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Biennales d'art-contemporain & frontières

De
232 pages
Quels rapports les biennales d'art-contemporain ont-elles avec les frontières ? Quelles frontières ? Pourquoi ces biennales présentent-elles parfois des pavillons nationaux et des expositions internationales : d'un côté frontières géopolitiques et géoartistiques, de l'autre internationalisme, mondialisation, voire globalisation. Qui gagne ? L'art ou la politique ? Quel art et quelle politique ?
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Sous la direction de François SOULAGES
BIENNALES D’ARTCONTEMPORAIN & FRONTIÈRES
Biennales d'art-contemporain & frontières
Créée en 2012 & dirigée par Gilles Rouet & François Soulages Helena Balintova & Janka Palkova (dir.),Productions et perceptions des créations culturellesDominique Berthet,Pratiques artistiques contemporaines en Martinique. Esthétique de la rencontre 1Thierry Côme & Gilles Rouet (dir.),Esthétiques de la ville. Équipements & usagesIvaylo Ditchev & Gilles Rouet (dir.),La photographie : mythe global et usage localSerge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, Mobilités, Frontières et Voisinages Serge Dufoulon (dir.),Internet ou la boîte à usagesSerge Dufoulon & Gilles Rouet (dir.),Europe partagée, Europe des partages Serge Dufoulon & Jacques Lolive (dir.),Esthétiques des espaces publicsAntoniy Galabov & Jamil Sayah (dir.),Participations & citoyennetés depuis le Printemps arabeRadovan Gura & Natasza Styczynska (dir.),Identités & espaces publics européensMartin Klus & Gilles Rouet (dir.),Médias et sociétés interculturelles,Anna Krasteva (dir.),e-CitoyennetéIsabelle Moindrot & Sangkyu Shin (dir.),TranshumanitésGilles Rouet (dir.),Citoyennetés et Nationalités en Europe. Articulations et pratiques Gilles Rouet (dir.),Nations, cultures et entreprises en EuropeGilles Rouet (dir.),Usages de l’Internet. Educations & cultureGilles Rouet (dir.),Usages politiques des nouveaux médiasGilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiquesGilles Rouet(dir.),Quelles frontières pour quels usages ? Gilles Rouet(dir.),Mobilisations citoyennes dans l’espace publicFrançois Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitique, Frontières Marc Veyrat (dir.),Arts & espaces publicsComité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St-Clément-d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. De Seville),France(Gilles Rouet, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica et GEPECS, Univ. Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem), Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taïwan, Taïpé)Secrétariat de rédaction: Sandrine Le Corre Publié avec le concours
Sous la direction de François Soulages Biennales d'art-contemporain & frontières
Sous la direction de François Soulages 10 livres déjà publiés Frontières géopolitiques, géonumériques & géoartistiques François Soulages (dir.),Biennales d’art-contemporain & frontières, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 230 p.Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013. Gilles Rouet (dir.),Quelles frontières pour quels usages ?,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 230 p.Imad Saleh, N. Bouhaï, Y. Jeanneret, S. Leleu-Merviel, L. Massou, I. Roxin, F. Soulages, M. Zaklad,Pratiques & usages numériques, H2PTM’13, Paris, Hermès, Lavoisier, 2013, 390 p. François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitique. Frontières,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 208 p.Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p. Frontières géoesthétiques Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma,Paris, L’Harmattan, collection Eidos, série RETINA, 2014. Katia Légeret,Rodin et la danse de Çiva, Saint-Denis, PUV, 2014, 224 p. Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou, Paris, L’Harmattan, collection Eidos, série RETINA, 2013, 230 p. Christine Buci-Glucksmann, Jacques Morizot & François Soulages (dir.), Les frontières esthétiques de l’art,Paris, L’Harmattan, collection Arts 8, 1999, 204 p.
© L’Harmattan, 20145-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.frdiffusion.harmattan@wanadoo.frISBN : 978-2-343-03679-3 EAN : 9782343036793
Urbi & orbi En art, point de frontière. 1 Victor HugoQuels rapports les biennales d’art-contemporain ont-elles avec les frontières ? Quelles frontières ? Pourquoi et comment ? En effet, parfois, ces biennales présentent à la fois des pavillons nationaux et des expositions internationales : d’un côté frontières géopolitiques et géoartistiques, de l’autre internationalisme, mondialisation, voire globali-sation. Qui gagne ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? Lors de la dernière Triennale de Paris de 2012 où furent montrées des œuvres qui questionnaient les frontières et la globalisation, le commissaire de l’exposition, l’Américain d’origine nigériane Okwui Enwezor, écrivait : « comment vivons-nous dans ces disjonctions, avec toutes ces formes d’ethnocentrisme, religieux ou autre ? » ; il voulait « analyser ce genre d’épreuve que subit aujourd’hui l’universalité ». Les frontières interdiraient-elles parfois l’universalité au profit de l’hybride contemporain qui, paradoxalement, unirait quelquefois uniformité et communautarisme ?
1 Victor Hugo,Le tas de pierres.
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Ce livre veut donner une nouvelle interrogation sur les biennales et l’art-contemporain à partir de la problématique des frontières, de toutes les sortes de 2 frontières . Problèmes La mère de toutes les biennales, celle de Venise, fonctionne encore avec des pavillons nationaux : les artistes sont sélectionnés par les États et exposés dans des lieux distincts qui, à leur tour, exposent ces États et leurs frontières, double type d’expositions. En 2013, 88 pays étaient présents, dont 13 pour la première fois : Angola, Bahamas, Bahreïn, Côte-d’Ivoire, Émirats arabes unis, Kosovo, Koweït, Liban, Maldives, Paraguay, Saint-Siège, Tuvalu. La question des frontières se pose alors massivement. ème Cette biennale a été pensée et créée au XIX siècle, en 1893 ; sa première édition date de deux ans plus tard et est qualifié d’« Exposition Internationale d’Art de la Cité de Venise » ; elle est donc, dès le départ, dans la lignée des grandes Expositions internationales, voire universelles ; ème en 1897, elle se nomme « Biennale ». Au milieu du XX siècle, en 1951, l’hémisphère Sud a, à son tour, sa biennale – à São Paulo -, permettant ainsi d’exposer ce que l’anthropophagie et le tropicalisme brésiliens ont produit dans la première moitié de ce siècle – côté géoartistique - et de montrer que l’on doit compter maintenant sur les puissances de l’Amérique latine, en particulier pour l’art – côté géopolitique, articulation du géoartistique et du 3 géopolitique .
2  Cf. Christine Buci-Glucksmann, Jacques Morizot & François Soulages (dir.),Les frontières esthétiques de l’art,Paris, L’Harmattan, collection Arts 8, 1999, 204 p. et Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p. 3  François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques Frontières, Paris, L’Harmattan, collection Local & global, 2012.
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En ce troisième millénaire, les biennales d’art-contemporain n’ont plus, bien sûr, les mêmes fonctions ni 4 les mêmes usages que dans le passé vénitien . Si elles ont encore parfois la propriété d’être une vitrine qui permet de s’informer sur l’art-contemporain, elles ont surtout une fonction économique et géopolitique. D’une part, le marché de l’art depuis longtemps a transformé la valeur d’usage en valeur d’échange, permettant à certains héritiers, à certains capitalistes et à certains fonds de placement de faire de l’argent de façon plus efficace qu’avec les habituels placements boursiers ; le capital-risque y est à l’aise. « L’omnipotence, l’omniscience, l’omniconvenance de 5 l’argent », écrivait Balzac . D’autre part, la globalisation a uniformisé les produits présentés dans ces biennales qui ont tendance à se retrouver d’une biennale à l’autre ; on retrouve le même phénomène avec les différents salons de l’automobile de par le monde. Cela est tout à fait normal, dans la mesure où toute mise en valeur d’une marchandise obéit aux lois de l’offre et de la demande, de l’innovation et de la rareté, de la surprise et du classicisme : il n’y a pas de raisons économiques que les choses fonctionnent autrement pour ce que vendent les marchands d’art et ce que produisent les industries culturelles. Et une biennale peut coûter jusqu’à 16 millions d’euros, comme celle de São Paulo, er rapporter jusqu’à 49 millions d’euros, comme celle de Sydney. Les biennales sont donc des rendez-vous pour les happy fewsde la planèteartyqui, en ces lieux, font à fois du businesset dupublic relation, sans parler du snobisme qu’il y a un siècle Proust avait si bien analysé dans un autre contexte sociétal : les biennales permettent en effet aussi de se compter et de se raconter unstorytelling narcissique 6 globalisé : « J’y étais, donc j’en suis » .
4  Cf. Gilles Rouet (dir.),?,Quelles frontières pour quels usages Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 230 p. Honoré de Balzac,La Maison Nucingen.5 6  Cf. Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 190 p.
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Paradoxalement, la dimension géopolitique de ces biennales peut produire une certaine différence ou, en tout 7 cas, son semblant. Depuis la chute du Mur de Berlin , telle ville organisatrice veut à la fois faire partie du club encore restreint des villes qui arborent une biennale – environ 150 villes dans le monde - et fonctionner comme les autres tout en marquant sa différence pour des raisons d’image, de prestige, d’idéologie, de géopolitique, de finance. Pour cela, elle peut faire appel à sa spécificité géographique, historique et géopolitique et ainsi montrer des œuvres différentes. Elle peut s’appuyer sur les frontières de son pays pour se faire connaître autrement hors de celles-ci. Joseph Backstein, le responsable de la biennale de Moscou, affirme que « chaque 8 biennale doit faire sens pour la scène artistique locale » . Cette vieille tactique de l’urbi et orbipeut faire appel à un ou des commissaires qui donnent alors leur style, leur point de vue, leur idéologie à leur choix ; et cela est parfois très instructif, outre que des œuvres et des artistes peuvent alors être communiqués autrement, quelquefois pour le bien de ces œuvres, de ces hommes et des spectateurs : le spectacle est alors réussi. Toutefois, Hubert Martin est en droit de montrer qu’ « en raison de la circulation des commissaires d’exposition à travers le monde, ce sont les mêmes qui 9 œuvrent en Corée et, ou à Sydney » ; il n’y a qu’illusion de différences. C’est pourquoi des artistes reconnus critiquent vivement les biennales (Doug Aitken proclame qu’il faut interdire les biennales et Hans Ulich Obrist demande « du 10 temps plutôt que de l’espace » ), ne voulant pas être les valets des commissaires, des galeristes et des villes en quête de notoriété et d’argent.
7 Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Du Printemps de Prague à la Chute du Mur de Berlin. Photographie & politique. Photographie & corps politiques, 4, Slovaquie,Paris, Klincksieck, collection L’image & les images, 2009.8 Cf. « Chacun veut « sa » biennale » de Roxana Azimi,Le Monde, 7/9/13, p. 2. 9 Idem.10 Idem.
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Car un pays peut avec une biennale d’art-contemporain ou une manifestation de sport-contemporain – achat d’un club de football, championnat du monde, coupe du monde, jeux olympiques – essayer de changer son image et de faire oublier qu’il est ou fut une dictature ou une tyrannie : le travail sur l’image de la ville de la biennale tente alors de faire oublier que les frontières sont externes et internes et en fil de fer barbelé avec des miradors. 11 Mais tout n’est pas si simple. Et Roxana Azimi de rappeler avec justesse qu’en 1995 la Biennale de Johannesburg est politiquement un des premiers actes post-apartheid, qu’en 2003, celle de Tirana veut changer l’image du pays marqué par une longue dictature et, pour cela, propose aux artistes de peindre sur les façades des immeubles, qu’en 2007, celle de la Nouvelle-Orléans est écologique suite au désastre provoqué par l’ouragan Katrina et l’incurie du pouvoir politique en place, qu’en 2011, celle d’Istanbul part des tensions sociales qui secouent le pays. Ces biennales s’enracinent donc dans une action politique prenant sens au sein des frontières d’un pays ou d’une zone. Moments de réflexion Il faut donc repenser les rapports passés et présents, nécessaires et possibles, négatifs et positifs entre ces différentes biennales d’art-contemporain et les frontières : cela nous permettra aussi de renouveler notre conception même des frontières. Ce livre dégage d’abord5 problématisations particulièressur ces problèmes en montrant la pluralité des frontières, la double dimension géopolitique et géoartistique et la réalité du transfrontière ; alors local et global, nation et monde prennent des sens nouveaux : frontière aussi, biennale et art-contemporain aussi. 11 Idem.
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