//img.uscri.be/pth/d648533a992a355a1274838904f8a330ad48ff32
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le danger des Liaisons

De
146 pages
Dans Le Danger des Liaisons, Anielle Weinberger adapte pour le cinéma l'échange épistolaire que Mme Riccoboni et P.-A. Choderlos de Laclos ont eu à la parution des Liaisons dangereuses, en avril 1782. À une écriture cinématographique moderne, Anielle Weinberger intègre un savoir précis et longuement accumulé sur les relations de la littérature et du 7e Art. Voici le second volet du diptyque consacré aux Liaisons dangereuses et à la façon dont le cinéma s'est emparé du sulfureux roman de Laclos.
Voir plus Voir moins

Anielle WeinbergerLE DANGER DES LIAISONS
Adaptation cinématographique de la Correspondance
entre Madame Riccoboni et M. de Laclos
Dans Le Danger des Liaisons, Anielle Weinberger adapte pour le
cinéma l’échange épistolaire que Mme Riccoboni, romancière à succès, LE DANGER DES LIAISONSjadis comédienne, et P.-A. Choderlos de Laclos ont eu à la parution
des Liaisons dangereuses, en avril 1782. Anielle Weinberger retrace
également le singulier contexte de cette très jolie passe d’armes entre Adaptation cinématographique de la Correspondance
eun homme et une femme écrivains dans un xviii siècle fnissant. entre Madame Riccoboni et M. de Laclos
Elle dévoile enfn les principes scénaristiques qui ont charpenté son
adaptation. Le Danger des Liaisons est aussi le flm que A. Weinberger a
tourné, proposant par là une sorte d’écho aux adaptations des Liaisons
dangereuses qu’ont réalisées Roger Vadim, Stephen Frears et Milos
Forman. Ce flm a accompagné l’exposition « Deux siècles de Liaisons
dangereuses en images » qui a eu lieu au Musée de la Révolution française
(château de Vizille) à l’occasion du Bicentenaire de la mort de Laclos.
À une écriture cinématographique moderne, Anielle Weinberger
intègre un savoir précis et longuement accumulé sur les relations de la
elittérature et du 7 Art.
Ce volume est le second volet du diptyque que Anielle Weinberger
a consacré aux Liaisons dangereuses et à la façon dont le cinéma s’est
emparé du sulfureux roman de Laclos.
Anielle Weinberger est maître de conférences en cinéma (Paris 8-Vincennes-
St Denis), scénariste et réalisatrice. Sa recherche, sa pédagogie et sa pratique
font s’entrecroiser le cinéma, la littérature et les autres arts. À l’université,
elle a créé et dirigé les Ateliers de réalisation, supervisant des flms autour de
Diderot, F. Scott Fitzgerald et du peintre Edward Hopper. Scénariste, elle a
adapté Hedda H. de Baptiste Marrey et Lunes de fel de Pascal Bruckner.
Outre Le Danger des Liaisons, elle a écrit, produit et réalisé Jacques le
Fataliste, Les entretiens du Docteur Bordeu et Mlle de Lespinasse, Jemina
flle des montagnes, les documentaires Les enfants du jazz, Le temps d’une
chanson et le long métrage L’Honorable Société.
Couverture : montage de Marie Fouque
sur une encre de Nicolas Herbet
ISBN : 978-2-343-03848-3
Le Parti pris du cinéma14,50 €
Anielle Weinberger
LE DANGER DES LIAISONS





LE DANGER DES LIAISONS



















Collection « Le parti pris du cinéma »
dirigée par Claire Mercier

ESSAIS — MONOGRAPHIES — CINÉFABLES


Entre objectivité et subjectivité, entre récit et drame, entre
œuvre et marchandise : mort ou métamorphose du cinéma ? Nous
publions des essais parce que ce terme unit dans une ambiguïté
féconde la critique et les cinéastes. Des monographies parce qu’on
peut imaginer un temps où, le cinéma disparu, les films ne
subsisteront que par les descriptions vivaces qui leur auront été
consacrées et qui, déjà, en donnent une image. Nous publions aussi
des scénarios et plus largement des textes qui ont pris place dans le
processus de production des cinéfables. Parce que de projet de film
qu’il était, le scénario tend lors de chaque projection du film à
redevenir fluide et à aller se déposer ailleurs… Chaque auteur de la
collection s’aventure personnellement à interpréter ce que peut être
Le parti pris du cinéma.


Comité de lecture :

Guillaume Bourgois, Jean Durançon, Dominique Laigle,
Arthur Mas, Claire Mercier, Bruno Meur,
Martial Pisani, Pauline Soulat

Anielle WEINBERGER





LE DANGER DES LIAISONS


Adaptation cinématographique
de la Correspondance
entre Madame Riccoboni et M. de Laclos








Dans la même collection

Anielle Weinberger, Les Liaisons dangeureuses au cinéma, 2014.
Aurélia Georges, Élodie Monlibert, L’Homme qui marche, 2013.
Robert Bonamy, Le fond cinématographique, 2013.
Suzanne Liandrat-Guigues, Jean-Louis Leutrat, Rio Bravo de
Howard Hawks, 2013.














© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03848-3
EAN : 9782343038483




Avertissement




Si le premier volume de notre diptyque, Les Liaisons dan-
gereuses au cinéma – Par où commencer et comment mettre fin, s’est
employé à mettre au jour tout un jeu d’hypothèses autour des
trois adaptations cinématographiques du roman de Pierre-
Ambroise Choderlos de Laclos Les Liaisons dangereuses
(1782), à savoir le film de Roger Vadim Les Liaisons dangereu-
ses 1960 (1959), Dangerous Liaisons de Stephen Frears
(1988) et Valmont de Milos Forman (1989), ce second vo-
lume, Le Danger des Liaisons, est consacré à notre adaptation
cinématographique de la Correspondance entre Madame Ric-
coboni et M. de Laclos (1782) et constitue une sorte de mise à
l’épreuve cinématographique de notre essai théorique.
Le scénario d’après cette Correspondance et le film ont eu
pour objet de relancer le questionnement autour du travail de
l’adaptation cinématographique des Liaisons dangereuses, en
dégageant l’inestimable profit de cet échange : Laclos voit dans
ses entretiens avec son amie de longue date, romancière à suc-
cès et jadis comédienne, tout l’intérêt de ce commerce épisto-
laire au point d’en décider la publication à la suite des Liaisons.
Aucune adaptation théâtrale, cinématographique ou
audiovisuelle n’ayant tenu compte de ce prolongement criti-
que au roman, Le Danger des Liaisons forme à ce jour l’unique
exemple en faveur de l’initiative de Laclos. C’est dans la rééva-
luation du contexte de sa Correspondance comme mode d’em-
7
ploi de lecture des Liaisons – analyses, biographies, essais – que
nous avons puisé notre propre interprétation filmique du ro-
man.

Le Danger des Liaisons a été écrit et réalisé par nous-même
en 1992, dans le cadre de notre atelier au sein du Département de
Cinéma de l’Université Paris 8-Vincennes-St Denis.

Anielle Weinberger


8



I. LA CORRESPONDANCE ENTRE MADAME RICCOBONI
ET M. DE LACLOS

UN CONTEXTE COUPÉ POUR LE CINÉMA




*« Ce n’est pas que ces ouvrages soient
bêtes mais je ne les crois pas coupés pour
le théâtre »
Laclos, Milan, le 18 brumaire an IX

Le 16 mars 1782, l’officier d’artillerie Pierre-Ambroise
Choderlos de Laclos signe un contrat avec le libraire parisien
Durand pour un roman qui s’appelle encore Le Danger des
Liaisons. « On a souvent écrit que Laclos avait modifié son
titre [Le Danger des Liaisons biffé] parce que Mme de Saint-
Aubin avait déjà donné en 1763 un Danger des liaisons, roman
diffus avec lequel Les Liaisons dangereuses n’ont de ressem-
1blance ni dans la conception d’ensemble ni dans la facture »,
note Laurent Versini. « On peut penser aussi qu’il a voulu
écarter un énoncé devenu banal. Car en cet âge de littérature
moralisante, les titres se multiplient qui mettent en garde

* La matrone et Ernestine.
1 L. Versini, Laclos, Les Liaisons dangereuses, Œuvres Complètes, Correspon-
dance,… – texte établi, présenté et annoté par Laurent Versini, Bibliothèque de
la Pléiade, Gallimard, 1979, p. 1163.
9
contre un Danger ou contre des Dangers. […] Il préfère sortir
de cette routine. La correction heureuse de son titre affiche
moins naïvement l’intention morale sans pourtant la suppri-
2mer », selon René Pomeau.
Nous avons adopté pour le film le premier titre désigné
3par Laclos parce qu’il fait aujourd’hui référence à l’ouvrage :
dans notre contexte il s’agit bien du Danger des « Liaisons
dangereuses ».
Aux lettres imaginaires des Liaisons dangereuses, Laclos,
l’homme d’un seul roman, a laissé d’autres gages de son art
épistolaire, ainsi la Correspondance avec Madame Riccoboni,
4dont il a gardé les manuscrits et qui institue « une défense
5esthétique et morale de son roman » – selon la formule
définitive de Laurent Versini – engageant par là même le
premier discours critique des Liaisons.
6Cette Correspondance composée de sept lettres datant
7d’avril 1782, juste après la publication des Liaisons , entre le 7

2 R. Pomeau, Laclos ou le Paradoxe, Hachette, 1993, p. 64.
3 Liaisons, avec une majuscule (ce n’est pas le cas pour le roman de Mme de
Saint-Aubin).
4 « La même reliure [ms. Ffr. 12845] contient au début des Pièces fugitives
(f° 2-11 et 18-23) et la correspondance avec Mme Riccoboni au sujet des
Liaisons dangereuses, originaux de la dame, brouillons de Laclos (f° 12-17 et
24-31) » note L. Versini (« Le cas Laclos », in La fin de l’Ancien Régime, Sade,
Rétif, Beaumarchais, Laclos, Manuscrits de la Révolution I, Études réunies et
présentées par Béatrice Didier et Jacques Neefs, P.U.V., Saint-Denis, 1991,
p. 176).
5
L. Versini, Laclos, Œuvres complètes…, op. cit. p. 1574.
6 La Correspondance entre Madame Riccoboni et M. de Laclos se réfère impli-
citement à la Correspondance établie par Laurent Versini qui les a reproduites
d’après l’édition de 1787 (in L. Versini, Laclos, Œuvres complètes…, op. cit.
pp. 757-768).
10
et le 10 avril, semble essentielle à Laclos qui décide de sa paru-
tion dans l’édition de 1787 – dite « de Nantes » – des Liaisons
dangereuses et « dont la fidélité suffirait à prouver que Laclos
8en a fourni et contrôlé le texte ».
À roman épistolaire, critique épistolaire, ce cas de figure
9qui « relève presque du paratexte » présuppose que l’auteur
a pris cette décision pour convaincre face au scandale qu’il
provoque dans l’opinion publique et vis-à-vis de la critique
efrançaise en ce XVIII siècle finissant : elle considère son roman
comme un simple exercice de style, dans la lignée des écrivains
libertins de son temps.
1782. Laclos a 42 ans. Madame Riccoboni 69. « Aucun
livre n’a parlé de moi avec connaissance, on ne sait qui je suis et j’ai
10toujours gardé le silence sur ce qui me concerne », écrit Marie-
Jeanne Riccoboni née Laboras de Mézières (1713-1792).
Enfant illégitime de Christophe de Laboras excommunié pour
bigamie, sa mère Marguerite Pujac la fait sortir du couvent à
l’âge de quatorze ans pour la mener dans le monde où elle va
jouer la comédie au Théâtre de l’Arsenal avant de rejoindre le
Théâtre Italien, sans doute recommandée par Marivaux dont
Riccoboni père, le grand Lélio, était l’interprète favori. Marie-

7 Notons au passage que « la correspondance [manuscrite] conservée com-
mence […] avec les lettres échangées entre Mme Riccoboni et Laclos en
avril 1782, au sujet des Liaisons, justement » (L. Versini, La fin de l’Ancien
Régime, op. cit., p. 181).
8 L. Versini, Laclos, Œuvres complètes…, op. cit. p. 1588.
9 P. Bayard, Le Paradoxe du Menteur – sur Laclos, Les Éditions de Minuit,
1993, p. 29.
10 M.-J. Riccoboni, Histoire d’Ernestine – 1762 – Préface de Colette Piau-
Gillot, Côté-femmes Éditions, 1991, p. 7, in Studies on Voltaire, n° 149,
p. 227.
11
Jeanne épouse Lélio II Riccoboni en 1734 : c’est à son mari
qu’elle doit d’être montée sur la scène du Théâtre Italien, « où
elle se montra piètre comédienne (voir par exemple Diderot,
11Le Paradoxe sur le comédien) », et surtout d’y être restée

11 L. Versini. Laclos, Œuvres complètes…, La Pléiade, op. cit., p. 1588.
Il nous semble bon de rappeler ici le texte de Diderot, in Paradoxe sur le
comédien, Garnier-Flammarion, 1967, pp. 177-178 :

« LE PREMIER
[…] Connaissez-vous Madame Riccoboni ?
LE SECOND
Qui est-ce qui ne connaît pas l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages
charmants, pleins de génie, d’honnêteté, de délicatesse, et de grâce ?
LE PREMIER
Croyez-vous que cette femme fut sensible ?
LE SECOND
Ce n’est pas seulement par ses ouvrages, mais par sa conduite qu’elle l’a
prouvé. Il y a dans sa vie un incident qui a pensé la conduire au tombeau. Au
bout de vingt ans ses pleurs ne sont pas encore taris, et la source de ses larmes
n’est pas encore épuisée.
LE PREMIER
Eh bien, cette femme, une des plus sensibles que la nature ait formées, a été
une des plus mauvaises actrices qui aient jamais paru sur la scène. Personne
ne parle mieux de l’art, personne ne joue plus mal.
LE SECOND
J’ajouterai qu’elle en convient, et qu’il ne lui est jamais arrivé d’accuser les
sifflets d’injustice.
LE PREMIER
Et pourquoi, avec la sensibilité exquise, la qualité principale, selon vous, du
comédien, la Riccoboni était-elle si mauvaise ?
LE SECOND
C’est qu’apparemment les autres lui manquaient à un point tel que la
première n’en pouvait compenser le défaut.
LE PREMIER
Mais elle n’est point mal de figure ; elle a de l’esprit ; elle a le maintien
décent ; sa voix n’a rien de choquant. Toutes les bonnes qualités qu’on tient

12
llejusqu’en 1761. « M Riccoboni, bel esprit, auteur, femme galante
mais fort mauvaise actrice, joue depuis quelques vingt-six ans
quelques amoureuses. Son âge et sa taille lui ont fait abandonner cet
emploi pour prendre des personnages de mère qu’elle n’a jamais
remplis dans l’état civil, quoiqu’elle y travaille infatigablement
depuis quarante-cinq ans. Le jugement de Chevrier semble uni-
quement fondé sur la misogynie et sur la rancœur de pièces à
12succès, face à la réussite incontestée de la romancière. »
Mais on peut juger de son autorité en lisant sa lettre de
trois pages adressée à Diderot dès 1758, qui attaque ainsi :
« Monsieur Diderot, pourquoi ne m’avez-vous pas montré
votre manuscrit ? M’avez-vous crue capable de tirer vanité de
votre confiance ? Pensez-vous que j’eusse crié partout : On m’a
consultée, j’ai dit mon avis ? J’ai lu avec attention le Père de
famille, je vous remercie de me l’avoir donné sans oublier que
vous ne me l’avez pas montré. Pour vous punir de cette
défiance, dont je suis vivement choquée, je ne vous ferai point
de compliments. Cela vous pique un peu ? Tant mieux, c’est ce
que je veux. » Et de conclure, sentencieuse : « La scène ne
peut jamais devenir aussi simple que la chambre et pour être

de l’éducation, elle les possédait. On la voit sans peine, on l’écoute avec le plus
grand plaisir.
LE SECOND
Je n’y entends rien ; et tout ce que je sais, c’est que jamais le public n’a pu se
réconcilier avec elle, et qu’elle a été vingt ans de suite la victime de sa
profession.
LE PREMIER
Et de sa sensibilité, au-dessus de laquelle elle n’a jamais pu s’élever ; et c’est
parce qu’elle est restée elle, que le public l’a constamment dédaignée. »

12 C. Piau-Gillot, in M.-J. Riccoboni, Histoire d’Ernestine…, Préface, op. cit.,
p. 11, citant Chevrier, Almanach des gens d’esprit, Œuvres, t. I, 1762, p. 308.
13