la Passion. Cette thématique s’articule autour de la représentation mentale ou imagée du corps souffrant du Christ. A la figure de Joseph d’Arimathie recueillant le sang de Dieu se superpose la chronique des origines du Graal dont la mythographie nourrit encore une archéologie entre science et imaginaire.
Publié le : lundi 10 août 2009
Lecture(s) : 241
EAN13 : 9782304005929
Nombre de pages : 145
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Jérusalem et la mémoire
de la Passion


Sous la direction de
Véronique Dalmasso

Jérusalem et la mémoire
de la Passion


Actes de la journée d’études 21 mars 2007
Centre de Recherches en Arts – Images et Formes
Centre de Recherche du Moyen Age
et de la Renaissance
Université de Picardie – Jules Verne








Éditions Le Manuscrit
Paris


© Éditions Le Manuscrit, 2009
www.manuscrit.com
ISBN : 978-2-304-00592-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304005929 (livre numérique)
ISBN : 978-2-304-00593-6 (livre imprimé) 82304005936 (livre imprimé) Avant-propos
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Véronique Dalmasso

Sommaire

Avant-Propos
Véronique Dalma sso ............................................ 11 
Joseph d’Arimathie au Calvaire ou la chronique
des origines du Graal (L’Estoire del Saint
Graal, § 31-35)
Gérard Gros .......................................................... 17 
Jérusalem ou la mémoire de la Passion
Véronique Dalma sso ............................................ 49 
Pour une iconographie de la mémoire de la
Passion dans quelques tableaux de la
Renaissance : sa préfiguration dans les enfances
du Christ
Marie ­Domitille Porcheron. ................................ 81 
Des femmes et des méchants : les figures
secondaires des récits de Passion : entre
mémoire effacée et relais de mémoire
Anne-Sophie de Franceschi ................................ 99 
Archéologie et mémoire de la Passion entre
science fiction et réalité : la quête du Graal, Otto
Rahn, Indiana Jones et la dernière croisade
Sara Nardi-Combescure. .................................. 123 
9
Avant-propos







10
Véronique Dalmasso

Avant-Propos


Le thème de cette journée d’étude, Jérusalem et la
mémoire de la Passion, convoque spontanément l’image
de la figure christique. La représentation mentale du
corps souffrant du Christ surgit dans l’esprit et le cœur
des pèlerins à Jérusalem lorsque, de lieu en lieu, ils se
remémorent la Passion et la Résurrection ; leur
mémoire avivée par la douleur partagée vient nourrir
les journaux de pérégrination destinés à ceux qui n’ont
pas fait le voyage. Se tissent ainsi des liens serrés entre
la Passion, vécue et relatée par les pèlerins, et la
dévotion suscitée à la lecture de leurs récits composés
selon le rituel liturgique franciscain.

La visualisation intérieure des souffrances du
Christ est également à l’origine de la création d’images
métaphoriques, à valeur métonymique, comme celle
que revêt le Graal dans le passage de l’Estoire del saint
eGraal, rédigée au XIII siècle, où Joseph d’Arimathie
au Calvaire recueille le saint sang dans le plat dont le
Christ s’est servi lors de la Cène avec ses disciples, la
paropside. Ce plat fait l’objet d’une enluminure
accompagnée de deux phrases qui identifient le Graal
11
Avant-propos
1au sang même du Christ. L’évocation du corps
eucharistique et du mystère de la transsubstantiation
est dès lors liée au saint Graal. Si, dans le récit de
l’Estoire, Joseph reçoit le sang précieux au tombeau,
donc après la mort du Christ, l’enluminure quant à elle
le place en robe de clerc au pied de la croix, le sang du
Dieu qui souffre emplissant le veissel. La temporalité à
l’œuvre à l’image permet le glissement de la mémoire
de la Crucifixion au mémorial de la Passion. D’ailleurs,
le récit gratifiera Josephé, le fils de Joseph devenu
évêque, de la vision du Graal dans les mains de son
père se remplissant à nouveau du sang du Christ dont
les souffrances, toujours vives, rachètent le péché des
hommes. Le Graal est représenté dans l’Estoire comme
la première relique a contacto, mais sa forme variera à
l’infini dans l’imaginaire des hommes en quête d’un
plat, d’une coupe, d’une femme…
e eLes peintres toscans des XIV et XV siècles, sous
l’influence des ordres mendiants notamment
franciscains et dominicains, usent des pouvoirs de la
représentation pour transformer l’épisode historique
de la Crucifixion en image de dévotion. L’éveil de la
mémoire – faculté de la maîtrise du temps – se double
de l’éveil des émotions les plus fortes ressenties pour
le corps christique. L’œuvre d’art peut ainsi soutenir la
visualisation intérieure des tortures et des plaies
christiques, visualisation requise à des fins de
méditation et de contemplation, telles que les
pratiquent les mystiques.

1. L’Estoire del Saint Graal, édité par Jean-Paul Ponceau, Librairie
Honoré Champion, 1997, 2 vol. (C.F.M.A., 120-121).
12
Véronique Dalmasso
Les représentations toscanes de la Crucifixion
offrent de mettre à jour les procédés picturaux,
inventions du peintre, qui instaurent une temporalité
multiple. Certains de ces motifs se jouent des lieux
et du temps ; la cité de Jérusalem emprunte la
silhouette d’une cité toscane fortifiée, les portraits
d’éminents contemporains du peintre se glissent
dans la foule des disciples du Christ au pied de sa
croix. La beauté frappante du Christ ou la laideur
impressionnante du mauvais larron et de son âme
damnée sont parfois requises. Ne serait-ce pas là les
traces visibles d’une habitude mentale forgée par la
pratique des arts de mémoire et qui resurgirait,
influençant alors la fonction et l’évolution de
l’image ? Image elle-même à l’origine de certaines
visions mystiques. En effet, la tradition antique des
arts de mémoire se poursuit au Moyen Age et à la
Renaissance ; ces traités préconisent la pratique de la
mémoire artificielle. Cette dernière convoque
l’utilisation du lieu, désigné comme un espace
concret (réel ou issu de l’imagination), dans lequel il
s’agit de déposer de manière ordonnée des imagines
agentes, c’est-à-dire des images agissantes, capables
de marquer l’esprit. Cette technique, associée par
saint Thomas d’Aquin à la vertu de la Prudence, est
utilisée par les prédicateurs. Elle laisse son
empreinte dans les images mentales élaborées par les
mystiques et dont les visions sont retranscrites. Son
influence apparaît également dans la composition
des retables ou des peintures murales destinées au
e espectateur dévot des XIV et XV siècles.

13
Avant-propos
L’iconographie de la Passion entre 1400 et 1450
dans l’art européen, est préfigurée au sein des
thèmes relevant de la conception, de la nativité et de
l’enfance de Jésus. Elle génère ainsi des structures
particulières de la composition destinées autant à
faire voir qu’à faire croire. Ces œuvres, comme les
récits de pèlerinage de la Renaissance ont en
commun d’engendrer des images, peintes ou
mentales, devant frapper la mémoire du spectateur
ou du lecteur afin de susciter l’empathie, essentielle
à la foi chrétienne. Les mises en scène de la Passion
par les franciscains en Terre sainte laissent dans
l'ombre les personnages secondaires, réduits au rôle
de simples instruments des souffrances du Christ,
alors que leurs figures sont bien détaillées dans les
Evangiles, et souvent mises en valeur dans les
entreprises théâtrales de la fin du Moyen-Age. Au
contraire, les femmes, au rôle le plus souvent effacé
des textes canoniques ont une place de choix
comme spectatrices et vectrices de la compassion
qu'éprouve le pèlerin. Ce partage des rôles, nouveau
eu égard à la production contemporaine sur le
thème de la Passion, semble un nouvel indice de
l'originalité réelle du récit de pèlerinage dans le vaste
champ de la littérature dévote de la Renaissance. Le
glissement de la reconstitution historique de la
Passion – voire même anecdotique dans les mystères
joués – à une version épurée où seuls les
personnages intercesseurs comme Marie et Jean
ainsi que les femmes, relais des émotions du
spectateur et du lecteur, renvoie à l’image de
dévotion définie par Erwin Panofsky, Hans Belting
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