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Frontières & artistes

De
184 pages
Quels rapports les artistes de la Méditerranée ont-ils avec les frontières et quels effets cela a-t-il sur eux-mêmes, sur leurs œuvres, leurs créations et leurs réceptions ? En quoi la mobilité choisie ou obligée change-t-elle la donne, dans ces pays marqués par le colonialisme passé et, parfois, présent, par ses frontières remises en cause -Yougoslavie, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Lybie, etc. ?
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L&G
Sous la direction de
FRONTIÈRES & ARTISTES Éric Bonnet & François Soulages
Espace public, mobilité & (post)colonialisme
en Méditerranée
Quels rapports les artistes de la Méditerranée ont-ils avec les frontières et quels
eff ets cela a-t-il non seulement sur eux-mêmes, mais surtout sur leurs œuvres, sur
leurs créations, sur leurs réceptions ? En quoi la mobilité – choisie ou obligée – FRONTIÈRES & ARTISTES
change-t-elle la donne, dans ces pays marqués par le colonialisme passé et, parfois,
présent, par ses frontières remises en cause – Yougoslavie, Palestine, Israël, Liban, Espace public, mobilité & (post)colonialismeSyrie, Libye, etc. ?
Trois directions sont successivement explorées, à savoir les relations – pour les en Méditerranée
artistes, leurs projets et leurs œuvres – entre, d’une part, les frontières et, d’autre
part, la mobilité, le (post)colonialisme et l’espace public. Les exemples concrets,
particuliers et singuliers permettent par induction de poser des hypothèses fécondes
pour comprendre ces réalités complexes.
Ce livre est une étape d’une vaste recherche dirigée sur les Frontières qui a publié
une vingtaine de livres depuis 2012 dans le monde.
Éric Bonnet (France) est artiste, membre de RETINA.International,
Recherches esthétiques & théorétiques sur les images nouvelles et anciennes,
Professeur des universités, directeur du laboratoire AIAC, Arts des images et art
contemporain, membre du projet FRONTIÈRES, Labex Arts-H2H, Université
Paris 8.
François Soulages (France) est directeur de RETINA.International,
Recherches esthétiques & théorétiques sur les images nouvelles et anciennes, et du
projet FRONTIÈRES, Labex Arts-H2H, Professeur des universités, membre du
laboratoire AIAC, Université Paris 8.
rePhoto de 1 de couverture : François Soulages, Ulysse, Gabès, Tunisie, 30 novembre 2005.
ISSN : 2257-3690
ISBN: 978-2-343-04914-4
18 €
Local & Global
Sous la direction de
FRONTIÈRES & ARTISTES
Éric Bonnet & François Soulages
Local & Global









Frontières & artistes


Espace public, mobilité, (post)colonialisme
en Méditerranée






















Créée en 2012 & dirigée par
Gilles Rouet & François Soulages

Helena Balintova & Janka Palkova (dir.), Productions et perceptions des créations culturelles
Dominique Berthet, Pratiques artistiques contemporaines en Martinique.
Esthétique de la rencontre 1
Éric Bonnet (dir.), Frontières & œuvres, corps & territoires
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques
Thierry Côme & Gilles Rouet (dir.), Esthétiques de la ville. Équipements & usages
Ivaylo Ditchev & Gilles Rouet (dir.), La photographie : mythe global et usage local
Serge Dufoulon & Jacques Lolive (dir.), Esthétiques des espaces publics
Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.), Migrations, Mobilités, Frontières et Voisinages
Serge Dufoulon (dir.), Internet ou la boîte à usages
Serge Dufoulon & Gilles Rouet (dir.), Europe partagée, Europe des partages
Antoniy Galabov & Jamil Sayah (dir.), Participations & citoyennetés depuis le Printemps arabe
Matthieu Genty & David Sudre (dir.), Le sport. Diffusion globale et pratiques locales
Radovan Gura & Natasza Styczynska (dir.), Identités & espaces publics européens
Martin Klus & Gilles Rouet (dir.), Médias et sociétés interculturelles,
Anna Krasteva (dir.), e-Citoyenneté
Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.), Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest
Isabelle Moindrot & Sangkyu Shin (dir.), Transhumanités
Gilles Rouet (dir.), Citoyennetés et Nationalités en Europe. Articulations et pratiques
Gilles Rouet (dir.), Nations, cultures et entreprises en Europe
G (dir.), Usages de l’Internet. Educations & culture
Gilles Rouet (dir.), Usages politiques des nouveaux médias
Gilles Rouet & François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques
Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?
G (dir.), Mobilisations citoyennes dans l’espace public
Imad Saleh, Nasreddine Bouhaï & Hakim Hachour (dir.), Les frontières numériques
François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières lages (dir.), Géoartistique & Géopolitique, Frontières
François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques
Marc Veyrat (dir.), Arts & espaces publics

Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), Belgique (Claude Javeau, Univ. Libre de
Bruxelles), Brésil (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador), Bulgarie (Ivaylo
Ditchev, Univ. de Sofia St-Clément-d’Ohrid, Sofia), Chili (Rodrigo Zuniga, Univ. du
Chili, Santiago), Corée du Sud (Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul), Espagne (Pilar
Garcia, Univ. De Seville), France (Gilles Rouet, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica et
GEPECS, Univ. Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, & François Soulages, Univ. Paris
8), Géorgie (Marine Vekua, Univ. de Tbilissi), Grèce (Panayotis Papadimitropoulos, Univ.
d’Ioanina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó Ádam, Univ.
Catholique Pázmány Péter, Egyetem), Russie (Tamara Gella, Univ. d’Orel), Slovaquie
(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan (Stéphanie Tsai, Univ.
Centrale de Taïwan, Taïpé)

Secrétariat de rédaction : Sandrine Le Corre

Publié avec le concours
Sous la direction de

Éric Bonnet & François Soulages







Frontières & artistes


Espace public, mobilité, (post)colonialisme
en Méditerranée


































































































Sous la direction de François Soulages


FONDEMENTS DE LA PROBLÉMATIQUE des Frontières
géoartistiques & géopolitiques
François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitiques. Frontières, Paris, L’Harmattan,
collection Local & Global, 2012, 208 p.
Gilles Rouet & François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 192 p.
PROBLÈMES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques,
Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.
Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?, Paris, L’Harmattan, collection
Local & Global, 2013, 236 p.
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.), Fronteras, conflictos & paz, Granada,
Edición de la Universidad de Granada, Colección Eirene Instituto de la Paz y los
Conflictos, 2014
François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières, Paris, L’Harmattan,
collection Local & Global, 2014, 230 p.
ŒUVRES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
Alejandro Erbetta, Frontières & mémoires. Journal de recherche, 2014, Paris,
L’Harmattan, collection RETINA.CRÉATION, 2014.
Éric Bonnet (dir.), Frontières & œuvres, corps & territoires, Paris, L’Harmattan,
collection Local & Global, 2014.
Katia Légeret, Rodin et la danse de Çiva, Saint-Denis, PUV, 2014, 244 p.
LIEUX des Frontières géoartistiques & géopolitiques
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Frontières & artistes. Espace public,
(post)colonialisme & mobilité en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, collection Local &
Global, 2014.
Michel Gironde (dir.), Méditerranée & exil. Aujourd’hui, Paris, L’Harmattan,
collection Eidos, Série RETINA, 2014.
Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza, Memoria territorial y
patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos
Fondo Editorial, 2014, 212 p.


Suite des livres publiés par Frontières à la fin du livre






© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04914-4
EAN : 9782343049144







Introduction

Les frontières méditerranéennes
pour les artistes


Qu’est-ce qu’un lieu ?
C’est d’abord une relation
– entre un espace et une fonction,
– entre un espace et une qualité de l’être
– désignée dans son absolue singularité.
1Nathalie Léger


Problématique

Un artiste d’abord interroge un lieu, le lieu qu’il
2habite, qu’il a habité, qu’il « doit » habiter . C’est pourquoi il
est confronté à ses frontières, les frontières de ce lieu, les
frontières de lui-même, les frontières de son œuvre, les
frontières de son art. C’est pourquoi il est confronté au
3géoartistique, au géopolitique, au géoesthétique .

1 Nathalie Léger, « Le Lieu de l’archive », Supplément à la Lettre de l’Imec,
2011.
2 Cf. Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Lieux & mondes. Arts,
cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.
Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza, Memoria
territorial y patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de
San Marcos Fondo Editorial, 2014, 212 p.
3 Cf. François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitiques. Frontières, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 208 p. Gilles Rouet &
5
Et tout particulièrement dans cette région du monde
qui nourrit les arts, les pensées, les sciences et les techniques
depuis trois millénaires : la Méditerranée.
Quels rapports les artistes de la Méditerranée ont-ils donc avec
les frontières et quels effets cela a-t-il non seulement sur eux-mêmes, mais
surtout sur leurs œuvres, sur leurs créations, sur leurs réceptions ?
En quoi la mobilité – choisie ou obligée –
change-telle la donne, dans ces pays marqués par le colonialisme passé
et, parfois, présent, par ses frontières remises en cause –
Yougoslavie, Palestine, Israël, Liban, Syrie, EI, Libye, etc. –,
par son espace public problématique ?
Mais la Méditerranée, n’est-ce pas d’abord la
mobilité, les marins et la mer ?
Pour mieux comprendre ces questions, il faut relire
tous les auteurs marqués par ce franchissement tenté des
frontières : Homère, le Nouveau Testament, etc., Jacques
Derrida, Albert Camus, etc. Tous. Tout relire et tout revoir,
car ce tout constitue le socle de nos cultures et de nos arts.
Ce socle n’est pas tant constitué d’éléments, que de
relations – de frontières et de franchissements, de mobilités
et d’espaces publics, de colonies et d’indépendances. Et c’est
à partir de ce réseau que travaillent les artistes de ce grand
lieu qu’est la Méditerranée ; et souvent – comme le montre,
4dans ce livre , l’Argentin Erbetta –, ce grand lieu s’ouvre aux
5autres lieux du monde, à la mondialisation , à la terre…

Florence ! Un des seuls lieux d’Europe où j’ai compris qu’au
cœur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel
mêlé de larmes et de soleil, j’apprenais à consentir à la terre
et à brûler dans la flamme sombre de ses fêtes. J’éprouvais…
mais quel mot ? quelle démesure ? comment consacrer
6l’accord de l’amour et de la révolte ? La terre !




François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 192 p.
4 Ch. 3.
5 Cf. François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures &
politiques, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.
6 Albert Camus, Noces, Paris, Gallimard, Folio, 1976, p. 70.
6
Camus l’avait compris : la Méditerranée n’est pas un
grand lac, mais une mer ouverte aux autres mers, ouverte à
la terre et au monde. C’est pourquoi elle est mère.

Des millions d’yeux, je le savais, ont contemplé ce
paysage et, pour moi, il était comme le premier sourire
du ciel. Il me mettait hors de moi au sens profond du
terme. Il m’assurait que sans mon amour et ce beau cri
de pierre, tout était inutile. Le monde est beau, et hors
7de lui, point de salut.


Enjeux

Or le bassin méditerranéen vit actuellement des
transformations majeures depuis la Révolution en Tunisie
en décembre 2010 et janvier 2011, puis lors du « Printemps
arabe » en 2011. Il a vécu dans son histoire récente
l’éclatement de la Yougoslavie. Le Proche-Orient vit en
permanence des tensions extrêmes – conflit
israélopalestinien, crise en Syrie... Tous ces conflits ont des
conséquences fortes sur les équilibres géopolitiques de la région,
les mobilités et les déplacements des populations. Exodes
de sans-papiers, exils, retours au pays, fuites des
populations et recherches de patries et de refuges. Le mouvement
et les déplacements viennent questionner les frontières,
lieux de passage, qui sont des obstacles et des protections,
des seuils et des murs.
De nombreux artistes des pays méditerranéens sont
impliqués directement dans ces événements et répondent
par leurs œuvres à ces situations nouvelles et à ces défis
posés par les nouvelles données de l’espace géopolitique.
Ainsi, les territoires subissent de nouvelles séparations, de
nouvelles limites ou bien ils sont annexés à d’autres entités ;
les frontières peuvent s’effacer et s’ouvrir à l’extérieur. Elles
sont l’indicateur du passage, du potentiel de mobilité des
populations et des individus. Qu’est-ce donc qu’une
pratique géoartistique de la mobilité ? Comment les artistes, les

7 Ibidem, p. 67.
7
esthéticiens, les acteurs du monde de l’art prennent-ils en
charge ces mouvements sociaux et politiques et quelles
réponses, quelles images donnent-ils à ces
mutations historiques ? Par quels médiums rendent-ils compte
de la mobilité, des voyages, des exils et des retours ?
Quel rôle les artistes peuvent-ils jouer dans le
contexte actuel et l’évolution du monde méditerranéen dans sa
diversité, entre les forces de globalisation et les effets de la
mondialisation, la multiplication des communications et les
inscriptions du local, les mythes et l’histoire passée et
présente spécifique de chaque ville, région, pays du bassin
méditerranéen ? Quelles sont les conséquences de cette
diversité locale et des phénomènes de mondialisation sur la
création artistique ?
Les mobilités intra-artistiques entre les arts se
développent, de nombreuses hybridations artistiques fécondes
sont à l’œuvre. Le numérique est un facteur important de
ces effacements de frontières entre les arts. Les nouvelles
données géopolitiques et technologiques génèrent-elles des
formes différentes d’œuvres, d’actions, de spectacles, des
nouvelles figures de l’art, un imaginaire spécifique ?
L’analyse d’œuvres qui explorent de nouvelles
spatialités et de nouvelles temporalités en relation avec les
frontières, permet de réfléchir aux limites, aux passages, aux
seuils, aux obstacles, aux déplacements, aux pertes de
repères et oriente la réflexion sur la confrontation entre le
social, l’artistique et l’esthétique, entre ce qui vient du local
et ce qui relève du global dans le bassin méditerranéen,
interrogeant ainsi sa diversité, ses frontières et son
hypothétique unité.


Recherche

Pour mener à bien notre réflexion, nous avons
organisé trois colloques internationaux en 2012-3 à l’École
ESISA, à Fès, Maroc, à Mimar Sinan Güzel Sanatlar
Üniversitesi, à Istanbul, Turquie et à l’Institut supérieur des
Arts et Métiers, à l’Université de Gabès, Tunisie. Et ce dans
8

̇̇̇̇̇le cadre de notre Recherche Frontières 2012-6, au sein du
Labex Arts-H2H de l’Université Paris 8, avec l’aide du Pôle
Méditerranée, du Laboratoire AIAC - Arts des Images & Art
Contemporain -, de RETINA.International – Recherches
Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes – et
d’ECAC - Europe Contemporaine & Art Contemporain. Que ces
universités et centres de recherches soient ici vivement
remerciés : sans eux, ce livre n’aurait pas pu être réalisé.
Merci aussi à Caroline Blanvillain et Sandrine Le Corre qui
nous ont bien aidés.
Car ce livre restitue le cœur de ces recherches en
donnant la parole à des chercheurs parfois artistes (Erbetta
et Papadimitropoulos) appartenant à six pays différents.
Trois directions sont successivement explorées, à
savoir les relations pour les artistes, leurs projets et leurs
œuvres entre d’une part les frontières et d’autre part la
mobilité, le (post)colonialisme et l’espace public.
Les exemples concrets, particuliers et singuliers –
présents ou passés – nous permettent par induction de
poser des hypothèses pour comprendre ces réalités
complexes : les artistes nous aident, encore une fois, à penser ;
relisons Hannah Arendt :

Penser est autre chose que connaître. La pensée, source des
œuvres d’art, se manifeste sans transformation ni
transfigura8tion dans la grande philosophie.


Éric Bonnet & François Soulages








8 Hannah Arendt, Condition de l’Homme moderne, trad. Fradier, Paris,
Calmann-Lévy, Agora Pockett, 1994, p. 226.
9
















































Frontières & mobilité











































































Chapitre 1

Heureux qui, comme Ulysse…


Pour Pénélope


Mais il faut tout d’abord entreprendre un autre voyage
Vers les maisons d’Hadès et de la grande Perséphone
9Homère


Depuis des millions d’années, la Méditerranée est
mobile ; depuis des dizaines de milliers d’années, les
Méditerranéens sont mobiles ; depuis un demi-siècle, ils sont
entrés dans l’ère de l’hypermobilité avec l’utilisation de
masse de l’avion. Mais reste encore le petit bateau, comme
Ulysse, et certains en meurent.
Des artistes le savent, en vivent, en font l’objet de
leurs œuvres, et, par-là, nous interrogent. Face aux réalités
géopolitiques – parfois mortelles –, des créations
géoartistiques se lèvent et s’élèvent, se posent et s’imposent :
nouvelles expériences sensibles et intelligibles de la
mobilité. Suivons-les pour mieux comprendre le monde

9 Homère, L’Odyssée, chant X, vers 490-1, trad. Philippe Jacottet, Paris,
La Découverte, 1992, p. 173.
13
contemporain, le monde méditerranéen, le monde des
10arts .


Le géoartistique & le géopolitique

11Le géoartistique caractérise certaines pratiques de
l’art et certains déplacements d’artistes. Depuis quand ces
pratiques et déplacements ont-ils lieu ? Depuis des
millénaires : par exemple, Alexandre, Rome, la Renaissance,
Saint-Pétersbourg, aujourd’hui… Comment ? De façons
différentes, en fonction de l’histoire (de l’art) et de la
géographie (de l’art) : la géographie de l’art ne serait-elle pas
12plus importante que son histoire ?
Le géoartistique désigne un déplacement d’un
artiste, d’une pratique artistique, d’un courant artistique ;
d’ailleurs, un courant artistique court et se déplace, sinon,
ce ne serait pas un courant, mais un stationnement.
La dernière Triennale de Paris de 2012 s’oppose à
ces stationnements et nostalgies, ces fixations en dernière
instance pathologiques, ces refus du lâcher prise et de
l’aventure, ces peurs du vivant et des autres, ce manque de
confiance en soi, cette panique face à la mobilité qui,
toujours, quelque part, rebat les cartes, ébranle les certitudes et
les illusions. Nos illusions.
Cette exposition cherche, en effet, à nous montrer
et nous aider à interroger des œuvres qui questionnent les
mobilités, les frontières – comme les paradoxales grilles
rayées de Daniel Buren –, et la globalisation : « comment
vivons-nous dans ces disjonctions, avec toutes ces formes
d’ethnocentrisme, religieux ou autre ? », demande le
commissaire de l’exposition, l’Américain d’origine nigériane

10 Lire Le voyage créateur, Eric Bonnet (dir.), Paris, L’Harmattan, collection
Eidos, série RETINA, 2010.
11 Lire Géoartistique & Géopolitique. Frontières 1, François Soulages (dir.),
Paris, L’Harmattan, Collection Local & Global, 2012.
12 François Soulages (dir.), La ville et les arts, Paris, L’Harmattan, coll.
Eidos, Série RETINA, Paris, 2011, Ch. 1 « Histoire de la philosophie,
philosophie, esthétique, histoire de l’art & histoire ».
14
Okwui Enwezor qui veut « analyser ce genre d’épreuve que
13subit aujourd’hui l’universalité » . Les frontières interdisent
parfois l’universalité au profit de l’hybride contemporain
qui unit, paradoxalement parfois, uniformité et
communautarisme. « Dans l’interconnexion de ces mondes multiples,
la globalisation nous force à admettre la crise de
14l’universalité » . En nous enrichissant et en nous blessant
parfois – pas d’expérience sans perte ni douleur –, la
mobilité secoue nos facilités et nos identités : identité collective ?
Peut-être ; mais cette dernière est souvent ce qui nous
permet de ne pas voir que notre problème le plus profond est
celui de notre identité personnelle, existentielle et
particulière. Mais qu’est-ce qu’un particulier ? Qu’est-ce qu’un
singulier ? Les artistes peuvent nous aider à cheminer, à
faire chemin, dans ce questionnement.
La mobilité est-elle alors une solution donnant sens
au géoartistique ? Les enjeux des mobilités – géoartistiques
et aussi, nous l’avons compris, géopolitiques – sont non
seulement civilisationnels, mais surtout relatifs à l’humanité
même qui – et c’est sa valeur remarquable et irremplaçable
– peut passer du particulier à l’universel, donc peut penser
et non simplement réagir : l’autre n’est plus un autre, mais
autrui, ego et être humain comme moi, mon égal.
L’humanité, c’est l’universalité, l’égalité et la capacité de
penser – Socrate l’a montré avec le petit esclave de Ménon :
égalité et non identité, de jure et non de facto, ontologique et
philosophique et non superficielle et pragmatique. Alors
qu’est-ce que les mobilités – et notamment avec les arts –
font-elles de cette humanité ? Car refuser l’universalité, c’est
opter pour l’inhumanité, donc pour la barbarie.
C’est pourquoi, pour participer à ces débats et ces
combats, s’opèrent des déplacements et des délocalisations
géoartistiques, se vivent et s’expérimentent des mobilités.
Mais où et comment ? Le géoartistique est toujours une
mobilité dans l’espace. Mais quel(s) espace(s) ? L’espace
géographique, et donc géopolitique, et l’espace artistique.

13 In Le Monde, 21 avril 2012, p. 19.
14 Idem.
15
Penser à partir du géoartistique et de la mobilité, c’est donc
penser à partir du monde, de la géographie habitée par
l’histoire, des géographies habitées par les histoires ; c’est
donc penser aussi à partir du géopolitique : voilà pourquoi
le problème des mobilités géoartistiques est articulé à celui
des mobilités géopolitiques. C’est penser à partir d’une
philosophie du devenir et non une philosophie de l’être,
une philosophie du flux et non une philosophie de la
permanence. C’est penser grâce à Héraclite et non Parménide :
panta rheï, c’est-à-dire « toutes choses s’écoulent ». « On ne
peut pas descendre deux fois dans le même fleuve. Ni
toucher deux fois une substance périssable dans le même état
[...] : la matière, sans commencer ni finir, en même temps
15naît et meurt, survient et disparaît » . Mobilité universelle.
Concentrons-nous sur la mobilité en Méditerranée.
Des artistes se déplacent donc dans cet espace ; quelques
exemples parmi tant d’autres : Franz Aabaa, Gabriele
Basilico & Stefano Boeri, Pascal Convert, Raymond Depardon,
Joan Foncuberta, Franco Fontana, Luigi Ghirri, Mario
Giacomelli, Thierry Girard, Hamish Fulton, Mona Hatoum,
Bernard Kœst, Richard Long, Laurent Malone, Panayotis
Papadimitropoulos, Alfredo Pirri Michelangelo Pistoletto,
Bernard Plossu, Abraham Poincheval & Laurent Tixador,
16Gérard Rouergue, Hortense Soichet , Laboratoire Stalker.
Mais cette mobilité expérimentée, est-ce par choix ou par
nécessité ?
Par choix, ils quittent leur espace d’origine et vont
au Caire, à Athènes, à Rome, à Alger, à Paris, à New-York,
à Pékin, sur Internet : ils agrandissent leur espace extérieur
– et, corrélativement, leur espace intérieur – et surtout
explorent l’espace, circulent dedans, le construisent et se
l’approprient pour faire œuvre autrement. L’espace devient
leur objet.
Mais, souvent, ils se déplacent ou sont déplacés par
nécessité, donc pour des raisons historiques et géopoli-

15 Héraclite, Fragments, n° 105, in Battistini, Trois présocratiques, Paris,
Gallimard, 1985, p. 44.
16 Hortense Soichet, Photographie & mobilité, Paris, L’Harmattan,
collection Eidos, Série Photographie, 2010.
16
tiques : déportation, exil, déplacement, exode,
nomadisation, déterritorialisation, etc. Filles et fils de leur temps, ils
sont, comme tous les autres, obligés de partir, obligés
d’arriver, obligés de fuir, obligés de passer : passants autant
que passeurs.
La problématique de la mobilité est aujourd’hui
plus décisive et plus actuelle que jamais : en Méditerranée,
tout homme est concerné. Mais pourquoi et comment fixer
des frontières, les transformer, les franchir et s’en
affranchir, sans tomber dans une logique de front, de front de
guerre ? D’ailleurs le faut-il ? Pourquoi et comment articuler
histoire et politiques, passé et présents, humanité et
sociétés, universalité et particularités, être et devenirs,
enracinement et mobilités, protection et ouvertures, unité et
pluralités ? Bref, les frontières garantissent-elles si aisément
la mobilité et la coexistence – pacifique ou guerrière -
d’espaces différents, voire opposés et incompatibles ?
Cette question géopolitique de la mobilité est éclairée
par les travaux des artistes qui s’en emparent : par les
modalités de leurs productions, par leurs créations, par leurs
communications, par leurs réceptions. Le géoartistique
advient alors dans sa pluralité : lié pour certains à la mobilité,
l’immigration, la migration ou l’exil, pour d’autres au
nomadisme, à la déterritorialisation, au local & global, pour
d’autres encore à une interrogation sensible et/ou
conceptuelle des frontières géopolitiques. Au point de transformer
les mobilités géoartistiques mêmes et les mobilités
géoesthétiques de l’art.
La problématique directrice devient alors : en quoi et
pourquoi, en Méditerranée, les réalités géopolitiques engendrent-elles de
nouvelles expériences de la mobilité et, conséquemment de nouvelles
créations géoartistiques – et réciproquement ?
La problématique de la mobilité est ainsi éclairée à
partir de l’articulation dialectique des approches
géopolitiques et géoartistiques. Et ce, grâce aux œuvres, aux
travaux, aux démarches, aux processus, aux institutions que
les artistes – art contemporain, arts numériques, arts
plastiques, arts des images, théâtre, littérature, musique, etc. –
mettent en œuvre pour interroger les réalités et les
repré17