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À propos de quelques peintures et d'une sculpture

De
116 pages
Dix œuvres (neufs peintures et une sculpture) échelonnées de la préhistoire à nos jours, réalisées avec des techniques diverses (pochoir, une tempera sur bois, sculpture en cire coulée en bronze), toutes visibles dans les musées parisiens, sauf une qui est dans une grotte périgourdine. Ces œuvres majeures sont abordées ici de façon ludique. Le ton est celui d'une spectatrice passionnée qui s'efforce d'approcher en toute liberté les superbes énigmes du visible.
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Nathalie Reymond
À propos de quelques peintures et d’une sculpture
À propos de quelques peintures et d’une sculpture
dirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINAManuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langageEric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique, Marie-Luce Liberge,Images & violences de l’histoire Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma Gëzim Qëndro,Le surréalisme socialiste. L'autopsie de l'utopieFrançois Soulages (dir.),La ville & les artsFrançois Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain Série Groupe E.I.D.O.S. Michel Costantini (dir.),Ecce Femina Michel Costantini (dir.),L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations Groupe EIDOS,L'image réfléchie. Sémiotique et marketing Pascal Sanson & Michel Costantini (dir.),Le paysage urbain Marc Tamisier & Michel Costantini (dir.),Opinion, Information, Rumeur, Propagande. Par ou avec les images Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zùñiga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taïpé) Secrétariat de rédaction: Sandrine Le Corre Publié avec le concours de
Nathalie Reymond À propos de quelques peintures et d’une sculpture
Du même auteur Livres Charles Estienne et les Arts à Paris, 1945-1966(en collaboration avec Jean-Clarence Lambert), Paris, C.N.A.P, 1984. Degas illustre et inconnu,Paris, Editions Librairie Séguier, 1988. Un regard américain sur Paris, (texte bilingue français/anglais), Giverny, Musée d’Art Américain, 1997. Claude Monet, Paris, Éditions Jean-Claude Lattès, 1992. Soulages, la lumière et l’espace, Paris, Éditions Adam Birò, 1999. Près du Cap (le roman du pays d’Erquy), Sable d’Or les Pins, Éditions Astoure, 2012. Catalogues Paris 1-Paris 8, les Arts plastiques à l’Université, Paris, C.N.A.P, 1985. Passage (France-Chine), Université Paris 1, salle Michel Journiac, mai 2004 ; Chongquing, Sichuan Fine Arts Institute, juin 2004. Points de vue, points de contact, Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2005. Déplacements, Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2006. Éloge des différences, Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2007. Rhizome (et autres chemins), (avec Gisèle Grammare), Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2008. Dialogue(s) à l’oeuvre, (avec Gisèle Grammare), Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2009. Les photographies d’Ernest Besnier, Erquy, Galerie d’art municipale, 2009. Aujourd’hui la couleur, (avec Gisèle Grammare), Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2010. La figure et/ou le lieu, (avec Gisèle Grammare), Paris, Galerie CROUS Beaux-Arts, 2011. Passage (s) du temps, (avec Gisèle Grammare), Université Paris 1, galerie Michel Journiac, 2012. Le patrimoine maritime d’Erquy, (en collaboration avec les membres de l’A.M.E.), Erquy, Galerie d’art municipale, 2012.© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Parishttp://www.librarieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04012-7 EAN : 9782343040127
Préambule à trois temps Une posture Peut-on parler d’art en souriant ? aimer gaiement la peinture, la sculpture, la photographie, les installations ? parler de contemplation joyeuse, de rêveries sans entraves, de liberté du spectateur ? Peut-on, devant une œuvre, dire avec Denis Diderot : « la joie me sort par les pores de la 1 peau » ? Peut-on laisser libre cours à son imagination et suivre Pierre Soulages, lorsqu’il affirme : « le tableau n’est pas signe mais chose - sur laquelle viennent se faire et se défaire les sens qu’on lui 2 prête »? Peut-on prêter à l’art tout ce que l’on porte en soi d’expérience visuelle, tactile, gustative, sensuelle, tous ses souvenirs, toutes ses impressions ?
1 Denis Diderot,Essais sur la peinture(1765), Paris, Pléiade, 1951, p. 1154. 2  Pierre Soulages, « Le prétendu métier perdu »,Le Débat n° 14, juillet-août 1981, p. 81.
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Peut-on visiter les musées en amateur, en amoureux impénitent,toujours à la recherche d’un nouveau coup de foudre, à chaque fois comblé, à chaque fois prêt à recommencer l’aventure ? Encore! Encore! Encore… Peut-on aborder l’art en bannissant l’esprit de sérieux, sans pour autant être frivole, et inventer des situations un peu baroques pour réaliser joyeusement des exercices de pure admiration ? Je crois que oui. C’est pourquoi, dans ce qui va suivre, on rencontrera une grotte, un homme allongé, un chat hystérique, un oiseau, une gamine délurée, une plante en pot, des couleurs en désordre, deux grands-pères, un Marocain, un boulanger, des enfants, une bulle, des peintres. On vagabondera dans les entours de quelques tableaux et d’une sculpture, en s’efforçant d’aller au-delà des formes offertes, de traverser les apparences, pour comprendre un peu mieux pourquoi on aime ces choses-là. Je dis ces choses, je pourrais dire ces objets faits de main d’homme, parce qu’à mon sens les œuvres d’art ne sont pas naturelles, même si parfois elles représentent la nature. Elles sont contre nature, étranges, spécifiques, mais aussi concrètes et matérielles : elles ont un poids, une texture, des dimensions. Elles montrent, désignent, signifient, expriment, tout comme les mots ou les phrases, mais avec des éléments silencieux, opaques, indéchiffrables. Elles sont là,
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devant nous, impassibles, mystérieuses, admirables. Elles nous font rêver… Une gageure Les textes sur l’art doivent-ils nécessairement être accompagnés de reproductions ? On pourrait penser que c’est inévitable : les images des œuvres dont on parle évoquent opportunément leur apparence et soutiennent le discours. Elles font office de preuve. Voyez comme le vieil homme est laid, comme Narcisse est gracieusement alangui, comme la raie ressemble à un fantôme rose, comme la pie sur sa barrière fait penser à une note de musique, comme la danseuse a l’air naïf et arrogant, comme les deux poissons sont rouges, comme le paysage est rutilant, comme les peintures abstraites sont spectaculaires… Mais… le Schneider est tout petit (12 x 17 cm.), le Chardin presque dix fois plus grand (114,5 x 146 cm.) le quadriptyque de Mitchell gigantesque (280 x 720 cm.), le polyptyque C de Soulages aussi démesuré (324 x 362 cm). Pourtant leurs reproductions risquent d’avoir la même taille. De toute façon, elles seront beaucoup plus petites que les originaux et la sculpture de Degas ne sera vue que sur une face. De plus, les formats ne sont pas identiques : certaines œuvres sont horizontales (Écho et Narcisse, La raie, La pie, The Goodbye Door), d’autres verticales (Le portrait d’un vieillard et d’un jeune garçon,
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La danseuse de quatorze ans, Le bocal aux poissons rouges), une autre rigoureusement carrée (L’atelier au mimosa),une autre encore presque carrée (Peinture, 324 x 362 cm, 1985,Polyptyque C) alors que les pages du livre ont un format rectangulaire en hauteur qui contraindra leur mise en pages. Enfin, l’aspect lisse du médium photographique et l’arbitraire de la gamme colorée des imprimantes altéreront la qualité des matières, leur texture et leurs teintes. Bref, comme la collection de cartes postales du boulanger de Vétheuil, les reproductions figurant dans un ouvrage sur l’art sont des leurres. Le fameux tableau de Magritte, représentant une pipe sous laquelle est inscrit : ceci n’est pas 3 une pipe nous indique un chemin : les images des tableaux, des sculptures ne sont pas des tableaux, 4 des sculptures, mais une trahison, une diablerie . Elles ne sont qu’un dépôt d’encre de couleur sur une feuille de papier (ou désormais quelques pixels sur l’écran d’un ordinateur) évoquant vaguement une œuvre d’art particulière. Elles ne seront jamais cette œuvre. Par conséquent, on devrait s’en méfier, ou peut-être même s’en passer. C’est ici le choix que j’ai fait : rédiger des textes sur quelques œuvres d’art célèbres, sans 5 illustrations .
3 René Magritte,La Trahison des images,1929, huile sur toile, 59 x 65 cm. Los Angeles, County Museum. 4  Terme emprunté à Michel Foucault dans son :Ceci n’est pas une pipe, Paris, Fata Morgana, 1973, p. 19. 5  Cependant, j’indique en note au début de chaque texte comment trouver l’image de l’œuvre dont il est question sur internet. 8
Néanmoins, j’ai bien conscience que l’écrit ne fait pas le tableau, ou la statue. Il les dit, les baptise, les raconte, conjure leur invincible absence, les appelle de l’extérieur, les rêve. Et tous les textes qui précèdent, loin d’être peinture ou sculpture, ne sont tout simplement que de courtes narrations issues de la contemplation de certaines des œuvres d’art que j’aime. J’ose espérer cependant que le lecteur, confronté à mon texte seul, aura pris plaisir à pénétrer dans cet univers fictionnel et qu’il sera tenté d’aller vérifier, face aux œuvres évoquées, la 6 validité de mes hypothèses poético-plastiques … Des rayures Sur la couverture de ce livre figure la reproduction d’une de mes peintures, ce qui peut paraître paradoxal après ce que j’ai affirmé plus haut : l’image d’une œuvre n’est pas cette œuvrepire, elle la trahit. J’accepterais ainsi de réduire, de lisser, de recadrer peut-être une de mes réalisations afin de décorer, avec quelques rayures, l’ouvrage qui contient mes écrits ? Pas exactement. La peinture dont je propose l’image a été faite expressément pour cette couverture, dans une matière limpide et fine, avec peu de couleurs; c’est une aquarelle sur papier au 6  Depoétique: « qualité de l’émotion esthétique que peut éveiller un spectacle » et deplastique: « relatif aux arts dont le but est l’élaboration de formes ». Le petit Robert, 2000. 9