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Kirk Douglas

De
168 pages
Le présent essai est centré sur l'art de l'acteur, ses rôles et son jeu. Il interroge la mythologie de la star, en tant que phénomène sociologique et culturel. Dressant un portrait sans concession de Kirk Douglas, il se propose de décrypter l'image composite d'un personnage passionnant.
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KIRK DOUGLAS
Le fauve blessé
Son énergie, son sourire bravache et sa fossette ont laissé une
empreinte forte dans la mémoire des cinéphiles.
Kirk Douglas a ferraillé sauvagement contre Tony Curtis, il s’est
confronté, l’arme au poing, à Robert Mitchum et Burt Lancaster, KIRK DOUGLAS
il a aimé Barbara Stanwyck, enlacé Lauren Bacall et désiré Faye
Dunaway. En un peu plus de soixante-dix lms, il a donné vie à des
personnages complexes et tourmentés : gangsters inquiétants, Le fauve blessé
arrivistes carnassiers, détectives et cow-boys obsédés par la
quête de leur Graal. Puis, grâce à des réalisateurs comme King
Vidor, Kubrick et Vincente Minnelli, il s’est imposé en archétype
du rebelle, un insoumis qui allume le ambeau de la révolte dans
la Rome ancienne (Spartacus), les tranchées de la Grande Guerre
(Les Sentiers de la gloire) ou les prairies de l’Ouest américain
(L’Homme qui n’a pas d’étoile).
Le présent essai est centré sur l’art de l’acteur, ses rôles et son
jeu. Il interroge la mythologie de la star, en tant que phénomène
sociologique et culturel. Dressant un portrait sans concession de
Kirk Douglas, il se propose de décrypter l’image composite d’un
personnage passionnant.
Christophe Leclerc est historien. La représentation des personnages
célèbres, mythes et stars, et le pouvoir de fascination qu’ils exercent sur
le grand public, sont au coeur de ses recherches. Il est l’auteur
d’ouvrages sur Lawrence d’Arabie, le cinéaste John Huston et, plus récemment,
eGustave Doré, illustrateur et peintre du XIX siècle (Gustave Doré, le rêveur
éveillé, L’Harmattan, 2012).
ISBN : 978-2-343-04222-0
16,50
KIRK DOUGLAS - Le fauve blessé C h r is t op h e L ec l e r c
Christophe Leclerc .LUN'RX JODV
VVp DXYHEO /HI
H.LUN'RX JODV
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&KULVRSKH/HFOHUF


DU MÊME AUTEUR



Avec T.E. Lawrence en Arabie. La Mission militaire française au
Hedjaz (1916-1920), préface de Maurice Larès et Malcolm Brown,
Paris, L’Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », 1998.

Lawrence d’Arabie Écrire l’Histoire au cinéma, Paris, L’Harmattan,
2001.

Un panthéon hollywoodien. Portraits des stars de l’âge d’or, Paris,
Publibook, 2005.

Le cinéma de John Huston ntre l’épique et l’intime, Paris,
Publibook, 2006.

Gustave Doré. Le rêveur éveillé, Paris, L’Harmattan, coll.
e« Biographies - série XIX siècle », 2012.







Illustration de couverture :
Kirk Douglas
Tous droits réservés.


© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04222-0
EAN : 9782343042220

(À mon fils Thomas, à Issur,
Anne-Marie
et Sébastien,
je dédie ce livre Son énergie, son sourire bravache et sa fossette ont
marqué d’une empreinte forte la mémoire des cinéphiles.
En un peu plus de soixante-dix films, Kirk Douglas a
ferraillé sauvagement contre Tony Curtis, il s’est confronté,
l’arme au poing, à Robert Mitchum et Burt Lancaster, il a
aimé Barbara Stanwyck, enlacé Lauren Bacall et désiré
Faye Dunaway.
Avant même que sonne l’heure de la retraite, l’acteur
avait entamé une seconde carrière de mémorialiste et de
romancier. Publié en 1988, le premier volume de son
autobiographie, intitulé Le Fils du chiffonnier, a rencontré un
succès mondial. Mais peut-être parce qu’il s’est beaucoup
raconté lui-même, Kirk Douglas a été un peu dédaigné par
la littérature de cinéma : jusqu’à présent, aucun livre
n’avait été consacré spécifiquement à l’étude de ses rôles
et de son jeu. Le présent essai vient donc modestement
combler un manque ; non pas refaire le récit d’une longue
vie d’artiste, mais plutôt partager les images d’un acteur
qui voulut être maître de ses choix, montrer comment il a
évolué devant les caméras, scruter ses postures, ses gestes
et ses regards.
À l’évidence, Kirk Douglas est une star, un acteur qui
fait rêver, tout à la fois Spartacus et Ulysse, mortel et
demi-dieu. Kirk Douglas est aussi un auteur, au sens où
l’entend Patrick McGilligan, c’est-à-dire un acteur « qui
résiste aux diktats du studio, qui domine les scénaristes et
les réalisateurs ou du moins leur fait de l’ombre, qui
9
$
23269$1735retravaille constamment le matériau de sa propre vie et de
1ses convictions et se préoccupe d’esthétique ».
Acteur-phare de la génération du désabusement, avec
Robert Mitchum, Sterling Hayden et Richard Widmark,
Kirk Douglas a imposé sans peine sa singularité : de tous,
il était le plus rugueux, le plus cynique, le plus asocial et le
plus névrosé. Comme l’observe Jean-Pierre Berthomé, « il
y a dans ses personnages les plus extérieurement forts une
vulnérabilité extrême qui éclate dans leurs accès de
violence rageuse » (Dictionnaire du cinéma, Larousse).
Assurément, Kirk Douglas a recherché les personnages
tourmentés, meurtris par une blessure d’enfance ou le poids
d’une faute ; il a privilégié les films qui se plaisaient à
narrer l’histoire de leur rédemption, le récit de leur
résilience. Les caractéristiques propres de Kirk Douglas –
la vigueur d’un fauve associée à une relative instabilité
psychologique –, constituent un cocktail unique. D’où le
sous-titre de cet ouvrage.
La filmographie de Kirk Douglas est à l’image d’un
martyrologue : corps souillé, avili, mutilé, Kirk Douglas a
subi tous les sévices avec une certaine délectation
masochiste. Qu’importe, au fond, les adversaires qu’on lui a
opposés à l’écran, de L’Emprise à L’Arrangement, Kirk
Douglas n’a pas eu de pire ennemi que lui-même.
Malheureux en amour, il a été bien peu concerné par les joies
familiales et la félicité de la vie conjugale. Fâché avec le
happy end, il est mort plus souvent qu’aucune autre idole.
Héros plébéien, il aura été le digne successeur de James
Cagney dont le rapprochait un jeu tout en nerfs et une
constante : l’excès en tout – excès de vitalité, d’ego,
d’émotions.
1
Cité dans L’acteur de cinéma : approches plurielles, s.d. de Vincent
Amiel, Jacqueline Nacache, Geneviève Sellier, Christian Viviani,
Presses universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire », 2007, p.
123.
10Cet essai interroge la mythologie de la star en tant que
phénomène sociologique et culturel. Avec le temps, Kirk
Douglas s’est imposé dans l’imaginaire collectif en
archétype du rebelle, un insoumis qui brandit le glaive contre
l’oppresseur, un homme délivré de ses chaînes et qui
allume le flambeau de la révolte dans la Rome ancienne
(Spartacus), les tranchées de la Grande Guerre (Les
Sentiers de la gloire) ou les prairies de l’Ouest américain
(L’Homme qui n’a pas d’étoile).
Ce livre ne se veut pas exercice d’admiration. La
carrière de Kirk Douglas n’est évidemment pas exempte
de critiques. Force est de constater que la seconde moitié
de sa filmographie est en demi-teinte, surtout si l’on
considère le haut standard de la première décennie. Quant à
l’homme, il n’est pas dénué de paradoxes. Star souvent
tyrannique sur les plateaux, Kirk Douglas fut aussi un
producteur inspiré, auquel on doit des films qui traitent
d’adultère (Liaisons secrètes, L’Arrangement), d’amours
interraciales (La Rivière de nos amours, Le Dernier Train
de Gun Hill) et même d’inceste (El Perdido). Dans
l’Amérique encore puritaine et ségrégationniste des années
cinquante et soixante, il fallait un certain courage. Kirk
Douglas n’en était pas dépourvu, et quand il incarnait les
rebelles et les sauveurs, sa voix portait loin.
11
Le Champion (1949).
+$3, 75 (
Venu du théâtre, comme beaucoup d’autres stars du
grand écran, Kirk Douglas fit ses premiers pas au cinéma
en 1946. Diplômé de l’American Academy of Dramatic
Arts de New York, il avait fréquenté les planches de
Broadway, mais son expérience de comédien restait
néanmoins limitée : elle se résumait en tout et pour tout à
quelques rôles modestes pour le théâtre Tamarack de Lake
Pleasant et quatre pièces à Broadway. C’était peu, mais
cette formation n’en fut pas moins déterminante pour la
suite.
Sunlights
Kirk Douglas courait les cachets au théâtre et à la radio
– sans grand succès d’ailleurs –, quand il apprit qu’une
camarade de l’American Academy qui venait de tourner
avec Humphrey Bogart, avait œuvré en sa faveur auprès
du producteur Hal Wallis. Elle s’appelait Betty Perske,
mais les studios l’avaient rebaptisée Lauren Bacall. Sans
trop d’hésitation, Wallis engagea Douglas pour The
Strange Love of Martha Ivers, son premier film, qui
réunissait à l’affiche Barbara Stanwyck, Van Heflin et
Lizabeth Scott. En France, ce mélodrame gothique allait
être distribué sous un titre très différent de l’original :
L’Emprise du crime.
13
DOJ&X,N
V 'R .LU QLU'HYH1946, l’année de sortie de L’Emprise du crime,
constitue un millésime exceptionnel dans l’histoire du cinéma
américain. Plus de quatre-vingts millions de spectateurs se
bousculèrent dans les salles obscures et les majors
réalisèrent des bénéfices record. C’est l’année où Burt
Lancaster et Richard Widmark tournèrent leurs premiers
films, respectivement Les Tueurs de Robert Siodmak pour
le premier, Le Carrefour de la mort d’Henry Hathaway
pour le second. Cette année-là, Robert Mitchum accéda au
statut de vedette avec Lame de fond et La Vallée de la
peur (après vingt-six films, tout de même) et Glenn Ford
connut son premier succès avec Gilda. On ne peut pas
vraiment parler de jeunes premiers : tous avaient déjà au
moins trente ans, comme Kirk Douglas que Wallis ne sut
trop comment utiliser dans un premier temps. Procédé
habituel à l’époque, on prêta le comédien à un studio, en
l’occurrence la RKO, où Kirk Douglas tourna La Griffe du
passé et Le Deuil sied à Électre, l’adaptation d’une pièce
d’Eugene O’Neill.
C’est dans La Griffe du passé que l’on perçoit pour la
première fois la densité et le potentiel dramatique de Kirk
Douglas. Comme Bogart, Robert Ryan et James Cagney, il
était fait pour le film noir, ses ambiances nocturnes et
poisseuses, sa violence et ses faux-semblants. Le cheveu
blond roux, le visage anguleux marqué d’une profonde
fossette au menton, Kirk Douglas participe de la vogue des
tough guys, lancée après-guerre. En faisant de Mitchum,
Mature ou Widmark des vedettes, les studios voulaient
montrer que les play-boys au physique parfait, tel Robert
Taylor, appartenait à un temps révolu. Visage de rapace et
corps de fauve, Kirk Douglas était décidément à sa place.
Dans La Griffe du passé, sa personnalité énergique
forme un contraste intéressant avec la nonchalance de
Mitchum. Tout commence par une enquête que le gangster
Whit Sterling (Douglas) commandite à Jeff Bailey
14(Mitchum). Chargé de retrouver la compagne de Sterling
qui s’est prétendument enfuie avec 40 000 dollars, le
détective en tombe amoureux, s’exposant aux foudres du
truand. Dans ses quelques scènes avec Mitchum, Kirk
Douglas parvient sans peine à installer un climat
ambivalent ; tour à tour caressant et menaçant, hâbleur et
faussement amical, on le sent capable du pire et l’on
s’attend à un déchaînement de violence.
Douglas saute le pas dans L’Homme aux abois, un film
de Byron Haskin. Trahison et vengeance sont au menu de
ce deuxième film noir où Douglas partage l’affiche avec
Burt Lancaster : pendant que Frankie Madison (Lancaster)
purge une peine de prison, Noll Turner (Douglas), son
ancien complice, s’est approprié le night-club qui lui
appartenait et a fait assassiner son frère. Le sourire en coin
et l’œil aux aguets, Douglas joue, comme dans La Griffe
du passé, un homme dangereux et sans scrupules.
La Griffe du passé et L’Homme aux abois ne décident
pas du statut et de l’emploi de Kirk Douglas au cinéma. Et
les quatre autres films dans lesquels l’acteur tourne, en
1947 et 1948, correspondent mal à son potentiel : il
incarne un prétendant insipide dans Le Deuil sied à
Électre, un romancier à succès dans Ma chère secrétaire,
un patron de journal dans La Ville empoisonnée et un
professeur de littérature dans Chaînes conjugales ; ce sont des
rôles de notables qui fument la pipe au coin du feu et
portent volontiers lunettes, nœud papillon et peignoir
d’intérieur. Dans tous ces films, Kirk Douglas joue les
utilités. Dans Chaînes conjugales, où il est crédité comme
« co-star » au générique, il passe les verres et compte les
points. Les mains enfoncées dans les poches de son
smoking, Douglas ronge son frein. Il l’a dit dans Le Fils
du chiffonnier : « Au cinéma, je jouais des rôles que je
n’aimais pas dans des films que je n’aimais pas. »
15